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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 22:37
715a1 Sparte et le Taygète
 
715a2 Sparte et le Taygète
 
De Kalamata à Sparte, le distance n’est pas bien grande. Environ 70 kilomètres. Mais la route traverse l’impressionnante chaîne du Taygète. C’est une haute montagne. Je ne sais pas exactement à quelle altitude monte la route en lacets qui escalade un flanc et plonge dans le creux pour remonter sur l’autre versant, mais un peu plus au sud ma carte Michelin donne un sommet à 2404 mètres. Ce ne sont pas les 4807 mètres de notre Mont Blanc, mais c’est bien plus que le déjà imposant Puy de Sancy avec ses 1886 mètres. Soudain, on débouche sur la petite plaine de Sparte. Vue de l’autre côté, elle apparaît écrasée par la noire montagne qui la domine. On comprend que la vieille cité n’ait pas engendré des mauviettes.
 
715b1 Sparte, Lycurgue
 
715b2 Sparte, Léonidas
 
715b3 Sparte, au soldat défendant sa patrie
 
Quelques uns de ses enfants sont représentés en statue. Le premier, c’est le législateur Lycurgue, très probablement légendaire (même son nom, "celui qui chasse les loups", semble prédestiné), qui en 809 avant Jésus-Christ a donné à la Sparte dorienne, issue d’un ancien royaume mycénien (celui de Ménélas), sa constitution très originale avec deux rois, cinq éphores (des surveillants), un conseil de vingt-huit vieillards, c’est-à-dire citoyens, hommes ayant passé l’âge de porter les armes, et une assemblée composée de tous les hommes citoyens en âge de faire la guerre, appelés les "Égaux", qui seuls sont autorisés à posséder la terre mais qui, dans cette société très masculine, peuvent toutefois la transmettre à leur fille, ce qui est impensable dans les autres sociétés grecques jusqu’à l’époque hellénistique.
 
Le second est l’illustre Léonidas, moins délicieusement célèbre peut-être aujourd’hui que son homonyme belge en chocolat, mais plus virilement. C’est ce roi de Sparte, chef d’armée qui, en 480 aux Thermopyles, s’est sacrifié avec ses soldats pour retarder le passage des Perses vers Athènes. Mais il y a, je crois, près du défilé des Thermopyles un monument érigé en souvenir de cette héroïque page d’histoire, j’en parlerai donc plus en détails quand nous nous y rendrons.
 
Le troisième, enfin, n’a pas de nom. La plaque le dédie au brave qui est tué pour sa patrie l’épée à la main. C’est un peu celui que nous honorons comme le Soldat Inconnu, avec cette différence que le Soldat Inconnu est un vrai homme trouvé sur le champ de bataille et non identifié, alors que celui-ci est virtuel.
 
715b4 Sparte, Lacédémoniens vainqueurs aux Jeux Olympique
 
Tout, dans cette ville, n’est pas aussi guerrier. Témoin cette stèle qui commémore les victoires olympiques des citoyens lacédémoniens. Sur ma photo réduite pour publication, rien n’est plus lisible, hélas. Sur mon original, je vois que la liste, commençant en 720 avant Jésus-Christ, donne le nom, la discipline et l’année. On va ainsi jusqu’en 225 de notre ère, à quoi s’ajoutent des noms en 1896, 1920, 1996 et 2004.
 
