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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 22:51

Plusieurs fois, ces derniers temps, nous avons traversé Salerne, mais faute de temps ou faute de parking, nous n’avons pas visité cette ville pourtant réputée. Or de Pæstum, par la voie la plus directe, nous n’en sommes qu’à une petite cinquantaine de kilomètres. Nous décidons donc de repartir vers le nord pour ne pas regretter, plus tard, d’avoir raté quelque chose d’important.

 

 

Deux siècles avant notre ère, les Romains établirent ici une belle ville, entourée de puissantes murailles, couronnée d’un château. Puis la cité a décliné, mais au septième siècle sont arrivés les Lombards qui l’ont restructurée, rénovée, lui ont redonné du souffle.

 

À l’abbaye de Montecassino, que nous avons vue le 22 avril, avaient été conservés des manuscrits de traductions en arabe des traités de médecine grecs. Constantin l’Africain arrive à Salerne en 1077 et va chercher tous ces textes, il les traduit de l’arabe au latin, et la somme de ces connaissances jointes à l’expérience médicale des Arabes d’Afrique du Nord et de Sicile avec qui Salerne était en relations a abouti à la naissance de la toute première école de médecine au Moyen-Âge, valant à Salerne une réputation internationale et le titre de "cité hippocratique". Fait extrêmement moderne et exceptionnel pour l’époque, hommes et femmes y officiaient et y enseignaient à égalité de compétence et de droits, et hommes et femmes y étaient admis indifféremment comme élèves. La tradition veut que soient à l’origine de cette école le Grec Pontus, l’Arabe Adela, le Juif Elinus et le Latin Salernus. C’est évidemment une légende, mais qui symbolise la conjonction des connaissances issues de toutes ces cultures pour en faire une science moderne et efficace. Née en cette fin de onzième siècle, l’école de médecine de Salerne restera célèbre et sa réputation ne cessera de croître jusqu’au treizième ou au quatorzième siècle.

 

549a Salerne, ville de Robert Guiscard

 

C’est à l’époque de sa fondation qu’arrive Robert Guiscard, dont j’ai évoqué le parcours dans ce blog le 22 avril. En bref, il est né en Normandie en 1015, épris de puissance et d’aventure il se lance très jeune à la conquête de l’Italie. Seul avec sa bande de soudards, il est en Campanie en 1077. Les Lombards sont là, il épouse la princesse lombarde Sighelgaita et au cours d’une campagne hardie en 1076-1077 il se rend maître du pays, où il choisit Salerne pour établir sa capitale. Il a 62 ans. Quand j’étais à Rome, j’épousais le point de vue de la Ville Éternelle, je déplorais que le pape Grégoire VII, effrayé d’être assiégé dans le château Saint-Ange par l’empereur germanique Henri IV à cause de leur différend dans la Querelle des Investitures, ait fait appel à cette espèce de bandit puissant pour le délivrer, parce que ses soldats, après avoir délivré le pape, ont mis la ville à sac, ont violé les femmes, ont massacré des masses de Romains, en ont réduit et vendu beaucoup d’autres en esclavage. Me voici à Salerne. Je retourne ma veste. Quoi ? On place un sens interdit (et de travers, de surcroît) devant la rue Robert Guiscard ? C’est le maître des lieux, le puissant conquérant de larges parts d’Italie, celui qui a embelli Salerne, qui a favorisé l’établissement de la plus grande et de la plus brillante école de médecine de son temps, qui a volé au secours du pape pour sauver la chrétienté (mais l'a emmené en résidence surveillée à Salerne), qui est mort dans la gloire en 1085 à soixante-dix ans. Il mérite la plus belle avenue de Salerne, et pas cet affreux panneau devant son nom.

 

549b Salerne

 

Salerne est un port actif, une ville moderne pleine de mouvement, mais elle a su garder, comme tant de villes et de villages en Italie, son centre ancien avec ses ruelles étroites et tortueuses.

