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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 11:11

Nous sommes en Thrace. Parlant du site de Dion les 29 et 30 juin derniers, je disais que les habitants en faisaient le lieu où se trouvaient les ossements d’Orphée, mais selon une autre tradition c’est en Thrace qu’il aurait été tué par les femmes. Et puis on ne peut visiter la Thrace sans évoquer Spartacus. Ce berger des montagnes thraces né vers 100 avant Jésus-Christ se fait auxiliaire dans une légion romaine, mais il déserte, est repris et vendu comme esclave à une école de gladiateurs de Capoue, au nord de Naples. En tant que Thrace, il a probablement été porteur d’un petit bouclier et d’une épée, affrontant soit des porteurs de grands boucliers, soit des rétiaires (porteurs d’un filet pour entraver l’adversaire et d’un trident). Décidé à en finir avec l’esclavage, il s’évade de nouveau, accompagné de quelques dizaines d’autres gladiateurs esclaves, et en route s’adjoignent à eux de nombreux esclaves des campagnes. Ce n’est pas ici le lieu pour raconter les détails de cette épopée, mais disons que les gladiateurs savaient se battre (Végèce, auteur de compilations de technique militaire à la fin du quatrième siècle de notre ère, les cite comme modèles pour légionnaires) et qu’ils ont un temps tenu les légions romaines en échec. Mais, comme je le disais lorsque le 16 janvier 2010 nous avons parcouru aux portes de Rome la via Appia, Spartacus et ses esclaves révoltés ont fini par être vaincus et Crassus en fait crucifier 6000 le long de cette voie romaine très fréquentée qui, de Rome à Brindisi, passe précisément par Capoue.

 

Lorsque nous avons découvert les lacs Vistonida et Ismarida avec notre guide Anastasia, puis lorsque nous avons descendu le Nestos dans ses gorges en canoë sous la conduite de son frère Ilias, nous avons noué avec eux des relations amicales, comme je le disais dans un précédent article. Et avec eux nous avons découvert Xanthi. Et nous y sommes retournés plusieurs fois sans eux, pendant leurs heures de travail. C’est une ville de caractère qui vaut vraiment la visite. Et en premier lieu pour son architecture.

 

847a1 rue de Xanthi

 

847a2 maison traditionnelle de Xanthi, milieu 19e siècle

 

Nous avons trouvé –ou plutôt nos amis nous ont montré– au-dessus de la ville haute, qui est la ville ancienne, une petite place où nous avons pu établir nos pénates avec le camping-car. De là, plusieurs itinéraires vers la ville basse font cheminer à travers un réseau compliqué de ruelles étroites et tortueuses, très typiques et sympathiques. On est loin du plan hippodaméen des Grecs classiques et hellénistiques. La maison de la seconde photo a été construite au milieu du dix-neuvième siècle par des maçons de Kastoria (en Macédoine) selon le style traditionnel local marqué par des influences ottomanes, avec ses deux ailes en façade et ses avancées en balcons clos. Elle a appartenu à un marchand du nom de Chatzipetros et, pendant un temps et jusqu’en 1897, elle a été habitée par le métropolite (évêque) Ioakeim Sgouros mais, en même temps, elle servait de lieu de réunion pour le Δημογεροντίας, ou Conseil des Anciens.

 

847a3 maison traditionnelle de Xanthi

 

Les rues ne se coupent pas à angle droit, et elles ne sont pas rectilignes. Pourtant, les façades suivent le tracé des rues, même lorsqu’elles sont à l’angle de deux rues, ce qui donne aux pièces des formes biscornues. Pas de problème, au rez-de-chaussée on installera la cuisine, les réserves, voire l’écurie, et à l’étage les pièces à vivre déborderont en surplomb sur la rue afin d’être rectangulaires. La maison ci-dessus en est l’illustration.

 

847a4 maison traditionnelle de Xanthi

 

La vieille ville est pleine de ces maisons anciennes à armature de bois supportant un treillis de bois sur lequel est plaqué du torchis ou du ciment. Leur style, leur élégance, leur ancienneté ne découragent pas les crétins d’y apposer des graffiti.

 

847b1 Xanthi, architecture néoclassique

 

Il y a aussi à Xanthi de grandes maisons bourgeoises en pierre. Sur elles comme sur les maisons traditionnelles ou les bâtiments publics, la municipalité a l’intelligence de poser des plaques informatives bilingues en grec et en anglais quoique l’afflux de touristes ne soit pas aussi important qu’à Athènes ou à Thessalonique… où cet effort n’est pas fait. Ici, on apprend que c’est la Maison Ladas, construite vers 1900 par des maçons de Philippoupolis, c’est-à-dire Plovdiv, en Thrace bulgare. C’est un bon exemple de l’architecture néoclassique de Xanthi. Il paraît que la face interne est symétrique à la façade extérieure.

 

847b2a Xanthi, Maison Kougioumtzoglou-Kaloudi, 1877

 

847b2b Xanthi, maison Kougioumtzoglou-Kaloudi, 1877

 

C’est le commerçant en tabac Vasilios Kougioumtzoglou qui a construit cette belle et grande maison de pierre en 1877, et dont l’héritière Anna Kaloudi a fait don à la Municipalité. On ne visite pas, mais il est dit qu’à l’intérieur de cette maison d’inspiration romane académique, les pièces se répartissent tout autour d’un grand living. Ma seconde photo prise à la nuit laisse difficilement apercevoir que la façade principale de cette maison Kougioumtzoglou-Kaloudi est décorée de peintures. À la fin du seizième siècle, des plants de tabac ont été apportés d’Amérique à Thessalonique (Salonique, à l’époque). De là, un siècle plus tard la culture du tabac s’était répandue dans tout l’Empire Ottoman, pour satisfaire une consommation extrêmement intense. D’ailleurs, aujourd’hui encore, les Turcs, et avec eux les Grecs, sont parmi les plus gros consommateurs de tabac. Or la qualité du sol et la nature du climat ont valu à Xanthi de pouvoir produire la variété Basmas, aux feuilles petites et très parfumées, utilisées dans les mélanges des plus grandes marques, et de là sont nés l’essor et la richesse de la ville. Le tabac partait par train vers le port de Kavala, d’où des cargos l’emportaient un peu partout dans le monde.

 

847b3 maison Kotsioudis, à Xanthi (vers 1900)

 

Autre belle et grande maison, la maison Kotsioudis a été construite par un marchand aux alentours de 1900. Elle est d’architecture académique, incluant des éléments néoclassiques. L’avancée, ou balcon clos, est reprise des maisons locales mais adaptée au reste de l’architecture de la construction. Il paraît qu’à l’intérieur, murs et plafonds sont revêtus de peintures remarquables.

 

847b4 bâtiment Konstantinos Leventis, à Xanthi (1903)

 

Ce bâtiment a été construit en 1903 comme maison d’habitation par une vieille famille de Xanthi dont la trace remonte au début du dix-huitième siècle. On remarque le style très particulier, unique à Xanthi, de ce balcon clos, mis en valeur par une peinture différente de celle de la façade, et rappelée dans un bandeau qui court sous le toit. Aujourd’hui, cette maison est devenue le siège du Centre de Développement Culturel de Thrace. Son achat a été financé en 2001 par la société Lévédis grâce à la générosité de son président, feu Constantin Lévédis, un noble Chypriote.

 

847b5 ex-résidence du pacha de Xanthi

 

Résidence de l’avocat et député originaire de Crète Emmanuel Karyotakis, de 1922 à 1951, cette maison avait été construite en 1905 par le gouverneur ottoman de Xanthi à l’époque, Khilmi Pacha. Aujourd’hui y est installée une taverne au rez-de-chaussée. Ce que ne dit pas le panonceau, c’est si Karyotakis habitait l’ensemble comme un énorme hôtel particulier, ou s’il avait un appartement au sein de l’immeuble.

 

847b6 Xanthi, maison Muzaffer Bey

 

La maison Muzaffer Bey est, nous dit-on, l’un des plus remarquables exemples d’architecture traditionnelle de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, mêlant des éléments thraces et ottomans. Si la notice a été rédigée par des architectes, ou des historiens de l’art architectural, je dois bien les croire, mais faute d’explications je trouve que cela ne saute pas aux yeux. Ce bâtiment, doté de deux ailes formant la lettre grecque Pi (Π) sur trois niveaux, a été édifié dans les années 1860 comme l’un des éléments d’un complexe de constructions de style musulman. Il subsiste à l’intérieur des décorations peintes.  Aujourd’hui, il appartient à la Municipalité de Xanthi, et un grand panneau annonce des travaux pour un montant d’un million sept cent cinquante mille Euros, financés à soixante-quinze pour cent par l’Union Européenne. Pour désigner ce genre de grande résidence de haut personnage, on emploie le mot turc konak.

 

847b7 Xanthi, musée d'art populaire

 

Dans ce bâtiment est installé le musée “λαογραφικό”, cet adjectif signifiant “folklorique”. Je traduis par “Musée des arts et traditions populaires”. J’y reviendrai, car pour l’instant je me limite au bâtiment. Il a deux corps. Monsieur Kougioumtzoglou, le riche négociant en tabac dont j’ai montré la maison tout à l’heure, pour donner à ses deux fils des logements qui ne soient pas de nature à attiser des jalousies entre eux, a fait construire deux corps, symétriques et intégralement semblables. En l’absence de toute plaque explicative sur le bâtiment, je ne sais que cette anecdote racontée par Ilias, mais à première vue, et de l’extérieur, je trouve que l’on dirait une usine reconvertie, avec une élégante façade de brique, comme on en faisait au dix-neuvième siècle. Mais ce sont au contraire deux luxueux hôtels particuliers.

 

847b8a Xanthi, locaux commerciaux fin 19e siècle

 

Ce bâtiment a été construit dans les années 1880 en granit gris du Rhodope, la montagne proche, par des maçons venus d’Épire, la région située à l’extrême nord-ouest de la Grèce actuelle et au sud de l’Albanie. Il s’agit d’un immeuble destiné au commerce au rez-de-chaussée et à l’habitation en étage.

 

847b8b Xanthi, boutique d'antiquaire

 

Cette forme de devantures en plein cintre que nous venons de voir deviendra typique des locaux commerciaux du début du vingtième siècle à Xanthi. La boutique d’antiquaire ci-dessus en est un exemple.

 

847b9 Xanthi, boutiques colorées

 

Ni particulièrement typique, ni d’une architecture remarquable, ce bâtiment dédié au commerce ne fait l’objet d’aucune indication de la part de la Municipalité. J’ai quand même eu envie de le photographier, et maintenant d’en publier la photo, parce que je trouve amusantes ces couleurs très vives. Les Grecs ne rechignent pas devant la peinture des maisons, et les Turcs non plus (nous venons d’en voir quelques exemples), mais il est rare de trouver des couleurs aussi fortes.

 

847c1a Xanthi, église des Grands Archanges, 1834

 

847c1b Xanthi, église des Grands Archanges, 1834

 

847c1c Xanthi, église des Grands Archanges, 1834

 

Quelques églises, à présent. L’église des Grands Archanges est de style basilical à trois nefs. C’est à la suite du tremblement de terre de 1829 qui avait détruit une église byzantine en cet endroit, que le Métropolite Eugène l’a édifiée en 1834.

 

847c2 Xanthi, église Saint Georges, 1835

 

De l’année suivante –1835– date cette église Saint-Georges, autre basilique à trois nefs. Nous sommes donc encore sous l’Empire Ottoman, où seuls étaient autorisés les minarets avec l’appel du muezzin. Les appels de cloches des églises chrétiennes étaient prohibés. Il n’y avait donc pas de clochers. Celui-ci a été construit après le rattachement à la Grèce, en 1927.

 

847c3a mosquée Akhrian, à Xanthi

 

847c3b toit du minaret de la mosquée Akhrian, à Xanthi

 

Il reste à Xanthi quelques “églises” musulmanes, autrement dit des mosquées. Car les années 1922 et suivantes ont eu beau voir les dramatiques échanges de populations, des millions de Grecs obligés de tout laisser en Asie Mineure ou sur les bords de la Mer Noire pour se rendre dans leur patrie qu’ils ne connaissaient pas, ainsi que des Turcs, en moindre nombre, précédemment installés dans des territoires qui avaient appartenu à leur Empire mais qui venaient de gagner leur indépendance, contraints de tout abandonner dans un pays devenu indépendant et ennemi, il n’en est pas moins resté de nombreux Musulmans en Thrace. Car on échangeait des nationalités, non des religions. Or nombre de Grecs, au cours des siècles, s’étaient convertis à l’Islam, parfois par conviction, mais le plus souvent pour se simplifier la vie, pour se soustraire aux vexations, éventuellement pour accéder à des charges publiques. Lorsque le second motif avait entraîné la conversion, la première génération n’avait sans doute pas une foi bien ancrée, mais les générations suivantes, éduquées dans la foi islamique, étaient faites de vrais Musulmans. Dès lors, il n’y avait aucune raison d’expulser ces vrais Grecs d’un pays où, certes, il n’y avait pas –il n’y a pas– séparation de l’Église (orthodoxe) et de l’État, mais où la liberté de conscience et de culte est reconnue par la loi. Ci-dessus, cette mosquée Akhrian a été reconstruite après 1850 sur l’emplacement d’une mosquée antérieure, située au cœur du quartier où s’étaient établis, dès la conquête ottomane au quatorzième siècle, les Turcs musulmans. En France, dans les grandes villes il est fréquent de croiser dans la rue des Musulmanes en foulard, pas en Grèce, mais dans ce quartier il est frappant que la plupart des femmes que l’on croise dissimulent leurs cheveux sous un foulard bien ajusté.

 

847d1 festival d'automne à Xanthi

 

847d2 Xanthi, festival d'automne

 

847d3 Xanthi, festival d'automne

 

847d4 festival d'automne à Xanthi

 

Et puis nous avons eu la double chance d’être à Xanthi pendant la semaine que dure le festival d’automne, et d’avoir été invités à dîner en ville par notre ami Ilias, deux soirs, pendant ce festival. C’est ainsi l’usage, dans cette ville, de fêter la rentrée, la reprise des habitudes de l’année après les vacances, le retour de l’automne. Chaque jour de la semaine, jusque tard dans la nuit, on fait la fête. Les rues de tout un secteur sont fermées à la circulation et se remplissent de tables où les gens vont dîner, oubliant la crise économique qui sévit. Et puis on déambule en discutant, en riant, en regardant les autres passants, en profitant du temps encore très doux et qui va bientôt se rafraîchir. Sur mes photos, la tenue vestimentaire des gens montre que le début septembre est encore l’été, n’en déplaise au festival appelé d’automne.

 

847d5 Xanthi, festival d'automne

 

847d6 festival d'automne à Xanthi

 

847d7 festival d'automne à Xanthi

 

Dans certaines rues où ne sont pas installées des tavernes, pour un budget très modeste on peut déguster des grillades faites par des vendeurs ambulants. Les brochettes en train de cuire sur la braise sont ici ou là si nombreuses que l’on ne se voit plus au travers du nuage de fumée odorante, et ma première photo prouve que je n’exagère pas. Ici ou là, des baladins proposent aussi des attractions qui attirent les badauds. Une piécette dans le chapeau que de temps à autre ils promènent parmi la foule, et de nouveau ils font du vélo à une roue, jonglent avec des torches enflammées ou, comme sur ma seconde photo, font de l’équilibre sur une échelle. C’est bon enfant, sympathique et, dans le cas que nous voyons ici, ces comédiens sont adorables avec les enfants, qu’ils font participer. Et puis il suffit que quelqu’un joue de la musique pour que spontanément des jeunes, et parfois des moins jeunes, se mettent à danser.

 

847e publicité AXION 'Nos écoles... notre futur' (Xanthi)

 

Mais le festival d’automne, il ne faut pas l’oublier, c’est aussi le festival de la rentrée, professionnelle ou scolaire. Une école privée de la maternelle à la fin des études secondaires, AXION, a loué un local en rez-de-chaussée et propose ses services. Sur la vitre, cette publicité dit “Axion, écoles privées de Xanthi, maternelle, primaire, collège, lycée. Nos écoles… notre avenir”.

 

847f1 vêtement de fête de Karditsa

 

Discret, il existe à Xanthi un petit musée du costume. Je dis “petit” mais en fait il présente un grand nombre de vêtements traditionnels de la Grèce du Nord. Pas seulement de Thrace. Ci-dessus, nous voyons un vêtement de fête de Karditsa, ville située à 27 kilomètres sud-est de Trikala, en Thessalie (et Trikala est sur la route de Larissa aux Météores).

 

847f2 tenue de mariée de Thasos

 

Ceci, c’est une tenue de mariée de l’île de Thasos. Je sais que les femmes romaines, à l’époque de l’Empire, revêtaient un voile orange pour se marier, le flammeum. Je ne sais si cette tradition s’est perpétuée depuis l’occupation romaine en Thrace, ou s’il s’agit d’une coutume provenant d’une autre origine, mais la concordance est troublante.

 

847f3a vêtement d'homme, Episkopi d'Emathia

 

847f3b vêtement d'homme, Episkopi d'Emathia

 

Cet homme porte le costume d’Episkopi, ville de la province d’Émathie, en Macédoine, située sur la route d’Edessa à Véroia. Sa chemise est soigneusement brodée à la main.

 

847f4a musée du costume de Xanthi

 

847f4b Xanthi, musée du costume

 

Lorsque je prends une photo dans un musée, je prends aussi systématiquement, juste après, une photo de la légende. Et ici… j’ai oublié de le faire. Mais comme la robe est somptueusement brodée je la publie quand même. Il me semble, sous toutes réserves, qu’elle est de Thessalie.

 

847f5 vêtements thraces (musée du costume, Xanthi)

 

Ce couple porte des costumes de Thrace. C’est beaucoup plus sobre que ce que nous avons vu jusqu’ici. L’homme porte la fustanelle, cette jupette plissée que l’on voit, par exemple, sur les gardes du parlement d’Athènes. Et ils ont, de même, ces pompons sur leurs chaussures.

 

847f6 vêtement de Kastritsi, Thrace orientale

 

Encore un costume ? Alors je choisis cette tenue de fête de Kastritsi, en Thrace orientale. Cette façon de s’entourer le front de façon à dissimuler la totalité des cheveux rappelle le voile que portent les femmes musulmanes. Je disais tout à l’heure qu’il y avait en Thrace un bon nombre de Grecs musulmans, mais ce costume thrace n’est pas le leur. Il s’agit donc d’un rapprochement de pure forme, sans lien de cause à effet.

 

847f7 Diadème thrace (1890)

 

Ce diadème thrace porte, difficilement discernable sur ma photo mais visible quand même, la date de 1890. C’est sur cet accessoire somptueux que je terminerai la visite du musée du costume.

 

847g1 bureau d'un négociant en tabac, à Xanthi

 

Nous nous rendons maintenant dans le musée “folklorique”, c’est-à-dire des arts et traditions populaires. Tout à l’heure, j’en ai montré la façade, en disant que nous allions y revenir. Et je disais que le bâtiment avait appartenu à un riche négociant en tabac. L’une des pièces représente son bureau, et des mannequins sont censés faire vivre une scène de travail.

 

847g2 musée 'laografiko' de Xanthi

 

847g3 musée folklorique de Xanthi

 

847g4 Xanthi, musée d'arts et traditions populaires

 

D’autres pièces sont aménagées, comme cette salle à manger, cette chambre à coucher ou cette chambre d’enfant. Il est certes toujours intéressant de voir un intérieur thrace bourgeois tel qu’a pu y vivre une famille du tabac dans la première moitié du vingtième siècle, mais il serait bon de préciser si ce décor a été reconstitué à partir de mobilier acheté chez des antiquaires, ou si c’est l’authentique intérieur de la famille Kougioumtzoglou. Or dans ce musée pas un seul panonceau, pas la moindre étiquette expliquant quoi que ce soit. C’est bien dommage.

 

847g5 souvenir de l'enfance de Hadjidakis à Xanthi

 

Ici, par exemple, c’est notre ami Ilias qui nous a donné la clé de cette scène. En effet, le célèbre musicien Manos Hadjidakis (1925-1994, compositeur des Enfants du Pirée) est né ici à Xanthi et c’est une Arménienne, Madame Antoine, qui lui a donné ses leçons de piano lorsqu’il était enfant. Puis, à la mort de son père, alors qu’il était âgé de neuf ans, sa mère et lui sont partis vivre à Athènes. Mais je ne sais s’il a pris ici ou ailleurs ses leçons, car il existe à Xanthi, paraît-il, une maison Hadjidakis que l’on n’a pas su m’indiquer.

 

847h1 poêle ancien, musée folklorique, Xanthi

 

Ce poêle ancien est splendide. Mais d’où vient-il, de quand date-t-il, a-t-il chauffé cette pièce où on le voit, rien ne répond à ces questions. Les visiteurs, visiblement, s’interrogent, car on les voit l’ouvrir, regarder à l’intérieur, tourner autour… Il n’existe pas de catalogue de l’exposition, mais j’ai trouvé à acheter une collection de huit petits livres sur Xanthi, Éléments du folklore de Xanthi, Vie de la classe moyenne à Xanthi au début du vingtième siècle, La Cité du tabac, etc. L’un d’entre eux est consacré aux Collections du musée folklorique, mais n’en parle que de façon très générale. Cependant, deux pages sont consacrées au poêle, décrivant des couleurs, précisant qu’il est fait de fonte revêtue de faïence vernissée, expliquant les qualités de la faïence pour ce qui est de ses coefficients de dilatation en fonction de la température, et ses défauts concernant sa fragilité aux chocs et sa porosité qui entraîne le fendillement. C'est intéressant, mais hélas, rien ne répond à mes questions…

 

847h2 Xanthi, musée folklorique, plafond peint

 

847h3 Xanthi, musée folklorique, plafond peint

 

À coup sûr, cela est authentiquement de la maison. Les murs, les plafonds, sont richement peints. Ci-dessus, deux exemples de plafonds.

 

847i bureau de Katina Veïkou Sérameti

 

Visitant les pièces de cette grande maison, on tombe devant un bureau de style plus moderne. C’est le bureau de Katina Veïkou Sérameti (1912-1989). Cette femme xanthiote était écrivain et poète (auteur, entre autres, de Γραφές γιά την χαμένη πατρίδα, Écrits pour la patrie perdue). Mais là encore, rien ne dit si elle a écrit ses œuvres ici, dans cette pièce, pas plus qu’on ne sait si Hadjidakis a pris ses leçons de piano sur celui que l’on a vu, ou bien au contraire s’il s’agit de reconstitutions dans une maison dont le style pourrait correspondre à l’époque.

