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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 15:07

810a1 Etude du séisme 1 (1954) par Agenor Asteriadès

 

Pour cause de violents séismes en 1954 et 1955, Volos est une ville neuve reconstruite sur les décombres. C’est un important centre industriel de traitement des produits de la Thessalie, minoteries et tanneries, et dans son port sont chargés pour l’exportation blés et farines, cuirs, cultures maraîchères, huile d’olive et savon, sucre. Et le musée vaut la visite. Ci-dessus, un tableau d’Agenor Asteriadès daté de 1954 s’intitule Étude du séisme.

 

Pour l’étymologie du nom de Volos, diverses hypothèses ont été avancées. Certaines, émanant pourtant d’archéologues reconnus, supposent des déformations qui ne répondent à aucune évolution phonétique possible de sorte que, quoique n’ayant pas –tant s’en faut– leur notoriété ni leurs compétences, je ne peux que les rejeter. Celle qui me paraît la plus plausible ferait venir ce nom du vieux slave GOLO, espace dénudé. Et en effet, dans l’Antiquité tardive, des populations slaves sont venues s’installer en Grèce, en Thessalie entre autres, et ces terres résultant de l’ensablement qui a fait reculer le rivage, on peut supposer qu’elles étaient vierges de végétation et de cultures.

 

810a2 Volos, bateaux de pêche, 1997 (par Chryssa Vergi)

 

Dès le milieu du quinzième siècle, très tôt après la prise de Constantinople en 1453, les Turcs tiennent la forteresse de Volos. Par la suite, peu à peu, des Juifs et des Grecs créent en front de mer des établissements commerciaux. Lorsqu’au cours du dix-neuvième siècle la ville se développe, d’autres Grecs arrivent et, malgré l’opposition de ceux qui étaient déjà installés là, ils construisent et donnent à la ville un aspect flatteur, puisqu’en 1883 Alfred Mézières parle des maisons “aux jolies façades” (la Thessalie n’a été rattachée à la Grèce, libérée de l’Empire Ottoman, qu’en 1881). Ci-dessus, un tableau de Chryssa Vergi intitulé Volos, bateaux de pêche, 1997.

 

810b1 Volos, reconstruction du navire Argo de Jason

 

810b2 Volos, reconstruction du navire Argo de Jason

 

Je vais parler tout à l’heure du passé antique de la ville, peut-être mythique ou peut-être fondé, lié à Jason et aux Argonautes mais, parlant de la ville moderne, je ne peux manquer de montrer ici la reconstruction de l’Argo que l’on peut voir dans le port de Volos. Ce navire est ce que l’on appelle un penteconter, embarcation à cinquante rames alors qu’à l’âge du bronze les grands navires comptaient trente rames. Or on raconte qu’au quatorzième siècle avant Jésus-Christ les Achéens qui vivaient en Magnésie ont cherché à commercer avec les populations du Pont Euxin (c’est-à-dire la Mer Noire). Mais dans le Bosphore la violence des vents soufflant vers le sud en direction de la Mer Égée les a obligés à créer des navires plus puissants, soit disposant de plus de bras, d’où le passage de 30 à 50 rameurs. C’est l’Argo de Jason qui est l’archétype du penteconter. Selon les évaluations des ingénieurs navals contemporains, ce type de navire a dû mesurer entre 28 et 33 mètres de long sur 4 de large, et pouvait atteindre une vitesse maximum de 9 nœuds (soit 16,6 kilomètres à l’heure).

 

 

810b3 bronze de l'Argo des Arganautes à Volos

 

810b4 bronze du pentekontoros de Jason (Volos)

 

L’Argo est le symbole de la ville de Volos. La reconstruction qui flotte dans le port est doublée d’un monument au sommet duquel est représenté le navire de Jason en bronze. Sur la base de pierre, sont gravés les noms de tous les Argonautes (étymologiquement, les marins de l’Argo), compagnons de Jason.

 

 

810c1 Buste de Theophilos en Alexandre, à Anakasia

 

810c2 Anakasia, musée Theophilos

 

Montons vers Ano Volos (“Volos d’en Haut”). Nous nous arrêtons à Anakasia. Ici a vécu et travaillé Theophilos, peintre naïf originaire de l’île de Lesbos, né vers 1867-1870. Son père cordonnier ne comprenait pas qu’il puisse s’adonner à la peinture, et les pêcheurs se moquaient de ses œuvres et de lui. Il faut dire qu’outre sa peinture, magnifique mais vue comme dessin enfantin par qui n’est pas habitué à l’art naïf, il avait coutume de s’habiller avec l’ancien costume traditionnel, en jupette. Souvent aussi, il se déguisait en Alexandre le Grand, pour amuser les enfants, ou pour des représentations théâtrales, ou pour le carnaval. C’est pourquoi sur la photo ci-dessus, qui représente son buste en bronze sur la place principale d’Anakasia, il a cet aspect peu moderne… Il peint des fresques avec pour tout paiement un repas, quelquefois pour un ouzo, il lui arrive même de peindre pour rien. C’est en 1897 qu’il arrive à Volos, où il restera jusqu’en 1927. Ioannis Kontos, le riche propriétaire de la maison que je montre en photo, lui demande en 1912 de réaliser des fresques dans la plupart des pièces. Depuis 1981, cette maison a été transformée en musée Theophilos. C’est une merveille de visiter les pièces toutes couvertes de fresques, mais… la photo y est interdite. De retour à Lesbos, il est remarqué par un éditeur d’art parisien, fin critique, Tériade. Ce Tériade est lui aussi originaire de Lesbos, il y a une maison, et il tombe un peu par hasard sur des œuvres de Theophilos, qui a beaucoup travaillé sur les murs de bars, de restaurants, de maisons particulières. Il va intervenir pour que quelques œuvres de Theophilos entrent au Louvre. Notre peintre meurt en 1934.

 

 

810c3 Apostolos Voulgaris au musée Theophilos d'Anakasia

 

810c4 l'atelier d'Apostolos Voulgaris

 

Si la visite de ce musée a enchanté nos yeux mais, faute de photos, nous a frustrés, en revanche elle nous a permis de faire la connaissance d’un homme assez exceptionnel. Apostolos Voulgaris est un artiste chargé de la garde du musée. Il nous a ouvert, nous a tout expliqué, non comme un guide qui débite son boniment appris par cœur, mais comme un passionné qui parle de ce qu’il aime. Nous sommes restés longtemps à parler avec lui, et puisqu’il est peintre lui-même, il a bien voulu nous mener à son atelier, où nous avons pu constater qu’il a un réel talent.

 

 

810d1 Episkopi à Anakasia

 

810d2 Episkopi à Anakasia

 

Au-dessus d’Anakasia, une grosse colline. C’est la colline d’Épiskopi. Un chemin a été tracé au milieu des pins qui sous le soleil ardent dégagent une merveilleuse odeur de résine, il passe devant la petite chapelle de la Transfiguration enfouie à demi à mi-pente, et continue de courbe en courbe à gravir la colline jusqu’à son sommet.

 

 

810e1 Episkopi à Anakasia

 

810e2 Episkopi à Anakasia

 

810e3 Episkopi à Anakasia

 