 

549c Salerne, palazzo d'Avossa

 

Le centre historique comporte aussi son lot de demeures somptueuses, de palais, comme ce palazzo d’Avossa (N.B.: je crois devoir mettre, en italien, un D majuscule, comme dans les trois textes différents que j’ai sous les yeux. Mais comme c’est, en français, une faute d’orthographe en même temps qu’une faute de goût et d’usage, le correcteur orthographique me remet immédiatement la minuscule, automatiquement et sans me demander mon avis…). C’est un palais qui date de la fin du dix-septième siècle et de la première moitié du dix-huitième, et qui s’étend sur 1330 mètres carrés. La façade sur la rue en est un peu décrépite, mais la cour intérieure, avec ses statues dans des niches et son sol pavé, a encore fière allure.

 

550a1 Salerne, la cathédrale

 

550a2 Salerno, duomo

 

Mais il est temps de parler de la pièce maîtresse, je veux parler de la cathédrale, dont on aperçoit ici le campanile (1137-1152). Il est un peu postérieur au bâtiment principal, dont la construction est due à la volonté de Robert Guiscard aussitôt conquise la ville, pour héberger les reliques de saint Matthieu, l’évangéliste, retrouvées quelques années plus tôt, en 1054. Matthieu, le publicain (collecteur des impôts et de la douane) que Jésus, le voyant en passant, avait interpellé "suis-moi" et qui a donné lieu à l’admirable tableau du Caravage que nous avons vu à San Luigi dei Francesi, à Rome (15 décembre 2009), s’était établi, après la mort de Jésus, à Naddaver, en Éthiopie, et là il avait ressuscité le fils du roi, le prince héritier. Cela induisit le roi, la reine et leur fille Iphigénie à se faire baptiser. Puis Iphigénie, avec quelques compagnes, alla s’établir dans une maison à l’écart, faisant vœu de chasteté. Voilà fondé le premier monastère d’Éthiopie. Après la mort du roi, son frère Hirtace s’empare du pouvoir à la place du fils, héritier légitime. Pour asseoir son pouvoir et se créer une légitimité, il veut épouser sa nièce Iphigénie. Publiquement, Matthieu fait l’éloge de la virginité et proclame qu’Iphigénie a raison de refuser le mariage. Peu après, alors qu’il finit sa célébration de l’Eucharistie comme Jésus avait demandé à ses apôtres "vous ferez cela en mémoire de moi", il est assassiné par des sbires d’Hirtace qui était décidé à se venger. Le corps a été longtemps conservé pieusement à Naddaver, puis transféré dans le royaume lombard de Naples, à Salerne, en 956. Mais les temps sont troublés, la guerre est permanente, les pillages sont fréquents, aussi dissimule-t-on le corps dans un endroit secret connu de fort peu de gens, qui meurent avec leur secret. Ce n’est que près de cent ans plus tard que l’on retrouve le caveau où les reliques avaient été enfouies. On envoie alors une partie du crâne à la cathédrale de Beauvais, où il disparaîtra à la Révolution, le reste du crâne est déposé au couvent de la Visitation Sainte Marie de Chartres, où il est toujours, et Robert Guiscard décide de la construction de cette cathédrale, le duomo San Matteo, que le pape Grégoire VII, libéré du château Saint-Ange mais en exil chez son protecteur, consacrera en 1084. Mais un violent tremblement de terre nécessitera, au dix-huitième siècle, une sérieuse restauration.

 

550a3 Salerno, duomo

 

550b Salerno, duomo

 

Comme le montre la seconde de ces photos, ce que l’on voit de la rue est suivi d’une seconde façade, avec le fronton triangulaire. C’est que la cathédrale est précédée d’un quadriportique, un atrium entouré d’arcades sur ses quatre côtés. De plus, l’église ainsi que le quadriportique sont nettement surélevés par rapport à la rue, aussi y accède-t-on par cet escalier de façade, ou par l’escalier latéral de la première de ces photos, qui est apparemment tout simple mais que je trouve magnifique d’élégance et que, bien qu’il soit sans prétention, je préfère au bel escalier de marbre de la façade.

 

550c Salerne, la cathédrale, escalier extérieur

 

La rampe de marbre blanc de l’escalier de façade est décorée de fines sculptures comme celle-ci. Puisque la cathédrale est dédiée à saint Matthieu l’évangéliste, je pense que c’est lui qui est représenté, avec l’ange qui lui souffle le texte de son évangile. Parce que son symbole, le pendant de l'aigle de saint Jean, du bœuf de saint Luc, du lion de saint Marc, est un homme, non un ange, il n'a pas d'ailes.

 

550d Salerne, cathédrale, la lionne à crinière

 

Salerne était, du temps des Romains, une riche et belle cité, avec des villas très résidentielles, mais qui n’existaient plus qu’à l’état de ruines au onzième siècle, quand Robert Guiscard s’en est rendu maître. Trouvant deux tronçons de colonnes inutilisés gisant à terre non loin de là, il demanda à un artiste d’y sculpter un couple de lions pour placer devant le portail de l’atrium. Mais le sculpteur n’avait jamais vu ces animaux, que sculptés par ses prédécesseurs, parce que le temps des fauves en amphithéâtre était révolu depuis longtemps. Et ses prédécesseurs avaient représenté des lions mâles, si bien que lorsqu’il fit son couple de fauves, il dota la lionne d’une longue crinière elle aussi. La surnommant Vera, les services culturels de la Municipalité en ont fait la mascotte de la ville, un peu comme la chouette de Dijon. Devant les principaux monuments, sur des panneaux explicatifs, "Vera, la seule lionne au monde avec une crinière" s’adresse aux enfants pour leur faire comprendre leur ville. Astucieux et sympathique.

 

550e1 Salerno, duomo

 

550e2 Salerno, duomo

 

550e3 Salerne, la cathédrale

 

Nous avons donc laissé le couple de lions derrière nous et avons pénétré dans la cour. Que l’on se tourne vers l’église ou vers la rue, de toutes parts elle est aussi belle. Brisés, les morceaux de colonne trouvés par Robert Guiscard ne pouvaient servir qu’à sculpter ce lion et cette lionne, mais il y avait aussi beaucoup de colonnes entières. Toutes celles de ce portique sont des colonnes antiques de réemploi. Aussi ne sont-elles pas assorties, on peut voir qu’elles sont taillées dans des marbres de couleurs différentes.

 

550e4 Salerne, la cathédrale

 

On peut admirer les chapiteaux corinthiens de ces colonnes finement ouvragés.

 

550e5 Salerne, cathédrale, saint Thomas d'Aquin

 

Au mur, sous le portique, une plaque rappelle que "reste à travers le temps le souvenir que dans cette enceinte de la célèbre école de Salerne consacrée depuis des siècles comme chaire de droit et de théologie, saint Thomas d’Aquin, avec son savoir de haut niveau, a ajouté à la brillante gloire de la nourricière cité hippocratique".

 

550f1 Salerne, la cathédrale

 

550f2 Salerne, la cathédrale

 

En arrivant près des portes de bronze, on rencontre de nouveau deux lions, mais ceux-là sont mâles tous les deux. Sinon, à voir leur drôle de bouille, on imagine facilement que jamais non plus ce sculpteur n’a vu cet animal de ses yeux, de toute sa vie, et qu’il aurait aussi bien pu affubler une lionne d’une crinière, comme son collègue côté rue.

 

 

Les portes de bronze sont de même époque et de même provenance que celles de la cathédrale d’Amalfi, vue le 29 mai : elles ont été réalisées à Constantinople au onzième siècle. Elles datent donc de l’origine. Au tiers de la hauteur, on distingue qu’une ligne de six rectangles comporte moins de reliefs, elle représente six personnages.

 

550f3 Salerne, la cathédrale

 

Ces personnages sont des saints, bien entendu. Et de façon très classique, il y a là saint Pierre, saint Paul… Je préfère, puisque cette cathédrale est consacrée à san Matteo, saint Matthieu, choisir de montrer cet apôtre. Fort heureusement, des milliers de mains dévotes ou superstitieuses ne s’abattent pas quotidiennement, comme à Amalfi, sur ces effigies, ce qui les sauve de l’effacement. Et à ce sujet, il est curieux de constater comment les foules s’accumulent dans certains endroits, beaux certes, et tournent le dos à d’autres endroits qui peuvent être tout aussi beaux mais restent désertés des visiteurs. Pas plus de deux ou trois personnes, en plus de nous, sont dans cette cathédrale pour la visiter. Je ne parle pas de deux personnes agenouillées et qui prient, ce sont des gens de Salerne qui ne sont pas là pour découvrir. L’une des visiteuses est une dame anglaise avec qui nous avons un peu parlé. Elle est veuve et fait une croisière, mais elle se désole qu’on lui ait donné rendez-vous au bateau dans seulement un peu plus d’une heure parce qu’elle est en admiration et va devoir courir vers le port sans rien pouvoir découvrir d’autre à Salerne que le Duomo. Elle a bien été avertie que l’on levait l’ancre sans vérifier qui était à bord. Il semble que la majorité des passagers fassent cette croisière pour le seul plaisir de naviguer et se désintéressent des escales.

