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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 23:59
408a0 Rome, Pinelli, mardi gras au Corso

Avant hier, c’était Mardi Gras. Au Corso, selon la tradition, il s’est passé des choses… mais nous n’y sommes pas allés. Nous n’y avons songé que trop tard. Dommage. Aussi ne puis-je dire comment se passe de nos jours le carnaval, mais par le passé il avait lieu tous les ans, à l’exception de l’année 1809 où, la France de Napoléon occupant Rome, le peuple romain a souhaité manifester de la sorte son mécontentement. La "statue parlante" Pasquino déclara, à cette occasion, que "l’ours danse sous le bâton, mais pas l’homme". Le Mardi Gras, des chevaux étaient lâchés sans cavalier pour une grande course, et c’est de là que vient le nom de cette rue, le Corso. Tel est le sujet de cette aquarelle d'Achille Pinelli. Nous avons visité, le 26 novembre, l’appartement de Goethe, qui se trouve dans cette rue. En février 1788, il écrit : "Les fous ont encore fait un beau tapage lundi et mardi, surtout mardi soir, où la folie des Moccoli était en pleine floraison". Le soir, après la course de chevaux, les Moccoli étaient des hommes qui défilaient, une chandelle à la main, et essayaient d’éteindre la chandelle des autres.

 

Aujourd’hui jeudi, piazza del Popolo, au bout du Corso, il y avait deux vastes lits de paille, et du crottin. Je crains donc que nous n’ayons manqué la suite de cette longue tradition.

 

408a1 Rome, Piazza Barberini

 

Mais l’heure n’est plus au Mardi Gras. Parce que Natacha a des photos à faire au palazzo Barberini et dans son jardin, nous débarquons au métro qui porte ce nom, et sortons sur la place du même nom. Original. Comme nous sommes déjà venus des tas de fois ici, je pense amusant de montrer la place aujourd’hui,…

 

408a2 Rome, Roesler, piazza Barberini

 

408a3 Rome, Gustav Palm, piazza Barberini

 

…et aussi telle qu’elle était pour Ettore Roesler Franz (1845-1907) ou pour Gustav Palm (dont je ne connais pas les dates).

 

408b Rome, fontaine du Triton

 

Impossible de ne pas montrer les abeilles et la tiare d’Urbain VIII Barberini avant de rejoindre Natacha dans son travail.

 

408c1 Rome, boutique pour ecclésiastiques

 

Lorsqu’elle en a fini, nous allons faire un tour dans les petites rues. Là, par chance, nous tombons sur une boutique dont je note soigneusement l’adresse, parce que je peux en avoir besoin pour me fournir en crosse et en mitre si je deviens évêque.

 

408c2 Rome, boutique pour ecclésiastiques

 

Et ce n’est pas tout. Pour commencer un large chapeau de prêtre pour avoir l’air rétro (même à Rome où beaucoup de prêtres sont encore en soutane, je n’en ai pas vu qui portaient ce beau couvre-chef), et puis une calotte violette quand je serai évêque et rouge lorsque je serai cardinal. Et les chaussettes assorties. Pas d’autres sous-vêtements en vue, mais dans notre supermarché de quartier il y a actuellement, sur le mannequin, un tee-shirt à 6,90 et un boxer à 4,90, tous deux du plus beau fuchsia. Non, le vrai problème, c’est qu’il n’y a pas de calotte blanche. Comment ferai-je, après mon élection au trône de saint Pierre ?

 

409a1 Rome, Sant'Ignazio

 

Tant pis, passons notre chemin. Il y a quelque temps, nous avons lié conversation, au Mac Donald’s (excellente référence pour les gourmets), avec une famille dont le père était un carabinier de la brigade des biens culturels dont les bureaux sont piazza di Sant’Ignazio, et qui nous avait recommandé d’aller visiter la splendide église située en face de là où il travaille. C’est une église des Jésuites, la seconde, construite en 1626, seulement 58 ans après l’église du Gesù. Saint Ignace de Loyola avait souhaité créer une école gratuite, la toute première au monde, "de grammaire, d’humanité et de doctrine chrétienne", le Collegio Romano. Mais cette école a eu un tel succès qu’elle atteignait 2000 élèves au début du dix-septième siècle, et qu’il a fallu lui prévoir une église spécifique, les églises du voisinage étant incapables d’accueillir cette foule d’étudiants.

