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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 21:18

Aujourd’hui, nous nous rendons en camping-car tout près de la basilique Saint-Paul parce qu’hier nous avons constaté que l’accès et le stationnement ne poseraient pas problème. C’est en effet à quelques centaines de mètres de cette basilique que s’est établie aux dix-neuvième et vingtième siècles une vaste zone industrielle aux portes de Rome, et que dans cette zone en déshérence s’est installé le musée Montemartini, but de notre visite d’aujourd’hui.

 

390 Rome, séparation saints Pierre et Paul

 

Mais là, juste à côté du musée, cette plaque sur l’immeuble signale l’endroit où saint Pierre et saint Paul se sont séparés avant de s’engager sur la voie de leur martyre. La plaque les représente s’embrassant pour se dire adieu. Une chapelle avait été construite, mais l’élargissement de la via Ostiense a entraîné sa destruction.

 

391a Rome, musée Centrale Montemartini

 

Depuis 1870 Rome est devenue capitale de l’Italie. Cela signifie un changement radical de ses fonctions et de sa dimension. La population afflue. En 1912, sous la responsabilité de Giovanni Montemartini qui lui laissera son nom, est construite sur 20 000 m² une puissante centrale thermique produisant de l’électricité, capable d’alimenter la moitié de Rome. À cette époque, il y avait encore une barrière d’octroi, et le choix de cet emplacement "fuori le mura", hors les murs, permettait d’économiser le montant des taxes d’octroi sur les tonnes et les tonnes de charbon acheminées. Après la Deuxième Guerre Mondiale, sa capacité sera encore considérablement augmentée, mais dans les années quatre-vingts les coûts de maintenance et de production la firent tellement moins rentable que des centrales modernes qu’elle fut arrêtée. Ci-dessus, son aspect d’extérieur noble, témoin de l’ère industrielle.

 

391b Rome, Centrale Montemartini

 

Que faire de ces bâtiments et de ces matériels historiques ? Car cela a un intérêt historique malgré tout. On voit ci-dessus un compresseur à trois phases. Comme toute dictature, l’époque du fascisme n’est pas défendable humainement. Pas plus que la folie des grandeurs de Mussolini, qui se prenait pour un empereur romain et construisit des édifices déments. Mais son désir de retrouver la grandeur passée de Rome a eu cet effet bénéfique, qu’il avait à cœur de sauvegarder tous les témoignages de l’Antiquité que l’on retrouvait. Et comme ses travaux titanesques retournaient le sol de la ville, bien des choses ont ainsi été mises au jour. Et déjà les musées du Capitole regorgeaient d’œuvres d’art. Le Vatican étant indépendant, pas question non plus de donner au pape les richesses italiennes pour enrichir les musées du Vatican. Alors on a entassé cela dans les caves du Capitole (laissons celles du Vatican à André Gide).

 

391c Rome, Centrale Montemartini

 

Dans les années 90 est venue l’idée de mêler le patrimoine industriel et le patrimoine antique en récupérant les espaces de ce quartier. L’idée peut paraître folle, mais en réalité elle est extrêmement intéressante. On voit ici la grande salle des machines, avec des statues romaines le long des travées et aux extrémités. Et dans ce bâtiment ont été installées toutes les trouvailles du vingtième siècle. Du haut de son petit siège, la surveillante de salle a vue sur les visiteurs, mais aussi sur toutes ces beautés antiques dont elle peut se repaître si, comme je le lui souhaite, elle en a envie. Dans le fond, un groupe d’étudiants avec leur professeur. Au milieu, se dirigeant à grands pas vers la gauche, c’est Natacha que quelque statue attire comme un puissant aimant.

 

391d Rome, Centrale Montemartini

 

Encore une image pour montrer l’effet produit par ce mélange de grosses machines et d’œuvres antiques. Au premier moment, on pourrait se dire que c’est si incongru que l’on ne sait plus ce que l’on est venu voir. En fait, ces mécanismes massifs, noirs, visiblement utilitaires, permettent de donner plus de relief à la blancheur des marbres, à l’inutilité technique de l’art dont la nécessité est d’un autre domaine, etc. Et inversement, la relative fragilité des statues, leurs dimensions plus modestes, la signification artistique qu’elles ont et le sens du temps qui passe sur les civilisations dont elles sont les témoins, cela accentue la gigantesque noirceur de ces monstres d’acier. Bon, j’arrête là mon lyrisme et je passe à la suite.

 

391e Rome, Montemartini, Jules César

 

Il y a une très belle collection de bustes, ou de têtes. Ici, Jules César. Je l’ai choisi d’abord pour sa célébrité, évidemment, mais aussi parce que c’est un visage qui a du caractère. Et puis, en le regardant bien, je me demande s’il n’a pas quelque chose –en plus vieux– du jeune Bonaparte au pont d’Arcole, dans la forme du front (et la coiffure de Napoléon plus mûr, sans ses cheveux longs), l’économie du visage. Si ce César avait conservé son nez, sans doute serait-ce encore plus frappant.

 

391f Rome, Montemartini, Auguste

 

Autre empereur célèbre, Auguste. Il a régné plus de quarante ans (César quelques semaines seulement, avant d’être assassiné), il a fait de grandes choses, il est contemporain de la naissance de Jésus, donc du début de notre ère. Alors qu’il n’était encore qu’Octave, il a mené une lutte acharnée pendant la guerre civile, tant à cette période qu’après avoir revêtu la pourpre impériale, il a été inflexible à l’égard de ses ennemis, et pourtant, à voir ce portrait de lui, jeune certes, il ne donne pas l’impression d’être animé par la même force de caractère que César. J’ai tort, évidemment, en disant cela, puisque l’Histoire démontre le contraire. Mais c’est ce que je ressens en regardant cette sculpture. Et puis je dois reconnaître qu’il y a quelque chose de très dur et volontaire dans son regard.

 

391g Rome, Montemartini, Septime Sévère

 

Celui-ci, c’est Septime-Sévère (193-211), le père de Caracalla. Historiquement, je n’ai pas à son égard un intérêt particulier, mais j’ai choisi cette sculpture parce que j’en admire la facture, la pureté et la précision du travail du marbre, la personnalité de ce visage.

 

391h Rome, Montemartini, Antinoüs

 

J’en finirai avec cette représentation d’Antinoüs, le favori d'Hadrien, cet empereur que nous connaissons bien. D’abord par les Mémoires d’Hadrien, ce roman historique de Marguerite Yourcenar que j’ai lu il y a bien longtemps mais que j’ai beaucoup aimé et qui m’a beaucoup marqué. Ensuite, c’est son mausolée que l’on admire sous le nom de château Saint-Ange, cette énorme masse cylindrique sur la rive du Tibre. Et puis, nous avons visité sa résidence, la Villa Adriana, à Tivoli le 15 novembre. Enfin, un peu partout ici à Rome nous voyons des portraits de lui ou des marques de son règne. À cela s’ajoute que j’ai toujours en mémoire cette tête de son malheureux favori Antinoüs, reproduction du musée de Louvre, qui en raison de sa beauté occupait une place d’honneur chez mes parents. En dehors de cela, je dois avouer que le marbre qui figure sur cette photo, représentant le jeune homme sous les traits d’Apollon, quoique très belle formellement ne se distingue pas spécialement à mon goût parmi toutes les sculptures de ce musée, même si c’est une copie, ou une interprétation, romaine d’un Apollon grec du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Elle a été découverte lors des travaux de tracé de la via dei Fori Imperiali, au temps de Mussolini, qui coupe la continuité entre le forum républicain et ceux de l’époque impériale. Elle se trouvait dans une grande propriété privée. Au passage, je rappelle qu’Hadrien a voulu connaître les terres qu’il administrait et qu’il a passé plus de temps entre l’Écosse, la Grèce et l’Orient qu’à Rome, et c’est lors d’un séjour en Égypte qu’Antinoüs, qui l’accompagnait partout, est mort mystérieusement noyé dans le Nil. Suite à ce drame, l’empereur, inconsolable, s’est muré dans une misanthropie qui n’a pas manqué d’influer sur la politique des dernières années de son règne.

 

391i Rome, Montemartini, Asclépios

 

Fini, avec empereurs et proches d’eux. Ici, c’est Asclépios, le dieu médecin. Le 5 décembre, au sujet du temple d’Asclépios à la Villa Borghese, j’ai déjà parlé de lui, je ne recommencerai pas ici. Mais en passant devant cette statue, j’ai été accroché par la qualité artistique qui s’en dégage, et clic-clac, je lui ai tiré le portrait. Et puis en m’approchant, d’abord j’ai vu que c’était Asclépios (je confesse que je ne l’avais pas reconnu), et puis j’ai vu que c’était une copie romaine d’un original de… Phidias. Une référence, en effet.

