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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 16:05

La côte des Pouilles, le talon de la botte italienne et au-delà sur la jambe, suit une ligne sud-est/nord-ouest. Nous avons quitté Bari et, suivant la côte vers le nord-ouest, nous arrivons à Trani après une cinquantaine de kilomètres. Ce faisant, nous avons négligé en chemin trois villes qui méritent une visite, Giovinazzo, Molfetta et Biseglie, mais nous reviendrons.

 

À l’époque romaine, la gens Bæbia avait un grand domaine agricole. Pour le cultiver, elle a créé là un village d’esclaves paysans, première urbanisation de Trani. En 545, les Goths conduits par leur roi Totila n’ont pas laissé pierre sur pierre et ont massacré toute personne qui n’avait pas réussi à prendre la fuite à temps. Puis les Lombards sont arrivés. C’était un peuple germanique, grand, blond, au crâne rasé et à la barbe non taillée d’où leur surnom de Lombards, en italien moderne Longobardi, déformation de longa barba. En fait, le nom de ce peuple était les Vinnili. Ils ont commencé à occuper l’Italie par le nord en 568 avec l’intention d’y rester : à preuve, ils venaient avec un chariot chacun, où ils amenaient femme et enfants avec tous leurs biens. Au contact des populations romaines ils se sont convertis au christianisme progressivement à partir du début du septième siècle. Il semble qu’ils aient été déjà convertis quand ils sont arrivés à Trani, à une date difficile à définir, mais le premier évêque de Trani depuis le passage des Goths était un Lombard, qui a pris en charge son évêché en 663. En 774, c’est Charlemagne qui arrive, défait les Lombards, mais il ne vient pas en envahisseur, il se contente de se proclamer roi des Lombards. Le gastald lombard du lieu était à Canosa, à une petite quarantaine de kilomètres dans les terres, et quand les Sarrasins détruisirent Canosa au neuvième siècle le Gastald alla s’installer à Trani, suivi de nombreux fuyards. Je ne m’étendrai pas sur la suite, la conquête du Normand Robert Guiscard en 1071, etc. On la connaît, cette suite.

 

La civilisation normande mariée au christianisme a profondément changé la société, puis le pays a été soumis aux influences extérieures, aux échanges, à l’évolution du monde. Toutefois parmi les coutumes qu’avaient apportées les Lombards, deux se sont maintenues dans les campagnes des Pouilles jusqu’à nos jours (le petit livre où je lis cette information est de 2002), c’est le Mundio, l’autorité absolue du chef de famille, et le Morghencap, la preuve de virginité de la mariée.

 

630a1 Trani, cathédrale San Nicola Pellegrino

 

630a2 Trani, la cathédrale dans le Voyage de Saint-Non 

Saint Nicolas le Pèlerin est un Grec né en Attique, qui s’est fait moine et qui n’avait à la bouche que les mots Kyrie eleison (Seigneur, prends pitié). Considéré comme fou par tous, y compris dans son monastère, il partit comme pèlerin, passa en Italie du sud qu’il parcourut avec en main un grand crucifix en guise de bâton de pèlerin et répétant Kyrie eleison. Ascète et poursuivant sans relâche son pèlerinage et ses prédications, il mourut d’épuisement à Trani en 1094. La construction de la cathédrale de Trani a commencé en 1099, année de la canonisation de saint Nicolas le Pèlerin à qui elle est consacrée. Là à la fin du quatrième siècle ou au tout début du cinquième avait été construit un modeste lieu de culte sur lequel, à la fin du cinquième siècle, avait été bâtie une première église consacrée à Santa Maria della Scala, Sainte Marie de l’Escalier. Construite en partie sur les fondations de cette église, la cathédrale a été achevée en 1143. À la suite de ma photo, je montre une gravure extraite du Voyage de Saint-Non à la fin du dix-huitième siècle. Cette cathédrale située sur un promontoire juste au-dessus du port règne sur la mer. Pour nous, ici, je peux parler de chance si nous n’avons pas trouvé de camping ou d’aire spécialisée pour nous accueillir parce que, tout au bout du port, sous le rempart et sous l’escalier qui a valu son nom à l’église primitive, nous avons trouvé un parking qui a accueilli notre demeure. Merveilleux emplacement, le long de la mer et au pied de la cathédrale.

 

630a3 Trani, la cattedrale San Nicola Pellegrino

 

630a4 Clocher de la cathédrale de Trani 

630a5 Trani, la cathédrale Saint Nicolas le Pèlerin

 

Puis, dans la première moitié du treizième siècle, on a commencé la construction de ce campanile de presque 60 mètres de haut. À base quadrangulaire, il s’achève en haut par un octogone. Ses fenêtres, géminées en bas, deviennent triples puis quadruples vers le haut, enfin c’est un alignement de cinq arcades. Ma troisième photo ci-dessus montre le flanc sud de la cathédrale, avec la base de ce campanile. Du côté de l’est on voit les trois absides, celle du centre très imposante.

 

630b1 Cathédrale de Trani 

630b2 Cathédrale de Trani 

630b3 Cathédrale de Trani 

Mais revenons à la façade principale, à l’ouest, pour en examiner quelques détails. D’abord, en haut de l’escalier, on trouve de part et d’autre du portail le lion traditionnel des cathédrales romanes des Pouilles et d’ailleurs. L’homme qu’il a saisi entre ses pattes tente de se dégager en repoussant son cou, tandis que le lion regarde sur le côté d’un air, ma foi, plutôt débonnaire. Au-dessus, une grande fenêtre est ornée de lions et d’éléphants, animaux que l’on retrouve partout dans la région. Le portail, lui, est orné sur tout son pourtour de sculptures fines et expressives dont voici deux exemples. Un être fantastique avec une tête et un buste de femme, mais dont le corps repose sur deux pattes griffues d’oiseau de proie à l’avant, et s’achève en arrière-train de cheval. Et un homme nu qui tombe tête la première, tandis qu’un oiseau au long cou, peut-être une oie, qu’il attrape par la queue lui prend le pied dans son bec.

 

630b4 Trani, rosace de la cathédrale 

Quoique n’étant pas sculptée avec la même finesse de dentelle de pierre que certaines de ses sœurs, à Otrante par exemple, cette rosace est du plus bel effet. Et le cercle central est divisé par des rayons en huit secteurs tous différents dont certains sont arabisants et qui sont tous très beaux.

 

630b5 Cattedrale di Trani 

630b6 Cathédrale de Trani 

Sur les côtés du bâtiment comme dans les angles surgissent des sculptures qui appartiennent au bestiaire médiéval ou qui représentent des figures humaines et qui constituent une décoration dont la présence évite toute monotonie des surfaces.

 

630c1 Cathédrale de Trani 

630c2 Cathédrale de Trani 

À l’intérieur, l’église est de plan basilical à trois nefs, mais les colonnes qui délimitent ces nefs sont géminées, ce qui est unique en ce qui concerne les églises romanes des Pouilles. Au vingtième siècle, lors de grandes restaurations menées des années quarante aux années soixante, a été éliminée toute la décoration baroque qui avait été ajoutée quelques siècles auparavant et ont été détruites les chapelles latérales des quinzième et seizième siècles, pour rendre à la cathédrale sa pureté de lignes originelle.

 

630d1 Porte ancienne de la cathédrale de Trani 

630d2 Porte ancienne de la cathédrale de Trani 

À la fin du douzième siècle, Barisano da Trani a réalisé pour la cathédrale ce merveilleux portail en bronze décoré de trente-deux panneaux comme celui que je montre en gros plan. Le portail a été déposé dans la nef latérale gauche. On peut ainsi l’admirer à loisir.

 

630e1 Crypte haute de la cathédrale de Trani 

En descendant, on se rend compte que le sous-sol est divisé en plusieurs parties sur plusieurs niveaux. Nous sommes ici dans la première crypte dont le plan est simple. Elle est constituée de l’ancienne église paléochrétienne Santa Maria della Scala, exactement située sous la nef, les colonnes reposant sur les murs de la crypte. Puisque cette crypte était l’église primitive, il est logique qu’elle se trouve au niveau du sol, et cela explique le pourquoi de ce grand escalier sur la façade, la cathédrale bâtie à l’aube du douzième siècle lui étant superposée. Il est émouvant de se trouver dans un lieu de culte aussi ancien, mais l’intérêt en est aussi ailleurs.

 

630e2 Crypte haute de la cathédrale de Trani

 

630e3 Crypte haute de la cathédrale de Trani

 

630e4 Crypte haute de la cathédrale de Trani 

L’intérêt est aussi dans les fresques qui, en certains endroits, sont très abîmées mais qui, en d’autres, sont d’une très grande richesse. Sur cette voûte sur croisée d’ogives sont représentés les quatre évangélistes. En bas, le plus visible est saint Marc avec son lion qui est doté d’ailes. Sur la droite, on a un peu de mal à identifier l’aigle qui accompagne saint Jean. À gauche, c’est saint Matthieu qui généralement a pour symbole un homme, ce qui signifie qu’ici dans cet homme ailé il ne faut pas voir un ange, mais un homme que l’artiste a doté des mêmes ailes que le lion de saint Marc. En haut, mais caché sur ma photo, saint Luc est accompagné de son bœuf, ailé également. La seconde photo représente saint Théodore sous les traits de ce jeune cavalier blond. Je ne pouvais manquer de le montrer puisque mon prénom, Thierry, est usuellement traduit en latin Theodoricus, diminutif du grec Theodoros, même si c’est un contresens puisque le nom franc, donc germanique, Thierry vient de theûd rik, peuple puissant, ce qui n’a rien à voir avec le composé grec Theou-dôron, don de Dieu. Quant à la Madone de ma troisième photo, elle est clairement byzantine mais malheureusement les moisissures l’ont fait virer au vert.

 

630f1 Crypte basse de la cathédrale de Trani 

630f2 Crypte basse de la cathédrale de Trani 

Nous arrivons ici dans l’autre crypte, organisée plutôt comme une autre église, qui occupe tout l’espace sous le chœur et qui en suit les contours, avec ses trois absides. Sa largeur est de la profondeur du chœur et ses absides sont sur l’un des grands côtés, autrement dit elle est perpendiculaire au plan de la cathédrale supérieure. C’est la crypte de saint Nicolas Pèlerin qui repose sur vingt-huit colonnes de marbre grec supportant quarante-deux voûtes, et par quoi a commencé la construction de la cathédrale, la construction de la crypte s’étant étalée sur une quarantaine d’années, de 1099 ou, si les travaux de fouilles, de dégagement et de fondations ont pris quelques mois, du tout début du douzième siècle jusqu’à 1142. Vaste, exceptionnellement haute et aérée, construite au niveau du sol, cette crypte est unique en son genre, et largement différente de l’autre crypte, plus basse, plus sombre, à demi enterrée, qui donne une impression plus habituelle.

 

630f3 Crypte basse de la cathédrale de Trani 

630f4 Trani, cathédrale, crypte, St Nicolas Pèlerin 

Cette crypte est celle du saint, et c’est parce que l’évêque voulait y héberger les reliques de saint Nicolas lorsqu’il a été canonisé cinq ans seulement après sa mort que l’on a commencé par la construction et l’aménagement de cette crypte. La statue le représente pieds nus, avec le grand crucifix qui, sa vie durant, lui a servi de bâton de pèlerin, et en bandoulière le petit sac où il transportait son unique bien.

 

630g1a Trani, le château souabe

 

630g1b Trani, le château souabe 

Quittons la cathédrale pour jeter un œil sur le château souabe. L’empereur Frédéric II souhaitait placer partout des châteaux laïcs pour contrebalancer le pouvoir et la puissance des cathédrales chrétiennes. Il a posé en 1230 la première pierre de ce château, aussi imposant que la cathédrale et, comme elle, situé face à la mer. Trois ans plus tard, la construction était achevée, mais les fortifications ont été ajoutées en 1249. Son fils Manfred y a célébré ses secondes noces avec Hélène d’Épire.

 

630g2 Trani, Cour d'Appel des Pouilles 

Poursuivons rapidement notre petit tour en ville. Voici d’abord, sur la place de la cathédrale, la belle façade de la Cour d’Appel des Pouilles.

 

630g3 Trani, église San Francesco 

Cette église est consacrée à San Francesco. On ignore la date de construction de ce bâtiment situé à l’origine hors les murs mais l(église apparaît dans un document de 1121, elle est donnée en 1168 à l’abbaye Cava dei Tirreni et, en 1176, elle obtient l’exemption de tout droit épiscopal. Les Franciscains à qui ce bâtiment de style roman des Pouilles est attribué en 1537 en allongent l’abside, originairement semi-circulaire, eu un chœur rectangulaire, et préfèrent le dédier à leur saint fondateur saint François d’Assise plutôt qu’à la Sainte Trinité comme c’était le cas jusque là.

 

630g4 Trani, l'ancienne synagogue 

À Trani vivait une importante communauté juive qui comptait quatre synagogues, dont seulement deux restent vouées au culte israélite aujourd’hui. Ma photo montre la plus petite des quatre, construite à l’époque de Frédéric II. Puis elle a été transformée en église catholique consacrée à Santa Maria de Cara, puis à San Francesco Saverio, et enfin à Saint Léonard. Les sœurs Clarisses dont le monastère est proche l’ont utilisée à partir de 1883 comme église du couvent. Elle est utilisée aujourd’hui comme entrepôt.

 

630h1 Trani, église San Giovanni Lionelli 

630h2 Trani, église San Giovanni Lionelli 

630h3 Trani, église San Giovanni Lionelli 

L’église San Giovanni Lionelli était consacrée à son origine, au quatorzième siècle, à saint Jean Baptiste, puis au quinzième siècle, quand elle s’est trouvée intriquée dans la construction d’un hôpital puis du couvent des Clarisses de Saint Jean Lionelli elle a été consacrée à saint Jean l’évangéliste. Il y a quelques années seulement qu’on lui a rendu l’aspect qu’elle avait aux seizième et dix-septième siècles.

 

630h4 Trani, église San Giovanni Lionelli, Visitation 

Parmi les magnifiques œuvres d’art que l’on peut y admirer, je ne montrerai que cette peinture représentant la Visitation. Mais le sol, les peintures, les décorations en sont magnifiques.

 

630h5 Trani, l'église Saint Martin 

Ici, je suis très déçu. Un petit livre que j’ai acheté au sujet d’une certaine église dédiée à saint Martin de Tours ne dit pas que cette église ne peut être visitée. Il ne dit pas non plus pourquoi a été choisi ici comme patron de cette église ce Martin, païen hongrois qui s’est converti au christianisme et est devenu évêque de Tours, qui est célèbre pour sa générosité symbolisée sous la forme de son manteau qu’il a coupé en deux d’un coup de son épée pour revêtir de la moitié un pauvre nécessiteux. Mon petit livre, un plan, et en avant. Je me trouve dans cette petite rue et ne vois pas d’église. Un peu plus loin, de part et d’autre de la rue, deux dames discutent le coup de balcon à balcon. Je les interpelle et leur demande où est cette église, au sujet de laquelle je vois, en outre, un panneau près d’un mur. Elle me disent de pousser la porte du porche qui se trouve non loin du panneau (sur ma photo, on voit ce panneau et le porche sur la porte duquel flotte un papier sans aucun rapport avec l’église). Dans une petite cour sale, sur le côté gauche, un escalier descend vers une porte vitrée derrière des grilles. Ce doit être mon église qui, datant du huitième siècle, se trouve aujourd’hui à deux mètres cinquante sous le niveau de la rue qui, au cours des siècles, est monté du fait de l’accumulation de matériaux et des constructions nouvelles à chaque fois édifiées au-dessus des anciennes. Je mets le flash et prends plusieurs photos en réglant des distances différentes, puisque je ne vois rien et ne peux évaluer la profondeur de l’église, mais rien n’apparaît, mes photos sont toutes noires… Le 10 janvier 2008, au cours d’une belle cérémonie dans la cathédrale, l’archevêque de Trani a remis l’église Saint Martin au métropolite de l’Église orthodoxe roumaine de Paris pour l’Europe de l’ouest et du sud aux fins d’usage pastoral et cultuel au bénéfice des Roumains orthodoxes. D’après ce que j’ai vu (et surtout pas vu), c’est un magnifique cadeau historique, mais un drôle de cadeau pour l’usage.

 

630i1 Trani 

630i2 Trani 

Laissons donc là les monuments et allons faire une petite promenade vers la mer. La première de ces deux photos est prise au zoom en position de léger téléobjectif (78mm, ce qui correspondrait à 125mm en photo argentique) depuis le parking où est installé notre camping-car, ce qui permet d’apprécier la vue dont nous jouissons au réveil à travers nos fenêtres. La seconde est prise un peu plus loin, sur le port de pêche.

 

630i3 Trani 

Quant à cette photo-ci, elle est prise depuis l’autre côté du port. On voit la magnifique cathédrale qui se dresse au-dessus du mur de l’ancien rempart, quasiment au bord de l’eau. Et notre parking est situé entre ce rempart et la mer, sous l’abside semi-circulaire. Nous aimons Trani, non seulement elle est belle mais son atmosphère est sympathique. Mais nous ne pouvons nous y éterniser et il va bien falloir partir.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

panxika 21/09/2016 17:45

Un grand merci pour votre blog qui m'enchante

sonrier 02/06/2015 12:38

merci de faire partager ces instants . nous avons voyagé dans ce Pays en ccar mais c'est une ville que nous n'avons pas faite. A découvrir de part son histoire... annie

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  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
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