 

847j1 Mouseio laografiko (Xanthi)

 

847j2 Mouseio laografiko (Xanthi)

 

On peut descendre au sous-sol. Et là, pas de doute, ce sont des reconstitutions. Il s’agit de scènes de la vie à la campagne. Je suppose, en l’absence d’autre indication, que cet homme en houppelande noire doit être un berger. Ces grands récipients seraient alors sans doute destinés à recevoir le lait. Simple supposition, sans aucune certitude. Quant à ma seconde photo, on y voit des outils de ferme en bois au premier plan, des ustensiles de cuisine en cuivre et en étain à l’arrière-plan, et entre les deux, une jeune femme est assise à la turque, sur un coussin posé au sol, devant une petite table très basse. Ce que ne montre pas cette photo, prise de face, c’est que près d’elle est un berceau avec une poupée figurant son bébé. Et par ailleurs, elle est occupée à cuisiner, tenant entre les mains un rouleau à pâtisserie. Curieuse disposition, parce que je ne vois pas bien comment elle pourrait le rouler et étendre une pâte, vu que la table est encombrée d’objets divers, dont une cruche de grès à quelques centimètres devant elle.

 

847k1 Musée folklorique de Xanthi, projecteur

 

847k2 Musée folklorique de Xanthi, chambre photographique

 

Pour montrer de quoi était faite la vie dans la première moitié du vingtième siècle, il y a également des objets tels que ce projecteur de cinéma, ou cette chambre photographique.

 

847k3 Musée folklorique de Xanthi, café

 

Et pour terminer, revenons à ce qui faisait le quotidien. Le café turc, bien sûr, dans cette province ottomane qui venait d’acquérir l’indépendance. On nous montre ici du café cru, les accessoires pour le griller, les moulins de cuivre pour le broyer, les petits récipients pour le préparer, identiques à ceux que nous voyons aujourd’hui dans tous les bars de Grèce pour préparer le “café grec”.

 

847k4 Musée folklorique de Xanthi, sorbetière

 

Un dernier objet. Autour de moi, les gens s’interrogeaient sur son usage. Certains proposaient ceci ou cela. Et, évidemment, ici comme ailleurs dans ce musée, pas la moindre explication. Or moi je sais très bien qu’il s’agit d’une sorbetière, pour en avoir vu une à la maison dans mon enfance. C’est Anne, ma tante, qui faisait de délicieuses glaces. On met de la glace concassée tout autour, dans le bac de bois, et dessus on verse du gros sel, dans le récipient métallique du centre on met la préparation, et il ne reste plus qu’à tourner la manivelle, tourner, tourner et tourner encore jusqu’à ce que cela résiste de plus en plus, signe que la crème glacée ou le sorbet est en train de prendre. Et c’est long. C’est pourquoi nous nous relayions. Mais ensuite, pas de paillettes gelées dans la glace, comme si on s’était contenté de mettre la préparation au freezer, car à l’époque il n’y avait pas de sorbetières électriques, ou du moins pas pour les particuliers. Je n’ai pas vu, à travers la littérature, l’usage fréquent des sorbets et glaces en Grèce, mais je pense que dans les familles de la bourgeoisie qui entretenaient avec les Turcs résidents des relations souvent étroites, les mœurs turques devaient pénétrer. Or dans la littérature (Théophile Gautier, Pierre Loti) on voit que les Turcs aisés étaient gros consommateurs de ces rafraîchissements en été. On faisait, dans les caves, de grandes provisions de neige et de glace en hiver, comme d’ailleurs on le faisait à Versailles et ailleurs, pour pouvoir puiser dans cette réserve en été et s’en servir pour confectionner les sorbets. Une citation au hasard (Théophile Gautier, invité chez un pacha à Constantinople) : “Pour boisson, on buvait de l’eau, du sorbet et du jus de cerise qu’on puisait dans un compotier avec une cuiller d’écaille à manche d’ivoire”.

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Published by Thierry Jamard
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miriam 22/02/2013 12:40

je me régale à vous suivre dans cette visite de Xanthi. prévoyez une carte de Thrace pour les visiteurs qui ne connaissent pas bien la géographie!

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