Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 22:41

Après plusieurs visites à la basilique des Santi Quattro Coronati et à son monastère, je vais enfin en parler aujourd’hui, et aussi en montrer beaucoup de photos parce que, si ce n’est pas l’un des hauts lieux touristiques de Rome, c’est néanmoins l’un des lieux qui m’ont le plus marqué.

 

Nous sommes sur une excroissance du mont Cœlius. À la base et sur les flancs, à l’époque de la République, ce sont des constructions populaires modestes, mais au sommet la position dominante voit s’installer de riches maisons. L’une d’entre elles devient un "titre" où se réunissent régulièrement les chrétiens. Quand ? Difficile à dire, mais en tous cas après Constantin et la liberté de culte. En 595 un premier document signale que participe au synode de Grégoire le Grand un certain "Fortunatus, prêtre du titre des Quatre Saints Couronnés". Un titre, le même semble-t-il, existait déjà en 499 appelé "Émilien". Quant à l’église, il en est question au septième et au huitième siècles, mais probablement n’est-ce qu’une façon de parler d’une simple salle du titre adaptée à cette fonction et consacrée comme église. Toutefois, a été retrouvé un fragment du pavement du septième siècle dans une nef latérale devenue aujourd’hui réfectoire.

 

Ce qui est sûr, c’est qu’une première vraie église a été bâtie ici par le pape saint Léon IV (847-855). Les Normands de Robert Guiscard la ravagèrent en 1084. Sans cesse, je suis amené à parler des saccages de 1084. C’est sans aucun doute très bien, que Grégoire VII (1073-1085), opposé à l’empereur germanique Henri IV dans la Querelle des Investitures, assiégé dans le château Saint-Ange, soit délivré et réinstallé au Latran, mais le vandalisme des troupes de son sauveur normand est un lourd tribut à payer pour Rome, sans compter d’innombrables Romains tués ou vendus comme esclaves… Gregorovius écrit que "l’édifice fut réduit en cendres" et les travaux effectués en 1912-1914 ont en effet mis au jour tout plein de marbres brûlés, ce qui signifie que même les murs de l’église se sont effondrés, comme tout le quartier, du Latran au Colisée.

 

445a Rome, Santi Quattro Coronati

 

 

445b Rome, Santi Quattro Coronati

 

 

Le pape Pascal II (1099-1118) va reconstruire l’église, mais en la fortifiant pour lui donner les moyens de se défendre et, surtout, constituer une protection pour le Latran. C’est face à la poursuite de la Querelle des Investitures et à deux antipapes que Pascal II parvint à mener les travaux à San Clemente et aux Quattro Coronati.

 

445c1 Rome, Santi Quattro Coronati

 

445c2 Roesler, SS Quattro Coronati à Rome

 Je laisse aux guides touristiques le soin de parler des agrandissements, réductions, restaurations qui se sont succédé. Un seul point : la chapelle Saint Sylvestre qui m’impressionne tant est due au cardinal Étienne, titulaire de Santa Maria in Trastevere, en 1246. De la petite place qui sert de parvis, nous voyons d’abord le campanile du neuvième siècle qui a échappé à la destruction. L’aquarelle de Roesler est à rapprocher de ma première photo, où l’on reconnaît la tour ronde et le long mur suivi d’une tour carrée.

 

445d1 Rome, SS Quattro Coronati, 1ère cour

 

  Franchissant le portail d’entrée en croisée d’ogive, on se trouve dans une première cour. Je dis "première" parce que sur ma photo on peut distinguer, après le grand portique au fond, un carré de lumière au sol : il y aura une seconde cour.

 

445d2 Rome, SS Quattro Coronati, 1ère cour

 

Sur cette vue, on se retourne vers le portail d’entrée. On voit donc que cette cour est bordée au fond et à droite (à gauche si on se retourne…) par un portique. Tout autour de cette cour (et de la seconde) sont les bâtiments du monastère créé en 1116 par le pape Pascal II pour qu’une petite communauté de moines qu’il y installa prenne en charge la basilique.

 

Mais très vite, dès 1138, l’état de la basilique laisse à désirer, et par une bulle du 21 mai le pape Innocent II (1130-1143) donne le couvent à des Bénédictins de Sainte Croix de Sassovivo, en Ombrie, qui en font le lieu d’hébergement de leur abbé lorsqu’il vient à Rome rencontrer le pape au Latran tout proche, et pour toutes sortes d’autres personnages de passage. Là a été reçu le roi Sigismond de Hongrie en 1433. Il n’empêche : tout le temps où la papauté a résidé en Avignon, de 1309 à 1377, le complexe conventuel et basilical a été bien oublié.

 

De nouveau en piteux état au milieu du seizième siècle, le monastère est confié en 1562 aux sœurs Augustiniennes pour y transférer, à l’air sain et –à l’époque– campagnard les orphelins jusqu’alors hébergés au cœur de la ville, sur l’île du Tibre, avec mission de les former "non seulement aux usages et vertus chrétiens, mais encore à tous les exercices domestiques et qui accompagnent le gouvernement d’une famille".

 

445e1 Rome, SS Quattro Coronati, 2ème cour

 

445e2 Rome, SS Quattro Coronati, 2ème cour

 

Maintenant nous passons dans la deuxième cour. J’ai dit que je ne raconterais pas l’histoire des évolutions architecturales. Disons seulement que cette cour remplace les dernières travées de la nef de la basilique d’origine.

 

445e3 Rome, SS Quattro Coronati, 2ème cour

 

D’ailleurs, dans le mur latéral de cette cour, on peut voir les colonnes d’origine, qui séparaient la nef principale du bas-côté. On peut également se rendre compte que ces chapiteaux disparates sont, en partie du moins, de réemploi.

 

445f1 Rome, SS Quattro Coronati

 

Et nous voici devant la porte d’entrée dans la basilique, sous le porche de la seconde cour. Au-dessus de cette porte, une fresque de la fin du seizième siècle représente les Quatre Saints Couronnés à qui est dédiée cette église. Le moment est donc venu pour moi de dire qui ils sont. Et cela, c’est difficile. En effet, presque dès le début, personne ne sait exactement, parce qu’il y a deux versions. Et dans le doute, les fresques du complexe représentent tantôt les uns, tantôt les autres. Mais ce qui est sûr, c’est que s’ils sont dits "couronnés", c’est parce que leur martyre leur vaut cette couronne. Et aussi qu’ils sont du temps de l’empereur Dioclétien (284-305).

 

445f2 Rome, SS Quattro Coronati

 

445f3 Rome, SS Quattro Coronati

 

L’une des séries concerne quatre soldats de la garde d’honneur de Dioclétien. Lors d’une cérémonie dans les thermes de Trajan, les soldats durent sacrifier au dieu Esculape, dieu de la médecine, pour la santé de leur empereur mais ces quatre-là, convertis au christianisme, refusèrent de se joindre à leurs camarades. Ils furent mis à mort par flagellation avec des fouets munis de billes de plomb. Évidemment, seule la première fresque est au-dessus de la porte, à l’extérieur, mais puisque je traite de ce sujet j’ajoute des photos prises à l’intérieur de l’église.

 

445g1 Rome, SS Quattro Coronati

 

L’autre série, curieusement, parle de cinq martyrs, mais dans l’iconographie on n’en représente que quatre, pour se conformer à l’appellation de la basilique. Ceux-là sont des sculpteurs sur pierre qui, avec de nombreux autres, travaillent pour Dioclétien dans les carrières de l’ouest de la Pannonie (Slovénie actuelle) sur des blocs que des esclaves carriers viennent d’extraire. Chargés de faire une représentation du soleil, ils l’exécutent avec zèle. Mais ensuite, satisfait de leur œuvre, l’empereur leur demande de réaliser une statue d’Esculape pour sa propre santé. Ce que nos cinq chrétiens refusent. Ils sont alors sommés de sacrifier au dieu soleil devant leur propre sculpture devenue objet de culte, ce qu’ils n’avaient pas prévu. Or Tertullien (environ 150 – environ 222) avait distingué "le simple ornement", œuvre d’art, de "ce qui tient à l’idolâtrie". Ils refusent donc.

 

445g2 Rome, SS Quattro Coronati

 

445g3 Rome, SS Quattro Coronati

 

Le tribun Lampadius, chargé de l’affaire, doit les exécuter par les "scorpions", des verges épineuses, mais meurt subitement. Dioclétien furieux que, pense-t-il, ils aient jeté un sort sur son tribun et voulant venger la douleur de la veuve, fait jeter les cinq sculpteurs dans le fleuve Sava (celui qui baigne Ljubljana), enfermés dans des caisses de plomb. Quarante-deux jours après, le chrétien Nicodème retrouve les caisses dans le fleuve et rapporte les corps dans sa maison. C’est ce que l’on aperçoit très difficilement en arrière-plan de la dernière photo. Comment les corps sont venus à Rome, ce n’est pas dit.

 

445h Rome, SS Quattro Coronati

 

Depuis que nous voyons l’histoire de ces saints couronnés, nous avons donc pénétré dans la basilique. Stendhal : "Nous remarquons dans ces petites églises antiques des tableaux qui, dans les galeries Doria ou Borghèse, n’attireraient pas notre attention. On est touché facilement en présence de ces colonnes qui virent les martyrs des premiers siècles ; on oublie les excès de leurs successeurs et l’émeute de Nogent-le-Rotrou, le 27 décembre 1828. Les jours où l’on a le malheur de se souvenir de l’Inquisition, il ne faut pas entrer dans ces petites églises peu ornées : elles feraient horreur. Le crime a besoin d’être caché sous de pompeux ornements".

 

Ce tabernacle n’est pas sur l’autel principal, il a été déplacé dans le bas-côté gauche. Il date d’Innocent VIII (1454-1492). Les peintures latérales, saint Pierre à gauche avec ses clés, saint Paul à droite avec son épée, ont été ajoutées au dix-septième siècle.

 

445i1 Rome, SS Quattro Coronati

 

Depuis que nous sommes à Rome, nous reconnaissons au premier coup d’œil les œuvres des Cosmates. Et il est évident que ce pavement est cosmatesque, avec ses marbres de différentes couleurs, et avec ses huit entrelacés.

 

445i2 Rome, SS Quattro Coronati

 

Et, comme toujours avec les Cosmates, le sol des bas-côtés est fait de rectangles représentant tous des figures différentes. Mais ici, nous avons la preuve manifeste, avec ce marbre gravé retaillé de travers, que certaines parties sont faites de dalles de réemploi.

 

445j1 Rome, SS Quattro Coronati

 

Je n’ai pas l’explication de ce que représente cette fresque du bas-côté gauche, avec ce pape en bateau et ses deux compagnons. Tous trois sont auréolés, ils sont donc saints. J’aime cette image, où l’on aperçoit les poissons dans la mer, et la naïveté du dessin avec ces trois personnages dans un bateau qui serait trop petit pour un seul d’entre eux, mais ils sont en même temps si expressifs…

 

445j2 Rome, SS Quattro Coronati

 

Ici, nous sommes passés dans le bas-côté droit. Cette peinture terrible représente saint Barthélémy qui, comme on sait, a été écorché vif. Il porte sa peau en écharpe sur l’épaule, et tient dans la main le couteau qui a servi à son horrible supplice.

 

445j3 Rome, SS Quattro Coronati

 

J’aime infiniment mieux cette autre peinture que nos deux livrets sur l’église, complets et savants, appellent une pietà. Pour moi, une pietà représente le Christ descendu de la croix et reposant sur les genoux de sa mère. Mais peu importe, je trouve splendide ce Christ du quatorzième siècle au visage si doux, avec un demi-sourire dans la mort. Le peintre a voulu montrer la souffrance en constellant son corps de gouttes de sang. Et derrière, les anges tiennent le suaire qui va l’envelopper, celui de gauche est un peu abîmé, mais quelle expression de pitié et de tristesse sur le visage de celui de droite ! Merveilleuse sensibilité de l’artiste.

