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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 20:23

Aujourd’hui, je me suis trouvé face à un problème. Nous avons vu pas mal de choses, toutes très intéressantes, et en regardant mes photos je me suis dit à chaque fois qu’il me fallait absolument faire participer ceux qui liront mon blog au plaisir que j’ai eu lors de ces visites. Mais je ne peux quand même pas mettre 200 photos pour une seule journée. Il m’a donc fallu être plus sévère dans mon choix. Et je ne suis pas parvenu à être raisonnable. Alors tant pis, changez de site immédiatement si vous voulez, mais vous devez le savoir, je n’ai pas été capable de mettre moins de 43 photos aujourd’hui.

 

383a Rome, San Nicola in Carcere

 

L’autre jour, le 12 janvier, nous avions visité San Nicola in Carcere en fin de journée, l’église était sombre et nous n’avions pas pu en voir les fresques, au-dessus des colonnades, entre les fenêtres. Nous nous étions promis d’y revenir au grand jour.

 

383b Rome, San Nicola in Carcere

 

383c Rome, San Nicola in Carcere

 

J’avais dit, ce jour-là, que l’église était construite sur un temple antique, entre deux autres temples. On voit clairement ici les colonnes du temple voisin, encastrées dans les murs de l’église. Mais c’est une redite, vite passons.

 

383d Rome, San Nicola in Carcere

 

À la lumière du jour, on voit mieux les splendides colonnes antiques qui ont été récupérées des temples païens et qui pour cette raison sont disparates, le plafond à caissons sculptés et peints, le baldaquin ciborium au-dessus de l’autel, on aperçoit même les colonnes de marbre jaune africain qui l’ornent, et l’on devine les fresques sur les murs. Nous pouvons donc beaucoup mieux visiter.

 

383e Rome, San Nicola in Carcere

 

Jetons un coup d’œil sur la nef dans l’autre sens, on se rend compte que le plan architectural est très simple. Ce n’est pas ce qui suscite l’admiration. En revanche, on devine que la décoration est riche.

 

383f Rome, San Nicola in Carcere

 

La photo ci-dessus permet de mieux s’en rendre compte avec cet exemple de chapiteau et, au-dessus, ces arcades décorées de marbres de plusieurs couleurs et toutes ces dorures.

 

383g Rome, San Nicola in Carcere

 

Sur la photo de la nef, on pouvait également voir la richesse de la décoration du plafond à caissons, mais ce détail d’un blason de pape, sculpté en relief, peint de couleurs vives et tout couvert d’or vaut, je crois, la peine d’être vu de plus près.

 

383h Rome, San Nicola in Carcere

 

Passons aux fresques qui recouvrent les murs entre les fenêtres de la nef principale. L’éclairage puissant qui frappe une partie des peintures en provenance des fenêtres du côté opposé crée des contrastes qui font mauvais effet sur les photos. Au naturel, ce n’est pas la même chose, parce que l’image imprimée sur la rétine est automatiquement rééchelonnée par le cerveau, ce qui fait que l’on peut l’apprécier comme si son éclairage était uniforme. À vrai dire, je ne suis pas capable d’identifier les épisodes représentés sur toutes ces scènes. Ici par exemple, j’aime beaucoup cette fresque, mais je ne sais pas ce qui s’y passe, ni qui en sont les protagonistes.

 

383i Rome, San Nicola in Carcere

 

Ici en revanche, l’interprétation est aisée, surtout quand on se rappelle que l’on est dans l’église Saint Nicolas. Cette grande bassine renversée dont s’écoule une eau saumâtre, c’est le saloir où le boucher a mis les enfants à se conserver comme de la viande de porc, et saint Nicolas vient de ressusciter les trois enfants.

          "Ils n’étaient pas plus tôt entrés

          Que le boucher les a tués,

          Les a coupés en p’tits morceaux,

          Mis au saloir comme pourceaux.

 

          Il était trois petits enfants

          Qui s’en allaient glaner aux champs."

