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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 22:52

  

Entre le pied du Capitole et le Tibre, là où il enserre son île entre ses deux bras, les Juifs, nombreux à Rome depuis l'Antiquité, se sont installés là au treizième siècle, quittant peu à peu le Trastevere qui était précédemment le secteur de leur plus forte implantation. En 1556, le pape Paul IV (1555-1559), de l’illustre famille napolitaine des Carafa, fut élu à presque 80 ans parce que son énergie à combattre le protestantisme, mais aussi les déviations du catholicisme, étaient connus des cardinaux. Il a fait grand et impitoyable usage de l’Inquisition contre des chrétiens, quant aux Juifs il a fait dresser des murailles autour de ce quartier qu’ils habitaient pour les enfermer dans un Ghetto, ouvert seulement du lever au coucher du soleil.

 

Stendhal le dit à sa façon : "6 décembre 1827.– Nous venons de visiter les antiquités du quartier des juifs. C’est le pape Paul IV, Carafa (ce vieillard napolitain qui de bonne foi se croyait infaillible, et craignait d’être damné s’il ne suivait pas les mouvements secrets qui lui ordonnaient de persécuter), qui commença à vexer les juifs (1556). Il les obligea d’habiter le Ghetto, ce quartier sur les bords du Tibre, près du Ponte Rotto, maintenant si sale et si misérable. Les juifs furent forcés de rentrer dans le Ghetto à vingt-quatre heures (c’est-à-dire au coucher du soleil) ; Paul IV voulut qu’ils vendissent leurs possessions, et ne leur permit d’autre négoce que celui des vieilles hardes. Ils furent astreints à porter un chapeau jaune […]. Malgré toutes ces vexations, et bien d’autres qui me feraient passer pour jacobin si je les rapportais, telle est l’admirable énergie avec laquelle ce peuple malheureux tient encore à la loi de Moïse".

 

Vingt-quatre heures, dit Stendhal, le coucher du soleil. Les Romains du dix-neuvième siècle comptaient encore les heures comme du temps de Jules César : ils divisaient en 12 parts égales entre elles la durée du jour (du lever au coucher du soleil) et en 12 parts égales entre elles la durée de la nuit (du coucher au lever du soleil). Ainsi, au solstice d’été, en juin, les heures de jour étaient très longues et les heures de nuit très courtes, puis les unes raccourcissaient progressivement au profit des autres, et la proportion s’inversait jusqu’au solstice d’hiver, en décembre. Stendhal, encore : "Les ventiquattro

(les vingt-quatre heures) changent tous les quinze jours. Le parti rétrograde tient beaucoup à cette façon peu commode de faire sonner les horloges ; l’autre manière s’appelle alla francese".

 

428a Rome, Teatro di Marcello

 

Le 20 novembre, puis le 29 décembre, j’ai parlé de ce teatro di Marcello qui est sur la bordure du ghetto. Je ne vais pas recommencer, ni à raconter les anecdotes de son inauguration, ni à expliquer son histoire. Mais aujourd’hui –enfin– nous sommes descendus tout près, j’en profite donc pour ajouter quelques images.

 

428b Rome, Teatro di Marcello

 

Sur ces deux photos, on voit ce qui reste du théâtre d’origine en pierre blanche, la petite portion qui en a été refaite, et au-dessus le palais des Savelli construit au seizième siècle.

 

428c Rome, Teatro di Marcello

 

Cette galerie qui court le long du théâtre, avec son plafond voûté, me rappelle un peu Nîmes.

 

428d Rome, Teatro di Marcello

 

Encore une image en contre-plongée pour montrer cet impressionnant théâtre surmonté de son château Renaissance.

 

428e Rome, Teatro di Marcello

 

Le théâtre, une fois abandonné au début du quatrième siècle, a servi de magasin de matériaux de construction, particuliers comme officiels se servant librement en pierres. Lorsque l’on en a fait une forteresse au douzième siècle, puis un palais au seizième, on n’a ni arasé, ni comblé, on a imbriqué les nouvelles constructions dans ce qui restait en place des anciennes, ce qui donne cet intéressant montage.

 

429a Portico d'Ottavia

 

En 146 avant Jésus-Christ a été construit le portique de Metellus, le plus ancien quadriportique de Rome. L’empereur Auguste le fit refaire entre 27 et 23 avant Jésus-Christ et le dédia à sa sœur Octavie (Portico d’Ottavia, en italien). La dernière restauration, à laquelle appartiennent les restes d’aujourd’hui, date du début du troisième siècle, sous les empereurs Septime-Sévère et Caracalla. Dans son ensemble, la construction était immense, 132 sur 140 mètres. Il s’y trouvait un complexe comprenant un temple de Jupiter et un temple de Junon, une bibliothèque latine et une bibliothèque grecque, et un grand nombre de statues.

 

429b Portico d'Ottavia

 

Aujourd’hui, il est dommage de constater qu’il n’en reste pas grand chose. Ce qui ne l’empêche pas d’être impressionnant et d’attirer le regard de nombreux touristes.

  

 429c Portico d'Ottavia

 

Une grande partie, en arrière, est occupée par une église, Sant’Angelo in Pescheria. J’en parlerai un peu plus loin.

 

429d Portico d'Ottavia

 

Il reste, en direction du teatro di Marcello (c’est lui que l’on aperçoit sous la dernière arche, sur la droite), ces quelques arches. Cet aménagement, destiné à donner accès à l’église, est bâclé et du plus mauvais effet dans ce site antique. Dommage. Car ce n'est pas fait pour les handicapés, puisque cela débouche sur un escalier (aux marches très basses) ; on peut faire mieux, dans un tel site, que cette allée de planches et ces protection de sécurité qui n’ont rien de provisoire.