 

445k Rome, SS Quattro Coronati, chapelle Sta Barbara

 

Sur le côté, une chapelle est consacrée à sainte Barbara. Même si la plupart de ses fresques ont hélas disparu (on voit ici au milieu une Vierge à l’Enfant, et en haut on aperçoit un épisode de la vie de sainte Barbara), la chapelle n’a pas été détruite lors du sac de Rome par les Normands en 1084. En effet, elle est antérieure à cette catastrophe, puisqu’offerte par Léon IV au neuvième siècle. La disparition des fresques qui recouvraient la voûte, les parois, les absidioles est due à l’humidité et au temps, mais elles dataient, elles, du douzième siècle.

 

446a Rome, SS Quattro Coronati

 

Et puis il y a le cloître. Cosmatesque, lui aussi. Il date du début ou du milieu du treizième siècle.

 

446b Rome, SS Quattro Coronati

 

On distingue au centre cette fontaine qui a été réalisée en 1913 en superposant deux vasques médiévales qui se trouvaient abandonnées dans le monastère.

 

448a Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Mais ce qui constitue à mon avis le clou de la visite c’est la chapelle San Silvestro (je suis triste que mon cher Bibendum ne donne aucune étoile aux Quattro Coronati dans leur ensemble et seulement une timide petite étoile pour cette merveilleuse chapelle). Il ne s’agit nullement d’une chapelle latérale de la basilique, mais c’est un oratoire auquel on accède à partir du parloir ouvert sur la seconde tour. On sonne, une religieuse cloîtrée apparaît derrière une grille et demande, très modestement, un petit Euro par personne, moyennant quoi elle appuie sur un bouton qui ouvre la porte, en face, de cette chapelle. Et là, je suis resté ébloui. À hauteur de vue, les murs déroulent comme une bande dessinée l’histoire de saint Sylvestre I, trente-troisième pape de janvier 314 à sa mort le 31 décembre 335. Il a donc assumé ses fonctions pontificales après l’édit de Milan (313) établissant la liberté de culte dans tout l’Empire. Par conséquent son histoire telle que racontée est enjolivée et déformée, comme on va le voir. Il aurait baptisé Constantin au baptistère de San Giovanni à Rome, alors qu’en réalité il était mort depuis deux ans lorsque Constantin a été baptisé sur son lit de mort, en 337, à la résidence impériale de Nicomédie (actuelle Izmit, en Turquie). En revanche, on peut à bon droit lui attribuer la consécration de cinq basiliques ou lieux de culte : San Giovanni in Laterano, le baptistère de San Giovanni, Saint-Pierre du Vatican, Saint Laurent hors les Murs, Santa Croce in Gerusalemme. Il a été enterré à la catacombe de Priscilla, sur la via Salaria puis, comme on l'a vu hier, transporté dans la basilique qui porte son nom, en centre ville.

 

448b1 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

448b2 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

De chaque côté de l’entrée du presbyterium, c’est-à-dire du chœur, sur les flancs de l’arche, se font face les représentations en pied des deux héros de cette fresque. Je montre ici le détail de leurs visages, saint Sylvestre d’abord, Constantin ensuite. Et maintenant, désolé, je ne suis pas capable de couper dans la "bande dessinée", cela va être long…

 

448c1 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Constantin est atteint de la lèpre. La peau de son visage et de ses mains est constellée de marques rouges qui figurent les atteintes de la maladie. En face de lui, un groupe nombreux de femmes avec leurs enfants tentent de le rassurer.

 

448c2 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Une nuit, dans son sommeil, l’empereur a un songe. Il voit au pied de son lit les saints apôtres Pierre et Paul qui lui conseillent de faire appel à Sylvestre. Comme on le voit, il dort avec sa robe brodée d’empereur, avec sa couronne sur la tête, avec un serviteur qui l’évente. Et il est toujours marqué par sa lèpre.