Là se dresse une église construite en 1639 et consacrée à la Dormition de la Vierge. Parce que le christianisme considère que la mère de Jésus, l’Enfant Dieu, ne peut être morte, les Catholiques célèbrent son Assomption (elle est prise par les anges et emportée au Ciel), tandis que pour les Orthodoxes elle s’est endormie. En icônes, en fresques, la Dormition est l’un des thèmes favoris des artistes, et c’est l’objet de la consécration de nombreuses églises. La Vierge est représentée couchée dans une position très rigide, qui évoque la catalepsie, et son lit est entouré des douze apôtres, parfois aussi d’anges et de quelques saints. Et Jésus adulte lui présente l’enfant qu’elle a mis au monde, c’est-à-dire lui-même. Lorsque l’évêque Démétrias Calliste a construit cette église, il y a transféré le siège de son archevêché, ce qui explique que la colline s’appelle Episkopi (c’est le mot grec épiskopos qui, transcrit episcopus en latin, a phonétiquement évolué vers notre mot français évêque ou l'espagnol obispo, ainsi que vers l’anglais bishop, l’allemand Bischof). Avant cette église, et depuis le Moyen-Âge, il y avait là un monastère, qui a dû être détruit à la fin de l’Empire byzantin ou peu après l’arrivée des Turcs. Bien des pierres et des éléments architecturaux en ont été réemployés pour la construction de l’église, visibles dans les murs. Ma seconde photo ci-dessus montre, encastré dans le mur, un côté du sarcophage d’Anne Angélique, duchesse Paléologue (famille des empereurs de Byzance), épouse de Nicolas Melissinos. Lorsque l’un et l’autre ont décidé de se séparer pour entrer chacun dans un monastère, elle a pris en religion le nom d’Anthoussa. Vers 1300 son sarcophage, ou ce fragment de son sarcophage, a été transporté sur cette colline, où il a été scellé dans ce mur lors de la construction, quelques siècles plus tard.

 

 

810e4 Episkopi à Anakasia

 

810e5 Episkopi à Anakasia

 

L’un des murs extérieurs de l’église était entièrement revêtu de fresques intéressantes. Je suis contraint de dire “était” au passé, parce qu’elles ont été tellement vandalisées qu’il n’en reste pas grand chose. Le regard des saints  a été creusé de deux trous, pour leur crever les yeux. En un autre endroit, une personne avec qui je parlais m’a assuré que c’était le fait des Turcs, car pour l’Islam la représentation humaine, dont le regard est le symbole, est impie. Mais lorsqu’il s’agit de cœurs percés de flèches accompagnés de prénoms tels que Nikos ou Dimitrios, Eleni ou Maria, écrits en caractères grecs, avec des dates 1971, 1979, 1997, 2006, ils ont bon dos, les Turcs. Quant à l’inscription Toronto, Canada, elle prouve tout simplement que la stupidité ne connaît pas de frontières. Europe, Amérique, Asie… une minorité de crétins détruisent des œuvres de l’humanité, privant la majorité des visiteurs, provenant des mêmes pays, de la contemplation des fresques.

 

Dans les environs de la ville moderne de Volos, construite sur un espace peu à peu libéré par la mer qui s’est retirée au cours des deux derniers millénaires, on rencontre des traces du passé antique sur trois sites, Sesklo, Dimini et Demetrias.

 

 

810f1 établissement néolithique de Sesklo

 

810f2 établissement néolithique de Sesklo

 

Sesklo est un établissement néolithique situé à une douzaine de kilomètres du centre de la Volos moderne, fouillé une première fois en 1901-1902, puis plus à fond lors d’une autre campagne de fouilles, de 1956 à 1977. Il se répartit en deux zones séparées l’une de l’autre par quelques centaines de mètres d’un petit bois agréable. La zone que montrent ces deux photos présente les fondations de pierre de petits bâtiments dont murs et toits étaient faits de matériaux plus fragiles, qui ont disparu. Mais à part le fait de dire que l’on voit de petites habitations, le site est assez peu lisible pour qui n’est pas spécialiste.

 

810f3 établissement néolithique de Sesklo 

Le creusement que montre cette photo permet d’étudier la stratigraphie du lieu, autrement dit les diverses couches de terrain de bas en haut pour y lire l’histoire de l’occupation, chaque nouvelle période construisant au-dessus de la précédente. C’est au milieu du septième millénaire avant Jésus-Christ qu’ont apparu ici les premiers habitants, qui vivaient de l’agriculture et de l’élevage.

 

810f4 établissement néolithique de Sesklo

 

810f5 établissement néolithique de Sesklo

 

Ensuite, vers la fin du septième millénaire ou au début du sixième, la ville s’entoure de grands murs. Leur fonction, tout autant que défensive, est d’enclore et de délimiter la ville, des maisons s’appuyant en outre contre la muraille. On peut apprécier le soin de cette construction si ancienne.

 

 

810g1 Sesklo, habitation néolithique à une pièce

 

810g2 maison néolithique à deux pièces, type à megaron

 

Les maisons de cette époque ont des fondations de pierre légèrement plus hautes, qui se montent au-dessus du sol de quelques dizaines de centimètres. Les murs sont de brique crue, la toiture faite de poutres de bois est recouverte de terre et percée d’un trou pour l’évacuation de la fumée. Le sol est en terre battue. La plupart ne comportent qu’une seule pièce, mais on en trouve aussi de deux pièces. Ces maisons sont soit mitoyennes, soit séparées par d’étroits passages, le tout répondant visiblement à un plan. Nous avons ici le seul établissement organisé trouvé à ce jour pour toute la Thessalie.

 

 

810g3 maison néolithique du potier, site de Sesklo

 

810g4 maison néolithique du potier, site de Sesklo

 

Le musée archéologique de Volos, que nous avons visité et dont je parlerai dans un prochain article de ce blog, expose nombre de poteries peintes datant du sixième millénaire qui illustrent ce que l’on a appelé la “culture de Sesklo”. Or l’une des maisons, plus grande, a conservé son four de potier bien visible et reconnaissable. C’était à la fois l’atelier, l’entrepôt et l’habitation. Quand on pense que c’est de là que proviennent de belles poteries caractéristiques d’une culture vieille de 8000 ans, cela donne le vertige. Il est difficile de décrocher son regard de ce four…

 

Soudain, à la fin du sixième millénaire, Sesklo cesse de fournir des témoignages de son habitat. Une telle soudaineté ne peut qu’être liée à un quelconque désastre, incendie peut-être. L’établissement va rester abandonné pour une durée d’un demi-millénaire. Mais quand des traces de vie réapparaissent, ce ne sera que sur une très petite portion de l’espace précédemment habité. 

 

810h1 Site archéologique de Dimini

 

Voyons maintenant le site de Dimini, plus proche de Volos que ne l’est Sesklo, fouillé de 1901 à 1903 puis de 1974 à 1977. D’autres fouilles sont en cours actuellement. Ici, l’occupation n’a débuté qu’à la fin du cinquième millénaire, donc beaucoup plus tard qu’à Sesklo et, comme on va le voir, s’est prolongée bien plus tard. La ville néolithique occupe un tertre de 300 mètres sur 400 et 9 mètres de haut, et sa population n’a jamais dû dépasser 200 à 300 habitants.

 

810h2 Site archéologique de Dimini, la place centrale

 

810h3 Site archéologique de Dimini, la première enceinte

 

L’organisation de cette ville ne se retrouve nulle part ailleurs. Autour de la grande place centrale (première photo), on rencontre trois enceintes concentriques, faites de doubles murs de pierre. La seconde photo montre une paire de murs d’enceinte, la plus extérieure. On voit qu’entre les deux murs est ménagé un couloir de circulation. C’est (presque) comme à Paris en plus réduit, les boulevards des Maréchaux, le boulevard périphérique et l’A86. Et puisque nous les Parisiens nous sommes plus modernes, on y avons ajouté, encore plus loin, la Francilienne, quatrième couloir de circulation…

 

810h4 Site archéologique de Dimini

 

810h5 Site archéologique de Dimini, maison néolithique

 

810h6 Site archéologique de Dimini, four à poteries

 

Sur la place centrale, les maisons s’appuient contre le mur le plus intérieur. D’autres maisons s’appuient de même sur la face interne des deux autres doubles murs. La deuxième photo montre en gros plan l’intérieur d’une maison néolithique de Dimini, et la troisième un four de potier, moins clairement identifiable que celui de Sesklo, et pourtant bien plus récent.

 

810h7 Site archéologique de Dimini, le megaron de la cour

 

Au début du troisième millénaire, le site de Dimini est abandonné presque complètement, seule une puissante famille d’éleveurs va s’y maintenir, occupant le mégaron de la place centrale (photo ci-dessus).

