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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 23:18

612a1 Taormina, théâtre antique

 

Hier, nous n’avons pas pu visiter le théâtre antique, et puisque nous devions revenir nous avons également réservé la visite de la cathédrale pour aujourd’hui. Nous prenons donc le bus pour nous rendre en ville et dirigeons nos pas vers le théâtre antique. C’est tout d’abord son entrée monumentale qui s’offre à nos regards dès que nous avons franchi le baraquement de la billetterie.

 

612a2 Taormina, théâtre grec 

612a3 Taormina, teatro antico 

Nous voici dans la cavea, c’est-à-dire l’enceinte semi-circulaire en amphithéâtre où les spectateurs prenaient place. Elle est bien décevante pour deux raisons. La première est que cette cavea est en très mauvais état, la plus grande partie en est détruite et, puisqu’on n’en retrouve pas les pierres effondrées au centre, c’est qu’elles ont dû être réutilisées pour d’autres constructions, au Moyen-Âge ou même plus tard. Et la seconde est que pour y donner des représentations contemporaines (ces temps-ci un chanteur y donne un récital), on a remplacé les sièges manquants par des banquettes de bois et, pire que tout, pour plus de confort offert aux spectateurs des premiers rangs qui, je suppose, paient leur place plus cher, on a mis des sièges en plastique. Heureusement (malheureusement pour les fesses sensibles) il reste quelques gradins originaux en pierre.

 

612b1 Taormina, théâtre antique 

612b2 Taormina, théâtre grec 

Côté scène également beaucoup de choses ont été détruites, néanmoins on peut imaginer encore comment se présentait le théâtre. Il suffit pour cela d’y jeter un regard filtrant, puis de fermer les yeux et de reconstituer les lieux tels qu’ils ont pu être. Comme on peut le constater, derrière la scène contemporaine en bois il reste des pans de murs et quelques colonnes. D’autre part, les galeries circulaires qui couraient tout autour du théâtre peuvent encore être parcourues et aux extrémités leurs voûtes ont résisté sur quelques mètres.

 

612c1 Taormina, théâtre grec 

612c2 Taormina, théâtre grec 

Mais la destruction n’est pas seule à avoir gâté ce théâtre grec. La construction aussi. Car lorsque les Romains sont arrivés, avec leur folie des grandeurs ils ont voulu amplifier la construction. Avec eux, le bâtiment a atteint une hauteur considérable. Les Grecs bâtissaient en pierre, les Romains bien souvent en brique et en béton, aussi peut-on repérer facilement comment de la brique est venue exhausser les murs initiaux avec un entassement de cailloux liés par du ciment derrière un parement de brique, comment des colonnes devenues trop courtes ont été noyées dans des murs qui les dépassent très largement. Autant dire pour conclure cette visite que je suis un peu déçu de ce que j’entends souvent vanter comme étant un remarquable témoignage de la civilisation grecque de Sicile.

 

612d1 Taormina 

612d2 Taormina 

612d3 Taormina

 

Mais lorsque l’on est dans la galerie supérieure, en haut des gradins, ou sur la plate-forme où est installée la librairie et boutique de souvenirs, c’est autre chose que le théâtre qui est éblouissant. C’est la vue. Comme l’indique une plaque, on est à une altitude de 252 mètres et l’on domine le plateau sur lequel est construite la ville et qui plonge presque à la verticale jusqu’à la mer. La ville se masse sur le bord de la falaise. Au fond, on voit le massif de l’Etna, énorme, menaçant. Et pour notre visite nous avons eu la chance d’avoir le temps idéal, pas de pluie mais un ciel couvert qui accentue encore le terrible danger que représentent les fréquentes éruptions dévastatrices de ce volcan.

 

612e Effet de nuages sur Taormina 

C’est en tous cas cette impression que je ressens. La montagne est noire, le ciel est sombre, mais les rayons du soleil filtrent à travers les épais nuages, mêlant ombres et luminosité. Sans doute, parlant du théâtre grec puis romain, je suis ici hors sujet, mais Natacha et moi sommes restés longtemps en haut de la cavea à contempler ce spectacle, avec plus de plaisir, je l’avoue, que devant le théâtre lui-même.

