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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 00:01

463a1 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

 

L’un des personnages que nous poursuivons dans Rome tout au long de ce séjour qui s’éternise, c’est Borromini. C’est pour lui qu’aujourd’hui nous nous rendons à l’église San Giovanni dei Fiorentini.

 

463a2 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Saint Jean des Florentins a été, depuis 1518 et jusqu’à ce qu’elle devienne église paroissiale en 1906, destinée à la forte colonie de ce qu’il fallait appeler des étrangers à l’époque où la papauté possédait et administrait les États Pontificaux, le Grand-Duché de Toscane étant un autre pays, au même titre que le Royaume de Lombardie Vénétie ou que le Royaume des Deux Siciles. La langue que l’on y parlait était de l’italien, certes, mais d’un autre dialecte. Nous avons vu l’autre jour l’église Saint Jérôme des Croates (et à une époque la Croatie était vénitienne), c’est une autre communauté étrangère à Rome et au même titre.

 

463a3 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Le saint Jean à qui est consacrée l’église est le Baptiste, comme montré sur cette plaque, fixée dans un mur voisin. "Bâtiment et espace de l’église Saint Jean Baptiste, de la nation des Florentins". Sa peau de chameau ressemblerait plutôt à une gigantesque feuille de vigne, mais disons que ce devait être un chameau original. Brassens chante Dans l'eau de la claire fontaine que “la belle était si petite Qu'une seule feuille a suffi". Peut-être saint Jean Baptiste était-il...

 

463b Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Un premier projet pour cette église a été dessiné par Bramante en 1508, mais n’a pas été retenu, et ont collaboré –excusez du peu– Sansovino, Sangallo le Jeune, Michel-Ange, Della Porta, Pierre de Cortone, Maderno et Borromini… Sa construction va durer de 1518 à 1614.

 

463c Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Je ne suis pas un fanatique des monuments funéraires. Les églises romaines en regorgent et je n’en montre presque jamais. Mais celui-ci est revêtu d’une sculpture qui ne me déplaît pas. Parce que son titulaire a rendu des jugements équitables, la grande figure féminine munie d’une épée symbolise la Justice. Son relief est plus découpé que celui du défunt, elle est en pied alors que lui n’est qu’en buste à l’arrière-plan, son geste est élégant, le drapé de sa robe est souple et harmonieux et son visage, sans avoir des traits très fins, est plutôt joli, selon les canons de la sculpture grecque (nez dans le prolongement du front).

 

463d1 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Dans la chapelle de la Vierge de la Miséricorde, de grandes fresques plutôt belles sont hélas en assez piteux état du fait, semble-t-il, de l’humidité. Sur la paroi gauche, c’est la Naissance de la Vierge, par Agostino Ciampelli (1568-1630).

 

463d2 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Et sur la paroi de droite c’est la Mort de la Vierge, par Anastasio Fuentebuoni (1572-1642). Ces deux peintres, on ne s’en étonnera pas, sont des Florentins. Je ne les connaissais pas, mais je leur attribue une bonne note.

 

463d3 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Quant à cette Vierge à l’Enfant qui décore l’autel de cette chapelle, elle n’était pas destinée à orner cette église. Un peu partout à Rome, sur la façade des maisons, des niches contiennent des statues ou des peintures de Marie, pour lui consacrer la demeure. Cette petite peinture était fixée autrefois au mur d’une maison dans une rue voisine. Pour une raison que j’ignore, peut-être parce qu’on abattait le mur, elle a été transportée sur cet autel. Et elle est attribuée à un peintre très célèbre, Filippino Lippi (1457-1504). Elle est donc plus ancienne que l’église qu’elle orne.

 

463d4 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

463d5 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Cette église contient beaucoup plus de statues et de peintures de Marie que de Jean Baptiste, auquel elle est pourtant consacrée. Voici donc une très belle Vierge, en bois semble-t-il, avec un fin visage juvénile et joufflu et un somptueux drapé de son manteau doré.

 

463e Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Maderno

 

J’ai dit que nous étions sur les traces de Borromini. Dans cette église est enterré son maître, Carlo Maderno.

 

463f Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Borromini

 

Et près de Maderno est enterré Borromini lui-même, dans l’église à laquelle il a travaillé et auprès de celui qu’il a admiré et qui l’a formé.

 

463g Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Cette chapelle est consacrée à Marie-Madeleine. Oui, oui, j’ai fait une photo de ce tableau au-dessus de l’autel, mais je n’ai aucune envie de montrer une œuvre que je n’aime pas. Mais je montre la chapelle parce que son architecture est de Maderno.

 

463h1 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Une autre chapelle, consacrée à saint François d’Assise, est décorée sur ses deux côtés par un peintre célèbre et que, d’habitude, j’apprécie : Pomarancio (1540-1597). Et je ne suis pas déçu par ce que je vois ici. Sur le mur de droite, c’est la Prédication de saint François devant le sultan.

 

463h2 Rome, San Giovanni dei Fiorentini

 

Sur le mur de gauche, Saint François demande au pape Honorius III l’approbation de la Règle. En effet, ce pape (1216-1227) approuva la règle des frères mineurs Franciscains en 1223, comme il avait précédemment approuvé celle des Dominicains.

 

463i1 Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Borromini

 

Et puis il y a une crypte sous cette église. L’étroit escalier qui y mène n’est pas en ligne droite. Pas de doute, il est signé Borromini.

 

463i2 Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Borromini

 

463i3 Rome, San Giovanni dei Fiorentini, Borromini

 

La crypte, qui rappelle un peu celle de San Carlo alle Quattro Fontane, est elle aussi faite de cercles, d’ovales, de diverses combinaisons de lignes courbes, qui ne laissent place à aucune hésitation sur le nom de l’architecte.

 

464a1 Rome, palazzo Spada

 

464a2 Rome, palazzo Spada

 

Quittons cette église. Nous marchons un moment par les rues de Rome, et arrivons au palazzo Spada. Nous avons déjà visité cette galerie où les photos étaient interdites, mais à l’époque nous n’avions pas encore intégré dans notre admiration ce Borromini qui aujourd’hui nous passionne.

 

464a3 Rome, palazzo Spada, perspective Borromini

 

Par ailleurs, la "perspective Borromini" n’est pas accessible, ni de l’intérieur du musée, ni de l’extérieur. Il faut la chercher pour la découvrir à travers deux vitres. En effet, à qui se trouve dans la cour, elle apparaît de l’autre côté d’une bibliothèque dont, par chance, les deux murs sont largement vitrés. Mais la photo est difficile, à cause des reflets.

 

Cette perspective est le fruit d’un savant calcul. Il s’agissait de donner l’impression que cette galerie très courte (neuf mètres seulement) était beaucoup plus ample. Aussi notre architecte dessina-t-il des colonnes de hauteur décroissante et des arcades de plus en plus étroites pour donner l’illusion optique que la perspective était plus longue qu’elle ne l’est en réalité. C’est ce que nous sommes venus voir ici aujourd’hui.

 

464b1 Rome, Santissima Trinità dei Pellegrini

 

Selon notre habitude, nous allons retourner vers le métro à pied pour nous imprégner de cette atmosphère romaine. Nous passons devant l’église de la Très Sainte Trinité des Pèlerins (la Santissima Trinità dei Pellegrini). Son rouge est typique des monuments romains. C’est pour cette raison, entre autres, que le Vittoriano qui dresse une énorme masse blanche visible de partout a fait hurler les puristes, et la controverse a été la même lorsqu’à la fin du vingtième siècle la villa Borghese, institut de France, a été repeinte en blanc, elle qui est également sur une hauteur et bien visible.

 

464b2 Rome, Santissima Trinità dei Pellegrini

 

Sur la façade voisine, cette plaque rappelle que dans cet hospice, le poète Goffredo Mameli (qui a composé l’hymne national italien) et beaucoup d’autres hommes valeureux sont morts des suites des blessures reçues en défendant Rome pour la liberté de l’Italie en 1849. Il s’agit des combats de l’éphémère République romaine contre les troupes françaises venues pour rendre à Pie IX (1846-1878) réfugié à Gaète son pouvoir temporel sur la Ville Éternelle.

 

464c1 Rome, monument Belli

 

464c2 Rome, monument Belli

 

C’est par le monument à Giuseppe Gioacchino Belli (1791-1863) que je terminerai mes commentaires sur cette journée. Il s’agit d’un poète qui a écrit de très nombreux sonnets, plus de deux mille, dans le dialecte romain. Le choix du dialecte s’explique par le fait que sa poésie est engagée socialement et se situe du côté du peuple, dont c’était la langue habituelle, contre le pouvoir aristocratique et religieux. Sa position, et tout particulièrement dans ces années clés du Risorgimento, est clairement marquée. L’inscription dit : "À son poète G. G. Belli, le peuple de Rome, 1913".

 

464c3 Rome, monument Belli

 

Sur la base du monument, derrière, la sculpture de ces personnages montre bien de quel côté il se situait dans une société où les classes sociales étaient très tranchées. Entre autres, je remarque cette femme qui tient son enfant en laisse. Par ailleurs, ce groupe de personnes est rassemblée au pied d’une sculpture qui représente la célèbre statue parlante Pasquino à qui l’on confiait ses pamphlets contre le Gouvernement, ce qui est significatif. Le monument ayant été élevé cinquante ans après la mort de Belli, plus de quarante ans après les événements de 1870 et la prise de Rome, à une époque où la société était égalitaire selon la loi à défaut de l’être selon les conditions économiques, ce choix de représentation est significatif de l’image qu’il a laissée dans l’imaginaire populaire.

 

…Et nous retournons retrouver notre camping-car (populaire) dans notre banlieue (populaire).

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Published by Thierry Jamard
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Georges Fay 31/10/2010 18:52


Paklazzo Spada : On peut tres bien 'visiter' la perspective Borromini; il suffit de prendre un billet pour visiter le musée; ensuite, on est gentiment accompagné par un/une guide qui vous emmene
dans la cour qui precede la perspective; toutes les photos sont possibles.
Octobre 2010.


Thierry Jamard 07/11/2010 00:51



Merci beaucoup pour cette information. Lors de notre prochain voyage à Rome, je saurai où demander. Nous avons visité le musée, mais hélas malgré notre billet en bonne et due forme personne ne
nous a proposé d'aller voir la perspective Borromini. Nous nous rattraperons de notre frustration grâce à votre indication.



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