Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 17:23

336a Rome, Circo Massimo

 

Ce matin, nous prenons le métro A jusqu’à Termini, puis nous changeons pour la ligne B et descendons à la station Circo Massimo, qui nous met à l’extrémité sud-est du Circus Maximus, soit le plus grand cirque de Rome, créé au lieu même où avait eu lieu l’enlèvement des Sabines. Romulus, qui avait fondé une ville à lui tout seul se trouvait être le seul habitant de sa ville (il avait même tué son jumeau Rémus), aussi offrit-il la citoyenneté à quiconque voudrait venir s’installer, ce qui fit de cette Rome naissante un repaire de brigands chassés de partout, hommes migrant sans femmes. Comment assurer la survie de la cité ? Romulus imagina d’inviter ses voisins les Sabins à de grandes fêtes, qui se déroulèrent en ce lieu. Puis, quand la foule des Sabins arriva, les Romains s’emparèrent de toutes les femmes en âge de procréer, façon énergique et efficace de fonder des foyers.

 

C’est donc sur cette belle esplanade que le roi étrusque Tarquin, au sixième siècle avant Jésus-Christ, créa un cirque monumental où l’on donnait devant 300 000 spectateurs, et même 400 000 après son agrandissement par l’empereur Constantin, des courses de chars attelés de deux, trois ou quatre chevaux sur une piste de plus de 500 mètres de long, avec une arête centrale (la spina) limitée par deux bornes (metæ). Ce cirque, par sa forme et ses équipements, était en principe réservé aux courses de chevaux attelés, mais parfois il s’y déroulait d’autres spectacles. Selon ce que raconte Aulu-Gelle, écrivain auteur d’anecdotes né en 130 après Jésus-Christ, un certain Androclès avait été condamné à être livré en pâture à un lion dans ce Circus Maximus. Androclès est placé le premier, puis le lion est lâché. Il se précipite en courant vers sa proie puis, arrivé tout près de l’homme, il s’arrête et se frotte contre lui comme un gros chat, et il lui lèche les pieds. L’explication, c’est qu’autrefois Androclès, dans le désert, avait trouvé un pauvre lion qui ne pouvait plus marcher, une épine s’étant enfoncée dans sa patte et la blessure s’étant infectée. Pris de pitié, Androclès avait arraché l’épine et avait soigné la patte. Le hasard avait voulu que ce lion fût capturé, puis utilisé pour le spectacle cruel donné au public romain dans le Circus Maximus. Aujourd’hui, on ne voit plus guère qu’une immense esplanade où se promène le public, avec une ligne herbue surélevée au milieu, et de chaque côté un talus, particulièrement élevé et abrupt sur le flanc nord-est. Chacun de ces flancs est longé par une large avenue, sur laquelle les voitures s’élancent comme des folles, mais sur la hauteur au-dessus de l’avenue sud-ouest on peut admirer une magnifique ligne de bâtiments antiques, particulièrement en relief ce matin sous ce ciel d’un bleu-gris sombre.

 

336b Rome, auriges en mosaïque

 

Les courses donnaient lieu à des paris et à des passions, chacun soutenant l’un des quatre chars distingués par des couleurs, écurie bleue, écurie blanche, écurie verte, écurie rouge. Je ressors ci-dessus une photo que j’avais prise le 22 novembre au Palazzo Massimo alle Terme où l’on voit une mosaïque représentant quatre auriges, chacun habillé aux couleurs de son écurie. Pillant le guide Michelin, j’ajoute deux anecdotes concernant l’excès des passions. L’empereur Vitellius (le troisième de "l’année des trois empereurs", 68-69 de notre ère, qui a directement précédé Vespasien), soutenait l’écurie bleue, eh bien c’est simple, il fit exécuter les auriges des trois autres chars. Quant à Caracalla, empereur de 211 à 217 (celui qui fit construire les plus grands thermes que Rome ait jamais connus, thermes que nous n’avons pas encore visités mais que nous n’allons pas tarder à programmer), lui, il était pour les verts. Il a imité la méthode de Vitellius à l’encontre de l’aurige bleu, du blanc et du rouge. Comme quoi les hooligans sont des enfants de chœur avec leurs attaques même pas toujours mortelles lors des matches de football.