 

612f1a Cathédrale de Taormina 

612f1b Cattedrale diTaormina

 

Nous voici maintenant sur les lieux de la seconde visite programmée, la cathédrale de Taormina. Le corso Umberto I, après avoir franchi la Tour de l’Horloge, longe le flanc de la cathédrale. Et d’ores et déjà je suis arrêté par cette porte latérale. Une belle ogive, un beau portail, et dans les angles supérieurs de l’encadrement, deux amusantes sculptures de pierre.

 

612f2 Cathédrale de Taormina

 

Et nous arrivons face à cette curieuse façade dont les créneaux évoqueraient une église fortifiée, à ce détail près que l’église n’a rien d’un bâtiment fortifié et n’a jamais exercé ce rôle ni n’en a eu l’intention. Sans doute est-ce une volonté architecturale de mettre un peu de fantaisie dans cette façade simple datant, comme l’ensemble de l’édifice, du treizième siècle.

 

612f3 Cathédrale de Taormina 

Mais le portail, lui, a été ajouté à la Renaissance. Je m’arrête un bon moment à contempler l’encadrement. En effet, les montants comme l’encadrement en sont finement sculptés. Comme on le voit sur la photo de gauche dans le montage ci-dessus, une série de cercles superposés contiennent des représentations de personnages. La plupart sont des saints comme le révèlent leurs auréoles, mais il y a aussi des rois couronnés. Deux gros plans sur la droite, je reprends cet homme avec l’épée sur l’épaule qui ne peut être autre que l’apôtre saint Paul dont c’est là l’attribut habituel, et l’évangéliste saint Luc. Habituellement, chaque évangéliste est accompagné de son symbole, le bœuf pour saint Luc, le lion pour saint Marc, l’aigle pour saint Jean ou l’humain pour Matthieu, selon ce qu’évoque le début de chaque évangile. Il est moins fréquent quoique ce ne soit pas exceptionnel que le symbole remplace le saint, mais ici la grosse patte à sabot fendu qui tient le livre de l’évangile, je trouve cela comique. J’aime beaucoup toutes ces représentations, tout autour.

 

612f4 Cathédrale de Taormina 

612f5 Cathédrale de Taormina, séisme de 1693 

Cette cathédrale est consacrée à saint Nicolas de Bari, mais c’est surtout de la dévotion de la ville à Marie que je souhaite parler ici. En effet la plaque ci-dessus, rédigée en latin et qui demande un petit temps de déchiffrement parce que les abréviations et sigles remplaçant des lettres, voire des syllabes, sont omniprésents dans le texte, sans compter les Æ qui sont notés E, mais je crois être parvenu à tout remettre en place. Après le D.O.M. (Domino Optimo Maximo, à Dieu très bon, très grand, selon une formule utilisée par les Romains à l’adresse de Jupiter), il est dit : "En l’an 1693, le troisième jour avant les Ides de janvier (le 11 janvier) à la vingt-et-unième heure, en raison de la colère d’en-haut, en Sicile beaucoup de cités et de lieux se sont effondrés sous l’élan du tremblement de terre et les autres cités et lieux ont subi de très grands dommages. La célèbre ville de Taormina, sous la protection de la Mère de Dieu, s’en est sortie indemne. C’est pourquoi les Taorminiens firent le vœu de défendre l’Immaculée Conception et de célébrer un tel jour à perpétuité en jeûnant et en recevant la Sainte Eucharistie ; et firent poser cette [pierre] dans ce Temple de l’Image non faite de main humaine Don Marc Marchisana e Pagano, Jean-Baptiste Del Giudice, Don Pierre Martiano et Jérôme Coruaija, pères de la Ville". Je n’ai rien à ajouter à ce texte qui dit tout, sauf ce qu’est cette image non faite de main humaine. Je l’expliquerai dans un instant.

 

612g1 Taormina, cathédrale 

Auparavant, je voudrais montrer ce beau lion de marbre situé à l’entrée du chœur, du côté droit (ainsi réduite, ma photo de la nef ne permet plus de distinguer ce qu’est cette petite tache claire devant le siège épiscopal, près d’un piédestal et du cierge pascal). Je ne peux donc manquer de le montrer en gros plan, avec sa tête d’homme de Neandertal.

