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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 03:16

486a Sperlonga

 

 Ainsi donc, hier soir nous nous sommes installés pour la nuit à deux pas de chez Tibère (14-37 après Jésus-Christ). Cette plage, ce village, nous les avons vus à la nuit lors de notre promenade. Voici à quoi cela ressemble de jour. Très différent, mais pas mal non plus…

 

486b Sperlonga, villa de Tibère

 

 

486c Sperlonga, villa de Tibère

 

 

Sur le domaine de la villa de Tibère, il y a un petit musée où sont rassemblées les statues qui se trouvaient sur les lieux, et notamment celles qui décoraient la grotte dont je vais parler plus loin, ainsi que la copie grandeur nature de ce que l’on a pu reconstituer, à partir de fragments, de ce qu’a été un grand groupe représentant Ulysse et ses compagnons se libérant du Cyclope. Je ne montrerai rien de tout cela, la photo y étant interdite. Pourquoi là et pas au palazzo Massimo de Rome, pas au musée du Capitole, mystère. Mais c’est ainsi. Mais à la sortie du musée on se trouve sur le site lui-même. Comme on le voit, il ne reste plus que la base des murs, sauf dans quelques endroits où il en subsiste à peine un peu plus. Mais on peut se rendre compte de l’importance qu’a pu avoir ce palais par l’évaluation de son emprise au sol.

 

486d Sperlonga, villa de Tibère, restes de sol en mosaïqu

 

 

Et puisque je parle du sol, voici un petit bout de mosaïque. Ici, pas de grands sujets mythologiques, de scènes de chasse ou de bataille, mais de très fins dessins géométriques. C’est moins spectaculaire, mais ce n’est pas désagréable à l’œil.

 

Avant de continuer, quelques mots de Tibère. Il est né en pleins troubles de la guerre civile et a passé sa première enfance en Grèce. Dans sa vie publique il fut un vaillant général, exerça dès très jeune toutes sortes de magistratures. Marié à une Agrippine (autre que la mère de Néron) qu’il aimait, il a été contraint par l’empereur Auguste de divorcer alors qu’elle était enceinte, pour épouser Julie, fille d’Auguste, qui ne lui plaisait pas, ce qui le décida à faire chambre à part. Puis, tant pour en être débarrassé que pour se mettre en réserve de l’Empire comme Pompidou a été "en réserve de la République", il part pour Rhodes mais son beau-père, furieux de se sentir abandonné, lui refuse le retour pendant bien des années. Julie, cette traînée, le trompant à tour de bras (et pas seulement avec les bras…), Auguste décide de les divorcer de sa propre autorité. Quand Tibère rentre après huit ans d’exil, peu à peu il renoue avec les honneurs, il est adopté par Auguste, et devient empereur à sa suite. C’est –au début– un bon empereur, juste, libéral, qui refuse de châtier le crime de lèse-majesté, disant que dans un régime qui se veut libre, on doit disposer de la liberté de pensée et de parole, et que dans le cas contraire on risque de déférer des personnes au tribunal par pure vengeance personnelle. Mais ses déboires conjugaux, la mort de ses deux fils, son long exil, l’ont rendu misanthrope et, après un temps où il ne met pas les pieds hors de Rome, il part s’installer ici à Sperlonga et n’en bouge plus. Parce qu’il adore se gaver de concombre, il s’occupe en en cultivant dans sa propriété, quand il ne se livre pas à ses vices. Il est alcoolique, il est avare, il plonge dans la débauche en usant de contrainte avec femmes, hommes, très très jeunes garçons, il est d’une rare cruauté, inventant lui-même de nouveaux types de supplices. Et ce faisant, il néglige complètement sa charge d’empereur.

 

486e Sperlonga, villa de Tibère, grotte au fond

 

 

486f1 Sperlonga, grotte de Tibère

 

 

Voici un autre fragment de mur avec des arcades, derrière lequel on entr’aperçoit l’entrée d’une grotte. Sur la seconde de ces photos, tout au sommet de la grotte, sous la verdure, en y regardant bien on distingue vaguement une statue. C’est une copie dont l’original a été placé dans le musée.