 

337a Rome, bâtiment de l'annone

 

Peu après avoir quitté le Circo Massimo à son extrémité nord-ouest, nous tombons en arrêt devant des sculptures imitant l’ancien sur les colonnes d’un porche. Il est curieux que le regard du casque, sur le pilier gauche, ne soit pas tourné vers l’entrée, comme le sont au contraire l’aigle et le visage sur le pilier de droite. Rapprochés comme je les présente sur le montage ci-dessus, c’est particulièrement frappant. Sur le bâtiment lui-même figure la plaque ci-dessous.

 

337b Rome, bâtiment de l'annone

 

Cela fait tout drôle de voir une plaque sur un bâtiment public informant "S.P.Q.R. [Senatus PopulusQue Romanus = le Sénat et le Peuple Romain] – Commune de Rome – Répartition 11 – Annone et marchés". Du temps de la Rome antique, l’annone, c’est le ravitaillement. Un préfet de l’annone, haut fonctionnaire, est à la tête d’un service comportant de nombreux subalternes de tous niveaux, service chargé de l’approvisionnement de la capitale. De plus, au deuxième siècle de notre ère, 150 000 prolétaires sont inscrits officiellement sur les registres de l’annone en tant que clients de l’empereur, ce qui leur assure pour toute la vie une distribution mensuelle gratuite de vivres, blé entre autres, puisque l’argent de l’état et celui de l’empereur sont confondus. On comprend que je sois amusé en voyant que le mot d’annone est encore utilisé de nos jours pour désigner un service officiel.

 

337c Rome, temple de Vesta

 

Il n’y a pas loin de l’extrémité nord-ouest du Circo Massimo à ce temple dit de Vesta, bien qu’il n’ait jamais été affecté à cette déesse, puisqu’il n’y a jamais eu à Rome qu’un seul et unique temple de Vesta, situé sur le forum, mais sa forme ronde est la cause de cette erreur d’interprétation. En fait, ce fut probablement un temple en l’honneur d’Hercule, particulièrement célébré en ce lieu. Il me faut raconter maintenant l’histoire de ce demi-dieu lors de son passage ici, reconstituée à travers Virgile, Tite-Live, Ovide. C’était bien avant la fondation de Rome par Romulus. Il revenait d’au-delà l’Océan avec les bœufs de Géryon (c’est une autre histoire). Espagne, Gaule, Italie. Arrivé près du Tibre, il mit les bœufs à paître en liberté et s’endormit près du fleuve. Cacus, un brigand à trois têtes, en profita pour tirer par la queue quatre bœufs et quatre vaches vers sa caverne de l’Aventin (plus au sud en aval du Tibre, là où nous avons visité le 17 décembre l’église Sainte Sabine), pour que les traces de pas sur le sol donnent l’impression que les bêtes en étaient sorties. Mais la sœur de Cacus, qui répondait au charmant nom de Caca, révéla à Hercule (qui, dupe de la ruse, était tombé dans le panneau) où était la cachette. De plus, les bêtes volées, sentant leurs congénères, les appelèrent à grands beuglements. Cacus, pour se défendre, cracha le feu de ses trois bouches (n’est-ce pas ce qui a donné l’idée du lance-flammes aux militaires modernes ?), mais pif, paf, pouf, Hercule le tua en trois coups de sa massue. Depuis, on lui a voué ici un culte et, une fois Rome fondée, une fois la république instituée, on a fait du lieu un marché aux bœufs (et autres bestiaux), d’où le nom de forum Boarium (en latin, le bœuf se dit bos).

 

337d Rome, temple de la Fortune Virile

 

Tout près, se trouve le temple dit "de la Fortune Virile", en fait destiné à un dieu mal identifié, peut-être le dieu du port de Rome sur le Tibre qui coule à quelques mètres ; ce temple, le mieux conservé de Rome et où, dès le neuvième siècle, s’établit une chapelle, date de la fin du deuxième siècle avant Jésus-Christ.

 

338a Rome, casa dei Crescenzi

 

338b Rome, casa dei Crescenzi

 

À la suite de ces deux temples (on l’aperçoit d’ailleurs en arrière plan du temple de la Fortune Virile) se trouve un édifice du douzième siècle, la Casa dei Crescenzi (nom italien moderne de la famille Crescentius), construit avec des éléments pillés sur les bâtiments antiques ou même plus récents, comme cet arc de cercle ou cette amusante sculpture. Ces gens percevaient le péage pour le passage sur le pont AEmilius, ce pont "brisé", en italien Ponte Rotto.

 

340a Rome, Santa Maria in Cosmedin

 

Nous nous rendons maintenant à l’église Santa Maria in Cosmedin. Il s’agit d’une église catholique de rite grec. On peut aisément se rendre compte de sa proximité avec le temple de la Fortune Virile qui apparaît en premier plan ; et plus à droite que ma photo, mais à égale distance de la fontaine, il y a le prétendu temple de Vesta. Le porche de l’église est bien fermé par de solides grilles devant les sept arches de son portique.

 

340b Rome, Bocca della Verità

 

Forte protection, parce que sous ce porche est fixée au mur une très célèbre pierre ronde, plate, représentant un impressionnant visage d’homme, avec une fente pour la bouche et d’autres pour les yeux. Cette divinité marine était sans doute, dans l’Antiquité, une plaque d’égout du temple d’Hercule avec en guise de bouche et d’yeux des prises pour la lever. Mais au Moyen-Âge, une légende en a fait la Bouche de la Vérité (la Bocca della Verità) : si un menteur y mettait la main, les mâchoires se refermeraient et la broieraient. Pour confirmer cette légende, il paraîtrait que parfois pour confondre un accusé présumé coupable mais qui refusait d’avouer, on l’aurait soumis au jugement de la bouche derrière laquelle un policier caché et armé d’une épée se serait chargé de démontrer où était la vérité.

 

En 1864 encore, la Française Louise Colet, dans L’Italie des Italiens, dit que depuis longtemps les femmes romaines ont menacé les fiancés infidèles de les lui soumettre, tandis que les mères épouvantent leurs enfants menteurs. Je ne peux mettre entre guillemets cette citation dont les termes ne sont peut-être pas exactement respectés, parce qu’il s’agit de ma propre retraduction d’un texte que j’ai trouvé cité en italien. Et je fais de même pour Edmond About qui, dans Rome contemporaine (1865), met en doute cette légende : il y a introduit la main droite en disant que le ghetto était un lieu de délices, et il n’a pas été mordu. Dans le film Roman Holiday de William Wyler, avec Gregory Peck et Audrey Hepburn, que nous avons acheté à la Fnac de Rome et que nous avons regardé sur nos écrans d’ordinateurs, il y a une scène excellente qui se déroule à la Bocca della Verità, mais je n’en dis pas plus pour le cas où cela donnerait envie de regarder ce vieux film.

 

339a Pasquino

 

Mais pour finir, je laisse la parole au savoureux Pasquino. Je ne sais pas si, avant notre départ, j’aurai l’occasion de le montrer, parce que j’ai attendu pour le prendre en photo, et maintenant des associations qui dénoncent "27 décembre 2008 – 27 décembre 2009. 1415 Palestiniens tués à Gaza par l’armée israélienne", ont emmailloté Pasquino et l'ont réduit au silence. Voici de qui il s’agit. Au quinzième siècle a été trouvée une statue de marbre en très mauvais état, datant du troisième siècle avant Jésus-Christ et ayant représenté Ménélas (le roi de Sparte, le mari malheureux d’Hélène, cause de la guerre de Troie) portant Patrocle (l’écuyer d’Achille, dont la mort a décidé le héros à reprendre le combat, lui qui s’était retiré sous sa tente). En 1501, le cardinal Carafa, propriétaire des lieux, le fit placer à l’angle de son palais, dont un autre angle donne sur la piazza Navona. Et il fut laissé là quand Pie VI fit élever à la place l’actuel palais Braschi. Le peuple de Rome a très vite baptisé cette statue, elle l’a appelée Pasquino, du nom d’une personnalité qui habitait en face. Selon mes sources, c’aurait été pour les uns un tailleur, pour d’autres un maître d’école. Toujours est-il que cette statue est devenue "parlante". Dans un pays soumis à une stricte censure et dont, de plus, le chef d’état est le chef de la chrétienté, toute critique politique est à la fois crime de lèse-majesté et acte impie. Au dix-neuvième siècle, en 1817, Stendhal s’est fait confisquer à la douane de l’état de Rome un livre de Montesquieu considéré comme dangereusement subversif. Les Romains ont en conséquence pris l’habitude de placer sur la statue, pendant la nuit, en cachette, des épigrammes ou des satires, attribuées à Pasquino qui ne pouvait être condamné. Déjà, le 21 décembre, j’ai évoqué la "statue parlante" de sainte Anne dans l’église de Sant’Agostino et annoncé que je parlerais plus tard de Pasquino. C’est fait. Or il a été promulgué que la peine de mort serait infligée à quiconque ferait parler Pasquino, mais ce châtiment n’a presque jamais été appliqué, soit que lors du procès la peine capitale n’ait pas été prononcée, soit que l’accusé ait été gracié dès la sentence prononcée.

