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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 09:00

925a1 Arrivée à San Marino

 

Nous voici à Saint-Marin. Ou San Marino. Nous ne sommes plus en Italie, c’est une république indépendante. En fait de minuscule point sur la carte, d’État lilliputien, peu nombreux sont ceux qui font mieux. Deux seulement en Europe, plus deux autres dans le reste du monde. Par ordre croissant de superficie, on trouve:

 

Vatican / 0,44km² / un peu plus de 800 habitants

 Principauté de Monaco / 2,02km² / 36000 habitants

 Nauru (Océan Indien près de l’Équateur) / 21,3km² / moins de 10000 habitants

 Tuvalu (archipel polynésien) / 26km² / 12000 habitants

 San Marino / 61,19km² / environ 32500 habitants

 

On raconte que saint Marin était un tailleur de pierre dalmate venu chercher du travail comme maçon à Rimini, ou plutôt Ariminum à l’époque (on est aux alentours de 300 après Jésus-Christ, et le nom de cet homme, en latin, est Marinus). Il est accompagné de son collègue tailleur de pierre et chrétien nommé Léon (Leo) qui, selon certains, serait son frère. Les deux compères travaillent à l’aménagement du port d’Ariminum. Marinus est converti au christianisme, il est pieux (on va le voir, l’évêque d’Ariminum va le consacrer diacre), et c’est très mal vu dans l’Empire, d’ailleurs Dioclétien ne va pas tarder à lancer sa grande vague de persécutions. Marinus part se retirer, en ermite, sur un mont à quelque distance tandis que Leo, que l’évêque a ordonné prêtre, choisit un autre mont (je consacrerai bientôt trois articles à la petite ville de San Leo). D’autres réfugiés chrétiens viennent l’y rejoindre… il n’est plus ermite. Quand, en 313, l’empereur Constantin signe l’édit de Milan garantissant la liberté de culte, la riche Romaine propriétaire de ce mont, elle-même convertie, en fait don à la communauté de Chrétiens qui vit là, et l’évêque de Rimini consacre Marinus diacre. C’est peut-être une légende, mais en 511 des documents historiques attestent de l’existence d’une communauté sur ce mont qui est nommé San Marino. Vers 1200, le mont ne peut plus accueillir une population devenue trop nombreuse. Saint-Marin, qui a déjà à cette époque la forme d’une république, acquiert des terres environnantes. À la tête de cette république, et cela depuis 1243, il y a conjointement deux chefs d’État, nommés Capitani Reggenti, élus pour six mois seulement.

 

925a2 On entre à Saint-Marin sans armes

 

Dès l’entrée de la ville, on est prévenu par un extrait du code de lois (en latin): “Quoi qu’il arrive, jamais les gardes ne permettront aux étrangers de franchir les portes de notre terre avec quelque type d’armes que ce soit. Mais, après avoir procédé à une fouille attentive, ils auront soin que les étrangers les déposent eux-mêmes en totalité, et ils conserveront entre leurs mains sous bomme garde toutes les armes de qui entrera tant que, et aussi longtemps que lesdits étrangers resteront sur notre terre”.

 

Pour éviter de se faire dévorer, la république entretient en outre une armée où, en cas de nécessité, peut être mobilisé tout homme de 14 à 60 ans. Dans la querelle des Guelfes pro-souverain pontife et Gibelins pro-empereur du Saint-Empire, lasse d’être convoitée par les évêques qui l’entourent Saint-Marin choisit l’empereur, mais ne parvient à maintenir son indépendance face à la papiste Rimini (famille des Malatesta) que grâce à une alliance avec les comtes d’Urbino (famille des Montefeltro).

 

925a3 armoiries de San Marino

 

Les armoiries de Saint-Marin ont besoin d’être décodées. La colline choisie pour l’installation de la communauté chrétienne dans l’Antiquité, avant de devenir un État nommé San Marino, était (et reste) le mont Titano, avec trois sommets, sur lesquels sont trois châteaux, Guaita (tour n°1), Cesta (tour n°2) et Montale (tour n°3), qui assuraient la défense de la ville. Sur les armoiries, on retrouve donc trois tours sur trois sommets. Autour du blason, il y a des feuillages: à gauche, le laurier symbolise la stabilité de la République, à droite le chêne représente la défense de la liberté. La couronne, au-dessus du blason, rappelle la souveraineté de la République indépendante. La devise en latin LIBERTAS (la Liberté) se réfère bien sûr à cette indépendance. Même au moment de la réunification de l’Italie, en 1860 puis avec la prise de Rome en 1870, San Marino a toujours voulu garder son indépendance, se limitant à signer des accords avec le Royaume d’Italie en 1862 et 1872.

 

925b la place centrale de Saint-Marin

 

925c San Marino vu d'en haut

 

Nous avons commencé à visiter la ville. Au bout de la place centrale, au bord de la falaise de ce mont Titano, on a une vue sur la ville basse qui, elle non plus, ne manque pas de charme.