Les victoires antiques sont, en 720, au dolichos (la course de fond, 24 stades, 4614 mètres), en 716 au stade (course de la longueur du stade, 600 pieds, 192 mètres). Comme je l’expliquais dans mon troisième article sur Olympie, la longueur du pied est différente dans chaque cité, mais à Olympie, où ces Lacédémoniens sont vainqueurs, elle est de 32,045 centimètres. Personne n’est cité en 712 mais en 708 deux vainqueurs, au pentathlon et à la balle. Etc., etc. Mais, parmi les vainqueurs multiples, je remarque un certain Philombrotos au pentathlon en 676, 672, 668, ou encore Khionis, double vainqueur au stade et au dolichos, en 664, 660, 656, soit six fois couronné. En 632, Hipposthénês est vainqueur à la balle, catégorie enfants. Dans cette même catégorie de la balle pour enfants, Etoimoklês est vainqueur en 604, et de nouveau, mais en catégorie adultes, en 600 et en 596. Au quadrige, où est couronné le propriétaire de l’écurie, sur les huit olympiades de 448 à 420, ce sont sept fois des chars lacédémoniens qui ont remporté la victoire. Autre série de quadriges en 396, 392, 388, 384, mais là je remarque pour les deux premières dates le nom (féminin) de Kyniska. C’est la fille du roi Agésilas III qui a engagé ses chevaux. Ne pouvant pénétrer, en tant que femme, dans l’enceinte sacrée, elle n’a pas reçu personnellement la couronne, laquelle lui a été remise hors de l’enceinte. La liste est très longue, les Spartiates étaient remarquablement entraînés, j’arrête là, avec ce qui est le plus marquant, en notant toutefois qu’après Jésus-Christ, Sparte n’étant plus la fière et dure cité guerrière d’autrefois, c’en est presque fini des victoires, car après 64 avant Jésus-Christ et jusqu’en 225 de notre ère, la liste ne comporte plus que trois noms (en 81 à la lutte, en 221 et 225 le même athlète au stade).
 
Pour les modernes, Vasilakos a remporté le marathon en 1896, puis en 1920 ce sont deux Théophilakis (avec des prénoms différents, AL. et I.) qui sont champions de tir, en 1996 Kaklamanakis se distingue en planche à voile (j’ignorais que ce fût une épreuve olympique, mais je lis en grec ΙΣΤΙΟΣΑΝΙΔΑ et pour ce mot mon dictionnaire dit "planche à voile"…), enfin en 2004 Thômakos remporte ΥΔΑΤΟΣΦΑΙΡΙΣΗ que mon dictionnaire ignore, mais la "sphère d’eau" doit être le water-polo.
 
715b5 Sparte, vainqueurs au Spartathlon
 
715b6 Sparte, vainqueurs au Spartathlon
 
Je l’ignorais, mais sur cette stèle je constate que Sparte a créé des jeux annuels intitulés Spartathlon. Renseignements pris, c’est une compétition internationale qui commémore l’exploit de l’Athénien Phidippidès envoyé demander de toute urgence des renforts à Sparte en 490 avant Jésus-Christ pour contrer l’avancée des Perses. À défaut de téléphone, d’Internet, de fax et autres moyens dont nous disposons aujourd’hui, il n’y avait que les jambes d’un coureur. Il s’agit donc, en partant à 7h du matin le dernier vendredi de septembre, de parcourir dans le minimum de temps, et en tous cas en moins de trente-six heures, les 250 kilomètres qui séparent le point de départ, le pied de l’Acropole d’Athènes, de la ville de Sparte en passant par Eleusis, Mégare, Corinthe, Némée. La liste gravée ici, qui commence en 1983, donne la nationalité des vainqueurs. On voit qu’en 1983 et 1984 c’est le même Grec qui a remporté le Spartathlon, et il réapparaît en 1986 et 1990, puis apparaît un Britannique, des Suédois, Hongrois, Bulgares, Allemands, Japonais, Brésiliens, etc. Je note que c’est le même Suédois qui est cité en 1987, 1988 et 1993, le même Allemand en 1999, 2004 et 2005. Et puis il y a –cocorico– un Français, Roland Villemenot, en 1996. Je suis si fier que je fais apparaître son nom en plus gros au bas de la première image ci-dessus. Sur l’autre face de la stèle apparaissent des noms féminins. Je me dois de montrer également en gros plan le nom d’une Française, en 1990, Anna Deguilhem (34h 07’ 41") puis d’une autre, en 1999, Anny Monot (35h 38’ 08"),mais on constate que ce sont les Allemandes qui remportent le plus souvent cette terrible épreuve d’endurance. J’espère ne pas écorcher les noms dans la transcription, car si je peux, sans crainte d’erreur, transcrire NT en D et GK en G, en revanche entre un ou deux L, ou LH, le grec ne me donne aucun renseignement.
 
715c1 Sparte antique
 
715c2 Sparte antique
 
715c3 Sparte antique
 
Le nom de Sparte évoque au premier chef la ville antique qui avait sa place à part parmi toutes les cités grecques. Non seulement parce que pendant un temps elle a été hégémonique, mais surtout par sa constitution "de Lycurgue" que j’ai évoquée, par la place des femmes qui y subissaient un entraînement physique comme les hommes et pratiquaient le sport nues au même titre que les hommes, par la situation de soldats de tous les citoyens pendant toute la durée de leur vie, ou du moins aussi longtemps qu’ils en avaient la capacité physique, par le statut d’hilote parallèlement à celui d’esclave, etc. Et les ruines de cette cité sont hors des circuits touristiques, même de ceux qui passent par Mystras, à cinq kilomètres. Les fouilles de ces ruines ne sont pas achevées, mais le site est ouvert, il n’existe pas de grille, pas de clôture, pas de baraque de péage, mais pas non plus de librairie avec un guide, un plan, ni de panonceaux explicatifs devant chaque mur, chaque ancien bâtiment, le visiteur est libre de se promener à sa guise et à l’heure de son choix, mais il est aussi bien seul devant ce qu’il voit.
 
715c4 Sparte antique
 
Et par exemple devant ce tumulus. Il est bien difficile, pour qui ne mène pas les fouilles, de dire ce qui se trouve dessous. Or des sondages ont bien dû être effectués pour savoir comment fouiller sans détruire.
 
715c5 Sparte antique
 
715c6 Sparte antique
 
Ici, il semble bien qu’il s’agisse d’un aqueduc sur la photo du haut, et des murs de la ville sur la photo du bas. Toutefois je ne comprends pas à quoi pouvait mener cet escalier.
 
715c7a Sparte antique
 
715c7b Sparte antique
 
715c8 Sparte antique
 
Ici nous sommes sans aucun doute dans une maison. On peut y voir un puits de citerne et ce petit bassin que l’on peut interpréter comme un évier ou un lavabo.
 
715c9 le théâtre antique de Sparte
 
Aucune explication n’est nécessaire pour reconnaître le théâtre. À Sparte, les hommes vivaient en communauté de guerriers, pour les repas même ils étaient ensemble (on leur servait ce fameux "brouet noir" qu’affectionnent tant les auteurs de manuels scolaires d’histoire et de livres de vulgarisation sur la civilisation grecque antique). Il n’y avait de place dans leur vie ni pour le commerce, ni pour les arts, y compris la littérature et le théâtre. Quant aux femmes, si elles entraînaient leur corps aux exercices physiques, elles consacraient leur temps et leur vie à la cité, et n’allaient pas les gaspiller au théâtre. Je suppose donc que ce théâtre est de construction tardive, au minimum d’époque hellénistique, mais plus vraisemblablement d’époque romaine, lorsque Sparte avait définitivement perdu son originalité et s’était fondue dans une société unifiée.
 
715d1 Sparte, mosaïque d'Europe
 
715d0 Pièce de 2 Euros avec Europe et le Taureau
 
Pendant notre séjour nous étions basés au camping Castel View à Mystras. Soit dit en passant, un camping excellent et d’un prix très raisonnable, aux vastes emplacements, d’une propreté impeccable, avec –comme son nom l’indique– vue sur le château de Mystras, pourvu d’une piscine et doté, en prime, d’un patron fort sympathique. Je ne lui fais qu’un reproche, son nom anglais alors que nous sommes en Grèce et que les lieux ont été tenus par des Francs, des Vénitiens, des Turcs, et jamais des Anglais. Mais il est d’une telle qualité que je lui pardonne cette faute. En outre, il est fréquenté tout l’été ou presque, et depuis des années, par un couple de Français, Bernard et Dominique, des gens adorables totalement insérés dans la société de Sparte. Ils connaissent tout le monde, ou c’est comme s’ils connaissaient, parce que "ah vous êtes les amis de…?" et ils sont considérés comme amis. Et voilà qu’un matin Bernard vient nous proposer d’aller voir quelque chose qui n’est pas montré au public. Quelque chose d’exceptionnel. Une mosaïque de sol découverte en 1872 dans une ancienne villa d’époque impériale (vers 300 après Jésus-Christ). Grâce à ses relations, il a pu obtenir l’autorisation nécessaire. Cette mosaïque, qui représente l’enlèvement d’Europe par Zeus sous la forme d’un taureau (j’ai raconté cette légende dans mon article daté 24 et 25 avril 2010, à propos d’un graffito de Pompéi), se trouvait sous le sol d’une vieille maison sans toit. Le responsable des Antiquités de l’époque a obtenu l’expropriation et un toit protecteur a été mis en place, la mosaïque restant in situ. Au sol d’une pièce voisine dont on ne sait si elle appartenait à la même villa ou à une villa mitoyenne, a été découverte une autre mosaïque, représentant Orphée qui charme les animaux avec sa musique. En ces lieux sont apportées de nombreuses mosaïques où des spécialistes les restaurent. Et c’est eux, pendant leur travail, qui nous accueillent gentiment et arrosent les mosaïques pour leur rendre leurs couleurs. Mais certaines n’ont pas été publiées, et de toutes façons puisqu’elles sont ici elles ne sont pas présentées au public, on nous demande donc de ne pas les photographier, ce qui est bien naturel. Autorisation spéciale concernant Europe.
 
Les pièces de monnaie en Euros comportent une face identique partout, mais chaque pays peut choisir le décor de l’autre face et la Grèce, lorsqu’elle est entrée dans la zone Euro le premier janvier 2002, a choisi pour sa pièce de deux Euros cette représentation de l’Enlèvement d’Europe empruntée à cette mosaïque de Sparte. J’ai pris cette photo d’une pièce pour que l’on puisse constater la similitude du dessin.
 
715d2 Sparte, mosaïque d'Europe
 
715d3 Sparte, mosaïque d'Europe, Zeus taureau
 
En gros plan, on apprécie mieux la richesse des coloris, la finesse du dessin, la délicatesse des expressions. La frayeur de l’enlèvement passée, Zeus identifié, Europe est détendue sous le voile tenu par les deux Amours, assise en amazone sur le dos du taureau. Lui, animal robuste et violent, a pourtant sur –puis-je parler de visage ?– une sorte de sourire de satisfaction et son œil n’est pas celui d’une bête féroce.
 
715e1 musée archéologique de Sparte
 
715e2 jardin du musée de Sparte
 
Cette mosaïque va me servir de transition vers le musée archéologique. Il se trouve dans un parc public qui accueille quelques unes des statues antiques. Mais dans un état lamentable. C’est désolant. Nous sommes en juin, et le sol est jonché de feuilles mortes, visiblement elles n’ont pas été ramassées depuis l’automne. En outre, s’il est plaisant que le jardin soit ombragé d’orangers, il est moins agréable que des oranges mûries au début du printemps et tombées blettes au sol finissent de pourrir, éclatées, sur place. Entrons vite, l’intérieur est plus attrayant.
 
715f1 musée de Sparte, reliefs votifs en calcaire (fin 7e-
 
De nombreux fragments de bas-reliefs votifs en calcaire ont été trouvés dans le sanctuaire d’Artémis Orthia. Ils sont datés entre la fin du septième siècle et le début du sixième siècle avant Jésus-Christ. Si j’ai choisi ce lion c’est parce que je lui trouve l’air fier, mais je préfère cet amusant guerrier et surtout ce très élégant cheval.
 
715f2 musée de Sparte, figurines 7e-6e s. avt JC
 
Ces quatre petites figurines de bronze proviennent d’une grande vitrine au bout de laquelle se trouvent deux fibules. Ces fibules ont l’honneur d’une étiquette qui les définit et les date. Mais les autres objets, sur ma photo de la vitrine j’en compte trente-neuf, ne bénéficient d’aucun commentaire. D’après leur aspect je pense qu’ils sont d’époque archaïque, c’est-à-dire à peu près contemporains des stèles votives que je viens de montrer. Ce qui les fait contemporains aussi des fibules qui sont commentées.
 
715f3 musée de Sparte, figurines votives en plomb (7e-3e s
 
Ici l’étiquette est globale pour une foule de petites plaques de plomb représentant des humains, des animaux, des démons et aussi toutes sortes d’objets ou de figures décoratives, elle dit que ces plaques sont du septième au troisième siècle avant Jésus-Christ. La fourchette est très large, et j’avoue ne pas être capable de dater plus précisément les sujets que j’ai choisi de montrer.
 
715f4 musée archéologique de Sparte
 
715f5 musée archéologique de Sparte
 
Extrêmement riche d’objets intéressants à voir, ce musée n’est décidément pas pédagogique du tout. Les objets présentés dans plusieurs vitrines se passent de tout commentaire. Même en langue grecque, ce qui veut dire que, même si le conservateur estime que tout adulte un peu cultivé (donc pas moi) doit être capable de créer sa propre légende, on n’a rien à faire des enfants qui ne sont pas encore formés et cultivés. C’est dommage. Et si je me permets ces critiques, c’est parce que j’aime ce musée, j’aime ses collections, et j’aimerais le voir s’améliorer sur le plan de la présentation et de la muséographie. Je suis au courant de la crise économique grave que traverse le pays, je sais que les crédits sont coupés, mais je pense que le conservateur lui-même sur son temps de travail, ou des spécialistes bénévoles à qui on offrirait l’entrée gratuite pour visiter le musée, pourraient donner un minimum d’informations. Ensuite, le musée disposant de micro ordinateurs et d’imprimantes, on ne peut valablement prétendre que, même en pleine crise, on ne peut trouver l’argent pour le papier et le toner nécessaires pour créer de petites étiquettes de deux lignes chacune qu’ensuite on découpe aux ciseaux et que l’on pose simplement sur l’étagère à côté de l’objet. La traduction anglaise viendra après…
 
715g1 musée de Sparte, stèle offerte par Anaxibios (milie
 
Cette stèle en bas-relief a été trouvée sur l’Acropole de Sparte, dans le sanctuaire d’Athéna Chalkioikos. Elle date du milieu du sixième siècle avant Jésus-Christ et porte sur le côté gauche une inscription verticale, mais qui se lit de droite à gauche, donnant le nom de celui qui l’a offerte : Anaxibios. La tête du relief, abîmée, semblerait celle d’un homme barbu, mais ce ne peut être qu’un effet de son mauvais état parce que le corps est indiscutablement féminin. Probablement Athéna. Je ne distingue pas ce qu’elle porte dans la main droite, même sur ma photo non réduite, même lorsque j’étais dans le musée. Je ne crois pas que ce soit sa chouette symbolique, on dirait plutôt une fleur avec un calice qui ressemble un peu à celui de la tulipe.
 
715g2 musée de Sparte, Hélène et Pâris embrassés (6e s
 
Cette autre stèle, du sixième siècle, représente un homme qui prend une femme par le cou. Non pas agressivement comme pour la violenter, mais au contraire tendrement pour l’embrasser, de sorte que l’on y a vu Pâris et Hélène, et je serais tenté d’ajouter foi à cette hypothèse.
 
715g3 musée de Sparte, guerriers sur un cratère funérair
 
Sur une rive de l’Eurôtas, le fleuve de Sparte, quelques vestiges signalent qu’un hérôon (monument pour un héros) se dressait là autrefois, et dans ses ruines ont été trouvés quelques fragments d’un vase funéraire que l’on situe entre 600 et 575 avant Jésus-Christ. Celui-ci représente deux guerriers qui combattent au-dessus du corps d’un de leurs compagnons mort.
 
715g4 musée de Sparte, musée de Sparte, Apollon et Artém
 
Ce bas-relief est beaucoup plus récent que les précédents puisque, de deux cents ans plus jeune, il a été daté du quatrième siècle. Il représente les dieux jumeaux, Apollon et Artémis. Mais ce qui est le plus intéressant, c’est qu’ils sont en train d’offrir une libation, Artémis versant le vin dans le cratère que tend Apollon, au-dessus d’une pierre qui, cela ne fait aucun doute, est l’omphalos de Delphes, le nombril du monde. En effet, Zeus avait lâché simultanément deux aigles, chacun à l’une des extrémités du monde, et c’est à Delphes qu’ils s’étaient rencontrés, marquant ainsi le centre de l’univers. Ces deux aigles sont représentés devant cet omphalos.
 
715g5 musée de Sparte, Hélène entre les Dioscures (1er s
 
Nous faisons encore un grand saut sans le temps, pour nous retrouver au premier siècle avant Jésus-Christ. Ce bas-relief représente Hélène entre les Dioscures. On se rappelle que Zeus, sous la forme d’un cygne, avait fécondé Léda, mais celle-ci eut aussi, dans le même temps, des rapports avec Tyndare, son mari. Quand le terme fut venu, elle pondit deux œufs, de l’un sortirent Clytemnestre et Pollux, les enfants humains de Tyndare, et de l’autre Hélène et Castor, les demi-dieux enfants de Zeus. Les deux garçons, Castor et Pollux, sont appelés les Dioscures, étymologiquement les rejetons de Zeus, ce qui n’est vrai que pour l’un d’entre eux. Hélène est donc ici entre ses deux frères jumeaux. Si je me suis intéressé particulièrement à ces personnages, c’est parce qu’ici à Sparte, dans le temple des Leucippides, on montrait les deux moitiés de la coquille d’un œuf géant dont on disait qu’il avait été pondu par Léda. Les Leucippides, filles de Leucippos, frère de Tyndare, étaient donc les cousines des Dioscures, qu’elles épousèrent.
 
715g6 musée de Sparte, poète offrant son manuscrit à Orp
 
Encore un dernier bas-relief. Cette fois-ci, nous sommes au premier siècle après Jésus-Christ. Le personnage assis au centre est un poète qui tend son manuscrit, un parchemin roulé, au personnage de gauche en qui, avec sa lyre, on reconnaît Orphée. Tout à l’heure, j’évoquais sans l’avoir photographiée une mosaïque –dans une pièce voisine de la mosaïque d’Europe– représentant Orphée charmant les animaux en jouant de la lyre. Sur ce bas-relief on remarque de nombreux animaux, dont un lion dont la tête est toute proche de celle d’Orphée. C’est d’ailleurs grâce à ces animaux charmés que l’on identifie Orphée et non pas Apollon, lui aussi traditionnellement représenté avec une lyre, comme ci-dessus lorsqu’il offre une libation avec Artémis.
 
715g7 musée de Sparte, Hoplite (ou Léonidas), 480-470 avt
 
En ville, la statue de Léonidas est moderne. Ici, nous avons un buste sculpté vers 480 ou 470 avant Jésus-Christ, dans lequel la tradition reconnaît Léonidas. Ce peut être lui, l’époque correspond, mais rien ne permet de l’affirmer. Quoi qu’il en soit, Léonidas ou pas, cette statue représente un hoplite. Elle a été trouvée, comme la première stèle que j’ai montrée, dans le sanctuaire d’Athéna Chalkioikos.
 
715g8 musée de Sparte, Ptolémée III (3e s. avt JC)
 
À la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, Alexandre le Grand a conquis l’Égypte, comme il avait conquis la Grèce et bien des pays d’Asie. À sa mort, en 323, ses généraux se sont disputé ses conquêtes et, finalement, l’Égypte est échue à l’un d’entre eux, Ptolémée, qui n’a pas pu être un vrai pharaon mais plutôt un roi du pays. Toutefois, parce que la coutume chez les pharaons, qui étaient dieux, était d’épouser leur sœur parce qu’elle seule était comme eux de nature divine, Ptolémée jugea politiquement opportun, pour être reconnu, d’épouser sa propre sœur. Mais cette coutume incestueuse était contraire aux mœurs des Grecs, qui ont surnommé le roi Ptolémée Philadelphe, c’est-à-dire qui aime sa sœur. Dans la lignée, il y a eu ensuite Ptolémée II et Ptolémée III, représenté ici dans une sculpture du troisième siècle, et donc contemporaine. On peut, par conséquent, supposer qu’elle lui ressemblait.
 