 

612g2a Taormina, cathédrale, Vierge non faite de main [hum 

612g2b Taormina, cattedrale, Madonna non fatta da mano [uma 

Voici cette Vierge sans visage. Elle est appelée en grec Acheiropoieta ou Achiropita. On identifie, au centre, CHEIR, du grec Kheir, la main (comme dans chiromancie –divination par les lignes de la main–, chiropracteur –celui qui agit par les mains–, chirurgien –qui travaille avec ses mains–, etc.). Le mot s’achève avec POIETA, du verbe poieô, je fais. Quant au A initial, dit A privatif, il a valeur négative (comme dans asocial –qui n’est pas social–, amnésique –qui n’a pas de mémoire–, apathique –qui n’a pas de ressenti, d’où qui ne réagit pas–, etc.). Ce mot exprime donc qu’elle n’a pas été faite par une main, autrement dit qu’elle est miraculeuse. Ce visage qui est censé être peinture d’origine céleste est presque complètement effacé. J’ai photographié cette série de trois images réalisées par une reconstruction numérique, qui est placardée à côté et qui montre comment le visage était à l’origine.

 

Cette œuvre peinte sur bois, vêtue d’argent repoussé et décorée de pierres dures est, à n’en pas douter, d’époque byzantine. Elle a été retrouvée au fond d’un puits où il est probable qu’elle a été descendue pour être cachée et ainsi échapper à la destruction au temps où les Arabes occupaient la Sicile et n’avaient aucune tendresse pour les représentations des chrétiens puisque l’Islam interdit la représentation humaine, Dieu ayant créé l’homme à son image et la représentation de Dieu étant impie. Mais sa présence en cet endroit a été expliquée comme un don direct de Dieu, et le tableau aurait été descendu là par des anges.

 

612g3 Taormina, cathédrale, Vierge d'Antonello Gagini 

Tout autre est cette Vierge d’albâtre sculptée dans les premières années du seizième siècle par Antonello Gagini. Le visage doux et lisse, un peu triste et pensif, est remarquable. J’ai beau aimer de façon presque inconditionnelle ce que fait Antonello Gagini, le presque met ici un petit bémol. Jésus est tellement rigide, et il ne repose sur rien, flottant en lévitation à quelques centimètres au-dessus du pan de la robe de Marie qu’elle tend entre ses mains. Si j’avais voulu éviter d’écrire ces propos critiques, il m’aurait fallu présenter un gros plan du visage de Marie. J’aurais alors été dithyrambique.

 

612g4a Taormina, cathédrale, sainte Agathe 

612g4b Taormina, cathédrale, sant'Agata 

Avant de sortir de cette belle cathédrale qui contient beaucoup de choses intéressantes, je voudrais encore montrer notre amie sainte Agathe dont on a beaucoup parlé à Catane. Ici, rien ne dit qui a réalisé cette statue, que je trouve très belle. Son visage n’est sans doute pas aussi fin que celui de la Vierge de Gagini, mais il est remarquablement humain, il reproduit sans aucun doute de façon extrêmement fidèle celui de la jeune femme qui a servi de modèle à l’artiste. Et puis Agathe est habillée comme l’étaient les femmes nobles de l’Empire romain, et le drapé, le travail sur les plis du tissu, sont admirables. La coiffure aussi a été très étudiée. Si j’aime cette statue, ce n’est pas seulement parce qu’elle est réaliste et conforme au vêtement qu’a dû porter la sainte, mais parce qu’elle est humaine, elle est presque vivante, elle est très expressive, elle me touche. Alors elle peut bien tenir en main un livre qui est peut-être un évangile qu’elle a enseigné aux catéchumènes, ou le symbole de son niveau d’éducation et de savoir, ou un cahier puisqu’elle tient aussi en main une plume, sa main droite peut bien brandir des tenailles enserrant le sein qu’elles viennent de lui arracher (mais qui est encore en place sous sa robe), peu m’importent ces accessoires. Cette statue me plaît par elle-même, plus que son socle qui se complaît dans la représentation du supplice mais qui pourtant est assez réussi, et je suis content de terminer notre visite de la cathédrale sur cette œuvre.

 

612h1 Taormina, dans une vitrine 

612h2 Taormina, dans une vitrine 

En redescendant vers le bus qui va nous ramener à notre camping, nous nous arrêtons devant une devanture amusante. Elle présente des figurines diverses, un savant qui agite ses éprouvettes, un ophtalmologiste qui fait lire un patient, ou encore cette scène de massage ou cette secrétaire devant l’interminable listing qui sort non d’une imprimante mais de sa machine à écrire. Tout cela est drôle, bien observé, intelligemment caricaturé. Allez, en avant, vers la gare routière.

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Published by Thierry Jamard
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