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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 01:27

 

 

502a Naples, publicité

 

En descendant du train, nous allons attendre un bus place Garibaldi. Devant l’arrêt de bus, nous voyons cette excellente publicité : auprès de l’image de cette toute jeune femme, la légende dit "Grand-mère Irma, 68 ans. Elle boit de l’eau LILIA". Et puis "Jeunes depuis la jeunesse".

 

502b1 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Mais finalement nous nous mettons en marche, parce que nous pensons qu’à pied nous verrons plus de choses intéressantes que si nous allons vers le port en bus. Notre errance nous mène à cette église, Basilica Santa Maria del Carmine Maggiore. Le panonceau précise "XIIIe-XVIIe siècles".

 

502b2 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Une belle et noble nef, alors qu’à Naples la densité en églises est encore bien supérieure à celle de Rome. Je me demande comment ces églises pouvaient se remplir pour les célébrations, compte tenu du total des capacités rapporté à la population de la ville, même en supposant que tout le monde soit pratiquant régulier.

 

502b3 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

502b4 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Le plafond à caissons est extrêmement riche, plus encore, d’ailleurs, que la maçonnerie. Au milieu de ce plafond cette Vierge à l’Enfant est très belle, pleine de tendresse pour son petit Jésus qui joue avec son voile.

 

502b5 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Au milieu de ces sculptures baroques, cette icône est formellement très belle, les deux couronnes d’or sont très riches, mais elle ne me touche pas parce qu’elle n’exprime aucun sentiment. Ou du moins, je ne le ressens pas. Or il est très bien que la "Reine du Ciel" soit couronnée d’or, mais pourquoi ne pas la laisser être en même temps une femme qui porte son fils unique dans ses bras ?

 

502b6 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Au contraire j’aime bien ce saint Michel avec son visage d’adolescent, qui terrasse le démon grimaçant. Et puis n’oublions pas que c’est un archange, avec ses grandes ailes déployées. Et je trouve intéressante cette représentation dans une tenue de centurion romain.

 

502b7 Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Sur le socle est gravé, en allemand et en italien : "Maximilien, prince héréditaire de Bavière, a élevé ce monument à un parent de sa Maison qui fut le roi Conradin, dernier des Hohenstaufen. 14 mai 1847". Ce Conrad ou Conradin n’a que deux ans quand, en 1254, son père meurt. Il devrait devenir roi de Sicile et de Jérusalem, duc de Souabe, roi des Romains. Mais son oncle Manfred le fait passer pour mort et se déclare roi de Sicile. Sa politique soutient à fond les Gibelins contre le pape et les Guelfes. À la demande du pape, Charles d’Anjou part en guerre contre Manfred qui est tué lors de la bataille de Bénévent, en 1266. Conradin, en 1268, à l’âge de seulement 16 ans, part en expédition contre Charles d’Anjou mais subit une cuisante défaite. Il prend la fuite, arrive sur la côte, va s’embarquer mais, tel Louis XVI à Varennes, il est reconnu, ramené à Naples et livré à Charles d’Anjou, qui décide de sa mort. Il est exécuté à deux pas d’ici, piazza del Mercato. Tout le monde est indigné, jusqu’aux partisans de Charles eux-mêmes. Vu son âge, il meurt sans descendance.

 

502b8a Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

502b8b Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

502b8c Naples, basilica del Carmine Maggiore

 

Dans deux pièces attenantes, les murs sont intégralement couverts d’ex-voto représentant la partie du corps qui a été guérie. On voit des cœurs, des poumons, des mains, des jambes, des torses, des bébés, mais il y a également des parties du corps que l’on ne peut montrer. Oh, les Étrusques, les Romains ne s’encombraient pas de ce genre de problème et nous avons vu dans divers musées des ex-voto de terre cuite représentant des sexes, tant masculins que féminins. Mais ici pas question, aussi y a-t-il des rangées d’hommes la main sur leur braguette ou leur vessie, je pense qu’il s’agit de problèmes de prostate (ou de maladie vénérienne, ou d'impuissance), et des rangées de femmes la main sur leur poitrine.

