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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 00:22

350 Rome, une fontaine

 

Aujourd’hui dimanche, nous nous rendons dans le centre de Rome avec le camping-car, et nous garons à notre endroit habituel, près de la gare Termini. De là, nous prenons un bus qui nous mène au Largo Torre Argentina. À pied, nous passons devant l’église du Gesù que nous avons vue jeudi dernier et, nous dirigeant vers le palazzo Doria-Pamphili, nous remarquons cette amusante fontaine.

 

351a Rome, palazzo Doria-Pamphili

 

Nous avons l’intention de visiter la galerie Doria-Pamphili mais l’entrée indiquée dans les guides, piazza del Collegio Romano, étant fermée, cela nous donne l’occasion de contourner ce palais du quinzième siècle pour y accéder par le Corso.

 

351b Rome, palazzo Doria-Pamphili

 

La billetterie est située dans une pièce qui donne sur la cour intérieure tout autour bordée de portiques élégants. Les façades sont dorées par le soleil de cette belle journée que l’on ne dirait pas d’hiver.

 

351c Rome, palazzo Doria-Pamphili

 

Munis de nos billets, nous pénétrons dans les bâtiments. Bel escalier, et sur le palier du premier étage, nous sommes accueillis par quelques bustes mais hélas l’absence d’étiquettes explicatives nous laisse sur notre faim car nous n’identifions pas les personnages.

 

351d Rome, palazzo Doria-Pamphili

 

Et puis, une fois franchie la porte du musée proprement dit, fini, la photo est interdite. Parmi les centaines de tableaux il y en a certes qui ne retiennent pas spécialement l’attention, mais il y a aussi quelques merveilles. Tant et tant d’œuvres tapissent les murs, qu’il est souvent difficile de les apprécier. Les plafonds sont hauts, et les tableaux sont accrochés les uns au-dessus des autres jusqu’en haut…

 

351e Rome, Caravaggio

 

Parmi les plus exceptionnelles œuvres que nous avons vues, je veux attribuer une mention spéciale à mon favori, Caravaggio (Le Caravage). Sa Madeleine repentante, qui appartient à cette galerie, était absente, prêtée à une exposition temporaire je ne sais où. Mais il y avait Le Repos après la fuite en Égypte dont je ne peux parler sans le montrer, aussi ai-je scanné une carte postale. Quelle splendeur ! Peu importe que le réalisme soit perturbé par la présence de l’ange, et que la végétation soit peu égyptienne. Marie, épuisée par le voyage, est assoupie avec Jésus tendrement tenu sur ses genoux, serré dans son bras gauche, tandis que sa main droite tombe, abandonnée. Dans son sommeil, sa tête est penchée en avant sur la tête de son bébé. On sent qu’elle se laisse aller après ce voyage. Et puis Jésus n’a plus ce visage de vieillard que lui donnaient les peintres du siècle précédent, ce n’est plus un adulte en réduction, mais un vrai bébé aux joues rondes. De l’autre côté du tableau, sur la gauche, Joseph est un peu dans l’ombre, mais il est bien éveillé et il tient dans ses mains, tournée vers l’ange, une partition de musique qu’interprète l’ange sur son instrument. Joseph est tout absorbé par la musique et il regarde l’ange avec admiration. Avec ses grandes ailes d’un gris soyeux et sa carnation délicate bien visible dans sa quasi nudité, cet ange est un être plein de charme, jeune garçon ou jeune fille, et si l’on avait mauvais esprit on pourrait dire que Joseph profite du sommeil de sa femme pour se laisser séduire. Et parce que, oui, j’ai mauvais esprit, je l’ai dit, mais j’ai bien vite ravalé mes paroles parce que ce tableau splendide me touche profondément.

 

351f Rome, Velasquez Innocent X

 

C’est également dans cette galerie que l’on peut voir le portrait du pape Innocent X (de son nom "civil" Giovanni Baptista Pamphili) par Velasquez, ici scanné lui aussi sur une carte postale. Apparemment, il n’est pas du goût de Stendhal qui se contente d’évoquer "le portrait d’Innocent X, par Velasquez, qui paraît singulier parmi de si belles choses". Dans une lettre du 21 avril 1900, Oscar Wilde dit : "Je suis allé trois fois voir le grand Velasquez du pape Pamphili. C’est absolument le plus grand portrait du monde. L’homme est là tout entier (the entire man is there)". On dit que lorsque le pape vit son portrait achevé, il s’écria qu’il était trop réel. Il est vrai que ce grand portrait, pratiquement grandeur nature, est saisissant de réalisme. Le 25 novembre, à la Villa Borghese, nous avions vu une version de ce pape par Francis Bacon.

 

352a Rome, San Carlo alle Quattro Fontane

 

 352j San Carlo alle 4 Fontane par Pinelli

 

Du palazzo Doria-Pamphili, nous ne sommes pas bien loin du Quirinal, aussi nous y rendons-nous. Car nous souhaitons voir deux églises intéressantes donnant sur la via del Quirinale. Nous commençons par la plus éloignée, San Carlo alle Quattro Fontane, parce qu’elle ferme plus tôt. Cette église est de Borromini, et elle tient une place très à part dans la carrière et la vie de cet architecte. C’est en effet sa première œuvre, édifiée en 1638, mais il n’en réalisa la façade qu’en 1667, vingt-neuf ans plus tard, juste avant de se suicider, ce qui en fait aussi sa dernière œuvre. Ci-dessus, à la suite de ma photo, j’ajoute l’aquarelle qu’en a faite le dessinateur Achille Pinelli entre 1832 et 1835.

 

352b Rome, San Carlo alle Quattro Fontane

 

Courbes et contre-courbes, on reconnaît bien le style Borromini. Cette église est même probablement celle qui illustre le mieux ses choix esthétiques. Pour ma part, j’adore. Et Natacha aussi. Pour Stendhal, bof… Il en dit du bien, mais en quelques mots, et dans la liste des 86 églises de Rome où il vaut la peine d’entrer si l’on passe devant. Ce n’est quand même pas des plus flatteur. Son commentaire se limite à "Charmante petite église. C’est un caprice de Borromini, 1640". Un contemporain de Borromini, un certain Bellori (cité en 1986 par John Varriano dans son livre Italian Baroque and Rococo Architecture), ne mâche pas ses mots : "Un ignorant complet, le corrupteur de l’architecture, la honte de notre siècle". Le voilà habillé, mon cher Borromini.

 

352c Rome, San Carlo alle Quattro Fontane

 

Heureusement, tout le monde n’est pas contre lui. Par exemple au dix-huitième siècle, Montesquieu : "La façade, qui est très petite, est un ouvrage admirable de Borromini, et très singulier. Comme le lieu est petit, il a fait la façade convexe en partie, et en partie concave : ce qui allonge la ligne que l’œil a à parcourir".

 

352d Rome, San Carlo alle Quattro Fontane

 

Ceux des contemporains mêmes de la construction qui plaidaient pour un renouvellement de l’architecture l’appréciaient. Et aujourd’hui ses admirateurs sont nombreux. Je citerai par exemple l’américaine Kate Simon dans Rome, Places and Pleasures (1972) : "Le flot de rythmes, les alternances de concave et de convexe immédiatement initiées par la façade, l’éclairage d’un espace concave par de vastes arabesques de pierre autour de fenêtres ovales, et le profond portail qui contrebalance, à son tour, la concavité de marches" font, dit-elle, "chanter" le bâtiment où, en référence à la musique baroque, elle trouve "des cadences de fugue".

 

352e Rome, San Carlo alle Quattro Fontane

 

352f Rome, San Carlo alle Quattro Fontane

 

Ce n’est pas tout. On peut descendre dans la crypte, un bijou tout en courbes alternées, plus encore que l’église au niveau du sol.

 

352g Rome, San Carlo alle Quattro Fontane

 

L’escalier, en colimaçon comme il se doit, est d’une extrême légèreté. Il descend vers la crypte, mais il monte également vers… vers je ne sais quoi car hélas l’accès vers le haut est fermé. De l’intérieur de l’église, on ne voit pas de galerie.

 

352h Rome, San Carlo alle Quattro Fontane

 

Mais d’un couloir derrière le chœur on peut accéder au cloître, une cour entourée d’un portique sur lequel court une galerie. Sans doute est-ce à elle que mène l’escalier. Au centre de la cour est creusé un puits. Tout cela est extrêmement harmonieux. Mais alors que nous étions dans ce cloître, soudainement toutes les lumières se sont éteintes, cloître et église. Panne ou signal du départ, je ne saurais le dire, mais cela nous a incités à sortir. Tant mieux, car dans cet enchantement il aurait été trop difficile de nous décider à partir.

 

352i Rome, piazza delle Quattro Fontane

 

Nous nous retrouvons sur la piazza delle Quattro Fontane, ainsi nommée parce qu’à chacun des angles de ce carrefour il y a une fontaine. On a aperçu, sur ma première photo de l’extérieur de San Carlo, une sculpture d’homme étendu. Il y a un autre homme dans l'angle opposé, une femme dans les deux autres angles. Je me contente de dire "homme", "femme" parce que j’avoue ne pas avoir identifié ces divinités, ou ces allégories, ou ces personnages.

 

C’est la pape Sixte Quint (1585-1590) qui a fait percer ces rues, longues, larges, droites, qui se coupent à angle droit. Son grand projet d’urbanisme a permis, depuis cette place, de voir l’obélisque dressé devant l’église de la Trinità dei Monti, en haut de la Piazza di Spagna, l’obélisque tout proche de la place du Quirinal, l’obélisque de la place de l’Esquilin, derrière le chevet de la basilique de Sainte Marie Majeure, et enfin la Porta Pia.

 

353a Rome, Sant'Andrea al Quirinale

 

Puis nous nous dirigeons vers la toute proche église de Sant’Andrea al Quirinale, construite de 1658 à 1678 pour le cardinal Camillo Pamphili, neveu du pape Innocent X dont je viens de parler (Velasquez) par le grand rival de Borromini (voir l’anecdote que je raconte à ce sujet le 21 décembre), j’ai nommé Le Bernin. Ou Bernini en italien. Les deux églises ont été achevées à seulement onze années d’intervalle, elles sont voisines à 150 mètres, leurs deux styles radicalement différents s’opposent, comment ne pas les comparer ? Ici, nous avons une façade beaucoup plus sévère, beaucoup plus classique, beaucoup plus "correcte" selon les canons architecturaux de Vitruve, malgré ce porche en demi-cercle et ces colonnes.

 

353b Rome, Sant'Andrea al Quirinale

 

353c Rome, Sant'Andrea al Quirinale

 

L’intérieur, lui aussi à nef unique, ovale, est riche de marbres de couleur, d’un plafond de coupole doré et orné de sculptures dont la blancheur renforce encore les ors, il est noble, riche, sérieux, alors que San Carlo est souriant, aimable, souple. Rien de commun. Évidemment, cette belle église suscite des passions positives, tandis que son classicisme lui épargne les violentes critiques. Par exemple, en 1766, dans sa Description historique et critique de l’Italie, l’abbé Jérôme Richard la qualifie de "bijou de Rome" et un siècle plus tard, en 1858, l’Américain Hawthorne voudrait "l’emballer dans une grande boîte et l’expédier à la maison".

 

Mais cette petite église possède aussi ses originalités, comme son ovale, l’autel, en face du portail d’entrée, étant situé au bout du petit axe. Sur ma photo de l’intérieur, on voit d’après le dessin du sol la forme du bâtiment. De même, il faut imaginer ma photo de la coupole orientée de la même façon que le dallage du sol même si, pour des raisons techniques (utiliser la diagonale de la photo pour cadrer le plus possible du grand axe), je ne suis pas posé parallèlement à l’autel.

 

353d Rome, Sant'Andrea al Quirinale

 

Derrière l’autel, immédiatement visible quand on entre (enfin, immédiatement après avoir glissé une pièce dans le système commandant l’éclairage), une grande toile montre le supplice du saint patron de l’église. Nous avons déjà vu ce thème dans l’église Sant’Andrea della Valle le 27 décembre. Il y a ici sans doute moins de sensibilité dans l’expression des sentiments d’André et de sa douleur physique, mais la violence du soldat est bien montrée, ainsi que la haine du vieil homme derrière lui. Évidemment, si je n’aimais guère dans l’autre tableau l’ange qui posait la couronne du martyre sur le front du saint, je ne suis pas enthousiasmé non plus dans ce tableau-ci par l’angelot qui lui joue du violon.

 

353e Rome, Saint Stanislas Kostka

 

Lorsque l’on va vers la sacristie, on y trouve derrière sa petite table de marchande une dame parlant avec animation dans son téléphone portable mais qui peut quand même, sans toutefois raccrocher, encaisser les quelques sous que vaut la brochure sur l’église, et le droit de visite à l’appartement de saint Stanislas Kostka. C’est un aristocrate polonais né en 1550 à Rostkow (ici, dans sa chambre, il est représenté sur son lit de mort. On peut apprécier ou trouver douteux le goût de cette sculpture…). Alors qu’il poursuit à Vienne des études classiques, il a une apparition. C’est la Sainte Vierge qui lui demande d’entrer chez les Jésuites.

 

353h Rome, Saint Stanislas Kostka

 

Les Jésuites ont besoin du consentement des parents, mais comme son père ne veut pas en entendre parler, il s’enfuit de chez lui en 1567 à pied, vêtu d’une toile de sac, traverse l’Allemagne et l’Italie et parvient à Rome. Là, il est admis comme novice par saint François de Borgia, général des Jésuites. Il meurt à Rome en 1568. La photo ci-dessus le représente persécuté par son frère dans son collège de Vienne en 1565.

 

353g Rome, Saint Stanislas Kostka

 

Son comportement, tout au long de sa vie, sa mort en odeur de sainteté, ont suscité la dévotion de bien des gens. Il est invoqué pour solliciter son intervention et bien souvent on lui attribue des miracles. C’est ainsi qu’en 1630, soit moins de trois quarts de siècle après sa mort, on considère que c’est grâce à lui que la ville de Lublin (en Pologne orientale) est libérée d’une terrible épidémie de peste (ci-dessus). Il sera canonisé en 1726.

 

353f Rome, Saint Stanislas Kostka

 

Tout à l’heure, je l’ai montré sur son lit. Maintenant, voici sa chambre. Après avoir constaté que pour le récompenser de sa constance et de son comportement irréprochable de générosité et d’abnégation, on lui avait attribué une chambre confortable et joliment décorée, nous retournons vers l’église.

 

354a1 Rome, Quirinale

 

Sortant de Sant’Andrea al Quirinale, nous retournons vers la piazza del Quirinale que nous n’avons que rapidement traversée à l’aller. Là se trouve le palais présidentiel. Même si le pouvoir est en réalité entre les mains du président du Conseil, actuellement Silvio Berlusconi, c’est quand même un lieu symbolique, ancienne résidence des papes, où sont accueillis ambassadeurs et chefs d’états étrangers. Mais avant de continuer, parce que j’évoque Berlusconi, j’en profite pour glisser quelques anecdotes à son sujet. Le 3 avril dernier, lors d’une conférence de presse : "Attention à ce que vous écrivez, je vous rappelle que chez moi, ces jours-ci, se tiennent des réunions sur la ‘RAI’." Au New-York Times, en mai 2003 : "J’ai un bateau, mais au cours des deux dernières années, je l’ai utilisé une seule fois, pour ramener ma famille à la maison. Et je ne suis plus allé dans ma maison aux Bermudes depuis deux ou trois ans… Ma vie a changé, la qualité est devenue terrible. Quel travail effrayant !" À La Stampa, le 9 mai 2007 : "Il n’y a pas de ‘modèle Sarkozy’. C’est moi son modèle. Il m’a copié. Ce n’est pas par hasard si c’est moi qu’il a appelé le premier après avoir gagné les élections". En mars 2009 : "Je suis plus pâle que Barack Obama, notamment parce que cela fait quelque temps que je ne me mets pas au soleil", et pour finir encore une jolie déclaration à l’AFP le 27 septembre 2009, au retour du sommet du G20 de Pittsburgh : "Je dois vous porter les salutations d’un homme qui s’appelle… attendez, c’était quelqu’un de bronzé… Barack Obama. […] Vous ne le croirez pas, ils sont deux à être allés à la plage pour prendre le soleil, parce que même sa femme est bronzée !" Pour un recueil plus complet des ahurissantes déclarations de quelqu’un dont on attendrait plus de sérieux, et en tous cas pas de plaisanteries à relents racistes, il faut consulter le petit livre intitulé BERLUSCONNERIES (éditions du Cherche Midi, 2009), que j’ai acheté à Rome l’autre jour. La loi n’autorisant que de courtes citations, je crois avoir respecté les droits d’auteur, mais je ne peux continuer. C’est pourtant savoureux.

 

354a2 Rome, Quirinal par

 

Le sol de la colline du Quirinal est, dit-on, au niveau du sommet de la colonne Trajane (38 mètres). C’est là qu’a été construit à la Renaissance un palais destiné à être la résidence du pape. Jusqu’à ce que l’Italie unifiée (1870) ne lui prenne Rome (et les accords du Latran fixeront en 1929 quelles seront les possessions du Saint-Siège) il résidait tantôt au Vatican, tantôt à Monte Cavallo (le "Mont Cheval" à cause des statues qui y ont été placées), sur le Quirinal. Le peintre Ippolito Caffi, dans le tableau ci-dessus, a représenté la piazza de Monte Cavallo (ou du Quirinal) en 1847. Elle n’avait donc pas dû changer depuis que Stendhal y avait été ému par la simplicité des usages : "J’ai vu aux fenêtres du palais du pape qui donnent sur la rue Pia des serviettes étendues pour les faire sécher. Cette simplicité me touche. Suivant ma façon de sentir, elle n’exclut nullement la grandeur ; Cincinnatus et Washington étaient ainsi, mais non le maréchal de Villars. La fausse grandeur de la cour de Louis XIV gâte les ouvrages de Mignard".

 

354b Rome, Quirinale

 

Au centre de la place se trouve un monument célèbre mais composite. L’un des deux obélisques prétendument égyptiens mais en fait taillés sur commande pour le mausolée que l’empereur Auguste s’est fait construire à Rome lors de son accession au pouvoir dans les années vingt avant Jésus-Christ, a été transporté ici. De chaque côté, les Dioscures Castor et Pollux, de taille monumentale, retiennent leurs chevaux. C’est la même représentation que celle du Vittoriano mais ici il s’agit d’une copie romaine du quatrième siècle d’après un original de Praxitèle ou de Phidias.

 

354c Rome, Quirinale

 

Et enfin, en 1817, Pie VII fit installer une fontaine en faisant apporter une vasque antique qui avait servi d’abreuvoir à vaches quand le Circus Maximus a perdu sa fonction et est devenu un pré à bovins. Le monument est donc très composite. Il y avait tout juste un an qu’il avait pris sa forme actuelle quand le poète Shelley, arrivant à Rome en 1818, a chanté les louanges des fontaines de Trévi et des Quatre Fleuves dans une lettre à Thomas Love Peacock, puis a ajouté : "La fontaine du Quirinal, ou plutôt le groupe formé par les statues, l’obélisque et la fontaine est, pourtant, le plus admirable de tous. Une vaste vasque de porphyre, au milieu de laquelle s’élève une colonne de l’eau la plus pure. […] De chaque côté, sur un haut piédestal, se trouvent les statues de Castor et Pollux, chacun en train de dompter son cheval. […] Les figures combinent une rare énergie avec la sublime et parfaite beauté supposées avoir appartenu à leur nature divine. […] Sur un piédestal de marbre blanc se dresse un obélisque de granit rouge, qui semble percer le ciel".

 

Et encore Stendhal, admirant "la place de Monte Cavallo, qui nous semble l’une des plus belles de Rome et du monde. Elle est fort irrégulière ; c’est là le reproche que lui font les nigauds au goût appris. […] Auprès des fameux chevaux de grandeur colossale que Constantin fit venir d’Alexandrie, se trouve une fontaine admirable élevée par les ordres de Pie VII".

 

354d Rome, Quirinale

 

Une petite foule s’attroupait devant le palais de Monte Cavallo, sur la place du Quirinal. Badauds, nous sommes restés parce qu’il était presque dix-neuf heures et que nous avons supposé que nous allions assister à la relève de la garde. Et c’est ce qui a eu lieu. Claquements de talons, demi-tours faisant voler les larges pèlerines, et voilà deux hommes libérés, deux autres condamnés à l’immobilité pendant une heure. Nous étions tenus trop loin d’eux pour que mon flash soit efficace, et mes photos ont en conséquence dû être déclenchées à une vitesse trop lente pour saisir un mouvement. Elles sont bougées, et je ne peux montrer ici que la garde dans son immobilité. Mais de toute façon ce n’était pas très spectaculaire : pour voir mieux, attendons Athènes.

 

354e Rome, fontaine du Triton

 

Par de petites rues étroites et typiques et par des escaliers, nous avons regagné la piazza Barberini et sa fontaine du Triton. Nous sommes déjà souvent passés par là, mais comme je n’avais jamais montré cette fontaine, je profite de notre passage pour le faire. D’ailleurs, comme moi-même, Natacha ne l’avait jamais encore photographiée. Nous faisons crépiter nos obturateurs. Ma photo, sombre, petite et de définition faible, ne permet pas de distinguer les abeilles sur le blason. Mais pour nous qui sommes devenus de vrais Romains nous identifions immédiatement le pape Barberini, Urbain VIII.

 

354f Rome, fontaine du Triton

 

Une fois fixés sur nos cartes mémoire les monstres marins qui supportent le coquillage de la vasque, ainsi que le Triton lui-même qui trône au sommet, soufflant dans sa conque comme c’est la tradition, ce dieu en forme de mâle sirène, nous rentrons, via la piazza della Repubblica et la gare de Termini, vers le secteur de l’université où nous avons nos habitudes de stationnement à Rome, puis c’est dans une circulation fluide de dimanche soir que nous regagnons notre banlieue habituelle.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

nicole06 25/01/2010 08:05


Merci de revoir des photos de Rome,nous avons pu filmer la relève et voir le gouvernement entré au palais,le hazard... on logeait pas loin via quattro Fontane Je mettrais les photos prochainement
sur mon blog.Vous avez fait un beau reportage...merci


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