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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 02:17

Revenant des bains de Loutra, nous sommes repassés par Thessalonique. Lors de notre premier séjour, nous avions visité le musée byzantin et avions vu qu’en marge de ses collections, il présentait à part une exposition qui pouvait être intéressante, intitulée Voyage en Méditerranée orientale, mais que nous n’avions pas eu le temps de visiter. Puisque nous repassions par la ville, c’était l’occasion de nous y rendre.

 

836a1 Voyage en Méditerranée orientale

 

836a2 expo Voyage en Méditerranée orientale

 

L’exposition n’est pas immense, une grande salle suffit à l’accueillir, mais elle est intéressante. Il s’agit d’une collection privée que son propriétaire, Ioannis Trikoglou (1888-1975) a donnée de son vivant en 1960 à l’université de Thessalonique, la transférant du Caire où il vivait. Et puis aussi cette exposition n’est pas formelle, on y ressent le goût et les choix d’un collectionneur privé. Je me bornerai ici à n’en montrer que quelques éléments qui illustrent l’ensemble du contenu.

 

836b1 Le monastère Ste Catherine du Mont Sinaï

 

Il y a entre autres nombre de gravures, dessins, aquarelles, photographies montrant des lieux tels qu’ils étaient dans le passé, essentiellement au dix-neuvième siècle ou du début du vingtième. Ici, c’est une vue générale du monastère de Sainte Catherine du mont Sinaï, sur une photo de Ioannis Trikoglou, le propre propriétaire de la collection.

 

836b2 Les Propylées de l'Acropole d'Athènes

 

Nous passons maintenant en Grèce avec les Propylées de l’Acropole d’Athènes sur une aquarelle d’Angelos Giallinos (1857-1939). La date n’est pas indiquée, mais on voit que c’est avant restauration.

 

836b3 vue de Ioannina (1822)

 

À part l’île de Corfou, qui partage avec les autres îles Ioniennes la particularité de n’avoir jamais été ottomane et qui en conséquence offre un visage très particulier du pays, c’est par Ioannina que nous avons commencé notre visite de la Grèce. C’est la raison qui m’a fait choisir cette aquarelle d’un artiste inconnu mais datée de 1822 qui représente cette ville et son lac. Cette année-là est celle de la grande crise entre Ali Pacha et le sultan, qui aboutira à la décapitation du pacha le 5 février.

 

836b4 vue de Constantinople (Ste Sophie)

 

Quand nous allons quitter Thessalonique pour la seconde fois, nous ferons route vers l’est, le Mont Athos, Thasos, Samothrace, Soufli et, après plusieurs visites intermédiaires, nous comptons entrer en Turquie, voir Edirne et nous rendre à Istanbul. Il est donc intéressant de choisir ici une photo de cette ville, signée Sebah & Joallier et intitulée Constantinople. Elle n’est pas datée, mais c’est Atatürk qui, en 1928, a décidé de changer le nom de Constantinople en celui de ce qui n’en était qu’une partie, Istanbul. La photo, visiblement ancienne, est donc antérieure à cette date. Même sans l’avoir vue de mes yeux, je reconnais cette célèbre Sainte-Sophie d’après les images qui courent le monde.

 

836c1 Mohammed Ali Pacha, par Louis Couder

 

