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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 12:57

Nous voici dans la cité où ont régné Laïos, Œdipe, Étéocle, Créon. Parce que l’oracle de Delphes avait averti Laïos et Jocaste qu’ils auraient un fils qui tuerait son père et épouserait sa mère, à la naissance de leur fils les parents voulurent le supprimer. Mais tuer un humain étant impie, ils usèrent d’un procédé assez courant pour se débarrasser d’un nourrisson de sexe féminin, ou souffrant d’une malformation : l’exposition. Ce qui signifie que symboliquement on lie les pieds du bébé et on l’abandonne dans la montagne où il mourra de faim ou de froid s’il a échappé à la dent d’une bête sauvage. Mais le bébé exposé a été trouvé par un berger qui l’a recueilli et qui, sachant que le roi et la reine de Corinthe se lamentaient que leur couple reste stérile, le leur a offert. Comme la corde qui avait lié ses pieds bien serrés les avait fait enfler, on l’appela Œdipe (en décomposant le mot en ŒDI- et PE, on reconnaît les éléments qui donnent le français œdème et pied), c’est-à-dire “Pieds Enflés”. Et ses parents adoptifs l’élevèrent sans lui révéler qu’ils n’étaient pas ses parents biologiques. Aussi lorsqu’Œdipe parvenu à l’âge adulte se rendit à Delphes et apprit de l’oracle qu’il tuerait son père et épouserait sa mère, il fut horrifié et se promit de ne jamais remettre les pieds à Corinthe. Il prit la route de Thèbes. À un carrefour, il tua l’homme qui prétendait passer avant lui. Cet homme, bien sûr, était Laïos. Puis, parvenu devant Thèbes, il apprit qu’à l’entrée de la ville se tenait un Sphinx envoyé par Héra pour punir Laïos d’être autrefois tombé amoureux, à la cour de Pélops, du fils de ce dernier, Chrysippe, et de l’avoir enlevé. Ce sphinx dévorait qui passait à sa portée et posait des énigmes, tuant ceux qui ne pouvaient les résoudre, alors pour débarrasser la cité de ce fléau la reine Jocaste, devenue veuve, promit d’épouser qui parviendrait à résoudre l’énigme du Sphinx. Œdipe arriva, et à la question de savoir quel animal marche sur quatre pattes le matin, deux à midi et trois le soir, il répondit instantanément que c’était l’homme qui se traîne au sol petit enfant, marche sur ses deux jambes adulte et leur adjoint un bâton quand il devient vieux. De désespoir, le Sphinx se suicida en s’élançant du haut d’un rocher et Jocaste épousa Œdipe.

     

Freud a développé la théorie que le petit garçon éprouve un amour particulier pour sa mère et entre en conflit avec son père, cherchant à le tuer symboliquement. C’est ce qu’il appelle le complexe d’Œdipe par allusion à cette légende. Et il est clair, si l’on veut regarder l’histoire d’un œil psychanalytique, qu’un homme qui craint de tuer son père et d’épouser sa mère ne commet pas de crime de sang sur un homme plus âgé que lui (indépendamment même de tout jugement moral), et n’épouse pas, ensuite, une femme plus âgée que lui, surtout si le mari a été tué par un jeune homme.

     

Par la suite, de ce couple naissent quatre enfants, Étéocle, Polynice, Ismène et Antigone. La petite dernière est déjà une toute jeune fille quand Œdipe comprend ce qu’il a fait. Il court vers Jocaste, mais elle aussi vient de comprendre, et il la trouve pendue à son écharpe. Alors, pour ne plus voir ce monde cruel, il saisit la fibule qui retient le vêtement de Jocaste, et il s’en crève les yeux. C’est Antigone qui s’occupera de lui et guidera ses pas jusqu’au bois sacré de Colone, où il disparaîtra. Antigone rentre à Thèbes, où ses frères ont pris la succession d’Œdipe. Ils se sont mis d’accord, ils régneront un an chacun, et c’est Étéocle qui a pris le premier tour. Mais au bout d’un an, quand Polynice veut, selon leur convention, accéder au trône, Étéocle refuse. Il s’ensuit une guerre, et devant chacune des sept portes de Thèbes Étéocle et six de ses partisans affrontent chacun en combat singulier Polynice et six de ses partisans. Face à face, les deux frères s’entre-tuent. C’est leur oncle, Créon, qui assume le pouvoir et, pour asseoir son autorité, déclare que la volonté du roi ne se discute pas et que donc Polynice, malgré l’accord passé un an auparavant, devait se soumettre à la volonté de son frère. Régicide, il devra rester à pourrir au soleil et à être dévoré par les chiens là où il est tombé, sous les murs de Thèbes. Privée de sépulture, son âme sera en conséquence condamnée à errer éternellement dans les marais de l’Achéron. Quiconque contreviendra à cette décision sera mis à mort. Antigone ne peut admettre ce sort pour son frère et, à l’aube, elle va jeter quelques poignées de poussière sur le cadavre de Polynice. Prise, elle est amenée à Créon qui décide qu’elle sera emmurée vivante. Son fiancé, Hémon, le fils de Créon, se lamente et supplie son père, qui cède et fait ouvrir la tombe où Antigone a été emmurée, mais il est trop tard, elle s’est pendue. Désespéré, Hémon se jette sur son épée. Il ne reste plus grand monde, dans la famille. Créon et Ismène. Tel est le résultat de la malédiction qu’a encourue Laïos.

