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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 16:05

756a1 Arrivée de notre ferry à Naxos pour aller à Santor

 

L’une des Cyclades les plus célèbres est sans doute Santorin. Chez les géologues pour l’exceptionnelle violence du phénomène qui l’a modelée, chez les archéologues et les historiens pour les conséquences matérielles et humaines que ce phénomène a entraînées, chez les touristes pour l’incroyable beauté que tout cela a engendrée. Aussi, malgré tout le plaisir que nous prenons à visiter Naxos, ses richesses culturelles et ses paysages splendides, à nous plonger dans son atmosphère sympathique, nous sommes très impatients de découvrir Santorin. Voilà le ferry qui arrive pour nous embarquer.

 

756a2 Santorin, Thera

 

756a3a Santorin, Thera

 

Je parlerai plus loin du phénomène géologique, de la catastrophe naturelle très ancienne qui a fait de Santorin ce qu’elle est, et je préfère commencer par en montrer quelques vues. En fait, ces fragments du volcan ancien constituent plusieurs îles, et la plus grande d’entre elles, sur laquelle est située la capitale, s’appelle Thera. Lorsque le ferry approche du port, nous longeons la côte pendant un moment, et pouvons apprécier les lacets de la route qui monte vers la ville. Il va nous falloir, dans quelques minutes, les escalader avec le camping-car. Impressionnante, cette ville blanche si haut perchée.

 

756a3b Santorini, par Lykourgos Kogevinas (1887-1940)

 

Nous allons voir si vraiment Santorin ressemble à ce qui est représenté sur ce tableau du peintre Lykourgos Kogevinas (1887-1940), à une époque où les vagues de touristes étaient loin d’être ce qu’elles sont aujourd’hui.

 

756a4 le port de Santorin

 

Le port profite d’une anfractuosité peu profonde et étroite, d’un tirant d'eau médiocre, pour accueillir les ferries mais ne peut héberger de marina. Ce n’est pas l’endroit le plus intéressant de Thera. On peut cependant y remarquer quelques façades plaquées sur des aménagements rupestres.

 

756a5a coucher de soleil sur Santorin

 

756a5b coucher de soleil sur Santorin

 

Mais vu d’en haut, c’est tout différent, surtout au moment féerique du coucher de soleil. À cette heure-là, la foule se presse contre le parapet des rues tracées au flanc de la falaise, et les appareils photo crépitent.

 

756a6a Santorini de nuit

 

756a6b Santorini de nuit

 

Même après le coucher de soleil, la ville est belle à voir dans la nuit avec aussi, dans la rade, les bateaux de croisière illuminés. Chaque jour il y en a de nouveaux. La plupart d’entre eux, paraît-il, viennent de Barcelone qui organise tout au long de l’année des croisières en Méditerranée à des prix largement variables selon l’époque et qui permettent aux classes moyennes, en basse saison, de s’offrir ce luxe. À terre, dans les rues, on croise des foules de Japonais qui, nous a-t-on dit, ne viennent pas du Japon, mais de Londres qui organise pour les résidents japonais au Royaume-Uni des vols charters à destination de Santorin. Mais face au spectacle qui s’offre à nous, nous oublions ces considérations de voyagistes et de tour operators pour nous remplir les yeux des splendeurs naturelles.

 

756a7a Santorini de nuit

 

756a7b Santorini de nuit

 

Quittant la rue qui longe la falaise, nous nous enfonçons dans les ruelles. Autant la vue de loin vers la ville est belle, autant les rues qui surplombent la mer et les rues avoisinantes sont devenues des ghettos pour touristes. Rien de cycladique, rien de grec, rien de typique, mais pressés les uns contre les autres des glaciers, des bars, des tavernes, des bijouteries, des boutiques de vêtements, de souvenirs, de T-shirts "J’aime Santorin", "Zeus veille sur toi" et "Je suis seule et disponible". Mais dès que l’on s’éloigne un peu, la ville est déserte et redevient authentique. Ruelles enjambées par les bâtiments, murs d’un blanc immaculé, multiples églises éclairées.

 

756b1 téléférique à Santorin

 

756b2 téléférique à Santorin

 

Le port n’est pas relié à la ville exclusivement par la route en lacets. Il y a aussi un téléférique, cher mais plus rapide, et qui offre une vue intéressante en direction de la mer. Du fait des fortes réflexions sur sa vitre, je n’ai pas été capable de prendre une photo correcte pour montrer le paysage. Alors je me contente d’une photo de la grande roue autour de laquelle glisse le câble qui tracte les cabines.

 

756b3 Santorin, les ânes taxis

 

Et puis il y a aussi un troisième moyen de transport, qui emprunte un chemin très direct, avec des escaliers, ce sont les ânes taxis. Nous n’en avons pas fait usage, mais c’est à l’évidence sympathique et amusant, en même temps qu’efficace. La relation avec l’animal est plus chaleureuse que la relation avec le siège du téléférique.

 

756c0 Santorini, musée préhistorique

 

Vu son passé extrêmement riche, Santorin compte plusieurs musées. Un musée dit préhistorique, parce qu’il présente des collections minoennes, du temps où, parce que l’on n’écrivait pas, ou que l’on utilisait hiéroglyphes puis linéaire A qui ne sont pas déchiffrés, l’histoire ne peut être écrite ; un musée archéologique qui présente des collections de l’Antiquité historique ; un musée montrant des reproductions de merveilleuses fresques dont on ne peut voir les originaux pour des raisons de sécurité. Ici, sur cette vue panoramique, on voit deux salles du musée préhistorique, d’une ampleur et d’une beauté exceptionnelles. À noter la gentillesse du personnel, qui surveille sans donner l’impression que l’on est un voleur en puissance et qui n’hésite pas à se déplacer à travers les salles pour répondre aux questions.

 

756c1 Santorin, olivier fossile de la Caldera, 60000 ans

 

Commençons par le plus ancien. Ces feuilles d’olivier fossiles ont été trouvées sur les parois de la "caldera" du volcan. Elles sont vieilles de soixante mille ans. Ce sont les plus anciennes de la Méditerranée, et constituent des trouvailles extrêmement rares, considérées comme absolument uniques jusqu’à il y a peu, quelques autres ayant été trouvées récemment à Nysiros (une île du Dodécanèse née d’un volcan théoriquement toujours actif mais silencieux depuis longtemps).

 

756c2a Eruption du volcan de Santorin

 

Plusieurs fois, au début de cet article, j’ai parlé d’une catastrophe naturelle d’une violence exceptionnelle. Elle est notamment expliquée dans ce musée. Il y a un million et demi d’années, a commencé l’activité volcanique dont les rejets ont réuni en une île unique à peu près circulaire les différents îlots constitués de roches préexistantes, essentiellement des calcaires. 18000 ans avant notre ère, il s’est formé lors d’éruptions successives une "caldera" (une "chaudière") remplie d’eau, comme le prouvent les micro-organismes fossilisés que l’on a retrouvés. Ce bassin intérieur était ouvert sur le large par un bras de mer.

 

À la fin de l’Âge du Bronze, vers le milieu du dix-septième siècle avant Jésus-Christ, l’île avait la forme du dessin du bas, avec à l’intérieur, au sud-est, un îlot qu’avaient formé les laves d’éruptions successives. Nous sommes en pleine époque minoenne, au temps des anciens palais. C’est alors que le volcan a explosé dans une terrible éruption d’une violence inégalée. La terre a tremblé jusqu’en Crète, un raz-de-marée, un tsunami comme on dit maintenant, a soulevé une vague gigantesque de deux cents mètres de haut, qui a déferlé vers la Crète, qu’elle a atteinte alors qu’elle mesurait encore vingt mètres. Nos immeubles modernes, avec 2,50m sous plafond et 0,50m entre les niveaux, font donc trois mètres par étage. La vague est partie haute comme un gratte-ciel de 66 étages et a déferlé sur la Crète comme un immeuble de 7 étages. Abattus par le séisme, emportés par le raz-de-marée, les anciens palais ont été détruits. Cela ouvre l’ère des nouveaux palais. Du côté de Santorin, l’îlot central a été englouti et avec lui ont sombré les deux bords du chenal reliant la caldera à la mer. Santorin prend la forme du dessin du milieu. Puisque nous sommes à l’époque préhistorique, on ne possède aucun bilan humain de la catastrophe, mais on peut imaginer son ampleur quand on pense qu’il n’existait aucun moyen de prévoir les éruptions ou les séismes, ni d’informer de l’arrivée d’une vague. Le nuage de cendre a été si important, si épais, si durable, que les spécialistes lui attribuent la responsabilité d’une année où, dans la fort lointaine Irlande, les arbres n’ont pas développé de feuilles, d’après les observations des paléobotanistes.

 

L’activité volcanique n’a pas cessé avec ce dramatique épisode. De 1650 ou 1630 à 197 avant Jésus-Christ, date à laquelle pour la première fois apparaît dans une description du géographe grec Strabon une éruption du volcan de Santorin, le volcan a craché sa lave, formant un grand cône sous-marin. Huit autres éruptions se sont produites depuis Strabon, en 46-47 de notre ère, en 726, en 1570-1573 où le volcan, à force de monter, a finalement émergé sous la forme d’un minuscule îlot, puis en 1707-1711 (ce sont les deux îles qui apparaissent au centre sur le schéma du haut, la plus grosse soudée à l’îlot de 1570-1573), constituant la terre la plus jeune de la Méditerranée orientale, et encore en 1866-1870, en 1925-1928, en 1939-1941, et pour la dernière en 1950. Les trois dernières étaient très rapprochées, mais à présent le volcan s’est un peu calmé. Il n’est pas éteint, loin de là, et il connaîtra de nouvelles périodes d’activité, mais le niveau technique des savants, aidé par des sondes, permettra de prévoir le prochain réveil avec une anticipation allant de quelques mois à un an.

 

Sur le dessin du haut, on voit Thera, l’île principale, qui occupe trois quarts de cercle, et en face l’île de Thirassia au milieu du chenal. Au centre de ce cercle ouvert, un tout petit îlot et une île plus importante sont le cœur du volcan lui-même, elles s’appellent Kameni, "l’Ancienne" pour la plus petite (Palea Kameni) et "la Nouvelle" pour la plus grande (Néa Kameni). Nous irons nous y promener, j’en parlerai plus loin.

 

756c2b Santorin, maquette d'Akrotiri

 

756c2c Santorin, maquette d'Akrotiri

 

756c2d Santorin, maquette d'Akrotiri

 

Le volcan, en ravageant l’île dans son éruption du dix-septième siècle avant notre ère, a fait sombrer une civilisation qui était très semblable à celle de la Crète minoenne, avec laquelle elle entretenait des rapports très étroits. Non loin de la pointe sud-ouest de la grande île de Thera, la ville d’Akrotiri a été enterrée sous les pierres ponces. Les ingénieurs du canal de Suez ayant jeté leur dévolu sur ces pierres ponces pour construire les murs de leur canal, la ville a été découverte par hasard en 1860, mais elle n’a été fouillée et mise au jour qu’à partir de 1967. C’est une sorte de Pompéi merveilleusement préservée, avec des fresques sublimes. Mais en 2005 un pan de toit mal consolidé s’est effondré, tuant un touriste britannique. Désormais, le site est fermé pour consolidation et sécurisation, les crédits manquent, le temps passe, les travaux tardent, et on ne peut toujours pas visiter. Le musée a l’excellente idée de présenter des maquettes. En tant que musée il ne peut faire mieux ni plus, mais… ce n’est pas la même chose ! Néanmoins, ces maquettes permettent de se représenter l’incroyable état de ces constructions d’époque minoenne, vieilles de 3600 ans. L’homme préhistorique vêtu d’une peau de bête, un gourdin dans la main droite et de la main gauche traînant sa femme par les cheveux, voilà une représentation à nuancer. Il y a préhistoire et préhistoire.

 

756c3 Santorin, Akrotiri, fragment de fresque

 

D’Akrotiri, sur l’île de Thera, très peu de fresques sont actuellement visibles. Le 8 mars dernier au musée archéologique d’Athènes, j’ai montré deux enfants boxeurs et des antilopes, et aujourd’hui à Thera-ville nous pouvons voir un tout petit nombre d’autres fresques, plutôt des fragments. Ici, je montre en gros plan un détail que je trouve magnifique. Néanmoins, il convient de faire la différence entre la fresque originale et le complément reconstitué. On perçoit la ligne de démarcation puisque le plâtre de la fresque est plaqué sur un support, il y a donc une différence d’épaisseur. Le front, l’œil, le nez, la pommette maquillée, le menton sont originaux, ainsi qu’une partie de la boucle d’oreille en or (ce qui permet de la reconstituer), le collier, le vêtement sur l’épaule. Les traits du visage, l’expression, les couleurs, je ne me lasse pas d’admirer cette fresque.

 

756c4 Santorin, Akrotiri, figurine de marbre 2800-2700 avan

 

Cette figurine féminine en marbre est très ancienne, elle remonte à loin avant la civilisation minoenne, puisqu’elle a été datée entre 2800 et 2700 avant Jésus-Christ. Elle provient d’Akrotiri et est dite de type précanonique (elle précède les canons de l’art cycladique).

 

756c5 pot de plâtre, Akrotiri 17e s. avt JC

 

Ce pot (pithos) est contemporain de l’époque de l’explosion du volcan, c’est pourquoi il contient encore le plâtre de calcaire préparé par l’artisan, et le travail a soudainement été interrompu. Il est émouvant et instructif de voir le cadre dans lequel ont vécu les gens il y a 3600 ou 4500 ans, mais il est encore plus émouvant de voir les objets qui témoignent très directement d’un drame.

 

756c6 pot provenant d'Akrotiri, début 17e s. avant JC

 

756c7 hirondelle sur un pot provenant d'Akrotiri, 17e s. av

 

756c8 vases rituels, Akrotiri, 17ème siècle avant JC

 

Quelques poteries. Sur les deux premières, toutes deux du dix-septième siècle avant Jésus-Christ, mais la première un peu plus ancienne, du début du siècle, la représentation des hirondelles est remarquable de finesse. La représentation de cet oiseau est un sujet traditionnel de cette période. Les deux points noirs entourés d’un cercle de points sur le pot de la première photo sont censés, selon un ouvrage de l’archéologue Fouqué publié en 1879, représenter des aréoles de seins, et il est très fréquent que les pots, aiguières, carafes de cette époque en soient garnis, souvent même la protubérance est plus marquée et il est plus évident qu’il s’agit d’une poitrine féminine. De même, autour du col de ces vases des cercles de points figurent un collier et parfois même il y a des boucles d’oreilles. Enfin, parallèlement à l’apparition de ces seins et de ces colliers dans la céramique de Thera, les vases se sont renflés pour évoquer un ventre de femme. Sur ma troisième photo, ce sont deux vases rituels du milieu du dix-septième siècle. Et tout cela vient d’Akrotiri.

 

756c9a Vases à fleurs, Akrotiri, 17ème siècle avant JC

 

756c9b dessus d'un vase à fleurs, Akrotiri, 17ème siècle

 

Même époque, même origine pour ces deux pots à fleurs décorés de fleurs de lys. La seconde photo montre comment ils se présentent vus du dessus : pour que ne s’effondrent pas sur les côtés les fleurs à longues tiges lorsqu’elles ne sont pas suffisamment nombreuses pour se tenir mutuellement, ces vases sont constitués comme de modernes pique-fleurs. L’invention ne date donc pas d’hier.

 

756d1 poterie dite kymbè, Akrotiri, 17ème siècle avant J

 

756d2 poterie dite kymbè, Akrotiri, 17ème siècle avant J

 

Ces poteries de forme allongée portent le nom de kymbè. Celles de ces deux photos sont, comme toutes les poteries précédentes, du dix-septième siècle et proviennent d’Akrotiri. On y retrouve aussi, sur la première, les hirondelles traditionnelles. La seconde porte sur une face des bouquetins (ce n’est pas parce que le nom latin de cet animal est capra ibex qu’il faut le confondre avec l’ibex 35, index de la bourse de Madrid…) qui sont un symbole de la Crète (mais on sait les rapports étroits entretenus entre Santorin et la Crète), et sur l’autre des dauphins qui sont également un sujet très fréquent.

 

 756d3 table d'offrandes, Akrotiri (Santorin), 17e s. avant

 

Cet objet est une table d’offrandes trépied en stuc peint. C’est au début du dix-septième siècle que se développe cet objet de culte portatif, donc de dimensions et de poids réduits, et orné de peintures selon la technique de la fresque. C’est en effet en ce dix-septième siècle que la fresque murale est au sommet de sa perfection, et d’autres artistes se spécialisent dans la décoration de ces tables d’offrandes en adaptant le dessin à leur forme et à leurs dimensions. Sur la photo ci-dessus, si on développait horizontalement le dessin de cette merveilleuse scène marine avec ses dauphins, ses petits poissons, sa flore sous-marine, on obtiendrait une fresque miniature de 1,30 mètre de long.

 

756d4 moulage d'un guéridon, Akrotiri (Santorin), 17e s. a

 

Le mobilier des maisons d’Akrotiri était, au moment de l’éruption, extrêmement raffiné. Le moulage en plâtre de l’empreinte dans les scories volcaniques d’un guéridon trépied en bois, sur la photo ci-dessus, en témoigne. Je trouve que cela a quelque chose du style rocaille Louis XV. C’est en tous cas très élégant et recherché.

 

756e Chèvre en or, Akrotiri (Santorin), 17e s. avant JC

 

Nous ne quittons ni Akrotiri, ni le dix-septième siècle avec ce bouquetin en or. C’est le 12 décembre 1999 que, creusant le sol pour y établir les fondations d’une colonne destinée à supporter le nouvel abri du site, on est tombé sur un grand tas de cornes, de chèvres pour la plupart, et auprès des cornes il y avait un petit sarcophage de terre cuite dans lequel on a trouvé l’empreinte d’un coffret de bois (l’empreinte seulement, le bois ayant disparu avec le temps), et dans le coffret cet objet absolument unique. Les années ont passé, et l’on n’a toujours pas fini d’explorer l’endroit de cette découverte, de sorte que les archéologues n’ont pas encore pu donner leur interprétation de la fonction du lieu ni de l’usage de cette figurine. Techniquement, elle a été réalisée en plusieurs parties selon la méthode de la cire perdue, puis sur le corps on a soudé le cou, les pattes, la queue, et des marques dans le métal montrent que la finition a été réalisée par martelage. J’aurais bien aimé l’emporter, cette jolie petite chèvre, mais sa vitrine semble solide et, pour sympathiques et charmantes qu’elles soient, les surveillantes n’auraient sans doute pas apprécié. Vous pouvez aller la voir, elle y est encore. Ou, si elle n’y est plus, je n’y suis pour rien.

 

756f1 Cratère 3ème quart du 6e s. avt JC, cimetière de T

 

756f2 Cratère 3ème quart du 6e s. avt JC, cimetière de T

 

756f3 Rebord d'un cratère 3ème quart du 6e s. avt JC, The

 

C’est sur cette remarquable chèvre en or que nous quittons le musée préhistorique. Enchaînons directement avec le musée archéologique qui, sur le plan chronologique, prend la relève. On passe d’un musée moderne, avec des collections bien présentées, avec du personnel souriant, a un musée à l’ancienne, à la muséographie terne et peu attrayante, alors que certaines pièces des collections sont admirables, et le personnel s’apparente aux garde-chiourme. La photo est autorisée, tout le monde photographie sous l’œil des gardiens, mais l’un d’entre eux s’approche pour demander pourquoi on prend tant de photos. "Ne vous inquiétez pas, je sais que si je veux utiliser mes photos pour un livre je dois solliciter une autorisation, mais ce n’est pas le cas". On se fait alors enjoindre de ne pas prendre trop de photos. "Trop" ne signifie rien. Autre absurdité, j’étais à trente centimètres de la vitrine pour prendre en photo un détail. "Vous ne devez pas prendre de photos de si près avec votre appareil perfectionné"… Je m’éloigne un peu, mets le zoom en téléobjectif et prends la même photo de plus loin. À partir de quel modèle, ou quel prix, ou quelle forme, un appareil est-il dit perfectionné pour que l’on ne puisse s’approcher de la vitre à moins de 70 centimètres, je n’en sais rien parce que le gardien a refusé de me répondre. Cette ambiance gâche un peu le plaisir. Admirons quand même quelques pièces.

 

Ces cratères à figures noires sont du troisième quart du sixième siècle avant Jésus-Christ, en provenance du cimetière de l’antique Thera. Le premier représente un char de guerre, tandis que sur le second le char est en plein combat, alors que des hoplites combattent à pied. La troisième photo montre un navire de guerre peint sur le bord intérieur du second cratère.

 

756f4 Amphore du 7e s. avt JC (cimetière de Thera, Santori

 

Cette photo montre un détail d’une amphore de terre cuite de même provenance, le cimetière de Thera, mais plus ancienne puisqu’elle remonte au septième siècle avant Jésus-Christ. Sur le col, est représenté un grand cygne, et sur le ventre ce bige (char tiré par deux chevaux) avec ces chevaux ailés.

 

756f5 singe, terre cuite 6e s. avt JC, cimetière de Thera

 

756f6 tête de guerrier, terre cuite 6e s. avt JC, cimetiè

 

756f7 pleureuse, terre cuite 7e s. avt JC, cimetière de Th

 

Pour terminer avec ce musée, voici trois petites sculptures en terre cuite. Les deux premières, cet adorable petit singe et cette tête de guerrier casqué tellement expressif sont du sixième siècle avant Jésus-Christ et proviennent du cimetière de l’antique Thera. Parce que j’aime particulièrement la pleureuse de ma troisième photo, qui provient du même cimetière, je termine par elle cette visite du musée archéologique, même si elle me fait négliger l’ordre chronologique, puisqu’elle est du septième siècle avant Jésus-Christ.

 

756g1 IMG 5716

 

756g2 IMG 5685

 

756g3 IMG 5684

 

Le Sanozeum est un musée très spécial. Il ne présente rien d’authentique. J’ai dit précédemment comment Akrotiri a été à la fois détruite et protégée par l’éruption volcanique qui s’est produite vers 1650-1630 avant Jésus-Christ. Et puisque l’on ne peut y voir les merveilleuses fresques qui en proviennent, à part quelques unes à Athènes ou à Thera, le Sanozeum en présente des reproductions parfaites. Je n’en montre ici que trois fragments mais la visite permet d’imaginer la richesse incroyable de ces fresques. Quasiment toutes les fresques ont été trouvées au sol, brisées en milliers de morceaux, le plâtre s’étant décollé du mur. Il a fallu que les restaurateurs effectuent un gigantesque travail de puzzle, après avoir fixé les pigments en y appliquant in situ une colle diluée à l’acétone, et après avoir débarrassé en laboratoire chaque fragment des poussières durcies et des dépôts minéraux qui le recouvraient. Au fur et à mesure que le puzzle est reconstitué, ce qui prend de longs mois et même souvent plusieurs années, les pièces sont collées sur un support, puis en se basant sur leurs connaissances, sur d’autres fresques, sur les parties reconstituées, les archéologues tentent de dessiner sur le support les parties manquantes. Selon l’épaisseur de chaque pièce, cela crée un relief plus ou moins prononcé par rapport à la surface du support.

 

Ce que nous voyons au Sanozeum a été réalisé en France, parfaitement conforme à l’original, par l’entreprise française Transfer Relief S.A. en utilisant un procédé 3D mis au point par Kodak Pathé. Ce même procédé a été mis en œuvre par le Getty Museum pour la tombe de Sennefer en Égypte, et par le Gouvernement français pour la grotte de Lascaux (le dioxyde de carbone dégagé par la respiration des visiteurs détruirait rapidement les peintures murales originales réalisées par l’homme de Cro-Magnon, aussi la grotte a-t-elle été reproduite non loin de l’originale à l’attention des touristes). Et c’est aussi ce même procédé qui est utilisé pour faire des images en relief des planètes prises en photo par les satellites.

 

La première photo est une fresque miniature provenant d’une maison privée et représentant une rivière et la vie sur ses bords. La seconde, qui montre un canard sauvage, provient d’un grand bâtiment comportant quatorze pièces sur chacun de ses deux étages. Sur la troisième, trouvée dans la même maison privée que la fresque miniature, on voit une jeune prêtresse.

 

756h1 Santorini, la Caldera

 

Je m’en tiendrai là concernant les musées. Plus haut, sur la photo de nuit montrant deux bateaux de croisière illuminés dans la rade de Thera, on voit en arrière plan une île toute noire. Et il est évident, je crois, qu’elle n’est pas seulement noire parce que c’est la nuit, et en effet vue de jour elle est également très sombre. C’est Néa Kameni, la caldera du volcan actif. Nous nous sommes offert une excursion au volcan et, tant que nous y étions, nous avons pris le pack complet comportant d’autres visites. Sur la photo ci-dessus, nous sommes à l’approche, et notre bateau longe une partie de l’île avant d’y aborder. Je rappelle que cette île existe exclusivement par les rejets du volcan, lave, cendres, scories.

 

756h2 Santorini, sur la Caldera

 

Sous la conduite de notre guide, le petit groupe de touristes entreprend de gravir la pente du volcan, par un sentier bien tracé qui ne présente aucune difficulté, sauf celle de croiser nombre d’autres groupes, même en cette saison quelque peu avancée.

 

756h3 Santorini, sur la Caldera

 

Ici nous voyons la caldera, le centre du volcan. Les touristes qui se penchent sur le bord donnent l’échelle de ce cratère dont, ici ou là, des fumerolles rappellent qu’il est loin d’être éteint.

 

756h4 Santorini, sur la Caldera

 

756h5 Santorini, sur la Caldera

 

Encore deux photos prises sur la caldera. On peut se rendre compte, sur la seconde, de la taille des roches que le volcan a crachées. La nature est puissante et peut être redoutable.

 

756i1 Santorin, sources chaudes

 

756i2 Santorin, sources chaudes

 

Nous sommes revenus à bord de notre bateau. Nous contournons Néa Kameni et allons mouiller l’ancre devant Palea Kameni. Là, jaillissent des sources volcaniques chaudes sous-marines. Il est proposé aux touristes qui ne craignent pas de tacher définitivement leur maillot de bain avec la rouille de l’eau très fortement ferrugineuse d’aller tâter de cette eau très chaude. Nous n’y sommes pas allés, mais du bord nous avions sur les passagers d’un autre bateau à l’ancre près de nous une vue bien meilleure que sur nos compagnons de bord. Je me suis donc amusé à immobiliser le plongeon d’une nageuse (mais beaucoup ont sagement descendu l’échelle), et à observer le petit groupe, encore dans les eaux à température normale, nageant vers les eaux chaudes.

 

 756i3 Santorin, vue sur Thirassia

 

756i4 Santorin, arrivée à Thirassia

 

À l’opposé de Thera, se trouve l’île de Thirassia. Nous sommes allés y aborder, et on nous a laissé du temps libre pour déjeuner. Comme on le voit, le village est juché sur la crête et un chemin en pente raide et en lacets y grimpe. Délaissant les bistros et les tavernes du port où se sont immédiatement entassés nos compagnons de voyage, nous avons courageusement entrepris la montée.

 

756i5 Santorin, le port de Thirassia

 

756i6 Santorin, à Thirassia

 

Et nous n’avons pas été déçus parce que, de là-haut, nous avons joui d’une vue intéressante sur le port de Thirassia au pied de sa falaise abrupte et s’étirant sur une bande de terre extrêmement étroite, et nous avons vu aussi ce petit village aux maisons blanches et aux huisseries bleues, conformément aux traditions cycladiques.

 

756j1 Oia, sur l'île de Santorin

 

756j2 Oia, sur l'île de Santorin

 

756j3 Oia, sur l'île de Santorin

 

Dernière étape, notre bateau nous a emmenés au pied de la ville de Oia située au nord de l’île de Thera (la diphtongue OI du grec ancien est devenue voyelle simple en grec moderne et se prononce I. Il convient donc de prononcer IA le nom de cette ville). Encore une fois, on voit qu’elle s’est installée sur le sommet, et que pour y accéder la falaise est abrupte. Le spectacle est impressionnant.

 

756j4 Notre bateau nous laisse à Oia (Santorin)

 

Ici nous avons le choix : ou bien nous contemplons le spectacle d’en bas et le bateau nous ramène au port de la capitale, ou bien nous descendons à terre, empruntons un bus urbain pour monter en ville, visitons et ensuite prenons un car d’une ligne régulière qui rejoint Oia à Thera (ville), toutes deux situées sur la même île de Thera. Nous avons choisi la seconde solution, qui me donne l’occasion de cette photo de l’étrave de notre navire au moment où il va lever l’ancre.

 

756j5 Oia, sur l'île de Santorin

 

756j6 Oia, sur l'île de Santorin

 

756j7 Oia, sur l'île de Santorin

 

Je ne prétends pas qu’Oia est sans intérêt, loin de là, mais je la trouve nettement plus intéressante d’en bas que de près. Trop de touristes, trop de boutiques pour touristes, pas assez d’authenticité. Il faut se promener à mi-pente ou chercher quelques rares endroits un peu délaissés.

 

756j8 Oia, sur l'île de Santorin

 756j9 Oia, sur l'île de Santorin

 

Et puis, parce que nous sommes dans les Cyclades, il me faut terminer cet article par un enchevêtrement de maisons blanches, sans oublier que le moyen le plus sûr de joindre le port à la ville, et réciproquement, est l’âne ou le mulet…Sur ce, nous rentrons à Thera-ville où nous avons le camping-car. Et après ce court séjour à la célèbre Santorin, nous allons aller voir Folegandros.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Patricia 06/06/2013 12:09

Coucou Thierry!
Vraiment superbe ton article! J'ai recommencé ma lecture par Santorin ... A présent je sais 'tout' sur la catastrophe naturelle à l'origine de l'aspect actuel de l'île!
Je garde la suite pour demain ... Il fait tellement beau que je veux en profiter pour désherber un peu!
Bises à vous 2!

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  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
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