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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 22:28

 

Si, depuis quelques jours, je n’ai pas publié de blog, ce n’est pas, comme précédemment, pour des problèmes de connexion Internet : j’ai rattrapé mon retard, j’ai mis à jour ce que j’avais à raconter. Mais ces derniers jours, depuis que nous sommes arrivés à Rome, c’est la première fois depuis notre départ que, vraiment, nous pouvons arrêter notre course, nous poser et nous livrer à des activités domestiques. Entre autres, nous avons passé des heures et des heures au Mac Do situé dans la zone commerciale près du métro Anagnina (sortie 22 du Grande Raccordo Anulare, le G.R.A., au sud de Rome), pour enfin nous consacrer à Internet. Ici, nous avons des prises électriques qui nous permettent de ne pas nous limiter à l’autonomie de nos batteries, et surtout un comptoir bar où l’on peut obtenir du café dans des tasses de faïence et déguster de vrais gâteaux de pâtissier, pas mauvais du tout. Et une mention pour le personnel, très sympa.

 


Mais nous ne sommes pas à Rome pour cela, aussi aujourd’hui sommes-nous partis de notre parking de nuit, situé au nord de Rome, très loin de ce McDo, près du Ministero degli Affari Esterni, le Ministère des Affaires Étrangères, un secteur créé ou remodelé par Mussolini, pour prendre un bus puis un métro vers le centre, piazza del Popolo (ci-dessus), dont l’obélisque vient de Hiérapolis en Égypte, rapportée par Jules César dans ses bagages. Ne prenant jamais l’avion, il n’était pas limité en poids. Nous sommes entrés dans l’église Santa Maria del Popolo (ci-contre, l’une des chapelles latérales), couverte de fresques (encore !) et de tableaux.

 


 

 

Une anecdote au sujet de la construction de cette église. Là se trouvait la tombe de Néron, cet empereur coupable de multiples assassinats dans sa propre famille (sa mère Agrippine, sa femme Octavie, deux autres proches…), et –disait-on– de l’incendie de Rome en 64 de notre ère (à la suite de quoi, pour se disculper d’avoir voulu dégager le terrain pour construire sa villa dorée, il avait cherché des coupables et avait accusé les chrétiens, commençant avec les persécutions, dont la condamnation à mort de saint Paul). La chronique dit que sur sa tombe avait été planté un noyer. Or à Rome, là sur ce qui deviendra la Piazza del Popolo, poussait un noyer, et les nuées de noirs corbeaux qui y nichaient étaient interprétées comme les métamorphoses des démons néroniens. Aussi les habitants du quartier étaient-ils effrayés. Le pape Pascal II s’arma d’une hache et abattit lui-même le noyer (un bas-relief à l’entrée du chœur le représente), jeta dans le Tibre les ossements trouvés dans la tombe, puis fit édifier sur l’emplacement de la tombe une chapelle transformée par la suite en cette grande église.

 

Parmi les œuvres que l’on peut voir ici, j’ai remarqué en particulier, dans une chapelle sur la droite, cette Nativité par Pinturicchio (au-dessus) et surtout cette crucifixion de saint Pierre (ci-dessus), par le Caravage. Le jeu des ombres et des lumières, le travail des bourreaux, le visage de saint Pierre, tout cela est impressionnant. Ce n’est d’ailleurs pas une scène qui semble spécialement inspirée d’une intention religieuse, mais plutôt d’une description réaliste et dramatique.

 


 

 

Nous avons ensuite suivi la via del Corso, rue étroite mais élégante, que les dames de qualité se devaient d’arpenter au dix-huitième siècle si elles voulaient être à la mode. Ensuite, nous avons obliqué vers la Piazza di Spagna, la place d’Espagne, qui a pris ce nom lorsque le royaume d’Espagne y a placé son ambassade. Il paraît qu’il ne faisait pas bon pour un homme, à l’époque, de s’y promener la nuit, parce qu’il était sûr de s’y faire enlever pour être enrôlé de force dans l’armée espagnole. Ci-dessus, l’église de la Trinité (la chiesa della Trinità) et le monastère voisin, appartenaient à la France (l’église est encore française). Or elle se trouve au haut du célèbre escalier qui débouche sur la piazza di Spagna. Aussi, un coin de cette place a-t-elle été appelée Piazza di Francia pour que les Français puissent la traverser sans être considérés comme empiétant sur le territoire espagnol.

