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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 11:18

Alexandroupolis et Samothrace, le delta de l’Evros, nous sommes tout au bout à l’est de la Grèce, à la frontière turque. Mais en cet endroit, comme un chien qui relève la queue, une bande de terre de 20 à 40 kilomètres de large remonte vers le nord, le long de la Turquie. Sur ma carte Michelin au sept cent millième, je mesure environ quinze centimètres à vol d’oiseau entre la mer au sud et le poste frontière vers Edirne au nord, soit une bonne centaine de kilomètres. C’est cette direction que nous avons prise, nous arrêtant à peu près à mi-chemin dans la petite ville de Soufli.

 

851a1 Soufli, en Thrace grecque

 

Un bourg du nom de Sofulu est mentionné en ce lieu en 1667 par Evliya Çelebi (1611-1682), ce grand voyageur turc auteur du Livre des voyages, mais c’est surtout à la fin du dix-neuvième siècle que Soufli s’est développée, grâce à l’industrie de la soie. À l’époque, la Thrace était turque des deux côtés du fleuve Evros qui aujourd’hui sépare les deux pays, et Soufli était le centre administratif et commercial (soie et vin principalement) de soixante villages éparpillés des deux côtés de l’Evros. Cette activité a profondément marqué l’architecture de la ville, car dans les maisons privées de brique et de pierre l’étage était réservé à l’élevage des vers à soie qui y tissaient leurs cocons. Les bâtiments étaient donc conçus pour assurer la ventilation et le maintien de constantes en température, hygrométrie, lumière.

 

851a2 Soufli, maison Kourtidis, musée de la soie

 

Il y avait aussi des maisons bourgeoises comme celle de ma photo, typique de Soufli. Elle a été construite en 1883 par un médecin, le docteur Konstantinos Kourtidis (1870-1944), et généreusement sa fille Maria Kourtidi-Pastra l’a donnée à la Municipalité pour en faire un musée de la soie. Ce musée est entre les mains d’une fondation culturelle de la Banque du Pirée, qui perçoit un droit d’entrée, vend assez cher livres, bibelots et soieries, et interdit formellement toute photo, y compris des longs (et intéressants) panneaux explicatifs et historiques dont cependant on ne m’a pas empêché de prendre des notes. Mais sous l’œil suspicieux des garde-chiourme je n’ai pas eu l’envie de passer les deux ou trois heures nécessaires pour tout noter et faire la visite. Tant pis pour ce que j’ai pu oublier. Cette interdiction est d’autant plus incompréhensible que sur le dépliant donné aux visiteurs et que j’ai sous les yeux en ce moment, il est dit “Amateur photography and video filming are permitted”.

 

On trouve les premières traces d’utilisation du fil de soie en Chine en 2690 avant Jésus-Christ. Selon une légende, une princesse chinoise, Si-Ling-Chi, buvait son thé à l’ombre d’un mûrier quand est tombé dans sa tasse un cocon de bombyx. Le retirant précautionneusement, elle se rendit compte qu’il se dévidait en un fil très fin, très brillant, très résistant. C’est Alexandre le Grand qui au quatrième siècle avant Jésus-Christ, lors de ses expéditions en Orient, rapporte la soie en Grèce et son précepteur, le philosophe et savant Aristote, est l’auteur de la toute première description de la métamorphose de la chrysalide. Virgile croyait qu’il s’agissait d’un produit végétal (“Les Chinois dépouillent les feuilles de leur délicat duvet”) et par ailleurs j’ai trouvé une description faite par Pline l’Ancien : “Voici d'autres bombyx, dont l'origine est différente. Ils proviennent d'un gros ver muni de deux cornes particulières proéminentes. Ce ver devient d'abord chenille, puis ce qu'on appelle bombyle, de cet état il passe à celui de nécydale, et au bout de six mois à celui de bombyx. Ces insectes forment, comme les araignées, des toiles, dont on fait, pour l'habillement et la toilette des femmes, une étoffe nommée bombycine. L'art de les dévider et d'en faire un tissu a été inventé dans l'île de Céos [aujourd’hui Kéa, à une petite vingtaine de kilomètres au sud-est de l’Attique, voir mon article daté 18 et 19 août 2011] par Pamphila, fille de Latoüs. Ne la privons pas de la gloire d'avoir imaginé pour les femmes un vêtement qui les montre nues” (le tissu de soie est beaucoup plus léger que le drap de laine ou de lin dont généralement est fait le vêtement romain).

 

851a3 J. Stradan (1580), apport des oeufs de bombyx

 

La Chine produisait et exportait le fil, des tissus, déjà en ce temps et jusqu’au vingtième siècle, mais n’a jamais vendu les insectes qui en sont à l’origine, ni leurs œufs, ni les cocons. Les Chinois, pour vendre leurs produits, loin de détromper leurs clients, entretenaient leurs croyances sur l’origine de la soie. Au sixième siècle de notre ère, Procope (vers 500-560) raconte comment des œufs de bombyx sont venus à Byzance. “Arrivèrent de Serinda [Inde] certains moines […] qui se présentèrent devant [Justinien]. […] Ils expliquèrent que certains vers sont des fabricants de soie […] et que, bien que les vers ne puissent pas être apportés ici vivants, leurs œufs pourraient facilement être transportés […]. Dès que [leurs œufs] sont pondus, on les recouvre de fumier et on les garde au chaud aussi longtemps qu’il est nécessaire pour qu’ils produisent des insectes. Lorsqu’ils eurent donné ces informations, mus par d’alléchantes promesses de l’empereur pour prouver leurs dires, ils retournèrent [en Inde]. Quand ils eurent rapporté les œufs à Byzance, […] ils en firent, par métamorphose, des vers qui se nourrissent des feuilles du mûrier”. Ils avaient dissimulé les œufs volés dans des bambous évidés. Très vite, ensuite, la culture du ver à soie s’est répandue dans tout le Bassin Méditerranéen. La gravure que je reproduis ci-dessus, et qui représente les deux moines apportant les œufs de bombyx à l’empereur Justinien, est extraite d’un livre de J. Stradan (1580).

 

À la fin du onzième siècle, le roi Roger I, conquérant de la Sicile avec l’aide de son frère Robert Guiscard, introduit dans le Péloponnèse la culture du mûrier pour l’élevage du ver à soie. C’est du nom du mûrier que cette partie de la Grèce tient le nom de Morée qu’elle a porté jusqu’au dix-neuvième siècle.

 

On produit déjà de la soie à Soufli quand, au dix-huitième siècle, viennent s’y fixer des nomades de Souli, en Épire. Leur implication dans la production du fil et dans le tissage a permis d’augmenter la production, qui était artisanale et familiale. Le très fort développement des années 1870 était dû au travail à domicile. Puis, au début du vingtième siècle, apparaissent les premières usines. Après le rattachement de la Thrace à la Grèce en 1919, les industries en général ont décliné, alors qu’au contraire cela a été pour Soufli l’âge d’or de la soie.

 

851b1 Usines Givré désaffectées(Soufli)

 

En 1920, ce sont deux frères juifs, Bohor et Eliezer Givré qui viennent créer une grande manufacture de soie à Soufli. Leur nom, prononcé DJIVRÉ, ne peut être prononcé par une bouche grecque, qui ignore le son J. On remplace les J par des Z (ici, on m’appelle Zamard). Par conséquent, en grec on orthographie leur nom Tzivre, et c’est parfois ainsi qu’on le transcrit dans notre alphabet. C’est un Français, le comte Hilaire de Chardonnet (1839-1924) qui, après avoir travaillé avec Pasteur sur l’éradication d’une maladie du ver à soie qui handicape l’industrie des soyeux de Lyon, invente en 1884 une combinaison de cellulose et de collodion qui permet de fabriquer une soie artificielle, aussi fine, aussi brillante, aussi résistante que la soie naturelle. C’est la rayonne. Mais cette invention révolutionnaire ne viendra réellement concurrencer la soie que plus tard, et les usines Givré tournent à plein régime.

 

851b2 Usines Givré (soyeux de Soufli), désaffectées

 

851b3 Usines Givré désaffectées(Soufli)

 

851b4 Usines Givré désaffectées(Soufli)

 

Si j’ai dit tout à l’heure que les frères Givré étaient juifs, ce n’est pas dans un esprit raciste ou antisémite. Je ne suis pas comme ça. Pas du tout. Mais c’est parce que, moins de vingt ans après la création de l’entreprise, éclate la Seconde Guerre Mondiale. Les Bulgares occupent la Thrace. Ils sont du côté de l’Axe, et le Nazisme effectue sa triste besogne d’extermination des Juifs. Parmi les héritiers des fondateurs, un homme émigre, mais deux filles restent et, ne passant jamais deux jours au même endroit, elles restent en Thrace, ce qui suppose beaucoup de courage, d’ingéniosité, de persévérance. De chance aussi car elles parviendront à ne pas tomber dans les mailles du filet jusqu’à la fin de la guerre et la libération. Elles reprennent alors leurs usines et les remettent en route. Hélas, pire que la rayonne, arrive le synthétique. Certes, cette matière n’a pas les qualités de la soie, loin de là, mais elle est beaucoup moins chère. La grande manufacture Givré ne peut lutter, et doit fermer ses portes définitivement en 1965.

 

851c1 Soufli, musée de la soie privé Tsiakiri)

 

C’est grâce à l’un des frères Tsiakiri, Georgios, que nous avons pu visiter ces bâtiments désaffectés. Cette entreprise de soyeux fonctionnait elle aussi à l’âge d’or de la soie de Soufli. Et elle a réussi à se maintenir jusqu’à ce jour. De plus, dans le joli bâtiment de ma photo, en centre-ville, d’où l’entreprise a dû déménager pour intégrer, plus loin, des locaux plus vastes, ils ont créé un musée privé de l’art de la soie. Là, on est accueilli de façon sympathique soit par Georgios Tsiakiri, soit par une dame anglaise originaire du Devonshire. On peut aussi y acheter les produits de l’usine.

 

851c2 au musée Tsiakiri, iPak multilingue pour chaque visi

 

Avec gentillesse, avec patience, on répond à toutes les questions, mais il est mis en œuvre un système très intelligent d’information. On remet au visiteur un iPaq. Le musée dispose d’un grand nombre de ces appareils, et les informations sont rédigées en un grand nombre de langues. Chaque machine, chaque vitrine, est dotée d’un code barre et il suffit d’en approcher l’appareil pour que s’affiche sur l’écran le texte correspondant. Comme, par ailleurs, la photo est permise sans restriction et que l’on fait confiance aux visiteurs pour avoir l’intelligence de ne rien dégrader (on se contente de petits panonceaux “prière de ne pas toucher”, on se promène seul sans œil inquisiteur. C’est d’autant plus agréable que si, au contraire, on souhaite un renseignement complémentaire, ces personnes compétentes sont disponibles pour répondre à la question. Et c’est au nom de son attention amicale que Georgios Tsiakiri nous a emmenés dans sa voiture, deux jours après la visite de son musée, voir les actuelles usines Tsiakiri, ainsi que les usines Givré désaffectées.

 

851d1 Mûrier pour bombyx, à Soufli

 

851d2 feuille de mûrier, pour ver à soie

  

C’est dans la cour du musée de la Banque du Pirée que j’ai photographié ce mûrier. Seul endroit où on ne m’a pas frustré. Dans un film, on voit des milliers de vers dévorer des quantités inimaginables de feuilles dans un bruit assourdissant. Il faut donc de grandes plantations de ces arbres pour élever des vers à soie.

 

851d3 vers à soie (musée Tsiakiri)

 

851d4 vers à soie (musée Tsiakiri)

 

Lorsque les œufs éclosent, il en sort de minuscules vermisseaux qui très vite grandissent (vu la quantité de nourriture qu’ils engloutissent, ce n’est pas étonnant) pour donner ces gros vers blancs qui vont ensuite s’envelopper dans un cocon en enroulant autour d’eux un fil qu’ils produisent de la même façon que l’araignée pour sa toile. En une dizaine de jours, le travail à l’intérieur du cocon est terminé, la chrysalide est devenue papillon, et le papillon va creuser un trou pour sortir et aller pondre ses œufs.

 

851d5 cocons de ver à soie

 

Mais puisqu’un même fil est enroulé, si on laisse le papillon faire ce trou, on n’aura plus un fil de soie continu, mais des centaines de petits bouts. Il convient de tuer le papillon avant qu’il ne détruise la soie. Bien sûr, on en garde quelques-uns pour la reproduction, mais la majorité des cocons sont soumis à une température de 80° pour tuer le papillon.

 

851d6a oeufs de bombyx du mûrier

 

851d6b bombyx ayant pondu

 

Ces photos montrent des papillons qui ont pondu. Ils meurent dès qu’ils se sont reproduits. On peut voir les tout petits œufs noirs qui, à température correcte, vont éclore. L’usage veut que l’on appelle ces œufs des graines. De même, les textes en anglais parlent de seeds. Lors de l’éclosion des œufs, les vermisseaux qui en sortent sont si petits qu’on ne peut les recueillir sans les tuer. On dispose alors une gaze au-dessus d’eux sur la table où sont les œufs et sur cette gaze des lanières de feuilles de mûrier. Le ver passe au travers des fines mailles, attiré par cette nourriture, et grossit, ce qui l’empêche de repasser de l’autre côté. On transporte alors la gaze en une seule pièce, avec toute la récolte. Il va falloir ensuite nourrir les vers quatre fois par jour, à heure fixe, changer délicatement leur litière pour maintenir une hygiène parfaite, désinfecter les locaux après chaque génération d’élevage, car le ver à soie est sujet à des maladies qui peuvent décimer leur population. Je n’ai pas de chiffres pour Soufli, mais en France, dans les Cévennes, certaines années la production de cocons était divisée par quatre. Il a été fait appel à Pasteur qui a trouvé le moyen de lutter contre la pébrine, l’une de ces maladies.

 

851d7 cocons de soie inutilisables (musée de la soie, Souf

 

La photo ci-dessus montre des cocons inutilisables. Certains sont percés, d’autres sont colorés, ou trop fragiles, ou comprimés, ou atteints de maladies, ou attaqués par des parasites.

 

851d8 soie dévidée du cocon

 

851d9 fil de soie torsadé et teinté

 

Avant d’en venir au travail sur la soie, encore deux photos concernant la production. D’abord la soie toute fine après le traitement qui a suivi le dévidage. Ensuite du fil de soie torsadé, blanc ou teint.

 

851e1 Musée de la soie Tsiakiri à Soufli

 

851e2 plaque de machine à soie, musée Tsiakiri, Soufli

 

Le musée Tsiakiri montre quelques vers à soie, des papillons, des cocons, mais la région de Soufli, si elle continue à pratiquer l’élevage du ver à soie, n’en fait qu’une production minime de cocons. L’industrie de la soie qui perdure à Soufli doit importer ses cocons. Le principal producteur reste la Chine. Mais c’est la nature qui produit le cocon, ce ne sont pas les Chinois. Eux permettent aux graines de germer, aux vers de se développer, aux chrysalides de faire leur travail de production. Le dévidage des cocons, la filature et la torsion des fils, puis le tissage sont réalisés à Soufli. Le musée montre des machines anciennes, comme celle-ci pour le tissage. On peut voir sur sa plaque qu’elle provient de Sainte-Colombe, dans le Rhône, ce qui se comprend puisque les soyeux de Lyon étaient aussi utilisateurs de ce genre de machines.

 

851e3 plaques de machines à soie, musée Tsiakiri, Soufli

 

Mais d’autres machines viennent d’autres pays, dont voici deux exemples, l’Allemagne et l’Italie, comme le prouvent ces plaques, de Chemnitz (qui, de 1953 à 1990, s’est appelée Karl-Marx-Stadt, en RDA) et de Milan.

 

851e4 incubateur à cocons (musée de la soie Tsiakiri à S

 

Cet incubateur à cocons, ou couveuse, date de 1946 mais ce type d’appareil est utilisé depuis les années 1920. Parce que la température idéale se situe entre 35° et 38° et qu’elle doit être constante, par le passé les femmes enveloppaient les graines dans des mouchoirs, elles les plaçaient sous leurs aisselles et dans leurs corsages, et les gardaient ainsi jour et nuit jusqu’à éclosion. Efficace, certes, mais peu productif et peu confortable. La couveuse chauffée au gaz a un corps de bois, un intérieur en tôle galvanisée, une porte vitrée pour que l’on puisse vérifier l’intérieur, et la partie inférieure est remplie d’eau pour éviter la dessiccation.

 

851e5 Musée de la soie Tsiakiri à Soufli

 

Cet appareil de tordage manuel du fil a été utilisé dans cet atelier de 1955 à 1980. En faisant varier la vitesse de déroulement et d’enroulement, on fait varier le nombre de tordages par mètre, d’où plus ou moins de résistance pour un fil plus ou moins gros.

 

851e6 tissage de soie (musée Tsiakiri, Soufli)

 

851e7 tissage de soie (musée Tsiakiri, Soufli)

 

Sur ce métier à tisser, on peut voir s’un côté les fils de chaîne qui arrivent, et dans la machine la trame est ajoutée. De l’autre côté de la machine on voit sortir le tissu réalisé. J’ai trouvé intéressant de réunir les deux sur une même image.

 

851f1 Matériel pour batik

 

851f2 Timbre pour imprimer sur soie (musée Tsiakiri)

 

Outre les grosses machines dont un bon nombre sont présentées, il y a aussi tout un petit matériel pour le travail plus artisanal, moins industriel. Sur cette table, c’est le matériel nécessaire pour le batik qui est un travail artistique. Sur le coin gauche de la table on voit le bloc de cire que l’on applique à chaud sur les parties de la soie que l’on veut protéger de la coloration, puis on pose une couleur. Ensuite, on laisse à découvert d’autres zones pour y appliquer une autre couleur, et ainsi de suite jusqu’à ce que tout le dessin soit coloré, puis on ôte la cire à l’eau bouillante ou au fer à repasser. La seconde photo montre un timbre pour impression d’un dessin sur la soie. Là, le geste est plus machinal qu’artistique.

 

851g1 broderie de soie en vente au musée Tsiakiri, Soufli

 

Dans des vitrines sont présentées des réalisations en soie, certaines juste pour l’exposition, d’autres dont les sœurs sont en vente au rez-de-chaussée. Bien entendu, ce qui est présenté ici est une broderie de soie.

 

851g2 vêtements de soie (musée Tsiakiri, Soufli)

 

851g3 vêtements de soie (musée Tsiakiri, Soufli)

 

Il y a aussi des modèles de vêtements présentés sur des mannequins dans des vitrines. Sur la première photo, un tailleur en soie naturelle, et une robe en soie sauvage. La couleur est végétale naturelle (noyer). Ces vêtements sont des années 1950-1960. Dans la vitrine de la deuxième photo, ce sont des vêtements des années 1960-1970. Le costume d’homme est tout en soie seta crouta, la chemise en soie, la cravate en batik. La robe de la femme est en batik. Il est précisé (mais ce n’est pas nécessaire, me semble-t-il) que tous ces tissus proviennent des ateliers Tsiakiri.

 

851g4 press book du styliste Tseklenis

 

851g5 press book du styliste Tseklenis

 

Il y a aussi un très gros press-book d’un brillant styliste grec, Iannis Tseklenis, qui travaille la soie à Athènes et qui, bien sûr, est en relation avec les frères Tsiakiri. C’est très intéressant à consulter. Les journaux et magazines, grecs mais aussi et surtout américains, britanniques, français, italiens, ne tarissent pas d’éloges à son égard. Et si le stylisme ne dépend que de lui, un peu de sa gloire retombe aussi sur ceux qui lui fournissent une matière première de qualité.

 

851h1a Cocons de soie aux usines Tsiakiri de Soufli

 

851h1b Cocons de soie aux usines Tsiakiri de Soufli

 

Je disais que Georgios Tsiakiri nous avait emmenés visiter les usines actuelles. En ce jour, en raison d’une préparation de présentation ailleurs, l’usine ne fonctionnait pas, mais nous avons vu le matériel moderne après avoir vu dans le musée le matériel du passé. Ici, deux sacs de cocons qui attendent d’être dévidés, d’autres déjà éventrés.

 

851h2 Usines de soieries Tsiakiri (Soufli, Grèce)

 

851h3 Usines de soieries Tsiakiri (Soufli, Grèce)

 

851h4 Usines de soieries Tsiakiri (Soufli, Grèce)

 

Je ne veux pas m’étendre sur les questions techniques, sur le fonctionnement des machines, mais nous avons vu de fantastiques métiers à tisser dont un de vingt mille fils, un autre de trente mille pour une largeur d’1,80 mètre, soit plus de 160 par centimètre. Nous avons vu aussi des machines de tordage réalisant vingt-cinq mille torsions par mètre pour que le fil soit plus élastique. J’ai été impressionné par une table métallique gigantesque de trente mètres de long sur 1,40 mètre de large, etc., etc.

 

851h5 Usines de soieries Tsiakiri (Soufli, Grèce)

 

Je terminerai avec ces cuves. Afin de fixer les dimensions du tissu de soie et le rendre indéformable, il passe dans des étuves où il est soumis successivement à des températures de 180°, 40° et 240°. En conclusion, je dirai que ces visites m’ont passionné. Évidemment, je savais que le fil de soie provenait du cocon de la chrysalide du bombyx du mûrier, mais il est impressionnant de voir combien il y a d’étapes complexes entre l’œuf, la “graine”, et mes cravates en soie. Je crois pouvoir recommander à toute personne passant dans les parages de Soufli d’aller y faire un tour, au risque de se laisser tenter par l’achat de soieries fort attractives…

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

miriam 02/08/2013 17:20

Dans le premier musée on a essayé les photos "Delete!" a dit la surveillante et on est parties comme des voleuses. Dans le second c'est la charmante dame anglaise qui m'a fit visiter et je n'ai pas
pu résister à acheter un carré, blanc.

miriam 25/02/2013 13:17

Passionnant!

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