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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 13:57

Bien sûr, avec mes études sur l’Antiquité classique, j’avais entendu parler de Volterra, mais lorsque, dans la conversation, on évoque l’Italie, on pense à Venise, Rome et le Vatican, Florence, Naples, la Sicile… mais pas Volterra. Et pourtant, quelle ville passionnante ! Ne serait-ce que pour la longueur de son histoire, qui dépasse celle de Rome. C’est, en effet, une cité étrusque, or les Étrusques sont d’anciennes populations qui ont précédé sur le sol d’Italie les Indo-Européens que sont les Italo-Celtes. Ces Italo-Celtes qui ont donné les langues celtes plus à l’ouest (gaulois, breton, gallois, gaélique, galicien) et les langues italiques (latin, osque, ombrien) sur la péninsule. Et cette Étrurie originelle était centrée sur la Toscane, Volterra étant l’un des douze royaumes étrusques.

 

 

 

On se rappelle aussi le règne des Tarquin, ces rois étrusques qui dominèrent Rome jusqu’à ce que les citoyens d’origine latine fichent à la porte Tarquin le Superbe en 509 avant Jésus-Christ et instaurent une république. Du coup, la puissance étrusque a décliné, car ils ne pouvaient plus aller vers le sud sans emprunter la voie de mer, et là ils étaient guettés par les Grecs qui avaient leurs colonies, Naples (Néa-Polis, la Ville-Nouvelle), Tarente, la Sicile. Volterra a été soumise par Rome en 295, Pérouse et Arezzo l’année suivante, en 294. Après, nos braves Étrusques se sont assimilés et ont disparu en tant que tels. Rideau. Je précise quand même que leur puissance reposait surtout sur le commerce, en particulier du vin, et que c’est eux qui, au septième siècle avant Jésus-Christ, ont introduit en Gaule des ceps de vigne et leur savoir-faire, et sont donc à l’origine de la viti-viniculture française. Dans leurs tombes, on a retrouvé des merveilles, et le musée étrusque de Volterra est le plus riche du monde, avec des centaines d’urnes funéraires couvertes de sculptures, comme ce couple, ci-contre, d’un réalisme surprenant. Et bien sûr des objets usuels, comme tous ces outils ci-dessus qui datent du dixième au huitième siècle.

 

Je ne peux résister au plaisir de montrer encore deux images de sculptures sur des urnes funéraires en forme de petits sarcophages (mais ce sont bien des urnes, les corps étant toujours incinérés). Ci-dessus, c’est l’origine de la guerre de Troie, l’enlèvement d’Hélène, la femme du roi de Sparte Ménélas, par Pâris l’un des fils du roi de Troie Priam. Ici, on voit le bateau prêt à l’emmener, mais Sparte est loin de la mer… Eh bien, puisque le couple illégitime a passé sa première nuit à Gytheio, sur la côte, supposons que la scène se passe là. Mais Hélène semble dormir. A-t-il fallu la droguer ou l’assommer parce qu’elle avait changé d’avis, insatisfaite après son expérience sexuelle de la nuit (Hou, Ménélas !) ? Ou au contraire épuisée après une folle nuit a-t-il été impossible de la réveiller (Bravo, Ménélas !) ?

 

L’autre image, ici, représente Ulysse et les sirènes. On sait que leur chant était si attrayant et enchanteur que celui qui l’entendait se jetait à la mer pour les rejoindre, et elles, les vilaines, s’amusaient à le regarder se noyer. Ulysse, pour les entendre sans risque, demanda à ses matelots de l’attacher solidement au mât de son navire, alors qu’eux-mêmes devaient se protéger avec des bouchons de cire dans les oreilles. C'est ce que l'on voit ici, à gauche les sirènes jouant de la musique, Ulysse encordé, les matelots insensibles. Il semblerait que ce sujet, qui revient souvent, aurait une portée philosophique dans l’interprétation qu’en faisaient les Étrusques : par sa volonté, l’homme peut résister aux tentations irrationnelles même en acceptant d’y être soumis. Mais laissons là les Étrusques, sinon je vais afficher ici les 99 photos que j’ai faites dans le musée.

 

 

 

Nous avons aussi visité la cathédrale, le baptistère et le musée d’art sacré de la cathédrale. Dans cette église du douzième siècle, j’ai surtout été frappé par la Cappella della Deposizione, c’est-à-dire au fond d’une chapelle du transept une Descente de Croix d’un terrible réalisme. Non seulement les visages et les positions sont très expressifs, mais les détails sont fouillés. On voit l’homme qui, de ses tenailles, a arraché le clou qui fixait le pied gauche de Jésus à la croix, il a son marteau passé dans sa ceinture, dans son dos. De près, on peut voir aussi (je n’ai pas mis ma photo de gros plan ici) les ongles des pieds de Jésus taillés en carré. L’évêque faisait appel à la générosité publique pour la réalisation de cette Descente de Croix dans un document daté de 1228. On peut en déduire que l’œuvre a été réalisée entre 1228 et 1230 ou 1235. Natacha a mis une pièce dans la machine pour obtenir trois minutes d’éclairage. Un Euro pour trois minutes, cela fait cher du kilowatt-heure ! Cela dit pour plaisanter, parce que cette œuvre vaut la peine d’être regardée… bien plus de trois minutes.

 

 

 

Sur la place, en face de la cathédrale, se dresse un gros bâtiment octogonal (ou hexagonal ? Sur le moment je n’ai pas fait attention, et sur mes photos il est difficile de compter les faces), c’est le baptistère. À l’intérieur, très sobre, on voit une grande vasque de marbre, au centre de laquelle se dresse Jésus au moment de son baptême. En fait, je dis Jésus, et non Jean-Baptiste, parce que le personnage ne porte pas de tunique en poil de chameau, et semble se dévêtir. Sur les murs, de grands tableaux. Ce n’est pas un lieu exceptionnel, mais très intéressant tout de même.

 

Et puis nous sommes allés visiter, sans enthousiasme débordant a priori, le musée d’art sacré… parce que notre ticket du musée étrusque comportait aussi pour le même prix la pinacothèque et le musée d’art sacré. Je ne parlerai pas de la pinacothèque, parce que je suis fâché : photos et même dessins interdits. Rien de tel au musée d’art sacré, qui présente un bon nombre de tableaux de la fin du Moyen-Âge et de la Renaissance, de belles statues, et ce buste reliquaire de saint Octavien (Sant’ Ottaviano), réalisé en argent ciselé et partiellement doré, et qui date du quinzième siècle. La photo ci-dessous est un détail d’une Annonciation qui me plaît particulièrement. J’aime les visages de la Vierge et de l’ange Gabriel, la finesse de leurs doigts, la position des mains, la richesse des dorures. Nous n’avons d’un commun accord pas été déçus de notre visite, bien au contraire. Nous en avons pris plein les yeux.

 

 

 

Parmi les autres églises visitées, je citerai encore San Michele Arcangelo. De nombreux tableaux y sont accrochés aux murs. Ici, je trouve amusant (intéressant) qu’au moment de commencer à téter Jésus nous regarde, et sa Mère aussi. Et puis quelle finesse, quel brillant dans la représentation des tissus de leurs vêtements ! Par elle-même l’église n’est pas mal, mais je ne conseillerais pas d’aller à Volterra si ce n’était que pour elle.

 

Nous nous sommes aussi, bien sûr, beaucoup promenés en ville. L’une des places principales, sinon la place principale, est la Piazza dei Priori, toute cernée de beaux monuments, dont le Palazzo dei Priori, dont je montre ci-dessous une image.

 


 

 

Avant de quitter la ville, nous sommes partis à la recherche d’une église dont Natacha avait lu quelque part qu’elle contenait des fresques. Et nous avons trouvé la chiesa di San Francesco, par laquelle on accède à une chapelle entièrement couverte de fresques. L’entrée est gratuite, il n’y a personne, c’est une église ordinaire, et nulle part il n’est indiqué que les photos sont interdites. La photo ci-contre montre l’abondance des peintures du côté du chœur, mais elles continuent sur les côtés et le fond, sans autre interruption que la porte. C’est fabuleux. Ci-dessous, un détail du massacre des Saints Innocents. Mais par ailleurs, ces peintures révèlent en fait la vie quotidienne du quinzième siècle, quand elles ont été réalisées, car l’artiste a représenté les scènes bibliques dans les costumes, les attitudes et les activités de son temps. Là encore, nous y allions pour jeter un coup d’œil à tout hasard, quelques minutes, et nous sommes restés longtemps, en admiration. Après cela, nous avons dû nous en arracher et nous arracher de Volterra en général, et nous avons regagné notre "maison", pour nous diriger vers San Gemignano.

 




 

Arrivés à San Gemignano, nous voyons une flèche indiquant un parking pour camping-cars à 1700 mètres du dernier carrefour, c’est-à-dire à plus de deux kilomètres du centre, mais pas d’interdiction d’aller vers le parking situé sous les murs de la ville. Je vais, je prends un ticket, je franchis la barrière. Soudain, j’entends des coups redoublés dans la carrosserie, et un homme s’approche :

– No hair, no hair !

– Eh bien oui, je suis dégarni du crâne, et alors ? La ville est interdite aux chauves ?

– No hair, no parking hair.

– Ah, si, capisco, "not here".

– Si, si, no hair, Gobec !

– C’est moi qu’il appelle Gobec ? No, il nome mio è Thierry.

– No, no, Gobec, gobec.

– Ah, you want me to go back ? Vous ne croyiez pas m’appeler par mon nom ? Eh bien nous partons, merci pour l’accueil sympathique. Arrivederci.

 

Nous sommes donc repartis en direction d’Arezzo, nous promettant de revenir à San Gimignano un autre jour. Traversant une petite ville, Lucignano, nous découvrons un panneau indiquant un lieu pour camping-cars. C’est un très grand pré, avec un lieu pour vider les toilettes chimiques, une prise d’eau propre et, ô miracle, des prises de courant 16 ampères offertes gratuitement. Un seul autre camping-car, immatriculé en Suisse, se trouve sur le terrain. Nous nous installons pour une nuit avec tout le confort souhaité.

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Published by Thierry Jamard
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