 

429e-Portique-d-Octavie.jpg

 

Le temps et les déprédations ont mis à mal le peu qui reste du splendide portique de l’origine. Voici comment il faut étayer l’une des colonnes…

 

429f Roesler, poissonniers au portique d'Ottavia

 

Nous sommes, comme je le disais au début de cet article, dans le quartier qui a été le ghetto juif. Sous le portique, sans mesure de protection (esthétique ou pas), se tenaient des marchands de poisson, d’où le nom de l’église, Saint Ange en Pêcherie. Ici, l’on peut voir la représentation qu’en donne Ettore Roesler Franz (1845-1907).

 

429g Rome, ghetto

 

429h Rome, ghetto

 

Lors de la république romaine de Mazzini en 1848, les murs du ghetto sont abattus, puis en 1870 quand l’Italie est unifiée et que Rome en devient la capitale il ne reste plus aucune restriction à l’encontre des Juifs. Lorsque l’assainissement du quartier a été décidé en 1885, quasiment tout a été rasé, et puis la guerre et la Shoah ont fait disparaître les Juifs, par l’émigration pour quelques uns, par la mort pour la plupart, mais peu à peu le quartier s’est repeuplé, et l’on y trouve nombre de restaurants, tous Kasher, et des boutiques de tissu, confection, passementerie, qui étaient l’une des activités majeures des habitants du ghetto.

 

429i Rome, synagogue

 

La visite de la synagogue n’est pas à notre programme d’aujourd’hui, mais avec le musée qui lui est associé c’est un lieu qu’il est important de connaître. L’an passé, à Budapest, nous avions effectué la visite parallèle, et ce ne peut qu’être un enrichissement complémentaire à Rome.

 

430a Rome, Sant'Angelo in Pescheria

 

J’ai dit que je reviendrais sur l’église Sant’Angelo in Pescheria. Peu longtemps parce qu’elle n’a pas retenu longtemps mon attention. En revanche elle a bien plu à Natacha pour plusieurs des peintures qui s’y trouvent. À elle donc, si elle le souhaite, d’en parler, mais elle a décidé de ne pas tenir de blog… Cette église s’est installée au huitième siècle dans le portique d’Octavie.

 

430b Rome, Sant'Angelo in Pescheria

 

Ce tableau ne me déplaît pas. À l’évidence, il représente la pêche miraculeuse, saint Pierre qui s’est jeté à l’eau pour rejoindre Jésus quand il l’a identifié, les autres apôtres arrivant avec la barque. Pierre, tellement humain (ce n’est pas saint Paul !), qui en fait plus que les autres mais qui reniera Jésus, qui se repentira. Qui fuit Rome, qui est tout surpris de rencontrer Jésus (“Domine, quo vadis ?”), mais qui y retournera et y sera crucifié. Avec ses peurs humaines, et son courage qui revient par fidélité et amour. Il arrive ici à Jésus non pas avec le sourire de l’ami qui retrouve celui qu’il aime, mais avec le visage grave de la conscience de la signification de cette apparition. Mais en même temps la scène est pleine de réalisme, cet oiseau blanc qui regarde ce qui se passe, une aigrette je crois (mais je ne suis pas fort en zoologie), la tempête sur l’eau et dans le ciel où une lueur commence juste à apparaître, la voile gonflée qui montre que le vent reste fort, le filet à moitié immergé parce que trop lourd, tout est remarquablement décrit.

 

430c Rome, fontana delle Tartarughe

 

Tout près se trouve cette place Mattei avec sa fontaine des Tortues que nous avions déjà vue le 29 décembre. Elle est si typique et amusante que j’en montre encore aujourd’hui une photo.

 

430d Rome, en ville, humour

 

Et voilà. La promenade est finie pour aujourd’hui. Mais dans l’après-midi, nous avons vu un petit affichage sur une porte donnant sur un étroit passage devant de l’herbe. Le propriétaire du lieu demande avec humour "Vous êtes aimablement priés de ramasser les excréments de vos chiens. Merci". Je dois cependant dire que si, généralement, les gens jettent négligemment sur le trottoir leur paquet de cigarettes ou leur Kleenex, en revanche il n’y a pas de crottes de chiens, ou très peu, infiniment moins qu’à Paris, et souvent on voit les propriétaires de chiens attendre patiemment, un papier et un sac plastique à la main, que "l’opération" soit finie pour tout ramasser et aller le jeter dans une poubelle. Il faut croire qu’il y a des exceptions, et que ces exceptions se baladent devant cette porte…

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

soda81 07/04/2013 18:07

Je découvre ce soir votre blog en recherchant des informations sur le quartier du ghetto à Rome. Votre article est fort intéressant et les photos nous invitent encore plus rapidement au voyage que
nous préparons (nous y serons dans un mois). La fontaine aux tortues indiquée sur le guide m'intriguait, votre photo répond à ma question ! Merci !

raymond le loch 05/12/2010 16:58


rencontré de temps en temps ce blog... toujours documenté et intéressant..
cordialement


Danielle Bossert 28/04/2010 16:26


Magnifique ! Revenant d'un ridiculement court séjour à Rome (3 jours + 1 à Tivoli), je cherchais des photos qui me manquaient (l'arc de Janus) et je suis tombée sur votre blog. Une merveille ! Non
seulement il est écrit dans un français impeccable (une rareté de nos jours !),mais il va dans les détails, est illustré de très belles photos, fait preuve d'un perfectionnisme et d'une culture
très poussés, tout en laissant la place à l'imprévu et à l'humour. Bravissimo !


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