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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 01:18
698a1 Tirynthe, murs cyclopéens
 
698a2 Tirynthe, murs cyclopéens
 
Aujourd’hui, nous n’avons pas encore quitté Nauplie, nous passons la nuit sur notre parking habituel face à la mer, mais nous sommes, comme hier, allés faire un petit tour dans les environs, et en nous pressant nous avons pu, avant la fermeture à 15 heures, visiter la ville mycénienne de Tirynthe et la vieille cité d’Argos avec son musée archéologique. Parlant de l’origine de Nauplie, dans mon article daté 12 et 13 avril, j’ai évoqué le différend entre les deux frères Danaos et Égyptos, et les cinquante filles de Danaos épousant les cinquante fils d’Égyptos, puis les tuant lors de la nuit de noces, et l’une des Danaïdes, Amymonè ayant par la suite conçu Nauplios, le fondateur de Nauplie, en s’unissant à Poséidon. Or l’une des cinquante Danaïdes, une seule, nommée Hypermnestre, n’avait pas tué son mari et cousin Lyncée parce qu’il ne l’avait pas prise de force et sans ménagements et avait respecté sa virginité et sa pudeur. L’un des descendants du couple Lyncée et Hypermnestre, Abas, régnait sur l’Argolide et sa femme était enceinte de jumeaux. Ces jumeaux, Prœtos et Acrisios, se haïssaient et se battaient déjà dans le sein de leur mère. Enfants, ils ont continué à se battre et, devenus adultes, au terme de sanglants combats ils se partagèrent l’Argolide, Argos revenant à Acrisios et Tirynthe à Prœtos, qui fortifia les murs de sa ville. Ici, nous voyons les murs cyclopéens de Tirynthe. Ce nom de murs cyclopéens s’applique à toutes ces constructions achéennes faites de blocs de pierres énormes, comme seuls des cyclopes, avec leur force exceptionnelle, ont pu en transporter. Mais de quelques villes telles que Tirynthe vient, en réalité, très directement ce mot, car la légende veut que les cyclopes, venant de Lycie, aient aidé Prœtos à fortifier sa ville, comme ils ont aussi travaillé pour quelques autres héros.
 
698a3 Ruines de Tirynthe
 
698a4 Ruines de Tirynthe
 
Considérons maintenant une époque où le roi de Tirynthe et celui de Mycènes sont sous la dépendance de celui d’Argos. Tous trois sont des royaumes indépendants, mais si nous étions au Moyen-Âge nous dirions que les royaumes de Tirynthe et de Mycènes étaient les vassaux de leur suzerain Argos. Le roi de Mycènes Élektryon partant en guerre contre un rival, confia sa fille Alcmène à Amphitryon, roi de Tirynthe, lequel fit le serment de respecter la virginité de la jeune femme jusqu’au retour du roi. Mais un problème survint, car le roi ne partit pas : une vache était devenue furieuse, Amphitryon lui avait jeté son bâton à la tête, le bâton avait ricoché sur les cornes de la vache et avait frappé Élektryon, le tuant. Le suzerain d’Argos bannit alors Amphitryon qui se réfugia chez le roi Créon de Thèbes (qui régnait là après Étéocle, le fils de Jocaste et d’Œdipe). Pour pouvoir consommer son mariage, Amphitryon devait d’abord obtenir la victoire dans la guerre que le père d’Alcmène voulait gagner lorsqu’il l’avait tué accidentellement. Il n’était pas question pour Alcmène, très vertueuse, de consentir à quelque union que ce soit, et avec qui que ce soit, même Amphitryon, avant cette victoire. Amphitryon partit donc en guerre, avec l’aide de Créon, et laissa Alcmène à Thèbes. Mais l’exceptionnelle beauté de la jeune Alcmène n’échappa pas à Zeus, qui a toujours aimé les jolies femmes et, pour approcher sa farouche proie il prit l’apparence d’Amphitryon et fut accueilli avec joie par Alcmène quand il lui raconta sa victoire avec tous les détails. Aussi Alcmène admit-elle Zeus, le faux Amphitryon, dans son lit. Pour mieux profiter d’elle, Zeus avait ordonné au soleil d’arrêter son char, de sorte que le soleil laissa la nuit durer trois jours avant de reparaître à l’horizon. Zeus partit, et Amphitryon rentra et s’empressa de se glisser dans le lit de celle qui allait enfin être sa femme, et qui se retrouva enceinte de jumeaux, Héraklès fils de Zeus et Iphiklès fils d’Amphitryon. Mais, étonné qu’elle soit déjà au courant de ses exploits guerriers, il consulta le devin Tirésias, qui lui révéla qu’elle l’avait trompé avec Zeus. Alors, jaloux et furieux, il voulut brûler vive Alcmène sur un bûcher. Zeus éteignit le feu en envoyant un violent orage. Devant ce prodige, Amphitryon pardonna à sa femme, et tous deux rentrèrent à Tirynthe où elle accoucha. C’est donc dans son berceau du palais de Tirynthe que le nourrisson Héraklès, attaqué par deux serpents, les saisit chacun dans une de ses mains potelées de bébé et les tua de sa force… herculéenne. Plus tard, au temps d’Agamemnon, Tirynthe dépendait du royaume de Mycènes et c’est sous la bannière d’Agamemnon que les soldats de Tirynthe prirent part à la Guerre de Troie. Ci-dessus, ce cercle de pierre sur le sol est le foyer qui brûlait au centre du mégaron (la grande pièce centrale) du palais royal.
 
698a5 Ruines de Tirynthe
 
698a6 Tirynthe
 
Encore deux images de Tirynthe avant de diriger nos roues vers Argos. Avec une apparence de puits, ma première photo montre plutôt une citerne, puisque l’on voit la gouttière de pierre fort bien conservée qui y menait les eaux de pluie. Sur la seconde photo on voit, comme à Mycènes, une toute petite et toute discrète issue de secours au cas où la citadelle, malgré toutes ses protections et ses chausse-trapes, remarquable modèle d’architecture militaire du treizième siècle avant Jésus-Christ, serait investie par des ennemis. C’est sa position en plaine, plus vulnérable, qui a justifié ces recherches toutes particulières des ingénieurs militaires.
 
698b1 Argos, l'agora
 
Nous sommes maintenant à Argos, et ci-dessus nous en voyons l’agora. Dans l’article sur Nauplie daté 12 et 13 avril que j’ai déjà évoqué tout à l’heure, je racontais que Danaos, fuyant la Libye où il craignait son frère Égyptos, était arrivé à Argos avec ses cinquante filles, les Danaïdes. À cette époque Argos, la toute première ville à avoir été fondée en Grèce, existe déjà et y régnait le roi Gélanor. Certains auteurs disent que Gélanor, spontanément, céda son trône à Danaos, mais je préfère une autre version de la légende, plus pittoresque. En effet, selon d’autres auteurs Danaos aurait brigué le pouvoir royal devant le peuple d’Argos, qui aurait imposé, en sa présence, une joute oratoire entre Gélanor et Danaos. Et la lutte durait, et les deux adversaires rivalisaient par les arguments et par le style quand, un matin, un loup sortit du bois et se jeta sur un troupeau de bovins qui passait sous les murs d’Argos, attaqua un taureau et le tua. Le loup vit solitaire et Danaos venait du désert de Libye, le taureau vit auprès des hommes et Gélanor avait toujours été au milieu de son peuple, analogie frappante qui fut prise comme un signe des dieux, et puisque le loup avait vaincu le taureau Danaos fut déclaré vainqueur de Gélanor et devint roi d’Argos.
 
Tout à l’heure, je disais la généalogie : les deux frères Danaos et Égyptos, les cinquante fils d’Égyptos épousant les cinquante filles de Danaos, quarante neuf Égyptides tués par quarante-neuf Danaïdes, le cinquantième couple, Lyncée et Hypermnestre, donnant naissance aux jumeaux ennemis Prœtos qui règne sur Tirynthe et Acrisios sur Argos. Acrisios avait une fille, Danaé, mais parce qu’un oracle lui avait prédit qu’il mourrait de la main de son petit-fils il ne voulait pas qu’un homme pût s’approcher de sa fille et avait enfermé Danaé en prison. Danaé étant belle et séduisante, aucun mur ne put empêcher Zeus, ce perpétuel coureur de jupons, de s’unir à elle, et il la féconda en prenant la forme d’une pluie d’or. De ces amours naquit le fameux héros Persée, père d’Élektryon, grand-père d’Alcmène et par conséquent arrière-grand-père d’Héraklès. Neuf mois passèrent, et Persée naquit. Que fait un nouveau-né pour ouvrir ses poumons à la respiration ? Il se met à crier. Entendant ces vagissements, Acrisios se demanda ce qui se passait, entra dans la prison de sa fille et découvrit qu’il était grand-père. Alors il plaça Danaé et Persée dans un coffre en bois qu’il alla jeter à la mer. Le coffre ne versa pas, ses infortunés occupants ne périrent pas noyés, ni de faim ni de soif mais furent portés par les courants jusqu’au rivage de l’île de Sériphos, une Cyclade de l’ouest, entre le cap Sounion et Siphnos et Milo, où un pêcheur les recueillit et éleva Persée. Le roi de l’île s’éprit de Danaé, mais Persée devenu grand veillait sur sa mère. Un jour, au cours d’un banquet, le roi demanda un présent à chacun des hommes invités. Chacun promit un cheval, et Persée promit la tête d’une Gorgone, Méduse, la seule des trois Gorgones qui soit mortelle. Le lendemain, comme chacun apportait un cheval et Persée rien du tout, le roi lui dit qu’à défaut d’avoir la tête de la Gorgone il prendrait sa mère Danaé. Et Persée, au cours d’aventures qu’il serait trop long de raconter ici où j’ai déjà raconté trop de légendes, apporta la tête de Méduse au roi de Sériphos. Voulant voir et connaître son grand-père, Persée décida de se rendre à Argos. Quand Acrisios apprit cette intention, craignant la réalisation de l’oracle il s’enfuit d’Argos et se réfugia à Larissa. Non pas la Larissa capitale de la Thessalie en Grèce du nord, mais la ville d’Argolide voisine d’Argos et construite sur une colline. Là, le roi de Larissa organisa des compétitions sportives pour honorer la mémoire de son père défunt, et Acrisios assista comme spectateur aux compétitions. Et Persée, venu participer, lança le disque, rata sa trajectoire et le disque alla frapper, au milieu des spectateurs, son grand-père Acrisios. Persée devint ainsi légitimement le roi d’Argos mais il craignit de se présenter devant le peuple dont il avait –accidentellement– tué le roi, et s’entendit avec Mégapenthès, son collègue roi de Mycènes, pour procéder à un échange de royaumes. Et c’est ainsi que Persée devint roi de Mycènes et Mégapenthès roi d’Argos.
 
698b2 Argos, les thermes du théâtre
 
D’Argos, l’une des villes les plus importantes de la Grèce antique, et riche de si grandes légendes, il ne reste presque plus rien. Les bâtiments antiques ont servi de matériaux de construction. De 1667 à 1669, Monsieur de Monceaux, trésorier de France à Caen, a visité l’Égypte, l’Arabie, la Terre Sainte et il a vu Argos. Il était en mission officielle dont le but est inconnu, mais Colbert était au courant des étapes de son voyage. Ce voyageur français écrit : "Argos n’est plus qu’un village de quelque 300 maisons bâties des ruines des palais des Argiens, les colonnes, les frises, les architraves de marbre ayant été employées en guise de pierre. […] Les murailles du château sont toutes d’une pierre qui égale le marbre en beauté ; et comme celle du pays est grise, elles ont été prises sans doute dans les démolitions". Plus de deux siècles plus tard, en 1890, le docteur Marius Bernard voyage comme un touriste, mais publie un livre illustré de gravures alors que la plupart des ouvrages ont remplacé le dessin par la photographie. Pour lui, Argos est "une agglomération de peupliers, de petits jardins, de murs en terre comme ceux des oasis de l’Algérie et que dépassent des lauriers-roses, de maisons sans étages et mal bâties mais que couronnent des terrasses d’où les fileuses laissent pendre leurs fuseaux dans la rue". En 1896, Marie-Anne de Bovet, une romancière, ne fait qu’une brève allusion aux ruines antiques, voyant plutôt "au milieu d’immenses champs d’artichauts, de vergers d’orangers, d’amandiers, de figuiers qu’enclosent des haies de roseaux et de tamaris […] des maisons basses, roses, bleues, vertes ou blanches de chaux, irrégulièrement semées entre des clôtures en pisé que maintient un chevron de broussailles". Et de fait, dans cette ville moderne qui n’est même plus aérée comme elle l’était encore à la fin du dix-neuvième siècle, il y a peu à voir, à part les thermes romains de brique, ci-dessus.
 
698c1 Argos, le théâtre vu de loin
 
698c2 Argos, le théâtre
 
698c3 Argos, le théâtre
 
Les thermes, et surtout le théâtre. Ce théâtre du quatrième siècle avant Jésus-Christ était, paraît-il, rival de celui de Mégalopolis pour la taille, pouvant accueillir comme lui jusqu’à vingt mille spectateurs. Et, de fait, je n’ai cité que des textes de voyageurs qui parlent de la ville en elle-même, mais la plupart des visiteurs d’Argos parlent de ses thermes (qu’ils n’identifient jamais comme des thermes jusqu’à ce que l’archéologie moderne en découvre la vraie destination) et s’attardent sur son théâtre.
 
