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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 20:40

Nous avons garé notre camping-car hier soir sur un grand parking à l’entrée de Venosa et y avons passé la nuit. Il y a tant à voir dans cette ville que nous avons bien rempli notre journée, et que je vais une fois de plus multiplier les photos. Nous avons commencé par le parc archéologique, près duquel nous sommes garés.

 

637a1 Venosa, ruines de maison romaine 

637a2 Venosa, ruines de maison romaine

 

637a3 Venosa, rue romaine antique 

Cet espace est en fait réparti en trois secteurs. Ce que nous voyons ici est la partie romaine antique. Les deux premières photos ont été prises sur l’emplacement d’une ancienne maison des troisième et deuxième siècles avant Jésus-Christ. Mais à l’époque byzantine, lorsque cette maison s’est écroulée, d’autres bâtiments ont réutilisé ses bases, quoiqu’avec une orientation différente. Enfin, des constructions se sont élevées sur toutes ces couches aux dixième et onzième siècles. Il est clair que les éléments visibles aujourd’hui ont pâti de tout cela. La dernière photo montre une rue de la ville, qui était colonie romaine dès le troisième siècle avant Jésus-Christ, créée de toutes pièces en 291 avec vingt mille colons si l’on en croit Denis d’Halicarnasse. La via Appia, qui menait de Rome à Tarente et donc à l’embarquement vers la Grèce et l’Orient, passait par Venosa, alors appelée Venusia, ce qui a assuré son développement. Mais lorsque Trajan, au début du deuxième siècle de notre ère, a modifié le tracé de la via Appia pour la faire déboucher plutôt à Brindisi, Venusia ne s’est plus trouvée sur le trajet, ce qui a entraîné une certaine décadence. Mais la rue que l’on voit ici était une voie urbaine, car elle est trop étroite pour avoir été un tronçon de la voie Appia ancienne. Heureusement pour elle, Venosa a été choisie comme lieu de sépulture par le Normand Robert Guiscard qui, s’il avait fait de Salerne sa capitale, a préféré transférer les cendres de ses frères dans l’abbaye de Venosa avant d’y être enterré lui-même en 1085. Venosa avait constitué en 1041 l’une de ses premières conquêtes en Italie du sud.

 

637b1 Venosa, basilique paléochrétienne 

637b2 Venosa, basilique paléochrétienne 

Le deuxième secteur, au bout du champ de fouilles romaines, a mis au jour une basilique paléochrétienne ayant appartenu à l’abbaye de la Très Sainte Trinité où s’est fait enterrer Robert Guiscard. C’était la cathédrale de Venosa, érigée entre le cinquième et le sixième siècles de notre ère. On distingue très nettement le grand baptistère circulaire dans l’abside.

 

637b3 Venosa, basilique paléochrétienne sur villa romaine 

637b4 Venosa, basilique paléochrétienne sur villa romaine 

Cette église ainsi qu’une autre juste à côté ont été bâties sur les restes d’une villa d’époque impériale, de sorte qu’il est parfois difficile de distinguer parmi les ruines si tel pan de mur appartenait à la villa ou à une église. Mais les fouilles ont fait apparaître, sous la basilique à trois nefs, de belles mosaïques ayant appartenu à la villa, dont cette expressive tête de Méduse.

 

637c1 Venosa, basilique normande 

637c2 Venosa, basilique normande 

637c3 Venosa, basilica normanna 

Et puis derrière cette basilique paléochrétienne, s’élève un grand mur percé de la porte ci-dessus, c’est celui d’une église bâtie par les Normands. Ma deuxième photo montre à quel point elle était vaste, et la troisième a été prise dans l’abside.

 

637c4 Venosa, basilique normande

 

637c5 Venosa, basilique normande 

637c6 Venosa, basilique normande 

La première de ces photos montre une colonne et un épais pilier du transept. Or il se trouve que nulle trace ne peut être vue du pilier correspondant de l’autre côté du transept. D’ailleurs ma photo précédente montrant toute l’étendue de la nef met en évidence qu’il existe un pilier droit et pas de pilier gauche. Pour une raison que l’on ignore, cette grande église n’a jamais été achevée. On a construit son chevet, comme on l’a vu, on a construit son campanile au bas du flanc droit, comme le montre la deuxième photo, on a construit le bras droit du transept et on s’est arrêté après avoir élevé la moitié du bras gauche du transept. Dans le bas de l’église, se trouve ce bâtiment circulaire. Cela évoque un baptistère, mais en l’absence d’explication et devant un bâtiment qui donne l’impression d’être beaucoup plus récent, je me garderai bien de rien affirmer.

 

637d1 Venosa, basilique normande, pierres réutilisées 

637d2 Venosa, basilique normande, pierres réutilisées 

637d3 Venosa, basilique normande, pierres réutilisées 

Bien des éléments sont de toute évidence des matériels de réemploi. Ainsi, en bien des endroits, les pierres des murs portent des fragments d’inscriptions, qui sont souvent placées tête en bas ou de côté. Par ailleurs, dans le transept gauche, cette pierre funéraire portant les portraits de quatre Romains est de toute évidence antique. Les maçons ont sans doute pensé qu’elle était décorative ainsi, parce qu’ils ne l’ont pas taillée à la dimension des autres pierres, ils ne l’ont pas non plus tournée à l’envers, les sculptures à l’intérieur du mur pour ne faire apparaître que la face lisse de la pierre. Enfin, je ne suis pas sûr du tout que cette tête inscrite dans un triangle soit une sculpture chrétienne.

 

637d4 Venosa, basilica normanna 

637d5 Venosa, basilica normanna 

En revanche, sur la photo du haut on voit à la fois une pierre de réemploi placée perpendiculairement à sa position antique et au dessous une frise typique du haut Moyen-Âge. Quant à la photo du bas, elle représente l’Agneau de Dieu que l’on a pu voir au-dessus de ma photo de la porte de l’église.

 637d6 Venosa, basilique normande

 

637d7 Venosa, basilique normande 

Et puis il y a les chapiteaux, avec ces têtes plus ou moins grotesques et ces animaux du bestiaire monstrueux ou symbolique, comme ces aigles. On voit que, même inachevée, cette église avait bénéficié de travaux de sculpture soignés, car vu leurs sujets ces chapiteaux de l’abside ne sont pas récupérés de monuments antiques.

 

637d8 Venosa, basilique normande, portail 

Je terminerai avec cette fine sculpture de fleurs qui orne les montants de la porte. Comme on le voit, ce parc archéologique recèle bien des éléments intéressants, et ce n’est pas la partie de l’habitat romain qui présente le plus d’intérêt.

 

637e1 Venosa, Municipalité dans le palazzo Calvino (17e si 

637e2 Venosa, Municipalité dans le palazzo Calvino (17e si

 

Allons maintenant nous promener en ville. La municipalité de Venosa s’est installée dans ce palazzo Calvino édifié au dix-septième siècle. De part et d’autre du portail, ces têtes sculptées décorent le mur de façade.

 

637e3a Venosa, fontana di Messer Oto (1313-1314) 

637e3b Venosa, fontana di Messer Oto (1313-1314) 

Un peu plus loin, dans une courte impasse, je tombe en arrêt devant cette fontaine, la Fontana di Messer Oto. Elle a été construite suite à un privilège octroyé par le roi Roger d’Anjou. Devant, c’est une fontaine et derrière elle comporte une grande vasque à large margelle inclinée destinée à servir de lavoir public. Le grand lion qui la décore est antique, il provient de la cité romaine par laquelle nous avons commencé notre visite de Venosa, mais qui était bien sûr infiniment plus étendue que ce qui en reste aujourd’hui.

 

637e4 Venosa, en ville 

637e5 Venosa, en ville 

La ville réserve encore bien des surprises. Par exemple, un jeune homme nous voyant appareils de photo en main nous propose d’aller à deux pas de là dans une ruelle étroite où il nous montre, apparaissant au-dessus d’une maison (tout en haut à droite de ma photo) une demi rosace visiblement très ancienne, et dont je ne connais pas l’origine, mais qui à coup sûr a été récupérée d’un autre bâtiment, probablement une église. Ailleurs, dans un mur de maison, une pierre représente une main sculptée tenant un lys stylisé, qui est vraisemblablement un lys de France dans la main d’un roi angevin du royaume de Naples. Où cette pierre a été récupérée, et à quelle époque, je l’ignore.

  637f1 Venosa, cathédrale Saint André

 

637f2 Venosa, cathédrale Sant'Andrea 

637f3 Venosa, cattedrale Sant'Andrea 

Nous arrivons maintenant devant la cathédrale Sant’Andrea. Après le tremblement de terre de 1456 on a procédé à de grands réaménagements de la cité. La cathédrale, qui se trouvait à l’autre extrémité de la ville, a été détruite pour faire place au château qui devait constituer un point fort de la défense de la ville. La cathédrale n’a pas été la seule à subir ce sort, car sur les trente cinq églises de la ville, dix ont été démolies pour édifier à leur place le système de défense. C’est alors –en 1470– qu’a été initiée la construction de la cathédrale actuelle à l’autre bout de la ville. Elle a été consacrée en 1531. Puis on a entamé en 1589 la construction du campanile, dont les travaux vont durer jusqu’en 1714, sans compter le faîte pyramidal qui ne sera posé que lors des travaux de restauration en 1965.

 

637f4 Venosa, cathédrale Sant'Andrea 

637f5 Venosa, cathédrale Saint André 

637f6 Venosa, cathédrale Saint André 

Il n’y a rien de très exceptionnel à l’intérieur de la cathédrale. Je me limite donc à cette statue de la Vierge dont un grand vent emporte la cape. Elle a un visage sympathique et bien plein de jolie petite paysanne, ce qui était sans doute la condition de la jeune fille qui a servi de modèle, mais l’artiste n’a pas jugé bon de lui demander de se coiffer, or Marie étant de la famille du roi David on peut supposer qu’elle avait des obligations de tenue et de propreté et qu'elle fréquentait régulièrement les salons de coiffure Jean-Louis David (un cousin, sans doute). Mais cette Vierge-là est si avenante et si naturelle, si spontanée, que je lui pardonne. Cette église n’est pas tellement ancienne, et pourtant on y trouve des fragments de fresques très partiels qui laissent supposer que les murs en étaient revêtus. Ici on voit la Sainte Famille, et c’était sans doute même une Nativité, car il y a un bœuf à l’arrière-plan. Saint Joseph nous regarde d’un air coquin, mais le tendre sourire de Marie qui regarde son bébé nouveau-né est craquant.

 

637g1a Horace, citoyen de Venosa 

637g1b Venosa, statue d'Horace 

Venons-en maintenant à la grande personnalité de la ville. C’est le poète latin Horace, né à Venusia en 65 avant Jésus-Christ. En vérité, mon admiration pour lui étant (presque) sans bornes, c’est essentiellement pour lui que nous sommes à Venosa aujourd’hui. Il est si célèbre ici qu’on le met à toutes les sauces.

 

637g2 Venosa, tout est en l'honneur d'Horace 

Hôtel Horace, vin Carpe Diem… Ce Carpe diem, qui signifie Cueille le jour, c’est-à-dire profite du moment présent, est la devise épicurienne du poète.

 

637g3 Venosa, enfance d'Horace

 

La Municipalité a eu la bonne idée de placer en maints endroits de la ville des panneaux avec des phrases d’Horace. Je ne vais évidemment pas tout citer, mais le texte ci-dessus est très instructif. Il dit : “Mon père, […] pauvre d’un maigre petit terrain, n’a pas voulu m’envoyer à l’école de Flavius où les nobles enfants issus de nobles centurions, ayant balancé leur sac et leur tablette sur leur épaule gauche, se rendaient en apportant huit as le jour des Ides, mais il a osé conduire son enfant à Rome pour qu’il reçoive la même éducation que n’importe quel chevalier ou sénateur donne à ses rejetons”. Voilà, je crois, qui est significatif de la volonté et de l’intelligence, et aussi de l’amour de ce père, ancien esclave affranchi, qui n’hésite pas à se saigner pour que son fils réussisse sa vie. Après avoir étudié la philosophie et la poésie grecques, Horace se met au service de Brutus dans cette armée opposée à Antoine et à Octave, le futur empereur Auguste, dans la guerre civile qui a suivi l’assassinat de Jules César par les conjurés autour de ce même Brutus. En 42, à Philippes, Brutus est vaincu, Horace perd tout ce qu’il a, se fait scribe pour survivre, a la chance de rencontrer Virgile, qui apprécie sa poésie à sa juste valeur et le recommande à un riche politicien, conseiller et ministre d’Auguste, qui le prend sous son aile et va lui permettre de se consacrer à l’écriture. Cet homme a nom Mécène…

 

637g4 Venosa, philosophie épicurienne d'Horace 

J’aime bien aussi cette phrase d’Horace : “Il y a une mesure en [toutes] choses, car enfin il y a des limites claires au-delà ou en-deçà desquelles ne peut se trouver le bien.

 

637h1a Venosa, maison d'Horace

 

637h1b Venosa, maison d'Horace 

Dans une petite rue, il paraît que l’on peut voir la maison où Horace serait né et aurait passé ses années d’enfance, avant d’aller étudier à Rome. La plaque apposée sur le mur le confirme selon un auteur du seizième siècle, mais n’étant pas italianisant je peux juste constater que ce n’est pas dit dans la langue que j’entends autour de moi, sans savoir si c’est de l’italien du passé ou si, comme je le suppose plutôt, c’est du dialecte local. Quoi qu’il en soit, en faisant appel à l’italien et au français, le sens est clair. “De temps en temps, et selon nos aïeux et bisaïeux, et encore aujourd’hui, il s’est dit et il se dit que ce sont les maisons d’Horace de Venusia”.

 

637h2 Venosa, maison d'Horace 

La porte de cette maison qui est prétendue historique est fermée, l’intérieur est obscur. Un coup de flash à travers la vitre de la porte recouverte d’une épaisse couche de poussière révèle ce que je montre ci-dessus. Curieux endroit. On dirait à la fois que quelqu’un vit ici, il y a du mobilier et un peu de désordre, et en même temps que l’intérieur est présenté comme un musée. Une corde empêche de s’approcher des meubles, qui eux-mêmes sont vaguement de style antique, et un petit écriteau est appuyé sur le pied de la table. Même sur ma photo originale je ne peux lire ce qui y est écrit, je distingue seulement qu’il y a trois lignes à l’encre noire, une ligne en gros caractères rouges, puis cinq lignes en noir. Mais cela aussi semble faire de la pièce un musée. Aucun guide n’en parle, les gens du coin ne savent pas. Mystère. Mais tout ce que je peux dire c’est que pour ce grand poète dont la ville s’enorgueillit à juste titre, dont une statue trône sur la grand place, dont des citations émaillent les murs des bâtiments, cette maison n’est ni signalée par une flèche à partir de la rue principale, ni mise en valeur d’aucune façon.

 

637h3 Venosa, maison d'Horace 

Seul élément qui puisse faire penser de quelque façon à l’Antiquité, cette pierre incrustée dans le mur. Une main, encore une, mais retenant le pli d’une toge, celle-ci. Une partie du mur, en opus quadratum, est à coup sûr romaine, mais je doute que cette pierre antique ait été utilisée dès l’Antiquité pour terminer un mur bien propre constitué selon une autre technique que le comblement avec des fragments de pierre de réemploi.

 

637i1 Venosa, le château 

637i2 Venosa, le château 

637i3 Venosa, il castello 

Et voici, tout au bout de la rue principale et à l’orée de la ville, ce fameux château qui a justifié la destruction de l’ancienne cathédrale Saint Félix. Précédemment, des murs entouraient la cité, mais entre deux collines il n’y avait que la cathédrale pour fermer le vallon. Tel a été l’argument développé par le duc Pirro del Balzo Orsini pour obtenir de l’évêque l’autorisation de démolir, en échange du financement, en 1470, de la construction de la nouvelle cathédrale Saint André. Puis, au seizième siècle, ayant perdu son utilité défensive, le château tombe entre les mains de Carlo Gesualdo (1564-1610) qui en fait le lieu de réunion de cercles d’intellectuels. À son sujet, je souhaite citer mon fidèle Bibendum : “Neveu de cardinaux prestigieux, petit-fils du pape Pie IV, ce musicien d’une grande inventivité à la légende sulfureuse et à la repentance sadomasochiste (il aurait assassiné sa femme et l’un de ses enfants), a fait résonner entre ces murs à la fois les cris de ses pénitences (il se faisait fouetter par ses serviteurs) et les notes de sa musique dissonante et sombre qui séduisirent jusqu’à Wagner ou Stravinski”.

 

637j1 Venosa, le château 

637j2 Venosa, le château 

637j3 Venosa, il castello

 

À l’intérieur du château, on a une vue de cette cour à l’étage bordé d’une galerie, mais il y a également un intéressant musée où, comme de bien entendu, la photo est interdite. Dommage, car il ne manque pas d’intérêt, présentant toutes sortes d’objets depuis la préhistoire jusqu’à l’époque des Normands. Sans compter une exposition, temporaire je crois, de panneaux concernant diverses civilisations. Alors puisque c’est interdit je ne montrerai pas de photos et je ne ferai pas d’autre commentaire.

 

Il ne nous reste plus qu’à retourner au camping-car et à nous rendre à Gravina di Puglia, à soixante-dix kilomètres plein sud-est. Nous passons actuellement la nuit sur un parking en ville, prêts pour la visite, demain, de la cathédrale et du château.

 

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Published by Thierry Jamard
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