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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 21:03

397a Rome, Quirinal

 

Ce matin, nous nous sommes rendus à Monte Cavallo, autrement dit au palais du Quirinal. Mais je commence par son nom de Monte Cavallo, le Mont du Cheval, parce que nous y sommes accueillis par ce Dioscure –Castor ou Pollux, il n’est pas possible de les différencier parce qu’ils sont jumeaux– qui maîtrise son cheval. Le 3 janvier, j’ai raconté l’histoire de cette statue antique, mais je n’ai pas raconté l’histoire des jumeaux. On connaît l’image souvent représentée de Léda serrant un cygne sur son sein. Il s’agit de Zeus qui, l’ayant vue du haut de son Olympe, la désira et, pour la séduire, prit l’aspect d’un cygne d’une éclatante blancheur. Léda, qui était nue au bain, le vit, et serra contre elle cet oiseau qui se montrait affectueux. Et Zeus profita de cette position contre elle pour la posséder. Léda ne se douta de rien, et eut des rapports avec son mari. Au terme de la gestation, elle pondit deux œufs. Hé oui, des œufs, après une relation avec un oiseau. De l’un des œufs sortirent les Dioscures (en grec, Dios-Kouroi, les enfants de Zeus), dont l’un était pleinement humain et l’autre un demi-dieu. Et, de l’éclosion de l’autre œuf, sortirent les jumelles Hélène, demi-déesse, et Clytemnestre, humaine, qui épousèrent deux frères, la première Ménélas, roi de Sparte et la seconde Agamemnon, roi de Mycènes. La beauté d’Hélène lui valut les amours de Pâris, fils du roi de Troie, qui l’emmena chez lui. Telle fut la cause de la guerre de Troie.

 

397b Rome, Quirinal

 

397c Rome, Quirinal, par Gaspare Vanvitelli (1653-1736)

 

Mais si nous sommes ici, c’est parce que le Palais du Quirinal, résidence d’été des papes tant qu’ils régnaient sur Rome, puis résidence royale à partir de 1870, quand Victor-Emmanuel II a régné sur l’Italie unifiée, et actuellement résidence du président de la République, est ouvert à la visite du public, mais exclusivement le dimanche matin de 8h30 à 11h. Ce n’est déjà pas si mal si l’on compare avec le palais de l’Élysée qui n’ouvre ses portes que deux jours par an, lors des Journées du Patrimoine. On voit ici, à la suite de ma photo, un tableau de Gaspare Vanvitelli (1653-1736) le représentant. Les Dioscures sont déjà là, mais il s’y adjoindra une vasque antique à la fontaine et surtout un obélisque. La scène est nettement plus champêtre qu’aujourd’hui…

 

Les salles du palais qui sont ouvertes à la visite sont somptueuses, les murs sont peints de fresques remarquables, les lustres en cristal de Venise sont admirables, mais la photo est interdite. Je préfère donc passer, parce que je ne peux commenter ce que je ne peux montrer. Un mot cependant de la chapelle. Le pape Paul V Borghese (1605-1621) chargea Carlo Maderno de construire la chapelle du palais –d’où son nom de Cappella Paulina– qui devait être aussi belle pour cette résidence papale que la Chapelle Sixtine pour l’autre résidence papale, au Vatican. Notamment, pour faire le pendant de la chute des damnés du Jugement Dernier que Michel-Ange avait peinte, elle devait représenter la chute des Anges Rebelles, dans le même style. Mais jamais elle n’a été réalisée et, pour les célébrations par le pape on pendait aux murs des tentures rouges damassées. Mais un plafond splendide, en stuc doré, a été créé, et dans ce décor somptueux de 42 mètres de long et 20 mètres de haut, lorsque nous sommes passés par là, il se donnait un concert. Quand bon nombre de visiteurs, comme nous, ont pénétré pour écouter, les gardes postés à l’entrée n’ont rien dit. Aussi sommes-nous allés nous asseoir sur des sièges que des gens blasés ou sans goût avaient désertés, et nous avons assisté gratuitement, pendant plus d’une demi-heure, à ce concert.

 

Goethe aussi a eu l’occasion d’aller à la Cappella Paulina, mais lui c’était pour assister à une messe papale. "J’aurais voulu que le chef de l’Église eût ouvert ses lèvres d’or […]. Je l’ai vu aller et venir devant l’autel, se tournant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, gesticulant et marmonnant comme un quelconque curé".

