Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 02:02

Nous voici donc à Taormina. Le camping étant en bordure de mer, le car qui nous mène en ville monte, monte, monte. Car Taormina occupe un site magnifique au sommet de la haute falaise. Nous nous dirigeons droit vers le célèbre théâtre antique, mais les grilles en sont fermées. Pourtant, là, bien en évidence, une plaque laisse penser que le samedi, en pleine journée, il est ouvert aux visites. De l’autre côté des grilles, deux dames discutent le coup dans l’allée. Je leur fais signe, elles s’approchent, je demande si le théâtre ne se visite plus, si les Grecs sont revenus et ont repris leur théâtre aux Romains. Elles sourient (par politesse), répondent que non, nous sommes toujours dans une colonie romaine, et que d’ailleurs elles ne parlent pas grec (je ne sais si le latin est leur langue maternelle, mais elles me répondent en italien et apparemment sans accent latin). Mais le Cavaliere a fait le déplacement de Rome pour inaugurer un festival, alors pour raison de sécurité, n’est-ce pas, on boucle les endroits où il doit passer. Mais demain, pas de problème, on rouvre les grilles. Je m’étais bien dit, aussi, que ce déploiement de carabiniers, de soldats, de policiers patrouillant dans les rues n’était pas courant, mais j’avais supposé qu’un gang de pickpockets avait été signalé et qu’il s’agissait de protéger les touristes. C’eût été avec un excès de zèle parce qu’en repartant, Natacha m’a fait remarquer un soldat couché sur un toit, fusil à lunette en main, prêt à tirer sur le premier voleur de portable. Bref, nous décidons de voir la ville aujourd’hui, et le théâtre demain.

 

 

 

611a1 Taormina, odéon (1er s. après JC)

 

611a2 Taormina, odéon (1er s. après JC) 

611a3 Taormina, odéon (1er s. après JC) 

Nous voici devant un petit odéon romain datant du premier siècle de notre ère. Ce genre de tout petit théâtre n’était pas destiné à la représentation de pièces, mais plutôt à des concerts de musique ou à des lectures publiques de poésie. Mais, comme on le voit sur mes photos, il était construit comme les grands théâtres en amphithéâtre en demi-cercle, et l’on avait accès aux gradins de la cavea par des galeries couvertes qui en faisaient le tour. Quant à la brique, elle est typique des Romains, les Grecs n’utilisant que la pierre.

 

611b Taormina, palazzo Corvaja 

En face, le palazzo Corvaja est, pour la partie que j’en montre, très ancien. Il abrite le musée d’arts et traditions populaires siciliens, que nous ne visiterons pas, mais je pénètre quand même dans la cour pour admirer cette tour carrée qui constitue le noyau initial du palais et date de l’époque arabe, c’est-à-dire avant le onzième siècle. L’escalier, lui, a été ajouté au treizième siècle, avec son palier et le balcon qui le protège, en même temps qu’a été construite l’aile dont on aperçoit un petit bout de mur sur la gauche. Une autre aile, sur la droite, s’est également ajoutée à la tour et a refermé la cour au quinzième siècle.

 

611c1 Taormina, San Giuseppe 

611c2 Taormina, San Giuseppe 

À deux pas de là, un mariage se célèbre dans une église que nous avons envie de visiter. Tant pis, continuons notre chemin, nous la visiterons au retour. Nous suivons le corso Umberto I, bordé de boutiques de luxe et encombré d’une foule encore très dense en cette mi-septembre, mais il est vrai que c’est le week-end. Nous arrivons à une très jolie petite place, la piazza IX Aprile. Cette église, c’est San Giuseppe. Sa façade est intéressante mais assez simple, on est donc surpris en entrant de découvrir ces colonnes engagées aux chapiteaux corinthiens qui se fondent dans les frises de stucs, et puis des stucs encore et des stucs toujours partout sur les murs, un intérieur baroque bien chargé.

 

611c3 Taormina, chiesa San Giuseppe 

611c4 Taormina, chiesa San Giuseppe

 

La décoration des murs comporte aussi ces petites fresques. Ce personnage, comme ses collègues des autres fresques, est visiblement un prophète. Sans doute devrais-je être capable, d’après le texte de son rouleau, de le replacer dans la Bible et de l’identifier, mais ne le pouvant pas je laisse à mes lecteurs le soin de le faire. Et, quel qu’il soit, je le trouve décoratif.

 

Je montre aussi une scène du Chemin de Croix, la douzième station. Ce sont de petits tableaux en bas-relief assez fouillés dans la position et l’expression des personnages, dans la composition. Et leur emplacement dans un cercle lui-même inscrit dans un carré met bien en valeur la représentation.

 

611c5 Taormina, chiesa San Giuseppe, Immacolata 

Cette Vierge moderne en bois, de ligne pure, est tout à fait de mon goût. Non pas vraiment pour le serpent ou pour le croissant de lune sous ses pieds, mais pour sa ligne pure et élancée, légèrement penchée en déséquilibre avant, le visage juvénile mais grave, le geste de ses mains fines. La petite plaque que l’on voit sur son socle l’attribue à Vincenzo Cadorin (Venise 1854-1923) et précise qu’elle a été exposée à la biennale de Venise. Elle a été donnée à cette église par la famille qui en était propriétaire.

 

611d Taormina, sous la Tour de l'Horloge 

Nous ressortons de l’église. La piazza est barrée par une tour sous laquelle s’ouvre en plein cintre une voûte qui donne accès à la dernière partie du corso. Sous cette voûte, sur le côté gauche, est située cette Vierge à l’Enfant. Je n’ai trouvé aucune indication à son sujet, mais tant son apparence que la façon dont elle est encastrée dans le cadre de pierre me font penser qu’elle est ancienne. Pour ma part, je la trouve très belle.

