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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 22:22

Natacha, ces temps-ci, est plongée dans la lecture d’Iwaszkiewicz, cet auteur polonais qui a vécu à Rome. Or l’autre jour, descendant du bus au Largo Torre Argentina, nous allons regarder l’affiche du théâtre, et que voyons-nous ? On donne Les Demoiselles de Wilko, une pièce d’Iwaszkiewicz !

 

431 Le Signorine di Wilno

 

Natacha n’en croyait pas ses yeux et son cœur s’est mis à battre si fort que le sol en a tremblé sous ses pieds et que nos voisins sur le trottoir ont commencé à paniquer, pensant à un séisme. Nous sommes donc entrés et avons pris une place pour cet après-midi à 17 heures. Une place seulement, parce que moi je ne partage pas son enthousiasme, ce qu’elle me dit du sujet ne me tentant pas tellement et d’autre part parce que ne connaissant pas l’œuvre et ne captant qu’un mot de ci de là en italien je préfère me balader pendant ce temps-là.

 

431a Rome, Gogol

 

Évidemment, avant 17 heures nous disposons de pas mal de temps dans le centre de Rome et, comme il fait beau, nous allons nous balader à pied. Nous marchons le nez en l’air, scrutant les plaques posées sur les murs des bâtiments. Ici, la communauté russe de Rome a fait poser cette plaque qui dit que dans cette maison, entre 1838 et 1842, Nicolas Vassilievitch Gogol a écrit Les Âmes mortes. La traduction italienne, un peu différente, dit "son chef d’œuvre", sans préciser le titre, mais surtout elle dit "le grand écrivain russe Nicolas Gogol". Or Gogol était ukrainien. Si le russe, l’ukrainien et le biélorusse sont des dialectes d’une même langue, ils n’en sont pas moins très différents l’un de l’autre et correspondent à des peuples différents. Ce n’est pas la Russie qui a créé l’Ukraine, mais c’est la "Rous" de Kiev –en Ukraine– qui a créé la Russie. Si la Russie des tsars a colonisé l’est de l’Ukraine alors que la Pologne, puis l’Union Soviétique à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, en ont colonisé l’ouest, l’Ukraine n’en a pas moins une identité propre. Mais Gogol l’Ukrainien est allé vivre à Saint-Pétersbourg et a écrit en langue russe. Il n’empêche : les Italiens qui, en 1901, ont traduit le texte écrit en russe par la communauté russe, ils ont jugé bon d’ajouter une nationalité qui n’est pas exacte.

 

431b Rome, Andersen

 

La Suède a bien, dans le passé, envahi le Danemark, mais sur cette plaque Andersen est qualifié de Danois…Bon, soyons de bonne foi : il n’a pas décidé d’aller vivre à Stockholm, ni d’écrire en langue suédoise.

 

431c Rome, Piranèse et Thorvaldsen

 

Ici, outre Luigi Canina que j’avoue ne pas connaître, ont vécu l’architecte et graveur vénitien Piranèse (1720-1778) et le sculpteur danois Thorvaldsen (1770-1844). Lorsque l’on est attentif aux murs, la promenade dans le centre de Rome révèle sans cesse des maisons ou des appartements où ont vécu, un an ou une vie, des célébrités du monde entier.

 

432a1 Rome, Trinità dei Monti

 

Nous arrivons à l’église de la Trinité (Trinità dei Monti). Nous l’avons déjà visitée rapidement, cette église, et parce que j’en ai déjà montré une photo de façade le 9 novembre, cette fois-ci je la présente avec son obélisque. Soyons avertis dès le début : "Il y a ici quelques bons tableaux anciens, nous dit Stendhal, et une foule de croûtes modernes. Les artistes allemands viennent dans cette église se moquer de nous, car la plupart de ces croûtes sont françaises".

 

Saint François de Paule était un ermite de Calabre qui voulut créer un nouvel ordre monacal, que l’on appela les Minimes, dont la règle interdisait de manger viande, œufs, produits lactés comme pour un carême perpétuel. Louis XI, malade, espérait de lui une guérison miraculeuse et parvint à le faire venir en France en 1483. Il ne put guérir le roi, mais resta en France comme conseiller des successeurs Charles VIII et Louis XII jusqu’à sa mort en 1507, à Tours.

 

Le cardinal Jean Bilhères de Lagraulas, ambassadeur de France (celui qui commanda à Michel-Ange la magnifique Pietà de son tombeau, dans la basilique Saint Pierre) obtint que soit concédée à des religieux français la vente d’un terrain sur cette colline et ses flancs. En 1495, le pape Alexandre VI (1492-1503) autorisa d’y construire un couvent pour des Minimes. Pour construire l’église du couvent, le cardinal Guillaume Briçonnet, nouvel ambassadeur de France et archevêque de Narbonne, fit venir des pierres de Narbonne. Voilà qui explique pourquoi la Trinità tranche par sa couleur sur les autres constructions de Rome. Lors du sac de Rome par les troupes de Charles Quint le 6 mai 1527, la Trinità dei Monti a été l’objet d’un acharnement tout particulier prenant des allures d’expédition punitive, les relations franco-espagnoles étant à l’époque plus que tendues et cette église représentant un centre de propagande française. En revanche, l’Académie de France de la villa Médicis au bout de la rue a été épargnée, non seulement parce qu’elle ne s’est installée dans ces murs qu’en 1803, mais surtout parce que la villa elle-même n’a été construite qu’en 1570. Ne pas exister est une bonne raison pour ne pas être saccagée…

 

432a2 Pinelli, Santa Trinità dei Monti

 

La vue qu’en donne Achille Pinelli est infiniment plus sympa que ma photo. Je ne chercherai pas à lui faire concurrence. Mais il a cet avantage que de son temps le parvis n’était pas, dès qu’il fait beau, envahi par des peintres et caricaturistes dont la prolifération rappelle celle de la place du Tertre à Paris mais dont le talent n’est pas celui des plus grands. Aussi vaut-il mieux, de nos jours, s’empresser de pénétrer dans l’église. Mais je continue mon histoire. La piazza di Spagna est toute proche, juste en bas. Des Espagnols voulaient entrer aux Minimes, les Français voulaient se réserver l’accès à ce couvent, et les rivalités politiques de l’époque n’aidaient pas à résoudre le problème. Le pape Alexandre VII (1655-1667) décida d’en réserver l’accès aux seuls sujets français admis dans l’ordre des Minimes.

 

À la même époque (1660), grâce à un don et grâce au soutien du pape, les Minimes font construire l’escalier monumental d’accès à l’église, inauguré en 1725. Il deviendra public en 1870 lorsque Rome sera capitale de l’Italie et non plus propriété de la papauté.

 

Suite aux tourmentes révolutionnaires, où le couvent a été loué par appartements et l’église utilisée comme atelier d’artistes (notamment pour Ingres), il n’y avait plus de Minimes français pour y résider. La Mère Sophie Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur, installa un pensionnat de jeunes filles. Du temps où j’étais proviseur à Champs-sur-Marne, j’étais voisin d’un établissement privé de Noisy-le-Grand nommé Sophie Barat. Quoique d’une certaine façon nous ayons été concurrents, nous avons toujours entretenu de bonnes relations, mais j’ignorais qui était cette Sophie Barat, et surtout que je croiserais sa route ici, à Rome.

 

432a3 Rome, Trinità dei Monti

 

Au début le style de l’église se voulait en "gothique tardif" mais à part la croisée du transept il a nettement évolué vers les canons à l’honneur à la Renaissance. De part et d’autre de la nef à vaisseau unique se multiplient les chapelles.

 

432b Rome, Trinità dei Monti, pietà

 

Dans la première chapelle à gauche, qui est la chapelle Borghese, on est frappé par cette belle Pietà. Il s’agit d’une copie en plâtre d’un original du sculpteur allemand Wilhelm Theodor Achtermann (1799-1884) réalisé pour la cathédrale de Munster. Cet original ayant été détruit dans les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale sur l’Allemagne, il ne reste plus que ce plâtre à Rome.

 

432c1 Rome, Trinità dei Monti, Déposition

 

Dans la chapelle Bonfil, se trouve aujourd’hui (après bien des vicissitudes) la fameuse Descente de Croix de Daniel de Volterra, qui a été réalisée après 1546. "À je ne sais quelle invasion des Napolitains, raconte Stendhal, vers 1799, je crois, on plaça un bataillon dans cette église ; ils abîmèrent cette fresque. En 1811, je la vis chez le célèbre Palmaroli, restaurateur de tableaux, dans l’ancien palais de France, au Corso, vis-à-vis le palais Doria. Le général Miollis, gouverneur des États romains, le pressait de rendre le tableau, qui devait être envoyé à Paris. Palmaroli répondait que son travail n’était pas fini ; il l’a fait durer de 1808 à 1814. Il disait à ses amis : ‘On n’a déjà enlevé que trop de tableaux à notre pauvre Rome, tâchons de sauver celui-ci’. Il y a réussi". Palmaroli avait transposé la fresque sur toile, à la fois pour restaurer la peinture et pour la rendre transportable. Mais les produits fixants qu’il a utilisés ont, avec le temps, altéré les couleurs, et une restauration de 2002 a rendu à l’œuvre son aspect alors qu’elle était devenue gris-brun. Le long temps passé dans l’atelier du restaurateur n’a pas suffi parce que, alors que cette Descente de Croix était entreposée à la voisine Académie de France, l’ambassadeur –René de Chateaubriand– a voulu l’envoyer à Charles X pour la placer au Louvre… Mais elle a finalement réintégré l’église au milieu du dix-neuvième siècle.

 

432c2 Rome, Trinità dei Monti, Déposition

 

Il est vrai que ce tableau est merveilleux. Sur le détail ci-dessus, on voit comment est peinte l’affliction des Saintes Femmes, sans parler de l’extraordinaire soyeux du tissu. La tresse roulée en chignon, ici, révèle une chevelure particulièrement longue, je peux donc supposer qu’il s’agit de Marie-Madeleine.

 

432d Rome, Trinità dei Monti

 

Cette circoncision du milieu du seizième siècle est attribuée avec beaucoup de vraisemblance à Pierre Malet, peintre originaire d’Avignon et auteur d’une Adoration des Mages dans la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence. L’influence de Raphaël est manifeste, et d’ailleurs l’homme qui tend la tête, sur le bord droit de la scène est copié du Triomphe de l’Eucharistie de Raphaël.

 

Sur la droite, au-delà de la scène de la circoncision, le personnage en noir est Pierre Marciac, chanoine de Besançon et commanditaire de cette chapelle. Aprèsle sac de 1527, il paie 134 écus pour la restauration. En 1534, il paiera 400 écus de plus pour obtenir la concession de la chapelle qui, désormais, portera son nom et lui sera réservée. Il meurt en 1540.

 

Ayant voyagé à Rome en 1580-1581, Montaigne est donc un quasi contemporain de ce tableau. Il a assisté à une circoncision et la détaille par le menu. "Un homme tient en ses mains une fiole pleine de vin et un verre. Il y a aussi un brasier à terre, auquel brasier ce ministre chauffe premièrement ses mains, et puis […] il lui prend son membre, et retire à soi la peau qui est au-dessus, d’une main, poussant de l’autre le gland, et le membre au dedans. Au bout de cette peau qu’il tient vers ledit gland, il met un instrument d’argent qui arrête là cette peau, et empêche que la tranchant, il ne vienne à offenser le gland et la chair. Après cela, d’un couteau il tranche cette peau, laquelle on enterre soudain dans la terre qui est là dans un bassin parmi les autres apprêts de ce mystère. Après cela le ministre vient à belles ongles, à froisser encore quelque autre petite pellicule qui est sur ce gland et la déchire à force, et la pousse en arrière au-delà du gland. Il semble qu’il y ait beaucoup d’effort en cela et de douleur ; toutefois ils n’y trouvent nul danger, et en est toujours la plaie guérie en quatre ou cinq jours. Le cri de l’enfant est pareil aux nôtres qu’on baptise. Soudain que ce gland est ainsi découvert, on offre hâtivement du vin au ministre qui en met un peu à la bouche, et s’en va ainsi sucer le gland de cet enfant, tout sanglant, et rend le sang qu’il en a retiré, et incontinent reprend autant de vin jusqu’à trois fois. Cela fait, on lui offre, dans un petit cornet de papier, d’une poudre rouge qu’ils disent être du sang de dragon, de quoi il sale et couvre toute cette plaie, et puis enveloppe bien proprement le membre de cet enfant à tout des linges taillés tout exprès".

 

432e1 Rome, Trinità dei Monti, vierges sages et folles

 

Alexandre Maximilien Seitz a peint Les Vierges sages et les vierges folles en 1858. Sous la fresque figure, en latin, la phrase de l’évangile "Veillez, parce que vous ne savez pas à quelle heure votre seigneur va venir". L’une des vierges sages, celle qui est juste devant l’ange en rouge, regarde le Seigneur avec des yeux de merlan frit, moi je craindrais un peu qu’elle soit hypocrite, mais à part cela je trouve ce tableau pas mal du tout, avec les vierges folles en train de roupiller à l’arrière-plan, leur flacon de vin renversé, et dans l’ombre bien sûr puisque leurs lampes ont épuisé leur huile.

 

432e2 Rome, Trinità dei Monti, fils prodigue

 

La même année 1858, le même Seitz a peint cette fresque du Retour du fils prodigue. Le vieux père, avec sa grande barbe blanche comme un Père Noël, accueille les bras ouverts son fils ruiné, qui arrive presque nu, seulement vêtu d’une peau de chameau, comme Jean-Baptiste. Derrière, un serviteur apporte un beau vêtement, et à gauche on voit une série de jarres de vin alignées. J’aime bien le regard perplexe de la femme, à droite, le geste plein de miséricorde et de tendresse du père, le fils dont l’attitude exprime la honte et le repentir. Tout au fond à gauche, on voit des serviteurs qui s’activent à apporter des plats, et à gauche, à mi-hauteur, d’autres tiennent un animal roux qui, à vrai dire, ressemble à un gros chien, mais qui doit plutôt être le veau gras que l’on va tuer. J’aime aussi le paysage baigné dans la brume de l’ultraviolet, le ciel, tout.

 

432f Rome, Trinità dei Monti, sibylle Tiburtina

 

Revenons à la chapelle où nous avons vu la Circoncision, dont l’entrée est encadrée par des sibylles. J’ai choisi celle de droite, la sibylle de Tibur, c’est-à-dire Tivoli, où nous sommes allés plusieurs fois, à une trentaine de kilomètres de Rome. C’est elle qui aurait prédit à Auguste qu’un homme "plus grand que lui" viendrait, et que ce jour-là une source d’huile jaillirait du sol. C’était la source d’huile du Trastevere et la naissance de Jésus-Christ. L’ombre portée sur le fond de faux marbre est censée être générée par la lumière qui émane de Jésus.

 

432g1 Rome, Trinità dei Monti

 

Cette chapelle a été attribuée à Aldobrandino Orsini. Sa fille Hélène en a commandé la décoration à Daniel de Volterra qui, comme pour la Descente de Croix, y a réalisé en 1545 des fresques splendides, inspirées de Michel-Ange. Lors de l’occupation française, au début du dix-neuvième siècle, "nous" avons voulu détacher ces fresques pour les emporter "chez nous". Résultat, elles ont été détruites et perdues. La peinture actuelle, de style nazaréen, date de 1830 et a été réalisée par Phillip Veit. C’est une Immaculée Conception.

 

432g2 Rome, Trinità dei Monti

 

Je ne raffole pas vraiment de la composition de cette peinture, mais en concentrant mon regard sur le détail du visage de la Vierge, j’aime beaucoup cette douceur juvénile, toute pleine de la candeur que suppose la conception immaculée, l’absence de péché originel (et non la virginité, comme on l’entend souvent dire). Ce tableau, qui était tout frais quand Stendhal a visité l'église, fait sans doute partie des“croûtes françaises” qu'il y a vues. À mon avis, le voyage d'Allemagne est bien long pour venir s'en moquer.

 

432h1 Rome, Trinità dei Monti

 

432h2 Rome, Trinità dei Monti, Michel-Ange

 

Ici, nous sommes dans la chapelle de Lucrèce della Rovere. Et nous retrouvons Daniel de Volterra pour cette fresque de l'Assomption de la Vierge, réalisée en 1548-1550. On sait que cet artiste admirait plus que tout Michel-Ange, et on a vu qu’il s’inspirait de son style. C’est particulièrement frappant dans cette peinture. Ce qui est amusant, c’est que si l’on observe l’apôtre à droite qui tend le bras vers la Vierge en nous regardant, et que je montre en gros plan, il n’y a aucun doute sur la ressemblance, c’est Michel-Ange en personne que Volterra a mis en scène. Je rappelle qu’il était encore en vie, puisqu’il mourra en 1563. Je cite Vasari : "Daniel manquait de place pour toutes ces figures et voulait réaliser une composition d’un genre nouveau ; il fit comme si l’autel était le sépulcre de la Vierge et plaça les apôtres tout autour". Pour ma part, je trouve remarquable ce décor peint en trompe-l’œil qui représente ces colonnes et le large oculus vers le ciel par où s’élève la Vierge.

 

432i1 Rome, Trinità dei Monti

 

432i2 Rome, Trinità dei Monti

 

432i3 Rome, Trinità dei Monti

 

Dans une autre chapelle (la chapelle Guerrieri), l’entablement présente quinze scènes de la Passion, en grisaille, d’un artiste non identifié, qui a travaillé dans le second quart du seizième siècle. J’ai choisi le Jardin des Oliviers, puis la scène où, après le baiser de Judas, Jésus est livré (on voit le couteau qui va trancher l’oreille du serviteur du grand prêtre), et enfin la flagellation de Jésus –parce qu’à Sainte Praxède, le 12 février, nous avons vu la colonne censée être celle à laquelle Jésus a été attaché pour être flagellé.

 

432j Rome, Trinità dei Monti

 

Normalement, nous n’aurions dû avoir accès qu’à l’église. Mais un jeune homme d’une extrême gentillesse, qui tenait la vente des livres et cartes postales, nous a autorisés à aller voir et photographier le cloître.

 

432k1 Rome, Trinità dei Monti, Chilpéric

 

À l’époque de la querelle pour la nationalité des Minimes, les Français ont voulu clairement marquer leur propriété en peignant au haut des murs du cloître les portraits de tous les rois de France, depuis l’origine, avec Pharamond, le légendaire ancêtre des Mérovingiens, et jusqu’à Henri IV (ces fresques datent de 1616). Puis, en 1823, les pensionnaires de l’Académie de France y ont ajouté tous les autres rois jusqu’à la Restauration. C’est ainsi que l’on peut voir (ci-dessus) Chilpéric, vingt-deuxième roi, qui a régné neuf ans, de 741 à 750.

 

432k2 Rome, Trinità dei Monti, Pépin le Bref

 

Voici Pépin le Bref, vingt-troisième roi, qui a régné 18 ans, de 750 à 768.

 

432k3 Rome, Trinità dei Monti, Charlemagne

 

C’est Charlemagne qui lui a succédé, et qui porte par conséquent le numéro vingt-quatre. Il a régné fort longtemps, 46 ans, de 768 à 814. Roncevaux, c’était en 778, je crois. Et ici, à Rome, dans la basilique Saint Pierre, de roi il a été fait empereur le 25 décembre 800. Il a une belle barbe blanche, mais elle n’est pas vraiment fleurie… Et s’il est vrai que c’est lui qui a inventé l’école, je dois lui rendre un culte puisque c’est grâce à lui que pendant 42 ans (quatre de moins que lui) j’ai pu travailler à l’Éducation Nationale et, ce qui est encore mieux, y prendre du plaisir puisque je regrette d’avoir dû décrocher.

 

432k4 Rome, Trinità dei Monti, Hugues Capet

 

Je fais maintenant un grand bond dans le temps pour en arriver à celui qui a fondé la dernière dynastie de monarques en France, Hugues Capet (les Révolutionnaires appelleront Louis XVI "Louis Capet" pour lui refuser le titre de roi). C’est le trente-sixième roi, qui a régné 9 ans de 987 à 996.

 

432k5 Rome, Trinità dei Monti, saint Louis

 

Cela en fait beaucoup, mais tant pis, je ne peux manquer de montrer saint Louis, Louis IX, d’abord parce qu’un saint dans la famille cela fait chic, et puis parce que j’ai eu l’occasion de parler deux fois de l’église Saint Louis des Français à Rome. Il court avec le dossard numéro 44, et règne un nombre d’années équivalent, quarante quatre ans, de 1226 à 1270. Je confesse humblement que, sans l’inscription qui figure sous son portrait, je l’aurais fait mourir (un peu) plus tôt. Pendant tout ce temps, son chêne, au bois de Vincennes, a eu le temps d’en fabriquer, des tonnes de glands.

 

432L1 Rome, Trinità dei Monti, salle réception

 

Mais ce n’est pas tout. Ce jeune homme, quand nous en avons fini avec le cloître (et il nous avait laissés libres de nous promener aussi longtemps que nous le voulions, de prendre toutes les photos que nous souhaitions), nous a proposé de pousser la visite. Il nous a montré cette magnifique salle de réfectoire, d’autant plus surprenante dans son luxe que les Minimes devaient y jeûner toute l’année. Décorée en 1694, elle a été restaurée en 2000 par le Sénat français.

 

432L2 Rome, Trinità dei Monti, salle réception

 

Le côté droit de la salle ouvre sur l’extérieur par des fenêtres, tandis que pour leur faire face et donner de l’ampleur, le côté gauche est décoré de fresques en trompe-l’œil. Et c’est d’autant plus remarquable que, non seulement l’illusion est parfaite, mais de plus les sujets sont traités avec humour, comme ce jeune garçon enjambant la balustrade.

 

432m Rome, Trinità dei Monti, vue sur piazza Spagna

 

Revenu dans l’escalier, je m’arrête un instant devant une fenêtre pour prendre cette vue inhabituelle de l’esplanade, cette mauvaise copie de la place du Tertre, de l’escalier de la Trinità, de la piazza di Spagna, et dans le fond, de la via dei Condotti où, sur la droite, se trouve le fameux Caffè Greco fréquenté par Goethe, Stendhal, Berlioz, Andersen et bien d’autres célébrités.

 

Notre cicérone nous montrera aussi une ravissante chapelle où se trouve la représentation d’une Vierge objet d’une grande dévotion. Il nous laissera là, nous disant que nous pouvions faire des photos si nous le voulions, mais il nous demandait de ne pas les publier. Vœu que, bien évidemment, je respecte.

 

432n Rome, Trinità dei Monti, école française

 

Sophie Barat, je l’ai dit, a fondé un pensionnat de jeunes filles. Cette école occupe de très beaux bâtiments dans un parc arboré. Le rêve. Ayant vu tout cela, nous avons eu plaisir à rester un peu ensuite à converser avec notre guide.

 

432o1 avec Bashal à la Trinità

 

432o2 avec Bashal à la Trinità

 

Nous avons appris qu’il s’appelle Bashal, qu’il vient du Kenya. Je lui ai donné l’adresse de mon blog –tout en le prévenant que j’étais très en retard dans sa publication– et je voudrais ici le remercier très chaleureusement de son accueil, de sa gentillesse et, outre le fait que grâce à lui nous avons pu visiter tout un tas de choses et récolter une belle moisson de photos, je le remercie aussi que nous ayons pu faire sa connaissance et parler un peu avec lui. Il ne parle pas français (ce sont les Anglais qui ont marqué ce pays), mais j’espère néanmoins qu’il verra et comprendra le plaisir que nous avons eu à cette visite grâce à lui, mais aussi au plaisir que nous avons eu à le rencontrer et à le connaître.

 

Merci Natacha pour les photos, mais j'aurais préféré ne pas y figurer...

 

433a Rome, Pie di Marmo

 

Après cette longue et intéressante visite, nous avons marché par les rues de Rome en attendant l’heure de la séance pour Natacha, à 17h. Personne ne sait pourquoi ce pied en marbre d’une statue romaine gigantesque se trouve ici, dans cette petite rue, sans qu’on en ait retrouvé le corps. Mais il a donné à la rue son nom, via Piè di Marmo.

 

433b1 Rome, Cloaca Maxima

 

433b2 Rome, Cloaca Maxima

 

Pendant le théâtre, je vais me promener longuement sur les berges du Tibre. C’est bon, aussi, de marcher sans rien visiter, de se dégourdir les jambes, de regarder le fleuve, la ville, les gens. Petite halte, cependant, devant ce débouché d’égout dans le fleuve. Une passerelle, comme on le voit, permet de longer l’eau, mais avec sa balustrade barre la vue sur cette bouche. J’ai cherché mon point de vue sur l’autre rive, sur le pont… Ce n’est pas par amour pour les eaux usées que j’ai voulu à tout prix prendre cette photo, mais parce qu’il s’agit de la cloaca maxima, ce collecteur général du réseau d’égouts de la ville qui date de l’Antiquité. Nous nous trouvons sur la rive gauche, juste sous le temple de Vesta, après le ponte Palatino en aval de l’île.

  

433c1 Rome, île du Tibre

 

433c2 Rome, navire d'Esculape

 

C’est Ovide qui raconte dans les Métamorphoses que pour combattre la peste de 294 avant Jésus-Christ, on se rendit à Épidaure en Grèce, chez Esculape le dieu médecin. Mais là, le dieu lui-même apparut sous la forme d'un grand serpent qui embarqua de sa propre autorité sur les navires romains, leur assura des vents favorables jusqu’à l’embouchure du Tibre, et choisit d’accoster directement sur l'île du Tibre. En son honneur, les Romains lui construisirent un sanctuaire, élevèrent un obélisque, renforcèrent en travertin les contours de l’île, lui donnant des allures de grand bateau amarré dans le Tibre. Le Moyen-Âge a vu réutiliser toutes ces pierres pour divers usages, seuls quelques fragments de l'obélisque central sont parvenus jusqu’à nous et sont conservés au Musée National de Naples, et ce fragment du “navire d'Esculape” (deuxième photo).

Et puis nous nous sommes retrouvés à la sortie du théâtre et avons ainsi conclu notre journée.

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Published by Thierry Jamard
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