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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 09:57
723a1 Aéroport Venizelos d'Athènes
 
723a2 Angelo lors de son arrivée à l'aéroport
 
Lors de notre séjour à Palerme, nous nous sommes fait un ami en la personne d’Angelo. Quand nous avons quitté sa ville il nous a rejoints un week-end à Marsala et Mozia dans sa petite Fiat 500. Puis d’autres week-ends dans sa Sicile natale, à Raguse et à Syracuse. Beaucoup plus loin, il était allé jusqu’en Pouilles pour nous rencontrer à Brindisi. Et cette fois-ci, c’est à Athènes qu’a eu lieu la rencontre. Nous étions bien heureux de le revoir lorsque nous l’avons accueilli à l’aéroport ce vendredi 24.
 
723b1 Le temple de Poséidon au Cap Sounion
 
723b2 Le temple de Poséidon au Cap Sounion
 
723b3 Le temple de Poséidon au Cap Sounion
 
723b4 Le temple de Poséidon au Cap Sounion
 
Dès son arrivée, après nous être restaurés dans l’aéroport, nous sommes partis pour le Cap Sounion. Cet endroit magique, merveilleux, nous y avions déjà assisté à un coucher de soleil le 14 mars, avec Emmanuelle. Je ne reviendrai donc pas sur ce que l’on sait de son temple de Poséidon, ni sur la légende d’Égée, roi d’Athènes, qui s’est jeté dans la mer en croyant mort son fils Thésée. Et je m’efforce de le montrer sous un jour différent, vu de loin ou avec les imbéciles graffiti gravés dans son marbre tendre, même si datés de la fin du dix-neuvième siècle ils en prennent presque une valeur historique. Intéressant aussi est le plan-relief du sanctuaire présenté sur un panneau.
 
723c1 casque mycénien en dents d'ours, 15e-14e s. avant J.
 
Bien sûr, pour sa première visite en Grèce, Angelo se devait de visiter le musée archéologique national d’Athènes. Cela a été pour nous l’occasion de compléter notre visite de mars. C’est fou, ce musée est si riche que l’on y découvre toujours de nouvelles merveilles. Et on y revoit avec plaisir les œuvres majeures. Ci-dessus, un casque mycénien. Ce type de casque a été inventé par les Mycéniens et ne se trouve que chez eux. Il s’agit d’une sorte de bonnet de cuir recouvert de bandes de feutre sur lesquelles sont cousues par rangées des défenses de porc.
 
723c2 Coupe créto-mycénienne, 15e s. avant J.-C
 
Cette coupe en or trouvée en Laconie, près de Sparte, est datée du quinzième siècle. Or c’est précisément en ce siècle, vers 1450 avant Jésus-Christ, que les Achéens (Mycéniens) ont supplanté les Minoens dont l’art était florissant et rayonnait sur toutes les terres bordant la mer Égée. Chez les Minoens, ainsi que chez les Mycéniens (sans doute par héritage culturel), le taureau symbolise le pouvoir et la fertilité de la nature, et pour cette raison c’est l’un des sujets favoris des artistes. La chasse au taureau sauvage qu’il s’agissait de capturer sans le tuer, comme cette coupe en représente une, était un exercice périlleux.
 
723c3 Lyre en ivoire (sphinx de part et d'autre d'une colon
 
Cette lyre en ivoire (quatorzième / treizième siècle) provient d’une tombe à Tholos de Menidi, en Attique, banlieue nord d’Athènes. Malgré une certaine érosion de la sculpture représentant deux sphinx, de part et d’autre d’une colonne centrale, son état de conservation est excellent et en fait un objet exceptionnel.
 
723c4 Tritonesse 1er s. avt JC, remplaçant une plus ancien
 
Cette sculpture faisait partie de la décoration d’un siège de déesse. Réalisée au premier siècle avant Jésus-Christ, elle était destinée à remplacer une sculpture plus ancienne qui était endommagée. Les sirènes à queue de poisson, cela n’existe pas dans la mythologie grecque. On a vu ici même au musée national, mais aussi sur des peintures de vases, que les sirènes grecques antiques sont des femmes à corps d’oiseau comme sur le célèbre vase à figures rouges du British Museum où Ulysse est attaché au mât de son navire et où, ailes déployées, les sirènes volent vers lui. Ici, il s’agit donc d’une Tritonesse, c’est-à-dire un Triton femelle, sorte de divinité marine. Celle-ci porte un panier sur sa tête, j’ignore pourquoi. Peut-être s’agit-il d’un panier d’offrandes.
 
723d1 Athènes, affiche de manifestants, 25 juin 2011 Merke
 
On sait que la Grèce, et particulièrement Athènes, est actuellement en ébullition au sujet des nouvelles mesures d’austérité que doit prendre le Gouvernement pour éviter la faillite dans le gouffre de la crise économique. L’Europe n’interviendra que si la Grèce prend les décisions nécessaires pour réduire sa dette. Aussi à travers l’Europe les manifestants voient-ils particulièrement la France et l’Allemagne, ce qui nous vaut ce calicot peu flatteur "Nazi Nazi Merkel Sarkozy" au-dessus d’une grande croix gammée constituée des étoiles de l’Europe. Et en-dessous : "Parlement – TV & banques : marchent ensemble". Le calicot blanc dit "Démocratie et capitalisme, notions incompatibles". À droite, on voit la tête de Papandréou, le chef du Gouvernement, apparaissant dans une médaille, et la légende dit (en anglais) "Employé de l’année".
 
723d2 Athènes, la garde semble en punition face au mur
 
Si nous avons amené Angelo en ces lieux, c’était surtout pour qu’il assiste à la relève de la garde. Comme je l’ai déjà montrée le 25 mars, je me contenterai de cette photo. Nous sommes au pied du Parlement, juste derrière les calicots hostiles au Gouvernement et au Parlement qui vote les lois de finances proposées par Papandréou. Figés par la photo alors qu’ils sont face au mur, ces gardes semblent en punition. "Au coin !" leur a dit le peuple.
 
723d3 Athènes, vue prise de la colline de Philopappos
 
723d4 Athènes, vue prise de la colline de Philopappos
 
Au-delà de l’Acropole, l’ascension de la colline de Philopappos par un sentier bien tracé dans un beau paysage offre, à mi-hauteur, une terrasse équipée de bancs d’où l’on a une vue panoramique sur la ville, l’Acropole se détachant au centre. Et de là, on ne voit presque pas les échafaudages qui défigurent le Parthénon. Parvenu au sommet, on contourne le monument construit par sa sœur en l’honneur de Philopappos, sénateur romain descendant de rois étrangers (voir mon article du 25 mars dernier), et de l’autre côté la colline prolonge son arête à l’ouest vers un autre panorama, celui du Pirée, le port d’Athènes depuis l’Antiquité. Tous ces monuments modernes n’étant pas magnifiques, le coucher du soleil est un bon moment pour cette promenade.
 
723e Angelo à Mycènes
 
Angelo disposant encore d’une journée avec nous, après ce rapide tour d’Athènes nous décidons de l’emmener en province, et nous franchissons le canal de Corinthe en direction du Péloponnèse. Première étape, Mycènes. En fait, il semble plus intéressé par le surprenant paysage que par les ruines laissées par les Achéens, Agamemnon et Clytemnestre.
 
723f1 Mycènes, tombe à Tholos, 14e s. avt JC
 
Il y a tant et tant à voir à Mycènes que, la dernière fois, le 12 mars dernier, j’étais passé trop vite devant certains lieux. C’est aujourd’hui, pour Natacha et pour moi, l’occasion d’approfondir notre visite. Par exemple, dans mon blog d’alors, je n’avais pas montré cette intéressante tombe à tholos du début du quatorzième siècle avant Jésus-Christ qui se trouve près du musée archéologique du site. La voûte en dôme s’est effondrée et l’on n’en a pas retrouvé les pierres, mais les spécialistes évaluent sa hauteur à une quinzaine de mètres. Comme on le voit sur ma photo, l’entrée est couverte par quatre énormes blocs monolithes juxtaposés. Sur le bloc le plus extérieur (que l’on ne voit donc pas ici), deux trous témoignent que des gonds y pénétraient, et donc que le couloir était fermé par des portes monumentales. Cette tombe est le plus ancien témoignage de la présence de ces portes.
 
723f2a Mycènes, tombe d'Egisthe
 
723f2b Mycènes, tombe d'Egisthe
 
Il y a trois mois, je n’avais montré la tombe d’Égisthe que de loin. Aujourd’hui, j’ai le temps de m’en approcher, d’y pénétrer. En fait, on sait qu’Égisthe était l’amant de Clytemnestre pendant qu’Agamemnon, le mari, guerroyait à Troie. Et cette Guerre de Troie se situe bien plus tard que l’époque de cette tombe. En effet, en observant sa forme, sa taille, son architecture, on peut la dater des environs de 1500 avant Jésus-Christ. Elle n’a donc pas hébergé le corps d’Égisthe, tué par Oreste ainsi que Clytemnestre, en vengeance de l’assassinat de son père à son retour de Troie. Et bien des années avaient passé depuis la fin de la guerre, puisqu’Oreste n’était qu’un bébé quand son père était parti, que la guerre avait duré dix ans et qu’il est un homme fait, jeune mais adulte, quand il revient à Mycènes pour cette vengeance. Cette tombe n’est pas édifiée, mais intégralement creusée dans la colline. Ses murs sont constitués de petites pierres et on remarque que du mortier a été utilisé pour jointoyer les pierres du couloir d’accès.
 
723f3a Mycènes, tombe de Clytemnestre
 
723f3b Mycènes, tombe de Clytemnestre
 
723f3c Mycènes, tombe de Clytemnestre
 
Quant à la tombe dite de Clytemnestre, je ne l’avais pas du tout montrée. "Dite", parce qu’elle aussi est antérieure à l’époque de cette reine, même si c’est la plus récente des tombes à tholos de Mycènes (fin du quatorzième siècle). Ce sont des villageois du coin qui, au début du dix-neuvième siècle, sont un jour tombés par hasard sur ce monument. Le gouverneur de Morée résidant à Tripoli était alors Veli Pacha, l’un des fils du tristement célèbre Ali Pacha de Ioannina, lui-même si cruel et despotique que le sultan de Constantinople n’a pas tardé à le muter. Peu conscient par ailleurs de la valeur culturelle des antiquités, lorsque des Britanniques ont détaché des frises du temple de Vassès (mon article du premier mai dernier) il voulait partager les fragments de marbre entre les archéologues étrangers et le gouvernement Turc, brisant ainsi la continuité des sculptures. Sa mutation soudaine a évité ce partage, et a permis aux Anglais de tout voler… Apprenant la découverte de cette tombe à tholos, ce Veli Pacha a immédiatement pillé la tombe. Deux colonnes engagées en gypse ainsi que des sculptures ornaient la façade, mais rien de tout cela n’a survécu. À l’époque hellénistique tout le bâtiment a été enterré pour construire au-dessus un théâtre. Ce sont les misérables restes de ce théâtre que l’on distingue sur ma première photo, à gauche du mur du couloir. La tombe, en revanche, est superbe et sa voûte est intacte.
 
723g1 tablette en linéaire B, religion (1250-1180 avt JC)
 
723g2 tablette en linéaire B, liste de noms (1300-1250 avt
 
723g3 tablette en linéaire B, liste de noms de femmes (130
 
Faute de temps, en mars j’avais parcouru le musée archéologique du site de Mycènes au pas de charge. Aujourd’hui, Angelo visitant comme il en a envie et Natacha complétant de son côté notre précédente visite, je reviens ici détendu. Notamment, mon intérêt très ancien pour la linguistique et la philologie m’a longtemps retenu devant les tablettes en écriture linéaire B. Dès les environs de 3300 avant Jésus-Christ, les cités-états de Mésopotamie avaient mis au point un système de codification écrite de la parole, autrement dit un alphabet. Peu après, à la fin du quatrième millénaire, apparaissent en Égypte les hiéroglyphes qu’a su déchiffrer Champollion. Puis, au troisième millénaire, les Minoens, en Crète, sont les premiers en Europe à utiliser l’écriture. C’est de leurs étroits rapports commerciaux et culturels avec l’Égypte qu’ils en ont conçu l’idée et, à l’instar des Égyptiens, ils utilisent dans un premier temps un système de hiéroglyphes. Puis vient un alphabet syllabique utilisé sur des lignes horizontales, d’où son nom de linéaire. Et linéaire A parce qu’il sera suivi d’un autre alphabet linéaire, appelé logiquement linéaire B. Quoique le B, déchiffré au milieu du vingtième siècle par l’architecte anglais Michael Ventris, ait réutilisé nombre des signes syllabiques du A, ce dernier reste obscur. Il était utilisé pour la langue crétoise des Minoens, qui nous est inconnue. Le linéaire B, en revanche, a été créé par les Achéens qui ont conquis la Crète par les armes vers 1450 avant Jésus-Christ, et qui ont adapté l’alphabet local à leur propre langue, qui était du grec dans un dialecte arcado-chypriote. Lorsque, vers 1200, les Doriens ont incendié les palais des Mycéniens, les tablettes d’argile ont cuit, protégeant ainsi jusqu’à nous ces textes qui étaient tracés dans l’argile crue, molle, non destinés à la durée, et que l’on effaçait d’un coup de pouce.
 
Ci-dessus, j’ai choisi d’abord une tablette concernant la religion, un texte assez flou en relation avec la réserve de blé et les artisans en verre bleu, qui date de 1250-1180. Les deux autres tablettes sont un peu plus anciennes, entre 1300 et 1250. Celle de la photo du milieu porte une liste de noms, celle de la troisième photo également, mais là ce ne sont que des noms de femmes.
 
723g4 figurines mycéniennes (1250-1180 avt JC)
 
723g5 serpent d'époque mycénienne (1250-1180 avt JC)
 
Les trois petites sculptures en terre cuite de ces deux photos datent de 1250-1180, soit la fin de l’ère mycénienne. J’aime les diverses attitudes de ces personnages et la position de leurs bras. En l’absence de toute explication (l’étiquette se contente de dire, en anglais, "Anthropomorphic figure"), je suppose que ce sont des figurines cultuelles et que leur geste a une signification rituelle. Sous toutes réserves. Quant au serpent, je ne suis pas plus avancé (l’étiquette dit "Snake figure"). Comme si je n’avais pas reconnu des figurines anthropomorphes et un serpent… Le serpent, surgissant d’entre les pierres, est un animal censé venir de sous la terre, c’est un animal chthonien. Dès avant les Mycéniens, la civilisation minoenne crétoise rayonnait dans le Péloponnèse, et on connaît la célèbre représentation de la Déesse aux Serpents que j’espère bien voir à Héraklion lorsque nous visiterons la Crète. À la même époque, bien avant l’arrivée d’Apollon et des dieux de l’Olympe, à Delphes c’est le serpent Python qui transmettait les oracles recueillis dans le monde des morts, sous la terre, quand Poséidon, alors "dieu qui secoue la terre" (et pas encore dieu des mers) était le maître du sanctuaire. Pas de doute, donc, ce serpent (et même ces serpents, car je n’en montre qu’un mais il y en a plusieurs) est objet de culte, soit rituel, soit votif.
 
723g6a fresque mycénienne
 
723g6b reconstitution de fresque mycénienne
 
Cette fresque est exceptionnelle. C’est la plus grande fresque mycénienne conservée in situ, d’autres ayant été retrouvées brisées, s’étant détachées du mur. Hélas, malgré ce maintien en place, elle n’est pas entière, aussi je n’en montre que deux détails en gros plan, et la reconstitution qui en a été faite. Il ne faut pas y voir deux sujets séparés, mais la représentation de deux salles superposées du même palais. La pièce du bas est supportée par une colonne torsadée, et cette femme à gauche, accompagnée d’un griffon, se tient bras écartés et porte dans chacune de ses mains des épis de blé. Le long commentaire qui est donné est purement descriptif, mais il s’agit visiblement d’une scène propitiatoire de fécondité du sol, soit que cette femme offre des épis à la Grande Déesse, soit que ce soit la déesse qui apporte le blé de la bonne récolte aux hommes. À l’étage, où l’on accède par la porte à gauche, le toit est également soutenu par des colonnes torsadées et le sol est fait de briques ou de petites pierres taillées. Je ne sais ce que font ces deux petits hommes nus, les bras tendus en un geste d’offrande ou de soumission vers la femme de gauche vêtue d’une longue cape et portant une grande épée, tandis que celle de droite lui fait face, derrière les petits hommes, et porte un bâton. Il est à noter que son vêtement est typiquement minoen, tandis que les deux autres femmes sont mycéniennes. Je m’interroge sur la signification de cette scène du premier étage, aucune date n’étant indiquée pour cette fresque. Je me demande si cette femme minoenne ne viendrait pas rendre hommage à la femme mycénienne qui lui tend sa main droite en signe d’accueil, les nouveaux occupants grecs étant les nouveaux maîtres mais cherchant à intégrer en paix les Minoens qui les ont précédés dans ces palais. Je suis évidemment preneur de toute autre hypothèse que me proposerait un lecteur éventuel de ce blog.
 
723g7 sceau cylindrique mycénien
 
Je termine ma visite du musée avec ce sceau cylindrique en faïence (1450-1300 avant Jésus-Christ). Tampons, bagues, cylindres, quelle que soit leur forme nombreux sont les sceaux qui ont été retrouvés dans les palais mycéniens, ici comme ailleurs. Les sceaux cylindriques étaient destinés à être roulés pour faire apparaître la totalité du dessin. Dans une vitrine, il est impossible de voir le dessin sur tout le pourtour, d’où la représentation développée, qui apparaît à l’envers, bien sûr, comme pour les caractères d’imprimerie que l’on fondait en plomb à l’envers pour que retournés encrés sur le papier ils donnent un texte à l’endroit. Et comme pour les gravures encore aujourd’hui. Je ne suis pas sûr, ici, qu’il faille chercher à cet homme et à ces deux animaux une signification autre que décorative.
 
723h1 Théâtre d'Epidaure
 
723h2 Théâtre d'Epidaure
 
Délaissant Mycènes, nous tournons nos roues vers Épidaure. Et d’abord son théâtre que j’ai déjà amplement montré et commenté. Je me bornerai donc aujourd’hui à en montrer quelques sièges de pierre du premier rang (les autres rangs ne présentant que des bancs sans dossier), et une vue que je trouve surprenante de l’une de ces séries de bancs entre deux escaliers.
 
723i1 Abaton - dortoir du sanctuaire d'Epidaure
 
Toujours à Épidaure mais du côté du sanctuaire d’Asclépios, en revanche, il y a un secteur que je n’avais vu qu’en courant, et qui est pourtant essentiel puisque c’est le lieu où le dieu médecin opère ses guérisons miraculeuses. On l’appelle l’abaton, étymologiquement "où l’on ne doit pas marcher", autrement dit le "bâtiment d’accès interdit". Entrant dans le sanctuaire on se soumettait aux ablutions rituelles, on sacrifiait à Asclépios et à son père Apollon, suivait une cérémonie secrète, peut-être dans la tholos à l’architecture mystérieuse. Le pèlerin mangeait une nourriture spéciale, était examiné par des médecins humains en chair et en os qui tentaient les soins de leur art, et s’ils n’obtenaient pas de résultat alors seul le dieu pouvait guérir le patient. Celui-ci était donc admis dans la salle d’incubation de ce fameux abaton de ma photo, et il y dormait. Ce sommeil, l’incubation, lui apportait un songe si tout se passait bien, le patient voyait le dieu –généralement sous la forme d’un jeune homme– qui venait le soigner. Et s’il avait eu ce rêve, il se réveillait guéri. Sinon, c’est que le dieu n’avait pas agréé son offrande.
 
723i2 Epidaure, sanctuaire d'Asclépios, stèle représenta
 
Voici, sur la stèle de la photo ci-dessus, un exemple de guérison. Le texte dit : "Un homme blessé à l’orteil a été guéri par un serpent. Il était dans un état terrible quand les servants du temple l’ont amené et assis sur un siège. Lorsque le sommeil est venu sur lui, un serpent est sorti de l’abaton et a soigné son orteil avec sa langue, et après il est retourné dans l’abaton. Quand le patient s’est réveillé et a réalisé qu’il était guéri, il a déclaré avoir vu dans son rêve un beau jeune homme qui lui mettait un onguent sur l’orteil". Par conséquent, on voit que le dieu en personne est apparu dans le songe, mais qu’il a envoyé un serpent, ici décrit comme réel, pour transmettre la guérison. Un serpent ? Tiens, nous retrouvons dans cette stèle du quatrième siècle avant Jésus-Christ le même animal chthonien que tout à l’heure nous avons vu à Mycènes un millénaire plus tôt…
 
723i3 Epidaure, sanctuaire d'Asclépios, stèle représenta
 
Cette autre stèle de la même époque conclura cette visite du sanctuaire d’Asclépios à Épidaure. "Andromaque d’Épire [est venue au sanctuaire] pour tenter d’obtenir une progéniture. Elle a dormi dans l’abaton et a eu un rêve. Il lui a semblé qu’un beau garçon lui retroussait sa robe et qu’ensuite le dieu lui touchait le ventre de la main. Après le rêve un fils est né à Andromaque de son mari Arybbas".
 
723j pont mycénien
 
Après cette visite d’Épidaure et cette journée bien remplie, nous regagnons Athènes parce que l’avion d’Angelo décolle demain. Mais en chemin, en plusieurs endroits sur le bord de la route des panneaux signalent des ponts mycéniens. Je ne peux donc manquer de montrer l’un d’eux, vieux de près de trois millénaires et demi.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Angelo Di Garbo 12/09/2011 15:57


Dear Thierry, I read in italian language your reportage.It's interesting and exciting.You are sensitive man...you have big respect for local history his art and landscape.When you take pictures use
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