 


Aujourd’hui, pour fêter le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, un concert public a été donné en bas, Piazza di Spagna –excellent–, puis sur un large écran placé en haut des escaliers, a été donné un film documentaire, excellent lui aussi, racontant l’histoire de la construction du mur, les victimes des tentatives de franchissement, mais aussi les succès et les moyens employés, puis la destruction du mur, et donnant toutes sortes d’informations sur la Stasi, la police politique. Et tout cela avec des images de l’époque.

 

 

C’était évidemment émouvant, marquant, et de plus, parce que cela a été le point de départ de l’émancipation de tous les pays de l’est et que cela a abouti finalement à l’explosion de l’Union Soviétique, cela a eu un retentissement capital pour la vie de Natacha. À l’aspect historique et humain s’ajoute donc pour nous un aspect personnel. Je n’ai regretté que deux choses. La première, c’est que ce film, certes sur Berlin et les deux Allemagne, ne dise pas un mot à la fin sur le fait que ce n’était pas un cas isolé, mais que cela concernait bien d’autres pays qui, quoique pas eux-mêmes coupés en deux, étaient isolés du reste du monde, et qu’eux aussi ont été libérés dans les mois qui ont suivi. Et mon deuxième regret est pédagogique. Hé oui, c’est une déformation professionnelle. C’est bien de montrer les exactions du passé, mais il ne faut pas les considérer comme un passé révolu. Et de nos jours, le mur de Berlin, le mur de la honte, s’est déplacé mais il existe encore. Quiconque me connaît sait qu’il n’y a pas en moi un milligramme d’antisémitisme, mais être contre la politique d’Israël n’est pas être contre les Juifs, comme j’ai pu condamner la politique de Pinochet et aimer les Chiliens, comme je ne confonds jamais les Allemands et les Nazis, les Espagnols et les Franquistes, etc. Et l’État d’Israël a construit un mur, et le maintient, pour isoler les Palestiniens. J’aurais aimé voir ce film l’évoquer. Mais cela ne l’empêche pas d’être excellent.

 


 

 

Après la fin du film, nous avons pris le métro vers le Colisée. Nous nous sommes promis d’y retourner de jour, et aussi de visiter le forum, mais nous avions envie de le voir de nuit. C’est impressionnant, ce gigantisme. Devant lui était placée une grande affiche représentant une tête de l’empereur Vespasien (celui des vespasiennes, de la taxe sur leur utilisation, et de "l’argent n’a pas d’odeur", qui l’a fait construire mais qui n’a pas vécu assez longtemps pour l’inaugurer, inauguration qui a coûté la vie à 4000 gladiateurs…), avec son titre, "le divin Vespasien", puisque les empereurs étaient des dieux, honorés comme tels dans des temples.

 


Comme je viens de le dire, à cette heure (vers 21h) il ne pouvait être question de visiter le forum. Mais d’en bas, entre le Colisée et l’arc de Constantin, on peut pénétrer dans l’allée (réservée à la sortie des visiteurs) et apercevoir ces colonnes (ci-dessous). Il avait plu depuis le matin, la pluie s’est heureusement arrêtée une heure ou deux avant le concert et n’a pas repris, ni pendant le concert, ni pendant le film, et ici les colonnes se détachent sur un ciel où courent encore quelques nuages. C’est curieux, elles donnent l’impression de cheminées d’usines dans un complexe industriel. Peut-être ne devrais-je pas tenir ce genre de propos iconoclastes…

 

 

 

Notre petit tour terminé, nous sommes rentrés. Après 22h nous ne craignions pas de ne plus avoir de métro, mais entre l’endroit où nous quittons le métro pour prendre le bus et le parking où nous avons laissé le camping-car il y a plusieurs kilomètres et nous pensions que le service de bus pouvait s’arrêter plus tôt. Cette distance est faisable à pied, mais nous n’avions pas dîné et préférions nous assurer d’un retour motorisé. Ainsi s’est donc terminée notre journée.

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Published by Thierry Jamard
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