 

448c3 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

À son réveil, Constantin, ému par son rêve, envoie trois messagers à cheval. Ils se dirigent vers le mont Soratte où Sylvestre s’est réfugié dans un ermitage pour fuir les persécutions des chrétiens. Le dessin est minutieux : le premier a une robe verte et une chasuble rouge, le second une robe rouge et une chasuble verte, le dernier une robe verte et une chasuble blanche.

 

448c4 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Les trois émissaires gravissent le mont Soratte vers l’ermitage où les reçoit Sylvestre avec deux de ses acolytes. Et l’on reconnaît les vêtements des messagers, qui sont toujours dans le même ordre qu’à cheval.

 

448d1 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Nous sommes à Rome maintenant, où Sylvestre a accepté de se rendre en compagnie de ses deux acolytes. Constantin lui a raconté son rêve et la raison pour laquelle il lui a demandé de venir mais, païen, il n’a pas identifié les deux hommes qui lui sont apparus. Dans ce récit, Sylvestre pense reconnaître l’intervention de Pierre et de Paul. Il montre leur image à Constantin, qui confirme que c’est bien eux qu’il a vus. Je trouve bidonnant que Sylvestre se balade avec en poche les photos des apôtres.

 

448d2 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Dieu a envoyé à Constantin cette maladie pour lui donner l’occasion de Le rencontrer. Si l’empereur se convertit, il sera guéri. Constantin subit ici le baptême par immersion. Des serviteurs tiennent l’un sa robe impériale, l’autre sa couronne, et lui est nu dans le baptistère tandis que Sylvestre lui administre le sacrement du baptême. On voit que la peau de l’empereur, immédiatement, avant même qu’il sorte de la cuve baptismale, est redevenue normale.

 

448d3 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Sylvestre siège sur un trône. Constantin ploie le genou devant lui et lui remet la tiare pontificale. Il lui a en outre proposé la couronne impériale, que le pape a refusée et qui est donc, non pas sur la tête de Constantin, mais dans les mains d’un personnage juché en haut à droite dans un palais. Une inscription très difficilement lisible (et qui n’est pas sur ma photo) dit qu’il s’agit du Capitole. Un autre personnage tend au pape une ombrelle rayée rouge et or. Enfin, on voit que l’empereur tire par la bride un cheval blanc, qui va se retrouver sur la "vignette" suivante. L’empereur donne la tiare, le pape la couronne, et quelques siècles plus tard on va se retrouver avec la querelle des investitures, qui doit couronner qui, au cours de laquelle on ne manquera pas de faire référence à ces événements.

 

448d4 Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Cette fois-ci, l’empereur a remis sa couronne sur sa tête, mais il a invité Sylvestre, tiare en tête, à monter sur le destrier blanc qu’il lui a amené et qu’il conduit par la bride, lui-même marchant à pied en signe d’hommage. De l’autre main, il montre un palais, qui est sans doute le Latran, et dont il lui fait cadeau. On tient au-dessus du pape l’ombrelle qui lui a été donnée, tandis que le cortège est précédé de deux dignitaires portant l’un la Croix, l’autre l’épée, symboles des deux pouvoirs, le spirituel et le temporel.

 

448e Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Sur la gauche, la fresque est détériorée. J’ai donc coupé ma photo. On perd la représentation du pape Sylvestre, c’est dommage. En face de lui, le rabbin Zambai. Ils débattent au sujet de la prééminence du christianisme sur le judaïsme, ou l’inverse. Entre eux, deux juges. Dans le groupe qui entoure le rabbin, on distingue une femme qui porte une couronne sur la tête. C’est Hélène, la mère de l’empereur, qui n’est pas encore convertie au christianisme et choisit le camp des Juifs. Les Juifs, suivant la coutume de l’Ancien Testament, ont sacrifié un taureau, que l’on voit le mufle à terre. Par la seule puissance de la voix et, évidemment, avec l’aide de Dieu qui se range à ses côtés, Sylvestre ressuscite le taureau, que l’on aperçoit à l’extrême gauche de l’image.

