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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 22:46

Le peintre italien Giorgio de Chirico (1888-1978) est évidemment bien connu. Nous étions encore en France lorsqu’il a été exposé début 2009 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, mais nous l’avons manqué. Nous nous sommes rattrapés en allant voir l’exposition de ses œuvres à Rome quelque temps après, apparemment la même exposition qu’à Paris. Ai-je su qu’il était né à Volos et l’ai-je oublié, je ne saurais le dire. Oui, probablement, je l’ai lu dans sa biographie affichée sur un grand panneau à l’entrée de l’exposition, mais à l’époque Volos n’était pour moi que le nom d’un port de Thessalie, rien de plus, et ce jour-là je ne me suis même pas étonné de cette naissance en Grèce, qui pourtant explique la présence dans ses tableaux de colonnes et autres éléments architecturaux antiques. La raison de cette naissance à Volos du petit Giorgio s’explique par le contrat de construction des chemins de fer de Thessalie, obtenu par son père l’ingénieur Evaristo de Chirico qui s’est transporté sur place avec sa famille pour travailler plusieurs années durant sur ce projet. De là aussi la prédilection de Giorgio pour les trains dans ses tableaux.

811a1 Musée du chemin de fer du Pélion

 

Le petit train à vapeur du Pélion roulait sur une voie extrêmement étroite de 0,60 mètre (alors que l’écartement britannique adopté par la France et presque toute l’Europe est de 1,435 mètre, et qu’il est de 1,524 mètre dans les pays de l’ex-Union Soviétique et de 1,668 en Espagne et au Portugal) dont on ne trouve guère d’équivalent dans le monde qu’en Inde, exception faite de voies de mines, de voies touristiques locales, etc. Cette ligne est évoquée dans un petit musée des chemins de fer de Thessalie situé à l’étage de la gare de Volos, que l’on peut visiter sur demande. Demande que nous avons faite, bien sûr. Et un monsieur fort aimable nous en a ouvert la porte et nous a laissés libres de circuler et de photographier, attirant parfois notre attention sur des objets que nous ne remarquions pas ou donnant –en grec et par gestes expressifs– les nécessaires explications. Ci-dessus, dans la bibliothèque, le Dictionnaire des chemins de fer, et d’autres ouvrages sur le sujet.

811a2 Musée du chemin de fer du Pélion

 

811a3 Musée du chemin de fer du Pélion

 

811a4 L'entreprise Evaristo de Chirico

 

On peut voir dans ce musée la genèse du train, avec les originaux des dessins techniques, comme ci-dessus les voies et un modèle de gare (selon l’importance de la station, il y avait trois modèles de gares). Et puis le tampon de l’entreprise. Difficile, dans cet état réduit de la première photo, de lire le titre, Éléments de résistance du rail. Sur la seconde photo, on distingue mieux Plan du rez-de-chaussée, et même avec de bons yeux la destination de chacune des salles. Et le tampon de la troisième photo est bien lisible. On se rend compte que dans cette entreprise créée par un ingénieur italien pour travailler en Grèce, tout est en langue française... Sur une autre page, que je ne publie pas parce qu’elle est déjà difficilement lisible sur place dans le musée, sont représentés les profils de lignes, en coupe donnant les cotes d’altitude point par point, et l’on voit que ces études ne se limitent pas au Pélion, puisqu’il y a l’étude d’une ligne de Volos à Larissa et d’une autre ligne de Velestino (Phères, près de Volos) à Kalambaka (au pied des Météores). La construction de ces lignes, mises en service respectivement en 1884 (61 kilomètres) et en 1886 (142 kilomètres) a précédé celle de Volos à Milies (28 kilomètres) ouverte peu à peu de 1892 à 1903. Cette dernière a fermé en 1971. Il est à noter, pour la gare de Volos, une particularité unique au monde : la ligne de Milies à 0,60 mètre, la ligne de Larissa à 1,00 mètre (désormais passée au standard international) et la ligne d’Athènes et Thessalonique à 1,435 mètre. Trois standards. De sorte que l’on peut voir encore aujourd’hui sortir de la gare une voie à quatre rails, l’un servant à tous les trains, et les trois autres distants du premier de 0,6 mètre, 1 mètre, 1,435 mètre.

811b1 Musée du chemin de fer du Pélion

 

811b2 Risque d'incendie

 

Il y a également toutes sortes de souvenirs, affiches indiquant le prix du billet, tickets compostés (première photo), indications de sécurité (seconde photo) destinées à éviter les incendies “Il est formellement interdit de jeter hors des voitures des cigarettes ou des cendres incandescentes. Les contrevenants feront l’objet d’une plainte”. En effet la végétation est abondante et comporte une forte proportion de résineux, il y a beaucoup de sources mais elles s’écoulent dans des lits étroits et le soleil est chaud, desséchant la terre, une cigarette jetée par la fenêtre peut provoquer un incendie dévastateur.

811b3 Sifflet à vapeur du chemin de fer du Pélion

 

On peut voir aussi de nombreux objets techniques de mesure et de commande, des plaques constructeur provenant de locomotives, etc. Je me limiterai à montrer ici cet objet, sifflet à vapeur pour locomotive. La vapeur sous pression arrive à l’intérieur, et si le mécanicien abaisse la poignée, la vapeur passe par le sifflet, qui retentit.

811c1 Chemin de fer du Pélion, par Evaristo de Chirico

 

Parmi les affiches et les photographies anciennes en noir et blanc, je choisis celle-ci qui montre le train du Pélion lors de ses débuts. Aujourd’hui, la voie n’a pas été arrachée, et elle est visible près de la route en bordure de mer, parfois même sur la route, noyée dans le macadam. D’ailleurs, de 1988 à 1994, le train a circulé, pour les touristes, dans les rues mêmes de la ville.

811c2 Chemin de fer du Pélion, oeuvre d'Evaristo de Chiric

 

Quittons à présent le musée. J’enchaîne avec quelques autres photos qui sont placardées dans la gare de Milies, petite localité au sein de la montagne du Pélion, terminus de la ligne venant de Volos. Ci-dessus, on voit le train franchissant un viaduc métallique. Evaristo de Chirico est en effet contemporain de notre Gustave Eiffel national, et l’usage de l’acier pour construire des structures légères et souples est alors le summum de la technique moderne.

811c3 L'autobus de Milies

 

Légendée à la main, cette photo montre l’autobus de (vers) Milies. Nul doute que ce chemin de fer soit un moyen de transport plus sûr. Néanmoins la ligne ayant été ouverte à la fin du dix-neuvième siècle, cet autobus est postérieur puisqu’à cette époque le chemin de fer n’était plus une nouveauté (Balzac, mort en 1850, a utilisé le train pour son dernier voyage vers Madame Hanska, jusqu’en Ukraine), tandis que l’automobile en était à ses balbutiements.

811c4 L'ingénieur italien Evaristo de Chirico

 

Il est nécessaire de montrer le visage de l’auteur du train. La légende de la photo dit “Le chef de l’entreprise constructrice des chemins de fer thessaliens, l’ingénieur italien E. de Chirico”.

811d1 Locomotives du chemin de fer du Pélion

 

La gare de Volos construite à la fin du dix-neuvième siècle pour les trains de Thessalie est encore en service aujourd’hui mais en voies d’écartement standard et pour des trains reliant Athènes, Larissa, Thessalonique. On y voit, sagement rangées au fond, les vieilles locomotives à vapeur pour voie étroite.

811d2 Le chemin de fer du Pélion

 

811d3 Le chemin de fer du Pélion à Ano Lekhonia

 

811d4 Le chemin de fer du Pélion

 

Pour le plaisir des touristes, la vieille ligne a été remise en service. Hors juillet et août, le train ne circule que les samedis et dimanches du printemps à l’automne. La première partie du trajet, de Volos à Ano Lekhonia, n’est plus praticable, la voie étant en grande partie –comme je le disais plus haut– noyée dans la chaussée des voitures, parfois des maisons ont été construites là où elle passait. Mais à partir du moment où elle s’enfonce dans la montagne, n’étant plus en concurrence avec la route, elle a pu être remise en service. Pour le prix de 18 Euros pour l’aller et retour, on peut partir de la gare d’Ano Lekhonia à 10 heures et monter en une heure et quart ou une heure vingt (avec arrêt de 15 minutes à Ano Gatzea) jusqu’au terminus de Milies situé 16 kilomètres plus loin. On dispose alors de quelques heures pour visiter le village, puisque pour la descente le train repart à 15 heures. La vapeur crachée par la cheminée de la locomotive n’est pas blanche et elle sent le pétrole, les bielles actionnant les roues sont invisibles et le bruit de la vapeur dans les cylindres rappelle étrangement la sonorité d’un gros moteur diesel de camion, mais il faut faire semblant d’y croire. Une vraie machine à vapeur –une seule– est encore en service pour des occasions très spéciales, paraît-il.

811e Chemin de fer du Pélion, la gare de Milies

 

811f1 La plaque tournante à Milies

 811f2 La plaque tournante à Milies

 

En gare de Milies, la locomotive doit changer de direction. On la détache des wagons, elle va jusqu’à l’aiguillage et revient sur la voie d’à côté puis roule jusqu’à une plaque tournante où on va lui faire faire demi-tour. La plaque n’étant pas mécanisée, on fait appel aux passagers pour donner un coup de main aux employés.

811g1 La ligne du chemin de fer du Pélion

 

811g2 Ouvrage d'art sur la ligne de chemin de fer du Pélio

 

L’établissement de la ligne a supposé une infrastructure difficile et coûteuse. Déjà, une route nécessite de grands travaux en montagne, mais les roues de train métal contre métal ne peuvent s’accommoder que de pentes très faibles, les courbes doivent avoir un grand rayon, ces contraintes exigent encore plus d’ouvrages d’art qu’une route. Au total, pour cette petite ligne de Volos à Milies, Evaristo de Chirico aura construit deux tunnels et neuf ponts. Ci-dessus, on voit comment est franchie une hauteur, soit à ciel ouvert en ouvrant la voie à l’explosif entre deux parois abruptes, soit en creusant un tunnel.

811g3a Ouvrage d'art sur la ligne de chemin de fer du Péli

 

811g3b Ouvrage d'art sur la ligne de chemin de fer du Péli

 

À l’inverse, lorsqu’il faut franchir une vallée, les ingénieurs conçoivent des viaducs. Cette vallée-ci n’est pas trop profonde, on a pu y construire les piles de pierre de ce viaduc.

811g4a Ouvrage d'art sur la ligne de chemin de fer du Péli

 

811g4b Ouvrage d'art sur la ligne de chemin de fer du Péli

 

Là, au contraire, la gorge est très profonde, les travaux pour y monter des piles de pierre seraient très coûteux. Puisqu’elle est étroite, elle se prête bien à un viaduc métallique jeté d’un bord à l’autre. C’est celui que nous avons vu sur la photo ancienne. On a remarqué qu’il coupe en ligne droite pour les employés piétons, tandis que de l’autre côté il suit une courbe douce pour la voie ferrée. Ingénieuse disposition qui permet de mettre le train en position pour attaquer le flanc de la vallée, tout en jetant un pont aussi court que possible, quitte à le faire plus large.

 

811h1 Musée de l'olive à Ano Gatzea

 

800h2 Musée de l'olive à Ano Gatzea

 

811h3 Musée de l'olive à Ano Gatzea

 

Voilà terminé notre voyage en train. Le temps dont nous avons disposé à Milies a été suffisant pour que nous puissions visiter le village. J’en parlerai dans un prochain article qui traitera de notre visite du massif du Pélion. En revanche, le petit quart d’heure d’arrêt à Ano Gatzea, dont une partie a été consacrée à faire des photos du train et de la gare, ne nous a pas permis de jeter le moindre coup d’œil au village. Mais il y a, mitoyen de la gare, un musée de l’olive et de l’huile d’olive qui n’ouvre ses portes que lors du passage du train à l’aller, c’est-à-dire deux fois un quart d’heure par semaine, car sinon il n’aurait malheureusement aucun visiteur. Et c’est dommage, parce qu’il est petit mais sympathique, et le monsieur qui nous y a reçus est souriant, accueillant et répond avec compétence aux questions. Et puis, même sans poser de questions, la présentation intelligente permet de trouver à chaque endroit les explications nécessaires. Quelques (brèves) minutes de plaisir lors de la halte à mi-parcours. Il me semble donc préférable d’en parler ici plutôt que dans l’article sur le Pélion. Les photos ci-dessus se passent, je pense, de commentaires, sauf peut-être la dernière, qui représente la fabrication du savon à partir de l’huile d’olive.

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Published by Thierry Jamard
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miriam 10/10/2012 10:25

A Pâques il ne circulait pas, nous avons fait la randonnée à partir de Milies à pied

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