 

À part cette légende célèbre, j’ai déjà beaucoup parlé de Thèbes dans mon dernier article sur Platées, la ville coopérant avec les Perses contre la coalition de la plupart des autres Grecs en 489, à la fin de la Seconde Guerre Médique. Puis j’ai évoqué dans ce même article le siège de Platées par Thèbes alliée à Sparte de 329 à 327 lors de la Guerre du Péloponnèse. Entre les deux il me faut parler des événements de 382 à 371. Sparte, en 382, arrive à Thèbes et occupe la ville. La cité lacédémonienne a sans conteste à cette époque l’hégémonie sur toutes les autres cités grecques et son orgueil est sans bornes. Épaminondas, ce brillant Thébain, est nommé béotarque (général béotien) en 378, à l’âge de 40 ans. Il ne parvient pas à se débarrasser des Lacédémoniens, alors c’est carrément la guerre. Il a inventé “l’ordre oblique” (mon article sur Mantinée daté du 16 avril 2001), et grâce à cette technique il remporte en 371 l’éclatante victoire de Leuctres, où ont péri le roi et le tiers des soldats spartiates. Renversement de situation, l’hégémonie revient à Thèbes. Épaminondas poursuit alors la vaincue en allant en 370 ravager la Laconie (région des Lacédémoniens, dont la capitale est Sparte) et relever Messène que Sparte avait détruite. Mais la Macédoine de Philippe II est conquérante, des possessions athéniennes en Mer Égée en font les frais. Démosthène parvient à faire en sorte que Thèbes, qui soutenait Philippe, passe du côté d’Athènes en 339. En 338, la coalition grecque menée par Athènes prend place à Chéronée, au nord de la Béotie, et lors d’une bataille mémorable Philippe défait les Grecs. Sa cavalerie légère encercle le Bataillon Sacré thébain et l’anéantit, massacrant 254 de ses 300 soldats d’élite. Au total, Thèbes a perdu 6000 hommes (les autres Grecs, dont les Athéniens, totalisent 2000 pertes).Une garnison macédonienne reste sur l’acropole de Thèbes, la Cadmée. En 335, les Thébains décident d’assiéger cette garnison. Comme je l’écrivais dans mon dernier article, “Alexandre le Grand fond sur la Béotie, prend Thèbes, rase la ville, réduit en esclavage ceux des citoyens qui n’ont pas été massacrés, et rase la ville”. Il faut attendre 316 pour que la ville soit reconstruite.

 

Beaucoup plus tard, en 1040 de notre ère, ce sont les Bulgares qui vont piller et saccager Thèbes. Dans mes articles sur la Sicile, en 2010, j’ai beaucoup parlé des rois Normands et particulièrement de Roger II, et c’est ce Roger II qui, en 1146, vient s’emparer de Thèbes. Puis, faisant suite au sac de Constantinople par les Croisés en 1204, le duché d’Athènes dont Thèbes fait partie échoit en 1205 au Franc Othon de la Roche (à Naxos, le 17 septembre dernier –voir mon blog à cette date– nous avons visité le musée installé dans la maison des della Rocca, descendants d’Othon qui, à l’époque de la domination vénitienne, ont italianisé leur nom). Othon fait de Thèbes la capitale de son duché.

 

808a musée archéologique de Thèbes

 

Toute cette histoire, et cette mythologie, cela me passionne mais c’est sans doute un peu –ou très– aride pour mes lecteurs. Et il n’est pas nécessaire d’être à Thèbes pour en parler, sans images. Si nous avons passé la journée d’hier dans un petit village près de la côte, c’était pour laisser passer le lundi, jour de fermeture des musées de Grèce. Nous voici enfin garés non loin du musée archéologique de Thèbes en ce mardi matin.

     

808b musée archéologique de Thèbes

 

808c musée archéologique de Thèbes

 

Nous nous approchons du portail, mais ô horreur, le musée est fermé pour travaux. Renseignements pris, cela fait longtemps qu’il est en réfection, travaux sur les bâtiments et réorganisation des collections. Adieu superbe kouros, adieu sarcophages mycéniens peints de scènes funéraires. La seule chose qui soit livrée à notre admiration, c’est ce détail du portail rouillé. Très, très maigre consolation.

     

808d subvention européenne au musée de Thèbes

 

Sur le côté est fixé à la grille le panneau des programmes européens de développement régional. C’est la phase 2 des travaux, estimée à quatre millions et demi d’Euros. Habituellement, le pays doit trouver 20 ou 25% de la somme, l’Europe mettant le reste. Les travaux doivent en effet être de grande ampleur. 

 

808e Tour Saint-Omer à Thèbes

 

Eh bien, nous irons voir autre chose. Après la mort d’Othon de la Roche en 1225, tandis que son fils Guy de la Roche hérite du duché d’Athènes, sa fille Bonne de la Roche épouse en 1230 un certain Bela de Saint-Omer (fils de Nicolas de Saint-Omer seigneur de Béotie et de Marguerite de Hongrie, fille du roi Bela III de Hongrie) et reçoit en dot le duché de Thèbes, qui passe donc à son mari puisque seuls les hommes sont titulaires des titres. C’est leur fils, Nicolas II de Saint-Omer, qui va construire à Thèbes le luxueux château de la Cadmée dans la seconde moitié du treizième siècle. Mais dès 1311 survient la bataille de Céphise entre Francs et Catalans qui voit la victoire de ces derniers. Les Catalans prennent Thèbes et démantèlent le château de Nicolas de Saint-Omer. Sur cette grande tour emmaillotée de rouge et blanc, un panneau de même type que celui du musée indique que l’Europe participe dans les mêmes conditions à un programme de trois cent mille Euros consacré à “Consolidation – restauration de la tour Saint-Omer à Thèbes”. C’est donc la tour, dernier vestige du château, qui se cache là-dessous. Nous ne la verrons pas non plus. Eh bien, mieux vaut ne pas insister pour Thèbes, nous remontons dans le camping-car et partons de la ville. Direction les Thermopyles.

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Published by Thierry Jamard
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