 

502c1 Naples, Castel Nuovo

 

Puis nous nous rendons près de la mer, au bout du port. Nous retrouvons Charles d’Anjou, car là se dresse le Castel Nuovo qu’il a fait construire de 1279 à 1282. Oui, ce fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, frère de saint Louis (Louis IX) était encore en vie. Né en 1227, il part en 1248 aux côtés de son frère saint Louis pour prendre part à la septième croisade, il a 41 ans quand il fait exécuter Conradin en 1268. Par son frère, il a été fait comte d’Anjou et comte du Maine, et par son mariage il est comte de Provence. Il réside en Provence et administre ses terres quand il est appelé à combattre Manfred en 1264. On a vu comment Manfred est tué à Bénévent en 1266, comment les derniers efforts de Conradin se soldent par un échec en 1268. Charles d’Anjou a conquis Naples, le pape lui en fait cadeau à titre de remerciement et c’est ainsi qu’il devient roi des Deux-Siciles.

 

Il souhaite donc se construire une résidence royale. Ce massif château avec ses grosses tours rondes rappelle le château d’Angers, et ce n’est pas un hasard parce que ce modèle a été voulu. Ce qui, évidemment, fait la différence, c’est l’usage du péperin volcanique gris ici et de l’ardoise bleue à Angers. Entre autres artistes, Giotto, Pétrarque, Boccace y séjournèrent.

 

502c2 Naples, Castel Nuovo

 

Ce qui frappe, c’est cet arc triomphal d’entrée, tout blanc et léger entre ces massives tours sombres. Il a été ajouté en 1467. Pas par Charles d’Anjou, qui aurait alors 240 ans (il est mort en 1285 à 58 ans).

 

502c3 Naples, Castel Nuovo

 

Cet arc est décoré d’une frise représentant de façon symbolique le triomphe d’Alphonse I en qualité d’empereur, assis sous un dais dans le char conduit par la Fortune. Son frère Jean cherche à lui succéder comme roi de Naples. Le royaume est passé aux Aragon espagnols quand en 1442 Alphonse V d’Aragon a triomphé de René d’Anjou. Il devenait ainsi Alphonse I de Naples. Il laisse son frère Jean de Calabre s’occuper des affaires d’Aragon. Quand Alphonse meurt en 1458, son frère devient Jean II d’Aragon, de Majorque, de Sardaigne, de Navarre et Jean I de Sicile, comte de Barcelone, de Roussillon et de Cerdagne. Mais le trône doit revenir non au frère mais au fils d’Alphonse, Ferdinand, et après quelque lutte Jean est contraint de quitter l’Italie. Ferdinand I, roi de Naples (c’est-à-dire de "Sicile continentale") se devait bien de dédier cette frise de triomphateur de Naples à son père.

 

502d Naples, Castel Nuovo

 

Ce château contient aussi un musée. Cette Vierge à l’Enfant en marbre est une œuvre de Domenico Gagini (1425-1492).

 

502e Naples, Castel Nuovo

 

L’une des salles du rez-de-chaussée est ornée de belles fresques. Ici, une scène de la vie de Sant’Antonio Abate, que je choisis d’une part parce que je la trouve belle, et d’autre part parce que nous avons vu défiler la statue de ce brave homme samedi dernier, le premier mai, dans la célébration de San Gennaro.

 

502f1 Naples, Castel Nuovo

 

Dans ce château à l’extérieur si austère, on est surpris de la magnificence de cette petite chapelle Palatine, toute d’or et de fresques.

 

502f2 Naples, Castel Nuovo

 

La chapelle a par la suite été dédiée à sainte Barbara. L’une de ces fresques exécutées du quatorzième au seizième siècles représente, pour cette raison, le martyre de sainte Barbara, victime de cette barbare amputation.

 

502g Naples, Castel Nuovo

 

Dans un hall à l’étage, cette statue de Charlotte de Habsbourg grandeur nature accueille le visiteur comme si réellement elle était vivante, en train de regarder pensivement par-dessus son épaule. C’est une œuvre de Francesco Jerace.

 

502h1 Naples, Castel Nuovo

 

502h2 Naples, Castel Nuovo

 

502h3 Naples, Castel Nuovo

 

La porte actuelle du château, sous le bel arc de triomphe blanc, est une copie de la porte originale, ici présentée au musée. Ferdinand d’Aragon, en 1462, a vaincu les barons rebelles, dont son oncle Jean de Calabre, comme nous l’avons vu. Pour immortaliser cette victoire, il commande en 1475 cette porte de bronze à l’artiste Guglielmo Monaco, qui y sculpte divers épisodes des combats. Mais la porte a connu des aventures rocambolesques. Charles VIII de France, à la mort de Ferdinand I en 1494, revendique le royaume de Naples contre les Aragon, en tant que descendant des Anjou. Il passe en Italie, franchit Florence, Rome et arrive à Naples en février 1495, mais là il se heurte à Ferdinand II et à une alliance de presque toute l’Italie (la Ligue de Venise). Il repart précipitamment pour la France. Son armée, restée à Naples, essaie de résister, mais doit finalement capituler en 1497, non sans avoir fait démonter et embarquer la porte de bronze sur un navire vers la France comme butin de guerre. La porte fut fixée verticalement sur le pont. Or, arrivée au large de Rapallo et de Portofino (promontoire au sud de Gênes), la flotte française est attaquée par les Génois, membres de la Ligue de Venise. Un boulet de canon génois frappe la porte et y reste fiché, deux autres y percent des trous mais ressortent du bronze. Les Génois prennent les navires français et tout le butin, et, honnêtement, en bons alliés, restituent à Naples sa porte volée. Nous sommes en 1498. On y a laissé en souvenir le boulet de fer qui s’y est encastré. La copie, à l’entrée, reproduit l’éclatement du panneau, mais pas le boulet.

 

502i Naples, Castel Nuovo

 

Cette gravure de Franz Wenzel représente l’entrée triomphale de Garibaldi à Naples, le 7 septembre 1860. La fin de la dynastie des Bourbons, la démocratie d’une monarchie constitutionnelle avec Victor Emmanuel, l’unification de l’Italie qui va reprendre une dimension internationale perdue, le brillant de l’épopée garibaldienne, tout cela est accueilli dans la liesse. Mais c’en est fait du rôle de Naples comme capitale. Une fois pris les États Pontificaux, c’est Rome, en 1870, qui devient capitale du royaume d’Italie. Naples est encore beaucoup plus grande et puissante, mais elle va décliner tandis que la nouvelle capitale va connaître une croissance exponentielle.

 

503a Naples, piazza Trieste e Trento

 

Nous continuons notre promenade. On voit ici l’entrée de la galerie Umberto I, derrière les colonnades sur la droite de ma photo. Nous voici piazza Trieste e Trento.

 

503b1 Naples, cyclistes

 

503b2 Naples, cyclistes

 

503b3 Naples, cyclistes

 

Puis c’est l’immense piazza del Plebiscito voulue par Murat qui a été roi de Naples à l’époque napoléonienne. Dans mon dos, le palais royal du dix-septième siècle, en face l’église néoclassique San Francesco di Paola dont l’inspiration a été prise au Panthéon de Rome, encadrée d’une colonnade incurvée en demi-ovale qui a l’air de vouloir imiter la colonnade du Bernin au Vatican. Tout cela est prétentieux mais manque de noblesse.

 

Aujourd’hui, la place est occupée par des centaines de cyclistes qui pédalent à qui mieux mieux sur place. Je n’ai pas l’explication de cette ardeur qu’ils développent plusieurs heures durant. Je suppose (mais sans aucune certitude) que les vélos enregistrent le nombre de kilomètres virtuels parcourus et que les participants ont obtenu le paiement par des sponsors d’une certaine somme au kilomètre. Ainsi, si je propose à un sportif de le sponsoriser à 30 centimes par kilomètre et qu’il en parcourt 65, je verserai 19,50 Euros, qui iront à une œuvre. Ce qui me laisse un doute, c’est qu’il n’y a sur la place et dans les parages aucun panneau informatif, aucune voiture d’organisme humanitaire, etc., définissant l’œuvre bénéficiaire.

 

503c Le Vésuve vu de Naples

 

Nous descendons vers la mer. La baie de Naples se referme. En regardant vers le sud-est, de l’autre côté Herculanum et les autres banlieues de Naples s’étalent au pied du Vésuve. J’aime la façon dont souvent le volcan coiffe sa masse noire de nuages, puis la ligne rouge des agglomérations, et au premier plan la mer. C’est particulièrement beau en fin d’après-midi.

 

503d Naples, Castel dell'Ovo

 

503e Naples, Castel dell'Ovo

 

Nous arrivons au Castel dell’Ovo, le Château de l’Œuf. C’est le plus ancien château de la ville, il date de 1128 comme construction autonome, mais là ne commence pas son histoire. En effet, en remontant au temps de la guerre de Troie, la sirène Parthénope tombe folle amoureuse d’Ulysse, mais lui ne répond pas à cet amour. Désespérée, elle se jette à la mer. Son corps viendra s’échouer ici même sur cet îlot. C’est là aussi qu’au sixième siècle avant Jésus-Christ des colons grecs venus de Cumes (colonie grecque depuis deux cents ans déjà) débarquèrent pour fonder une nouvelle ville, Néa-Polis, Napoli, Naples. Lucullus (115-57 avant notre ère), revenant d’Asie avec d’immenses richesses acquises lors de ses combats en Arménie et au Pont-Euxin, se fait construire ici une magnifique résidence où il donnera les festins qui ont fixé son nom dans l’Histoire (ici et aussi à Rome, là où est maintenant la Villa Médicis, Institut de France). Cet éperon rocheux a longtemps été un îlot mais il est à présent relié à la terre ferme par une étroite bande où est asphaltée la route que l’on voit sur ma photo. L’îlot ayant une forme d’œuf, peut-être est-ce l’explication du nom, mais on lui préfère généralement la légende (sans aucun fondement de textes de l’Antiquité) selon laquelle Virgile aurait dissimulé sur l’îlot un œuf enfermé dans une cage. Cet œuf devait, s’il n’était pas conservé, entraîner des catastrophes, voire la totale destruction de la ville. Légende, certes, mais à laquelle on crut dur comme fer. En effet, lorsqu’en 1370 le bruit courut que l’œuf s’était brisé, les Napolitains furent saisis d’une panique comparable à celle de l’an mil, tant et si bien que pour ramener le calme la reine Jeanne d’Anjou s’adressa solennellement au peuple pour affirmer que l’œuf avait été remplacé et que les pouvoirs magiques continuaient de s’exercer.

 

Charles II puis Robert d’Anjou restaurent et fortifient le château. Certains spécialistes pensent qu’il était à considérer davantage comme un bourg fortifié que comme un château autonome à proprement parler. L’endroit est très sympathique, quoique fortement équipé pour les touristes. Les restaurants s’y pressent, leurs terrasses s’étalant sur les petites places et le long du port. Ce petit port est sur son flanc est, c’est-à-dire à gauche sur la première de ces photos, et il a nom Santa Lucia. C’est lui le sujet de la célèbre chanson. La promenade est très agréable. Elle se poursuit en longeant la mer vers l’ouest tout en s’éloignant du centre. Cette promenade est ce que l’on appelle le Lungomare. Superbe. Si superbe que nous y restons jusque fort tard, obligés ensuite de foncer vers un arrêt de bus pour regagner la gare centrale avant le départ du dernier train pour Pompéi.

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Published by Thierry Jamard
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