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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 14:39
Mon sujet du jour concerne deux soirées. Il y aurait beaucoup plus à écouter qu’à dire, hélas mon blog n’est pas sonore. Je me contenterai donc de quelques images.
 
776a1 Athènes, le Megaro Mousikis
 
776a2 Athènes, la grande salle du Megaro Mousikis
 
Le 3 novembre, nous nous sommes rendus au Megaro Mousikis. On sait que dans les demeures antiques, la grande pièce centrale était le megaron. En grec moderne le terme est resté mais ni les palais ni les demeures privées n’ayant conservé l’architecture antique le mot désigne aujourd’hui une grande salle, que ce soit un opéra, une salle de spectacles, un amphithéâtre d’université, un tribunal, etc. Quant à la musique, son nom s’écrit en grec comme en français (puisque dans notre langue il est importé du grec) avec un seul S, mais pour que ce S ne se prononce pas comme un Z entre deux voyelles, la transcription anglaise redouble ce S (Moussikis). Pour ma part, je préfère conserver l’orthographe grecque. On voit qu’Athènes a voulu se doter d’une salle magnifique. Il paraît même que la seconde ville de Grèce, Thessalonique, est toujours jalouse de la capitale et a voulu, elle aussi, son grand auditorium de musique. Je ne sais ce qu’il en est, mais ce que je sais c’est qu’ici, grâce à une architecture très étudiée et à l’utilisation du bois qui absorbe les vibrations, l’acoustique est excellente. Presque aussi remarquable que celle du théâtre antique d’Épidaure en plein air!!!
 
776b1 Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
776b2 Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
776b3 Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
Après notre visite, il y a deux jours, de l’exposition sur le poète Odysseas Elytis, nous sommes venus ici ce soir pour un spectacle qui le célèbre. Pas étonnant, toutes ces célébrations pour cet ancien Prix Nobel, il est né le 2 novembre 1911, il y a juste cent ans. Le titre, O Kosmos o Megas reprend le titre d’un recueil de poèmes. Sur la droite de la scène, un homme et une femme lisent des textes de lui. Certes, pour bien juger il serait préférable de comprendre le grec, mais le ton un peu monocorde, surtout de la part de l’homme, ne me donne pas une impression extrêmement favorable. En revanche, ceux de gauche (deuxième photo), Theodora Baka et Christoyannis Tension, sont excellents. Ils interprètent des poèmes mis en musique. Même sans comprendre ce qu’ils disent, on sent combien ils font passer d’émotion, et surtout on ne peut manquer d’admirer des voix superbes. En général, j’adore les voix des femmes grecques, graves, un peu rauques, et je ne suis pas déçu, mais alors que d’habitude je les préfère aux voix d’hommes, ce soir la voix de cet homme me plaît tout autant, profonde, timbrée. Au centre, trois musiciens les accompagnent. Et sur le côté il y a également un piano, mais il est dans l’ombre, et –je le confesse– les photos que j’en ai prises sont très floues et je ne peux donc pas les montrer. Nous l’avons vu lors de l’exposition d’avant-hier, Elytis était également un peintre de talent. Pendant le spectacle, des œuvres de lui sont projetées sur un grand écran tendu au fond de la scène.
 
776b4 Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
776c Athènes, Hommage à Elytis au Megaro Mousikis
 
Pour le dernier morceau avant l’entracte ainsi que pour le dernier à la fin, une chorale d’adolescents avec un tout petit nombre d’adultes (visiblement une chorale de lycée, mais de niveau très élevé) dirigée par Christina Varsamis Koukni, vient effectuer une interprétation pleine d’émotion. Puis, à la fin, celui qui a sélectionné les textes et les a mis en musique, le musicien George Kouroupos, est appelé sur scène et chaudement applaudi.
 
776d1 Athènes, le Megaro Mousikis
 
Ne quittons pas ce lieu emblématique de la culture athénienne sans jeter un coup d’œil au grand hall. C’est vaste, moderne, peint en blanc, les lignes sont nettes, mais ce n’est pas froid et de petites tables avec des sièges donnent une apparence conviviale.
 
776d2 Athènes, le Megaro Mousikis
 
776d3 Athènes, le Megaro Mousikis
 
Et puis, en voyant une grande fresque sur l’un des murs, Natacha sursaute. Elle identifie tout de suite le style de son "compatriote" Chagall. Et, en nous approchant, nous voyons en effet sa signature, Marc Chagall, Moscou 1920. Moscou… Je ne sais si cette fresque n’est qu’une copie, ou si elle a été importée, mais c’est bien du Chagall. Ce natif d’une banlieue de Vitebsk, cette vieille ville du nord-est de la Biélorussie créée en 947, y a vu le jour en 1887. Pour compléter ses études à l’école des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg (car cette moitié est de la Biélorussie appartient à cette époque à la Russie des tsars, l’autre moitié étant occupée par la Pologne), il part étudier la peinture à Paris en 1910 et y reste jusqu’en 1914. Plus tard, il reviendra en France et y passera l’essentiel de sa vie. Il acquiert la nationalité française en 1937 mais ce n’est pas suffisant pour sauver ce Juif lorsque le pays vit l’Occupation nazie avec un régime de Vichy à sa botte. Il est arrêté en 1941 mais exfiltré aux États-Unis. Qu’à cela ne tienne, il rentre en France en 1948 et s’installe à Vence. Il meurt à Saint-Paul-de-Vence en 1985, à presque 98 ans. Le 5 octobre 2009 nous sommes allés voir le musée qui lui est consacré à Nice.
 
776e1 La salle de spectacle de l'Institut Français d'Athè
 
Mais je voudrais maintenant parler d’une autre soirée. Elle aussi était prévue le 3 novembre, mais elle a été repoussée au 10 pour une raison que je ne connais pas. Peut-être pour indisponibilité de l’artiste, peut-être pour ne pas coïncider avec la célébration au Megaro Mousikis. Car Elytis a également été à l’honneur ici. Il s’agit de l’Institut Français d’Athènes qui accueille la chanteuse Angelika Ionatos accompagnée de Katerina Fotinakis. Dans l’après-midi, nous nous sommes rendus à l’Institut pour réserver nos places. Sur le côté de la cour, sont disposées quelques tables. Je m’apprête à monter vers les bureaux, quand Natacha me dit "Regarde, c’est Angelika Ionatos qui vient de s’asseoir là", et en effet je la reconnais. Je monte, laissant dehors Natacha qui préfère rester à observer les lieux. Quand je redescends, muni de nos billets, je vois la chanteuse qui se lève. Avec elle, à présent, il y a Katerina Fotinakis. Je m’approche, m’excuse de les importuner, demande un autographe. Et ce sont quelques minutes de conversation sympathique avec ces deux grandes dames simples et naturelles.
 
776e2 Athènes, introduction au concert Ionatos - Fotinakis
 
Après un placement laborieux (l’ouvreuse improvisée n’a pas bien saisi le système de numérotation des places et nous fait courir partout avant de nous installer), on attend un peu le début su spectacle. Le retard, paraît-il, n’est pas dans les habitudes de la maison, mais une manifestation dans le centre bloque la circulation, et alors que toutes les places ont été réservées, il reste des sièges inoccupés. Puis a lieu un speech au sujet d’Elytis, et au sujet des artistes de ce soir qui vont interpréter en musique des textes du grand poète, mais aussi des chansons de la composition de Katerina.
 
776f1 Concert Katerina Fotinakis et Angelika Ionatos
 
776f2 Concert Katerina Fotinakis et Angelika Ionatos
 
Disons tout de suite que le spectacle a été enthousiasmant. Merveilleux. Magnifique. Je ne mets pas de lien hypertexte, parce que les liens ne marchent qu’un temps, je ne sais pas si les sites vont laisser ou supprimer leurs vidéos, mais il suffit de taper les noms de ces chanteuses sur Internet (par exemple sur Youtube) pour pouvoir les entendre.
 
776g1 Angelika Ionatos en concert à Athènes
 
776g2 Angelika Ionatos en concert à Athènes
 
Angelika Ionatos est bien connue en France, où elle a choisi de vivre quand elle a quitté son pays à l’époque de la dictature des colonels. De 1989 à 2000, elle a été artiste associée au Théâtre de Sartrouville. Elle a une voix chaude et grave pleine de sensibilité et une grande présence en scène.
 
776h1 Katerina Fotinakis en concert à Athènes
 
776h2 Katerina Fotinakis en concert à Athènes
 
Quant à la belle Katerina Fotinakis, c’est une magicienne de la musique et sa voix plus haute n’a rien à envier en sensibilité à celle d’Angelika, qui l’a découverte en Grèce, l’a emmenée avec elle sur la scène de l’Alhambra où leurs interprétations accordées ou alternées ont remporté un triomphe. Et c’est bien mérité. Deux artistes gigantesques.
 
776i Katerina Fotinakis et Angelika Ionatos
 
Hélas la soirée se termine. Les oreilles et la tête pleines de leur musique, de leurs voix, de leurs deux grands talents, si différents et si bien accordés, nous quittons l’Institut Français. Mais vous qui résidez en France, suivez bien l’actualité pour ne pas manquer d’aller les écouter la prochaine fois qu’elles vont se produire près de chez vous. Vous ne serez pas déçus.

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Published by Thierry Jamard
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