 

339b Abbé Luigi

 

Pasquino a d’autres collègues que sainte Anne, dont un certain Marforio (statue de Neptune) au musée du Capitole, et un abbé Luigi (en fait le Romain en toge ci-dessus) sur le mur de l’église Sant’Andrea della Valle. Pour Paul de Musset, cette statue parlante de Pasquino est l’origine de "l’un des instruments les plus actifs de la civilisation moderne, le journalisme". Quant à Stendhal, dans Rome, Naples et Florence, il écrit : "Le bourgeois de Rome ne se met pas en colère contre le ministre et ne désire absolument pas sa mort : ce ministre pourrait être remplacé par un autre encore pire. Ce que veut le peuple plus que tout, c’est se moquer des puissants et rire sur leur dos : d’où les dialogues entre Pasquin et Marforio".

 

Et maintenant que j’ai présenté (amplement ! …mais voilé) Pasquino, j’ai dit que je lui laissais la parole pour en finir avec la Bocca della Verità. Un jour, fut trouvé sur lui le commentaire suivant : "Si la Bouche de la Vérité coupait la main des imposteurs, tous les papes seraient manchots".

 

340c Rome, Santa Maria in Cosmedin

 

Quittant la Bouche de la Vérité, nous pénétrons dans cette église, qui est catholique de rite grec comme je le disais plus haut. Nous avons vu, tout près d’ici, l’annone d’aujourd’hui. Les bureaux centraux de l’annone du temps de l’empire romain se trouvaient à l’emplacement de Santa Maria in Cosmedin. Puis, dans les premiers temps de la chrétienté, un petit oratoire fut implanté dans les bureaux de ce qui était devenu une diaconie (avec la même fonction). Ce quartier était en grande partie habité par des immigrants Grecs, aussi le pape décida-t-il au huitième siècle d’en faire l’église de la colonie grecque, lorsque la petite chapelle fut agrandie.

 

340d Rome, Santa Maria in Cosmedin

 

On voit tout de suite à l’organisation générale de l’église qu’il ne s’agit pas de catholiques de rite romain. À la limite, à part l’absence d’iconostase, Santa Maria in Cosmedin évoque plus une église orthodoxe qu’une église catholique romaine. Sur ma photo, derrière les deux énormes appareils de chauffage à butane, on aperçoit deux icônes.

 

340e Rome, Santa Maria in Cosmedin

 

Comme dans la plupart des églises de Rome que nous avons visitées, le dallage de la nef dessine des cercles s’enlaçant en forme de huit, mais ici les bas-côtés sont divisés en rectangles dont tous les dessins sont différents et jouent de façon harmonieuse avec les formes et les couleurs.

 

340f Rome, Santa Maria in Cosmedin

 

Aussi bien le plafond de l’abside que celui des deux absidioles des chapelles (ici dans une chapelle latérale) sont peints de fresques de style nettement byzantin. On peut lire à la base de la peinture le nom de Nazareth sous le roc représenté à gauche, "Mare Hadriaticum" (avec un H) au milieu, ce qui permet de remarquer en regardant bien que sont peints du même bleu très foncé le ciel étoilé et, tout en bas, les ondulations de la mer, et puis malheureusement sous le roc représenté à droite le nom est illisible, mais comme je crois discerner une silhouette trônant sur une chaire il doit s’agir de Rome et du pape. J’aime cette Vierge siégeant sur le toit d’une église. Comme cette église a un campanile de section carrée, je me demande si ce n’est pas une représentation de Santa Maria in Cosmedin elle-même.

 

340g Rome, Santa Maria in Cosmedin

 

Dans la sacristie s’est installée la boutique qui vend des cartes postales, des livres sur l’église et sur Rome, et toutes sortes de bibelots. Et, sur le mur du fond, cette très belle mosaïque datant du huitième siècle et qui se trouvait initialement dans la première basilique Saint Pierre.

