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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 21:01

Le 2 décembre, cela me rappelle 1804, le sacre de Napoléon, et 1805, Austerlitz et son soleil. Et aussi 1851, le coup d’état du Prince-Président qui devient Napoléon III. Après trois jours de sale temps, pluie et vent, le soleil brille de nouveau dans un ciel pur. Nous en profitons pour aller dans le centre de Rome, près de la fontaine de Trevi, au Palazzo Barberini qui présente des collections de peintures.

 

 

Le palais, qui a été construit par le cardinal Barberini, devenu le pape Urbain VIII en 1623, est en grands travaux. Il faut dire que certaines parties que l’on voit à travers les échafaudages sont en bien piteux état. La façade principale, celle qui est visible de la rue, est due au Bernin. Elle est complètement propre et restaurée.

 

 

La façade arrière, en revanche, a besoin d’un bon toilettage, mais une fois restaurée elle ne manquera pas de chic. En attendant, c’est l’intérieur, escaliers, nombreuses salles, qui est en cours de réfection. Seule, une petite partie des collections est exposée. Nous faisons d’abord un tour dans les jardins, où nous pouvons voir partout l’emblème de la famille Barberini, l’abeille.

 

 

Les jardins eux-mêmes sont assez pauvres en leur état actuel, d’autant plus que l’automne est déjà bien avancé. Mais on voit malgré tout que le climat est plus clément qu’en Île-de-France, parce qu’à Versailles il faut rentrer les orangers pour l’hiver alors qu’ici à Rome on les a laissés en plein air. Les statues, qui sont des copies de l’Antiquité et n’ont donc guère plus de quatre cents ans, sont mutilées, bras cassés, visages usés par les intempéries. Natacha pourtant a eu plaisir à se promener un peu dans ce parc. Moi, j’ai eu une impression de décrépitude qui m’a mis mal à l’aise.

 

 

Venons-en à l’intérieur. Hélas, avec ou sans flash, avec ou sans trépied, toute photo est interdite dans le musée. J’ai donc laissé mon appareil dans un casier du vestiaire. Je me limite ici à montrer le calicot fixé à la grille du domaine donnant sur la rue, au moins peut-on y distinguer l’un des fleurons de l’exposition : la Fornarina, de Raphaël. En italien, "il forno" c’est le four, "il fornaro" c’est le boulanger et ce nom peut signifier "la petite boulangère", "la fille du boulanger". En effet, cette Margherita Luti qui a été le modèle de Raphaël pour plusieurs tableaux (la Donna velata, Sainte Catherine d’Alexandrie, etc.) est fille de boulanger. Vasari, peintre et architecte, qui raconte la vie et l’œuvre de ses presque contemporains (il n’avait que 8 ans à la mort de Léonard de Vinci, 9 ans à celle de Raphaël), dit que le peintre et son modèle étaient amoureux l’un de l’autre, et que si la Fornarina est son dernier tableau c’est parce que Raphaël avait, une certaine nuit, abusé du sexe, et se sentant fatigué le lendemain, n’avait pas osé dire à son médecin la vraie cause de son état. D’où un remède inapproprié qui l’a tué. Allez, une fois n’est pas coutume : je cède à la tentation d’aller chercher sur Internet les deux images dont j’ai besoin et je les colle ensemble ci-dessous.

 

 

À gauche, c’est le célèbre tableau. À droite, un tableau d’Ingres qui se réfère à cette idylle et représente Raphaël et Margherita Luti. Est-ce vrai ou pas, peu importe. Mais on remarque le bracelet qui enserre le bras au point de faire des plis sur la peau. Il porte, très clairement lisible sur l’original, le nom de Raphaël Urbinas. Et puis il y a un anneau passé sur la seconde phalange de l’annulaire gauche, comme une promesse de mariage en cours de réalisation. La Femme voilée, Sainte Catherine, sont des tableaux où le modèle est très réservé. Ici, non seulement elle est largement dévoilée, elle montre sa poitrine en faisant semblant de (mal) retenir un voile, mais son regard est plutôt polisson.

 

Je ne commenterai pas les autres œuvres que nous avons vues, et surtout je m’abstiendrai d’aller piller Internet pour montrer ce que je n’ai pas pu photographier. Je me contenterai de citer deux œuvres, un Henri VIII d’Angleterre par Holbein qui est criant de vérité, mais qui est aussi très marquant parce que c’est lui que j’ai vu en reproduction dans tous mes livres d’histoire quand j’étais élève. Et puis Érasme par un certain Metsys que j’avoue ne pas connaître, mais ce tableau aussi exprime merveilleusement ce que je peux imaginer d’Érasme d’après ses œuvres.

 

Les photos sont interdites dans le musée, mais pas dans le bâtiment avant que l’on se présente au contrôle ni dès lors que l’on a passé la sortie du vestiaire. Sous le nez d’un gardien, j’ai pris cette photo d’une statue qui orne le grand escalier sans qu’il y trouve à redire.

 

Les Grecs de l’Antiquité et les Romains ayant de très, très lointains ancêtres indo-européens communs, leurs dieux se ressemblent. Par exemple, malgré les apparences, Zeus et Jupiter portent le même nom (Zeus vient de Dyew-s, et Jupiter, Jov-pater, de Dyow-[père] où l’on reconnaît le mot jour, dies en latin). Aussi, les Romains dont la civilisation est postérieure à la civilisation grecque, ont assimilé leurs dieux aux dieux grecs et leur ont attribué les légendes nées en Grèce. Sur cette photo, on voit paraît-il Latone. Je connais la légende concernant son "correspondant" grec, Léto, à travers Homère et Hésiode. Désolé, c’est donc cette version que je vais raconter ici, avec les noms latins.

 

Latone a été séduite par Jupiter (Zeus) dont la femme, Junon (Héra), ne supporte pas les perpétuelles infidélités. Elle se venge de sa rivale en tentant de l’empêcher d’accoucher, mais Latone donne quand même le jour à ses jumeaux, Apollon et Diane (Artémis). Plus tard, alors qu’elle veut les laver dans le fleuve Xanthe, aussi appelé Scamandre dans l’Iliade (il coule près de Troie, c’est-à-dire en Turquie d’Asie, tout près de l’Hellespont), Junon donne aux paysans l’ordre d’agiter l’eau pour la rendre boueuse et qu’elle soit ainsi impropre à la toilette. Trop, c’est trop. Latone s’énerve, appelle des loups pour chasser les paysans, puis elle les transforme en grenouilles. Bien fait pour eux. Je pense que c’est cet épisode de Latone souhaitant baigner ses jumeaux que représente cette sculpture de Domenico Pieratti (1600-1656) seulement légendée "Latona e i figli", c’est-à-dire "Latone et ses enfants". Je n’ai pas en mémoire d’autre épisode mythologique au sujet de cette déesse. Elle est éplorée, se demande ce qu’elle va faire. La colère viendra ensuite.

 

Envisageant demain la visite de la Villa Gregoriana à Tivoli, nous nous rendons ce soir (tard, après avoir fait le plein de GPL) dans cette ville dont nous avons déjà visité la Villa Adriana le 15 novembre et la Villa d'Este le 17. Ainsi, nous éviterons les embouteillages du matin.

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Published by Thierry Jamard
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