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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 21:36

663a Île de Corfou, Arillas

 

Ayant muni nos téléphones de cartes SIM grecques, et armés d’une clé 3G grecque pour nous connecter à Internet de n’importe où, nous sommes partis pour faire un tour de l’île de Corfou. Samedi, nous avons suivi, depuis la capitale, la côte qui longe la mer sur la falaise, profitant de quelques échappées splendides. Comme la route est peu fréquentée, nous avons pu passer la nuit sur un terrain vague en bordure de route, tout au nord de l’île, quelques kilomètres après Kassiopi. Puis, dimanche, nous avons poursuivi notre route, toujours aussi près que possible de la côte. Sur notre carte au cent millième, après Sidari, les routes sont jaunes, la grand-route rouge rentrant directement vers la capitale à travers le centre de l’île. Les routes jaunes, cela effraie Natacha. Il est vrai qu’en Italie, sur des routes jaunes, nous nous sommes parfois trouvés dans des situations délicates avec notre engin de sept mètres de long et je ne sais combien de large. Mais tant pis, parce que je suis à la poursuite de Nausicaa aux bras blancs.

 

663b Île de Corfou, Arillas

 

663c Arillas, île de Corfou 

 Après dix ans de Guerre de Troie et dix ans d’errances (dont quand même sept avec Calypso et un avec Circé), Ulysse a fait naufrage et a perdu, avec son bateau, les derniers compagnons qui avaient survécu à ses diverses aventures. La mer l’a rejeté sur une plage des Phéaciens, nu, couvert de sel, épuisé. Il s’est endormi, mais Athéna qui toujours veille sur lui a soufflé en songe à Nausicaa aux bras blancs, la fille du roi Alkinoos, qu’elle devrait aller laver ses robes et prendre le char attelé de mules parce que les lavoirs sont loin. Et quand s’est levée l’Aurore aux doigts de rose, Nausicaa s’est réveillée et est allée aux lavoirs du fleuve avec ses suivantes laver les vêtements salis. Puis elles étendent les vêtements bien propres sur les rochers de la plage pour les sécher au soleil, elles se baignent, s’oignent d’huile parfumée et déjeunent sur la plage. Après quoi elles se mettent à jouer à la balle. Comme Athéna veut que Nausicaa et Ulysse se rencontrent, elle fait rater à l’une des suivantes la balle que lui envoie la princesse, la balle tombe dans le fleuve et toutes poussent des cris perçants. Alors Ulysse, qui dormait dans les buissons, se réveille, casse une branche feuillue pour cacher sa nudité et se dirige résolument vers le groupe de jeunes filles. Effrayées par cet homme nu et couvert de sel, toutes s’enfuient, sauf Nausicaa aux bras blancs, car Athéna a mis le courage en son cœur. Avec des paroles flatteuses et prudentes, Ulysse lui demande de lui donner des vêtements et de le secourir. Elle lui apprend qu’elle est la fille d’Alkinoos, le roi des Phéaciens, et appelle ses servantes aux beaux cheveux pour leur dire de secourir Ulysse. Les servantes déposent près du fleuve de beaux vêtements et une fiole d’huile, et Ulysse se lave dans le fleuve, s’oint d’huile parfumée et s’habille, et les servantes lui donnent à boire et à manger.

 

J’espère que ma mémoire ne me trahit pas, parce que je n’ai emporté en voyage ni mon Guillaume Budé du texte grec, ni ma traduction de Victor Bérard. Mais j’ai suffisamment souvent lu le texte d’Homère et sa traduction pour en avoir des souvenirs assez précis. La suite, c’est qu’Alkinoos reçoit Ulysse avec tous les honneurs et lui fournit un bateau et un équipage pour rentrer à Ithaque. Mais les archéologues n’ont pas retrouvé le palais d’Alkinoos, ce qui m’occupe c’est donc la plage des Phéaciens où Nausicaa aux bras blancs a rencontré Ulysse aux mille ruses. Or ici je trouve le fleuve Vongos de l’autre côté de ce promontoire à droite sur ma photo, et ici à Arillas il y a une plage pour jouer à la balle, avec des rochers pour étendre le linge. Une rue sur laquelle nous avons passé la nuit borde la plage, ce qui ne permet pas de voir s’il y avait autrefois des dunes et des buissons où Ulysse avait pu s’endormir. Dans la nuit, nous avons eu un terrible orage, la foudre est tombée là, juste à dix mètres de notre capot, et si au matin il fait beau la mer moutonne, ainsi on peut imaginer comment la mer a ballotté Ulysse vingt jours avant de le rejeter sur la plage. Mes deux photos ont été prises du même endroit, l’une dimanche soir quand l’air était serein, l’autre lundi matin, le calme revenu après l’orage.

 

663d Corfou, nord de la côte ouest 

663e Corfou, nord de la côte ouest 

Mais ce n’est pas Arillas qui se dit la plage de Nausicaa. Ou du moins je ne l’ai lu nulle part. Alors nous dirigeons nos roues vers le sud, toujours en suivant la côte. C’est un peu difficile, parce que notre GPS qui a tout le reste de l’Europe dans le ventre n’a pas la carte de Grèce, et les panneaux indicateurs manquent souvent aux carrefours. Et puis les routes, conformément aux craintes de Natacha, sont souvent bien étroites et tortueuses. Ce qui nous retarde aussi, ce sont les haltes photos.

 

663f Île de Corfou, Ermones 

663g Île de Corfou, Ermones 

663h Ermones, île de Corfou 

Nous voici à Ermones, le bourg qui prétend posséder la plage où Ulysse a été rejeté par la mer, puis secouru par Nausicaa. Je ne sais qui a soufflé cette idée aux auteurs des livres que j’ai lus et aux habitants du lieu, mais ou bien j’ai rêvé le texte d’Homère et il n’a pas du tout raconté la scène telle que je crois me la rappeler, ou bien il est clair qu’il faut choisir une autre plage, Arillas ou je ne sais quelle autre. D’abord, ni sur la carte, ni sur le terrain je n’ai trouvé de fleuve à proximité, or il semblerait curieux, après avoir lavé le linge, d’aller l’étendre au soleil à de nombreux kilomètres. Ensuite, il n’y a pas d’autre plage à Ermones que celle où nous sommes allés, par une route extrêmement étroite où nous passions tout juste, qui se termine en cul de sac, et où je n’ai pu faire demi-tour qu’en mettant le porte-à-faux arrière au-dessus du vide, les roues arrière à quelques centimètres du vide. Mur rocheux à droite, falaise au-dessus d’une plage de rochers à gauche, ni autrefois ni aujourd’hui Ulysse n’aurait trouvé une dune et des buissons pour s’endormir, et il aurait été impossible aux jeunes filles de jouer au ballon sur cette très étroite plage de galets et de rochers. Je ne suis pas Schliemann, je n’ai pas trouvé le palais d’Alkinoos et ma proposition d’Arillas est entre parenthèses, mais je suis presque sûr que la proposition d’Ermones est fantaisiste.

 

Et sur ce, nous sommes retournés vers la capitale. Pendant ces trois jours nous avons vu des paysages somptueux, nous avons pénétré à l’intérieur du pays, mais nous n’avons pas fait de découverte archéologique qui fixe nos noms pour l’éternité dans le livre d’or des grands savants...

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Published by Thierry Jamard
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Jean-Marie LETIENNE 28/03/2011 22:23


Content de voir revoir. J'espère que cette promenade grecque a été une réussite.
Bien amicalement


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