Il y a aussi des images représentant des personnages célèbres, comme celui de cette gravure, pour laquelle est indiqué le nom de Louis Charles Auguste Couder (1790-1873) et intitulée Mohammed Ali Pacha, ancien roi d’Égypte. En fait, c’est un raccourci, parce que je connais le tableau de Couder qu’avait commandé Louis-Philippe et qui se trouve à Versailles. Il conviendrait de dire “gravure d’après un tableau de…”.  Et mon choix de cette gravure repose sur notre projet de visiter Kavala, ville natale de ce Mehmet Ali et port en face de l’île de Thasos, sur notre route vers l’est. Par ailleurs, dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem, Chateaubriand est obligé de renoncer à la voie de terre entre Jaffa et l’Égypte : “J’aurais beaucoup mieux aimé exécuter ce dernier projet, mais il était impraticable. Cinq partis armés se disputaient alors les bords du Nil : Ibrahim Bey dans le Haute-Égypte, deux autres petits beys indépendants, le pacha de la Porte au Caire, une troupe d’Albanais révoltés, El-Fy bey dans la Basse-Égypte”. Or lors du voyage de Chateaubriand en octobre 1806, ce pacha de la Porte est notre Mehmet Ali. En effet, la Sublime Porte l’a nommé pacha d’Égypte le 9 juillet 1805, il ne va pas tarder à mettre de l’ordre dans le pays, puis va prendre son indépendance à l’égard de Constantinople et fonder la dynastie qui va régner sur l’Égypte jusqu’à Farouk et son abdication et le fils de ce dernier, Fouad II, nourrisson qui accède au trône à l’âge de six mois et sera détrôné moins de 11 mois plus tard par la République.

 

836c2 Tomobey, dernier sultan d'Egypte, par André Thevet

 

Et puis je me suis arrêté devant cette autre gravure attribuée à André Thevet et intitulée Tomobey, le dernier sultan d’Égypte. Et cette fois-ci, il est vrai qu’il s’agit d’une gravure tirée d’un livre publié en 1584 où le grand voyageur (1516-1590) fait le portrait de tous les hommes illustres des pays visités, qu’ils soient de l’Antiquité ou de son temps, des pays occidentaux ou de tribus primitives d’Amérique, saints, voyageurs ou rois. Le Père Athanase de Sainte-Agnès écrit en 1643 : “Fabrice de Carreto Génois, de la langue italienne, ruina par sa prudence tous les mauvais desseins de sultan Selim, et força par sa valeur Tomobey sultan d’Égypte à faire la paix avec lui”, et Nicolas Vignier en 1587 : “Selim se trouva maître et seigneur du Caire le vingt-septième jour du même mois, d’où il fit encore poursuivre Tomobey qui s’était retiré delà le Nil, si chaudement par ses gens, qu’ils le reprirent et le lui ramenèrent dedans le Caire, où il le fit cruellement tourmenter, et puis honteusement étrangler le treizième jour d’avril”. Et voilà le pourquoi du choix de cette gravure, Tomobey est le dernier sultan mamelouk d’Égypte avant l’intégration dans l’Empire Ottoman, tandis qu’après la campagne d’Égypte de Napoléon Premier, ce Mehmet Ali de ma précédente image est celui qui a mis fin à la domination ottomane sur le pays.

 

836d Missolonghi et Lord Byron

 

Ces deux assiettes évoquent l’indépendance de la Grèce. Les légendes qui y sont inscrites sont en français. Celle de gauche dit “Les Grecs recevant la bénédiction à Missolonghi” et celle de droite “Lord Byron à la tête d’un détachement grec”.

 

836e1 Femme grecque, par Henri Gravedon

 

836e2 Femme grecque (1837) par John Frederic

 

La première de ces images, une lithographie d’Henri Gravedon (1725-1805) est intitulée Ελληνίδα, c’est-à-dire Femme grecque. Étant donné les dates de l’artiste, nous sommes donc au dix-huitième siècle ou au tout début du dix-neuvième. Au bas de la seconde gravure dont l’auteur est John Frederic Lewis (1805-1876) je lis, écrit au crayon, très pâle, de la main de l’artiste, le titre en anglais Greek Girl, suivi de sa signature et de la date de 1837. Ce que j’aimerais savoir c’est si cette jeune Grecque est de Macédoine, encore ottomane, ou de la Grèce libérée et indépendante, car le collectionneur étant un Grec d’Égypte, rien ne dit que la gravure est de Thessalonique. Toutefois, dès leur indépendance, l’immense majorité des Grecs ont repris le costume traditionnel et le mobilier occidental, abandonnant tout ce qui rappelait les Turcs. Or ici cette jeune fille est assise sur un tapis d’Anatolie, parmi des coussins qui évoquent l’Orient, ce qui me fait supposer que nous sommes en Macédoine.

 

836f1 Le Sultan, nouveau costume militaire (Victor Adam)

 

836f2 Odalisque en voyage (Victor Adam)

 

836f3 Cavalier arabe (Victor Adam)

 

836f4 Esclave promenant les chevaux du sultan (Victor Adam)

 

Une gravure, sous forme de grande planche, est intitulée COSTUMES TURCS dessinés et lithographiés par Victor Adam. Elle comporte quinze images en cinq rangées de trois. C’est si intéressant que j’ai bien du mal à me limiter ici à quatre des gros plans que j’en ai faits. Ce Victor Adam est un artiste parisien né en 1801. Quant à sa mort, Wikipédia la situe à Viroflay en 1886, tandis que le Dictionnaire des illustrateurs donne 1867 et la plupart des sites de galeries 1866. J’ai cherché des dates de ses œuvres, et la plus tardive que j’aie trouvée est un livre qu’il a illustré, paru en 1871. Seulement quatre ans après 1867, cela ne prouve rien car ce peut être une œuvre posthume. Mais si je ne déniche rien de postérieur à 1871, il semble que Wikipédia se trompe, à moins d’une paralysie ou autre maladie empêchant toute production.

 

La première image est intitulée “Le Sultan. Nouveau costume militaire”. Le titre de la seconde est “Odalisque en voyage” dont je note qu’elle n’est nullement voilée sur le visage, quoique hors de chez elle, alors que Théophile Gautier déplore, pendant son séjour à Constantinople en 1852, de ne voir aucun visage féminin, hormis des paires d’yeux. La troisième est titrée “Cavalier arabe” et la dernière “Esclave promenant les chevaux du Sultan”.

 

836g-Marche-aux-esclaves--Francois-Seraphin-Delpech-.JPG

 

Je termine notre visite de l’exposition avec cette lithographie émouvante. Intitulée “Marché aux esclaves”, elle est signée François Séraphin Delpech (1778-1825). Ce graveur a surtout représenté des personnages de son temps, mais aussi des scènes de genre comme celle-ci, où l’on lit toute la détresse et la résignation de cette jeune femme tandis que les deux hommes débattent de son prix, comme s’il s’agissait d’une transaction pour un cheval ou un coffre. L’attitude de la femme n’est pas celle d’une personne née en esclavage et qui change de maître (cela ne changerait rien à l’horreur de l’esclavage qui fait d’un être humain un objet, mais le seul passage d’un maître à un autre n’aurait pas la même intensité dramatique), et l’on a du mal à se représenter les sentiments de cette jeune femme dont la pudeur est offensée par l’exposition à demi nue en public et qui, ayant perdu tous ses biens et sa liberté va être soumise à toutes les volontés d’un maître absolu, qu’elles concernent l’usage de son corps ou les tâches les plus pénibles. D’autant plus que l’acheteur potentiel, bras croisés et badine à la main, ne semble pas dans les dispositions d’un Gérard de Nerval qui a acquis en Égypte une jeune esclave à seule fin de lui donner de l’instruction puis de lui rendre sa liberté. Sur le sujet, j’avais déjà montré et commenté (mon blog daté 2 novembre 2011, Galerie Nationale d’Athènes) Le Butin, une jeune femme qui vient d’être prise et qui est attachée dans une église ravagée. Elle est très différente, elle en est au premier stade après la capture, c’est de la révolte qui se manifeste dans son attitude. Révolte et résignation, les deux étapes dans cette condition. Voilà pourquoi j’aime cette gravure et ce tableau, qui me bouleversent.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

miriam 09/02/2013 10:02

Quelle belle expo! Heureusement qu'il y a les photos!

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