 

Merveilleuse, l’expression effrayée du boucher qui s’enfuit lorsque saint Nicolas lui dit :

          " ‘Du p’tit salé je veux avoir

          Qu’il y a sept ans qui est au saloir’.

          Quand le boucher entendit ça

          Hors de sa porte il s’enfuya…"

 

Son regard terrorisé, le geste des mains et des bras… J’aime aussi saint Nicolas, dans sa tenue et dans ses fonctions d’évêque, digne, et appelant le boucher à résipiscence.

          " ‘Boucher, boucher, ne t’enfuis pas.

          Repens-toi, Dieu te pardonnera’,

          Et le saint étendit trois doigts,

          Les p’tits se r’levèrent tous les trois…"

 

Et puis bien évidemment les trois enfants, tout nus (puisque traités comme des animaux de boucherie), entre le saint en blanc et le boucher criminel en rouge (là encore, le symbolisme des couleurs), et tournés vers celui qui vient de les sauver. Dans la chanson,

          "Le premier dit ‘J’ai bien dormi’.

          Le second dit ‘Et moi aussi’.

          A ajouté le plus petit :

          ‘Je me croyais en Paradis’

 

          Il était trois petits enfants

          Qui s’en allaient glaner aux champs."

 

Mais évidemment il est plus édifiant de les voir rendre grâce à saint Nicolas plutôt que de les peindre comme se réveillant d’un profond sommeil. À Pérouse, le 30 octobre, à la Galerie Nationale de l’Ombrie, nous avions admiré des scènes de la vie de saint Nicolas peintes par Fra Angelico. Là, trois fillettes allaient être prostituées le lendemain par leur père qui se trouvait dans la misère et ne voyait pas d’autre moyen de trouver de l’argent, et saint Nicolas avait envoyé par la fenêtre des pièces d’or pour les sauver de cette terrible déchéance et du traumatisme qui y est lié (même si à l’époque on ne parlait pas de traumatisme, qui est une notion psychiatrique moderne).

 

383j1 Rome, San Nicola in Carcere

 

383j2 Rome, San Nicola in Carcere

 

Venons-en aux peintures de l’abside. Il s’agit d’une grande fresque dont, hélas, je n’ai pas l’explication. Mais les couleurs, la mise en scène, les expressions des personnages sont remarquables. Là s’arrêtent malheureusement mes commentaires puisque je ne peux raconter l’histoire à laquelle se rapporte cette représentation.

 

383k Rome, San Nicola in Carcere

 

Avant de quitter cette église si attachante, je veux montrer cette image du Chemin de Croix. Généralement, ce sont soit des sculptures en bois plus ou moins anciennes, ou des moulages en plâtre peint plus modernes, mais l’image en est toujours classique et, pour cette raison, retient peu le regard. Ici, j’ai été séduit par le trait résolument moderne, le décor dépouillé, et finalement la spiritualité qui se dégage de ces tableaux. Sur cette photo, c’est la première Station, à laquelle est attaché le commentaire suivant : "Dans cette première Station est représentée la maison et le prétoire de Pilate où Jésus reçoit la sentence de mort".

 

384a Rome, Isola Tiberina

 

Voilà, nous avons quitté San Nicola in Carcere et avons traversé le Ponte Fabricio pour nous rendre sur l’île du Tibre, l’Isola Tiberina. Ici, une vue de l’île prise depuis le pont d’en face, le Ponte Cestio qui mène à la rive droite, le Trastevere. L’église que l’on voit sur la moitié droite de la photo est San Bartolomeo all’Isola. Il paraît que l’intérieur est intéressant à visiter, malheureusement à chaque fois que nous passons par ici les grilles du porche sont verrouillées. Sur les grilles, aucune indication sur les heures d’ouverture. Mais j’aperçois un petit écriteau, illisible, sur la porte, au fond du porche. Je prends une photo avec le zoom en position téléobjectif le plus puissant, et en rentrant j’agrandis l’image sur mon écran. Deux remarques. D’abord, nous l’avons trouvée fermée lors d’horaires indiqués pour l’ouverture. Et ensuite, ceux qui sont déjà sous le porche n’ont pas besoin des horaires puisqu’ils sont entrés, à la différence de ceux qui sont maintenus derrière la grille fermée et qui ne peuvent les lire de loin, par conséquent j’ai du mal à comprendre la logique de cet écriteau et de son emplacement. Mais je reste paisible parce que la vue est splendide, parce que le ciel est bleu, parce qu’il fait doux en plein mois de janvier.

 

384b Rome, Isola Tiberina

 

À Rome plus encore que dans d’autres villes catholiques, la dévotion à Marie est immense. On y compte 26 églises qui lui sont consacrées. De plus, maintes maisons portent sur leur façade une statue de la Vierge, un petit autel, une représentation. Sur un mur de l’île, on peut voir ce tableau.

 

384c Rome, Trastevere

 

Ayant franchi l’autre bras du Tibre, nous voici arrivés au Trastevere. Des sacs poubelle sur la rue… Mais pourquoi donc me suis-je arrêté à les photographier ? Parce qu’ils sont placés juste sous une plaque se référant à l’édit du 30 décembre 1763 et posée par Monseigneur le Président des Routes, qui interdit de jeter, de porter, de lancer des immondices sur toute cette place, sous peine de dix coups ou autres châtiments corporels. Je me demande ce qui est arrivé au contrevenant propriétaire de ces gros sacs de plastique noir.

 

384d Rome, Trastevere

 

Plus loin, c’est l’ardoise d’un restaurant qui a attiré mon attention. Le quartier est hyper sympa, il s’y trouve des ruelles pittoresques et des églises magnifiques, les touristes y affluent en grand nombre, et par conséquent fleurissent nombre de restaurants qui proposent un "menu touristique", ce qui ne veut pas dire typique de la ville, mais cher et passe-partout. D’où l’excellent (à mon goût) humour de cette ardoise.

 

384e Rome, Trastevere

 

Quelques pas plus loin, c’est un tag bien propre sur un mur, réalisé au pochoir, qui rappelle une chanson américaine engagée. De quand, je ne suis pas capable de la dater exactement, je pense que c’est du temps des hippies, dans les années 60. En son temps, Richard Anthony en a donné une version en français.

 

384f Rome, Trastevere

 

Nous sommes allés visiter le musée de Rome au Trastevere (de l’entrée duquel j’ai pris cette photo d’une rue sympa). Dans l’autre musée municipal de Rome, celui qui est près de la piazza Navona, la photo est autorisée sans problème. Le 6 janvier, j’en ai bien profité. Mais ici, c’est interdit. Pourquoi cette différence de traitement, mystère. Il y avait deux expositions temporaires, et là c’est une situation habituelle et normale. Mais pour la collection permanente, je ne comprends pas. La première exposition temporaire montre de nombreuses œuvres de Marianne Werefkin, une artiste peintre russe née en Lituanie en 1860 et morte en Suisse en 1938. C’est très beau, mais il est impossible de décrire de façon synthétique un grand nombre de tableaux. Je ne peux que donner un lien, mais à cause je suppose des droits d’auteur il n’y a qu’un tableau montré sur ce site,

http://www.museodiromaintrastevere.it/mostre_ed_eventi/mostre/marianne_werefkin_l_amazzone_dell_avanguardia

 

La deuxième exposition temporaire concerne la chute du Mur de Berlin et la fin des régimes affidés à Moscou, à travers des photos de divers photographes, les uns célèbres, d’autres simples amateurs. Même si l’on a eu, en son temps, bien des informations et si, à l’occasion des 20 ans, récemment nous avons revu et réentendu partout les mêmes choses, et aussi des documents qui ont été mis au jour depuis lors, tout cela était fort intéressant.

 

Quant aux collections permanentes, elles consistent en gravures, dessins, tableaux représentant Rome dans le passé. Il est évidemment passionnant de comparer ce que l’on connaît à ce que nous aurions vu si nous avions vécu 100 ou 200 ans plus tôt. Hélas, parce que les salles étaient occupées par Marianne Werefkin, la plus grande partie de la collection permanente avait été remisée. Mais le peu (le très peu) qui restait nous a retenus un bon moment.

 

385a Rome, Santa Maria in Trastevere

 

J’ai déjà montré (le 10 et le 21 décembre) à quoi ressemble la basilique Santa Maria in Trastevere où nous nous sommes rendus ensuite ; d'ailleurs, Google référence certaines de mes images d'alors. Nous l’aimons tellement, cette église, que –bien que notre programme ne soit pas achevé pour la journée– nous avons fait un détour pour la revoir d’extérieur, et puis là, sur la place, un puissant aimant nous a entraînés, presque malgré nous, à l’intérieur. À l’extérieur, sur la façade, un bandeau de mosaïque du douzième siècle représente en son centre la Vierge vers qui se dirigent, de part et d’autre, des femmes portant des urnes d’où sort une flamme. En voici trois en gros plan. La finesse du dessin, la richesse des couleurs, le brillant du fond doré, cela m’émeut beaucoup. Qui me dira qu’elle n’est pas belle, cette mosaïque ?

 

385b Rome, Santa Maria in Trastevere

 

385c Rome, Santa Maria in Trastevere

 

385d Rome, Santa Maria in Trastevere

 

J’ai déjà montré une autre fois les splendides mosaïques de la calotte du dôme de l’abside, qui datent du douzième siècle. En-dessous, ce sont d’autres mosaïques, de la fin du treizième siècle celles-là, exécutées par le célèbre Pietro Cavallini. Il s’agit de scènes de la vie de la Vierge. La naissance de Jésus, les Rois Mages, et puis celle qui chronologiquement devrait précéder les deux autres mais que je mets à la fin parce que c’est celle que je préfère, l’Annonciation. Je crois qu’elles sont si belles qu’elles défient le commentaire.

 

385e Rome, Santa Maria in Trastevere

 

Dans les chapelles latérales également il y a matière à s’émerveiller. L’absence de panonceau explicatif, l’absence aussi de boutique dans l’église où l’on puisse se procurer un livret documentaire, font que je suis seul face à cette grande fresque encadrée d’or pour dire ce qu’elle représente. D’après l’arrière-plan où siègent une multitude l’hommes en noir qui semblent être des prêtres, présidés par un collège de six cardinaux de rouge vêtus, on pourrait penser à un concile. Mais il y a le premier plan, où une femme tout de blanc vêtue brandit une double croix de type byzantin, et il semble qu’elle porte sur la tête une sorte de tiare papale. J’avance une hypothèse, peut-être absurde : une femme, se faisant passer pour un homme, aurait réussi à devenir cardinal puis, en raison de son érudition, elle aurait été proclamée pape et aurait régné trois ans (de 855 à 858) avant d’être démasquée à cause d’un accouchement survenu en public. Cet épisode est très probablement légendaire parce que la liste des papes ne laisse, entre la mort de l’un et l’élection de son successeur, aucune place pour un interrègne de trois ans. Cette femme, connue comme la papesse Jeanne, est contemporaine d’Anastase le Bibliothécaire qui, de 855 (tiens, tiens…) jusqu’en 869, a été titulaire de Santa Maria in Trastevere, et qui a été un (authentique et historique) antipape, excommunié. D’où l’idée qui me vient que, peut-être, cette scène a quelque chose à voir avec ces événements. Là encore, si quelqu’un me fait l’honneur de lire mon blog et a quelque idée à ce sujet, je suis évidemment un preneur assoiffé.

 

385f Rome, Santa Maria in Trastevere

 

Il faut absolument que nous nous décidions à partir si nous voulons finir notre programme. Alors juste une vue de cette icône avant de lever l’ancre. C’est un beau mélange de byzantinisme dans son style d’icône orientale, et de style romain dans le trait.

 

386a Rome, Santa Cecilia in Trastevere

 

Nous voici à la dernière église de notre programme du jour. Nous nous sommes un peu trop attardés à Santa Maria (mais est-ce trop, si l’on a été tellement ébloui par ce que l’on a vu ?) et le soir de janvier tombe déjà sur Santa Cecilia in Trastevere lorsque nous y arrivons. Sur la rue, un premier bâtiment de 1742 se présente comme un classique palazzo romain.

 

386b Rome, Santa Cecilia in Trastevere

 

Passé le portail, on se trouve dans une vaste cour bordée à gauche par un couvent de Bénédictines, à droite par un couvent de Franciscaines d’Égypte. Au centre, une fontaine est surmontée d’un grand vase antique. Et dans le fond le porche dominé par le campanile, tous deux voulus par le pape Pascal Premier (1099-1118) qui avait une dévotion pour sainte Cécile et avait cherché en vain sa sépulture dans les catacombes. Puis, une nuit, dans son sommeil, dans son rêve sainte Cécile lui indiqua où la trouver. Dès le lendemain, Pascal se rendit à cet endroit et trouva le sarcophage, qu’il fit rapporter à Rome et qu’il fit placer dans le sanctuaire élevé au cinquième siècle sur la maison où avait vécu la sainte. Puis il entreprit de remplacer ce simple sanctuaire par une vraie, belle église. Ces deux éléments sont d’origine.

 

386c Rome, Santa Cecilia in Trastevere

 

La nef, sans être immense, est large, claire et dégagée, elle donne une impression d’espace. Mais on voit tout de suite qu’elle a été très remaniée depuis la construction de l’église.

 

386d Rome, Santa Cecilia in Trastevere

 

Là, c’est une vue dans l’autre sens, vers le bas de l’église, avec cette élégante tribune.

 

386e Rome, Santa Cecilia in Trastevere

 

La balustrade du chœur est ornée de ces personnages. Sur ma photo ainsi réduite pour les nécessités du blog, on ne peut lire l’inscription sous les pieds des sculptures, mais sur l’original je déchiffre qu’à gauche c’est le pape Lucius, au milieu le pape saint Urbain et à droite le martyr Maxime. Le pape Urbain qui est saint, c’est Urbain Premier (223-230). En revanche je ne sais pas quel est ce Lucius, parce que Lucius Premier (252-253) est saint et que cette qualité n’est pas indiquée ici. Sainte Cécile, comme nous le verrons, est contemporaine d’Urbain, et donc antérieure au premier Lucius. Les deux autres du nom, Lucius II (1144-1145) et Lucius III (1181-1185) peuvent être en relation avec un aménagement de l’église toute récente, mais le costume, s’il est significatif, est plutôt des premiers temps de l’Église. Quant à Maxime, ce soldat chargé de l’exécution de Valérien (le mari de Cécile) et de Tiburce (le frère de Valérien), il se convertit à leur contact ce qui, bien évidemment, lui a valu la peine de mort (il aurait été exécuté en 260, ce qui paraît curieux, Valérien et Tiburce étant morts trente ans plus tôt).

 

386f Rome, Santa Cecilia in Trastevere

 

En faisant le tour de l’église, je tombe sur cette très belle icône en argent représentant une Vierge à l’Enfant. Mais il n’est pas besoin de faire le tour pour voir ce qui est le plus célèbre et le plus marquant. Car j’ai dit que nous étions sur l’emplacement de la maison de Cécile, que Cécile était contemporaine du pape Urbain Premier, que le mari et le beau-frère de Cécile avaient été exécutés, mais je n’ai toujours pas parlé de Cécile elle-même. Un comble.

 

386g1 Rome, Santa Cecilia in Trastevere (Maderno)

 

Cecilia est une jeune fille qui a vécu au début du troisième siècle de notre ère, dont le nom montre qu’elle est de la même famille noble des Cecilii que cette Cecilia Metella dont nous avons admiré le splendide mausolée sur la via Appia le 16 janvier, mais qui, elle, était morte dans les années 20 avant notre ère, soit plus de 250 ans plus tôt. Revenons àla nôtre. Alors qu’elle était encore toute jeune, vers l’âge de treize ans, elle s’est convertie au christianisme et a voulu faire don de sa vie au Christ en faisant dans son cœur vœu de chasteté. Or sa famille arrange une union et veut la marier, encore toute jeune, avec un certain Valérien, un païen. Pas question de résister à la volonté paternelle et la voilà mariée en grande pompe.

 

Lors de la nuit de noces elle explique son vœu à son mari et, parce que ce Valérien est un type bien, il ne veut pas la brusquer et il respecte sa chasteté. L’histoire ne dit pas s’il a été déçu et si en lui-même il avait l’intention d’amener peu à peu sa femme à accepter plus d’intimité. Lorsqu’elle lui demande de bien vouloir rencontrer un "vieux chrétien" dans les catacombes de la via Appia, il accepte. Cet homme n’est autre que le pape Urbain Premier (j’ai déjà dit qu’il avait exercé son ministère de 223 à 230). On ne sait pas ce qui s’est dit lors de cette rencontre, mais peu après Valérien a une vision, il se convertit et se fait baptiser par Urbain. Et il se met à évangéliser son frère Tiburce, qu’Urbain va également baptiser.

 

Là dessus, il passe quelque temps, et un certain Turcius Amalchius est nommé préfet de Rome. C’est un ennemi juré des chrétiens, et il entreprend une répression féroce. Valérien et Tiburce sont surpris en train d’ensevelir des martyrs de cette répression, sommés de sacrifier à Jupiter ils refusent, on les jette en prison et ils périssent décapités (c’est là qu’ils convertissent leur bourreau Maxime). Cécile est arrêtée à son tour. Elle a un long dialogue en tête à tête avec le préfet mais lui, loin de se laisser convaincre et de se convertir, au fur et à mesure il est de plus en plus furieux et il veut qu’elle meure. Seulement, il y a un hic. Elle est d’une grande famille, très influente, et lui il tient à sa place de préfet. Alors de façon hypocrite il la condamne à mourir étouffée par le manque d’air et la chaleur dans sa salle de bain. Elle est enfermée là et on fait monter la chaleur de l’étuve. Mais un ange lui procure une rosée miraculeuse qui la rafraîchit et la maintient en vie. Elle n’a pas succombé quand on ouvre la porte de la salle de bain. Alors tant pis, le préfet prend le risque de la faire exécuter. Jésus ou saint Pierre étaient des étrangers, ils ont été crucifiés. Un citoyen romain (une citoyenne) est décapité(e), comme ce fut le cas pour saint Paul, et aussi, récemment, pour Valérien et Tiburce. Le bourreau frappe, frappe encore, et une troisième fois, mais il est maladroit et il n’est pas parvenu à décapiter complètement Cécile. La loi interdit formellement de frapper plus de quatre fois, et en cas d’échec le supplicié est gracié. C’est ce qui arrive àCécile, mais dans quel état… Elle a été frappée à mort, elle expirera trois jours plus tard dans les souffrances que l’on peut imaginer. Elle sera capable cependant d’exprimer le désir que tous ses biens soient donnés à Urbain pour qu’il en fasse le meilleur usage charitable possible, ainsi que sa maison pour qu’elle devienne un lieu de culte. Le pape Urbain ensevelit personnellement Cécile dans une catacombe et établit un oratoire dans la maison de Cécile.

 

386g2 Rome, Santa Cecilia in Trastevere (Maderno)

 

Puis nous franchissons les siècles. Nous avons vu qu’au début du douzième siècle, Pascal Premier retrouve le sarcophage de Cécile et construit une église à la place de l'oratoire paléochrétien. Franchissons encore un demi millénaire. Nous sommes le 20 octobre 1599. Le cardinal Sfondrati, titulaire de l’église, décide d’ouvrir le sarcophage pour récupérer les reliques de la sainte. Dans le cercueil de marbre, il trouve un second cercueil, en bois de cyprès. Et à l’intérieur, le corps de la sainte est quasiment intact, dans sa robe blanche brodée d'or, avec la marque de la profonde entaille faite par l’épée dans son cou. Toutes les personnes présentes sont éberluées. Le pape Clément VIII se déplace en personne. Des milliers de personnes peuvent contempler la sainte et constater que le récit n’est pas légendaire. Sfondrati appelle le tout jeune sculpteur Stefano Maderno (1576-1636) et lui commande de faire une statue de marbre représentant sainte Cécile exactement comme elle a été trouvée dans son cercueil. Grande controverse sur le choix de l’artiste. Quoi ? Pour une œuvre si importante, un débutant de 23 ans qui n’a à son actif que quelques copies de statues antiques ? Mais le cardinal s’en tient à son choix, et cela donne cette admirable statue que nous voyons sous l’autel.

 

Selon Stendhal "on voit une statue de marbre qui représente la sainte martyre telle qu’elle fut trouvée dans son tombeau. Ce travail est sec, mais plein de vérité, comme un tableau de Ghirlandaio. La position est singulière : la sainte est appuyée sur le bras gauche, la tête tournée vers la terre. Cet ouvrage, que l’on ne se lasse pas de regarder quand une fois on l’a compris, vers le troisième mois du séjour à Rome, a toute la grâce d’un vieux sonnet gaulois plein d’énergie ; il est de Stefano Maderno".

 

Un prêtre anglais catholique, le révérend John Chetwod Eustace, dans un livre de 1813 intitulé Classical Tour Through Italy, juge que "la position et la draperie sont aussi naturelles que gracieuses, et toute la composition est travaillée avec un art si exquis que l’on a l’impression de voir la vierge martyrisée, non pas enfermée dans les horreurs de la mort, mais dans le repos de l’innocence, attendant que vienne le matin".

 

Désolé d’avoir été si long. Cette histoire est terriblement marquante pour moi parce qu’elle n’a rien d’inventé pour les besoins de la prédication (sauf sans doute le rêve d’Urbain lui révélant le lieu de la tombe, ainsi que la rosée miraculeuse donnée par l’ange), et que beaucoup de gens ont pu être témoins de tout ce que la tradition rapporte. De plus, les archéologues ont récemment trouvé dans le bâtiment de cette église des tuyauteries qui ont amené la vapeur dans ce qui a dû être la salle de bain de Cécile. Et par ailleurs cette merveilleuse sculpture de Maderno, paraît-il conforme au corps qu’il a vu de ses yeux, avec cette terrible entaille au cou, est si bouleversante de beauté, d’horreur, mais aussi comme l’évoque le révérend, de sérénité, qu’il est difficile d’en détacher le regard ou de l’oublier.

 

387a Rome, Santa Cecilia in Trastevere, crypte

 

387b Rome, Santa Cecilia in Trastevere, crypte

 

Passons à la suite. On peut descendre sous l’église. Là, on voit par exemple le sarcophage de sainte Cécile qui, visiblement, n’a pas été sculpté pour elle, mais qui est récupéré d’une tombe païenne.

 

387c Rome, Santa Cecilia in Trastevere, crypte

 

Ont également été déposés ici divers objets comme cette plaque rédigée semble-t-il en grec, quoiqu’il s’y trouve quelques caractères latins comme le C. J’avoue ne rien comprendre de ce qui y est dit, mais je trouve amusants ces dessins naïfs d’oiseaux.

 

387d Rome, Santa Cecilia in Trastevere, crypte

 

Ici l’on peut voir une grande sculpture chrétienne représentant un ange. Peut-être était-ce un couvercle de sarcophage.