698c4 Argos, le théâtre
 
698c5 Argos, sièges du théâtre
 
Dans les descriptions, le nombre des rangs de gradins de la cavea varie du simple au double. Mais on comprend pourquoi lorsque l’on considère ce théâtre, et c’est visible sur mes photos, car le mauvais état de la pierre fait que sans monter pour compter, on distingue très mal les diverses rangées de gradins. Et il faut ajouter à cela que les rangées supérieures n’ont été dégagées que tardivement et qu’au lieu d’évaluer le nombre de rangées dissimulées certains voyageurs les ont complètement négligées. Une partie de la cavea a été directement taillée dans la roche de la colline, les gradins ne faisant qu’un avec la nature, tandis que sur les côtés il a fallu remblayer et rapporter des gradins taillés de façon conventionnelle. Sur ma seconde photo, je montre des sièges de premier rang, qui étaient réservés aux personnalités. Les Romains, qui préféraient les représentations à grand spectacle aux pièces de théâtre à texte, ont transformé le théâtre en bassin où ils représentaient des naumachies, c’est-à-dire des simulations de combats navals, avec de vrais bateaux, voguant et manœuvrant réellement.
 
698d1 Argos, vase de l'époque géométrique récente
 
698d2 Argos, vase de l'époque géométrique récente, lutt
 
Mais ce qui est le plus intéressant à Argos c’est son musée archéologique. Nous y avons passé un long moment de visite passionnante, mais j’ai déjà décrit tant de musées que je crains d’être fastidieux pour qui ne voit pas les objets “en vrai’”. Aussi vais-je essayer de me limiter à ce qui est le plus original, comme ce très grand vase tripode orné de dessins géométriques (…il est de l’époque géométrique récente), mais aussi de diverses scènes, comme cet oiseau ou surtout ces lutteurs.
 
698d3 Argos, Polyphème aveuglé par Ulysse (7e s. avt JC)
 
Cet autre vase est du septième siècle avant Jésus-Christ. Devant une stèle, à Catane, en Sicile, le 11 septembre dernier, j’ai raconté comment Ulysse et ses camarades, retenus prisonniers par le cyclope Polyphème qui se promettait de les manger tout crus, avaient mis à profit le sommeil de celui-ci pour durcir au feu l’extrémité d’un énorme pieu qu’ils enfoncèrent dans l’œil unique du cyclope, ce qui leur avait permis de lui échapper, suspendus à la longue laine sous le ventre de ses moutons alors que lui, aveugle désormais, palpait seulement leur dos pour vérifier si c’étaient des dos laineux ou humains. Puis, le 16 septembre, à Aci Trezza, nous avons vu les Faraglioni, les Récifs, énormes roches que Polyphème a lancées au hasard dans la mer, sans atteindre les navires d’Ulysse qui de loin s’était fait reconnaître et se moquait de lui. Ce que nous voyons sur ce vase, c’est la scène où Ulysse et ses compagnons aveuglent Polyphème.
 
698e1 Argos, statuette néolithique (vers 3000 avt JC)
 
Cette admirable statuette néolithique en terre cuite date des environs de 3000 avant Jésus-Christ. Même sans tête, sans mains, sans pieds, avec une jambe brisée, elle est remarquablement expressive, et son modelé est élégant et sensuel. Je la trouve exceptionnelle.
 
698e2 Argos, poterie d'une tombe à fosse, de Lerne
 
Si, quoique décidé à être rigoureux dans ma sélection, je montre ce pot, c’est parce que nous étions hier à Lerne, et qu’il provient de l’une des deux tombes à fosse protégées sous le hangar et que nous avons eu le privilège d’être autorisés à visiter.
 
698f1 Argos, casque et cuirasse, géométrique récent
 
À Nauplie avant-hier, nous avons vu un casque et une cuirasse du douzième siècle avant Jésus-Christ et un casque du onzième siècle. Ici nous pouvons les comparer avec ce casque et cette cuirasse qui ont quatre cents ans de moins (géométrique récent).
 
698f2 Argos, Dionysos au bouc (provenant du théâtre)
 
Ici, nous arrivons à une époque beaucoup plus récente, puisque ce Dionysos au bouc couché à ses pieds provient de la décoration du théâtre. Je rappelle que le théâtre est né en l’honneur du dieu Dionysos, qu’en grec le bouc se dit tragos et que le mot tragédie est dérivé du nom du bouc. Telle est la justification de cet animal aux pieds de cette statue et en ce lieu.
 
698f3 Argos, dieu Bès (faïence orientale)
 
Une mention spéciale pour cette très petite statuette du dieu égyptien Bès, une pièce de faïence qui vient de l’Orient et date du géométrique récent. Il est généralement représenté laid et souvent caricatural et certes ici il n’est pas façonné comme un Apollon, son visage disparaît sous sa barbe hirsute, mais au moins il n’est pas aussi ridicule que parfois. C’est un dieu protecteur du foyer et des femmes et à ce titre, tenant compte de la place et du rôle de la femme à cette époque, il se réjouit de la danse et du chant. Pas du bruit des armes, de la guerre, du sport.
 
698g1 Corinne, copie d'un original du 5e s. (vient des ther
 
698g2 Corinne, copie d'un original du 5e s. (vient des ther
 
Il m’est impossible de faire l’impasse sur cette statue trouvée au théâtre et copiant un original du cinquième siècle avant Jésus-Christ, parce qu’elle représente la poétesse thébaine Corinne dont j’ai, dans un lointain passé, étudié quelques fragments pour en tirer un article sur le style et la langue de cette concitoyenne et rivale du grand Pindare. Née à Tanagra, en Béotie, elle écrivait des poèmes lyriques en dialecte béotien (qui appartient au groupe éolien), alors que Pindare écrivait en un dorien teinté d’homérismes. On ne sait quand elle est née mais, comme Pindare né en 518 avant Jésus-Christ aurait été son élève, on peut penser qu’elle serait née dans la seconde moitié du sixième siècle, si toutefois les éléments connus de sa biographie ne sont pas légendaires. Une anecdote très suspecte, mais que l’on lit chez Élien, raconte que "le poète Pindare, prenant part à des concours à Thèbes, et ayant affaire à des auditeurs incultes, fut vaincu cinq fois par Corinne. Pindare, leur reprochant leur mauvais goût, traitait Corinne de truie" (à noter que pour un Grec, l’insulte de porc ou de truie qualifie quelqu’un de mal dégrossi, de rustique, en référence peut-être au dialecte béotien). Pausanias, qui a vécu bien des siècles après mais qui a vu une statue d’elle, pense que "le prix lui fut décerné tant à cause du dialecte qu'elle avait employé, qui était plus à la portée des Éoliens que le dialecte dorien dont Pindare se servait, qu'à cause de sa beauté ; car elle était la plus belle femme de son temps, s'il faut en juger par son portrait". Mais en sens inverse, au sujet d'une autre poétesse, Corinne aurait écrit des vers où elle s’insurge contre "Myrtis qui, étant femme, a osé s’opposer à Pindare". Face à de telles contradictions et notant dans les seuls extraits que l’on a d’elle et qui ont été copiés au deuxième siècle avant Jésus-Christ, que certains détails stylistiques tout comme certaines versions des mythes évoqués ne sont pas du sixième ou du cinquième siècle mais du second, des chercheurs rejettent en bloc ses biographies et la font vivre au second siècle. Cela dit, et indépendamment de cette polémique, c’est vrai qu’elle est très belle si l’on admet que cette statue est fidèle au modèle. Or cette sculpture en copiant une autre du cinquième siècle, l’original a pu être fait d’après nature si l’on admet que Corinne a vécu à cette époque, sinon cette statue du cinquième siècle n’a pas pu représenter une personne née au deuxième siècle… Bon, c’est compliqué, passons à autre chose.
 
698h1 Mosaïque, musée d'Argos
 
698h2 Mosaïque, musée d'Argos
 
698h3 Mosaïque, musée d'Argos
 
Dans la cour à l’extérieur du musée, sous un toit de protection, des mosaïques sont présentées sur le sol, mais sans le moindre commentaire, pas de date, rien. Tout ce que je peux en dire c’est qu’il y a une série qui représente des allégories des saisons, ma première photo en fait partie et représente l’été. Je peux aussi noter que la lettre grecque S (sigma) n’est pas dessinée comme en grec classique, mais comme à l’époque byzantine, sans pour autant que je sois capable de dater ces mosaïques. Et enfin, le costume des deux personnages de la troisième photo est plus moyenâgeux que grec ou romain de l’Antiquité. Malgré mon ignorance, j’ai souhaité montrer ces mosaïques parce que je les trouve belles. Mais il est temps maintenant pour nous, en cet après-midi bien entamé, de penser à nous restaurer dans une gargote sympathique en face de l’agora, et puis de rentrer sur Nauplie.

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Published by Thierry Jamard
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