 

Après avoir bien admiré les temples païens, la Bouche de la Vérité, l’église Santa Maria in Cosmedin, nous nous sommes rendus sur les berges du Tibre.

 

341a Rome, Isola Tiberina

 

De là, à travers les branches dégarnies des platanes, on a une très belle vue sur l’Isola Tiberina, l’île du Tibre, où apparaissent l’abside et le clocher de San Bartolomeo. Le pavage blanc, sous la lumière du soleil déclinant, donne presque l’impression que le sol est recouvert de neige. Évidemment, par ce bel après-midi de la fin décembre où il fait plus de 20° et sous ce ciel clair, il n’en est rien.

 

341b Rome, ponte Fabricio

 

Le Ponte Fabricio, du nom du consul Fabricius qui le fit construire en 62 avant Jésus-Christ, relie la rive gauche du Tibre à l’île. C’est le seul pont de Rome qui date intégralement de l’Antiquité.

 

341c Rome, ponte Fabricio

 

À l’extrémité du pont, de chaque côté, une stèle se termine par une divinité à quatre visages, en latin "quadrifrons". Ce sont des Hermès, le dieu du commerce et des voleurs (faut-il confondre ces deux fonctions en une seule activité ?), et aussi celui qui guide les voyageurs. Voilà le pourquoi de sa présence ici, ses quatre faces guettant le voyageur venant de l’amont, de l’aval, de l’île ou de la berge.

 

341d Rome, San Bartolomeo

 

Dans l’île nous passons, une fois de plus, devant l’église San Bartolomeo (Saint Barthélémy) qui, une fois de plus, est fermée. Ni nos guides, ni un panonceau sur la grille, rien n’indique quand on peut y pénétrer. Sans doute quitterons-nous Rome sans avoir vu "au centre de l’escalier monumental la margelle entourant un puits profond de douze mètres. Elle est formée d’une colonne antique et sculptée de personnages de saints du douzième siècle" (dixit Bibendum).

 

341e Rome, le Tibre (Tevere)

 

Le Tibre était navigable dans l’Antiquité. Le Ponte Rotto était destiné à permettre de faire passer vers le Trastevere les marchandises débarquées dans le port de Rome situé sur la rive gauche. Le marbre destiné aux constructions fastueuses arrivait par voie fluviale. De nos jours, pour des raisons que je n’ai pu me faire expliquer, il n’est plus question d’y naviguer. Il suffit de voir les vagues, les remous, les rapides de son cours pour s’en persuader. Certes, en certains endroits, par exemple en amont au niveau du Foro Italico et du Ministère des affaires étrangères, il est si calme que l’on ne peut deviner au premier coup d’œil dans quel sens il coule, mais il est impossible de sauter par-dessus les endroits difficiles.

 

341f Rome, vol d'étourneaux

 

J’ai déjà eu l’occasion de parler –par exemple, je crois, le 10 décembre du haut du Janicule– de ces vols d’étourneaux qui voilent le ciel chaque soir en des ballets ahurissants. Nous étions aujourd’hui sur le Ponte Fabricio quand a eu lieu ce phénomène. Tous les touristes, nombreux en cette période des vacances de Noël, se sont rués sur leurs appareils photo, alors je me suis cru obligé de les imiter ! Pourtant ni Natacha, qui accumule des éléments pour son projet, ni moi qui essaie de m’imprégner de la culture antique, Renaissance, baroque, moderne italienne, et d’apprendre des rudiments de la langue, nous ne nous considérons comme des touristes.

 

342a Rome, Sant'Andreac della Valle

 

Nous sommes rentrés vers le métro en ne regardant qu’épisodiquement le plan de Rome, parce que nous désirions prolonger la promenade. C’est ainsi que nous sommes tombés par hasard sur l’église Sant’Andrea della Valle. Et comme elle faisait partie de nos projets de visite, nous y sommes entrés. Je ne peux malheureusement pas en montrer de photo extérieure, parce qu’à l’instar de San Luigi dei Francesi vue le 15 décembre elle est toute emmaillotée de palissades pour sa rénovation. Seul apparaît le mur est (le chœur étant tourné de façon inhabituelle plein sud), avec cet abbé Luigi dont j’ai parlé tout à l’heure et qui est une "statue parlante".

 

Cette église baroque du dix-septième siècle est à nef unique pour faciliter le suivi des célébrations et l’écoute des prédications.

 

342b Rome, Sant'Andreac della Valle

 

342c Rome, Sant'Andreac della Valle

 

Je montre ici les peintures et les sculptures de la voûte de l’abside, en général d’abord, puis de plus près. Bon, d’accord, j’ai raté mon coup, le détail n’est pas beaucoup plus grand que le plan général, mais il permet quand même de voir un peu, je crois, la peinture réalisée par le Dominiquin en 1624-1627 représentant la vocation de saint Pierre et de saint André.

 

342d Rome, Sant'Andreac della Valle

 

342e Rome, Sant'Andreac della Valle

 

Ici, Mattia Preti s’est inspiré notamment du Caravage pour cette représentation du supplice de saint André, fixé sur une croix dont la forme a pris le nom de "croix de saint André". J’ajoute un gros plan qui montre le remarquable travail sur les muscles du corps, sur l’expressivité des mains et du visage. En revanche, je n’aime pas trop l’idée de l’ange qui pose sur le front d’André la couronne du martyre, même si j’admire sa représentation, les plis de son vêtement, ses cheveux qui volent. Quant aux mignons angelots qui volettent tout autour, et tout particulièrement celui qui a un joli visage de poupée et qui apparaît devant la corde qui fixe le bras gauche du saint, ils sont d’un goût que je n’aime pas du tout.

 

342f Rome, San Giuseppe Maria Tomasi

 

Quant à cette sculpture hyper réaliste placée sur le tombeau du cardinal Giovanni Maria Tomasi (1649-1713), qui a été canonisé, je la trouve du pire mauvais goût. J’ignore si je suis seul de mon avis… Planté devant pendant cinq minutes, j’ai vu plusieurs personnes venir se recueillir, sans paraître choquées de cette représentation. Peut-être est-ce moi qui n’ai aucun goût.

 

343a Rome, Sant'Agnese in Agone

 

Poursuivant notre chemin, nous avons rejoint la piazza Navona. Là, au milieu d’une foule compacte comme toujours, touristes venus voir les fameuses fontaines, Italiens fréquentant le marché de Noël, nous avons pu accéder à l’église Sant’Agnese in Agone. J’ai eu l’occasion de dire, le 21 décembre, que cette façade était l’œuvre de Borromini, le rival et l’ennemi du Bernin, et j’ai évoqué la légende selon laquelle les sculptures de la fontaine du Bernin se protégeraient de la chute de cette façade prétendument mal construite. À l’intérieur, dans une pièce attenante à la nef (la sacristie probablement) repose sainte Agnès, martyrisée ici même. Sans doute pour éviter les abus impies devant les reliques de la sainte, la photo est interdite. Mais ce que je ne comprends pas (et ce que je n’ai pas respecté) c’est que la photo est interdite partout dans l’église.

 

343b Rome, Sant'Agnese in Agone

 

Cette photo est la preuve que je ne me suis pas soumis à cette interdiction ridicule. L’église, que Montesquieu qualifie de "petite église merveilleuse", est en forme de croix grecque, sans chœur ni transept marqués.

 

343c Rome, Sant'Agnese in Agone

 

Sa coupole qui la recouvre entièrement donne en fait l’impression d’une église ronde. De plus, les peintures de cette coupole en suivent le mouvement. La disposition de Sant’Agnese est originale, et c’est ce qui en fait l’intérêt à mes yeux. Reste son élégante façade. Mais il est vrai aussi que la foule qui s’y presse, aussi dense que sur la piazza, n’incite pas à l’admiration. Peut-être ne suis-je pas objectif. Peut-être aussi ne convient-il pas de la voir au terme d’une journée où j’ai beaucoup admiré d’autres lieux.

 

Ce sera donc sur cette visite que nous terminerons notre journée et mon long article.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

lavandine 05/01/2010 23:23


Bonne année 2010 !
Plein de belles découvertes à travers l'Italie puis ....
Lavandine


Thierry Jamard 05/01/2010 23:41



Merci de vos vœux. Je vous souhaite aussi une très belle année 2010, beaucoup de bonheur bien sûr et aussi de beaux voyages. Peut-être à l'occasion de prochaines vacances, votre route et la
nôtre se croiseront-elles? C'est vraiment agréable de savoir que l'on a ainsi des amis que l'on ne connaît pas... ou plutôt, peut-être, pas encore?

Bien sincèrement,
Thierry Jamard.



Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche