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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 23:15

315a Rome, Panthéon

 

Parmi les monuments à ne pas manquer à Rome figure le Panthéon, or nous sommes dans la Ville Éternelle depuis presque un mois et demi et non seulement nous ne l’avons pas visité, mais nous n’en avons vu que le dôme aplati depuis divers points de vue éloignés. C’est un scandale auquel il convient de mettre un terme au plus tôt.

 

315b Rome, Panthéon

 

À Paris, l’église Sainte Geneviève a été appelée Panthéon après la Révolution qui lui avait retiré sa fonction cultuelle, et "aux grands hommes, la patrie reconnaissante" a réservé leur dernière demeure. À Rome, ce temple romain antique a reçu un nom à prendre dans son sens étymologique grec, à savoir un temple dédié à tous les dieux. Il a été construit en 27 avant Jésus-Christ, c’est-à-dire l’année où Auguste a assumé le pouvoir comme empereur après la guerre civile et ses longues luttes contre Antoine. Le nom de son architecte, Agrippa, consul (COS), apparaît un grandes lettres sur la façade, ici vue en perspective derrière la fontaine de la place.

 

315c Rome, Panthéon

 

Sur le plan architectural, c’est un bâtiment impressionnant, et une prouesse technique. Il est construit comme un gigantesque camembert, recouvert d’une coupole en maçonnerie, à une hauteur égale à son diamètre, soit un peu plus de 43 mètres. Aucun pilier, pas la moindre colonne, le dôme ne repose que sur les murs qui font 6,20 mètres d’épaisseur, c’est réellement impressionnant. Au centre de la coupole, un puits laisse entrer la lumière du jour.

 

315d Rome, Panthéon

 

En avant de cette masse circulaire, un porche, ou pronaos, soutenu par de massives colonnes de granit, au nombre de 16 (c’est Stendhal qui les dénombre, lui qui, comme je le disais récemment, méprise les voyageurs qu’il appelle des "compteurs de colonnes"…) offre une façade plane.

 

315 Rome, porte du Panthéon

 

Et puis l’on franchit les portes monumentales. On dit que, restaurées, elles sont quand même d’origine. Mais il semble que le guide Michelin ait des doutes à ce sujet parce qu’il rédige "Il paraît que les battants de la porte sont antiques", ce qui ne montre pas une grande conviction. J’ignore à la fois les éléments qui font dire leur authenticité, et ceux qui la mettent en doute. Mais croire à leur ancienneté ajoute à leur charme, alors croyons.

 

315f Rome, Panthéon

 

Et mettons-y d’autant plus de foi que les papes n’ont pu supporter ce temple païen et en ont fait une église, qui assume encore cette fonction. Dans son livre Rome, Naples et Florence auquel j’ai plusieurs fois fait allusion (et que j’ai lu à l’occasion de notre voyage), Stendhal suppose qu’il ne restera pas voué au culte. Il a peut-être raison, mais au bout de près de 180 ans cela ne s’est toujours pas fait. Un avantage de cette situation, puisque c’est une église on ne vous taxe pas à l’entrée.

 

315g Rome, Panthéon, tombe Raphaël

 

Dans deux des absidioles qui forment de petites chapelles sur la circonférence, se trouvent les tombes de deux rois d’Italie, Victor Emmanuel II le premier roi de l’Italie unifiée, et son successeur Humbert Ier. Mais surtout, entre deux absidioles, aux pieds d’une Vierge à l’Enfant, repose le grand peintre Raphaël. La niche où il se trouve est très modeste. Le poète Pietro Bembo a rédigé pour lui cette épitaphe gravée, mais que ma photo ne permet pas de lire : "Ille hic Raphael. Timuit quo sospite vinci rerum magna parens, et moriente mori", soit : "Ci-gît Raphaël. La grande mère du monde (des choses) a craint d’être vaincue en le voyant, et lui mourant [elle craint] de mourir". Sympa, mais je ne mets pas cette phrase dans mon anthologie. Cela dit, pour nous qui, au cours de ce voyage, avons vu en peu de temps beaucoup de ses œuvres, c’est émouvant de penser que cet artiste mort en 1520, il y a près d’un demi-millénaire, est enterré là près de nous.

 

316a Rome, Sant'Ivo alla Sapienza

 

Près du Panthéon, de la place Sant’Eustachio voisine, on peut apercevoir le surprenant dôme à spirale de l’église Sant’Eustachio alla Sapienza. Cette église, imbriquée dans le palazzo della Sapienza, ancienne université de Rome (avant son transfert en 1935 sur le campus où samedi dernier nous avons entendu un concert), est l’œuvre de Borromini, le célèbre rival du non moins célèbre Bernin.

 

316b Rome, Sant'Ivo alla Sapienza

 

Pour lui, tout est en courbes, convexes, concaves, alternées. Le dôme a été photographié en allant vers le Panthéon, puis la façade en rentrant vers le métro le soir, en pénétrant dans la cour de ce qui est aujourd’hui les archives nationales. On voit ici son originale forme concave enclavée dans les bâtiments de l’ex-université.

 

317 Rome, Stendhal

 

On sait combien Stendhal aimait l’Italie. Dès l’âge de 17 ans il l’a découverte auprès de Pierre Daru, inspecteur aux revues, qui l’a emmené pour prendre part à la campagne d’Italie ; et tout le reste de sa vie il y a séjourné beaucoup plus longtemps qu’en France. Si La Chartreuse de Parme se passe en Italie, ce n’est pas un hasard. Ni s’il a rédigé une Vie de Rossini, des Chroniques Italiennes, ses Promenades dans Rome, et aussi Rome, Naples et Florence. Certes, c’est à Milan et à la Lombardie que vont ses préférences, mais comme le dit cette plaque, il a vécu à Rome, dans un appartement en face de l’église Santa Maria supra Minerva, de 1834 à 1836. Si ma photo est trop petite pour être lisible, ou pour qui ne serait pas trop habitué à l’italien, voici ce qui est écrit : "Dans cet immeuble, anciennement Palais Conti, Stendhal, que les Promenades dans Rome ont rendu digne du nom de Romain, a habité entre 1834 et 1836, y évoquant sa lointaine enfance dans la Vie de Henri Brulard, et il a porté un regard aigu sur la société de son temps dans Lucien Leuwen. 8 mars 1964". Cocorico (même si l’on oublie de préciser pour le passant inculte que c’est un romancier français. Hé oui, français. Français).

 

318a Rome, Santa Maria sopra Minerva

 

Si j’ai découvert cette plaque en face de Santa Maria supra Minerva, c’est parce que nous étions allés visiter cette belle église. Comme me le dit Raphaël (mon fils) dans un mail, quelle opposition entre la simplicité de la plupart des façades des églises de Rome, et la richesse de l’intérieur !

 

318b Rome, Santa Maria sopra Minerva

 

Mais ici, sur la petite place, s’élève un monument dessiné par le Bernin. Il s’agit d’un éléphant de marbre blanc sculpté par un élève à lui, Ercole Ferrata, surmonté d’un obélisque égyptien du sixième siècle avant Jésus-Christ provenant d’un temple d’Isis. L’église, quant à elle, date dans son état primitif du huitième siècle après Jésus-Christ, construite sur, ou près de (ou à cheval) un temple de la déesse Minerve élevé par l’empereur Domitien (81-96 de notre ère), le dernier des 12 Césars. Mais elle a été entièrement modifiée en gothique au douzième siècle.

 

318c Rome, Santa Maria sopra Minerva

 

À l’intérieur on est immédiatement frappé par cette grande et noble nef à la voûte d’un surprenant bleu canard du plus bel effet. L’impression d’espace et de recueillement est accentuée par ce froid dallage de marbre où se reflètent les discrètes lumières, juste assez claires pour dissiper les ténèbres sans pour autant enlever le caractère sacré du lieu, et par l’absence de sièges pour dégager la vue.

 

318d Rome, Santa Maria sopra Minerva

 

Ce n’est pas tout. Comme dans tant d’églises de Rome on peut admirer de splendides œuvres d’art. Ici, on voit une fresque de ce Filippino Lippi qui a eu récemment les honneurs d’une exposition temporaire au Luxembourg. C’est une Annonciation de 1589-1593 dans laquelle, outre l’archange Gabriel et la Vierge, apparaissent deux personnages. Marie ne prête pas attention à l’Annonciation, mais elle écoute saint Thomas d’Aquin qui lui présente le cardinal Carafa. C’est original, mais cette bizarrerie ne retire rien au beau et doux visage de Marie, à la grâce de son geste, au jeu de lumière qui la frappe, et en face de cette moitié gauche qui est pure, mystique, ces deux figures d’hommes sont très humaines. À gauche, des vêtements qui paraissent plutôt antiques mais qui sont hors du temps, que l’on ne peut rattacher précisément à aucune époque ni à aucune civilisation, et à droite les vêtements réels de ces personnages, et un décor de leur temps (la chaise, le lit).