 

925d Victimes du bombardement du 26 juin 1944

 

Mais il y a là un monument qui rappelle des heures noires. En même temps que montait le fascisme en Italie avec Mussolini, le fascisme montait à Saint-Marin avec l’élection et les réélections successives de Capitani Reggenti fascistes qui cependant, la Seconde Guerre Mondiale venue, ont décidé que leur État resterait neutre dans le conflit. Et l’on a beau ne pas être en Italie, quand au cours de la guerre les Italiens se sont tournés contre Mussolini et l’ont renversé, Saint-Marin également a viré de bord et a désigné des Capitani Reggenti non fascistes. Malgré ce revirement et malgré la neutralité de cette République, le 26 juin 1944 les bombardiers britanniques ont déversé des centaines de bombes sur Saint-Marin. Ce monument a été élevé à la mémoire des soixante tués et des centaines de blessés victimes de ces bombardements. Plus tard, le Gouvernement britannique a reconnu avoir commis une erreur et s’est excusé. Cela n’a ni ressuscité les morts, ni guéri les blessés. La jeune femme nue de la statue est superbe et son bébé est touchant, mais la matrone rébarbative, le petit vieux rabougri, l’adolescent en révolte, ne méritent-ils pas une égale pitié? Il est bien dommage –mais il est humain– de devoir utiliser le beau pour émouvoir les sentiments qui, une fois en mouvement, s’appliquent à tous.

 

925e Saint-Marin, la tour n°1 (Guaita)

 

J’ai parlé des trois tours qui ornent les armoiries de San Marino. Je m’arrêterai sur deux d’entre elles. Celle-ci, c’est la “tour n°1”, c’est-à-dire Guaita, la plus haute des trois, qui date du onzième siècle.

 

925f Saint-Marin, la tour n°2 (Cesta)

 

925g1 San Marino, la tour n°2

 

925g2 San Marino, la tour n°2

 

Mais en fait c’est la “tour n°2”, Cesta, qui m’a le plus impressionné. Elle date du treizième siècle. À noter particulièrement ce couloir d’accès très particulier. Elle est un peu moins haute que Guaita, mais située sur le pic le plus élevé du Titano, à 756 mètres au-dessus du niveau de la mer, c’est elle qui culmine le plus haut. Des fouilles archéologiques sous cette forteresse ont montré qu’avant l’arrivée des Romains, les populations qui vivaient là avaient établi un temple sur ce sommet.

 

925h la basilique de Saint Marin

 

925i la chasse de Saint Marin

 

Passons voir la basilique de Saint-Marin. Sa visite n’est pas, en soi, d’un intérêt exceptionnel, mais elle renferme la châsse du saint fondateur de la première communauté qui a donné naissance à la République de San Marino. Seul problème, derrière sa grille, avec son air sévère, il semble être un prisonnier rêvant de liberté…

 

925j église San Francesco à San Marino

 

Pour terminer notre visite, juste une image de l’église San Francesco. À l’origine, l’église et son couvent étaient situés à Murata, tout près au sud de San Marino, mais à l’époque où les Malatesta étaient en grande lutte contre les États de l’Église et effectuaient des raids incessants, le pape Clément VII a décidé de les délocaliser à San Marino. Au sommet de cette colline abrupte, derrière les remparts, ils seraient plus en sécurité. La construction a duré de 1361 jusqu’aux alentours de 1400. On a pour ce faire démoli les bâtiments de Murata pour en réutiliser les matériaux de construction ici.

 

Et voilà donc l’essentiel de ce que je voulais dire sur notre très brève visite de San Marino. Dans mon prochain article je parlerai du Museo di Stato, le Musée National, qui à l’instar du Louvre, par exemple, couvre de nombreuses civilisations et de nombreuses époques. La ville elle-même, avec ses ruelles moyenâgeuses et ses bâtiments anciens, est intéressante à parcourir mais nous n’avons pas ressenti le besoin d’y passer plus de temps. Selon les points de vue, c’est soit un microscopique État d’opérette, soit un remarquable exemple d’un État qui, malgré sa taille minuscule, mais grâce à une volonté farouche, a su garder son indépendance malgré les convoitises d’États beaucoup plus puissants, avec une forme républicaine démocratique qui s’est maintenue depuis le treizième siècle jusqu’à nos jours. Il y a eu, dans l’Antiquité, des démocraties, comme dans l’Athènes de Périclès, mais ensuite ces démocraties ont été soumises à des pouvoirs monarchiques. Saint-Marin est aujourd’hui la démocratie dont l’origine est la plus ancienne au monde.

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Published by Thierry Jamard
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TEDO 05/09/2014 09:51

très intéressantes précisions sur la démocratie de San Marin, que j'avais méchamment interprété comme un quelconque paradis fiscal au sein de l'Europe... A la recherche d'un pays idéal !

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