 

397d Rome, jardin du Quirinal, au roi Charles-Albert

 

Ensuite, empruntant la via del Quirinale, nous avons fait un tour dans les jardins, où un grand monument célèbre le roi Charles-Albert, représenté par une statue équestre. Sur le socle, des plaques de bronze en ronde-bosse représentent des scènes de son règne.

 

398a Rome, Sant'Andrea al Quir

 

Nous sommes passés devant l’église du Bernin Sant’Andrea al Quirinale visitée le 3 janvier. Une photo, et nous continuons notre chemin.

 

398b Rome, San Carlo alle Quattro Fontane

 

Encore un peu plus loin, c’est San Carlo alle Quattro Fontane, que nous avions visitée le même jour. Lors de notre visite du cloître, il faisait nuit, et au bout de quelques minutes, la lumière électrique s’était éteinte. Aujourd’hui, nous aurions bien aimé y retourner, mais nous nous sommes trop attardés dans notre visite du Quirinal, puis au concert, puis dans le jardin, aussi l’église est-elle fermée pour l’heure du déjeuner. Tant pis, nous passons notre chemin, non sans admirer une fois de plus le jeu de courbes imaginé par Borromini.

 

398c Rome, San Carlo alle Quattro Fontane

 

Mais sur la façade voisine, mon regard est attiré par cette mosaïque. En latin, Signum ordinis sanctissimæ Trinitatis et captivorum. Ce qui veut dire Signe de l’ordre de la très sainte Trinité et des prisonniers. Jésus, sur un trône d’or, en Christ Pantocrator, donne la main à un blanc à sa droite et à un noir à sa gauche. Les deux hommes portent une chaîne qui entrave leur pied. Je pense que ces deux prisonniers encadrant le Fils de Dieu symbolisent, à eux trois, un parallèle avec la Trinité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Peut-être ce symbolisme n’est-il pas voulu, toujours est-il que cet ordre des Trinitaires s’est donné dès le Moyen-Âge la mission de soulager les peines des esclaves et si possible de les affranchir à la suite d’une vision de san Giovanni dei Matha, qui a créé leur ordre. L’une des collines de Rome, le mont Cælius (Monte Celio, en italien), est situé au sud du Colisée et là, paraît-il –mais je n’ai pas su trouver plus de précisions–, se trouve la représentation originale de ce Christ et de ces esclaves, réalisée en marbre par les Cosmates en 1210.

 

398d Rome, Quattro Fontane

 

San Carlo est à l’angle entre la rue du Quirinal et la rue des Quatre Fontaines, d’où son nom. Lorsque j’ai parlé de ces fontaines la dernière fois, j’avais dit ne pas savoir ce qu’elles représentaient. Je n’avais pas lu, à l’époque, ce qu’en dit William Dean Howells (Roman Holidays, New-York, 1908) : "Aucune fontaine ne peut être tout à fait affreuse, mais certaines fontaines peuvent être tout à fait stupides, comme, par exemple, celles qui donnent son joli nom à la rue des Quatre Fontaines et qui consistent en deux Vertus extrêmement quelconques et deux vieux Fleuves très mornes qui sommeillent en face les uns des autres". Ici, on peut supposer que l’animal est une louve plutôt qu’un loup, et ce fleuve est alors le Tibre avec sa corne d’abondance qui nourrit Rome. L'autre fleuve est, je crois, l'Arno. En observant bien, je croirais que les deux divinités féminines sont plutôt deux déesses que des Vertus, Junon pour l'une d'elles.

 

398e1 Rome, Porta Pia par Michelangelo

 

Nous avions vu que ce carrefour donne vue sur trois obélisques, ceux de la Santa Trinità dei Monti (au-dessus de la piazza di Spagna), de Sainte Marie Majeure en face, du Quirinal d’où nous venons. La quatrième perspective est sur la Porta Pia, que nous ne connaissons pas encore. Nous continuons donc tout droit vers cette dernière œuvre de Michel-Ange. Toujours aussi original, l’artiste a tourné sa porte vers la ville, alors que l’habitude était de montrer la face la plus ornée aux voyageurs venant de l’extérieur.

 

398e2 Rome, Porta Pia

 

Ce n’est d’ailleurs qu’au milieu du dix-neuvième siècle que le sommet et la face externe furent achevées. On y voit les deux statues géantes de sainte Agnès (dont nous aurons l’occasion de parler dans quelques instants) et de saint Alexandre. Ces statues, que nous voyons aujourd’hui entières, ont souffert peu après leur mise en place.

