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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 23:25

Hier, nous avons pris comme d’habitude le bus qui passe devant notre parking pour nous rendre à la station de métro Anagnina, terminus de la ligne A, et de là dans le centre de Rome. Hélas, trois fois hélas, nous avons dû reprendre le bus en sens inverse, une grève bloquant les métros jusqu’à 16h30. Par manque de personnel, la sécurité n’était paraît-il pas assurée. Et comme la radio que nous écoutons pendant le petit déjeuner et qui nous répète sans cesse que nous sommes sur 105,3 donne toutes les 20 minutes des nouvelles de la circulation, nous savions qu’il n’aurait servi à rien de nous rendre dans le centre par la route. Tant pis, nous ne sommes pas à un jour près, les visites ont été remises au lendemain. C’est-à-dire aujourd’hui.

 

Lors de notre précédente visite à la Villa Borghese, ce grand parc public, nous nous sommes longuement promenés dans les allées, puis nous avons visité, en deux heures montre en main avec des cerbères nous chassant ensuite, la Galerie Borghese avec sa Pauline Bonaparte, ses Caravage et ses Francis Bacon. Mais il restait deux musées qui nous attiraient, le musée étrusque et la Galleria Nazionale d’Arte Moderna. C’est cette dernière qui est au programme d’aujourd’hui. Mais comme elle ne se trouve pas près d’une entrée du parc et qu’il fait beau, nous prenons notre temps pour passer dans des endroits que nous ne connaissons pas encore. Entre autres un joli lac, sur une île duquel a été construit au dix-huitième siècle un faux temple d’Esculape.

 

 

Aïe aïe aïe. Il n’y a que trois jours, le 2 décembre, je commentais les confusions et les fusions entre dieux grecs et dieux romains. Le nom officiel du temple le rattache au romain Esculape. Mais la statue porte un vêtement grec, et sur le fronton est gravé en caractères grecs "Asklépiôi Sôtêri" (à Asclépios Sauveur). Lorsque, dans un passé qui se perd dans la nuit des temps, j’étudiais à la Sorbonne, je suivais, hors de tout programme et pour le seul plaisir, un séminaire de religion grecque. Je me rappelle l’étude faite par Fernand Robert, grand spécialiste d’Épidaure où était tout particulièrement célébré Asclépios, sur les conditions de la naissance de ce demi-dieu. Apollon, comme Zeus, collectionne les amours terrestres, mais il connaît plus de déboires que son père, par exemple avec cette Cassandre qui lui a échappé par tromperie. Cette fois, il s’est épris de la belle Coronis, fille du roi de Thessalie, qui se retrouve enceinte de ses œuvres, comme on dit joliment. Les amours divines ne sont jamais stériles. Et puis salut, il retourne sur l’Olympe avec les autres dieux, ou peut-être à Delphes pour faire prononcer des oracles à sa pythie préférée. Seulement voilà, Coronis n’est pas entrée au couvent après cette étreinte (peut-être parce que les couvents n’existaient pas encore), et comme elle n’est pas de bois elle a couché avec un mortel du nom d’Ischys. Mais rien ne pouvant échapper à un dieu de la divination comme Apollon, il l’a évidemment appris (en dehors de lui, on sait que le cocu est toujours le dernier au courant), et il s’est fâché tout rouge. Quoi ? Une relation sexuelle avec un mortel alors qu’elle porte dans son ventre l’enfant d’un dieu ? C’est impensable. Il ne pouvait que tuer l’infidèle. On porta donc le corps de la défunte Coronis sur le bûcher. Mais il ne pouvait se concevoir de brûler le fils d’Apollon, aussi le dieu se précipita-t-il au milieu des flammes pour arracher du ventre de sa mère qui commençait à se consumer l’enfant vivant. Cet enfant, c’est Asclépios, né d’une opération chirurgicale, ce qui lui a conféré le don de la médecine, avec toutefois les leçons du centaure Chiron. Il était tellement habile qu’il parvint même à ressusciter de nombreux morts, parmi lesquels Hippolyte, le fils du roi Thésée (cf. la Phèdre de Racine). Des ressuscités à la pelle, ça risque de bouleverser l’ordre du monde. Aussi Zeus se résolut-il à le foudroyer (c’était pourtant son petit-fils, à travers Léto). Voilà pourquoi de nos jours les médecins ne parviennent pas à arrêter la pandémie de grippe A. Asclépios, transformé en la constellation du Serpentaire, rigole bien là-haut en nous traitant d’ignorants.

 

 

En revenant sur terre, nous sommes passés, dans cette Villa Borghese de Rome, devant le musée Pietro Canonica (1869-1959), ce sculpteur célèbre (paraît-il, mais inconnu de moi, ô honte). Devant, deux sculptures, dont ce cheval portant un canon sur son dos. Nous passons notre chemin.

 

 

Finalement, nous arrivons au musée d’art moderne. Sur la façade monumentale (mais qu’est-ce qui n’est pas monumental à Rome), une frise de ces belles têtes de lion. Je m’empresse de mettre cette photo, parce qu’à l’intérieur, hélas, fini, les photos sont interdites. Je ne peux donc pas montrer les œuvres du dix-neuvième siècle italien, développées à l’époque où en France fleurissait l’impressionnisme, ni les produits du futurisme proclamé à Paris, dans le Figaro, par Marinetti, ni la peinture dite métaphysique de Chirico, ni l’art officiel grandiose de l’ère Mussolini, et encore moins, mais pour une autre raison, un Cézanne, un Renoir et deux Van Gogh : ils sont partis pour une exposition temporaire au château Saint-Ange en l’honneur des Carabiniers. M’en fiche, nous irons un de ces quatre au château Saint-Ange, puisque les carabiniers sont artistes. Je ne montre donc rien, mais ce musée vaut la peine. Et puis il accueille une exposition temporaire concernant une certaine Palma Bucarelli, photos, documents, journaux et magazines, et aussi présentés sur des mannequins des robes et manteaux qui ont appartenu à cette femme du monde qui a fréquenté les plus grands. Cette femme née en 1910 et morte en 1998 a été critique d’art et superintendante de ce musée entre 1942 et 1975. Sa devise, reprise comme titre de l’exposition, était "le musée comme avant-garde".

 

Après une longue visite de ce musée, nous avons méprisé les bus qui traversent la Villa Borghese et sommes revenus à pied à travers le parc obscur jusqu’à la Piazza del Popolo. Oh, et puis si nous marchions encore un peu ? Un bout de la très animée Via del Corso (où se trouve la maison de Goethe), puis par la petite Via della Croce nous arrivons Piazza di Spagna (où se trouve la maison de Keats). Là, il est quand même temps de prendre le métro vers le terminus Anagnina, près duquel nous attend le camping-car.

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Published by Thierry Jamard
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