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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 23:42

Le présent article va parler de la Thessalonique byzantine et post-byzantine, à travers ses églises et monastères, tandis que le prochain article portera sur le musée byzantin de la ville. Mais Thessalonique est si riche en superbes églises anciennes que je ne peux ici les montrer toutes. Par ailleurs certaines sont fermées, et dans la plupart des monastères on interdit la photo. C’est incompréhensible. Car on n’empêche pas de prendre des photos de la cour, de l’extérieur des bâtiments, mais ce sont les fresques qui sont refusées à l’objectif, alors que dans les autres églises, hors monastères, c’est tout à fait autorisé. Parfois même on ne dit rien aux touristes qui utilisent le flash, dont les éclairs répétés des milliers de fois finiront par altérer les couleurs.

 

831a1a Osios David à Thessalonique

 

831a1b monastère Osios David (Thessalonique)

 

831a1c monastère Osios David (Thessalonique)

 

Tel est le cas du monastère d’Osios David (saint David) dont je ne peux montrer que la toiture, la grille d’entrée au fond d’une jolie petite impasse et la cour devant l’église. Je comprendrais si l'on concurrençait un motif économique, mais on ne vend ni livre, ni carte postale. Le christianisme réprouve pourtant l’égoïsme, vice qui me fait garder pour moi-même la vision des merveilleuses fresques qui décorent les murs de l’église.

 

831a2a Agios Nikolaos Orfanos (Thessalonique)

 

831a2b Agios Nikolaos Orfanos (Thessalonique)

 

Il en va de même d’Agios Nikolaos Orfanos, dont le financement de la réfection est assuré à hauteur de cinquante pour cent par l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège. Dommage, passons.

 

831a3a Monastère des Vlatadon à Thessalonique

 

831a3b Monastère des Vlatadon à Thessalonique

 

831a3c Monastère des Vlatadon à Thessalonique

 

Ici nous sommes au couvent des Vlatadon. Sur le mur extérieur du domaine, une plaque rédigée en français (et en grec de l’autre côté du portail) informe le visiteur qu’il s’agit de l’Institut patriarcal d’études patristiques et que ce monastère est classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Je ne peux dire si la photo est autorisée dans l’église, parce que la porte en est fermée et que, malgré nos deux passages dans ce couvent, nous n’y avons rencontré personne qui puisse nous renseigner. Seulement quelques rares visiteurs comme nous. Mais dans un enclos, il y a de nombreux paons, dont un a longuement fait fièrement la roue pour une jeune paonne dédaigneuse. Ah, les femmes…

 

831b1 Thessalonique, Agii Apostoli

 

En arrivant à cette église dédiée aux Saints Apôtres (Agioi Apostoloi –je rappelle qu’en grec moderne l’ancienne diphtongue oi qui se disait OY' se prononce aujourd’hui comme un simple I) une fois de plus nous nous cassons le nez devant une porte close. Nous nous consolons avec son intéressante architecture byzantine.

 

831b2a Thessalonique, Dodeka Apostoli

 

831b2b Thessalonique, Dodeka Apostoli

 

Cette autre église est consacrée elle aussi aux apôtres, mais avec un nom un peu différent, ici on ne les qualifie plus de saints mais ils sont dénombrés. C’est l’église des Douze Apôtres (Dodeka Apostoloi). Une de plus à ajouter à la collection des églises fermées. Car en réalité toutes ces églises sont ouvertes seulement le matin, ou seulement le soir, ou seulement aux heures des offices, ce n'est pas indiqué sur la porte et les bureaux d’informations ne sont pas au courant des horaires. Cette église du quatorzième siècle est classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle est typique de l’architecture de l’époque des Paléologue, dynastie d’empereurs de Byzance (1259-1453).

 

831b2c Thessalonique, Dodeka Apostoli

 

Il est à noter qu’à défaut de sculptures impossibles dans ces murs de brique, c’est le jeu de la disposition des briques qui fait l’ornementation. Et il faut reconnaître que c’est très réussi. Mais nous avons déjà vu ce procédé, entre autres à Kastoria (mon article 6 et 7 juillet).

