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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 18:37
Nous avons quitté Melun il y a 26 mois. Natacha, en juillet 2010, est allée quelques jours à Varsovie pour un congrès, puis à Grodno (Biélorussie) voir son père, mais moi je n’ai encore fait aucune pause dans notre long voyage culturel. Cette fois, c’est décidé, nous laisserons le camping-car en sécurité au camping d’Athènes et nous passerons les fêtes de fin d’année avec ma famille, après avoir passé trois semaines à Grodno.
 
Programme et itinéraire :
– Athènes-Paris le 18 novembre, Paris-Varsovie le 23, en car vers Grodno le 28
– Grodno-Varsovie en train le 18 décembre, Varsovie-Paris le 19.
 
Nous avions prévu le retour à Athènes le 30 janvier, mais un imprévu nous a fait modifier notre calendrier, et nous avons dû retourner à Grodno :
– Paris-Varsovie via Amsterdam le 6 février par KLM, et Varsovie-Grodno en autocar le 8
– Grodno-Varsovie en train le 28 février, Varsovie-Paris via Amsterdam le 29, Paris-Athènes le 2 mars.
 
Nous sommes donc passés brièvement quatre fois par Varsovie, ce sera le sujet de mon article d’aujourd’hui, et par la suite je parlerai dans d’autres articles de Grodno, d’Amsterdam et de Paris.
 
779a Entre le Péloponnèse et la Grèce centrale, le pont
 
En guise d’introduction, une image prise en vol après le décollage d’Athènes. On survole ici le profond golfe fermé par l’isthme de Corinthe, entre le Péloponnèse et le Grèce centrale, et c’est ici l’entrée du golfe, à l’ouest, où un grand et beau pont a été jeté à l’occasion des Jeux Olympiques de 2004, reliant Rio et Antirrio. Il y a des reflets sur la vitre du hublot, la luminosité est forte, mais on arrive à le distinguer sur ma photo. Sur la rive nord, c’est-à-dire vers le bas de ma photo, se trouve la ville de Naupacte, devant laquelle a eu lieu la célèbre bataille navale de Lépante qui a vu le succès des armées chrétiennes coalisées contre la flotte ottomane le 7 octobre 1571 (mon article du 5 août 2010 pour l’histoire, et celui que j’ai daté janvier-février 2011 pour les photos). C’est donc dans le golfe à gauche du pont qu’il convient d’imaginer l’événement.
 
779b1 Dans les rues de Varsovie
 
779b2 Dans les rues de Varsovie
 
Deux vues de Varsovie, la première près du château royal qui est juste là sur la gauche (non visible sur ma photo), la seconde dans une grande rue chic du centre ville, Nowy Swiat (rue du Nouveau Monde).
 
779b3 Varsovie, Stare Miasto (la Vieille Ville)
 
779b4 Varsovie, Stare Miasto (la Vieille Ville)
 
779b5 Varsovie, Stare Miasto (la Vieille Ville)
 
Autre lieu célèbre et touristique de la ville, cette immense place du Marché de la Vieille Ville (Rynek Starego Miasta). On sait que Varsovie a été ravagée lors de la Seconde Guerre Mondiale. Il ne restait plus rien des maisons des 17e et 18e siècles qui bordaient cette place, et celles que l’on voit aujourd’hui sont une reconstruction à l’identique des bâtiments anciens. Dans la cave de l’un de ces immeubles vivait un monstre, le Basilic, qui par son regard changeait en pierre qui l’approchait. C’est un tailleur ambulant qui eut raison de lui en lui présentant un miroir. L’imbécile se changea lui-même en pierre. Une histoire qui rappelle celle de Méduse dans la mythologie grecque. À Poznan, à Cracovie, l’hôtel de ville ou le marché occupe le centre de la place. Il en allait de même à Varsovie, ce qui explique l’ampleur des lieux, mais on l’a abattu en 1817. C’est sur cette place qu’avaient lieu les exécutions capitales, mais aussi les foires. En novembre, nous y avons vu le marché de Noël.
 
779b6 Varsovie, Stare Miasto, Monument de la Sirène (pomni
 
Sur cette place, un peu excentré, se dresse le Monument de la Sirène (Pomnik Syreny).. Trouvant agréables les abords de la Vistule, cette sirène décida de s’y implanter. Mais elle libérait les poissons des filets des pêcheurs, qui recherchèrent le fauteur de troubles. Quand ils trouvèrent la sirène en train de chanter, ils furent follement séduits par sa voix et décidèrent de l’adopter. Désormais, chaque jour, elle chantait pour eux. Hélas, un jour, un riche qui voulait être encore plus riche voulut l’exhiber dans les foires et se saisit d’elle par surprise. La pauvre se lamentait dans sa prison. Ayant entendu ses plaintes, un jeune fils de pêcheur se fit aider de ses amis pour la libérer. En signe de reconnaissance, elle s’est armée de l’épée et du bouclier qu’on lui voit, et elle est ici pour défendre la ville. Des crétins ayant plusieurs fois vandalisé la sculpture, on l’a déplacée au musée historique, et celle que nous voyons est une copie. On sait qu’Athéna, avec son casque, son bouclier et son épée, défendait la ville d’Athènes. Sur la poitrine de sa cuirasse, elle avait placé la tête de Méduse, qui changeait l’ennemi en pierre par son regard. Basilic, la Sirène armée pour protéger la ville, ce sont, je trouve, des relents de mythologie grecque, trop précis et trop nombreux pour être le fruit du hasard.
 
779c Varsovie, plaque Weygand
 
Maxime Weygand est né en 1867 de parents qui l’ont abandonné à la naissance. Plusieurs hypothèses ont été avancées, dont la plus probable en fait le fils de l’impératrice Charlotte du Mexique, fille du roi des Belges Léopold I et épouse du nouvel empereur du Mexique, l’autrichien Maximilien. Et le père serait le colonel van der Smissen, commandant du corps d’armée belge au Mexique. En 1888 le jeune Maxime acquiert la nationalité française. Il est avec Foch dans le wagon de Rethondes en novembre 1918 et c’est lui qui lit aux Allemands les conditions imposées pour l’armistice. Cet antidreyfusard actif sera ministre de la Défense du Maréchal Pétain. De Gaulle lui vouera une haine farouche. Weygand est mort en 1965. Membre de l’Académie Française, Grand Croix de la Légion d’honneur, Croix de Guerre 1914-1918, médaillé militaire, titulaire de diverses autres décorations françaises et étrangères, Weygand a cependant été honoré comme un grand homme. Général de brigade en 1916, il obtient ses cinq étoiles de général d’armée en 1923, et refusera d’être fait maréchal de France en 1951. Ce qui justifie qu’il apparaisse sur cette plaque qui énumère ses titres, c’est qu’en juillet et août 1920 il avait exercé à Varsovie les fonctions de conseiller technique de la mission franco-anglaise venue en aide à la Pologne en guerre contre la Russie bolchevique. Quelle qu’ait été l’aide apportée à l’organisation des forces polonaises, je trouve curieux que cet antisémite notoire soit honoré dans une ville dont le ghetto juif a subi un tel martyre, que cet ennemi de la Résistance contre les armées des Nazis, partisan d’un armistice dès juin 1940, ait une plaque dans un pays qui a résisté et a subi pendant des décennies une soumission à une puissance étrangère, conséquence de l’acceptation de la défaite.
 