 

 

810i1 le site mycénien de Dimini

 

810i2 le site mycénien de Dimini

 

C’est vers le milieu du quinzième siècle qu’apparaissent sur le site les premières maisons mycéniennes. Mais si le tertre néolithique est occupé par des Mycéniens, maintenant la vie dans le mégaron de la place centrale, une ville nouvelle se développe, maisons privées à mégaron, de part et d’autre d’une large rue, à côté du tertre néolithique. Puis au douzième siècle, pour une cause inconnue mais à la même époque que tous les autres établissements mycéniens, le site est abandonné. C’est cette vaste ville que représente le plan ci-dessus. En haut à droite du plan apparaît le premier double mur du tertre. Et parce que les fouilles sont en cours, protégées par des toits (ma seconde photo), l’accès n’y est pas autorisé. C’est bien dommage. 

 

La ville antique de Iolkos a été identifiée ici en 1980. C’est de là que Jason et les Argonautes sont partis à la conquête de la Toison d’Or à une époque où la mer venait jusqu’ici. Les fouilles de la ville antique, en partie bloquées par les problèmes d’expropriation, ont permis de mettre au jour deux palais mycéniens, l’un des alentours de 1400 avant Jésus-Christ qui pourrait avoir été celui du roi Pélias (fils de Poséidon, usurpateur du trône au détriment de son demi-frère Éson qui, lui, est le père de Jason) et l’autre des alentours de 1200, détruit par un incendie, ce deuxième palais pouvant avoir appartenu à Admète puis Eumélos. Eumélos apparaît dans l’Iliade, il a combattu à Troie, dans les jeux funèbres de Patrocle il est perdant de la course de chars, mais c’est surtout de son père Admète que j’ai envie de parler, et de sa mère Alkestis dont parfois on traduit le nom en Alceste, ce qui crée une confusion avec le Misanthrope de Molière. Car Admète et Alkestis sont roi et reine de Phères (Pherai en grec), or à une petite vingtaine de kilomètres de Volos un village porte le nom de Saint-Georges de Phères (Agios Georgios Pherôn), ce qui autorise à penser que la ville antique se trouvait quelque part dans les environs. Et si leur fils Eumélos a combattu à Troie, la date de 1200 correspond bien. Et l’arrivée violente des Doriens, la disparition des Mycéniens, s’accordent avec l’incendie du palais, comme dans le Péloponnèse, comme en Crète.

 

J’étais élève de première quand en classe nous avons étudié un passage de la tragédie d’Euripide intitulée Alkestis. Je ne me rappelle pas si, à l’époque, j’ai été frappé par la beauté du style, mon niveau en grec, en classe de lycée, ne me le permettait sans doute pas, mais l’intensité dramatique de cet extrait de pièce et l’admirable personnalité d’Alkestis face à son mari m’avaient tellement impressionné que, trois ou quatre ans plus tard, étudiant à l’université, j’ai lu, dans le texte, toute la pièce pour mon plaisir. Apollon avait offert à Admète une possibilité exceptionnelle, celle de pouvoir se faire remplacer pour descendre aux Enfers à chaque fois que les circonstances le feraient mourir. Or quand, encore très jeune, l’occasion se présente, ses parents et tout le monde refuse de prendre sa place, et c’est sa femme, la reine Alkestis, qui a le courage et le profond amour d’accepter. Elle meurt et Admète reste en vie. Par la suite, Héraklès ira aux Enfers et réussira l’exploit de la ramener. Et ce serait ce palais, ici dans la banlieue de Volos, qui aurait abrité les protagonistes de cette tragédie. Voilà pourquoi je suis tout particulièrement triste de ne pouvoir visiter ce site.

 

 

810j1 Site archéologique de Dimini, tombe à tholos

 

810j2 Site archéologique de Dimini, tombe à tholos

 

810j3 Site archéologique de Dimini, tombe à tholos

 

À côté du tertre, hors les murs, à l’opposé de l’établissement mycénien urbanisé, on découvre au bout d’un long couloir de 16,30 mètres cette tombe à tholos mycénienne de 8,30 mètres de diamètre, dont le toit s’est effondré. La petite construction que l’on voit sur ma première photo et qui apparaît à droite de la troisième, mesure 3,62 mètres sur 1,40 mètre. Ce larnax servait à recevoir le lit funéraire. C’est lors de la première campagne, dès 1901, qu’elle a été fouillée mais, parce qu’elle avait été pillée (peut-être dans l’Antiquité, mais il n’est pas du tout exclu que ce soit par des fouilleurs illicites contemporains), on n’y a presque rien retrouvé. Seules quelques poteries ont permis de la dater du treizième siècle. Et quelques rares petits bijoux d’or et de verre, qui par chance ont échappé à l’attention des voleurs, permettent d’affirmer sans le moindre doute qu’il s’agit d’une tombe royale ayant accueilli les souverains d’Iolkos. Peut-être Admète…

 

 

Le troisième site antique, celui de Démétrias, nous ne l’avons pas visité. C’est stupide. Quelques mots cependant à son sujet. Les fouilles y ont mis au jour un établissement du néolithique tardif, puis le passage à l’Âge du Bronze. Plus de vie ici à partir de la dernière phase de l’Âge du Bronze, le site est converti en cimetière. Les fouilles menées au cours du vingtième siècle ont permis de mettre au jour la ville hellénistique. Alexandre le Grand est mort en 323 avant Jésus-Christ. Ses successeurs se sont partagé son immense empire. Au début du troisième siècle, les luttes sont incessantes, chacun essayant d’arracher aux autres des morceaux de leur part pour agrandir leur propre possession.  Cela rappelle l’époque classique, quand Athènes, Thèbes, Sparte, Corinthe étaient incapables de s’entendre et s’entre-déchiraient. En 294 avant Jésus-Christ, Démétrios est proclamé roi de Macédoine par son armée. Il est le fils d’Antigonos qui a mené en 316-306 de brillantes campagnes en Asie et porte là-bas le titre d’empereur. À cette date, être roi de Macédoine signifie régner sur la plus grande partie de la Grèce continentale et des îles de la Mer Égée. Mais la capitale de Philippe et d’Alexandre, à Pella, se trouve maintenant tout au nord du royaume, bien loin des provinces de Grèce centrale et méridionale, et cela risque de créer des problèmes d’administration et de maintien dans le giron du royaume. Aussi décide-t-il de créer à Volos une nouvelle capitale, qui portera son nom, Démétrias. La ville se construit en 293. Elle accueille des populations des environs, mais aussi de toutes les régions de Grèce, d’Ionie, de Crète. Elle devient une grande ville très cosmopolite, puissante, riche. Mais en 168, alors qu’elle n’a que 125 ans, les Romains arrivent, l’investissent, détruisent tout ce qu’il y a à détruire. Puis ils vont la fortifier, construire de puissants murs et, sans respect aucun pour les morts des cimetières, ils arrachent les stèles funéraires et s’en servent pour élever leurs murailles. La peinture, c’est fragile. Bien peu de peintures de l’Antiquité nous sont parvenues en état correct. Mais ces Romains brutaux, plaçant le côté peint des stèles vers l’intérieur des épaisses murailles, tournés contre d’autres pierres, ont ainsi involontairement protégé les couleurs des atteintes du soleil, de la pluie, du vent qui porte des poussières abrasives, etc. Je parlerai, dans mon article sur le musée archéologique, de ces stèles peintes, toutes datées de cette fenêtre de 125 ans, entre 293 et 168.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Claire Tuan 18/11/2012 11:23

c'est toujours aussi passionnanr de lire votre blog ! Juste une petite correction à apporter à cette page sur Démétrias : la ville a été fondée en 293 et non en 193.
Amicalement,
Claire Tuan

miriam 06/10/2012 21:15

J'ai bien aimé le tableau et l'histoire du peintre. merci également pour la leçon d'archéologie!
Pour Volos, C'est pour moi une session de rattrapage : en allant au Pélion nous avons traversé Volos le lundi de Pâques (fermé) et au retour ler mai (encore plus fermé)impression d'une grande ville
moderne et vide!

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