 

Edmondo de Amicis était correspondant de guerre lors de la prise de Rome, le 20 septembre 1870, qui mit un terme au pouvoir temporel des papes et acheva l’unité italienne. "Je ne me rappelle pas bien quelle heure il était quand on annonça qu’une large brèche avait été ouverte près de la Porta Pia […]. Nous sortîmes sur la terrasse d’une villa et vîmes distinctement les murs abattus et la Porta Pia en mauvais état. Toutes les propriétés voisines des murs grouillaient de soldats […] . Des officiers d’état-major et des estafettes couraient dans toutes les directions […] Nous voyions les matelas appliqués sur les murs par les soldats du pape et déjà à moitié brûlés par nos feux ; nous voyions les colonnes de la porte, les statues, les sacs de terre amoncelés sur la barricade construite devant […]. Quand la Porta Pia fut libérée, et que la brèche voisine fut ouverte jusqu’au sol, deux colonnes d’infanterie furent lancées à l’assaut […]. La Porta Pia était toute à terre ; seule, l’énorme statue de la Madone, qui se dresse derrière, était restée intacte ; les statues à droite et à gauche n’avaient plus de tête".

 

398f Rome, Porta Pia

 

Le pape Pie IV (d’où le nom de la porte), qui régna de 1559 à 1566, est celui qui commanda la construction de ce monument, qui fut construit de 1561 à 1564. Or ce pape était l’un des quatre pontifes donnés à la chrétienté par la famille des Médicis. Le blason ci-dessus, avec ses boules, est celui de cette famille, que Michel-Ange a placé bien haut, bien grand, sur la face interne, avec la tiare et les clés de saint Pierre.

 

398g Rome, Porta Pia, plat à barbe

 

Mais il y a aussi, sur cette face de la porte, un curieux sujet que l’on retrouve en trois exemplaires. Ce sont… des plats à barbe, entourés d’une serviette roulée, avec ses franges aux extrémités. Et si l’on peut s’étonner de cette curieuse décoration sur une porte de ville, l’explication en est pourtant simple. Michel-Ange aurait voulu, dit-on, rappeler au pape Pie IV que l’un de ses ancêtres exerçait la profession de barbier.

 

398h1 Rome, Porta Pia

 

Franchissons la porte. Sur la place, juste avant le début de la large via Nomentana, se dresse un imposant monument. Il porte l’inscription MCMXXXII – ANNO X° E.F. c’est-à-dire 1932 – 10ème année E.F. et, si j’ignore de quoi ces deux initiales sont l’abréviation, en revanche je n’ai pas besoin d’être un grand mathématicien pour calculer que dix ans avant 1932 c’était l’an 1922… Or c’est les 28 et 29 octobre 1922 que les Chemises Noires de Mussolini ont pris le pouvoir lors de cette Marche sur Rome qui est restée célèbre. Par conséquent le F doit être l’initiale du parti. Le E est peut-être celui de l’État ?

 

Sur chaque face, des scènes de batailles. L’inscription dit fièrement : "À peine un siècle d’histoire, mais combien de sacrifices, combien de batailles et combien de gloire !"

 

398h2 Rome, Porta Pia

 

Sur ma photo on pouvait distinguer, je crois, la signature de l’auteur de ces mots. Mussolini. Je trouve cependant intéressant de le montrer en gros plan, parce que visiblement le nom a été buriné, la pierre en porte la marque. Et puis le nom a été inscrit de nouveau. Là aussi, on peut lire l’histoire. D’une façon moins classique, et surtout moins univoque. Il n’y a pas eu des époques successives avec des idéologies successives. Il y a de larges superpositions (j’emploie consciemment ici le présent).

 

398i Rome, en ville

 

Continuons notre chemin. Ce tag m’intéresse. Il est en latin et dit "Si tous… moi non". Belle indépendance d’esprit. Rabelais aurait apprécié que l’on ne se comporte pas comme les moutons de Panurge.

 

399a Sant'Agnese fuori le Mura

 

Nous voici arrivés à la basilique dédiée à sainte Agnès. Nous sommes au temps de l’empereur Dioclétien (284-305). Agnès a douze ans, et on veut la marier au fils du préfet de Rome. Elle refuse, non pas parce qu’elle ne l’aime pas, ou parce qu’il n’est pas beau, ou parce qu’elle en aime un autre, ou parce qu’elle est trop jeune (même à cette époque, c’est bien jeune pour se marier, puisqu'il s'agit de l'âge minimum fixé par la loi), mais parce qu’elle a voué sa vie à Jésus-Christ, qui est le seul vrai Dieu. Donner cet argument, alors que Dioclétien est l’un des empereurs qui ont le plus persécuté les chrétiens ! Peut-être dans un deuxième temps la mettra-t-on à mort, mais avant on va s’amuser un peu. Elle ne veut pas livrer son corps au fils du préfet, eh bien elle le donnera à d’autres. Là où est aujourd’hui la piazza Navona était le stade de Dioclétien, et sous les gradins de la façade ouest les prostituées attendaient les clients. Agnès serait placée là, nue, exposée aux regards et, bien sûr, à la concupiscence des hommes. Un miracle lui fait instantanément pousser une longue, longue chevelure dans laquelle elle s’enroule comme dans un manteau de lumière. Là s’élève aujourd’hui l’église Sant'Agnese in Agone, que nous avons visitée le 27 décembre. Devant un tel prodige, on décide de la mettre à mort. Elle sera brûlée vive. On élève un grand bûcher, sur lequel on la place. Les flammes s’élèvent. Mais soudain, elles se mettent à brûler à l’horizontale, vers les bourreaux. Assez de prodiges, Agnès est tuée à l’épée. Puis on transporte son corps là où nous sommes, via Nomentana, où il y a un cimetière comme le long de toutes les routes qui sortent de Rome.

 

399b Sant'Agnese fuori le Mura

 

Nous verrons un peu plus loin qui est cette sainte Constance qui fit construire une première basilique sur sa tombe au quatrième siècle. Stendhal décrit l’entrée. "À environ un mille hors de la porte Pia, on aperçoit une petite église dans laquelle on descend par un magnifique escalier de quarante-cinq marches, sur les murs duquel on voit, à droite et à gauche, plusieurs inscriptions sépulcrales. Cette façon d’entrer dans l’église rappelle d’une manière frappante la fin des persécutions contre les chrétiens et le siècle de Constantin qui l’a bâtie. Nous avons retrouvé ici ce respect pour les antiquités chrétiennes qui quelquefois saisit nos cœurs, malgré le souvenir de ce que les chrétiens ont fait quand ils ont été les plus forts".

 

399c Sant'Agnese fuori le Mura

 

Lorsque nous sommes arrivés, se célébrait un baptême collectif de bébés. Je me suis abstenu de prendre des photos, mais nous avons pu voir –sans les comprendre parfois– des coutumes à nous inconnues, comme ces pères présentant, tous ensemble, à bout de bras, leurs bébés. Dans le bas de l’église, nous sommes restés à observer, à regarder. Puis, à la fin de la cérémonie, alors que le prêtre, fatigué, était affalé sur une chaise, jambes étendues, sans avoir le courage d’aller à la sacristie se défaire de ses habits sacerdotaux, complètement abandonné de ces nombreux paroissiens qui, quelques minutes plus tôt, se bousculaient pour être photographiés avec lui, nous avons fait un tour de cette église bâtie sur le plan des basiliques païennes, à trois nefs.

 

399d Rome, Sainte Agnès hors les Murs

 

Dans le bas, la nef se referme derrière ces colonnes et cette tribune. Tout est élégance en même temps que sobriété. Au fond à droite une porte donne sur le bâtiment annexe. En 1853, Gregorovius raconte que "le 12 avril à cinq heures du soir, le sol dans la maison annexe à Sainte Agnès céda sous le pape […]. La chute de la papauté a ainsi été symboliquement annoncée ; mais cela n’a pas encore porté de conséquence. Peu après, j’ai vu Pie IX passer en carrosse devant la Porta del Popolo. Il avait l’air rayonnant". Maintenant, c’est Benoît XVI qui à Noël dernier tombe à la renverse sous les assauts d’une fanatique et on ne parle pas pour autant de chute de la papauté…

 

399e Sant'Agnese fuori le Mura

 

Cette photo permet d’apprécier la beauté des colonnes de la nef et le baldaquin. Cette profusion de porphyre donne un ton rouge tout à fait particulier à l’église. En même temps, on aperçoit la finesse et la légèreté des colonnes de la galerie.

 

399f Sant'Agnese fuori le Mura

 

Comme dans toutes ces églises très anciennes, la voûte de l’abside est recouverte d’une mosaïque qui date de l’origine du bâtiment reconstruit, au septième siècle, et a été sauvegardée malgré les remaniements et embellissements qui se sont succédé au cours des siècles. Au centre il s’agit à coup sûr de sainte Agnès, parce que son nom est inscrit au-dessus de sa tête dans la mosaïque. Sur ma photo réduite c’est illisible, mais c’est clair sur ma photo initiale, comme sur l’original. À gauche, quelqu’un lui offre son église. Comme d’habitude, c’est le pape qui procède à ce don, et donc Symmaque (498-514), qui fit remettre en état et consolider le premier oratoire édifié par sainte Constance au quatrième siècle. À droite, c’est le pape Honorius I (625-640) qui reprit l’édifice à la base et l’agrandit en lui donnant son aspect actuel.

 

399g Sant'Agnese fuori le Mura

 

Nous avons vu que la pauvre petite Agnès a été tuée en raison de sa foi. Une jeune femme, Émerentienne, va prier auprès de son corps, et reste là alors que personne ne veut s’approcher, mais au contraire tous ont fui, de peur d’être lapidés comme suppôts du christianisme et d’Agnès. Sous la fresque de gauche, la légende dit, en latin : "Tandis qu’elle priait auprès de la tombe de la bienheureuse Agnès, la vierge Émerentienne a rendu l’esprit, lapidée par les infidèles". Sous la fresque de droite, la légende dit que "Les parents de sainte Agnès recueillirent le corps de la bienheureuse Émerentienne et l’ensevelirent à côté de celui de la bienheureuse vierge Agnès".

 

399h Sant'Agnese fuori le Mura

 

Avant de ressortir, encore un petit tour dans l’église. Tout en haut du bas-côté gauche, il y a ce beau Christ en bois au visage très expressif.

 

399i Sant'Agnese fuori le Mura

 

Et encore cette statue qui porte un agneau. Ce n’est pas un ange, puisqu’il n’a pas d’ailes et que, par ailleurs, c’est une représentation clairement féminine. Peut-être est-ce sainte Agnès portant sur son cœur le Christ sous forme d’agneau. Quoi qu’il en soit, je trouve très belle cette statue, curieusement de pierre pour le vêtement et métallique pour les parties du corps apparentes, ou peut-être en bois doré. Cet assemblage inhabituel me plaît beaucoup.

 

399j Sant'Agnese fuori le Mura

 

L’escalier par lequel nous sommes arrivés débouche sur le bas-côté droit de la basilique. Lorsque l’on ressort par le portail du fond, on se retrouve de plain-pied sur cette cour-jardin. Cette autre façade est bien différente de la première.

 

400a Rome, Santa Constanza

 

Nous repartons. Tout près de là se trouve Santa Costanza, sainte Constance. C’est là qu’un affranchi de Néron avait une maison de campagne, dans laquelle l’empereur s’était rendu pour se suicider (quand il avait déploré "quel artiste meurt avec moi !" Agnès, c’était l’époque de Dioclétien, à la charnière du troisième et du quatrième siècles. Nous voici quelques années plus tard, avec Constantin (306-337), cet empereur qui autorisa la liberté de culte, fit construire beaucoup d’églises et se fit baptiser avant de mourir. L’usage étant de donner aux filles le nom de leur père ou de leur frère, on se trouve avec deux Constance, la sœur et la fille de l’empereur. Pour leur baptême, il fit construire un beau baptistère, rond comme c’était l’usage.

 

400b Rome, Santa Constanza

 

On se rappelle que la mère de Constantin était sainte Hélène, celle qui fit apporter à Rome l’escalier du palais de Pilate, gravi par Jésus (la Scala Santa). On ne sera donc pas étonné que les deux filles de Constantin s’appellent Constance et Hélène. Après leur mort, elles ont été enterrées dans ce baptistère devenu leur mausolée, et converti en église au treizième siècle. Mais d’abord, quelques mots de cette sainte Constance.

 

400c Rome, Santa Constanza

 