779d1 Varsovie, le palais royal
 
779d2 Varsovie, le palais royal
 
Je parlais de la Vieille Ville qui a été détruite. Mais c’est la ville entière qui a été touchée, et la totalité du centre ancien qui a été détruite. Entre autres le palais royal (ci-dessus) qui a été intégralement reconstruit dans les années soixante-dix. Ce n’est certes pas l’occupant soviétique qui a financé les gigantesques travaux de reconstruction de la ville, mais la générosité et la motivation des citoyens eux-mêmes qui ont lancé une souscription nationale, et innombrables sont ceux qui ont donné, même pauvres, en se serrant la ceinture. En 1596, le château du Wawel, à Cracovie alors capitale, a brûlé. Le roi Sigismond III Vasa a alors transféré sa capitale à Varsovie et a établi sa résidence royale dans un château gothique du début du quinzième siècle. S’agrandissant, se développant, ce château est devenu ce que nous voyons, ou plutôt le modèle de la copie que nous voyons. Une copie fidèle, remarquable, dont même les seuils ont été polis pour simuler l’usure de la pierre par les chaussures qui les avaient foulés pendant des siècles. Le palais, comme la Vieille Ville, a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO.
 
779d3 Varsovie, colonne de Sigismond III Vasa
 
779d4 Varsovie, statue de Sigismond III Vasa
 
Sur la place devant le château, se dresse cette colonne surmontée de la statue du roi Sigismond III. C’est son fils, le roi Wladislaw IV, qui en a décidé l’érection en 1644. La statue, de 2,75 mètres, couronne la colonne de 22 mètres.
 
779d5 Varsovie, colonne de Sigismond abattue
 
Il serait évidemment irréaliste de penser que ce monument a résisté aux destructions de la Seconde Guerre Mondiale. La colonne s’est abattue, et après la guerre elle a été remplacée par une autre. Il n’était pas possible de ne pas restituer ce témoignage de la qualité de capitale dont jouit Varsovie. Les tronçons de l’ancienne colonne brisée ont été conservés, ils sont placés sur des supports le long du flanc du château.
 
779d6 Varsovie, le palais royal après la guerre
 
779d7 Varsovie, le palais royal après la guerre
 
Pour le cas où l’on douterait encore du niveau de destruction du palais royal, voici deux photos que j’ai prises dans le musée et qui montrent son état en 1945. On voit qu’il ne s’agissait pas d’envisager une restauration, des réparations, car il ne restait strictement rien. En outre, les collections, les meubles et autres richesses qu’il contenait ont été brûlés ou détruits s’ils n’avaient pas auparavant été pillés. Seule une infime partie de ce que contenaient les bâtiments a pu être sauvée.
 
779e1 Varsovie, récipiendaires du prix Sakharov
 
779e2 Varsovie, récipiendaires du prix Sakharov
 
En l’honneur de personnages dont les actions, toutes ces dernières années, ont été récompensées du prix Sakharov ("Prix pour la liberté de pensée" créé en 1988 par le Parlement européen et attribué à des hommes ou des femmes, ou encore à des organisations, qui se sont consacrés à la défense des droits de l’Homme et des libertés), la ville de Varsovie a placé, au milieu d’une voie piétonne très fréquentée, ces figures lumineuses qui chacune porte sur sa poitrine une plaque avec le nom d’un lauréat. Intéressant symbole, ces silhouettes de liberté dont la lumière rayonne dans la nuit. On voit aussi que ces silhouettes s’organisent autour d’un tambour central, sur lequel sont évoquées, en quelques mots exprimés en polonais, en anglais, en français et en allemand, les actions principales qui ont justifié l’attribution du prix à chacun des récipiendaires depuis 1988. J’en montre ici trois exemples. Le tout premier a été Nelson Mandela "Président d’Afrique du sud (1994-1999). Symbole de la lutte contre l’apartheid. Lauréat du Prix Nobel en 1993". Je choisis de montrer aussi Alexandre Dubcek (1989) parce que nous sommes dans un pays de feu le Pacte de Varsovie, et qu’il s’est illustré dans l’un des pays de ce bloc, "Homme politique. Figure de proue du Printemps de Prague en 1968 et promoteur d’un socialisme tchécoslovaque à visage humain". Parce que je ne peux pas tous les montrer, parce que Natacha est biélorusse, parce que nous nous rendons dans son pays qui est "la dernière dictature d’Europe", selon des chefs d’État européens, je choisis pour troisième et dernier exemple le prix 2004 attribué non pas à un individu mais à un groupe, l’Association Biélorusse des journalistes "Pour la lutte en faveur de la liberté de la presse en République de Bélarus".
 
779f1 Varsovie, l'université
 
779f2 Varsovie, l'université
 
779f3 Varsovie, l'université
 
Nous avons aussi visité l’université de Varsovie. C’est un ensemble de très beaux bâtiments historiques en plein cœur de la ville. Créée en 1816 pour que l’on y enseigne le droit et la médecine, elle a été fermée par les Russes en 1831 en représailles de l’insurrection polonaise de novembre 1830 contre la soumission de leur royaume à l’empire du tsar. Après sa réouverture, elle est devenue université impériale, les cours y étant dispensés en russe exclusivement. Pendant l’occupation allemande de la Seconde Guerre Mondiale, elle a servi de caserne de gendarmerie, et il était interdit de donner des cours sous peine de mort. Néanmoins, beaucoup de professeurs ont continué à enseigner, dans des appartements privés, clandestinement.
 
779f4a Varsovie, l'université, palais Kazimierzowski
 
779f4b Varsovie, l'université
 
Nombre de bâtiments, comme je le disais il y a un instant, sont historiques. Celui-ci a été construit de 1632 à 1643, dans un proche faubourg du palais royal, pour servir de villa au roi Jean Casimir (Jan Kazimierz), d’où son nom de Palac Kazimierzowski. Le roi Stanislas Auguste Poniatowski, dernier roi de la Pologne libre, qui a régné de 1764 à 1795, y a établi le Corps des Cadets en 1765-1768 qui accueillait les jeunes nobles. Intégré à l’université dès l’ouverture en 1816, on y a installé de 1817 à 1831 un lycée, qu’a fréquenté le jeune Frédéric Chopin. Aujourd’hui, c’est le siège du rectorat. Je précise que Natacha, qui connaît bien les lieux, m’a emmené dans ce bâtiment, à la cantine des personnels mais qui est ouverte à d’autres publics, puisque l’on ne m’a rien demandé alors que je ne parle pas un mot de polonais. Et nous y avons mangé bien et pour pas cher…
 
779f5 Université de Varsovie, souvenir de la lutte anti-co
 
779f6 Université de Varsovie, souvenir de la lutte anti-co
 
Sur une pelouse, ont été déroulées de longues bandes de photographies vaguement protégées par un film plastique. Ce sont des souvenirs des années de lutte pour la libération du pays du joug soviétique, de l’autre côté du Rideau de Fer, les années Solidarnosc et Lech Walesa.
 
779g1 Bibliothèque de l'université de Varsovie
 
779g2 Bibliothèque de l'université de Varsovie
 
779g3 Bibliothèque de l'université de Varsovie
 
Non loin, mais hors du campus, a été construite une nouvelle bibliothèque universitaire, un grand bâtiment moderne à l’architecture originale. Sur le toit, malheureusement fermés à la visite en cette saison mais d’avril à octobre inclus ouverts au public, ont été créés des jardins suspendus sur plus d’un hectare. Entre une partie haute et une partie plus basse, il y a, paraît-il, une cascade. Le bâtiment est donc non seulement beau, mais créatif et écologique. Curieux, tous les documents consultés, de sources différentes, disent de même un hectare, et ajoutent que la partie supérieure est de 2000 mètres carrés, et la partie inférieure de 15000. Si je calcule bien, le total est de 17000 mètres carrés, et jusqu’à ce voyage à Varsovie j’avais toujours cru qu’un hectare faisait dix mille mètres carrés... Devant la façade, huit panneaux de cuivre patiné figurant des livres ouverts. Ceux que j’ai choisis ici sont, de gauche à droite, une partition de musique du compositeur Karol Szymanowski, une page de calculs mathématiques, et une page en grec. Les autres sont des textes dans diverses langues, ancien polonais, ancien russe, hébreu, arabe et sanscrit. Cela pour représenter l’universalité du savoir.
 
779g4 Varsovie, hall de la bibliothèque universitaire
 
779g5 Varsovie, hall de la bibliothèque universitaire
 
779g6 Varsovie, hall de la bibliothèque universitaire
 
L’intérieur est accessible librement au rez-de-chaussée, dans cet immense hall où des bouquinistes proposent leurs livres sur des étals provisoires, et au sous-sol concédé à des commerces. Au-dessus de l’entrée du bâtiment universitaire proprement dit, un gigantesque livre ouvert porte sur sa page de gauche le mot HINC et sur celle de droite OMNIA, ce qui, en latin, signifie "à partir de là, tout". Universalité du savoir recelé par les livres, comme sur la façade.
 
779g7 Varsovie, hall de la bibliothèque universitaire
 
J’ai été particulièrement impressionné par l’architecture du toit de verre, dont l’armature métallique est, à mon goût, superbe. C’est à la fois léger et dynamique.
 
779g8 Varsovie, bibliothèque universitaire, offres de voya
 
Avant de quitter la bibliothèque universitaire, je me suis arrêté à jeter un coup d’œil sur les publicités placardées sur un pilier. On propose aux étudiants d’aller skier à l’étranger. On peut s’offrir la Slovaquie ou l’Ukraine pour 745 zloty (il faut diviser par un tout petit plus de 4 pour avoir des Euros, soit environ 180 Euros), mais pour la France, aux Deux-Alpes, il faut prévoir 1590 zloty, soit 380 Euros. Plus du double. Néanmoins, quand on connaît les prix dans les stations françaises, c’est intéressant. Cela inclut une semaine en pension, le transport en autocar, et un pass de remontées de 6 jours.
 
779h1 Varsovie, dans le Palais Royal
 
Revenons au palais royal, qui propose une exposition temporaire sur le roi Kazimierz August II, c’est-à-dire Poniatowski, un cousin du maréchal de Napoléon, grand-oncle de Michel Poniatowski l’ancien ministre de Giscard d’Estaing et de son fils Axel, actuel député-maire de L’Isle-Adam. Mais la photo y est interdite. Je ne parlerai donc pas de ce dernier roi de la Pologne indépendante. En revanche, la photo est tolérée dans les salles des collections permanentes, ce qui va me donner l’occasion de montrer quelques tableaux intéressants.
 
779h2 Kazimierz Rzewuski (école polonaise, 1790)
 
779h3 Antoine de Bourbon, roi de Navarre (par Corneille de
 
Le premier, attribué à l’école polonaise, a été peint vers 1790 et représente Kazimierz Rzewuski, un notaire dont je vais parler au sujet de tableaux bien plus célèbres. Quant au second, peint par Corneille de Lyon en 1548, il représente Antoine de Bourbon (1518-1562), marié à Jeanne d’Albret, et par là roi consort de Navarre. Il est le père du plus célèbre roi de Navarre, Henri IV, qui sera roi de France.
 
779h4 Savant à son pupitre (Rembrandt, 1641)
 
779h5 Jeune fille dans le cadre du tableau (Rembrandt, 1641
 
779h6 La Fille dans un cadre, de Rembrandt, aux rayons X
 
À présent, voici deux tableaux attribuée à Rembrandt et qui ont connu une histoire mouvementée. Ce sont Le Savant à son pupitre et La Jeune fille dans le cadre du tableau, tous deux de 1641. Le roi Stanislas Auguste Poniatowski, celui dont je ne parlerai pas parce que l’exposition n’autorise pas la photo, était grand amateur d’art et s’était constitué une belle collection, comprenant entre autres ces deux Rembrandt qu’il avait acquis auprès d’un collectionneur berlinois. Ils ornaient son palais de Lazienki, qui est en pleine ville, mais à environ 3 kilomètres au sud du palais royal. Le roi est mort en 1795, la Pologne est rayée de la carte en tant qu’état, la famille du roi hérite de la collection. Puis, en 1815, ce Kazimierz Rzewuski, notaire champêtre de la Couronne dont j’ai montré le portrait tout à l’heure, âgé de 65 ans, achète les tableaux et va s’établir à Vienne. Quand il meurt, c’est sa fille Louise Rzewuska, épouse d’Antoni Jozef Lanckoronski, qui hérite. En 1939, la Gestapo les vole aux descendants Lanckoronski mais heureusement on les retrouvera en 1944 dans un entrepôt près de Salzbourg et, en 1947, les légitimes propriétaires pourront les récupérer et les garderont en sûreté dans un coffre-fort, en Suisse. Mais personne n’était au courant, on croyait les tableaux perdus. Or voilà qu’en 1994 la professeure Karolina Lanckoronska fait don de la collection à la Pologne. Des historiens de l’art, le Rembrandt Research Project, créé en 1968, vont alors effectuer toutes les analyses nécessaires pour s’assurer, sans qu’il reste le moindre doute, de l’authenticité des tableaux, qui sont bien les Rembrandt originaux. Lorsque, le 27 novembre, nous avons admiré ces tableaux, ce n’était que depuis le 4 novembre qu’ils avaient enfin été accrochés dans le musée du palais royal pour que le public puisse y avoir accès.
 
Par ailleurs, le conservateur a eu la bonne idée, puisque les spécialistes avaient effectué des recherches, d’en faire profiter les visiteurs en exposant une vue aux rayons X de la Jeune fille dans le cadre du tableau. En effet, les diverses matières, bois du support, sous-couche d’apprêt et peinture absorbant plus ou moins les rayons X, on peut en faisant varier leur longueur d’onde voir les états précédents du tableau, et ainsi comprendre la démarche de l’artiste. C’est ainsi que l’on découvre, sous le tableau définitif, que Rembrandt avait commencé avec un autre modèle, et qu’il en a changé alors que le visage du premier n’était pas achevé, mais il en avait fait suffisamment pour que l’on voie que les traits ne sont pas les mêmes et que les épaules sont moins tombantes. En revanche, il a gardé les mains inchangées.
 
779i1 Un DSK suffit à la France
 
Des photos diverses, maintenant, prises ici ou là, et qui ont attiré mon regard. Ce titre de livre, je ne comprenais absolument pas ce qu’il signifiait quand j’ai pris la photo (sur Internet, j’ai trouvé que le sigle représentait Dywizja Strzelcow Karpackich, soit la 3ème Division de Fusiliers des Carpates), mais sur le coup je me suis dit que, vraiment, pour la France, un seul DSK suffit bien. Alors 3…
 
779i2 Un gâteau Vive la Pologne
 
Dans une grande pâtisserie et salon de thé chic de la rue Nowy Swiat, j’ai vu ce gâteau Vive la Pologne. Oui, on sait que les Polonais sont fiers de leur pays (j’ai lu, il y a quelques années, Trans-Atlantique, de Gombrowicz, où l’auteur se plaint de la vanité nationaliste exacerbée de ses compatriotes), mais aller nicher leur fierté dans un gros gâteau décoré de roses rouges… cela vaut bien 140 zloty (environ 35 Euros).
 
779i3 Vieille Wartburg de DDR vue à Varsovie
 
Cette vieille Wartburg dans sa robe verte était la petite voiture populaire de la République Démocratique d’Allemagne, comme la minuscule Fiat 500 a symbolisé l’Italie des années 60. Celle-ci a été immatriculée en Pologne, mais son propriétaire y a conservé jalousement la plaque DDR.
 
779i4 Humour dans un hôtel sans ascenseur
 
Lorsque j’avais réservé notre hôtel à Varsovie par Internet, je n’avais pas remarqué qu’il était dit que l’on devait demander la clé de la chambre à une adresse différente de celle de l’hôtel. En fait, il n’y a qu’une centaine de mètres de l’un à l’autre, mais pour la réception, on doit aborder un escalier (il n’y a pas d’ascenseur). On monte, on monte, et à un moment on découvre sur le mur cette affiche humoristique : "Bravo ! Vous avez gravi 60 marches ! C’est bon pour la santé ! Plus que 28 marches". J’avais laissé Natacha en bas avec nos deux lourdes valises (en excédent de poids) et nos deux gros bagages de cabine, mais j’ai imaginé le client seul, obligé de hisser ses bagages pour redescendre, faire les 100 mètres jusqu’à l’hôtel en faisant tressauter les petites roues de sa valise sur les pavés, puis s’offrant la joie d’un autre escalier… Mais cette pancarte est amusante.
 
779j1 En Pologne, à l'est de Varsovie
 
Lorsque nous avons fait le trajet vers la Biélorussie, le 28 novembre, tout était recouvert d’une couche de neige mais le ciel était bleu, il faisait bien froid. En voyant cette étendue plate enneigée, j’ai pensé au vers de Victor Hugo "Après la plaine blanche, une autre plaine blanche".
 
779j2 En Pologne, à l'est de Varsovie
 
779j3 En Pologne, à l'est de Varsovie
 
Lorsque, au contraire, nous sommes revenus de Grodno à Varsovie par le train le 28 février, il avait fait plus doux les jours précédents, les rivières avaient dégelé et la neige avait fondu. Puis, pendant le voyage en train, la neige s’est mise à tomber assez dru. D’où ce ciel gris et bas. Les deux photos ci-dessus ont été prises du train, franchissant une rivière qui charrie des glaçons, et, de la dernière voiture, les voies en train de se recouvrir de neige.
 
779k1 Dans l'aéroport Frédérix Chopin, de Varsovie
 
779k2 Aéroport de Varsovie, le personnel de bord arrive à
 
Dans l’aéroport de Varsovie, qui porte le nom de Frédéric Chopin, nous attendons notre avion. Nous avons choisi de voyager par KLM. En effet, Wizzair, une low cost, effectue des vols directs pour un peu moins cher, mais arrive à Beauvais, l’enregistrement est de 20 Euros par valise, il y a un coût pour le paiement des billets par carte de crédit et un coût de dossier. De plus, à bord, tout est payant, même un simple café. Au total, c’est plus cher que certaines compagnies régulières sur des sites de voyagistes. Nous avons de plus transformé l’inconvénient de l’escale à Amsterdam en avantage : entre une correspondance de deux heures et une de cinq heures, nous avons choisi la plus longue qui nous laissait le temps d’un petit tour sympathique en centre ville. Mais cela sera le sujet d’un autre article. Sur la seconde photo, dans le satellite, le commandant de bord et son staff attendent pour entrer que leurs collègues du vol aller quittent l’appareil.
 
779k3 Nous nous envolons de Varsovie vers Amsterdam
 
779k4 En vol, de Varsovie à Amsterdam
 
Et voilà, nous avons décollé de Varsovie. Maintenant, l’ombre de l’avion restée au sol court à perdre haleine, et tente de ne pas se laisser distancer. À bord, sur les petits écrans rétractables au plafond, on peut suivre en temps réel l’itinéraire, capté par GPS et plaqué sur une carte. Nous avons dépassé Berlin, nous avons donc amplement quitté la Pologne. Si je continuais cet article, je serais complètement hors sujet.

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Published by Thierry Jamard
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