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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 21:10

382a Rome, Domine quo vadis

 

L’autre jour, le 16 janvier, lorsque nous sommes allés nous promener sur la via Appia Antica, nous avons parcouru beaucoup de chemin à pied, nous avons effectué plusieurs visites de monuments, le cirque de Maxence, le mausolée de Cecilia Metella, deux catacombes. Nous avons réservé pour une autre fois –aujourd’hui– notre visite de cette petite église appelée Domine quo vadis.

 

382b Rome, Domine quo vadis

 

C’est ce qui figure sur le fronton : "Haeic Petrus a Xsto petiit", qu’en latin classique je lis "Hic, Petrus a Christo petiit", – Ici, Pierre a demandé au Christ. Suit ce qui est devenu l’un des noms de l’église qui a été construite sur le lieu de la scène : "Domine, quo vadis ?" ce qui signifie "Seigneur, où vas-tu ?"

 

On sait que saint Pierre avait été incarcéré à Jérusalem, puis libéré de ses chaînes par un ange, et il était alors parti pour Rome. Là, voilà qu’à la suite du grand incendie qui a détruit la plus grande partie de la ville, Néron en rend coupables les chrétiens pour détourner les soupçons qui pesaient sur lui d’avoir voulu faire de la place pour sa Domus Aurea, sa Maison Dorée. Pierre est, parmi les apôtres, celui que je préfère, parce que ce n’est pas un surhomme, il a cru pouvoir marcher sur l’eau comme Jésus, il l’a renié trois fois après avoir affirmé que jamais il ne ferait une chose pareille, il a peur. C’est le genre de faiblesse que saint Paul ne lui pardonnait pas. Et voilà qu’apprenant un début de persécution des chrétiens, effrayé par le sort qui risque de l’attendre, il veut fuir Rome. Ses chevilles sont encore blessées des chaînes de Jérusalem, des bandes pansent ses plaies. Dans sa fuite, il en perd une là où a été construite l’église Santi Nereo ed Achilleo, et continue sa route vers la via Appia qui pourra le jeter dans l’anonymat de la campagne, et peut-être jusqu’à la côte des Pouilles où un bateau l’emmènera vers la Grèce ou la Palestine. Mais ici même où nous sommes aujourd’hui, saint Pierre voit devant lui Jésus en personne, portant sa croix. Stupéfait, il lui demande "Seigneur, où vas-tu ?" en s’arrêtant tout net dans sa course. Il est alors pris de honte et de remords devant sa conduite, et repart vers Rome. On connaît la suite, et son martyre.

 

382c Rome, Domine quo vadis

 

Juste en passant, cette image qui montre que, décidément, le pape Urbain VIII Barberini est absolument partout à Rome.

 

382d Rome, Domine quo vadis

 

Cette église est toute petite, et architecturalement elle ne présente pas un grand intérêt. Elle a été reconstruite par le pape Clément VIII (1592-1605). Ce n’est pas pour admirer l’élégance de colonnes, la beauté de sculptures, l’ampleur de ses dimensions, que nous nous y sommes rendus, c’est d’une part parce qu’à Rome nous marchons sur les traces de saint Pierre, et d’autre part pour une raison littéraire dont je parlerai dans un instant.

 

382e Rome, Domine quo vadis

 

En effet, je souhaite d’abord en finir avec mon histoire de saint Pierre. L’Église ne fait pas du tout un dogme de cette apparition du Christ, même si généralement elle la considère comme historique. En revanche, il semble que pas grand monde, aujourd’hui, prenne au sérieux les empreintes reproduites sur la photo ci-dessus, qui auraient été laissées par Jésus dans une pierre qui a été scellée dans le sol de la nef. Il y a des savants qui étudient l’authenticité du voile de Véronique, je ne sache pas qu’il y en ait qui se posent des questions sur cette pierre. Ce qui n’empêche pas qu’elle soit intéressante et signifiante.

 

382f Rome, Domine quo vadis

 

Sur les murs de l’église, de part et d’autre, à gauche Pierre, à droite Jésus, ces fresques représentent les deux protagonistes de la rencontre censée avoir eu lieu ici.

 

382g Rome, Domine quo vadis

 

Et encore plus loin, dans le chœur (on les aperçoit sur ma photo de la nef), également de part et d’autre, les fresques représentent les deux crucifiés. Ici, bien sûr, c’est Pierre qui par humilité n’avait pas voulu être crucifié comme son maître Jésus, et avait obtenu de ses bourreaux d’être fixé la tête en bas. Dans cette position, ses cheveux tombent vers le sol avec réalisme, ses bras ne le supportent pas parce qu’il est pendu par les pieds, seule entorse à une représentation conforme à ce que l’on peut imaginer, le pagne reste pudiquement en position contraire à l’attraction de la gravité terrestre. Mais peu importe, cette image a pour moi un fort impact.

 

382h Rome, Domine quo vadis, Sienkiewicz

 

Je disais tout à l’heure que la seconde raison qui nous avait amenés ici était littéraire. Dans le bas de l’église, à gauche, on peut voir, sur un piédestal, un buste de l’écrivain polonais Henryk Sienkiewicz. Je lui laisse la parole : "Voilà sept ans, lors de mon dernier séjour à Rome [en 1894], j’ai visité la ville et les environs avec Tacite à la main. Je peux dire clairement que l’idée même était déjà mûre en moi. Il n’y avait qu’à trouver un point de départ. La chapelle Domine quo vadis ?, la basilique Saint Pierre, les collines Albanes, les Trois Fontaines ont effectué ce travail. Voilà la genèse de Quo Vadis".

 

Ailleurs, il ajoute quelques détails : "Le célèbre peintre polonais Siemiradzki qui, à l’époque, vivait à Rome, […] m’a fait voir la chapelle Domine quo vadis ?. C’est alors que me vint à l’esprit l’idée d’écrire un roman sur cette époque et j’ai pu la réaliser grâce à la connaissance de l’origine de l’église".

 

Voilà donc l’explication du titre de ce roman. Avant de conclure cet article, j’ajoute une anecdote familiale. Lorsque nous étions enfants ou adolescents, pour les vacances scolaires de Pâques, à plusieurs reprises mes parents ont loué une maison à Trégastel, en Bretagne, sur la Côte de Granit Rose. Et chaque fois que dans la baie de Ploumanac’h nous voyions un certain îlot, Papa nous redisait (parce que c’était devenu un "bateau") : "C’est le château de Costaëres, où Sienkiewicz a écrit Quo Vadis". J’ignore où il avait pris cette information, ni si elle est vérifiée (sur place, récemment, on m’a dit que le château appartenait à un Allemand, mais il a évidemment pu changer de mains en plus d’un siècle, et d’ailleurs il n’a jamais été dit que Sienkiewicz était propriétaire du lieu où il avait écrit son roman), mais étant donné ce souvenir lié à Papa et à mon enfance, je n’ai pu être indifférent à la visite d’aujourd’hui.

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Published by Thierry Jamard
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