715g9 Sparte, musée archéologique, 1er siècle après J.-
 
Encore un portrait, Celui-ci, du premier siècle après Jésus-Christ, donc d’époque romaine impériale, représente une anonyme. Sans aucun doute c’est une Romaine, parce que ni dans les traits du visage, ni dans le style de coiffure, elle ne semble grecque. Mais c’est une grande dame, elle a le port altier. J’ajoute qu’elle est jolie, ce qui est indépendant et de la romanité et de l’aristocratie.
 
715h1 musée de Sparte, Sanglier, période hellénistique
 
Arbitrairement, on définit la période hellénistique comme les presque trois siècles qui vont de la mort d’Alexandre le Grand à la mort de Cléopâtre. Ces dates sont précises, mais lorsque l’on dit que ce sanglier de marbre noir, trouvé dans une carrière près de Sparte, est d’époque hellénistique, c’est vague. Après tout, peu importe, cela ne m’empêche pas de le trouver de très belle facture. Heureusement qu'Obélix n'est pas passé par là, il l'aurait englouti.
 
715h2 musée de Sparte, galère cuirassée romaine, autour
 
À titre documentaire, cette galère cuirassée romaine, qui date de la toute fin du premier siècle avant Jésus-Christ ou du début du premier siècle de notre ère, autrement dit du milieu du règne d’Auguste, permet de voir à quoi ressemblaient les bateaux de guerre lourds de l’époque. Cette maquette de terre cuite vient du cap Maleas, pointe du "doigt" le plus oriental au sud du Péloponnèse, face à l’île de Cythère.
 
715h3 musée de Sparte, lampe à huile
 
Juste en passant, un objet de la vie courante, cette lampe à huile décorée, en terre cuite. La forme n’en a guère changé au cours des siècles, mais comme je l’ai constaté précédemment pour des figurines, le musée a oublié de placer une étiquette explicative devant les objets de cette vitrine.
 
715h4 Alcibiade, mosaïque, musée archéologique de Sparte
 
715h5 mosaïque, musée archéologique de Sparte
 
Parce que j’aime beaucoup ces mosaïques j’en publie les photos, mais elles sont fixées au mur au-dessus de portes sans un seul mot d’explication. La première porte en elle-même une légende, le personnage représenté s’appelle Alcibiade. Mais est-ce le célèbre Alcibiade, politicien, et mis en scène par Platon comme interlocuteur de Socrate, ou bien est-ce un autre Alcibiade, je l’ignore.
 
715i1 Sparte, musée de l'olive, feuilles d'olivier fossile
 
En quittant Sparte, nous nous sommes arrêtés pour visiter le passionnant musée de l’olive et de l’huile d’olive. Nous avions été vivement incités à cette visite par nos amis Bernard et Dominique, et pensions aller nous y documenter pendant un petit moment. En fait, cette documentation qui couvre tout ce qui concerne l’olivier et son histoire, l’olive, la fabrication, le stockage et les usages de l’huile d’olive à travers les âges, parmi lesquels le savon, est réellement encyclopédique et exhaustive. De grands panneaux en grec et en anglais expliquent tout très clairement. Et le cadre, très moderne, est fort bien conçu et adapté à son usage. Une vraie réussite. Ici, nous voyons des feuilles d’olivier fossilisées datant de cinquante à soixante mille ans.
 
715i2 Sparte, musée de l'olive, olive et huile en linéair
 
J’ai souvent eu l’occasion, depuis que nous sommes en Grèce, de parler du linéaire B, cette écriture syllabique des Mycéniens, décryptée au milieu du vingtième siècle par un architecte anglais du nom de Michael Ventris. J’ai également montré des tablettes d’argile portant des inscriptions en linéaire B. Parfois, on trouve l’indication du sujet traité, rien de plus. Jamais je n’ai trouvé dans un musée, jusqu’à présent, une équivalence précise entre des caractères syllabiques du linéaire B et des mots grecs, et je n’en avais vu et étudié, jusqu’à présent, que lors de mes études de linguistique, il y a très longtemps, dans des ouvrages très spécialisés. Eh bien ce musée montre (photo ci-dessus) comment sont figurés les mots ELAIA (olivier) et ELAION (huile d’olive) au moyen de cet alphabet très mal adapté. Il est amusant de noter que le L, de sonorité fragile, est représenté par le son R, tout comme le portugais interprète le L (français BLANC, espagnol BLANCO, italien BIANCO, portugais BRANCO ; ou encore OBRIGADO pour dire merci, cf. “je vous suis obligé”).
 
715i3 Sparte, musée de l'olive, vaisselles d'époques dive
 
Ici sont présentés quelques récipients et ustensiles d’époques très diverses ayant trait au stockage et à l’utilisation de l’huile d’olive.
 
715j1 Sparte, musée de l'olive, extraction de l'huile
 
715j2 Sparte, musée de l'olive, extraction de l'huile
 
Il n’est pas question pour moi de raconter tout ce que nous avons vu dans ce musée, ni d’entrer dans de longues explications. Je voudrais seulement montrer comment, à l’aide de schémas et devant des machines réelles, tout devient clair. On peut ainsi voir, par exemple, les différentes façons d’extraire l’huile en écrasant l’olive.
 
715j3 Sparte, musée de l'olive, presse à olives
 
715j4a Sparte, musée de l'olive, presse à olives
 
715j4b Sparte, musée de l'olive, presse à olives
 
Lorsque je parle de différentes façons, cela signifie que l’on peut voir, en taille réelle, et en s’approchant autant qu’on le souhaite, des installations artisanales ou industrielles, présentées par époque, ce qui permet d’évaluer la progression de la technique.
 
715j5 Sparte, musée de l'olive, extraction de l'huile
 
Ces meules étaient encore en usage il y a peu. Le musée présente une partie de ses collections en intérieur, et d’autres en extérieur. En extérieur également, et par nécessité, des oliviers vivants, adultes. La disposition des lieux, l’agencement de l’espace avec des gradins, laisse penser que des groupes sont reçus ici, élèves, étudiants, adultes peut-être, et que des explications peuvent être données collectivement.
 
715j6 Sparte, musée de l'olive, maquette
 
715j7 Sparte, musée de l'olive, maquette
 
715j8 Sparte, musée de l'olive, maquette
 
Outre les outils présentés, il y a de nombreuses maquettes qui permettent de comprendre comment les diverses machines sont agencées et mises en mouvement. Certaines sont même animées. Il est très parlant de voir où se situe la production de l’énergie, sa transmission aux machines, où sont les lieux de stockage, l’organisation du travail, etc.
 
715j9 Sparte, musée de l'olive, fabrication du savon
 
Une bonne place est réservée au savon, invention marseillaise à l’époque de la Gaule. Ici, un film passé en boucle sur un téléviseur montre une fabrication très artisanale, au niveau presque familial, par une femme travaillant absolument seule tout au long de la fabrication.
 
715k Dominique et Bernard au camping de Mystras
 
J’ai parlé de ce couple de Français que nous avons rencontrés au camping de Mystras et avec qui nous avons noué des relations d’amitié. J’ai notamment dit comment ils nous ont procuré la chance exceptionnelle de voir la mosaïque d’Europe, j’ai dit aussi qu’ils nous avaient donné l’excellent conseil de visiter le musée de l’olive. Nous nous sommes vus presque chaque jour, ils ont passé une soirée avec nous, et un autre soir ils nous ont invités à dîner, ce qui nous a permis d’apprécier les talents de cordon bleu de Dominique. Nous sommes allés plusieurs fois à Sparte, à Mystras aussi, mais si nous sommes restés basés tant de jours au camping Castel View, c’est certes parce que le camping est très agréable, mais c’est aussi parce que nous avions plaisir à passer du temps avec eux. Je ne pouvais donc terminer mon article sans donner ces précisions.

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Published by Thierry Jamard
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Andressa 30/01/2015 19:47

Super , à travers ce poste j'ai pu retrouvé un relief et à travers votre description j'ai pu révisé mon cours de la fac surtout sur Apollon et l'omphalos.
Merci continuez :)

bernard dominique genty 28/09/2011 11:29


merci thierry et natalya de ce tres bon article sur sparte et mystras merci aussi pour ces compliments . Nous suivons votre periple avec beaucoup d attention
Des commentaires toujours d une grande pertinence et qui temoingnent de nombreuses recherches
merci encore et a tres bientot


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