 

831b3 Thessalonique, Metamorphosis

 

Signalons au passage la petite église de la Metamorphosis (Transfiguration) à demi-enterrée. La plaque au-dessus de la porte ne porte que la date de sa restauration en 1936, mais sur le côté se trouve une fontaine qui n’est pas ottomane puisqu’elle cite les paroles du Christ “Tout homme qui boit de cette eau aura soif encore, mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus soif pour l’éternité” (ne disposant pas d’une traduction “officielle” de l’évangile, catholique ou protestante, je donne ma propre traduction du texte gravé en grec), et cette citation est suivie de la date 1314 soit, en effet, plus d’un siècle avant la conquête ottomane. Sans doute l’église est-elle de la même époque.

 

831b4a Thessalonique, Agia Aikaterinè

 

831b4b Thessalonique, Sainte Catherine

 

Jetons encore un coup d’œil à Sainte Catherine (Agia Aikaterinè –le AI se prononce E et le È se prononce I–, Ekaterini), elle aussi d’une splendide architecture byzantine et dont les murs sont artistiquement constitués, avec en outre des décorations émaillées donnant une apparence de faïence incrustée.

 

831c1 Thessaloniki, Panagia Chalkeon

 

831c2 Thessaloniki, Panagia Chalkeon

 

831c3 Thessalonique, Panagia Chalkeon

 

La Panagia Chalkeôn est une église byzantine du onzième siècle (1028) fondée par Christophe de Lombardie et sa femme Marie. La Panagia, on le sait, la “Toute Sainte”, c’est la Vierge. En grec ancien (en grec moderne, je ne connais pas), chalkos c’est le bronze. Il s’agit donc de la Vierge des Chaudronniers. Mais en fait ce nom n’est pas d’origine car si l’église a toujours été consacrée à la Vierge, la suite résulte d’un amusant rapprochement des religions. En effet, transformée en mosquée du temps de l’occupation ottomane, elle était fréquentée par la corporation des artisans du cuivre et nommée Kazancilar Camii (Mosquée des Chaudronniers). Après le départ des Ottomans en 1912, la Vierge est revenue avec ses icônes, les Grecs chrétiens orthodoxes du voisinage n’avaient rien à voir avec le cuivre, le bronze ou d’autres métaux, mais le nom est resté. Cette église aussi est sous le niveau du sol actuel, mais l’espace étant dégagé plus largement alentour elle ne donne pas la même impression d’enfoncement.

 

831c4 Thessalonique, Panagia Chalkeon

 

831c5 Thessalonique, Panagia Chalkeon

 

Sur la première de ces deux photos, l’abside est à gauche, ce qui signifie que la façade que nous voyons est le flanc nord de l’église. On y remarque (en gros plan sur ma seconde photo) une petite construction accolée dont on suppose qu’il s’agit de la tombe de Christophe de Lombardie, le fondateur.

 

831d1 Thessalonique, Panagia Acheiropoietos

 

831d2 Thessalonique, Panagia Acheiropoietos

 

Nous arrivons dans une très grande et très ancienne église. La Panagia Acheiropoietos a été construite dans la deuxième moitié du cinquième siècle, vers 450-470, sur les ruines d’un complexe de bains romains. Jusqu’au quatorzième siècle, on l’appelait la “Grande Église de la Vierge Marie”. En 1430 arrivent les Turcs et c’est la première église que le sultan Mourad en personne convertit en mosquée. On l’appelle Eski Camii, c’est-à-dire “la Vieille Mosquée”. Après 1912, elle entre en rénovation. En 1922-1923, lors des dramatiques échanges de populations, elle sert de centre d’accueil des réfugiés d’Asie Mineure. Enfin, en 1930 elle est rendue au culte orthodoxe. Ce nom d’Acheiropoietos (prononcer Akhiropiitos) n’est attesté qu’à partir de 1320. En grec, CHEIR- désigne la main (la chiromancienne dit l’avenir en lisant les lignes de la main, le chirurgien est, étymologiquement, un travailleur manuel). POIEÔ signifie “je fais”, et donc le poète est celui qui fait, autrement dit un créateur. Quant au préfixe A- il est dit “privatif”, il a valeur négative. A-cheiro-poietos signifie donc “non fait de main [d’homme]”. Très probablement en référence à une icône considérée comme miraculeuse, parce que trouvée en un endroit où l’on imagine qu’un homme n’a pu la cacher, et par conséquent envoyée du Ciel. Mais cette icône en question n’est pas connue. Peut-être détruite par les Ottomans, ou au contraire si bien cachée par les Orthodoxes, pour la mettre à l’abri, qu’elle n’a pas été retrouvée (ou retrouvée mais pas identifiée comme telle).

