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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 02:02

Dans l’appartement qu’a habité Goethe sur le Corso et que nous avions visité le 26 novembre, a lieu ces temps-ci une exposition temporaire des œuvres de Piranesi, autrement dit du Piranèse. Nous nous y rendons donc, à la fois pour revoir les objets ayant appartenu à Goethe ou qui sont ses œuvres graphiques, ou ses représentations, et aussi bien sûr pour voir les gravures du Piranèse.

 

Jean-Baptiste Piranèse est né à Venise en 1720. Son frère lui apprend le latin et l’initie à la littérature antique. Puis, de 1735 à 1740, il étudie à Venise l’architecture avec son oncle, et le sculpteur Carlo Zucchi lui enseigne les techniques de la gravure à l’eau-forte et lui donne les bases de l’art de la vue. Suivant à Rome l’ambassadeur de Venise, il entre à l’atelier de Giuseppe Vasi. En 1743-1744, il publie une série de ruines antiques mélancoliques puis, pour raisons financières il doit rentrer à Venise mais en 1747 il retourne s’installer définitivement à Rome où, sur le Corso, il se fait le représentant d’un marchand d’art. En 1761 il entre à l’Accademia San Luca, crée sa maison d’édition et déménage son atelier. De 1761 à 1777 il voyage pour travailler sur des paysages archéologiques à Tivoli, Pæstum, Herculanum, Pompéi, Naples. Il meurt en 1778 au terme d’une longue maladie.

 

Il a laissé 1020 eaux-fortes, et ses ouvrages les plus célèbres sont sans conteste ses Vues de Rome, ainsi que les images d’architecture fantastique et grotesque des Prisons, et son premier recueil, Architecture et perspective.

 

474a Rome, Piranèse, Porto di Ripetta

 

Je ne vais pas de nouveau montrer d’images de l’appartement de Goethe, et de cette visite je vais seulement retenir dans cet article quelques œuvres du Piranèse. Ici, nous avons le port de la Ripetta, à peu près là où est aujourd’hui l’Ara Pacis, et l’église que l’on aperçoit tout à gauche est San Girolamo dei Croati, que l’on reconnaît bien (j’en ai publié la façade le 16 mars). Il n’est plus question de port en ce lieu, qui est méconnaissable.

 

474b Roma, Piranesi, Tempio di Cibele

 

Près de Santa Maria in Cosmedin et de la Bocca della Verità, ce temple rond a bien changé. On l’appelle habituellement temple de Vesta, à coup sûr c’est impropre et il s’agit très probablement d’un temple d’Hercule, et Piranèse l’appelle temple de Cybèle. Quoi qu’il en soit, comme on peut s’en rendre compte en le comparant avec la photo que j’en ai montrée le 27 décembre, son toit a été refait en en supprimant le petit clocheton qui n’avait rien d’antique, et surtout les murs qui reliaient les colonnes ont été abattus, les colonnes ont été dégagées, et je ne sais si le mur circulaire intérieur a seulement été dégagé ou s’il a été reconstruit en retrait. Par ailleurs, les lieux sont beaucoup plus champêtres qu’ils ne le sont de nos jours.

 

474c1 Rome, Piranèse, le forum

 

Et je voudrais terminer cette exposition par cinq vues que je trouve assez spectaculaires. Il s’agit du Forum, qui jusqu’au dix-neuvième siècle était enfoui sous six à sept mètres de terre, de boue, d’alluvions apportées par les crues du Tibre. Sur cette image, on le voit transformé en terrain vague fréquenté par des vaches.

 

474c2 Rome, Piranèse, le forum (détail)

 

Cette image est un gros plan d’un détail de la précédente (en bas à gauche). On peut voir que sur le niveau de l’époque une fontaine a été aménagée pour servir d’abreuvoir aux bestiaux. Ici et là apparaissent des fragments de fûts de colonnes ou quelques pierres renversées.

 

474d1 Rome,Piranèse, Arc de Septime-Sévère

 

Les trois dernières gravures que je vais montrer portent sur l’Arc de Septime-Sévère, toujours au Forum. Ici, nous sommes dos au Colisée, tout au bout du Forum, l’église à droite est Saints Luc et Martin, la colonne à gauche est la Colonna di Foca. L’arc disparaît profondément sous la terre.

 

474d2 Rome,Piranèse, forum

 

Nous sommes passés de l’autre côté de l’arc. On reconnaît la colonne, juste derrière elle se dressent deux bâtiments plus récents qui n’ont rien à voir avec le Forum antique et qui ont été abattus, et dans le fond on distingue le clocher de Santa Francesca Romana et, plus loin encore, la silhouette du Colisée.

 

474d3 Rome,Piranèse, Arc de Septime-Sévère (détail)

 

Ceci est une photo d’un détail de la même gravure, pour montrer à quel point cet arc est englouti et aussi, sur le côté, toutes les constructions "modernes" qui recouvrent les ruines que l’on peut voir aujourd’hui. Hélas, ces maisons ont dû utiliser bien des pierres arrachées aux monuments antiques. Et cela a duré jusqu’à une époque récente.

 

Stendhal : "M. Demidoff, cet homme singulier, si riche et si bienfaisant […] faisait jouer au palais Ruspoli des vaudevilles du Gymnase. Malheureusement, il se trouva un jour qu’un des personnages d’un de ces vaudevilles s’appelait Saint-Ange, et l’on remarqua dans la pièce cette exclamation : Pardieu ! Ces circonstances offensèrent beaucoup S. E. Mgr Della Genga, cardinal vicaire (chargé par le pape Pie VII des fonctions d’évêque de Rome). Plus tard, sous le règne de Léon XII, les acteurs de M. Demidoff, étourdis comme des Français, eurent le tort de donner des vaudevilles, dont un des personnages s’appelait Saint-Léon. Enfin, une fois, une représentation donnée le jeudi ne finit qu’à minuit et un quart, empiétant ainsi un quart d’heure sur le vendredi, jour consacré par la mort de Jésus-Christ. Ces motifs attirèrent sur M. Demidoff toutes les vexations de la police (dans ce pays elle a encore les formes terribles de l’Inquisition) ; et le Russe bienfaisant, qui faisait vivre plusieurs centaines de pauvres, et donnait deux jolies fêtes par semaine, alla s’établir à Florence.

 

"Pendant qu’il habitait le palais Ruspoli, M. Demidoff disait un jour en ma présence que, voulant laisser un monument de son séjour à Rome, il pourrait bien faire enlever les dix ou douze pieds de terre qui couvrent le pavé du Forum, depuis le Capitole jusqu’à l’arc de Titus. Le gouvernement mettait à sa disposition cinq cents galériens, que M. Demidoff devait payer à raison de cinq sous par jour. Il comptait que, pendant l’hiver, il aurait autant de paysans des Abruzzes qu’il en voudrait, en les payant dix sous par jour. On calcula tous les frais le crayon à la main ; la dépense totale ne devait pas s’élever à plus de 200 000 francs, y compris un canal pour conduire les eaux pluviales dans la Cloaca Maxima (vers l’arc de Janus Quadrifons). Rome fut bien vite instruite de ce projet capital pour elle ; il manqua, parce que le personnage d’un vaudeville s’appelait Saint-Léon ; et l’on s’étonne de la haine du peuple de Rome !"

 

Léon XII mourut en 1829. Et le Forum attendit sous sa chape de terre.

 

474e Rome, Vittoriano

 

L’appartement de Goethe est au début du Corso, tout près de la porta del Popolo. Nous allons maintenant à l’autre extrémité du Corso et débouchons piazza Venezia, face au monstrueux Vittoriano. Chaque fois, j’évite de le montrer. Bon, aujourd’hui, il me faut bien en passer par là.

 

474f Rome, palazzo Bonaparte

 

En fait, il faut arriver là et traverser la moitié de la place pour, en se retournant, avoir une vue sur le palazzo Bonaparte. C’est ce palais que nous voyons à l’angle gauche du Corso. Il a été construit en 1657 par la puissante famille d’Aste. En 1818, c’en est fini de l’Empire depuis trois ans. Finie, l’épopée Napoléonienne. Lætitia Ramolino épouse Bonaparte, la mère de Napoléon, avait beau avoir répété son fameux "Pourvou qué ça doure", ça ne dure plus. Elle achète le palais pour en faire sa résidence.

 

474g Rome, palazzo Bonaparte

 

Elle va y vivre jusqu’à sa mort, le 2 février 1836. Elle y avait amassé bien des souvenirs de ses enfants, en particulier de Napoléon, qui aujourd’hui ont été transférés au musée Napoléon que nous avons visité le 16 mars. Elle a été enterrée à sa paroisse, dans l’église Santa Maria in Via Lata, toute proche, sur le Corso (visitée le 12 février). Nous avons vu son tombeau, mais c’est devenu un cénotaphe depuis que sa dépouille a été transportée à Ajaccio.

 

474h Rome, palazzo Bonaparte

 

À la mort de Letizia (la forme italienne de Lætitia), le palais est revenu aux princes Bonaparte qui l’ont vendu en 1905. Aujourd’hui, et depuis 1972, il est occupé au rez-de-chaussée par un bar, et le reste par les bureaux d’une compagnie d’assurances. Sic transit gloria mundi… Mais sur la façade, veille toujours l’aigle de Napoléon qui rappelle la grandeur passée.

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Published by Thierry Jamard
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