 

Je cite Stendhal : "Tout près du temple d’Antonin se trouve l’église de Saint Ignace. Le grand peintre Dominiquin avait fait deux dessins ; un jésuite prit la moitié de chacun de ces dessins, et c’est ainsi que nous est venue l’église actuelle, commencée en 1626 et finie en 1685. L’intérieur est riche plutôt que beau". Ce n’est pas tout à fait exact. Le jésuite Horace Grassi, professeur de mathématiques au Collegio Romano, qui a recueilli les deux dessins du Dominiquin, s’en est inspiré, certes, mais à la fin son projet était très différent d’un simple collage de deux demi-dessins. Une commission, à laquelle participait le célèbre architecte Carlo Maderno, approuva ses plans et la construction commença sur l’emplacement d’un temple païen dédié à Isis (dans l’Antiquité, ce quartier était habité par de nombreux Égyptiens). Après quelque temps, Grassi est envoyé enseigner à Sienne, et un autre jésuite, le Père Antonio Sasso, dirige les travaux à sa suite. Mais il fait réaliser une façade plus élevée de 5 mètres que celle des plans de Grassi. Nouvelle convocation de la commission, qui déclare : "Nous soussignés, professeurs d’architecture à Rome, […] estimons qu’il y a des transgressions très évidentes qui méritent élimination et transformation totale". En conséquence, une partie de la façade a été détruite et reconstruite selon les plans initiaux.

 

409a2 Rome, Vasi, Sant'Ignazio

 

Puisque j’ai commencé, aujourd’hui, à placer des scans de livres que nous avons achetés ici à Rome, je continue avec cette gravure de Giuseppe Vasi, ce graveur et architecte italien (1710-1782), qui nous permet de voir l’apparence des lieux au dix-huitième siècle. Le bâtiment qui fait suite à l’église est celui du Collegio Romano. Aujourd’hui, sur cette place, on a si peu de recul qu’il est impossible, avec mon trop faible grand angle, d’obtenir une vue plus ample que celle que j’ai photographiée. J'aimebien Vasi, qui agrémente toujours ses vues de monuments de détails piquants. Ici, c'est un carrosse dont une roue s'est détachée, ailleurs ce sont des chevaux qui se cabrent, etc. 

  409b1 Rome, Sant'Ignazio

 

On peut apprécier l’ampleur de cette église. Sur la gauche, dans l’une des chapelles que l’on devine, se trouve la tombe de saint Roberto Bellarmino. Hé oui, saint. Le 12 avril 1615, ce cardinal soutient que "vouloir affirmer que, réellement, le soleil est au centre du monde et qu’il ne tourne que sur lui-même sans courir de l’orient à l’occident et que la terre se trouve dans le troisième ciel et tourne à grande vitesse autour du soleil est chose très dangereuse", puisque la Bible atteste "que le soleil est dans le ciel et tourne autour de la terre à grande vitesse et que la terre est très loin du ciel, située au centre du monde, immobile". C’est dans son palais que le 26 mai 1616 Galilée se récuse, déclare rejeter les thèses de Copernic… mais ajoute en privé "eppur, si muove". J’avais, le 21 décembre, montré la statue de Giordano Bruno, moine philosophe jugé hérétique et brûlé vif le 17 février 1600 pour ses théories. On ne sera pas étonné que les minutes de son procès, le 14 janvier 1599, fassent apparaître le nom du cardinal Bellarmino parmi les membres siégeant au tribunal, lui qui a écrit que "les hérétiques incorrigibles, spécialement les récidivistes, peuvent et doivent être châtiés par l’Église, et condamnés par l’autorité civile à des peines temporelles et jusqu’à la mort même". Les années passent. Au dix-neuvième siècle, Stendhal écrit au sujet du Collegio Romano : "Vous me prendriez pour un satirique bilieux et malheureux si je vous expliquais le genre de vérités qu’on y enseigne. Je crois qu’il a fallu une bulle pour permettre d’y exposer, mais seulement comme une hypothèse, le système qui prétend que la terre tourne autour du soleil […]. De là cette fameuse persécution de Galilée sur laquelle on ment même aujourd’hui, en 1829".

 

409b2 Grenade, St François-Xavier baptise un Indien

 

Sur ma photo de la nef, on distingue au fond du chœur trois grands peintures mais, bien sûr, on ne peut voir ce qu’elles représentent. Et parce que celle de gauche montre saint Ignace de Loyola envoyant saint François-Xavier comme missionnaire aux Indes (occidentales), je préfère placer ici une photo que j’avais faite le 18 août 2006 en Espagne, à Grenade, et qui représente saint François-Xavier baptisant un Indien. L’inscription disait qu’il en avait baptisé un million deux cent mille.

 

409c Rome, Sant'Ignazio

 

L’église, comme le dit Stendhal, est d’une richesse extrême. On peut l’apprécier d’après cette image du transept.

 

409d1 Rome, Sant'Ignazio

 

Mais surtout, ce qui est le plus frappant, c’est la monumentale peinture de la voûte de la nef réalisée en 1684 par un jésuite du nom d’Andrea Pozzo. La lumière de Dieu tombe sur saint Ignace et se réfléchit sur la représentation allégorique des quatre parties du monde. Pozzo est l’auteur d’un traité sur la perspective et le trompe-l’œil, qui a eu un grand retentissement dans la peinture du dix-huitième siècle. Certes, cette vue globale ne permet absolument pas d’apprécier ce trompe-l’œil, mais elle montre la vaste composition de l’ensemble.

 

409d2 Rome, Sant'Ignazio

 

La peinture de l’abside, elle aussi de Pozzo, illustrera mieux la manière de l’artiste. Il s’agit de la représentation de miracles accomplis par saint Ignace. Les personnages montrés en avant des colonnes de l’architecture, les sujets dans le ciel en arrière plan, donnent une impression de relief selon la technique du peintre.

 

409e Rome, Sant'Ignazio

 

Ceci est le monument funéraire du pape Grégoire XV (1621-1623) et de son neveu le Cardinal Ludovico, dont la représentation est limitée à un médaillon en-dessous de la statue de l’illustre oncle. C’est l’œuvre du Français Pierre Legros (1666-1719).

 

409f Rome, Sant'Ignazio

 

Le monument est encadré de deux figures allégoriques au pied du trône du souverain pontife. À sa gauche, c’est la religion. À sa droite (photo ci-dessus) c’est la munificence, par le même Pierre Legros.

 

409g Rome, Sant'Ignazio

 

Deux allégories de la "fama", la renommée, volettent en outre à la hauteur de ses épaules. La représentation de gauche a embouché la trompette. Et c’est un autre Français qui les a sculptées, Pierre-Étienne Monnot (1657-1733). Je ne déteste pas cette statue de Grégoire XV, quoiqu’elle soit un peu maniérée. J’en dirais autant de la Munificence. La Renommée, quant à elle, est beaucoup moins élégante et raffinée, le visage n’est pas joli, mais elle est amusante avec ses deux joues gonflées pour souffler fort. Ce que je reproche surtout à ce monument –mais il faut le voir en entier pour en juger–, c’est que toutes les statues aient la même taille. De ce fait, alors qu’en moyenne les hommes son plus grands que les femmes, le pape paraît petit. Et cette impression est encore augmentée par le fait de la perspective puisque, placé plus haut, il est plus loin des regards ce qui le diminue encore.

 

En conclusion, cette église vaut la peine d’être vue, mais elle ne me laisse pas un souvenir impérissable.

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Published by Thierry Jamard
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