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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 02:12

483a Rome, piazza della Repubblica

 

 Je crois que nous effectuons aujourd’hui notre dernière promenade dans Rome. Sauf changement de dernière minute, demain nous effectuons des opérations "techniques" (lessive, courses, ménage, etc.) et après-demain nous levons l’ancre. Snif, snif. En descendant du métro à la station Repubblica, nous rencontrons sur le trottoir ce sumo et cette geisha qui offrent deux petits paquets de Mikado (de LU), ces baguettes garnies de chocolat, à chacun de nous.

 

483b Rome, Verdi via Nazionale

 

En face, sur la façade de l’hôtel Quirinal, la plaque dit que "Dans cette auberge avait l’habitude de descendre Giuseppe Verdi et, de cette fenêtre, il s’est montré au peuple qui acclamait son arrivée pour la première représentation à Rome de ‘Falstaff’ le 13 avril 1893".

 

483c Rome, Verdi via Nazionale

 

Il convient donc maintenant de montrer la façade pour que l’on voie cette fenêtre. Sur ma photo on distingue la plaque sur le mur, et la fenêtre de la chambre de Verdi était juste au-dessus.

 

483d Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Si nous sommes venus ici aujourd’hui, c’était pour voir Saint Paul dans les Murs. Il s’agit d’une église épiscopale anglicane, St Peter within the Walls. 1870, fin du pouvoir temporel du pape à Rome. 1872-1876, construction de cette église néogothique dans une ville où le catholicisme n’est plus la seule religion à avoir droit de cité. Elle est voulue par les épiscopaux américains.

 

483e Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Sur le côté gauche, dans un centre d’accueil pour migrants tenu par les protestants, la cour permet d’avoir cette vue sur le flanc de l’église.

 

483f Roma, San Paolo dentro le Mura

 

Quant au portail de la façade, il est surmonté d’une mosaïque de 1907. George Breck (1863-1920), Américain titulaire d’une bourse "pour l’approfondissement de la peinture murale" à l’Académie Américaine de Rome et seul Américain de la ville à connaître la technique de la mosaïque, est choisi pour décorer le tympan. C’est Saint Paul en prison à Rome, se fondant sur un passage de l’épître aux Philippiens qui laisse penser que ladite prison était plutôt une résidence surveillée, entre deux gardes que l’apôtre parvint à convertir. Aujourd’hui l’entrée se fait par le côté droit.

 

483g Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Lorsqu’on pénètre, on ne ressent absolument pas l’atmosphère d’un temple anglican. On s’attend (à moins d’avoir lu deux guides plus un livre à son sujet…) à un intérieur nu et strict. Les protestants, fussent-ils anglicans, qui visitent les églises de Rome se moquent assez des églises catholiques, quand ils n’y ressentent pas un malaise, à cause de leurs statues, fresques, mosaïques qui leur semblent être des idoles païennes. Notre livre en anglais qui cite les textes de personnages célèbres parlant de Rome fait la part belle, of course, aux Anglo-Saxons, lesquels critiquent à tour de bras ce que catholiques ou athées évaluent positivement ou négativement selon de purs critères esthétiques. Mais en voyant cette image, qui peut se rendre compte que ce n’est pas une église catholique ?

 

483h1 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

La mosaïque de l’abside, réalisée par Edward Burne-Jones (1833-1898), est particulièrement somptueuse. J’aime cette majesté dans l’attitude de Jésus dans sa gloire, le drapé de la robe, les couleurs. Et puis ces quatre fleuves qui jaillissent et se répandent autour du chœur. Le 27 février, au sujet de l’abside de Santa Prassede, j’ai déjà cité le passage de la Genèse qui dit "un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras". Il n’est d’ailleurs pas exclu que l’artiste se soit inspiré de cette œuvre paléochrétienne pour en donner une vision moderne. Derrière lui, l’entourent les archanges, figurés dans des niches. Mais la première niche à gauche est vide, c’était celle du premier archange (le premier à la droite de Dieu), Lucifer, l’archange déchu.