Pour commencer, un peu de politique. Dioclétien décide qu’il y aura deux empereurs en titre (les Augustes) et deux adjoints (les Césars). Dioclétien, Auguste, règne sur Rome et son César, Galère, siège à Sirmium (Sremska Mitrovica, en Serbie). L’Auguste Maximien règne à Milan et son César Constance Chlore à Trèves, pour gouverner Gaule et Grande-Bretagne. On sait quelles persécutions terribles des chrétiens Dioclétien a entamées en 303, mais en 311 son adjoint Galère qui gouverne l'Orient décide de la liberté de culte. Dioclétien meurt en 305, et Maxence lui succède à Rome. En 306, c’est Constance Chlore qui meurt. Son fils Constantin, bien loin d’accepter de n’être qu’un César, un adjoint dans une tétrarchie, s’autoproclame Auguste et tente d’éliminer ses adversaires. Il vient à bout de Maxence en 312 et entre dans Rome le 28 octobre (mais ce n’est qu’en 324 qu’il sera enfin seul empereur). Il décide immédiatement de la liberté de culte et protège les chrétiens. La légende raconte qu’atteint de la lèpre, il est guéri miraculeusement dans l’eau de son baptême par le pape Sylvestre Premier. Ce pape qu'il va, en personne, faire entrer triomphalement dans Rome, marchant lui-même à pied et guidant par les rênes le cheval sur lequel il mène le pape. Des années plus tard, c’est sa fille Constance qui va être atteinte par la lèpre. Sur les conseils de son père, elle va dormir près de la tombe de sainte Agnès (morte, on s’en souvient, du temps de Dioclétien). Dans son sommeil, elle voit en rêve Agnès qui lui dit de se convertir, et quand elle se réveille elle est guérie. Il est maintenant facile de comprendre pourquoi Constance fit construire la première basilique dédiée à sainte Agnès, sur cette via Nomentana où elle était enterrée et où avait eu lieu cette vision salvatrice.

 

400d Rome, Santa Constanza

 

Le bâtiment est extrêmement intéressant. On y voit par exemple cette mosaïque où sainte Constance vient vers Jésus avec son rameau de palme à la main.

 

400e Rome, Santa Constanza

 

Il y a aussi sur les parois des fresques très fraîches et aux couleurs à la fois douces et richement variées. Le dessin est remarquable. Je ne suis pas capable d’interpréter la signification de la fresque ci-dessus, mais j’y vois à gauche une crosse d’évêque, au milieu ces femmes musiciennes, à droite un agneau pascal présenté derrière un livre (l'évangile).

 

400f Rome, Santa Constanza

 

Il y avait dans ce mausolée un magnifique sarcophage de porphyre contenant la dépouille de Constance. Mais les papes ont trouvé qu’il serait décoratif dans leurs collections particulières, et ils l’ont fait transporter au Vatican. Ici, c’est comme si on le voyait. Comme si, parce que c’est une copie de l’original. Sainte Hélène, la mère de Constantin, était morte en 335, deux ans avant lui, et il lui avait fait faire un sarcophage de porphyre jumeau de celui de Constance (mais avec d’autres sculptures), que nous avons vu également au musée du Vatican et que j’ai montré le 9 décembre dans mon blog.

 

400g Rome, Santa Constanza

 

400h Rome, Santa Constanza

 

400i Rome, Santa Constanza

 

Au plafond de la galerie circulaire, tout autour, une splendide mosaïque représente toutes sortes de scènes qui tournent autour des vendanges. Il y a bien quelques fleurs ou cet oiseau, mais on retrouve surtout le motif de ces vendangeurs qui foulent aux pieds le raisin. Les grains sont représentés certes très gros, mais il n’y a aucun doute sur le sens de cette scène. En effet, les feuillages autour d’eux sont clairement ceux de la vigne, et les pressoirs n’existant pas encore c’était toujours en piétinant les grappes qu’on en extrayait le jus. L’homme qui apparaît tout à gauche de ma photo des vendangeurs (coupé sur le bord de l’image) est celui de la troisième photo, qui conduit les bœufs du char chargé de fruits. Au-dessus du char on a encore des feuilles de vigne, et on peut voir aussi une grappe de raisin qui pend de la treille. Et puisque les grains de cette grappe sont de même diamètre que les fruits qui sont dans le char, cela signifie que l’on est en train d’apporter aux vendangeurs une nouvelle cuvée à presser.

 

400j Rome, dans le métro

 

Notre journée a été bien chargée, nous avons vu beaucoup de choses, nous en avons pris plein les yeux, nous rentrons. Dans la galerie du métro, nous voyons cette affiche, à l’approche des élections de conseillers régionaux, le dernier week-end de mars. "Assez de divisions. Ensemble, recousons l’Italie", avec trois bras aux couleurs du drapeau italien, vert, blanc, rouge. Et c’est une pub de l’Union du Centre, qui appelle à voter pour des candidats de divers partis ayant tous l’intention, ensuite, d’élire à la présidence du Conseil Régional Renata Polverini, candidate soutenue par Berlusconi.

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Published by Thierry Jamard
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