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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 22:41

Aujourd’hui, je vais devoir décrire une journée très chargée. Nous nous sommes rendus au Vatican place Saint-Pierre, puis nous avons visité de fond en comble le château Saint-Ange (Castello Sant’Angelo), et enfin nous nous sommes baladés dans le quartier du Parione, de l’autre côté du Tibre, avant de revenir place Saint-Pierre et de regagner le métro qui nous a ramenés à "notre" banlieue. De ce fait, nous sommes passés plusieurs fois aux mêmes endroits au jour et de nuit, nous avons vu les mêmes monuments d’en bas et du sommet du château Saint-Ange, aussi me semble-t-il préférable, au sujet d’un même lieu, de regrouper photos et commentaires.  

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La banlieue où se trouve notre parking habituel est à quelque distance en bus du terminus du métro A, puis il y a 21 stations jusqu’à celle qui est la plus proche du Vatican, et enfin 800 mètres à parcourir à pied. Le dimanche matin, les transports publics ne sont pas aussi fréquents qu’en semaine, aussi a-t-il fallu nous y prendre avec une avance raisonnable pour être arrivés Place Saint-Pierre à temps pour voir le pape. Déjà, le dernier quart d’heure dans le métro, nous étions serrés comme des sardines en boîte. La quasi totalité de la foule se rendait comme nous au Vatican. Nous sommes heureusement arrivés assez tôt place Saint-Pierre, nous laissant porter par le flot humain, pour pouvoir accéder à un endroit suffisamment central d’où l’on voyait la fenêtre où le Saint Père devait apparaître. Peu à peu, nous avons vu les quelques espaces vides se combler, puis l’avenue d’accès se bloquer. Début décembre… Qu’est-ce que ça doit être quand l’été bat son plein, ou à Noël, ou pour la bénédiction Urbi et Orbi du premier janvier !

 

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À midi très précisément, à la fenêtre où un quart d’heure auparavant avait été placé un ornement violet, apparaissait Benoît XVI qui a salué la foule, puis il a lu l’évangile de saint Luc, et enfin il s’est adressé en français, en anglais, en espagnol, en allemand, en polonais et en italien aux différents groupes constitués dont il avait connaissance, notamment l’association italienne des familles nombreuses, et il a lancé un appel en faveur de la protection de l’environnement. C’est sûr, en ce moment même où je rédige mon blog, c’est la nuit, et les voitures ne cessent de passer, dans de terribles rugissements de moteurs, à des vitesses qui en France sont prohibées même sur autoroute –ici aussi, mais personne ne s’en soucie–, alors que nous sommes en zone urbaine. Il a été applaudi, puis s’est retiré.


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Et la foule s’en est allée en troupeau par la Via della Conciliazione, vers le Tibre, vers les marchands d’attrape-touristes, vers le château Saint-Ange, tandis que d’autres s’agglutinaient en une longue file d’attente pour pénétrer dans la basilique. Plutôt que de perdre notre temps à faire la queue, nous avons pensé préférable de revenir un jour de semaine pour pénétrer dans la basilique, et nous sommes restés un moment sur la place.

 

 

 

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C’est vrai qu’elle a de la gueule, cette colonnade su Bernin. Une double rangée de puissantes colonnes trace, sur chacun des côtés, un demi-cercle. Près du centre de chacun des cercles, il y a une belle fontaine, et près de ces fontaines un cercle sur le sol situe précisément le centre, d’où selon les calculs du Bernin la première rangée de colonnes cache exactement la seconde. Pour ce faire, non seulement l’écartement entre les colonnes de la seconde rangée est plus important qu’entre celles de la première puisque sur un même rayon on s’éloigne du centre, mais aussi le diamètre des colonnes de la première rangée est supérieur pour cacher complètement les colonnes de la seconde rangée. Sans doute mes explications ne sont-elles pas claires, mais je conclurai en disant : chapeau !

 

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Je parle de la basilique, il me faut quand même la montrer, même si nous ne l’avons pas visitée. Le mieux, c’est peut-être cette vue depuis le château Saint-Ange, à défaut d’une vue d’avion. Au bas des marches, à droite il y a une grande statue de saint Paul, tandis qu’à gauche, saint Pierre veille sur son église, ses clés à la main.

 

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Bon, il est grand, il a l’autorité, comme le lui a dit Jésus "tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église", mais justement il est en pierre et ça le rendrait moins agile pour courir après un malfrat. On lui a donc adjoint quelques gardes suisses plus légers, mais je ne suis pas sûr que leur vêtement leur permette une efficacité maximum. Après tout, je ne suis pas chargé de la sécurité, ce n’est pas mon problème. Et il est vrai qu’en treillis kaki ils seraient moins photographiés.

 

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Ma photo ci-dessus est une accusation d’insulte envers le Bernin, dont la colonnade est traitée comme de la racaille. Enfin, comme notre Sarkozy national traite la racaille. Cette belle plaque, hélas peu ou pas lisible sur mon blog, précise que c’est grâce au Kärcher qu’en 1998 a été nettoyé ce monument. Afin que nul ne l’ignore, elle est rédigée en italien, en allemand et en anglais, comme les plaques de l’UNESCO signalant les lieux répertoriés au patrimoine mondial de l’humanité. Un grand merci, donc, à Alfred Kärcher GMBH. Avant, la pierre était noire ou teintée, maintenant elle est blanche. Comme nos banlieues, selon le vœu du Gouvernement.

 

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La foule ayant fini de s’écouler dans l’avenue, et nous-mêmes ayant terminé notre tour de la place, nous nous dirigeons vers le Tibre. Juste en face du château Saint-Ange, le fleuve est traversé par le pont qui, de façon originale et totalement imprévue, s’appelle le Ponte Sant’Angelo. Trois de ses arches, au centre, datent –comme la base du château– de l’empereur Hadrien, les autres arches ayant été rebâties au dix-septième siècle.

 

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Et le Bernin, encore lui, a été chargé de la décoration. Ces splendides anges sont de lui. Comme on s’en rend compte sur mes photos du pont, il y en a beaucoup. Comme je ne peux pas les montrer tous, je choisis ce gros plan d’un visage particulièrement expressif, et cette photo de nuit qui isole le sujet sur le fond sombre.

 

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À l’origine, à cet emplacement l’empereur Hadrien a voulu construire son mausolée. C’est la base, carrée, du monument actuel, qui a été commencée de son vivant en 135 après Jésus-Christ, mais il est mort en 138 avant que tout soit achevé, c’est donc son successeur Antonin le Pieux qui s’est chargé de terminer la grandiose sépulture de son père adoptif, en 139. En plein centre du mausolée se trouve cette salle carrée de 8x8 mètres dite salle des urnes parce que sur trois de ses côtés sont creusées des niches dans lesquelles étaient déposées les urnes funéraires des empereurs romains, depuis Hadrien jusqu’en l’an 211 (Septime Sévère, le prédécesseur de Caracalla).

 

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Puis au Moyen-Âge les papes ont connu des périodes politiquement difficiles, et ont fait renforcer et élever le bâtiment, faisant de lui un château fort. C’est ainsi que le pied est païen et le sommet, avec l’ange, est chrétien.

 

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Si l’autre jour (mercredi 2 décembre) nous n’avions pas visité le musée du palais Barberini, je serais passé devant cette abeille sans rien remarquer. Mais depuis cette visite je suis (un tout petit peu) moins bête. Entre ces deux époques, on trouve la trace de ce cardinal Barberini, le pape Urbain VIII. Waouh ! Piccolomini à Tivoli, Barberini au château Saint-Ange, ma culture m’éblouit moi-même.

 

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Voilà pour en finir avec le bâtiment deux photos du château. On voit que l’intérieur est une véritable ville avec des constructions diverses, et puis il y a cette masse imposante qui s’élève dans la nuit, la base carrée d’Hadrien, la structure circulaire des papes. C’est impressionnant. Pas étonnant que ce château exerce un tel attrait sur les touristes.

 

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Évidemment, de là-haut, on a une vue sur toute la ville. Des tables d’orientation, sur trois côtés de la terrasse, permettent de se repérer et de reconnaître un très grand nombre de monuments. Ici, l’énorme masse blanche à gauche est le monument à Victor Emmanuel III, en superposition duquel on voit le gros dôme rose de l’église du Gesù (Jésus), célèbre église des jésuites. Un peu sur la droite, se détachant sur les collines du fond, la tour du palais du Capitole. Les deux gros dômes en avant-plan sont San Salvatore in Lauro et Santa Agnese in Agone sur la piazza Navona, là où sainte Agnès a été martyrisée. À l’extrême gauche, un énorme dos de tortue gris est le Panthéon.

 

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Sue cette photo on voit le Tibre coulant sous deux ponts, le plus proche est le pont Victor Emmanuel II et le second, en aval puisque le fleuve s’écoule vers le fond de la photo, est le pont Prince Amédée. Il est surprenant que, comme on le voit, ni Romains ni touristes ne se promènent sur les berges du Tibre qui sont parfaitement accessibles par des escaliers, puisque Natacha et moi y sommes descendus, alors qu’à Paris les berges de la Seine sont très fréquentées quand il fait aussi beau et doux qu’aujourd’hui.

 

296-Les-carabiniers-brigade-des-arts.jpgDans le château, plusieurs salles sont consacrées à une exposition d’œuvres d’art, dont celles que nous n’avons pas vues hier au musée d’art moderne parce qu’elles avaient été prêtées aux carabiniers, destination qui nous avait étonnés. En fait, tout s’explique. Il s’agit de fêter le quarantième anniversaire de la création du commando de carabiniers pour la tutelle du patrimoine culturel. Et ils exposent plusieurs dizaines de chefs d’œuvre qui avaient été volés et qu’ils ont récupérés. Un Renoir qui vient de Turin, deux Van Gogh (Le Jardinier et l’Arlésienne) et un Cézanne (Le Cabanon de Jourdan) que nous n’avons pu voir hier, et pour cause, à la Galleria Nazionale d’Arte Moderna de la Villa Borghese, un merveilleux Raphaël intitulé La Muette qui figure sur l’affiche ci-contre, des vases étrusques à figure rouge ou à figure noire du septième siècle avant Jésus-Christ qui évoquent à s’y méprendre leurs jumeaux grecs, etc.

 

Dans une petite salle d’un bâtiment en face de l’exposition, un film, assez bien fait, montre leur extraordinaire répertoire informatique complet de toutes les œuvres d’art de tous les musées d’Italie et même des collections privées, avec photos et description minutieuse (en anglais…) et un index multi-entrées qui permet de trouver instantanément les informations souhaitées. Il montre également leurs méthodes ; par exemple, on les voit en hélicoptère survolant par surprise un champ de fouilles où opéraient de façon clandestine des amateurs d’antiquités. Il y a aussi un historique de leur commando, je préfère dire en français de leur brigade, de leur création en 1969 avec (si je me rappelle bien) seulement 16 hommes, jusqu’à ce jour avec 300 membres, parmi lesquels des chercheurs universitaires, des scientifiques de diverses branches, des spécialistes de l’histoire de l’art. Belle efficacité.

 

Jouxtant cette salle de projection du film, qui passe alternativement en italien et en anglais, une autre petite salle où siège derrière une table un carabinier dans sa belle tenue, et où sur les murs de grands panneaux résument ce qui est dit dans le film. Pour garder un souvenir de cette visite, mais surtout pour conserver des informations précises (par exemple, pour que je puisse dire qu’ils étaient 16 à l’origine, sans ajouter "si je me rappelle bien"), Natacha a souhaité photographier ces panneaux. Avec un aimable sourire à l’adresse du carabinier de service, elle lui a demandé si elle pouvait photographier ces panneaux. Horrifié, il a répondu "No, no, no photo !!!" avec un grand geste du bras. Pour des œuvres récentes pour lesquelles les auteurs ou leurs descendants ont encore des droits, c’est normal. Pour les œuvres anciennes, du Caravage ou à plus forte raison des Étrusques, c’est difficile à comprendre. Mais quand il s’agit de panneaux explicatifs dont le texte n’a strictement rien de secret, dont toute la presse s’est faite l’écho, qui est tout à l’honneur de ceux qui sont concernés et, pour comble, dont parle le propre site des carabiniers
(voir http://www.carabinieri.it/Internet/Cittadino/Informazioni/Eventi/2009/Marzo/20090311.htm)
alors là les bras m’en tombent. Il semble que dans ce pays plus qu’ailleurs (et même là où la religion interdit la représentation humaine, dès lors qu’il s’agit de photographier des tableaux ou des panneaux de texte) on ait tendance à attribuer un effet maléfique à la photo, le mauvais œil, quelque chose comme cela. Un peu plus tôt, alors que nous étions en train de contempler la merveilleuse Muette de Raphaël, un touriste a voulu la photographier. La femme carabinier préposée à cette salle s’est jetée sur l’appareil et avec une célérité digne de son entraînement militaire en a caché l’objectif avec la main, réellement affolée à l’idée que cet objet, volé puis retrouvé, serait volé une seconde fois sur une petite carte mémoire informatique.

 

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Bon, j’ai assez déblatéré, je vais me calmer. Après les cinq heures passées au Castello Sant’Angelo, nous sommes allés nous promener dans le quartier du Parione qui, comme je le disais au début, est situé de l’autre côté du Tibre. Notamment nous sommes descendus sur la berge et avons pu voir d’en bas les ponts et le château. Dans une rue, sous un porche, une plaque informative appelle l’attention sur une inscription très ancienne, puisqu’elle marque la crue du Tibre de 1277. Sur ma photo le texte n’est pas très lisible, et j’avoue que même sur place je n’ai pas été capable de bien comprendre ce qui était écrit. En revanche, on voit très bien la ligne qui marque le niveau atteint par l’eau.

 

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Ce quartier est entièrement conservé comme il était au seizième siècle. Le pavage des étroites rues est irrégulier, les trottoirs sont absents, les maisons sont toutes d’époque. Si ce n’étaient les voitures omniprésentes, et qui circulent sans cesse dans les rues pourtant réservées, on se croirait vraiment parachuté dans le passé. Plus loin, sur une place, l’église Santa Maria in Vallicella, toute blanche, dresse sa silhouette. Nous n’avons pas visité, parce que nous étions entrés depuis à peine cinq minutes qu’un office a commencé, et il va de soi que nous n’allions pas troubler le recueillement des fidèles avec nos déambulations et nos appareils photo.

 

298c-Santa-Maria-in-Vallicella--Caravaggio.jpg

 

Nous avons eu d’autant moins le temps de progresser dans notre visite que, dès le bas de l’église, dans une chapelle, nous sommes tombés en arrêt devant une magnifique Déposition de Croix. Pas étonnant que notre attention ait été attirée : quand nous en avons détaché les yeux, nous avons remarqué un petit écriteau disant qu’il s’agissait d’une œuvre du Caravage. Hélas, cet écriteau disait aussi que ce n’était qu’une copie, l’original ayant été transféré au musée du Vatican. La copie date quand même de 1797. Pour mémoire, le Caravage a vécu de 1571 à 1610.

 

Nous avons ensuite retraversé le pont Saint-Ange, nous sommes retournés place Saint-Pierre admirer la colonnade du Bernin à la lumière artificielle, puis nous avons regagné la station de métro pour savourer nos visites de la journée dans notre banlieue, devant un dîner bien gagné.

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Published by Thierry Jamard
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