 

550g1 Salerne, la cathédrale

 

550g2 Salerne, la cathédrale

 

Quand on pénètre dans l’église, la nef n’a rien d’exceptionnel, mais si l’on s’approche du chœur on remarque le superbe sol en mosaïque de marbre multicolore. C’est l’archevêque Romualdo I Guarna (1121-1136) qui l’a offert à sa cathédrale. Je ne peux multiplier les vues, je me limite à deux, mais les arrangements de couleurs et de formes sont extrêmement variés et esthétiques.

 

550g3 Salerne, la cathédrale

 

Derrière l’autel, tout au fond du chœur, cette grande cathèdre est le siège épiscopal. Le siège doré sur ses marches de marbre, le décor floral sur les parois de part et d’autre, les vitres translucides colorées, tout témoigne d’un soin décoratif très attentif.

 

550g4 Salerne, la cathédrale

 

L’abside est décorée d’une mosaïque qui, bien que d’origine, donne l’impression d’être contemporaine par son graphisme. La Vierge, au centre, immense, est très épurée, et son geste écarte les pans de sa vaste cape dans un drapé très élégant. Les couleurs aussi sont riches, et cette même cape bleu canard ne jure pourtant pas avec le bleu nuit du fond, de l’autre côté de ce rayonnement doré. Les autres personnages, sur le pourtour, sont beaucoup plus traditionnels et il n’est pas étonnant qu’ils soient de l’origine.

 

550g5 Salerne, la cathédrale, Robert Guiscard et Sighelgai

 

En regardant bien cette mosaïque, on remarque, prosternés aux pieds de la Vierge, tout en bas de chaque côté de l’arrondi de la fenêtre, deux personnages agenouillés. Ce que je montre ici n’est autre qu’un agrandissement du bas de la photo précédente, aussi la qualité en est-elle très mauvaise, mais sans honte je décide de publier cette image pour que l’on voie de qui il s’agit. C’est le fameux Robert Guiscard sur la gauche, et sur la droite c’est sa femme Sighelgaita. Dans des églises de la même époque, nous avons vu –et notamment à Rome– beaucoup de mosaïques d’absides où le pape offre son église à Jésus. Ici, c’est Robert Guiscard qui a en mains la représentation de la cathédrale, qu’il tend devant lui pour en faire l’hommage à Marie.

 

550h Salerne, la cathédrale

 

Dans une abside latérale, la voûte représente le baptême de Jésus. La main de Dieu le Père, comme c’est la tradition, envoie des rayons. On dirait une voie sur laquelle glisse la colombe de l’Esprit Saint. Je n’aime pas, mais c’est comme ça. Mais je publie cette image parce que, mis à part ce détail, je trouve splendide cette représentation, le chœur des anges, et puis la scène du baptême de Jésus où le Jourdain est figuré comme un torrent, la femme qui a préparé une serviette, les immenses ailes déployées de l’ange.

 

550i Salerne, la cathédrale

 

Cette sculpture est en fait une colonnette de soutien. Je ne sais qui est cette femme qui allaite simultanément deux enfants. Serait-ce la Vierge avec Jésus et saint Jean-Baptiste ? Mais elle n’a pas de raison de donner le sein à Jean Baptiste. Que de fois, au cours de ce blog, je suis amené à dire "j’ignore pourquoi…" ou "j’avoue ne pas savoir qui est…" ! Ma culture artistique, historique, religieuse, souffre de bien des lacunes, hélas. Et si, parmi les quelques personnes qui me font l’honneur et le plaisir de lire mon blog, quelqu’un peut participer à combler ces lacunes ou à corriger des erreurs, bien loin d’en être vexé, au contraire j’en serai ravi et reconnaissant.

 

550j Salerne, la cathédrale

 

Jetons encore un coup d’œil aux élégantes colonnettes torsadées et aux lions de cet ambon, avant de descendre vers la crypte.

 

551a Salerne, la cathédrale, crypte tombe de saint Matthie

 

551b Salerne, la cathédrale, crypte tombe de saint Matthie

 

551c Salerne, la cathédrale, crypte tombe de saint Matthie

 

Car cette crypte, lorsque l’on y pénètre, est un émerveillement pour l’œil. Ruisselante de dorures et de fresques, d’un décor à la fois extrêmement chargé et merveilleusement fin et délicat, elle offre un spectacle saisissant. En contrebas, se trouve un autel sous lequel ont été placées les reliques de saint Matthieu, et au-dessus de cet autel, au niveau de la crypte, la statue de l’évangéliste. Bien souvent on peut avoir des doutes sur l’authenticité des reliques de saints. Par exemple, le crâne de saint Jean Baptiste que j’ai vu à Rome, à San Silvestro in Capite le 17 mars, a subi tellement de tribulations que l’on est en droit d’avoir des doutes, et d’autant plus que sa tête se trouve aussi à Amiens… Mais pour saint Matthieu il n’en va pas de même. Il était déjà très populaire à Naddaver quand il a accompli le miracle de la résurrection du fils du roi. S’il a encouru la colère et la vengeance de l’usurpateur, ensuite, c’est parce qu’il avait une très large audience dans le public et que sa déclaration au sujet d’Iphigénie a eu un fort impact. Cela est très bien attesté, ce n’est pas douteux. Son assassinat, en public, lors d’une célébration dans une ville où il avait converti et baptisé beaucoup de monde, a fait du bruit, son corps a été pieusement recueilli et enseveli. Il y a eu de cela beaucoup de témoins oculaires, et les reliques ont été conservées à la même place, faisant continûment l’objet d’une vénération. Puis elles ont été transférées à Salerne, en un seul voyage sans étapes, de la façon la plus officielle qui soit. Seule zone d’ombre, le temps pendant lequel elles ont été cachées, de 956 à 1054, mais il semblerait que le caveau où on les a retrouvées correspondrait parfaitement à la description qui avait été faite du caveau où on les avait placées. Je pense donc que ces reliques sont bien celles de saint Matthieu.

 

 

Ce publicain du nom de Lévi qui a suivi Jésus, qui a pris le nom de Matthieu, qui a rédigé cet évangile constituant ses mémoires du temps où il accompagnait Jésus, qui a été victime de ses convictions parce qu’il a eu le courage de les proclamer devant un tyran, qui a eu une vie d’exception il y a deux mille ans, cet homme-là n’est pas n’importe qui. Aussi, que l’on soit croyant ou non, se trouver là, dans cette crypte, devant sa tombe, est une situation émouvante.

 

551d Salerne, la cathédrale, crypte

 

Cette statue est placée assez haut, et dans une niche sans fond, de sorte que, passant de l’autre côté, on trouve un autre autel, situé celui-là au niveau de la crypte et non en contrebas, et la statue du saint apparaît au-dessus. Cette crypte suit un plan basilical à trois nefs, et sur cette photo on arrive à deviner que les lignes de colonnes définissent, au centre de chacune des travées, un espace octogonal décoré d’une fresque, ainsi que quatre fresques circulaires et un peu plus petites à chaque angle des travées. Toutes ces peintures représentent des épisodes de la vie du Christ, tels que racontés par saint Matthieu dans son évangile. En voici quelques exemples.

 

551e Salerne, la cathédrale, crypte

 

Sur ce grand octogone, Jésus chasse les marchands du temple. Il a un fouet à la main et s’apprête à frapper un homme, au premier plan, qui s’empresse de récupérer son argent qui s’échappe d’un sac.

 

551f Salerne, la cathédrale, crypte

 

Ici, sur ce cercle plus petit, c’est l’épisode des noces de Cana. Un serviteur verse de l’eau dans une jarre, et Jésus en fait un excellent vin. Pourquoi l’autre serviteur transvase ce vin, ce n’est pas très clair, sans doute seulement pour que nous voyions que dans la jarre ce n’est plus de l’eau.

