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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 14:44

Nous n’allons rien découvrir de bien nouveau aujourd’hui. Nous allons vers le Capitole et le Vittoriano, cet immense et horrible monument blanc au centre de Rome, que les Romains ont surnommé "la Machine à Écrire".

 

454a1 Rome, colonne Trajane

 

454a2 Rome, colonne Trajane

 

Nous arrivons donc près du marché de Trajan, et de sa fameuse colonne Trajane, dont l’immense spirale de 200 mètres de long rappelle les hauts faits de l’empereur dans ses guerres contre les Daces (actuelle Roumanie). Et il est vrai que Trajan a très certainement été l’un des meilleurs empereurs romains, sinon le meilleur.

 

454b1 Rome, Vittoriano, Victor Emmanuel II

 

De là, nous gagnons le Vittoriano tout proche. Nous y sommes accueillis par l’énorme statue tout là-haut de Victor Emmanuel II, le roi de Lombardie et Vénétie qui a été le premier souverain de l’Italie réunifiée grâce à l’action militaire de Garibaldi (entre autres) et à l’action politique de Cavour.

 

454b2 Rome, Vittoriano, altare della Patria

 

Au pied du bâtiment, face à l’immense piazza Venezia d’où Mussolini avait l’habitude de haranguer le peuple, se trouve l’Autel de la Patrie, avec son Soldat Inconnu et sa flamme qui ne s’éteint jamais, comme sous l’Arc de Triomphe de Paris.

 

454c Rome, piazza Venezia vue du Vittoriano

 

Je ne montre pas une fois de plus le Vittoriano dont j’ai déjà plusieurs fois affiché la photo dans mon blog et qui ne vaut vraiment pas le coup d’œil. Cela me rappelle la vieille plaisanterie qui voulait que l’on demande de quel endroit l’on a la plus belle vue sur Paris et que, quelle que soit la réponse, on réponde "Non. C’est de la Tour Montparnasse. Parce que, de la Tour Montparnasse, on ne voit pas la Tour Montparnasse". Je suis tenté de dire la même chose pour Rome, avec le Vittoriano. Ici, du haut des marches, on voit la piazza Venezia avec son insensé cortège de bus et sa belle perspective. Juste en face, c’est l’extrémité du Corso, qui a commencé piazza del Popolo. Du côté gauche, le bâtiment qui fait l’angle entre le Corso et la piazza est le palazzo Bonaparte où a vécu la mère de Napoléon de la fin de l’Empire jusqu’à sa mort.

 

454d1 Rome, museo Risorgimento

 

À l’intérieur se tient le musée du Risorgimento. Nous y étions déjà entrés, mais pour une trop courte visite. Les objets, tableaux, sculptures, documents relatifs aux événements du dix-neuvième siècle italien sont très nombreux et pour la plupart intéressants. Je vais n’en sélectionner ici que quelques uns. Ci-dessus, c’est un tableau de Girolamo Induno (1825-1890), "Ricciotti Garibaldi présente à son père le drapeau prussien du 61e régiment Poméranie". Il s’agit de l’un des épisodes de la Campagne des Vosges (1871) à laquelle Garibaldi a pris part pour aider les Français dans la guerre qui nous opposait à l’Autriche et qui avait éclaté à la chute de Napoléon III.

 

454d2 Rome, museo Risorgimento, Garibaldi

 

Le 29 août 1862, Garibaldi a été blessé d’une balle dans le pied. On le voit ici, sur cette gravure, adossé à un arbre tandis que son médecin, sa boîte de chirurgien ouverte près de lui, lui prodigue ses soins. Il convient de remarquer aussi entre cette boîte et le sabre de cavalier posés au sol, la botte ôtée du pied blessé, parce que…

 

454d3 Rome, museo Risorgimento, Garibaldi

 

…parce que cette botte est exposée au musée. Avec le trou provoqué par le projectile.

 

454d4 Rome, museo Risorgimento, Cavour

 

Assez parlé de Garibaldi. Certes, son action a été courageuse et décisive, mais trop souvent on oublie l’action diplomatique et politique du comte de Cavour. Ci-dessus, son masque mortuaire en plâtre. Et puis le courage… Je cite de mémoire Saint-Exupéry, en espérant ne pas changer ses mots : "J’ai enfin compris pourquoi Platon place le courage au dernier rang des vertus. Ce n’est pas fait de bien beaux sentiments : un peu de rage, un peu de vanité beaucoup d'entêtement et un plaisir sportif vulgaire. On croise les bras sur sa chemise ouverte et on respire bien. C’est plutôt agréable. Quand ça se produit la nuit, il s’y mêle le sentiment d’avoir fait une immense bêtise. Jamais plus je n’admirerai un homme qui ne serait que courageux". Mais Garibaldi n’était pas QUE courageux.

 

454d5 Rome, museo Risorgimento, Victor Emmanuel II

 

Et voici Victor Emmanuel II. Un petit rappel. Il est né en 1820 à Turin. Il participe comme officier à la première guerre d’indépendance, monte sur le trône en 1849 et traite avec Radetzky. En 1855, lors de la guerre de Crimée, sur les conseils de Cavour il envoie des soldats piémontais aux côtés de la France et de l’Angleterre contre la Russie. Lors de la seconde Guerre d’Indépendance contre l’Autriche, il obtient ainsi l’aide de Napoléon III en échange de la promesse de lui donner Nice et la Savoie. Puis, peu à peu, les différents États sont annexés ou s’unissent et en mars 1861 il est proclamé roi d’Italie. Ne manquent plus que la Vénétie qui rejoindra le royaume en 1866, et Rome le 20 septembre 1870. Il meurt à Rome en 1878 et est enterré dans le Panthéon.

 

454e Rome, museo Risorgimento, Europe 1815

 

Voici la mosaïque que constituait l’Italie en 1848, soit telle qu’elle était lorsque Victor Emmanuel II coiffa sa couronne. Il y avait du pain sur la planche. Les États Pontificaux sont au milieu, en jaune, à l’est et au sud du Grand Duché de Toscane. On voit aussi que le nord est occupé par le royaume d'Autriche-Hongrie.

 

454f1 Rome, toit du Vittoriano

 

Sur le flanc du Vittoriano, on peut, pour 7 Euros (sans gratuité pour les moins de 18 ans ni les plus de 65 ans, hélas), prendre un ascenseur qui vous hisse sur le toit du bâtiment. Là, on domine toute la ville avec vue sur 360°. Mais d’abord, je montre l’une des deux sculptures qui se détachent sur le ciel, le Quadrige de l’Unité, de Carlo Fontana. Lui fait face le Quadrige de la Liberté, de Paolo Bartolini.

 

454f2 Rome, toit du Vittoriano

 

Et voici un exemple de la vue que l’on a de là-haut. Le mont sur la droite est le Palatin, au pied duquel s’étend le forum. Au bout du forum, apparaissant en bien petit sur ma photo, c’est l’Arc de Titus, celui dont je parlais le 21 mars au sujet des Juifs obligés lors de l’intronisation des papes de se trouver sous ses sculptures représentant leur esclavage. Et puis, à gauche, on distingue le Colisée.

 

455a1 Rome, Capitole, Marc Aurèle

 

Et maintenant, une fois redescendus de là-haut, un petit tour au Capitole, jeter un coup d’œil à la statue de Marc-Aurèle, empereur de 161 à 180.

 

455a2 Rome, Capitole, Marc Aurèle

 

Ou plutôt, sur la place, c’est une copie. L’original est dans le musée. Je lui ai donc, ci-dessus, tiré le portrait à l’intérieur du musée. Il faut dire qu’à ma collection de statues parlantes romaines, il me manque Marforio, qui est le plus célèbre après Pasquino et qui n’est visible qu’avec un ticket d’entrée. Comme nous avons déjà visité longuement les Musées Capitolins et que pour mon âge l’entrée est gratuite, Natacha m’attend à la sortie. Impossible, passant dans tant de salles (l’entrée se fait par le Palais des Conservateurs, et Marforio est au Palazzo Nuovo, de l’autre côté de la place, où l’on accède après avoir traversé par le niveau inférieur), de ne pas m’arrêter en chemin, ou même de faire quelques (petits) détours. Natacha s’est étonnée de m’avoir attendu trois quarts d’heure pour faire une photo de Marforio…

 

455b Rome, musée Capitole

 

Je ne me suis pourtant pas attardé, puisque j’ai pris cette photo au cinquantième de seconde. Ce n’est rien, un cinquantième de seconde. Il s’agit d’une pierre votive dédiée à la déesse Céleste pour avoir effectué un heureux voyage sans encombres, aller et retour. Elle date du troisième siècle de notre ère et provient du temple de Céleste qui se trouvait sur le Capitole. Entre les "pieds de l’aller" et les "pieds du retour", au dessus d’une colombe gravée, figurent les mots "[C]aelesti Triun[f]ali, Iovinus [v]otum suum [r]estituit ", soit "À Céleste victorieuse, Jovinus offre [ceci] pour l’accomplissement de son vœu".

 

455c1 Rome, Marforio

 

455c2 Rome, Marforio

 

Je passe sous silence deux ou trois (ou un peu plus) choses qui ont attiré mon regard au passage, ainsi qu’un (petit) détour par la pinacothèque pour dire bonjour au Caravage et à son tableau La Bonne aventure que j’ai montré ici le 5 février et qui m’a attiré comme un aimant. Et le voici, notre Marforio. Mais il a beau être célèbre, ce géant languissamment étendu, il ne peut être aussi bavard que son compère Pasquino depuis que se sont fermées sur lui les portes du musée. Il a beau être dans la cour juste en face d’une sortie, sortie n’est pas entrée, on ne peut lui adresser la parole… ni la lui donner.

 

455d Rome, Santissimo Nome di Maria

 

Repassant devant la colonne Trajane, nous nous trouvons au pied de cette église du Santissimo Nome di Maria, l’église du Très Saint Nom de Marie. Tant de fois nous sommes passés devant elle sans nous y arrêter que nous décidons d’y jeter un coup d’œil.

 

455e Rome, Santissimo Nome di Maria

 

La richesse et la beauté de l’intérieur ne peuvent nous surprendre, car à Rome toutes les églises sont riches et belles. Rien de particulièrement remarquable, donc.

 

455f Rome, Santissimo Nome di Maria

 

La coupole, lumineuse, brillante, couverte d’or, attire cependant le regard.

 

455g Rome, Santissimo Nome di Maria

 

Je terminerai avec cette Vierge à l’Enfant, en marbre, qui date de 1550 et provient de l’église qui a précédé celle-ci, dédiée à saint Bernard. Les spécialistes estiment qu’elle a des caractères qui pourraient être attribués à Sansovino (1486-1570). Pour ma part, je suis bien incapable de le dire, mais elle me plaît. Son corps et même son visage sont un peu lourds, mais elle ne manque pas de grâce et j’aime son air absorbé par les gestes de son bébé. Quant à Jésus, une jambe jetée sur le genou de sa mère, l’autre jambe dans son giron, il se cambre en s’accrochant au bord de la robe pour tenter de découvrir le sein qu’il a envie de téter. Il y a là de la sensibilité, de l’invention, une statue qui ne ressemble pas à toutes les autres. En un mot, ce n’est pas une Immaculée Conception en robe bleue. Et je la trouve très moderne pour une Vierge du seizième siècle.

 

C’est sur ces réflexions (profondes et circonstanciées) que nous repartons vers notre métro et notre banlieue.

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Published by Thierry Jamard
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