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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 21:07

365 Rome, publicité

 

Descendant du métro, nous devons attendre notre bus quelques minutes, plantés devant cette publicité. C’est merveilleux, je note le nom de ces pâtes italiennes parce que si un jour j’ai du cholestérol, je saurai comment le faire baisser. De plus, si j’en crois l’air gourmand du type, elles doivent être délicieuses.

 

366a Rome, ss. Nereo e Achilleo

 

Soyons sérieux. Tout près des thermes de Caracalla se trouve cette église Santi Nereo ed Achilleo. Rome est la ville de saint Pierre. Revenons donc à lui pour comprendre cette église. Il a été jeté en prison à Jérusalem. On l’a vu au sujet de l’église San Pietro in Vincoli, un ange l’y aurait libéré de ses chaînes et il serait alors parti pour Rome. Or voilà qu’à Rome l’empereur Néron cherche à se justifier aux yeux des citoyens de l’accusation d’avoir allumé le grand incendie et voit en la personne des chrétiens des coupables tout trouvés qu’il commence à persécuter. Effrayé à l’idée qu’il pourrait bien être pris et martyrisé, saint Pierre s’enfuit en clopinant sur sa jambe blessée par les chaînes de Jérusalem, en direction de la via Appia (qui va vers Brindisi, face à l’île grecque de Corfou). La bande –en latin "fasciola"– qu’il porte sur sa blessure est mal serrée et il la perd ici même. Aussi, au quatrième siècle bâtira-t-on une église nommée "Titulus Fasciolæ", entièrement reconstruite au tout début du neuvième siècle. Beaucoup plus tard, en 1596, un cardinal qui révérait tout particulièrement saint Nérée et saint Achillée leur voua cette église, puis alla chercher sur la via Appia, dans la catacombe de Domitille (que nous n’aurons pas l’occasion de visiter, sauf si nous nous éternisons à Rome parce qu’elle est fermée en janvier), les reliques de ces deux saints et les fit transporter ici. Il fit aussi décorer l’intérieur. Mais l’église est fermée et il semble que la visite ne soit pas possible.

 

366b Rome, Arco di Giano

 

Nous longeons le Circo Massimo dont je ne redonnerai pas encore une fois de photos, mais en cherchant un angle de prise de vue qui permet de mieux distinguer la "spina", puis arrivés au bout nous nous dirigeons vers l’Arco di Giano, c’est-à-dire l’arc de Janus Quadrifrons. Cet arc à quatre entrées justifie ce nom, "frons" en latin étant aussi bien le front que le visage. Mais pour une raison que j’ignore, on le trouve aussi appelé souvent (et même plus souvent, semble-t-il) Quadrifons (sans R), ce qui ne s’explique pas (quatre fontaines…). Janus, avec ses deux visages opposés, est le dieu des carrefours, et à ce titre il est aussi le dieu qui préside au changement d’année, une face regardant en avant la nouvelle année, l’autre en arrière l’année écoulée. Le mot "janvier" l’a beaucoup déformé, mais on le voit clairement dans l’anglais January. Et puisqu’il est devenu "Giano" en italien, on le voit aussi dans le nom du mois, "gennaio".

 

366c Rome, Arco di Giano 

 

Comme le montrent mes photos, les faces de l’arc sont creusées de niches, "ce qui est de fort mauvais goût", nous dit Stendhal. Mais, ajoute-t-il, "ces sortes d’ornements mesquins étaient tout à fait à la mode sous Dioclétien, l’an 284" (en fait, il date du quatrième siècle). Par ailleurs, toujours selon la même source, "les trous que l’on remarque dans l’arc de Janus Quadrifrons sont attribués à la patience des soldats barbares qui cherchaient les crampons de fer employés pour lier les blocs de marbre".

 

366d Rome, Arco degli Argentari

 

 

Juste derrière l’arc de Janus, on aperçoit le clocher d’une église. Accolé à cette église, un arc de dimensions plus modestes que celui de Janus est l’Arco degli Argentari, l’arc des Changeurs, ou des Banquiers.

 

366e Rome, Arco degli Argentari

 

 

Sur toute sa surface, cet arc est orné de scènes en bas-relief, petites ou grandes, particulièrement intéressantes. Contrairement à ce que l’on pourrait supposer, son nom ne vient pas de l’endroit où opéraient les changeurs, et il n’a pas non plus été bâti pour les glorifier, mais au contraire il a été construit par eux en hommage à l’empereur Septime-Sévère (193-211) à l’impératrice sa femme Julia Domna et à leurs deux fils Geta et Caracalla, en l’an 204 après Jésus-Christ. De ces quatre noms, seuls en restent visibles trois, parce que ce délicieux Caracalla, pour être sûr de régner (211-217) après son père, a assassiné son frère Geta, et puis a fait disparaître son nom et sa représentation de partout où on pouvait les trouver, lui faisant subir la damnatio memoriæ, comme ce fut le cas pour le dernier Flavien, l’empereur Domitien (81-96).

 

366f Rome, San Giorgio in Velabro 

 

 

Et cette église à laquelle est adossé cet arc, c’est San Giorgio in Velabro. Il est merveilleux de pouvoir visiter une église de la première moitié du neuvième siècle, d’admirer son porche d’époque. Sauf qu’il y a de par le monde des terroristes qui font exploser des voitures piégées bourrées d’explosifs. C’est hélas ce qui est arrivé à ce porche et à cette façade, dans la nuit du 27 au 28 juillet 1993. Oh certes de toute urgence on les a reconstruits identiques à l’original, et mieux encore puisqu’on a reproduit l’apparence qu’avait l’église au Moyen-Âge, en la débarrassant des modifications successives, et en réemployant dans toute la mesure du possible les matériaux retrouvés épars après l’explosion, mais il y a un petit quelque chose de la magie qui a disparu dans la fumée de l’effondrement. Ce ne sont plus les artisans de l’époque qui ont mis cela sur pied. Ce ne sont plus ces colonnes que des mains du douzième siècle ont touchées. Ce n’est plus cette toiture qui a prodigué son ombre lors des grosses chaleurs de l’été. C’est une reconstitution, comme pour un décor de cinéma, même si ce n’est pas du carton pâte.

 

366g1 Rome, San Giorgio in Velabro

 

 

366g2 Rome, San Giorgio in Velabro par Pinelli

 

 

Cela dit, cette église n’en est pas moins magnifique. Au septième siècle, sur les fondations –et avec réutilisation de quelques pans de murs– d’une diaconie (communauté grecque) et d’un édifice civil antique, a été construite une première église, ce qui, outre les ajouts successifs, explique un plan de forme irrégulière. Une reconstruction du neuvième siècle a donné à l’église son architecture actuelle. À ma photo, je joins un scan d’une aquarelle d’Achille Pinelli réalisée dans les années trente du dix-neuvième siècle.

 

366h Rome, San Giorgio in Velabro

 

 

On le voit mal sur ma photo ci-dessus, mais des colonnes diverses ont été réutilisées, ce qui fait que les unes sont lisses, d’autres cannelées, les unes ont des chapiteaux ioniens, d’autres des chapiteaux doriens, et leur section n’est pas la même de l’une à l’autre.

 

Le pape Zacharie, qui a régné de 741 à 752, était grec et vouait un culte particulier à saint Georges. Aussi fit-il venir de Cappadoce la tête du martyr Georges pour la placer dans cette église située dans un quartier fréquenté par de nombreux Grecs et autres Byzantins, qu’ils soient commerçants, militaires, fonctionnaires. La légende de saint Georges terrassant le dragon est tardive. En fait, il serait né vers 280 en Palestine, d’un père perse et d’une mère cappadocienne. "Serait", mais cette hypothèse semble confirmée par l’examen scientifique des os de cet homme mort en 303, qui montre qu’il avait un peu plus de vingt ans. Ce Georges de Cappadoce, officier dans l’armée, se convertit au christianisme, donne aux pauvres, et refuse de sacrifier aux dieux païens, comme il y est sommé. On le bat, on le flagelle, on le jette en prison. Il finira décapité à Lydda (aujourd’hui Lod, où a été construit l’aéroport de Jérusalem). La légende ajoute qu’avant sa décapitation il fut coupé en deux par une roue de char plein de clous et d'épées. Giorgio resuscita, et s’adonna à convertir et a faire des miracles. L’épisode du dragon serait une adaptation chrétienne d’une légende mythologique païenne, suscitée par une ressemblance des noms.

 

366i Rome, San Giorgio in Velabro

 

 

La fresque de l’abside représente le Christ bénissant le monde. À sa droite (et donc à gauche sur la photo) sont saint Georges et Marie, et de l’autre côté saint Pierre et saint Sébastien à qui l’église était dédiée avant l’intervention du pape Zacharie. Elle a été réalisée en 1295 par Pietro Cavallini. Dans les églises dont l’abside a été décorée plus tôt, comme Santa Maria in Trastevere (vue le 21 décembre) ou Santa Sabina (vue le 17 décembre), ce sont des mosaïques de style plus ou moins byzantin, que j’admire énormément, mais je dois dire que cette fresque, ici, me plaît également beaucoup.

 

367a Rome, Circo Massimo

 

 

Encore une fois, nous nous trouvons le long du Circo Massimo. Bon, alors allez, une photo, et on passe à la suite.

 

367b Rome, campagne pour les régionales

 

 

Parce que nous sommes en campagne électorale pour les régionales (le Latium, en italien Lazio), la ville est couverte d’affiches montrant la tronche des candidats. J’en présente ici un petit échantillon. Puisqu’il s’agit d’une assemblée, selon le secteur on peut voir différents candidats du même parti. Pas de grandes différences avec ce que l’on voit en France, c’est sérieux, sans fantaisie, une tête, un poncif, un nom de parti. C’est si banal, si conforme à ce que l’on voit chez nous, que je passe bien vite.

 

368a Rome, santa Maria della Consolazione

 

 

Après être retournés sur nos pas, nous tombons sur une autre église. À Rome, il y en a à chaque coin de rue. Tant et tant d’églises anciennes, belles, différentes, que l’on est bien obligé de faire des choix et de se mettre les mains sur les yeux en passant devant telle ou telle, sinon nous en aurons pour deux ans avant d’en avoir fait le tour. Ici, c’est Santa Marie della Consolazione.

 

368b Rome, santa Maria della Consolazione

 

 

L’origine de son nom n’est pas légendaire, le fait qui le justifie est raconté dans une chronique, donc dans un récit qui lui est contemporain. Nous sommes au quatorzième siècle. Un condamné à mort va être amené au Capitole, où va avoir lieu son exécution. Il demande alors, comme dernière volonté, qu’une image de la Vierge lui soit présentée, et qu’on la place ensuite à proximité pour qu’elle serve de réconfort, de consolation, aux autres condamnés au moment où on les mène au supplice. Un siècle plus tard, en 1470, une première église est construite pour héberger cette représentation, puis elle fut reconstruite à la fin du seizième siècle.

 

368c Rome, santa Maria della Consolazione

 

 

L’image que j’ai choisie n’est pas celle d’une Vierge, mais un Christ que je trouve particulièrement impressionnant. C’est un buste d’Ecce Homo grandeur nature, un visage d’extrême souffrance, et la peinture, l’éclairage, donnent l’impression qu’il s’agit d’une vraie peau recouverte de sueur et de sang.

 

368d Rome, San Nicola in Carcere

 

 

Le 29 décembre, nous sommes passés devant San Nicola in Carcere, et j’ai raconté l’histoire de ce vieillard allaité par sa fille qui a donné lieu au thème fréquent en peinture de la Charité. Aujourd’hui, nous avons pu entrer et visiter cette église, construite au onzième siècle en réutilisant des ruines antiques. Le clocher, lui, est du douzième siècle. Il y avait là trois temples datant du premier siècle avant Jésus-Christ et dédiés à Junon, à Janus et à l’Espérance. San Nicola a été construit sur celui de Janus, mais dans ses murs de droite et de gauche sont incrustées les colonnes latérales des temples voisins, et dans la façade créée en 1599 ont été insérées deux colonnes du temple de Junon.

 

368e Rome, San Nicola in Carcere 

 

 

368f Rome, San Nicola in Carcere

 

 

Comme dans San Giorgio in Velabro, on remarque que les colonnes sont disparates, preuve de leur réutilisation. Mais l’intérieur est sombre, nous y reviendrons un autre jour le matin ou en début d’après-midi parce qu’il y a des fresques que l’on devine vaguement au-dessus de la ligne de colonnes et qui semblent intéressantes mais que l’on ne distingue que trop mal. Il y a là un homme préposé à la garde de l’église et à la vente de cartes postales et de livrets d’informations, qui nous dit que pour les éclairer il faudrait tout illuminer, et que ce n’est pas possible. Je discute un peu avec lui… en espagnol. Et ainsi j’apprends qu’il est péruvien, il apprend que j’ai vécu quelques années au Chili, que mes enfants sont allés plus que moi au Pérou, etc.

 

368g Rome, San Nicola in Carcere

 

 

Beaucoup des églises que nous avons visitées ont, devant le maître-autel, à la croisée du transept, en avant du baldaquin du ciborium, un escalier de quelques marches qui descend vers une petite chapelle. Ici, on descend vers une vraie crypte, ou plutôt des souterrains de type catacombe.

 

368h Rome, San Nicola in Carcere

 

 

368i Rome, San Nicola in Carcere

 

 

Ces couloirs en vrai dédale mènent à des pièces de taille et de forme diverses. Par les ossements qui ont été laissés dans des fosses, comme ci-dessus, on comprend que cet espace a été utilisé pour ensevelir des personnes. À d’autres endroits, des bases de colonnes signifient que l’on est en présence des soubassements des temples païens antérieurs. J’avais dit, dans le précédent article sur cette église, que le nom de "carcere" signifiait "prison", et que les temples avaient succédé à la prison. Eh bien on peut même distinguer ce qui a appartenu à cette prison très ancienne de ce qui a fait partie des temples du premier siècle. De plus, ici ou là, des panneaux explicatifs illustrés donnent des indications très claires et intéressantes.

 

368j Rome, San Nicola in Carcere

 

 

Encore une petite balade dans ces souterrains avant de remonter à la surface. Il est demandé –ce qui est bien normal– de laisser une obole avant de ressortir, et d’inscrire son nom et sa provenance. Coup d’œil indiscret à la liste, fort peu de Français. Il semble que mes compatriotes se concentrent sur le Colisée et le Forum, sur le Vatican, et puis salut nous rentrons dans notre belle France. Alors que les Japonais, qui ont fait un long et coûteux voyage, veulent rentabiliser leur investissement en visitant tout. Du moins il est moins vexant pour mon orgueil de Français de le voir sous cet angle, plutôt que de penser que les Français ne s’intéressent qu’à ce qui fait les têtes de chapitre des guides.

 

368k Rome, San Nicola in Carcere

 

 

Nous voici de nouveau dans l’église, mais avant de conclure et de ressortir, nous nous arrêtons de nouveau devant une fresque, hélas un peu endommagée (et trop violemment éclairée du côté droit), représentant une Vierge à l’Enfant. "De nouveau" parce que nous avons déjà fait une longue station devant elle, mais elle nous plaît tant à l’un et à l’autre que nous voulons la graver au fond de nos pupilles.

 

368L Rome, San Nicola in Carcere

 

 

368m Rome, San Nicola in Carcere

 

 

Vu sur ce gros plan, Jésus n’est-il pas un adorable bébé, à la bouille ronde, au front intelligent, à l’œil doux mais au regard un peu triste ? Quant à Marie, son visage jeune et grave, la finesse de ses traits soulignée par la finesse du dessin, la tendresse de son regard tourné vers son fils, accentuent son charme. J’adore ce fragment de fresque, et c’est pourquoi je choisis de terminer cet article sur ces images.

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Published by Thierry Jamard
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