 

551g Salerne, la cathédrale, crypte

 

Un autre petit cercle. J’ai choisi cette image parce qu’il s’agit d’une représentation sans cesse rabâchée et que chaque artiste parvient malgré tout à en donner sa propre interprétation… s’il a du talent, voire du génie. Et ici j’aime ce décor à la fois simple, cette petite chaise, et sophistiqué avec ce lourd velours cramoisi jeté sur le prie-Dieu, j’aime l’air humble et recueilli de Marie accueillant cette incroyable annonce, j’aime le souffle qui fait voler la robe de l’ange et sa ceinture. La représentation est très simple et très expressive à la fois.

 

551h Salerne, la cathédrale, crypte

 

Je terminerai par ce grand octogone avec la Samaritaine. C’est une scène familière, dans un décor de sous-bois, derrière les disciples discutent en arrivant alors que Jésus est assis sur la margelle, qu’il a demandé à boire à cette femme, la Samaritaine, venue puiser de l’eau, elle était dans ses tâches quotidiennes, elle ne comprend pas que ce Juif s’adresse à elle et les disciples eux-mêmes vont s’étonner qu’il soit en conversation avec elle. En effet, si je me rappelle bien, c’est saint Jean qui raconte cet épisode, alors que saint Matthieu rapporte (sauf erreur, il est le seul évangéliste à le faire) que Jésus avait recommandé de ne pas avoir de relations avec les Samaritains.

 

 

En voyant les photos de cette crypte, on peut imaginer la multitude de fresques au plafond. Je ne peux tout montrer, mais je ne pouvais résister à en présenter quelques unes ainsi que des vues d’ensemble pour expliquer mon éblouissement. Qui passe par Salerne ne doit en aucun cas manquer la visite de la crypte du Duomo San Matteo. Ensuite, après avoir constaté que le musée archéologique est fermé pour restructuration, nous allons errer un peu par les rues pour nous imbiber de l’ambiance de la ville et nous allons repartir vers le sud, au-delà de Pæstum.

 

551i Eboli

 

L’autre jour, en descendant vers Padula, l’autoroute fermée, la déviation, tout cela nous a fait éviter cette ville. Mais ce soir, en repartant vers le sud, vers la Basilicate précédemment Lucanie, je ne peux manquer de faire une halte en franchissant ce panneau qui, bien évidemment, évoque le livre de Carlo Levi, Le Christ s’est arrêté à Éboli, dont le titre signifie que ce sud italien où le régime fasciste de Mussolini reléguait les dissidents, les opposants, est une région déshéritée, oubliée, où même la religion est perdue. Carlo Levi se sent peintre plus qu’écrivain ou médecin, il va malgré tout être amené à pratiquer la médecine, il va raconter l’expérience pénible vécue là, mais il va aussi dire le très fort attachement qu’il va éprouver pour ces gens vrais, les humbles, ceux de la terre, pas les officiels, qui sont odieux. Et il va occuper ses loisirs à peindre. Un grand livre, fort, dense, émouvant. Nous entrons dans ces terres où le Christ n’a pas pénétré. Il s’est arrêté à Éboli.

 

 

Nous, nous allons descendre jusqu’à Agropoli, sur la côte, quelques kilomètres seulement après Pæstum, pour passer la nuit.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

cricket1513 18/12/2011 17:40

superbe exposé et le rendu des photos est fabuleux; j'ai tenté d'en prendre là bas mais rien n'a été correct; je suis heureuse de voir de belles photos !
christelle

M. Laporte 04/09/2010 17:05


Grand Merci pour ce lumineux Voyage Initiatique...
A plus Haut Sens...qui "Porte" la Présence...
M.Laporte


Thierry Jamard 05/09/2010 02:04



Vos mots chaleureux me touchent beaucoup, je vous en remercie très sincèrement.



jean-claude Viremouneix 04/09/2010 16:59


Merci de ce magnifique voyage initiatique, autant sur le plan artistique que spirituel. Particulièrement avec cette remarquable synchronicité entre le lieu et le texte évangélique de Matthieu.
J.C Viremouneix


Thierry Jamard 05/09/2010 02:00



Je suis très touché par votre commentaire sympathique. Un grand merci !



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