 

611e Taormina, Excalibur piazza IX aprile 

Nous ne franchissons pas cette porte, nous reviendrons demain ou un autre jour visiter la cathédrale qui se trouve au-delà. Sur la place IX Aprile cette voiture, une Excalibur, attire le public comme des mouches sur un pot de miel. Les gens se prennent en photo à côté, je ne sais pas si c’est pour faire croire, lors de leur retour au bureau, qu’ils ont loué cette voiture pour leur week-end. Je voulais ma photo, mais sans ces clowns ; j’étais sur le point de renoncer quand, ô miracle, j’ai profité de dix secondes avant qu’une autre dame en bermuda sollicite de la part de son gros mari une photo toutes dents dehors, pose langoureuse devant la portière. Et comme le propriétaire de la voiture n’arrive pas, on se permet de s’appuyer à la carrosserie.

 

611f1 Taormina, Santa Caterina d'Alessandria 

611f2 Taormina, Sainte Catherine d'Alexandrie 

611f3 Taormina, Sainte Catherine d'Alexandrie

 

Nous voici de retour à la piazza Vittorio Emanuele pour visiter l’église où nous avons respecté la cérémonie de mariage tout à l’heure. Cette place, c’est le forum de la ville romaine. Il était entouré de temples, cette église en remplace un, sans toutefois se trouver exactement au même emplacement. Elle est dédiée à sainte Catherine d’Alexandrie, c’est la chiesa Santa Caterina d’Alessandria. D’extérieur, elle ne paierait pas de mine sans son portail baroque mêlant le marbre rose des colonnes et de l’entablement du portail à la pierre blanche locale. En haut, on reconnaît la patronne de l’église, tenant sous une épée cette tête terrassée et portant sur son bras la palme du martyre. Cette statue datant de 1705 est attribuée au sculpteur Paolo Greco.

 

611f4 Taormina, Sainte Catherine d'Alexandrie 

Il s’agit d’une petite église à nef unique, assez courte et plutôt large, construite dans la première moitié du dix-septième siècle. Ici, pas de stucs ni de décoration débordant partout, mais de lourdes colonnes torsadées géminées encadrant l’autel, et d’autres encore sur les côtés. C’est le début du style baroque.

 

611f5 Taormina, Santa Caterina d'Alessandria 

Je disais que cette église remplace un temple, mais pas exactement à la même place. En effet, lors des derniers travaux de restauration ont été mises au jour sous son sol ces ruines de mur d’époque gréco-romaine contre lesquels était adossé le petit odéon que nous avons vu précédemment. L’église est donc partiellement sur l’odéon, elle enjambe le mur et déborde sur le forum.

 

611g1 Taormina, Santa Caterina d'Alessandria 

611g2 Taormina, Sainte Catherine d'Alexandrie 

611g3 Taormina, Sainte Catherine d'Alexandrie 

611g4 Taormina, Sainte Catherine d'Alexandrie 

Sur ma photo de la nef, on pouvait distinguer sur le côté droit une statue. C’était celle-ci, sainte Catherine d’Alexandrie. Visitant le musée du palazzo Abatellis de Palerme le 3 août dernier, j’ai longuement raconté la vie, le supplice et la mort de cette sainte. Opposée à cinquante philosophes païens dans une joute d’arguments elle leur a si bien tenu tête que c’est eux qui se sont, tous, convertis au christianisme, ce qui leur a valu d’être mis à mort sur ordre de l’empereur. Cet homme qu’elle tient traditionnellement sous son épée dans ses représentations a pourtant une tête qui semble être de philosophe. J’ai lu quelque part que ce devait être le symbole de ses persécuteurs, mais je suppose plutôt qu’il s’agit non pas certes d’un philosophe mais d’une allégorie de la philosophie païenne car elle a convaincu les philosophes mais elle a terrassé leur philosophie. Elle est représentée tenant un livre ouvert pour signifier sa situation de jeune aristocrate cultivée. J’aime bien la tentative de cet être terrassé, qu’il soit allégorie, philosophe, persécuteur ou démon, de se débarrasser de cette épée qui le transperce en la saisissant à deux mains.

 

Cette statue datant de 1493 a été réalisée par un sculpteur non identifié. La réalisation est fine, le style du visage pourrait être d’un Gagini, mais la ligne du corps un peu courtaude n’a pas l’élégance que l’on attendrait de ces artistes, le drapé manque de souplesse. Le socle, qui nous informe sur la date de réalisation, représente en son centre sainte Catherine entre les deux roues dentées qui sont censées déchiqueter son corps, et encadrée de deux bourreaux.

 

611h1 Taormina, église Sainte Catherine, Vierge 

611h2 Taormina, église Sainte Catherine, Christ 

Nous terminerons notre visite de cette église et de la ville de Taormina, du moins pour aujourd’hui, avec ces deux dernières images. Une Vierge qui donne l’impression, mouchoir en main et air triste, d’être une Vierge de Douleur, une Addolorata. La représentation, couverte d’or, est riche, l’expression est bien rendue. Quant à l’autre photo, c’est un gros plan sur le visage du Christ sur un grand Crucifix. Je voulais finir par cette image, parce que je trouve le visage extrêmement impressionnant de beauté douloureuse.

 

Il nous faudra revenir pour voir ce théâtre romain que la présence de monsieur Berlusconi a fait fermer au public, et nous devrons aller jusqu’au bout du corso Umberto I pour visiter la cathédrale de Taormina. En attendant, nous regagnons notre camping.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche