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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 22:35

 

 

 

Après une nuit de plus sur notre parking de Tivoli, nous prenons de nouveau le train pour Rome, puis le métro vers le Colisée. Nous avons prévu aujourd’hui de visiter le Marché de Trajan. Le forum républicain étant devenu trop petit, César, puis Auguste, puis Trajan ont chacun leur tour créé des extensions. De cette dernière il reste un champ de fûts de colonnes, des soubassements de murs, mais surtout cette immense colonne dont j’ai parlé précédemment et un remarquable ensemble de bâtiments appelé généralement "Marché de Trajan", mais comportant en réalité beaucoup plus qu’un marché. Il est constitué en bas d’un immense hémicycle de boutiques sur deux niveaux (photo 1), sur lequel court une rue pavée, la Via Biberatica, elle-même bordée de boutiques (photo 2). La photo ci-contre a été prise dans l’allée couverte du niveau haut du premier hémicycle.

 

Le modernisme de ce marché est surprenant. De nos jours, avec les moyens de transport modernes, on offre du poisson frais dans les poissonneries, c’est-à-dire pêché la veille, objet d’une criée sur le port le soir, transporté la nuit et arrivé à Paris le matin. Mais les Romains de l’antiquité mangeaient du poisson encore plus frais, parce qu’on le transportait vivant dans des jarres emplies d’eau de mer, et on le conservait dans des viviers de la poissonnerie. Il frétillait encore dans le panier de la ménagère.

 

 

Et il y avait de tout. Je parle des poissonneries parce que l’on y vend des produits qui ne supportent pas d’être défraîchis, mais il était possible d’y trouver des produits exotiques. Les fouilles ont permis d’identifier, par exemple, des traces de fruits et de légumes de pays tropicaux.

 

Assez pour la qualité de ce que l’on peut acheter. Sur le plan architectural aussi, ces bâtiments sont remarquables. On a vu plus haut l’allée couverte qui permettait d’aller d’un local à l’autre sans souffrir des intempéries en hiver ou du soleil d’été. Dans cette série de locaux ont été retrouvées des jarres ayant contenu du vin et de l’huile. Les boutiques du niveau bas étaient petites et fraîches, on y vendait fruits, légumes, fleurs. En bordure de la Via Biberatica, sur l’hémicycle supérieur, on vendait des épices. Puis le grand bâtiment (deuxième photo, au premier plan) comportait les grains et céréales. Au dernier étage, tout en haut, avaient lieu les distributions gratuites de blé pour les plus pauvres. Générosité sociale (socialiste ?) ou exploitation capitaliste pour s’assurer la fidélité des masses ? Chacun peut avoir son interprétation. Les deux sans doute se partagent la vérité parce que cette pratique, bien antérieure à Trajan et à son marché, était soutenue autant par les aristocrates que par les candidats populaires à l’époque républicaine. Mais évidemment, lorsqu’est venu le temps des empereurs, il n’y avait plus d’élections et par conséquent plus de candidats.

 

 

Nous sommes restés longtemps, tant pour visiter que pour paresser un peu au soleil. Mais nous avons aussi profité des quelques objets exposés dans la grande galerie, dont cette tête du philosophe Chrysippe, un bronze de 75 après Jésus-Christ découvert lors de fouilles dans le Temple de la Paix effectuées en 1998-2000. Hé oui, on trouve encore bien des choses de nos jours dans le sous-sol de Rome.

 

 

Après ce Marché de Trajan, nous sommes allés dans le bâtiment gigantesque (mais qu’est-ce qui n’est pas gigantesque à Rome ?) du Vittoriano, occupé par la Municipalité, qui y a installé des musées en entrée libre. Nous sommes passés assez rapidement au Musée National du Risorgimento, ce renouveau de l’esprit national italien au dix-neuvième siècle, qui a mené à la réunification et à l’indépendance de l’Italie. Dehors, les Autrichiens (avec l’aide de Napoléon III, aide prodiguée en échange de Nice et de la Savoie), et réduit au Vatican, le Pape. Cela, c’est l’œuvre de Cavour le diplomate et de Garibaldi le soldat.

 

Parmi tous les documents et le matériel présentés, j’ai choisi cet extrait de journal de l’époque, peu lisible sur ma photo parce que c’est trop petit, mais je ne peux résister au plaisir de le publier ici. Pour la France : Intelligence, courage, rapidité, élégance, spontanéité, explosivité, désinvolture. Pour l’Italie : Toutes les forces, toutes les faiblesses du GÉNIE. Pour l’Allemagne, la liste est longue, je choisis : Esprit grégaire, pesanteur, ruse, brutalité, pédantisme professionnel… et je finis, en italien parce que les mots sont savoureux, avec costipazione di camelote industriale. Gâtés, nos amis allemands.

 

 

 

Ensuite, nous sommes passés à une exposition temporaire sur Catherine de Médicis. Une présentation adroite, montrant son portrait (ici à deux âges différents), des témoignages de différents personnages sur son physique et sur son tempérament, des objets de son temps.

 

 

Également figurent dans cette exposition des livres et plusieurs lettres d’elle, manuscrites, ou des lettres adressées à elle. Cette lettre en italien traite de problèmes techniques, d’autres sont plus personnelles, comme une lettre en français s’inquiétant de la santé de ses enfants.

 

À un autre étage encore se trouve un Musée National de l’Émigration Italienne. On y voit de très nombreux documents depuis l’unité en 1870 jusqu’à 2005, journaux d’époque, livres, photos, affiches, statistiques. Pour attirer de la main d’œuvre dans des pays qui en manquaient, toutes sortes de pratiques ont été utilisées, notamment le mensonge publicitaire.

 

 

 

Les deux photos ci-dessus représentent des cartes postales envoyées des États-Unis présentés comme un pays de cocagne où les cornichons sont à la dimension d’un wagon de marchandises et où, dans l’Ohio, des saumons d’un mètre de long se pêchent par cinq en un coup de filet. On pourrait penser qu’il s’agit d’humour Mais il paraît que pas du tout, c’était fait pour tromper les candidats à l’émigration, et ça marchait parfois, la pauvreté rendant crédule.

 

De 1876 à 2005, 5 800 706 migrations vers les États-Unis ont été recensées, 4 436 965 vers la France, 3 007 361 vers l’Argentine, etc. 11 173 865 venaient du sud, Rome, Naples, Pouilles, Calabre, Sicile. J’arrête avec les chiffres, mais je les trouve faramineux.

 

Avant de conclure avec notre retour en train vers notre parking de Tivoli, j’ajoute encore une photo. Elle reproduit un dessin publié dans une revue du dix-neuvième siècle. C’est la représentation des locaux où la police des frontières entassait pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, les candidats à l’émigration. Cette page me rappelle des images de Sangatte montrées à la télévision française Ou les Africains parqués à Ceuta. Les années passent, mais les choses ne changent pas forcément radicalement.


 

 

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Published by Thierry Jamard
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