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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 22:30

Aujourd’hui, nous avons visité le musée archéologique de Tarente. Admirable. Merveilleux. Les mots me manquent… Non seulement sa richesse est exceptionnelle, mais il s’y ajoute deux qualités d’importance. La première, c’est la variété des objets présentés, pas seulement de magnifiques poteries, mais aussi des objets plus rares, comme des bijoux. Et la seconde qualité c’est que si l’on veut faire des photos on doit remplir un document d’identification (pour éviter, je suppose, une publication sans autorisation mais de façon anonyme) donnant le motif pour lequel on souhaite photographier, daté, signé, mais ensuite on porte un badge qui permet aux surveillants de salles de constater que l’on photographie en toute légalité, et on s’en donne à cœur joie. Je dois, une fois de plus, procéder à un choix impitoyable pour me limiter à un nombre de photos (presque) raisonnable. Ma présentation ne va pas suivre un ordre chronologique, mais va plutôt adopter un classement par genres, mosaïque, objets de la vie quotidienne, poterie, terre cuite…

 

621a Tarente, musée archéologique

 

Je commence par ce singe amusant qui, fait exceptionnel dans ce musée où tout est clairement et amplement expliqué, ne comporte aucune étiquette informative mais, comme on ne pourrait en douter en voyant son style, il est égyptien car son socle est gravé de hiéroglyphes.

 

621b Tarente, musée archéologique, mosaïque romaine 

Après ce préambule, disons qu’il y a de splendides mosaïques. Je n’en choisis qu’une, cette scène où un lion attaque un cheval. Les animaux sont décrits avec réalisme, mais l’arrière-plan est incroyablement moderne avec ces touches de couleur qui ne peignent pas un paysage mais évoquent une atmosphère. À la fin du dix-neuvième siècle, en 1898, ont été découverts à Tarente, dans le jardin de l’Institution Maria Immacolata (proche d’où était le forum julio-claudien), les vestiges d’une luxueuse demeure du deuxième siècle après Jésus-Christ, dont trois pièces étaient revêtues de somptueuses mosaïques. Le sol de la pièce où figure ce lion est divisé en cadres par ces motifs de tresses, et cette scène sanglante n’est que l’un des cadres. On peut juger de la beauté de ces mosaïques.

 

621c Tarente, musée archéol., casque apulo corinthien 

Passons aux accessoires de la vie quotidienne. Et cette vie quotidienne, pour un soldat en campagne, consiste en son équipement. Voici un casque apulo-corinthien en bronze. Tarente est dans la région des Pouilles, anciennement Apulie. Mais corinthien… je ne sais pourquoi. En effet, Corinthe n’est pas Sparte. Or, parce que seuls des Spartiates pouvaient servir dans l’armée spartiate et qu’au huitième siècle avant Jésus-Christ Sparte avait besoin de soldats pour la guerre de Messénie dans laquelle elle était impliquée, la cité décida de donner la citoyenneté aux enfants engendrés hors mariage par une Spartiate célibataire et un citoyen libre mais non spartiate. Ces enfants étaient appelés parthéniens (le mot grec parthenos signifie vierge). Puis, en 706 avant Jésus-Christ, le besoin de soldats étant devenu moindre, la cité change de politique et oblige les parthéniens qui n’avaient pas combattu à quitter la ville. Ils partent donc et débarquent dans ce golfe où ils fondent la ville de Tarente (Taras en grec). Je n’ai pas connaissance de guerre de Tarente contre des Corinthiens, ni provenant de Corinthe, ni d’une colonie corinthienne. J’aime bien ce casque avec ses deux yeux près du nez et son grand nez pointu. La tige au sommet n'est pas une antenne radio mais était destinée à y fixer le cimier et les deux tiges latérales devaient porter des plumes. Nul doute que là-dessous le guerrier avait fière allure.

 

621d Tarente, musée archéol., monnaies grecques (Grande G 

Le quotidien, c’est aussi le maniement de monnaie. Voici six pièces. Elle pouvaient être en or, en argent ou en bronze, mais celles que je présente sont toutes en argent. Sur quelques unes, on lit distinctement le mot TARAS en caractères grecs, l’indication de provenance étant essentielle dans les échanges, parce que la cité émettrice était garante du poids de métal de chaque pièce, définissant ainsi sa valeur. Or trois systèmes coexistaient. Dans le système rattaché à Égine, une drachme pèse 6,16 grammes, mais on tombe à 4,36 grammes dans le système d’Eubée et d’Attique, tandis que dans le système qui se rattache à Corinthe la drachme ne pèse que 2,90 grammes. Voilà pourquoi la monnaie doit obligatoirement dire quelle cité l’a émise, mais l’usager doit aussi savoir quel est le système utilisé par la ville émettrice.

 

En bas à droite, Héraklès étouffe entre ses bras contre sa poitrine le lion de Némée. Il convenait de savoir que Némée était dans l’orbite de Corinthe pour savoir la valeur de cette drachme. En bas au milieu, aucun doute, cette chouette est le symbole d’Athènes. Au-dessus, en haut au milieu, on remarque trois éléments. D’une part, le nom de la cité émettrice, Taras, et donc notre Tarente ; d’autre part, une petite chouette, et donc nous sommes dans le système d’Eubée et Attique, autour d’Athènes ; et enfin un homme chevauchant un dauphin. Pour avoir travaillé sur cette légende dans le cadre de mon mémoire de maîtrise de religion grecque, je connais bien le sujet. Indépendamment de la réalité historique de la fondation de la ville, une tradition légendaire lui crée un lien avec la Crète. En effet Taras, un fils du dieu Poséidon et de la nymphe Satyria, une fille de Minos le roi de Crète, fit naufrage en Méditerranée dans la mer Ionienne, aussi Poséidon, pour sauver son fils, lui envoya-t-il un dauphin sur le dos duquel le jeune homme arriva sur cette terre d’Apulie où il fonda une ville qui prit son nom. Depuis, cet homme à cheval sur un dauphin est le symbole de la ville.

 

Complètement hors de mon sujet, j’ai envie de raconter une autre légende. Il y a en effet trois récits de la fondation de Tarente. L’une est la légende de Taras avec son dauphin. Une autre, la vraie, historique, est celle des parthéniens privés de leur citoyenneté et exclus de la cité. La troisième part de la base historique et lui adjoint un épisode qui est peut-être légendaire, peut-être réel. Les parthéniens, indignés de cette mesure injuste, voulurent se révolter et se choisirent pour chef un certain Phalanthos. Le soulèvement se déclencherait lorsque Phalanthos en donnerait le signal en mettant son bonnet sur sa tête mais le complot fut éventé et, plutôt que de procéder à une action spectaculaire, les Spartiates empêchèrent simplement Phalanthos de coiffer son bonnet. Quand les parthéniens comprirent que leur complot avait été découvert, ils partirent précipitamment. L’oracle de Delphes avait prédit à Phalanthos qu’il fonderait une colonie en Apulie avec succès quand il pleuvrait d’un ciel serein. Or sa femme, qui s’appelait Æthra, c’est-à-dire… "Ciel Serein" (!) , pleura lorsqu’elle apprit l’échec de la tentative de soulèvement de son mari et sa fuite de Sparte. Ces larmes, c’était cette pluie annonçant le succès de sa tentative de fonder une colonie. Il alla avec ses compagnons d’infortune là où l’oracle de Delphes lui avait dit d’aller et il créa Tarente.

 

621e1 Tarente, musée archéol., cuiller décorée 

621e2 Tarente, musée archéol., cuiller décorée 

Nous voici dans la maison, nous nous intéressons aux travaux ménagers, avec cette casserole à très long manche. La longueur du manche permet d’éviter de se brûler, d’abord en restant à distance du feu, mais aussi parce que le métal conduit la chaleur, mais celle-ci décroît à mesure que l’on s’éloigne du point chaud. Voilà pourquoi, afin de ne pas obliger le cuisinier ou la cuisinière à se tenir trop loin du récipient, d’autant plus que plus on est loin, plus le poids paraît important (je ne suis pas physicien, mais je crois que c’est ce que l’on appelle le moment d’une force), ce manche s’enroule en spirale pour être plus long sans trop éloigner ses extrémités l’une de l’autre. Mais si j’ai choisi de montrer cette casserole, ce n’est pas pour disserter sur des lois physiques dont les souvenirs scolaires sont lointains et que je connais mal, mais parce que je trouve à la fois jolie et amusante cette décoration avec une grenouille.

 

621e3 Tarente, musée archéol., couronne 3e s. avt JC 

621e4 Tarente, musée archéol., collier, bracelet, anneau 

Que les féministes se rassurent, je n’associe pas ces bijoux féminins aux travaux domestiques comme le maniement des casseroles. En effet, d’une part à la maison c’est moi qui, de très loin le plus souvent, opère à la cuisine, au quotidien comme lors des invitations, et d’autre part le maniement des casseroles était laissé aux esclaves, hommes ou femmes, alors que ces bijoux en or appartenaient, à n’en pas douter, à des dames de condition. Cette couronne en or et bronze représentant des feuilles d’olivier est un délicat travail d’orfèvrerie trouvé du côté de Foggia, une ville du nord des Pouilles, datant des dernières décennies du troisième siècle avant Jésus-Christ.

 

Les objets de ma deuxième photo proviennent de la province de Tarente et sont du début du troisième siècle avant notre ère. Nous sommes quelques décennies après la mort d’Alexandre le Grand en 323, son empire immense a été partagé entre ses généraux, et c’est à Ptolémée qu’est échue l’Égypte. Pour se faire reconnaître par les Égyptiens comme leur souverain, il a jugé bon d’adopter les usages des pharaons, et en particulier celui d’épouser sa sœur, d’où son surnom de Philadelphe ("qui aime sa sœur"). De ce couple est sortie la dynastie ptolémaïque. Ma photo ne permet pas, hélas, de distinguer la figure féminine sur la bague du fond, mais elle a été identifiée comme un personnage de la famille royale des Ptolémée. Bien que très petit sur cette image, on distingue mieux le bracelet du premier plan, en or torsadé terminé par deux têtes d’antilope. Quant à ce collier en nappe à maille double, il ressemble comme un frère à des colliers contemporains que l’on voit au cou des femmes et dans les devantures des bijoutiers. De nos jours encore, ce travail d’une incroyable précision, d’une incroyable finesse, est réalisé à la main, de façon artisanale. Pour avoir vécu sept ans à Saint-Amand-Montrond, troisième ville de France après Paris et Lyon pour le poids d’or travaillé, ainsi que pour avoir été voisin du lycée professionnel Jean Guéhenno comportant l’unique section française de bijouterie, pour avoir fréquenté mon collègue proviseur, ses élèves, je sais que les artisans artistes se voient confier un certain poids d’or, rentrent travailler à domicile, réalisent des bijoux dont l’un des modèles est absolument identique à celui-ci et restituent à la société pour laquelle ils travaillent les bijoux confectionnés qui sont soigneusement pesés pour vérifier que l’employé n’a rien gardé pour lui. Les outils, il y a vingt-trois siècles comme aujourd’hui sont le creuset, la pince, de bons yeux et des mains merveilleusement habiles.

 

621e5a Tarente, musée archéol., boîte coquillage 

621e5b Tarente, musée archéol., boîte coquillage

 

Cette petite boîte à bijoux figure un coquillage (techniquement, un pecten jacobæus) en argent. Elle est dotée d’une toute petite charnière pour pouvoir s’ouvrir comme le coquillage et le côté plat est très joliment décoré d’une Néréide assise en amazone sur le dos d’un monstre marin. Derrière la charnière, une inscription donne même un nom (au génitif) : [appartenant à] Opaka Sabaleida.

 

621f1 Tarente, musée archéol., femme au miroir 

Des bijoux, puis une boîte à bijoux, par conséquent en passant aux poteries le lien est logique avec ce lécythe trouvé à Tarente en 1942 et datant du quatrième siècle avant Jésus-Christ (entre 330 et 320), qui représente une femme à la toilette, contemplant son image dans un miroir. Évidemment, cela m’intéresse quand j’identifie une scène mythologique, mais je trouve des scènes domestiques encore plus intéressantes, parce que plus touchantes. C’est la vie, c’est le quotidien d’il y a deux mille quatre cents ans. L’artiste a peint sa femme, ou sa fille, ou sa maîtresse, en train de se regarder, enfin quelque chose qu’il a vu et qu’il a eu envie de représenter. Ce que je lis ici est donc double, un petit détail de la vie de cette femme et l’image qui s’est gravée dans l’œil du peintre et qui lui a donné l’envie de la représenter.

 

621f2 Tarente, musée archéologique, rhyton 

Je ne m’attarderai pas sur ce rhyton (coupe à boire) en forme de tête d’âne, trouvé dans une tombe du cinquième siècle avant Jésus-Christ à Rutigliano, près de Bari. Sur le col du vase, des sportifs dans une scène de palestre.

 

621f3 Tarente, musée archéol., Circé 

Si je montre ce lécythe c’est parce qu’il représente la magicienne Circé, qui avait transformé les compagnons d’Ulysse en animaux, chacun selon sa nature profonde. Ulysse, informé, a su déjouer son sortilège et l’a obligée, sous la menace de son épée, à rendre leur apparence humaine à ses compagnons (je raconte en détail cet épisode de l’Odyssée dans mon article du 28 février dernier). Ici, on voit Circé assise, occupée à ses philtres, et l’un des compagnons d’Ulysse transformé en lion. Ma photo ne peut tourner autour du vase, mais il y a de même un sanglier, un chien et un taureau.

 

621f4 Tarente, musée archéologique 

Tout à l’heure, je rassurais les féministes sur l’attribution des travaux ménagers aux femmes, mais ici je ne peux rien faire, la scène est machiste. Sur ce cratère de 380 avant Jésus-Christ, ce jeune homme nu qui tient son étole de la main se retourne vers la jeune femme qui le suit, un sourire aux lèvres, un plat plein de gâteaux dans une main, dans l’autre main un lécythe qui est un vase contenant de l’huile parfumée. Elle s'apprête à le régaler puis à l'oindre d'huile. Il séduit, elle court après lui. Désolé, Mesdames, cela se passe encore parfois ainsi aujourd’hui, ce qui prouve que la société est bien lente à évoluer.

 

621f5 Tarente, musée archéol., naissance de Dionysos 

J’en finirai avec les poteries en montrant ce cratère apulien de 400 ou 380 environ avant Jésus-Christ découvert en 1898 dans une tombe du côté de Bari. On y voit la naissance de Dionysos qui, selon la légende, serait sorti de la cuisse de Zeus. Quand on dit d’un vaniteux qu’il se croit sorti de la cuisse de Jupiter (le dieu que les Romains ont assimilé au Zeus des Grecs), c’est à cette légende que fait allusion cette expression. Il naît couronné de pampre et il est accueilli sur l’Olympe par les autres dieux.

 

621g1 Tarente, musée archéol., combat Grec et Amazone 

621g2 Tarente, musée archéol., Troïlus et Achille 

Sur ma première photo, cette métope en pierre tendre du troisième siècle avant Jésus-Christ représente une scène de combat entre un guerrier grec et une Amazone. De la même époque à peu près est l’acrotère de ma deuxième photo. C’est une scène tirée non pas de l’Iliade bien qu’il s’agisse d’un épisode de la guerre de Troie mais d’une autre épopée antérieure à l’Iliade et perdue, les Chants Cypriens. Au cours de la guerre de Troie, un jeune fils du roi Priam, Troïlos –dont le nom est formé de la jonction des noms Troy et Ilos, les fondateurs légendaires de Troie, d’où il faut voir que sa mort serait le présage de la perte de Troie–, qui aime ses chevaux, est sorti de Troie avec sa sœur Polyxène pour aller les abreuver à un puits proche d’un temple d’Apollon. Là, Achille les prend en embuscade mais quand il les voit il est si frappé par leur grande beauté qu’il est pris d’un désir ardent, il saisit par les cheveux Troïlos qui s’enfuyait et tente de le désarçonner, mais Troïlos refuse de céder aux pulsions sexuelles de son ennemi, lui échappe et se réfugie au pied de l’autel d’Apollon. Achille le poursuit alors jusque là, le tue et le décapite puis jette sa tête aux Troyens accourus pour le secourir. Ce meurtre auprès de l’autel est un sacrilège, aussi Apollon donnera-t-il à Pâris, à la fin de la guerre, l’occasion de tuer Achille. Ainsi, la mort de Troïlos, située au début de la guerre de Troie annonce-t-elle le dénouement, mort d’Achille d’une part, prise et destruction de Troie d’autre part. On voit ici Troïlos à cheval, qui tente de se débarrasser d’Achille pour fuir vers le temple d’Apollon.

 

621g3 Tarente, musée archéol., scène de banquet (2e s. a

 

Nous sommes au deuxième siècle avant Jésus-Christ, et l’on a trouvé cette terre cuite dans une tombe du côté de Brindisi. Quatre personnages –apparemment deux couples– sont étendus sur des lits pour banqueter, et deux serviteurs sont auprès d’eux. Le deuxième siècle, c’est l’époque hellénistique tardive, et l’on voit à travers ce sujet que ces personnages qui sont déjà bien romanisés, avec cette tunique caractéristique d’Italie centrale, ont quand même conservé dans cette ancienne colonie du bout de l’Italie des manifestations culturelles propres à la culture grecque.

 

621g4 Tarente, musée archéol., ménade endormie (2e s.avt

 

Trouvée en 1909 dans une tombe située au cœur de Tarente, cette terre cuite du deuxième siècle avant Jésus-Christ représente, étendue sur une peau de bête jetée sur une roche, une ménade endormie, son manteau ne couvrant que ses jambes. Le travail de sculpture est assez fruste, mais le mouvement du corps abandonné, la tête reposant sur les bras, le manteau qui a glissé et même le jeu de la couleur, font de ce petit objet une œuvre d’art.

 

621h1 Tarente, musée archéol., poupée (4e s. avt JC) 

Impossible de ne pas admirer cette poupée articulée en terre cuite datant du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Elle est beaucoup plus jolie que bien des poupées d’aujourd’hui, avec toute notre technique et tous nos moyens. Moins sophistiquée que ces mannequins hollywoodiens que l’on donne aux petites filles en mal d’identification, et par là plus proche de l’enfant qui a joué avec elle et qui a été enterrée avec elle. Car dans l’Antiquité comme aujourd’hui, il existe deux types de poupées, le bébé qui permet à l’enfant de s’identifier à ses parents en soignant et éduquant le jouet, et l’adulte sur lequel l’enfant va projeter son souhait d’identification, guerrier bodybuildé ou femme évaporée. Cette poupée-ci est une adulte qui propose une identification raisonnable et cela, j’apprécie.

 

621h2 Tarente, musée archéol., acrobate (fin 4e s. avt JC 

C’est à Tarente, en 1934, qu’a été trouvée cette terre cuite polychrome du quatrième siècle avant Jésus-Christ représentant un numéro d’acrobate. Il était fréquent, pour distraire ses invités lors d’une réception, que l’on loue les services de musiciens, d’acrobates ou d’autres artistes de divers types. J’aime cette statuette qui fixe le mouvement avec un grand réalisme et qui a choisi en outre une pose à la plastique très esthétique.

 

621h3 Tarente, musée archéol., élégante, 3e s. avt JC

 

Cette très belle femme du troisième siècle avant Jésus-Christ a rencontré les archéologues en 1959 alors qu’elle promenait son élégance raffinée sur le Corso Umberto à Tarente. Drapée dans son grand himation (manteau) pourpre, elle est parée de discrètes boucles d’oreilles, et sur ses cheveux soigneusement coiffés et retenus dans un bandeau de tissu assorti à la couleur du haut de son manteau, elle a placé un fin diadème d’or. Tout en elle exprime la noblesse, le fier port de tête, le regard direct, la distinction avec laquelle elle s’enveloppe de son manteau. C’est l’une des pièces que je préfère dans ce musée, à la fois d’une grande beauté et significative du style de son temps, l’époque hellénistique dans cette colonie d’Apulie.

 

621h4 Tarente, musée archéol., femme survolée par Eros 

C’est dans l’arsenal militaire qu’en 1909 a été trouvée cette terre cuite polychrome datant du dernier quart du quatrième siècle avant Jésus-Christ, c’est-à-dire du début de l’époque hellénistique, traditionnellement initiée à la mort d’Alexandre le Grand en 323. Cette statuette représente le dieu de l’amour Éros survolant une silhouette féminine. Je ne saurais dire si la femme est sa mère, la déesse Aphrodite, car tous deux sont souvent représentés ensemble, ou s’il s’agit d’une femme qu’il veut favoriser d’une passion amoureuse, mais c’est cette seconde version que je voudrais privilégier, parce que je la trouve plus romantique. Éros est en train d’émouvoir le cœur et le corps de cette jeune femme nue.

 

621h5 Tarente, musée archéol., couple enlacé, début 3e 

Un peu plus tardive (premières décennies du troisième siècle) est cette terre cuite découverte aux environs de Brindisi. Après l’élégante aristocrate, après la femme qui tombe amoureuse, voici une autre scène de la vie, un couple enlacé qui s’embrasse sur un lit. Certes, ce n’est pas un simple baiser parce que le vêtement de la femme tombe et la laisse d’ores et déjà presque nue, mais dans les attitudes on sent que ce n’est pas seulement sensuel, ce n’est sûrement pas vénal, il y a aussi de la tendresse dans ce geste, c’est un couple qui s’aime.

 

621h6 Tarente, musée archéol., mère et fille, 3e s. avt 

Encore une terre cuite polychrome du troisième siècle avant Jésus-Christ. Elle a été trouvée dans une banlieue de Tarente en 1969. Cette femme en longue robe qui s’enroule dans un châle donne la main à une petite fille. L’enfant donne l’impression de marcher près de sa mère très sagement, elle est raisonnable, elle lève légèrement sa robe dans sa main. La maman regarde sa petite fille avec une grande tendresse, elle lui parle. Non, je ne cherche pas à créer un scénario sorti de mon imagination, je trouve que cela découle de façon évidente de ce que l’artiste a représenté et c’est pourquoi cette scène me touche. C’est cela, je crois, le talent, être capable d’exprimer des sentiments particuliers à partir d’une situation qui, a priori, pourrait présenter plusieurs interprétations.

 

621i1 Tarente, musée archéol., icône byzantine, 13e siè 

621i2 Édouard Balladur 

Je terminerai cette visite du musée par une image qui n’a rien à voir avec tout ce que nous avons vu. D’abord pour l’époque, le treizième siècle de notre ère. Ensuite pour le sujet, nous sommes passés de la mythologie grecque antique à la religion chrétienne, une Vierge à l’Enfant. Enfin pour le support et le style, une icône byzantine. Je cadre sur un détail, les visages de Marie et de Jésus. Ce ne sont pas les traits des personnages qui ont retenu mon attention, la Madone n’est pas particulièrement jolie, quant à Jésus il a une tête d’adulte intellectuel, je lui trouve des faux airs d’Édouard Balladur. Il est vrai que cet ancien premier ministre était né à Smyrne (ou Izmir), en Turquie d’Asie, sur la côte de la mer Égée. Sa famille avait de lointaines racines arméniennes, ce qui certes est une autre ethnie, mais l’Arménie historique s’étendait sur une grande partie de l’actuelle Turquie orientale et des mélanges de sang, volontaires en période de paix ou contraints, par viol, en d’autres périodes, ont nécessairement eu lieu. Tout cela pour dire qu’entre les visages byzantins, c’est-à-dire de la Turquie d’Europe, et ceux des Arméniens d’Izmir, des traits communs ne peuvent surprendre. En revanche, je serais surpris que Balladur ait été pris pour le Petit Jésus, mais ce dernier point je ne le commenterai pas.

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Published by Thierry Jamard
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