 

318e Rome, S. Maria sopra Minerva, Michelange

 

Le 14 juin 1514, un noble romain a commandé à Michel-Ange une statue du Christ Rédempteur. Mais l’artiste ne s’est mis à l’œuvre qu’en 1519 alors qu’il était rentré à Florence. Puis il a abandonné son travail, en août 1521 il l’a expédié à Rome où il a chargé deux de ses élèves de l’achever. Parce que, malgré le peu de lumière et le risque de bougé, je n’ai pas voulu utiliser le flash qui écrase les formes, ma photo est un peu floue, j’ai hésité à la mettre, mais finalement j’avais trop envie de montrer cette statue. Le Christ tient les instruments de sa passion, la croix, bien sûr, mais aussi le roseau, l’éponge, la corde. Vasari a qualifié cette statue de "figura nobilissima" mais, dit la notice placée dans l’église, les critiques modernes la trouvent plus maniérée, loin de la force caractéristique de Michel-Ange. Quant au pagne de bronze, il est postérieur comme on peut s’en douter. Ce n’est pas Michel-Ange qui a eu la pruderie ridicule de cacher la nudité du Christ. D’ailleurs, s’il l’avait voulu, il aurait pu de façon plus discrète sculpter ce pagne dans le marbre.

 

318f Rome, S. Maria sopra Minerva, Fra Angelico

 

J’ai eu bien des fois au cours de notre séjour en Italie l’occasion de dire toute l’admiration que j’ai (que Natacha et moi avons) pour Fra Angelico (1387-1455), ce moine dominicain qui a entre autres peint les cellules du monastère de San Marco à Florence, une Annonciation magnifique (28 octobre, Cortona, musée diocésain), l’histoire de saint Nicolas (30 octobre, Pérouse, Palais des Prieurs, Galerie Nationale de l’Ombrie). Il était si modeste face à ses dons de peintre que son humilité chrétienne l’a fait cesser de peindre pendant quatre ans. Il a fallu un ordre formel de son supérieur pour qu’il reprenne ses activités de peintre. Il est mort à Rome et a été enterré ici, dans cette église. Voilà sa tombe.

 

318g Rome, S. Maria sopra Minerva, S. Catherine de Sienne

 

Sainte Catherine de Sienne, patronne de l’Italie, est morte en 1380 dans le couvent de dominicaines voisin. Au dix-septième siècle, on fit transporter les murs de la pièce où elle est morte pour reconstituer sa chambre dans une chapelle située au fond de la sacristie. Hélas, nous n’avons pu visiter cette chapelle, qui était fermée. Mais sous le maître autel se trouve le sarcophage où elle est enfermée, à l’exception de sa tête que l’on a envoyée je ne sais plus où, à Sienne peut-être. Que l’on se recueille sur des reliques de saint, je veux bien ; mais je trouve ce partage du corps épouvantable. Peut-être plus encore lorsqu’on sépare la tête du tronc que quand on débite le squelette tout entier en petits bouts pour les disséminer dans les autels de nombreuses églises. Un fragment de tibia ne représente plus rien pour moi, mais quand j’imagine un corps bien entier, et puis l’opération chirurgicale qui consiste à le décapiter, je frémis d’horreur. Je suis davantage comme la vraie mère dans le jugement de Salomon. Si je ne peux pas avoir le corps tout entier, je préfère y renoncer complètement. C’est peut-être pour cela que je ne suis pas évêque, ni même curé d’une petite paroisse où un saint serait né, ou mort, ou aurait séjourné, ou aurait reçu les Stigmates, ou aurait eu une vision, ou aurait accompli un miracle, et même un tout petit miracle de rien du tout.

 

319a Rome, S. Luigi dei Francesi

 

Assez divagué sur les saints coupés en morceaux. Nous sommes ensuite allés visiter une autre église du voisinage, San Luigi dei Francesi. Saint Louis des Français. Une église française parce que financée par les rois Henri II et Henri III de France, et par Catherine de Médicis reine de France. Jules de Médicis, futur pape Clément VII, en avait posé la première pierre en 1518, mais faute de financement elle n’a été construite que de 1580 à 1584. Les messes y son célébrées en langue française, et il s’y trouve une statue de notre saint Louis IX, celui de la Sainte Chapelle de Paris, mort à Tunis. Je ne peux hélas montrer de photo de la façade, qui était entièrement cachée par des échafaudages et des palissades. En revanche, comme on le voit, les voûtes de la nef et l’abside ne sont que dorures.

 

319b Rome, S. Luigi dei Francesi, Caravage, Mathieu

 

Mais là n’est pas le plus remarquable. Dans une chapelle latérale se trouvent deux tableaux admirables du Caravage. C’est d’abord sur le mur de gauche la Vocation de saint Mathieu. "En passant, Jésus vit Lévi, le fils d’Alphée, assis au bureau de la douane et lui dit ‘suis-moi’. Et, se levant, il Le suivit", dit l’évangile. Nous sommes dans le bureau de la douane, et Lévi (futur Mathieu) pose sa main droite sur le tas de pièces comme pour les cacher, et de l’autre se désigne d’un air étonné, "moi ?" Sous la table, la position de ses jambes montre qu’il n’est pas encore décidé à se lever. La lumière ne vient pas de Jésus, mais de son côté, par-dessus sa tête. La scène concerne donc les agents du fisc. On voit à peine Jésus montrant de loin Mathieu du doigt, quant à saint Pierre il est carrément de dos. Mais les meneaux de la fenêtre évoquent déjà la croix. Et puis, il y a aussi le petit gamin que le Caravage aime à représenter dans ses tableaux. Le Christ et saint Pierre sont vêtus comme de leur temps, mais les personnages de la douane sont habillés comme pouvait l’être le Caravage, la scène s’adresse au spectateur du tableau, c’est lui qui est appelé à suivre le Christ. Cet homme apparemment riche va-t-il se décider à suivre ces espèces de vagabonds aux pieds nus ? Tout à gauche, le jeune homme et le vieillard continuent à compter les pièces. Eux ne suivront pas, ne suivraient pas s’ils étaient appelés. Le geste de Jésus, son doigt tendu, est exactement comme celui de Dieu le Père dans la Création de l’Homme de Michel-Ange au plafond de la chapelle Sixtine, la vocation à Jésus est la suite de la création de l’homme, c’est une seconde création.

 

319c Rome, S. Luigi dei Francesi, Caravage, Mathieu

 

Sur le mur de droite, c’est le Martyre de saint Mathieu. J’avoue moins aimer cette représentation, même si elle est également pleine de force. Elle est moins évocatrice pour moi. On y retrouve le jeune garçon cher au Caravage, il s’enfuit effrayé par la scène. L’ange se penche par-dessus son nuage, au point de presque tomber, pour tendre à saint Mathieu le rameau du martyre. Que dire de cet homme renversé, qui sait qu’il va mourir, et dont le geste est à la fois de crainte et de résignation ? En face de lui, ces hommes presque nus, dans des positions violentes, et puis cette lumière dramatique qui met en valeur l’essentiel de la scène et laisse le reste dans l’ombre. De toute évidence, on sent la patte d’un grand artiste, mais –je me répète– ce tableau me parle moins que l’autre. C’est pourtant sur lui que s’achève notre visite de cette église.

 

Tout près se trouve une librairie française. Quelques mois avant notre départ de Melun, je m’étais rendu compte que mon Guide Romain Antique, de Hacquard, n’était plus à sa place. L’ai-je prêté à quelqu’un ? L’ai-je utilisé puis non remis en place ? Toujours est-il que ce petit livre remarquable, dont la première édition remonte à 1952, m’a accompagné depuis très longtemps, peut-être ma classe de troisième ou de seconde. Je l’ai, depuis, très souvent utilisé et j’aurais aimé l’emporter en voyage. Et voici que, dans cette librairie, j’en retrouve une édition pratiquement inchangée. Cela a donné lieu, à la caisse, à une petite conversation avec le libraire, qui assimile ce livre aux autres manuels indispensables et indémodables, comme le Lagarde et Michard.

 

Lorsque nous avons quitté la librairie, il était tard et nous sommes rentrés directement vers le camping-car.

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Published by Thierry Jamard
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