 

391j Rome, Montemartini, triomphe roi de Mauritanie

 

Ce monument est réalisé dans une pierre identifiée comme originaire d’Afrique. Et ce n’est pas étonnant si l’on sait qu’il a été érigé pour célébrer le triomphe militaire romain lors de l’acceptation officielle de se soumettre par Bocchus, le roi de Mauritanie. Cela se passait à l’époque de Sylla qui s’était fait nommer dictateur à vie et qui a quitté le pouvoir en 79 avant Jésus-Christ. Il avait été vainqueur de Jugurtha, et sans doute souhaitait-il ainsi, par ce genre de célébrations de triomphes, montrer sa force et justifier son pouvoir qui, pour être dictatorial, n’en risquait pas moins d’être renversé par une guerre civile.

 

391k Rome, Centrale Montemartini

 

Changeons de genre. Cette crevette est l’un des détails d’une mosaïque représentant une scène marine avec diverses espèces de mollusques, crustacés, poissons. Elle date soit de la fin du deuxième siècle avant Jésus-Christ, soit du début du premier siècle, et ornait, comment dire ? la salle de bain, ou les thermes, d’une maison particulière de Rome, quelque part entre la basilique Sainte Marie Majeure et le Quirinal.

 

391L Rome, Montemartini, copie époque Hadrien original 28

 

Je voudrais terminer par trois sculptures que j’adore. Elles nous sortent de l’académisme des représentations officielles de grands personnages ou de dieux. Je commence par cette jeune fille qui ne donne pas l’impression de poser pour l’artiste. Elle croise haut les jambes, elle est penchée en avant, si je la vêts d’un T-shirt et d’un jeans, je peux fort bien l’imaginer sur un banc dans la cour du lycée, discutant avec une copine. Elle est à la fois pleine de grâce et pleine de naturel.

 

391m1 Rome, Montemartini, satyre et nymphe

 

Ce groupe, qui mérite d’être vu de tous côtés, représente un satyre qui s’est saisi d’une nymphe. Il appartient à l’école de Pergame et date du milieu du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Par un détail, disons très… physique, on n’a aucun doute sur le désir du satyre ni sur ses intentions. Et la nymphe, elle, n’a pas l’air d’accord du tout. Dommage, on ne voit pas son expression, la tête ayant été brisée. Mais du bras elle repousse la tête du satyre qu’elle a empoignée par les cheveux. Elle lui fait mal, on voit sa grimace, mais il ne veut pas lâcher. Quelle expressivité dans cette scène, et quel humour dans la représentation !

 

391m2 Manif

 

De plus, c’est un excellent argument pour les mouvements de libération de la femme. Le 28 novembre, nous avions vu une manifestation de femmes, et sur l'un des panneaux il était inscrit "Quando une donna dice NO è NO". Quand une femme dit NON, c’est NON. Comme quoi il n’est pas inutile de le répéter depuis 22 siècles…

 

391n Rome, Montemartini, muse Polymnie, copie de Rhodes 2

 

La troisième de mes statues favorites est la muse Polymnie. Cette œuvre romaine du deuxième siècle de notre ère est une copie d’un original grec de Philiskos de Rhodes (deuxième siècle avant Jésus-Christ) qui avait réalisé un grand ensemble réunissant toutes les muses. Polymnie s’enveloppe jusqu’au cou dans un grand vêtement de drap suffisamment fin pour que se voie à travers la forme de sa main qui le retient serré sous son cou. Son autre main, qui porte un jonc à l’annuaire, sort négligemment des plis du manteau. Le regard dans le vague, un demi-sourire sur les lèvres, elle semble plongée dans une profonde songerie. Cette songeuse me fait irrésistiblement penser au Penseur de Rodin. Lui appuie son coude sur sa cuisse, elle sur une espèce de rocher, ou de tronc, cependant il y a quelque chose de commun dans cet appui sur un coude, le corps penché en avant. Mais ma belle Polymnie a des traits doux, pleins de charme. Comme la jeune fille assise jambes croisées, cette muse est dans une attitude de la vie, elle n’a rien de hiératique, on a envie de s’adresser à elle. Voilà pourquoi j’avais envie de l’utiliser comme conclusion de cet article.

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Published by Thierry Jamard
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catherine Dobler 05/04/2012 20:29

très belles photos et commentaires très judicieux. Bravo!

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