 

483h2 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Plus bas, autour du chœur, la décoration est extrêmement riche et colorée. "Je me suis occupé de ma mosaïque romaine comme d’une tâche importante quoique ingrate, vu que personne ne démontre un quelconque intérêt pour elle", dit Burne-Jones. Sous le fleuve qui coule aux bordures du ciel, une foule d’anges volent comme les intermédiaires entre le domaine divin et la terre, domaine humain.

 

483h3 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

À gauche, les ascètes et les prophètes, puis un groupe de femmes qui représentent le service de Dieu. Se détache du groupe Marie-Madeleine, reconnaissable au pot d’onguent qu’elle porte. La dernière d’entre elles, avec sur le bras le repli vert d’un manteau, a au côté (mais c’est difficile à voir sur ma photo une fois réduite pour Internet) des clés au bout d’une chaîne, c’est donc Marthe. Au centre, ce sont les grandes figures ecclésiastiques du passé de l’Église, avec les cinq Pères de l’Église d’orient et les cinq Pères de l’Église d’occident. La figure d’avant-plan est celle de saint Paul, patron de cette église, qui porte ce manteau typique, la chasuble, que revêtent pour les célébrations les prêtres catholiques (quand je dis que la décoration est surprenante pour un temple anglican…).

 

483h4 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Puis on trouve la Vierge entourée de saintes martyres, parmi lesquelles on reconnaît sainte Cécile avec son instrument de musique. Et enfin, tout à droite, ce sont les guerriers qui ont combattu pour la foi et qui représentent divers pays : saint Georges d’Angleterre, saint Jacques d’Espagne, saint Patrice d’Irlande, saint André d’Écosse et saint Denis de France.

 

483h5 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

L’arc triomphal donne une représentation très personnelle de l’Annonciation. Se référant à une ancienne légende, Burne-Jones la situe dans le désert. Marie a posé à terre une cruche d’eau qu’elle est allée puiser, et l’ange lui apparaît au crépuscule, c’est-à-dire à l’heure de l’Angélus. Le ciel flamboie, l’ange, sans être risible, est à quelques centimètres du sol enveloppé dans ses grandes ailes d’un mauve violacé. Marie, au sol, humaine, recueillie, reçoit l’annonce avec piété. J’adore l’Annonciation de Fra Angelico, par exemple, mais cela ne m’empêche pas d’aimer beaucoup celle-ci, pleine de foi et d’expressivité, dans un style radicalement différent qui renouvelle le genre.

 

483i Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Au fond de l’église, j’aime bien, aussi, ce vitrail. Il n’est pas traité comme une grande rosace, mais pour en donner l’apparence il dispose en cercle huit médaillons autour d’un vitrail central circulaire, lui-même orné de huit lobes accolés sur son pourtour. Cette composition ingénieuse et originale est du plus bel effet.

 

483j1 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Sur ce même mur, plus bas que le vitrail, quatre panneaux séparés par de fines colonnettes représentent en s’assemblant la Nativité (1911-1912), avec ici à gauche ainsi que sur le panneau suivant l’Adoration des Mages. Sur le dernier panneau à droite, ce sont les bergers. Après avoir convaincu le révérend Lowrie, recteur de l’église, avec la réalisation du tympan, c’est Breck qui a été choisi pour cette décoration de la contre-façade.

 

483j2 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Le panneau entre mages et bergers représente la crèche, avec le premier des bergers et le chœur des anges. Comme modèle de la Vierge, Breck a fait poser Luisa Barnes, une amie de la famille.

 

483k1 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

"Ce crucifix, dit une plaque, est donné par le peuple de Saint Paul pour honorer le ministère de Wilbur Charles Woodhams 1960-1980, sculpture par Peter Rockwell". Je ne sais qu’en penser. Spontanément, quand je le vois, il me plaît bien, mais quand je me demande pourquoi, je ne sais absolument pas que répondre. Je ne comprends pas pourquoi l’artiste lui a attribué six bras, le Christ n’est pas Shiva. Le visage n’est pas beau et n’exprime ni la douleur, ni le sacrifice… Si Dalí peint un crucifix, cela ne me dérange nullement que le Christ soit dénué de toute spiritualité car le but n’est pas là, mais dans une église, il est logique que l’exécution de l’œuvre signifie quelque chose, et ce quelque chose je ne le perçois pas ici.

 

483k2 Rome, Saint-Paul dans les Murs

 

Le mur recouvert de ce carrelage est du plus bel effet. Il me rappelle certains azulejos que j’ai vus à Séville, mais qui à Rome sont surprenants, ce qui ne veut pas dire déplacés, au contraire. Ils contribuent à donner à cette église sa richesse et sa diversité.

 

484a Rome, sculpture Europe

 

Allez, on s’en va. Devant le siège du gouvernement provincial de Rome, cette statue de Sandro Chia (quel nom horrible, encore heureux qu’en italien il se prononce Kia) placée là en 2005 en l’honneur de ceux qui, en 1870, sont "tombés pour la paix, la liberté, la démocratie", symbolise l’Europe. Je la trouve assez belle.

 

484b1 Rome, forum, temple Romulus

 

484b2 Rome, forum, temple Romulus

 

Nous arrivons au Forum. En guise d’adieu à Rome, nous décidons d’aller faire un tour dans ce lieu symbolique, Forum et Palatin. Et à la caisse, surprise, c’est la semaine de la culture. De toute façon pour moi, vu mon âge, les entrées dans les musées et sites nationaux sont gratuites, mais durant une semaine Natacha entrera également gratuitement. J’ai déjà publié et commenté bien des photos du Forum et du Palatin, je me limiterai donc aujourd’hui à quelques unes. Nous avons visité les 24 février et 18 mars, entrant par l’autre côté, l’église des Saints Côme et Damien, qui a squatté le temple de Romulus, le fils de l’empereur Maxence, décédé très jeune. La partie circulaire du temple est restée au niveau d’origine, l’église est au niveau actuel de la ville, de sorte que cette rotonde n’est pas affectée au culte. Et cette porte, comme je l’ai dit au moment de notre visite, date de l’Antiquité et l’on affirme que la clé en fait encore jouer la serrure.

 

484c1 Rome, Santa Francesca Romana

 

484c2 Rome, Santa Francesca Romana

 

Ici, c’est Santa Francesca Romana, visitée intérieurement le 24 février, mais sans aucun recul pour une vue de la façade. Hier, 15 avril, j’ai aperçu un bout de fronton entre des colonnes. Eh bien aujourd’hui voici l’église vue infiniment mieux, depuis la hauteur du Palatin, et depuis le Forum.

 

484d1 Rome, Palatin, domus Augustana

 

Sur le Palatin, nous rendons visite à la maison d’Auguste, la domus augustana, qui reste une ruine impressionnante.

 

484d2 Rome, Palatin, stade

 

Et puis nous retournons voir ce stade qui date de Domitien (81-96 de notre ère), le dernier des Césars, qui l’avait construit au sein même du palais d'Auguste. En effet, il restait un espace inutilisé, non bâti, sur le flanc de ce palais qu’il occupait. En fait, ce n’était pas qu’un stade au sens moderne d’espace réservé à la pratique du sport, même si l’on y pratiquait la course à pied et diverses disciplines athlétiques. Le demi-cercle du premier plan était une fontaine qui servait de meta, de borne, pour les courses de chars, et qui avait sa sœur jumelle à l’autre extrémité. On a aussi découvert des traces d’une spina, l’axe central. Mais aussi l’on pouvait se promener à cheval ou en voiture. Au fond, la piste ovale est diminuée par la perspective de ma photo prise au grand angle (focale de 18mm), mais en fait elle mesure pas loin de la moitié de ce stade de 160 mètres sur 48. Elle a été construite au sixième siècle de notre ère, par Théodoric (493-526), roi des Ostrogoths, qui avait établi ses pénates sur le Palatin. Elle délimitait très probablement un hippodrome où avaient lieu des courses de chevaux montés.

 

484e Rome, Colisée

 

Comment, à Rome, ne pas évoquer la colossale silhouette du Colisée ? On a l’habitude de la montrer de l’autre côté, là où les murs de ce cirque restent encore le plus élevés, mais je trouve intéressant de le voir du Palatin avec l’arc de Titus en premier plan.

 

484f1 Rome, musée du Palatin, danseuse

 

Il y a aussi sur le Palatin un musée archéologique que nous n’avions jamais visité. Je ne me rappelle plus pourquoi nous n'y étions pas allés, manque de temps peut-être, ou manque d’information tout au début de notre séjour. Quoi qu’il en soit, nous avons comblé aujourd’hui cette lacune. Je me limiterai à montrer trois sculptures qui m’ont vivement frappé. Je peux même dire ému. D’abord cette danseuse qui a perdu tête et membres, mais qui me touche infiniment par ce corps parfait et par le drapé simple et souple de sa robe. On sent presque la souplesse de son épaule et la douceur de sa peau, comme si elle n’était pas de marbre, mais de chair. Elle vient de la demeure d’Auguste. Ce n’est qu’une copie d’une statue grecque du milieu du cinquième siècle avant Jésus-Christ, mais cette copie date quand même de l’Antiquité, époque impériale.

 

484f2 Rome, musée du Palatin, Perse mourant

 

Ma seconde statue représente un Perse mourant. Seule sa tête a été conservée, mais je trouve splendide cette tête portant le bonnet phrygien. Elle a également été trouvée sur le Palatin, mais dans la maison de Tibère. C’est aussi une copie du second siècle de notre ère, l’original étant une œuvre de Pergame de la fin du troisième siècle avant Jésus-Christ. Natacha est étonnée de l’impact de cette sculpture sur moi, elle la laisse froide. D’abord, je trouve beaux les traits de cet homme. Et d’autre part, dans ce guerrier mourant pour sa patrie je trouve de la sérénité, un don de soi, malgré les traits marqués par la douleur mais qui ne grimacent aucunement dans ce qui serait un refus de la mort. Le sacrifice de cet homme m’émeut.

 

484f3 Rome, musée du Palatin, canéphore

 

La troisième et dernière œuvre que je présente ici, sculptée dans un splendide marbre noir, est, elle, un original trouvé dans le secteur de la maison d’Auguste, et contemporaine de cet empereur (à cheval sur le changement d’ère, 27 avant et 14 après). Elle représente une canéphore. Là aussi, quand elle a vu que je choisissais de publier cette photo, Natacha s’est étonnée car elle trouve belle cette statue, bien sûr, mais sans plus. Et froide. Son choix à elle se serait porté sur des choses très différentes. Moi je suis peut-être influencé par la couleur de ce marbre, mais j’aime la façon dont cette femme tire le pan de sa robe, j’aime son beau visage, fin et expressif, je la trouve merveilleusement vivante. Mais à chacun de se faire une idée. Heureusement, tous les goûts sont dans la nature et comme, de toute façon, ni Natacha ni moi n’avons envisagé de voler l’objet de notre choix, cela ne crée pas de conflit pour la décoration de notre intérieur.

 

C’est sur cette (profonde) réflexion que je conclurai cette promenade, sans doute la dernière dans Rome si nous parvenons, demain, à tenir notre résolution de consacrer la journée à nous préparer au départ.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

REYNAL Pierre 13/05/2010 13:49


Bellissimo!!! et un grand merci pour ce véritable reportage sur Rome.
Bravo et cordialement.
PR


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