 

486f2 Sperlonga, grotte de Tibère

 

 

486f3 Sperlonga, grotte de Tibère

 

 

L’été, à Rome, il fait très chaud. Et ici encore plus puisqu’on est encore plus au sud. Mais, de même que l’on peut garder le vin dans les caves parce que la température y est plus constante, ou que les habitations troglodytes dispensent de chauffage l’hiver et de climatisation l’été, de la même façon les grottes, quoiqu’elles soient ouvertes sur l’atmosphère extérieure, permettent de se préserver de la chaleur dans une large mesure. Et Tibère avait fait équiper celle-ci d’un bassin recueillant l’eau de mer, il l’avait fait aménager pour y inviter à dîner. Un jour qu’il était à table avec ses convives, tout plein de gros morceaux de roche se sont détachés de la paroi au-dessus de lui, plusieurs des convives et des esclaves périrent écrasés, mais lui fut miraculeusement épargné.

 

487a1 Abbaye de Fossanova

 

 

487a2 Abbaye de Fossanova

 

 

Après une longue visite du musée, des ruines et de la grotte, puis un bon déjeuner, nous sommes partis, oh pas bien loin vers le nord-ouest, pour visiter l’abbaye de Fossanova. La façade de cette abbaye cistercienne remonte à la première moitié du treizième siècle, alors que la construction de l’église abbatiale elle-même a commencé au douzième siècle, en 1163.

 

487a3 Abbaye de Fossanova

 

 

487a4 Abbaye de Fossanova

 

 

Le portail donne l’impression d’avoir été bricolé dans cette façade. C’est qu’en réalité les plans ont été modifiés en cours de réalisation. En fait, je trouve belle cette église (la première de l’ordre cistercien en Italie) vue d’un peu loin, plutôt que détaillée de façade.

 

487b Abbaye de Fossanova

 

 

Mais dès que l’on entre, on est frappé par l’élévation de la voûte, l’envolée des colonnes, l’ampleur de cette nef aux lignes pures et dépouillées. Splendide. Mais quelle différence avec tout ce que nous avons vu ces derniers temps : à Rome, ce sont des églises paléochrétiennes, parfois très remaniées, parfois rebâties sur leurs fondations à la même époque où a été construite Fossanova, mais cela leur donne un style, une apparence, qui n’ont rien à voir avec cette architecture importée de Bourgogne.

 

487c1 Abbaye de Fossanova

 

 

487c2 Abbaye de Fossanova

 

 

Passons dans le cloître. J’aime ces endroits calmes, où la vie semble au ralenti, et à la réalisation desquels un soin particulier a toujours été apporté.

 

487c3 Abbaye de Fossanova

 

 

Et par exemple, alors que les colonnettes de trois côtés, romans, sont simplement cylindriques, sur le quatrième côté qui est gothique, ou prégothique, c’est d’inspiration lombarde que sont traités les fûts des colonnettes, toutes différentes, très travaillées.

 

487c4 Abbaye de Fossanova

 

 

Dans le cloître, en face du réfectoire, cette fontaine permettait aux moines de se laver les mains avant de passer à table. Évidemment, la grille n’existait pas auparavant. L’endroit est vraiment très joli.

 

487d1 Abbaye de Fossanova

 

 

487d2 Abbaye de Fossanova

 

 

Cette porte est réservée à l’entrée des moines dans l’église. Elle est surmontée dans son tympan d’une fresque du quatorzième siècle, malheureusement assez abîmée, représentant la Madone et l’Enfant Jésus, comme on le voit. Elle est encadrée de sainte Lucie et de sainte Apollonie.

 

487e Abbaye de Fossanova

 

 

Voici le réfectoire. Sur ma photo, on voit au sol de vastes plaques de verre. Elles permettent au visiteur de voir des fragments de murs d’une villa d’époque romaine qui ont été conservés pour servir de fondations à cette salle. Je ne les montre pas parce que, en photo, on voit de vulgaires murs… Sur la droite, près de la statue de la Vierge que l’on aperçoit, les marches permettaient d’accéder à cette plate-forme qui servait de chaire pour les lectures de l’Ancien ou du Nouveau Testament qui accompagnaient systématiquement la durée des repas. Cette salle date de 1208, et pour son inauguration le pape Innocent III (1198-1215) y a pris son repas avec les moines.

 

487f Abbaye de Fossanova

 

 

La salle capitulaire romane date de l’origine, au douzième siècle, avec quelques embellissements du treizième siècle. Chaque jour, le Père Abbé y tenait une réunion de tous les religieux, qui prenaient place sur la banquette de pierre le long des murs de la salle. Les convers, c’est-à-dire les non religieux, n’étaient pas autorisés à y pénétrer, mais pouvaient assister aux séances en se tenant dans le cloître, sous les fenêtres. On commençait par donner lecture de l’une des règles de saint Benoît, puis on discutait des problèmes de gestion du monastère et l’on répartissait les tâches du jour.

 

487g1 Abbaye de Fossanova, bloc St Thomas d'Aquin

 

 

Ce bâtiment à part dont ma photo ne montre que l’édifice de l’extrémité parce que c’est la partie qui comporte la chapelle, est l’infirmerie des moines.

 

487g2 Abbaye de Fossanova, bloc St Thomas d'Aquin

 

 

487g3 Abbaye de Fossanova, bloc St Thomas d'Aquin

 

 

On appelle l’ensemble du bâtiment le "bloc de saint Thomas" depuis que saint Thomas d’Aquin y est mort. On voit ici la chapelle de l’infirmerie et une cellule. Thomas, né à Aquino, enseignait à l’université à Paris quand, en 1272, il a été appelé à aller enseigner à Naples, et Paris a dû s’incliner malgré le vif désir de le garder. Fin 1273, début 1274, il tombe gravement malade et devient quasiment aphasique. Néanmoins, lorsque le pape Grégoire X (1271-1275) réclame sa participation au concile de Lyon, il se met en route. Il avait fait un peu plus de la moitié du chemin entre Naples et Rome quand, faisant étape à l’abbaye de Fossanova, son état a empiré. Admis dans ce bâtiment de l’infirmerie, dans cette cellule, il y est mort le 7 mars 1274. Me rappelant avoir vu, à Toulouse, que sa tombe était dans l’église des Jacobins, j’ai posé la question de savoir pourquoi, s’il était mort ici à Fossanova, il n’y avait pas été enterré. Il y a bien été enterré mais en 1369, à la requête de son ordre, les Dominicains, puissants en France, son corps a été ramené à Toulouse, m’a-t-on répondu avec un geste qui en disait long.

 

487h1 Abbaye de Fossanova, bâtiments de travail

 

 

487h2 Abbaye de Fossanova, bâtiments de travail

 

 

Comme c’est la règle pour les abbayes cisterciennes, celle-ci a été établie dans un lieu retiré, sur un vaste espace. Hors de l’ensemble constitué par l’église abbatiale et le monastère proprement dit, que ne pouvaient quitter les religieux cloîtrés, on rencontre de nombreux bâtiments affectés au travail. Ils sont de ce splendide rouge sur lequel se détache le blanc de la pierre pour les encadrements de portes. Le monastère se devait de vivre en complète autarcie, ce qui implique que l’on y pratiquait l’agriculture, l’élevage, le tissage, la couture, etc. Ces locaux spécialisés servaient donc de granges, d’étables, de greniers à blé, d’ateliers pour toutes sortes d’activités. Il y avait aussi un moulin, qui a hélas disparu. Néanmoins, c’est l’un des plus grands complexes de bâtiments de travail monastiques que l’on puisse voir, à la fois parce qu’ils ont été presque tous conservés et parce que, le monastère étant de grande taille, ils étaient nombreux et vastes.

 

487h3 Abbaye de Fossanova, bâtiments de travail

 

 

C’est sur cette image que je terminerai pour Fossanova, parce que j’aime bien ce mur tout rouge, un peu dégradé pour le rendre vivant, et en opposition avec l’arc de ce qui a dû être une porte murée.

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Published by Thierry Jamard
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