 

831d3 Thessalonique, Panagia Achiropiitos

 

831d4 Thessalonique, Panagia Acheiropoietos

 

Je disais que c’était une grande église. Elle mesure 36,50 mètres de long sur 28 mètres de large. Nous voici à l’intérieur mais il est difficile de circuler, parce qu’on y célèbre un mariage que je ne voudrais pas perturber. Toutefois, du fond de l’église on a une bonne idée de son ampleur et de son apparence. C’est une église à trois nefs et à narthex, avec des galeries.

 

831d5 Thessalonique, Panagia Achiropiitos

 

L’église était décorée de fresques de la première moitié du treizième siècle. Il n’en reste malheureusement pas grand-chose. Ma photo ci-dessus montre une peinture de la voûte d’une arcade entre le narthex et la nef principale.

 

831d6 Thessalonique, sol de la Panagia Achiropiitos

 

831d7 Thessalonique, Panagia Acheiropoietos

 

Le sol que nous foulons dans la nef est d’origine. Il a été réalisé en marbre proconnésien, autrement dit extrait en Proconnèse, nom de l’île de Marmara. Pour mémoire, cette île dont on a fait le mot marbre (marmoros en grec), et non l’inverse, est située au sud de la mer de… Marmara, mer presque fermée qui communique avec la mer Noire au nord par le Bosphore, et avec la Méditerranée au sud par les Dardanelles. Inutile de préciser que le marbre extrait des carrières de cette île était extrêmement célèbre. Les chapiteaux théodosiens (Théodose, empereur romain, a régné de 379 à 395), également en marbre proconnésien, proviennent d’un atelier de Constantinople.

 

831e1 Thessalonique, Sainte Sophie

 

831e2 Thessalonique, Agia Sophia

 

831e3 Thessalonique, Agia Sophia

 

Nous voici à présent dans une autre grande et belle église très ancienne, Agia Sophia, alias Sainte Sophie, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ici comme à Istanbul ou ailleurs, cette Sophie n’est pas une femme, mais la sagesse, la raison (le philosophe est l’ami de la raison). Elle a été édifiée à la fin du septième siècle au cœur de la Thessalonique byzantine à la place de la basilique épiscopale à cinq nefs qui remontait au cinquième siècle comme l’Acheiropoietos. Ces informations sont données par un panneau situé sur le flanc de l’église, alors que Wikipédia donne le troisième siècle pour la basilique primitive et le huitième siècle pour l’église actuelle. Cette sorte de tour, sur la deuxième photo ci-dessus, à l’angle gauche de l’église sur la première photo, c’est la base du minaret de mosquée que les Ottomans avaient élevé et que les Chrétiens ont coupé.

 

831f1 Thessalonique, Agia Sophia

 

831f2 Thessalonique, Agia Sofia

 

Le style de l’église reprend le plan en croix grecque surmonté d’un dôme central et à péristyle, initié à Sainte Sophie de Constantinople. Mais c’est un style de transition, qui combine ces formes nouvelles avec le traditionnel plan basilical à trois nefs. Du dixième au treizième siècles c’était “La Métropole Universelle”. Lors de la Quatrième Croisade, après la prise de Constantinople en 1204, Agia Sophia est investie par le culte catholique romain et devient la cathédrale du diocèse, mais dès 1224, quand Constantinople reprend la main sur Thessalonique  elle revient au culte orthodoxe. Puis vient la conquête ottomane, et en 1523/1524 le grand vizir de Soliman le Magnifique, Pargali Ibrahim Pacha (et non Maktoul Ibrahim Pacha, comme dit la notice dans l’église, lequel a vécu au onzième siècle), la convertit en mosquée. Un incendie, en 1890, a causé de grands dommages, mais la mosquée a été restaurée de 1907 à 1909. Le 29 juin 1913 elle est reconsacrée église orthodoxe. Puis c’est le grand incendie de 1917 qui l’affecte de nouveau. On recouvre alors de plâtre toute la décoration intérieure endommagée, et ce n’est qu’en 1980 qu’intervient la nouvelle restauration.

 

831f3 Thessalonique, Agia Sophia

 

831f4a Agia Sophia de Thessalonique

 

831f4b Thessalonique, Agia Sofia

 

Les décorations des voûtes d’arcades (première photo) sont évidemment plus récentes, mais il subsiste quelques peintures du onzième siècle, comme celles de mes deux autres photos, qui encadrent l’une des fenêtres du narthex.

 

831f5 Thessalonique, Sainte Sophie

 

Les deux périodes d’iconoclasme se situent de 730 à 787 et de 813 à 843. Soit que l’église ait été construite à l’époque du premier iconoclasme, soit que sa décoration n’ait été entreprise que quelques décennies après sa construction, les mosaïques du chœur jouent merveilleusement avec les couleurs mais ne représentent rien, puisqu’il ne peut être question de figure humaine.

 

831f6 Thessalonique, chapiteau d'Agia Sofia

 

Un petit coup d’œil sur les chapiteaux, très finement ouvragés mais un peu maniérés qui ne sont pas byzantins mais seraient la réutilisation de matériaux provenant d’un édifice du cinquième siècle.

 

831f7 Thessalonique, Sainte Sophie

 

Cette mosaïque d’une Vierge de Majesté, qui orne la coupole du chœur, date du onzième ou du douzième siècle. C’est un travail d’une finesse remarquable.

 

831f8a Thessalonique, Sainte Sophie

 

831f8b Thessalonique, Agia Sofia

 

831f8c Thessalonique, Agia Sophia

 

831f8d Thessalonique, Agia Sofia

 

831f8e Thessalonique, Agia Sofia

 

Quant au dôme central, réalisé à la fin du neuvième siècle, soit peu après la fin de la période d’iconoclasme, il est absolument admirable, et je ne saurais dire combien de temps je suis resté à me donner un torticolis en le contemplant. Il représente l’Ascension de Jésus, porté par deux anges. Tout autour, il y a quinze figures, Marie encadrée par deux anges, et les douze apôtres. Oui, oui, je sais, j’abuse avec toutes ces photos. Alors j’arrête et je passe à ma dernière église.

 

831g1 Thessalonique, Agios Dimitrios

 

831g2 Thessalonique, Agios Dimitrios

 

831g3 Thessalonique, Agios Dimitrios

 

Ma dernière église de Thessalonique, ce sera Agios Démétrios, Saint Dimitri. À noter que l’orthographe française Dimitri vient du fait que le grec moderne prononce son ancien E long ouvert (êta) comme un I, et donc Agios Dimitrios. C’est d’ailleurs pourquoi le mot en caractères grecs est souvent transcrit dans notre alphabet avec des I. Cette très vaste église à cinq nefs (encore une classée au patrimoine mondial par l’UNESCO) a été bâtie en 629-634 à l’emplacement d’une précédente basilique incendiée qui avait été construite au cinquième siècle sur d’anciens bains romains. Nombre d’éléments architecturaux des édifices précédents ont été récupérés pour cette église. Et puis de nombreux siècles ont passé, et un nouvel incendie a ravagé l’église. C’était l’incendie de 1917 qui a consumé une grande partie de la ville. Sous l’effet de la chaleur, les marbres ont éclaté, et l’on peut constater aujourd’hui dans quel triste état se trouve ce que l’on a pu conserver lors de la restauration. Bien des mosaïques remontant au huitième siècle y ont disparu, quand auparavant les Turcs ne les avaient pas déjà détruites à l’époque où l’église était transformée en mosquée, l’Islam condamnant tout comme les Iconoclastes la représentation humaine.

 

831g4a Thessalonique, Agios Dimitrios

 

831g4b Thessalonique, Agios Dimitrios

 

Quant à l’histoire de ce saint, il est né au troisième siècle à Thessalonique, dans une famille sénatoriale. Brillant, il suit le cursus honorum romain et devient général des armées de Thessalie et proconsul de Grèce à l’époque où l’empire est partagé entre deux empereurs, Maximien régnant sur l’Occident et Dioclétien sur l’Orient. Or Galère, le césar de Dioclétien, a une résidence à Thessalonique. J’ai déjà parlé de Dimitri dans mon blog du 10 novembre 2011 au sujet du calendrier Héraklès : converti au christianisme, Dimitrios enseigne sa foi avec conviction et parvient à convertir de nombreux païens. La tradition dit que Maximien, de retour d’une campagne victorieuse contre les Scythes, passe par Thessalonique. Or c’est peu vraisemblable parce que nous sommes en 303 ou 305, et Maximien ne fait plus aucune campagne depuis plusieurs années. Il s’agit donc plutôt de Galère, qui s’est installé à Thessalonique et qui a remporté des victoires sur les Sarmates en 302 et 303. Et précisément en 303 Dioclétien a lancé la grande persécution des chrétiens et très probablement à l’instigation de Galère, fils d’une antichrétienne violente et convaincue. Aussi Dimitri, qui prêche ouvertement, est-il pris et jeté dans un sous-sol insalubre et humide des thermes. Pendant les jeux donnés dans l’amphithéâtre, on fait appel à qui veut affronter un Vandale géant de force exceptionnelle, et c’est un jeune homme, Nestor, qui après avoir reçu la bénédiction de Dimitri dans son cachot, se propose. Avant l’engagement du combat, il en appelle à voix haute à l’aide du Dieu des chrétiens et, esquivant l’attaque du géant, il lui perce le cœur de son couteau. Furieux, Galère ordonne de mettre Nestor à mort et bien sûr Dimitri aussi, qui l’a converti. Dimitri est alors exécuté dans son sous-sol de thermes. Souvent invoqué pour des guérisons ou pour la défense de sa ville, ce saint est considéré comme l’auteur d’innombrables miracles. Notamment, il aurait été vu à cheval, combattant victorieusement des barbares tentant de prendre sa ville. C’est pourquoi il est généralement représenté en chevalier terrassant un ennemi tombé au sol. Il est considéré comme le patron de Thessalonique. Puisque la tradition veut que Dimitri ait été enfermé dans les bains avant d’y être exécuté, l’église aurait par conséquent été construite sur le lieu de son supplice. Mais j’ai lu qu’elle s’élevait là où il avait été enterré, or je vois mal comment on aurait pu l’enterrer dans des bains qui étaient encore en usage, et même s’il ne s’agissait que d’une pièce souterraine comment cela aurait pu être toléré. Je suppose donc qu’il avait été enterré aux abords des bains où on l’avait supplicié.

 

831g5a Thessalonique, Agios Dimitrios

 

831g5b Thessalonique, Agios Dimitrios

 

Dans la nef de gauche, on peut voir une châsse dans un petit édicule. C’est là qu’est enseveli Saint Grégoire Callides, évêque mort à Thessalonique en 1925. Ses ossements dégageant, paraît-il, un suave parfum sont à l’évidence considérés comme miraculeux, aussi a-t-il été canonisé par l’Église orthodoxe en 2003.

 

831g6 Thessalonique, Agios Dimitrios

 

Mais plus loin, c’est la châsse de saint Dimitri que l’on trouve. C’est l’Italie qui a longtemps conservé les restes du saint, mais en 1980 les reliques sont revenues à Thessalonique. Et, finalement, cet exil a évité que les derniers ossements de saint Dimitri ne disparaissent dans l’incendie.

 

831g7 Thessalonique, Agios Dimitrios

 

Des fresques qui ont visiblement été très belles et expressives mais qui sont hélas en mauvais état décorent tous les murs d’une chapelle au bout de l’une des nefs latérales.

 

831g8a Thessalonique, Agios Dimitrios

 

831g8b Thessalonique, Agios Dimitrios

 

Mais ce qui fait la réputation de cette église, ce sont avant tout de merveilleuses mosaïques, d’une finesse inouïe, qui datent de l’église d’origine au septième siècle. J’en donne ci-dessus deux exemples, montrant saint Dimitri avec deux enfants, et saint Dimitri en compagnie des deux responsables de la reconstruction, considérés comme les fondateurs de l’église.

 

831h1 Thessalonique, crypte d'Agios Dimitrios

 

831h2 Thessalonique, crypte d'Agios Dimitrios

 

Un escalier près du chœur permet de descendre à la crypte. On peut y voir, entre autres, des vestiges des bains romains qui ont fait office de fondations pour l’église. Cette crypte, que les Ottomans avaient comblée de terre, a été dégagée lors des travaux de restauration qui ont suivi l’incendie de 1917, ce qui a permis aux archéologues de faire des découvertes intéressantes. Elle comporte tout un dédale de salles et de couloirs, courant sous toute l’église.

 

831h3 Thessalonique, crypte d'Agios Dimitrios

 

La crypte héberge aussi un petit musée. En effet, lors des fouilles archéologiques dont je parlais il y a un instant, on a mis au jour quelques belles faïences byzantines du douzième au quatorzième siècles, ainsi que divers objets. En outre, on peut y voir de nombreux éléments architecturaux, soit qu’ils aient été enfouis par les Ottomans quand l’église est devenue mosquée, soit qu’ils aient été retirés par les chrétiens après le retour de la ville à la Grèce (comme une pierre gravée par le sultan Bayazid en 1493 pour dédier le bâtiment à la garde de Mahomet, et qui se trouvait au-dessus de l’une des portes du narthex), soit encore qu’ils n’aient pu être réutilisés lors de la restauration de l’édifice, sans compter ce que les fouilles ont révélé de l’église primitive du cinquième siècle. Ce que l’on voit sur cette photo, derrière les vitrines présentant des faïences, ce sont les restes du ciborium primitif (à savoir le baldaquin de pierre qui surmontait l’autel).

 

831h4 Thessalonique, crypte d'Agios Dimitrios

 

Dans cette pièce, cette fontaine entourée d’une fine colonnade appartenait aux thermes romains. Les sculptures que l’on voit sur les arcs soutenus par les colonnes sont de l’époque où les bains fonctionnaient, tandis qu’il est bien évident que les grandes croix sur les parois de la fontaine sont chrétiennes et ont été sculptées quand a été construite la première église.

 

831h5 Thessalonique, crypte d'Agios Dimitrios

 

Pour conclure ma visite de l’église d’Agios Démétrios, qui elle-même clôt cet article, je me devais de m’arrêter devant cette margelle de puits, qui se trouve devant la fontaine romaine que nous venons de voir. D’ailleurs on en aperçoit un petit bout dans le coin inférieur droit de la photo. Car c’est dans ce puits que les soldats chargés de l’exécution du saint auraient jeté son cadavre décapité.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Thaddée 31/05/2014 12:46

Merveilleux blog. Quelle émotion. Merci.

miriam 16/09/2013 09:47

Amusante l'annecdote des chaudronniers à la Panaghia chalcheon!
On a eu plus de chance dans les monastères de Vlatadon et Aghios David. Bravo pour les mosaïques : je n'ai pas osé trop de gens étaient en oraison, je n'ose pas prendre de photos quand les gens
prient

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