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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 19:38

 

 

Aujourd’hui, après une nuit passée à proximité, nous sommes à Spoleto. Les guides nous disent de voir la cathédrale, alors nous allons la voir (elle donne sur la sympathique place ci-dessus). Mais elle est fermée jusqu’au début de l’après-midi. Il fait beau, il fait bon, nous faisons un petit tour et puis nous paressons, tels des lézards, au soleil sur la place.

 

Nous ne regrettons pas d’avoir patienté. L’intérieur de la cathédrale recèle une foule de choses intéressantes. Il est aussi à noter que c’est là qu’en 1232 le pape Grégoire IX a prononcé la canonisation de saint Antoine de Padoue. Je ne montre pas la statue du saint, qui est peut-être ancienne, peut-être récente, mais qui me donne l’impression d’être une de ces horreurs en plâtre que l’on voit partout. En l’absence d’écriteau informatif, je ne l’ai pas photographiée. Je vais donc commencer ici avec une chapelle à gauche, où se trouvent ces hauts-reliefs d’un tabernacle. On y reconnaît, bien sûr, une Nativité. Ces sculptures datent de 1545-1554.

 

 

Filippo Lippi qui, je le disais dans une page de mon blog il y a déjà un certain temps mais je ne sais plus dans quelle ville c’était, a eu les honneurs à Paris d’une exposition au musée du Luxembourg, a vécu et est mort à Spoleto. Il est enterré dans cette cathédrale, qu’il a très abondamment décorée de fresques, entre 1467 et 1469. Décidément, partout où nous passons, il y a des fresques, encore des fresques, toujours des fresques. Je n’en peux plus de les décrire. Toutes sont plus belles les unes que les autres. Ci-dessus et ci-contre, parmi toutes les scènes qui racontent l’histoire de Marie, l’Annonciation, et le détail du visage de la Vierge. C’est peint sur la voûte du chœur, on se tord le cou, on plisse les yeux pour bien voir, et finalement on perd les détails, qui n’apparaissent que sur la photo au téléobjectif. Un conseil pour les futurs visiteurs, se munir de jumelles. Des Annonciations, il y en a partout, par tous les peintres, il serait intéressant d’en faire le sujet d’une exposition pour que l’on puisse voir non seulement les différences de style selon la personnalité de l’artiste, mais aussi l’évolution de l’interprétation du sujet dans le temps. Moi, en tous cas, qui les vois successivement, j’aimerais aussi pouvoir les voir simultanément.

 

 

Encore deux détails de ces fresques de Filippo Lippi. Ci-dessus, l’Enfant Jésus, potelé, grassouillet, prêt à enfoncer son pouce dans sa bouche, est peint avec un réalisme surprenant. Et puis l’histoire de Marie, qui a commencé avec sa mère sainte Anne à sa naissance, se poursuit avec divers épisodes, son couronnement, la Dormition ci-contre, et enfin son Assomption. Dans cette Dormition, elle a la pâleur de la mort, et si l’on reconnaît le visage du jour de l’Annonciation elle est vieillie, changée, et pourtant pas enlaidie. Ces peintres, sur leurs échafaudages, ne pouvaient bien sûr pas avoir leur modèle posant sous leurs yeux, mais je suppose qu’ils ne peignaient pas de mémoire, ils devaient avoir fait des croquis d’après nature, qu’ils emportaient là-haut. S’il en est ainsi, je pense que Lippi a utilisé la même femme pour modèle, et il a su remarquablement la vieillir entre les deux scènes. Je débloque peut-être complètement, mais telles sont mes réflexions. Et de toute façon je reste en admiration devant ces fresques.

 

 


Je retourne à la chapelle dont j’ai montré une délicate sculpture du tabernacle, pour montrer (ci-dessus) une lettre autographe de saint François d’Assise à Frère Léon. Ce Frate Leone est l’un de ses compagnons, son confesseur. Auprès de cette lettre est affichée la transcription de plusieurs lettres et j’avoue ne pas savoir laquelle est celle-ci parce que je suis incapable d’en déchiffrer le graphisme. Par ailleurs, ces lettres sont en latin, et quoique j’aie la prétention d’être encore capable de les comprendre et de les traduire depuis si longtemps que je n’étudie plus le latin et que je ne l’enseigne plus, malgré tout il me faut un certain temps, je ne lis plus (ou pas) le latin aussi couramment que le français (ou que l’espagnol).

 

Dans le bas de l’église, sur la gauche, derrière une vitre, un grand Christ attire l’attention. C’est l’unique œuvre que l’on peut à coup sûr attribuer à Alberto Sozio. Bon, très bien, mais ce Sozio je ne le connaissais pas avant de lire cela, et comme on ne donne pas ses dates je reste aussi bête qu’avant. C’est d’autant plus regrettable (que je reste bête, oui, mais ici je voulais dire "regrettable que l’on ne connaisse pas la date de l’œuvre") qu’il est précisé que cette croix d’autel est l’un des plus anciens crucifix peints sur bois. Les pectoraux et les abdominaux sont très marqués, les deux pieds sont cloués séparément, le visage est calme, ce n’est pas un Christ de douleur. Je le trouve assez oriental, peut-être byzantin, dans la présentation, le graphisme, l’expression. La suite de notre voyage, en Grèce, Bulgarie, etc. qui ont fait partie de l’Empire byzantin, confirmera ou infirmera mon impression. Affaire à suivre.

 

 

 

Laissons là le Duomo. En ville, nous avons vu aussi l’église San Gregorio Maggiore qui date de 1146. Elle était fermée, mais sous le portique qui couvre l’entrée il y a une belle fresque (encore une…) représentant le Massacre des Saints Innocents. Et puis il ne faut pas oublier que Spoleto est une ville très ancienne qui a un passé dans l’Antiquité. On peut entre autres vestiges y voir un théâtre romain. Il n’est pas merveilleusement bien conservé, il ne vaut pas celui d’Orange, mais pour qui, comme nous, passe par Spoleto, il mérite un coup d’œil.

 

Il y avait encore dans notre programme la ville de Todi, enfermée dans trois enceintes concentriques, une étrusque, une romaine et une médiévale. Mais comme on ne peut pas tout voir, nous préférons profiter encore un peu de Spoleto, faire l’impasse sur Todi et nous rendre à Orvieto, à pied d’œuvre pour les visites de demain.

 

Arrivant à Orvieto, nous suivons les flèches qui indiquent le parking réservé aux camping-cars. Là, on vous réclame 18 Euros pour 24 heures, mais on vous offre, pour le prix, une connexion électrique et les sanitaires. Nous nous y installons pour la nuit.

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Published by Thierry Jamard
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