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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 17:12

327a Rome Isola Tiberina

 

Aujourd’hui, nous avons un programme bien structuré et très chargé. J’ai étudié le parcours des bus et tramways, et au métro San Giovanni nous voulons prendre le tram n°3, il est remplacé par un bus, ce qui est moins rapide. Mon plan ne donnait que les principaux axes suivis, et à l’endroit qui nous intéresse il fait un grand crochet. Bah, il fait beau, nous perdons certes du temps sur le programme mais le Tibre est vert et brillant sous le soleil du matin, l’île du fleuve (l’Isola Tiberina) est dorée, c’est très agréable.

 

327b Roma Ponte Rotto

 

Nous faisons même un petit aller et retour sur le pont en aval de l’île (ponte Palatino), avec vue sur le fragment de vieux pont dont l’origine remonte au milieu du deuxième siècle avant Jésus-Christ, mais qui s’est écroulé deux fois avant que le pape le fasse reconstruire "définitivement" en 1575… pour qu’il s’effondre de nouveau dès 1598. Il a alors été abandonné, et on peut le voir depuis le nouveau pont reconstruit le long de la seule arche qui en subsiste.

 

328a Santa Maria in Trastevere

 

Nous voici arrivés à Santa Maria in Trastevere que nous avons déjà vue le 10 décembre, mais brièvement et de nuit. Nous souhaitons la revoir, c’est donc notre première étape. Là, en 38 avant Jésus-Christ, pendant un jour entier a jailli une source d’huile (de pétrole ?) et cela ayant été interprété a posteriori comme l’annonce de la grâce répandue par le Christ, une chapelle a été bâtie ici par le pape aux alentours de l’an 220. Une basilique l’a remplacée au milieu du quatrième siècle, puis la basilique actuelle en 1140.

 

328b Santa Maria in Trastevere

 

De même que lors de notre première visite, nous sommes éblouis par les mosaïques du douzième siècle, comme celle-ci qui orne la curieuse façade de l’église.

 

328c Santa Maria in Trastevere

 

Puis nous pénétrons dans l’église. La nef est splendide avec son pavage en mosaïques géométriques toutes en courbes, avec ses nobles colonnades, avec son plafond à caissons.

 

328d Santa Maria in Trastevere

 

Mais le chœur comme l’abside, dont j’ai déjà montré une photo le 10 décembre, sont entièrement revêtus de mosaïques du douzième siècle qui nous ont encore plus éblouis, avec leurs ors, que celles de la façade. Ici on voit, sous la main de Dieu le Père, le Christ en majesté et à ses côtés Marie en vêtements d’impératrice de Constantinople.

 

328e Santa Maria in Trastevere

 

Je devrais en finir avec cette mosaïque, mais je ne peux résister à l’envie de montrer de près ces amusants moutons.

 

328f Santa Maria in Trastevere, Annonciation

 

Ni cette belle Annonciation. Puisque c’est l’un des thèmes les plus fréquents de la peinture, de la sculpture, de la mosaïque religieuses, je l’ajoute à ma collection, à titre de comparaison. Curieuse position de l'aile gauche de l'ange (peut-être un coup de vent, un jour, la lui a-t-il cassée), et puis l'on voit la colombe de l'Esprit-Saint qui vole de Dieu le Père vers Marie.

 

328g1 Santa Maria in Trastevere

 

328g2 Santa Maria in Trastevere

 

Dans une chapelle latérale, nous avons vu quelque chose de très curieux, mais hélas sans aucune explication. Comme on le voit sur la seconde de ces photos, un puissant mécanisme a permis de décoller du mur cette peinture présentée sous verre et qui, pour plus de sûreté, repose sur un support. C’est apparemment un tableau extrêmement ancien, peut-être paléo-chrétien, un genre d’icône –sur bois semble-t-il–, avec une représentation très fine de saints que je n’ai pas identifiés. Ce mécanisme, je suppose, permet d’approcher ce tableau des fidèles à l’occasion de Noël, peut-être aussi d’autres fêtes, alors que le reste de l’année tout reprend sa place sur le mur au-dessus de l’autel. De quoi qu’il s’agisse, c’est splendide et émouvant.

 

328h Santa Maria in Trastevere, crèche

 

En ce mois de décembre où nous visitons beaucoup de ces innombrables églises de Rome dont beaucoup sont, et contiennent, des œuvres d’art, nous avons bien sûr vu de nombreuses crèches. Celle de Santa Maria in Trastevere a ceci d’original qu’elle est présentée derrière un cadre doré, comme s’il s’agissait d’un tableau en relief, et au fond est placée une représentation de la place de l’église, avec sa fontaine. Elle fait donc naître Jésus dans cette paroisse.

 

Nous nous hâtons ensuite vers la Villa Farnesina. Agostino Chigi, homme de goût et qui avait les moyens (il était d’une famille de riches banquiers qui, plus tard, donnera à l’Église le pape Alexandre VII), fit construire au début du seizième siècle cette somptueuse villa, et s’offrit les services de Raphaël et de son habituelle bande d’amis pour en décorer murs et plafonds. Ce n’est pas un musée, il n’y a ni meuble, ni tableau, ni sculpture, ni objet d’aucun genre, seulement les admirables fresques des quelques salles ouvertes. Mais… photo interdite. Goethe écrit : "J’ai vu, à la Farnesina, l’Histoire de Psychè dont la reproduction en couleur a égayé pendant tant d’années mon appartement".

 

Nous restons à admirer jusqu’à l’heure de fermeture, à 13h30. Hé oui, la Villa Farnesina est fermée tout l’après-midi. Pour la suite de notre programme, nous reprenons des forces avec un très bon déjeuner dans ce qui à première vue paraîtrait un petit boui-boui très bas de gamme, et qui pour seulement 12 Euros par personne offre un menu dont la nourriture est simple mais bonne. Cela vaut la peine d’en donner l’adresse : Ristorante della Scala, Piazza della Scala 19-21.

 

329a Rome, Trilussi

 

En partant, un coup d’œil à un monument original. Carlo Alberto Salustri (1871-1950), Trilussi de son pseudonyme, est un poète qui écrivait en dialecte romain. Pendant les années Mussolini, il a souhaité se qualifier de "non fasciste" plutôt que d’antifasciste. Vingt jours avant sa mort, le gouvernement l’a nommé "sénateur à vie" ce que, sentant sa fin arriver, il a appelé avec humour "sénateur à mort". Ici, on voit le monument élevé en son honneur, avec un de ses poèmes en dialecte.

 

329b Rome, Ponte Sisto

 

Nous gagnons l’île par le Ponte Cestio, du premier siècle avant Jésus-Christ, mais en bonne partie reconstruit au dix-neuvième siècle, ce qui ne l’empêche pas d’être sympathique.

 

329c Rome, palais Farnèse, ambassade de France

 

Mais de l’autre côté, pour ressortir de l’île, nous franchissons le Ponte Fabricio, lui étant authentiquement antique (seul dans ce cas à Rome), et construit en 62 avant Jésus-Christ. Nous nous rendons au Palais Farnèse, siège de l’ambassade de France que Jérôme, mon petit frère qui s’occupe de toutes mes affaires en mon absence, m’a recommandé d’aller visiter, ayant vu à la télévision une émission où l’on montrait ses splendeurs. Visites seulement le lundi et le jeudi, à 15h, 16h et 17h. Nous nous pointons donc ce jour, lundi, un peu avant 15 heures. Le policier, à l’entrée, nous dit qu’il n’y a aucune visite pendant la période des fêtes, et que de toute façon l’inscription sur Internet est obligatoire, avec actuellement une attente de quatre mois. Je sais, je sais, nous ne sommes pas pressés de repartir de Rome, nous y sommes depuis près de deux mois, mais quand même je pense que cette visite sera pour un autre voyage. Je montre malgré tout cette façade, parce qu’on y voit le drapeau français. Cocorico.

 

329d Rome, Campo dei Fiori, Giordano Bruno

 

Nous continuons notre balade en nous rendant au Campo dei Fiori. Il s’y déroule chaque matin un marché alimentaire, mais à plus de quinze heures les étals ne sont pas encore tous démontés, et le nettoyage commence juste. Ce n’est pas le moment le plus favorable pour admirer cette place, mais on peut quand même apprécier cette statue de Giordano Bruno (1548-1600), ce moine dominicain qui, s’appuyant sur les travaux de Copernic et sur ses propres réflexions philosophiques, a affirmé que l’univers est infini et que notre monde est un parmi bien d’autres, ce qui lui a valu un procès qui, durant de 1592 à 1600, a débouché au terme de ces huit années à une condamnation à mort, et Bruno a été brûlé vif ici même, sur ce Campo dei Fiori.

 

329e Rome, piazza Navona

 

Nous voici arrivés sur cette immense piazza Navona, toute en longueur avec deux extrémités arrondies. Ça ne s’appelle pas un ovale, ça j’en suis sûr. Je crois que c’est un rhomboïde, mais j’en suis beaucoup moins sûr. Elle succède à un stade créé en 86 de notre ère par l’empereur Domitien. Nous y sommes déjà passés plusieurs fois, et si j’en parle aujourd’hui, c’est parce que j’ai lu à son sujet quelque chose d’amusant. Le Bernin et Borromini étaient deux architectes rivaux et ennemis. Borromini a exécuté la façade de l’église Sant’Agnese in Agone, et le Bernin a effectué la fontaine des fleuves, quatre statues gigantesques représentant le Danube, le Nil, le Gange et le Rio de la Plata pour symboliser l’Europe, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique. En regardant cette statue sous un certain angle, on comprend cette rumeur selon laquelle le Bernin aurait donné l’impression que l’une des statues voulait se protéger de la chute de l’église de son ennemi Borromini, jugé incapable de bâtir un édifice solide. Certes, ce serait un cruel coup donné à son adversaire, mais l’intention ne pouvait y être, et ce n’est qu’une légende, car la façade de Sant’Agnese in Agone est postérieure de plusieurs années à la fontaine des Fleuves…

 

Le programme comportait la visite de Sant’Agnese, fermée le lundi, et nos guides –qui donnent les horaires d’ouverture– l’ignorent. Tant pis, ce sera pour une autre fois. Nous continuons vers Santa Maria della Pace, idem. Décidément, entre le palais Farnèse et ces deux églises, nous manquons de chance. Du coup, il est à peine plus de 17h30 quand nous arrivons au terme de notre programme.

 

330a Rome, Sant'Agostino

 

Mais l’église Sant’Agostino, qui devait faire partie d’un programme ultérieur, n’est pas loin du tout. Nous nous y rendons et, ô miracle, elle est ouverte.

 

330b Rome, Sant'Agostino, Caravage

 

C’est cette église qui possède la remarquable Madone des pèlerins, du Caravage, que nous avons vue à la Villa Borghèse le 25 novembre, sans avoir le droit de la photographier. Nous entrons et, surprise, dans la première chapelle à gauche, le tableau est là, bien en place, alors que l’exposition à la Villa Borghèse a lieu jusqu’au 24 janvier. Étonnement. Il y a là une guide privée, avec un tout petit groupe de touristes auxquels elle donne des explications détaillées sur le tableau. Quand elle en a fini, Natacha lui demande ce qu’est ce tableau, l’original, une copie ancienne… La guide, d’un air offusqué et avec un ton d’autorité, réplique que c’est bien évidemment l’original. Mais alors, qu’avons-nous vu à la Villa Borghèse ? insiste Natacha. Non, voyons, ceci est l’original, bien sûr, affirme avec force la personne détentrice du savoir. À la fin de notre visite de l’église, j’achète une carte postale pour la collection de ma grande sœur, et j’en profite pour demander où est l’original, où est la copie. Et ce monsieur, qui sait de quoi il parle parce qu’il a assisté aux opérations, nous dit que ce que nous voyons n’est qu’une photo du tableau original. Et voilà comment on peut faire confiance aux spécialistes au ton docte.

 

330c Rome, Sant'Agostino, Sansovino

 

Mais revenons à notre visite. Près de l’entrée, une Vierge à l’Enfant de Sansovino, appelée Madona del Parto, la Madone de l’Enfantement. Je ne peux pas dire que j’en raffole, avec sa position style déesse Minerve, d’autant plus que la même pruderie qui avait fait rajouter au Christ de Michel-Ange à Santa Maria sopra Minerva (15 septembre) un ridicule pagne métallique, en affuble aussi cet Enfant Jésus. Mon Dieu, mais quelle horreur si l’on pouvait penser, ne fût-ce qu’un instant, que ce bébé puisse être sexué. L’Église fête, et fêtait déjà à l’époque, le premier janvier la circoncision de Jésus, saint Luc la raconte dans son évangile, mais comment peut-on circoncire ce qui n’existe pas ?

 

330d Rome, Sant'Agostino, Sansovino

 

En revanche, j’adore cette statue qui ajoute sainte Anne à la composition, et qui est due au même artiste. Jésus et Marie se regardent avec tendresse, et surtout, surtout, sainte Anne fond devant son petit-fils. Elle a passé un bras sur les épaules de sa fille, de l’autre main elle joue avec le pied de Jésus, et sous son voile son visage de femme âgée sourit avec une telle douceur, un tel amour… C’est une scène réaliste et émouvante. Sans doute est-ce pour cela que les Romains en ont fait une statue parlante. Il faut entendre par là que pour déjouer la censure, dans le temps passé, satires et épigrammes étaient confiées en cachette à des statues, dont celle-ci, et lorsque le papier où elles étaient inscrites était découvert elles se répandaient par le bouche à oreille pour la plus grande joie des citoyens. Mais cette sainte Anne n’était ni la plus célèbre, ni la plus bavarde. J’aurai l’occasion, un autre jour, de parler de Pasquino.

 

330e Rome, Sant'Agostino, Raphaël

 

Cette statue est située sous le troisième pilier, en partant du fond de l’église, sur la gauche de la nef. Et sur ce pilier, au-dessus de la statue, se situe une fresque de Raphaël. Ayant vu l’œuvre de Michel-Ange à la chapelle Sixtine, il réalisa cette représentation du prophète Isaïe en s’inspirant du style du grand maître. Pour moi, je trouve cette peinture décevante de sa part. Je ne le crois pas fait pour ces représentations puissantes. À la limite, je trouve même cette fresque un peu ridicule. Mais par faveur ne le répétez pas, je passerais pour le barbare… que je suis sans doute.

 

331a Rome, Sant'Agostino, ste Monique

 

Je savais, bien sûr, que saint Augustin (354-430), le patron de cette église, cet ancien débauché qui s’est converti, racheté, est devenu évêque d’Hippone (Annaba, en Algérie), a écrit les Confessions dont, sans enthousiasme parce que je trouve ce livre peu excitant, j’ai traduit du latin quelques pages dans le passé, était le fils de sainte Monique. Comment l’ignorer, puisque Maman se prénomme Monique. Mais j’ignorais qu’elle était morte à Ostie (et nous avons visité cette Ostia Antica, le grand port de Rome, le 11 novembre) et que cette église possédait son sarcophage, conservé dans une niche contre le mur d’une chapelle à la gauche du chœur.

 

331b Rome, Sant'Agostino, ste Monique

 

De ce sarcophage, seul le couvercle a été conservé. Mais les reliques de sainte Monique ont été transférées dans cette boîte située sous l’autel de cette chapelle. L’inscription dit, en latin : "Sainte Monique, prie pour nous".

 

331c Rome, Sant'Agostino, ste Monique

 

Sur les murs de la chapelle, des tableaux représentent des épisodes de la vie de sainte Monique. Je termine donc cet article par deux de ces tableaux. Après cette visite, nous sommes rentrés au camping-car. La suite au prochain numéro !

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Published by Thierry Jamard
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