 

387e Rome, Santa Cecilia in Trastevere, crypte

 

Mais le plus intéressant, c’est que là se trouvait la maison de sainte Cécile. En tout cas, c’est clairement une maison d’époque républicaine, fin du deuxième siècle avant Jésus-Christ, à côté de laquelle a été construite à l’époque impériale, deuxième siècle après Jésus-Christ, une insula, c’est-à-dire un immeuble d’appartements. Là vivaient donc, dans les années 220 après Jésus-Christ, les voisins de Cécile. Ici, nous sommes dans la partie qui appartenait à la maison particulière, et la photo montre l’un des huit bassins cylindriques dont l’usage était très probablement de servir de silos pour la réserve de blé familiale.

 

387f Rome, Santa Cecilia in Trastevere, crypte

 

Plus loin dans ce souterrain, on arrive à un espace qui, semble-t-il, appartenait à l’insula et devait être une cour à ciel ouvert. Au fond de cette cour, il y a une statue de Minerve qui avait été choisie comme divinité protectrice pour l’immeuble et ses locataires. Le violent éclairage placé à la base pour mettre en relief la statue grille le bas de ma photo, mais je la mets quand même parce qu’elle est un témoignage de la vie qui a animé cet immeuble païen à côté de la pieuse Cécile à qui sa naissance aristocratique donnait les moyens de vivre en maison individuelle.

 

387g Rome, Santa Cecilia in Trastevere, crypte

 

Soudain, au bout d’un couloir souterrain, on se trouve devant une grille protégeant la crypte. Une belle grille en fer forgé, une somptueuse crypte à la décoration foisonnante.

 

387h Rome, Santa Cecilia in Trastevere, crypte

 

Par exemple, aux pieds de voûte au-dessus des colonnes, sont sculptés et peints des anges de stuc comme celui-ci. Ou plutôt, pour leur donner leur "grade" dans la hiérarchie des anges et des archanges, ce sont des trônes et des séraphins.

 

387i Rome, Santa Cecilia in Trastevere, crypte

 

Dix-huit colonnes adossées aux murs et douze colonnes isolées soutiennent vingt voûtes. Sur un côté, entre deux de ces colonnes, a été placée une statue de sainte Cécile par Cesare Aureli (1843-1923) qui est bien loin d’avoir la beauté ni la force de celle de Maderno.

 

387j Rome, Santa Cecilia in Trastevere, crypte

 

Les murs, tout autour, sont décorés de mosaïques. Ici, par exemple, la représentation n’a rien de spécifiquement religieux (à moins que je n’en connaisse pas le symbolisme), avec ces deux cerfs qui se regardent devant le jet d’eau d’une fontaine.

 

387k Rome, Santa Cecilia in Trastevere, crypte

 

Je terminerai, pour la crypte, avec cette photo qui montre la richesse extraordinaire des voûtes et des arcs. Quand, après avoir cheminé dans ces souterrains qui ressemblent un peu à des catacombes, au milieu de quelques mètres carrés de sols en mosaïques détériorées, avec ici ou là un tronc de colonne brisée, sous un plafond bas, soudain on découvre cette crypte, c’est éblouissant.

 

Je voudrais, avant de clore ce long article, ajouter une précision concernant sainte Cécile. Elle est considérée, mais seulement depuis le quinzième siècle, comme la patronne des musiciens, et à ce titre elle est souvent représentée jouant de l’orgue. Cette invention vient d’une erreur. Le texte latin antique racontant la passion de sainte Cécile dit que pour Dieu seul, dans son cœur, au son de sa voix, elle chantait qu’elle voulait être sans tache. "Cantantibus organis, Cæcilia in corde suo soli Domino decantabat dicens: fiat cor meum immaculatum". Or dans une copie du manuscrit, les mots essentiels "dans son cœur" ont été oubliés, et son "organe", sa voix, a été prise pour le mot "orgue". Du coup, on a supposé qu’elle jouait de l’orgue, un instrument qui, d’ailleurs, n’existait pas à cette époque.

 

J’en ai fini (enfin). Ce petit commentaire de texte latin me servira de conclusion.

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Published by Thierry Jamard
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