 

448f Rome, SS Quattro Coronati, chapelle S. Silvestro

 

Hélène, future sainte Hélène, est maintenant convertie. Elle est partie pour la Terre Sainte. On sait que c’est elle qui a rapporté de Jérusalem la Scala Santa en face du Latran, et la colonne de la flagellation, à Santa Prassede. Ici, nous sommes sur le Golgotha. On voit un ouvrier, pioche en main, qui vient de déterrer trois croix. Pour distinguer celle du Christ de celles des deux larrons, elle les approche l’une après l’autre d’un mort. Seule la Vraie Croix va le ressusciter. Ce mort, c’est l’homme que l’on voit au premier plan, étendu mais en train de se relever. Son visage et ses mains ont repris leur apparence vivante, mais la peau de ses jambes est verte, corrompue par la mort et pas encore revenue à la vie.

 

Et voilà la fin de cette frise. Il y avait autrefois une dernière image, mais elle est complètement endommagée et on ne voit plus ce qu’elle représente. Il s’agissait du pape saint Sylvestre rapportant la Vraie Croix à Rome. Hélène aurait gardé le fragment rapporté dans son palais, et après sa mort son fils Constantin aurait transformé en église cette partie du palais. C’est l’église Santa Croce in Gerusalemme où l’on peut voir ce fragment de croix.

 

Il a fallu s’arracher à cette chapelle San Silvestro et quitter les Santi Quattro Coronati. Dur, dur.

 

Cette basilique des Quatre Saints Couronnés est à mi-chemin de San Giovanni in Laterano et du Colisée. Le métro, en arrivant, nous a laissés à San Giovanni, nous nous rendons facilement à pied ce soir au Colisée et, de là, en longeant le forum, à la basilique des saints Côme et Damien qui a pris la place du temple de Romulus et que nous avons déjà visitée le 24 février. Et puis nous continuons notre promenade dans Rome en nous rendant au Corso.

 

449a Rome, exposition Edward Hopper

 

En effet, nous désirons beaucoup voir l’exposition temporaire Edward Hopper. Nous avons déjà eu l’occasion de voir une exposition à Paris il y a quelque temps, mais ici les œuvres exposées sont, paraît-il, différentes. Natacha est contente de le voir, mais ne raffole pas de lui. Moi, au contraire, j’aime beaucoup. Mais évidemment il n’est pas question que je montre ici des tableaux de lui parce que, comme on peut s’en douter, la photo est interdite. Alors juste quelques mots. Cet Américain d’origine anglaise, galloise, néerlandaise est né le 22 juillet (tiens, comme ma grande sœur) 1882 (oh, pas du tout comme elle !). Il effectue son premier voyage à Paris en 1906, en 1907 il continue sur Londres, Amsterdam, Berlin, Bruxelles. Il revient à Paris en 1909 et, en 1910, il effectue son dernier voyage à l’étranger en revenant à Paris et en allant en Espagne. Il meurt en 1967. Nous verrons bon nombre de tableaux représentant des vues de Paris.

 

449b Rome, exposition Edward Hopper

 

L’un de ses tableaux les plus célèbres (et à la suite de son exposition parisienne, j’avais lu un roman qui s’en était inspiré) s’intitule The Nighthawks (Les Noctambules). Il n’était pas aux cimaises à Rome aujourd’hui, mais avant l’accès aux salles, on pouvait voir cette reconstitution à l’aide de mannequins grandeur nature qui rend parfaitement l’atmosphère du tableau tel qu’il est dans ma mémoire.

 

Très intéressant aussi à voir, certaines ébauches de ses tableaux sur lesquelles il a porté des indications sur les couleurs et nuances à employer, et à côté le tableau réalisé. On peut ainsi voir comment il l’a composé et ce qu’il a voulu y montrer. Mais puisque je ne peux, moi, montrer cela, j’en resterai là. Retour au bercail.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche