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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 23:55
La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

De nombreux lieux de fouilles archéologiques au Moyen-Orient ont été confiés à l’Allemagne. Et les musées de Berlin aiment les reconstructions monumentales. Nous avons vu, dans mon précédent article, le grand autel de Pergame et la porte du Marché de Milet. Cette fois-ci nous sommes plus loin à l’est. Le monument de ma photo ci-dessus provient de Babylone, c’est la porte d’Ishtar (604-562 avant Jésus-Christ). Les fouilles allemandes de 1899-1917 ont mis au jour des éléments des constructions qui constituaient l’entrée est de la ville, ainsi que le plan de leur soubassement, et ce n’est que la plus petite porte (qui mesure quand même quinze mètres!) qui a été apportée à Berlin. Ou du moins ce qui en a été retrouvé, parce que la reconstruction intègre des parties modernes. Quant aux céramiques de surface, elles sont un assemblage de fragments de carrelages.

 

Il se trouve que Babylone est en Irak. Un pays où le nombre des sites archéologiques dépasse tout ce que l’on peut imaginer, mais qui a connu tant de troubles depuis quelques dizaines d’années que la recherche archéologique a été mise au second plan, l’essentiel étant la survie et l’immédiat. Il y a eu la guerre Iran-Irak dans les années 1980, puis l’embargo dans les années 1990, la guerre américaine qui a détrôné Saddam Hussein en 2003… On estime que trente-cinq pour cent des sites ont été endommagés, voire complètement détruits pour certains d’entre eux. Ajoutons que le musée national de Bagdad a été pillé au moment de la guerre, et que dix mille objets n’ont toujours pas été récupérés, tandis qu’à travers le monde le marché parallèle (évidemment illicite) d’antiquités irakiennes est en pleine effervescence.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Les deux motifs ci-dessus, on s’en est rendu compte, sont des détails de la décoration de cette porte d’Ishtar de Babylone. Le taureau représente Adad, le dieu du temps (la météo, pas la durée). L’animal fabuleux qui alterne sur le mur avec les taureaux est un Much-huch-chu, comme l’appelaient les Babyloniens, c’est-à-dire un dragon constitué de la tête et du corps d’un serpent monté sur des pattes antérieures de lion et des pattes postérieures d’oiseau avec des serres, et doté d’un dard de scorpion au bout de la queue. Cette charmante bestiole représente le dieu Marduk, ce grand dieu qui veille sur Babylone.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Lorsqu’on pénétrait dans le palais de Babylone, arrivant à la troisième cour on se trouvait face à la salle du trône dont le mur, de 56 mètres de large, était recouvert de ces céramiques bleues qui, ici, alternent taureaux et lions. Surtout des lions, selon la tentative de reconstruction qu’a réalisée le musée à partir de carrelages épars. Nous sommes dans la même fourchette de dates, 604-562 avant Jésus-Christ, que pour la Porte d’Ishtar.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Ces reconstructions monumentales m’ont poussé à commencer par elles, mais je préfère, maintenant, en venir à un plan chronologique, qui permet de voir le mouvement d’évolution de la société et de sa culture. Et, même si généralement je ne publie que des originaux, je fais une exception pour cette merveilleuse “Dame de Warka”, qui n’est qu’un moulage de l’original qui est à Bagdad et remonte à 3500-3300 avant Jésus-Christ.

 

Cette sculpture provient d’Uruk, aujourd’hui Warka dans le sud de l’Irak. C’est un Allemand, Arnold Nöldeke (1875-1964), qui était chargé des fouilles. Le 26 février 1939, il écrit: “Nous avons […] fait une découverte qui peut dépasser toutes les découvertes mises au jour jusqu’à présent. C’est une tête féminine en marbre blanc qui est presque de taille naturelle. Il faut imaginer l’objet attaché peut-être à une statue de bois habillée dont les mains et peut-être aussi les pieds étaient de même en marbre”.

 

William Kenneth Loftus, un Anglais, redécouvre Uruk en 1849 et entreprend de petites fouilles en 1854, mais c’est dans l’hiver 1912-1913 que les Allemands, qui ont déjà ouvert des chantiers à Babylone, à Assur et en quelques autres endroits systématisent des fouilles approfondies à Uruk. Survient la guerre, les travaux sont interrompus. Ils vont reprendre en 1928, et c’est de nouveau la guerre qui va les interrompre en 1939. La guerre passée, les fouilles recommencent mais le chantier est si immense, la richesse archéologique est telle, qu’à la fin de la campagne de fouilles de 2002, lorsque survient la guerre contre le régime de Saddam Hussein en mars 2003, on estime que seuls 4,5 pour cent de la ville ont été mis au jour. En effet, malgré toutes ces années de recherche, les campagnes sur le terrain ne duraient que deux à quatre mois d’hiver, le reste du temps étant consacré à l’étude, en Allemagne, de ce qui avait été trouvé l’hiver précédent. Par chance, avec l’aide du gouvernement, des familles locales veillent sur le site, de sorte qu’il a pu jusqu’à présent être préservé du pillage que connaissent les autres sites archéologiques irakiens. Plus de quarante mille objets archéologiques, dont treize mille huit cents tablettes de terre cuite inscrites, ont été mis au jour, ouvrant la voie à une meilleure connaissance de la vie quotidienne, des structures sociales et administratives en Mésopotamie sur une plage de temps de cinq mille ans. Cette “Dame de Warka” est, comme je l’ai dit, à Bagdad, mais nous allons voir ici à Berlin des objets en provenance d’Uruk car jusqu’en 1969 la loi locale autorisait le fouilleur à s’approprier un certain pourcentage de ses découvertes.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Provenant également d’Uruk, et elle aussi très ancienne (vers 3000 avant Jésus-Christ), cette tête de bélier en calcaire faisait probablement partie d’une frise murale. D’autres têtes comme celle-là ont été trouvées, toutes forées d’un trou sur la face arrière, c’est ce qui fait penser qu’elles étaient fixées sur la surface d’un mur. Elles sont cornues ou sans cornes, mais jamais regardant de face, tournées tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Sceau de terre cuite provenant d’Uruk et datant de 3300-3000 avant Jésus-Christ. Le musée propose un intéressant dessin censé représenter les reliefs du sceau (et non pas son empreinte, qui serait inversée). On y voit le souverain, habillé d’une longue robe, tenant sa lance à la main, et en face de lui, nus, des esclaves soumis ou des prisonniers aux mains liées.

 

Dans la structure sociale d’Uruk, le souverain est investi de responsabilités politiques, militaires et religieuses, et cette prééminence apparaît dans les textes aussi bien que dans les représentations, comme sur le sceau ci-dessus. En ce quatrième millénaire, où des changements climatiques ont provoqué des inondations dans le sud de la Mésopotamie, créant de vastes espaces propres à la culture de céréales et à l’élevage, l’organisation de la vie commence à regrouper les individus en habitats de plus en plus étendus, donnant au milieu du quatrième millénaire naissance à ce que l’on appelle des villes. C’est une nouveauté, car ailleurs –ou auparavant– les chasseurs-cueilleurs, ainsi que les premiers agriculteurs, vivaient en très petites communautés. Mais cette structure urbaine inventée par Uruk nécessite des constructions, et le creusement de canaux d’adduction d’eau pour pourvoir aux besoins de la population: alors qu’auparavant chacun pourvoyait à ses propres besoins et à ceux de ses proches, voire à ceux de son clan, désormais une catégorie va devoir travailler pour la communauté, et de là vont apparaître des classes sociales de manœuvres et d’esclaves. Les récipients, ustensiles, vêtements tissés, lampes, bijoux, etc., ne sont plus fabriqués par chaque famille, mais sont produits en grand nombre par des artisans. Dans les campagnes, les productions ne visent plus à nourrir la famille ou le clan, mais sont envoyées à la ville. Pour contrôler les produits, gérer les échanges, percevoir les taxes, apparaît une administration qui grandit très vite. Tous ces changements sont donc le résultat de l’urbanisation née à Uruk: vers l’an 3000, Uruk est gigantesque, couvrant plus de 5,5 kilomètres carrés et comptant quarante ou cinquante mille habitants.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Cet homme, dont le corps est en cuivre et dont les inserts pour les yeux ont disparu porte dans ses bras un animal destiné au sacrifice, et sa main droite tenait le couteau. Il est des environs de 3000 avant Jésus-Christ.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Parmi les nombreuses statuettes d’une vitrine, j’en ai regroupé quatre sur une même image. À gauche, cette femme est en argent avec des inserts pour les yeux, et elle remonte au milieu du troisième millénaire avant Jésus-Christ. Face à elle, ces guerriers de cuivre portant un petit tablier tenaient à l’origine des armes et les trous à la place des yeux prouvent que, comme cette femme, ils avaient des yeux insérés; ils sont des environs de 2000 avant Jésus-Christ. Parce qu’ils ont été acquis sur le marché de l’art et non pas trouvés par les archéologues travaillant en liaison avec le musée, on se borne à des conjectures sur leur origine: probablement les montagnes du Liban. Toutes ces statuettes pouvaient constituer des ex-voto déposés dans les temples ou être conservées dans les maisons particulières.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Il est frappant de constater que ces deux messieurs de terre cuite, qui sont du dernier quart du troisième millénaire sont légèrement postérieurs à la “Dame de Warka”, eux si rudimentaires, elle si belle et si élaborée… Ils constituent probablement des offrandes votives.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Nous sommes entre 2400 et 2100 avant Jésus-Christ pour ces deux têtes féminines en albâtre. Les inserts de pierre pour les yeux de la seconde sont impressionnants. Mais il faut noter que les orbites de cette sculpture sont toutes rondes; celles de la première sculpture étant beaucoup plus en amande l’effet n’était pas le même et ses yeux n’étaient pas aussi exorbités.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Assur, vers 2400 avant Jésus-Christ. On a maintenant une bonne connaissance de l’ameublement et de l’équipement des autels grâce aux nombreux objets mis au jour lors des fouilles des temples d’Ishtar à Assur. Le long des murs intérieurs, sur des supports étaient placées les nombreuses statuettes qui ainsi représentaient leurs donateurs aux yeux de la déesse. Des représentations de maisons d’habitation servaient d’autels pour les sacrifices et l’on pouvait aussi y déposer des plats pour les offrandes ou pour y brûler de l’encens. Tel était l’usage des trois petites maisons qui figurent sur ma photo ci-dessus. Dans le temple, les archéologues ont également trouvé de grandes jarres où étaient constamment déposées les offrandes en nourriture fraîche et en boisson pour les besoins de la divinité.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Cette plaque de terre cuite bénéficie d’un commentaire bilingue allemand-anglais. Ne parlant pas un mot d’allemand, je regarde immédiatement le commentaire en anglais, et je lis “beginning of the 2nd century”. Quoi? Début du deuxième siècle? Même sans être un spécialiste de la civilisation mésopotamienne, on voit immédiatement que c’est impossible. Or le commentaire allemand dit “Anfang 2. Jt. v. Chr.”. Depuis que je cours dans tous les coins de ce musée, j’ai au moins appris que lorsque je vois Jt. devant certains objets, c’est l’abréviation de Jahrtausend que je lis devant d’autres. Et sans être germaniste, il est aisé de rapprocher ce mot des deux mots anglais year et thousand, année et mille, donc millénaire. Bref, ce bas-relief est du début du deuxième millénaire avant Jésus-Christ. Il représente Ishtar, la grande déesse d’Uruk. On la voit ici en guerrière dans sa jupe de combat, avec son arc dans une main et dans l’autre une sorte d’épée en forme de faucille. Son animal attribut est le lion, et il l’accompagne ici, sous ses pieds. Devant elle, le symbole de la planète Vénus.

 

Je dis “Ishtar” parce que nous sommes au deuxième millénaire, mais cette même déesse, vers 3000 avant Jésus-Christ, on l’appelait Inanna, Reine des Cieux, et c’est vers le milieu du troisième millénaire qu’on lui attribue à Uruk le nom de son équivalent babylonien et assyrien, Ishtar. Sous l’un ou l’autre nom, elle préside à la guerre et à l’amour physique, deux rôles essentiels puisqu’il s’agit de protection du territoire et de fertilité, les conditions premières de la prospérité. C’est ainsi qu’elle a été honorée sur un très vaste domaine du Proche et du Moyen-Orient, et que son culte s’est perpétué jusque vers l’époque des Séleucides –l’héritage d’Alexandre le Grand–, au troisième ou au deuxième siècle avant Jésus-Christ.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Nous restons dans le domaine religieux avec cette déesse ailée qui est représentée nue les pieds reposant sur deux chèvres, sur cette plaque de terre cuite de 2000-1600 avant Jésus-Christ. Les chèvres, le curieux casque sur sa tête, ne sont pas des attributs connus de telle ou telle divinité, mais on s’accorde généralement à reconnaître en elle cette fameuse Ishtar.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Celui-ci c’est un homme, on ne le prendra pas pour Ishtar! D’abord sa localisation: Assur. Ensuite sa datation: première moitié du deuxième millénaire. Ce relief, qui avait déjà été brisé dans l’Antiquité, se trouvait au fond d’un puits, dans la cour du temple d’Assur. Ce dieu barbu qui nous regarde avec intensité porte dans chaque main une longue branche feuillue, et de part et d’autre de sa tête deux chèvres en broutent les feuilles. Deux petites déesses symbolisant l’eau se tiennent près de lui. Sans doute est-ce le dieu incarnant la cité, qui veille sur les deux éléments nécessaires à la vie de ses habitants, l’approvisionnement en eau et l’abondance des troupeaux et de la végétation.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Cet homme, est-ce un dieu? Est-ce un simple mortel? On ne nous le dit pas, il n’est pas identifié. Mais ce bas-relief en céramique de quartz vitrifiée, c’est-à-dire en faïence, est du treizième siècle avant Jésus-Christ, donc très largement postérieur aux bas-reliefs précédents dont la facture artistique n’est en rien de qualité inférieure, mais d’une époque où l’on ignorait la technique de vitrification.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Cette plaque de terre cuite date de 2000-1600 avant Jésus-Christ et provient d’Uruk. Ce qui se passe entre cet homme et cette femme ne nécessite, je pense, aucune explication. En revanche, il n’est peut-être pas évident à première vue qu’à travers cette paille plongée dans une jarre, la femme est en train d’absorber une drogue liquide. Et à partir de cette constatation, cette scène… osée, a priori rattachée au culte de la déesse Ishtar qui préside aux choses de l’amour physique, est peut-être plutôt une image de bordel. À moins que ce ne soit les deux à la fois, la représentation d’un lieu et d’activités qui sont sous la dépendance de la déesse.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Les sépultures sont, dans ces civilisations mésopotamiennes comme dans le monde hellénique, dans le monde romain, dans les civilisations du Moyen-Âge européen, une source inépuisable d’objets d’art et d’indications sur les modes de vie et les cultures car partout on a enseveli les morts avec les objets qui leur étaient chers, ou qui les définissaient, ou que la religion ou les coutumes imposaient, ou encore avec les offrandes qui doivent les accompagner dans l’autre monde. Ces trois boucles d’oreilles proviennent de tombes d’Assur, et datent de l’assyrien moyen (14ème/13ème s. avant Jésus-Christ). C’est la même époque que celle où s’est développée la civilisation mycénienne, et l’on peut comparer ceci avec les productions en or que nous avions vues dans les musées grecs et que j’ai publiées dans nombre de mes articles.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Ces curieuses têtes, dont la première est datée 2000-1600 avant Jésus-Christ et la seconde 1800-1600, nécessitent une explication. Elles représentent Humbaba et si la seconde présente toutes ces circonvolutions c’est parce qu’elle est faite d’intestins… Le musée commence par expliquer qu’au dos une inscription raconte que durant une cérémonie sacrificielle de divination par les entrailles de la victime, certaines formes particulières avaient prédit à l’Accadien Sargon la domination des Accadiens sur le pays; puis il donne une citation: “Si les circonvolutions de l’intestin ressemblent à la tête d’Humbaba, c’est un présage de Sargon qui a dominé le pays. [… Écrit de] la main de Marduk, devin, fils de Kubburum, devin”. Et ce démon Humbaba nous amène à l’épopée de Gilgamesh. Un extrait: “Humbaba – Sa voix est le déluge, sa parole est le feu et son souffle est la mort. […] Qui est-il, celui qui pourrait s’aventurer dans sa forêt? Qui, parmi les dieux des cieux, voudrait se mesurer avec lui? Adad est classé premier, mais il est le second. Pour protéger le cèdre, Enlil l’a engagé, pour être la peur et la terreur des hommes”.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Ci-dessus, deux représentations de la lutte de Gilgamesh et Enkidu contre Humbaba, la première en terre cuite remonte au 18ème/17ème siècle avant Jésus-Christ, la seconde beaucoup plus récente est en ivoire et date du neuvième ou du huitième siècle avant Jésus-Christ.

 

Nous voilà au cœur de l’épopée de Gilgamesh, née au début ou au cours du troisième millénaire, transmise par tradition orale jusqu’à ce que, vers 2100 avant Jésus-Christ, elle soit enfin écrite en langue sumérienne. Et puis voilà qu’au début du second millénaire apparaît une version en langue accadienne qui reprend des épisodes anciens et en ajoute de nouveaux, mais surtout où au centre du récit sont placées l’amitié de Gilgamesh avec le sauvage Enkidu et la condition mortelle de l’homme. Cette épopée a sans cesse été transcrite en écriture cunéiforme, jusque, et y compris, dans la version du onzième siècle avant Jésus-Christ qui nous est parvenue sous la forme de douze tablettes de terre cuite. Gilgamesh apparaît, en compagnie d’Enmerkar et de Lugalbanda, dans la liste des rois qui ont régné sur la Mésopotamie à l’époque qui selon la légende a immédiatement suivi le déluge. Gilgamesh est-il un pur mythe, ou un roi de ce nom a-t-il vécu au vingt-septième ou au vingt-sixième siècle avant Jésus-Christ, nous ne le savons pas, mais sa saga, qui en fait celui qui a élevé les murs d’Uruk et qui incarne l’idéal de la royauté, a été en vogue pendant plus de deux mille ans:

 

“Gilgamesh, qui a vu les Profondeurs, la création du pays, qui a connu ce qui était dissimulé, lui qui était au courant –il est familier de toutes les demeures des dieux, il a appris de toute chose la totale sagesse, il a su ce qui était secret, il a vu ce qui était caché, il a rapporté un récit du temps d’avant le Déluge”.

 

De toute façon, le rôle primordial du chef dans ces civilisations mésopotamiennes était de servir d’intermédiaire entre les dieux et les hommes, ce qui a entraîné envers le souverain un respect et presque un culte approchant de ceux qui étaient rendus aux dieux. Parfois même, au troisième millénaire et encore au second, les noms d’Enmerkar, de Lugalbanda et de Gilgamesh étaient inclus dans les listes de dieux. Je disais que l’épopée de Gilgamesh avait toujours été écrite en cunéiforme; or en cunéiforme, le signe utilisé pour exprimer leurs noms était usuellement réservé aux noms des divinités.

 

Quant à Enkidu, “Aruru se lava les mains, se saisit d’une pincée de glaise et la jeta dans la steppe. Dans la steppe elle créa Enkidu, le héros. […] Tout son corps est couvert de poils, il porte des tresses comme celles d’une femme. Sa crinière de boucles croît, épaisse, comme Nissaba elle-même. Il ne connaît pas les gens, pas même la terre cultivée. Portant une robe comme Shakkan, avec les gazelles il broute l’herbe. Se joignant à la foule des troupeaux d’animaux aux trous d’eau, il réjouit son cœur dans l’eau en compagnie des bêtes”.

 

Maintenant que nous avons fait la connaissance de Gilgamesh, Enkidu et Humbaba, venons-en au sujet de mes deux photos. Pour Uruk, le bois de construction, le bois pour l’ameublement aussi, est une denrée essentielle. Il faut aller en chercher dans les forêts de cèdres du Liban, ce qui pose évidemment des problèmes de logistique très sévères à cette époque, mais en outre les populations des régions traversées, dont les modes de vie étaient fort différents et beaucoup plus primitifs, voyaient souvent d’un mauvais œil ces Mésopotamiens et leurs chargements. Humbaba, que les dieux ont préposé à la garde de la forêt de cèdres, est donc dans l’épopée le prototype de l’étranger, sauvage et dangereux.

 

“Enkidu ouvre la bouche et parle, disant à Gilgamesh: Mon ami, Humbaba qui garde la forêt de cèdres, achève-le, tue-le et finis-en avec son pouvoir, avant qu’Enlil le Très Haut l’apprenne! Gilgamesh a entendu la voix de son ami, il a tiré son épée de son côté. Gilgamesh lui transperce le cou. Mais déjà Enkidu l’avait touché au cœur, lui avait arraché les poumons. Alors il jaillit hors du corps de Humbaba et de sa tête il dérobe les dents”.

 

Je ne montrerai pas d’autres représentations en rapport avec la saga de Gilgamesh, mais puisque j’ai abordé le sujet jusqu’au meurtre d’Humbaba sur la tablette n°5, je vais très rapidement survoler les tablettes 6 à 12. Parce qu’il a négligé de l’honorer, Ishtar se venge de Gilgamesh en envoyant sur Uruk le taureau d’Anum, le dieu du ciel. Poussé par Enkidu et aidé par lui, Gilgamesh tue le Taureau du Ciel, grave transgression, sacrilège à l’encontre des anciens dieux d’Uruk, Anum et Ishtar. Pour prix du sacrilège qu’ont commis Gilgamesh et Enkidu, l’un des deux doit mourir. Ce sera Enkidu, mais pour la première fois Gilgamesh est confronté à sa condition de mortel. Effrayé à cette idée, il s’enfuit: “J’ai commencé à redouter la mort, aussi j’erre au hasard dans la steppe. Jusqu’à Uta-Napishti, le fils d’Ubar-Tutu, je resterai sur la route, voyageant rapidement. Je suis venu une nuit sur les cols de la montagne. J’ai vu des lions et j’ai été effrayé. J’ai relevé la tête quand j’ai prié Sin, Ishtar, la lumière éclatante des dieux. Qu’aillent mes supplications: Ô Sin et Ishtar, protégez-moi!”

 

Uta-Napishti, qui rappelle le Noé de la Bible, lui révèle que c’est dans l’accomplissement de son devoir de roi qu’il peut gagner l’immortalité, à savoir protéger ses sujets, procéder à la reconstruction de ce qu’a détruit ou endommagé le déluge, remettre en usage les rituels du passé. C’est ce que Gilgamesh s’applique à faire, méritant par là qu’après sa mort les dieux fassent de lui le roi de l’au-delà, ce qui le rend immortel dans la mémoire de l’humanité.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Laissons donc là Gilgamesh. Ce fragment de terre cuite gravé de caractères cunéiformes provient d’Assur (aujourd’hui Qal’at Sherqat, en Irak) et on la date dans une fourchette de 1000 à 625 avant Jésus-Christ. Dans l’ancienne Mésopotamie, avant de pouvoir pratiquer des fonctions spécialisées telles que l’exorcisme, la conjuration de sorts, la divination par l’examen des entrailles de victimes, le chant de lamentations, etc., il était obligatoire de savoir écrire en cunéiforme et de maîtriser la langue sumérienne et la langue accadienne. Ce “dictionnaire bilingue” comportait environ dix mille entrées réparties en vingt-quatre chapitres couvrant des domaines particuliers comme le droit, les animaux domestiques, les pierres, les plantes… Le fragment de ma photo fait partie du vingt-deuxième chapitre du urra-hubullu (ainsi nommé d’après le mot de sa première ligne), la grande liste du monde rédigée en sumérien et en accadien qui comporte les noms des régions, des cours d’eau, des planètes et des constellations. Ici figure une liste d’étoiles.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Voici un autre texte gravé dans l’argile datant des alentours de l’an 600 avant Jésus-Christ et provenant d’Uruk. Uruk assumant le rôle de plus ancienne ville au monde, c’est là que dès le quatrième millénaire avant Jésus-Christ, pour les besoins de l’administration et du commerce, est née l’écriture. Le texte que je montre ici (tout comme le précédent, à Assur) est donc très, très postérieur à cette invention. C’est un travail érudit qui figurait dans la bibliothèque de l’Eanna (le temple d’Ishtar à Uruk), une liste de signes annotée. Pour cette raison, au premier millénaire avant Jésus-Christ ce type de travaux bilingues était très convoité et volontiers emprunté. Pour éviter que l’emprunt soit remplacé par le vol pur et simple, une note au bas du texte met en garde: “Le savant qui ne change pas une seule ligne [de cette tablette] et qui la remet dans la bibliothèque, puisse Ishtar poser sur lui un regard bienveillant. Celui qui sort [la tablette] de l’Eanna, puisse Ishtar n’avoir de cesse de le harceler de sa colère”.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Cette plaque de basalte des alentours de 730 avant Jésus-Christ provient de l’un des deux châteaux mis au jour sur le site archéologique de Zincirli Höyük, au sud de la Turquie actuelle, non loin de la frontière syrienne. S’agissant d’un royaume araméen, on n’est pas étonné que les inscriptions y figurant soient rédigées dans cette langue. Près de la tête de l’homme, à gauche, il est écrit “Je suis Barrakib, fils de Panammuwa”. Entre les deux hommes, on voit un disque lunaire inscrit dans un croissant de lune, et l’inscription dit “Mon Seigneur, le Ba'al de Harran”. Le Ba’al, c’est l’être respectable, et par conséquent entre autres un dieu, Harran est une ville dont le site archéologique est connu au sud-est de la Turquie et où le culte prédominant était celui du dieu Sin, qui est le dieu-lune, ce qui explique la présence de cette inscription près du double symbole lunaire. En face du prince Barrakib, on voit sur la droite du panneau un homme avec une planchette d’écriture sous le bras: c’est son scribe, ou son greffier.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Le regard intense de ce sphinx de basalte est impressionnant. Il provient d’un palais de Zincirli et date du huitième siècle avant Jésus-Christ. C’était la base d’une colonne qui, elle, était en bois.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

C’est dans le palais que le roi assyrien Sennacherib (704-689) s’est construit à Ninive qu’a été trouvé ce bas-relief d’albâtre représentant deux archers. Parmi les nations de l’antiquité, l’armée assyrienne était réputée pour sa redoutable puissance, due en grande partie à sa remarquable organisation. Elle comportait quatre corps, les cavaliers, les fantassins, les chars et les pionniers. Parmi ces soldats, depuis le huitième siècle l’armée recrutait des mercenaires pour assurer des effectifs élevés. L’espèce de crochet qui décore le sommet du casque des porteurs de lances et de boucliers sur ma seconde photo ci-dessus les désigne comme des mercenaires.

 

Si les Assyriens sont parvenus à une telle excellence militaire, c’est d’abord par leur aptitude à trouver chez les autres peuples ce qu’ils vont pouvoir adapter à leurs besoins. Le fer, par exemple, des Hittites, pour fabriquer des armes plus performantes. Ou, chez les Hittites également, l’usage de la cavalerie. Inventivité, ensuite: l’usage de cottes de mailles ou de cuirasses, de hautes bottes, de grands boucliers, limitent la vulnérabilité des soldats de l’infanterie lourde; les chars sont cuirassés et portent de puissants béliers, il y a des machines de jet (artillerie), des tours roulantes. Les pionniers ne sont pas des éclaireurs, mais accompagnés de sapeurs ils sont chargés d’ouvrir les routes. Les chevaux de la cavalerie sont caparaçonnés.

 

Ce n’est pas que le courage des soldats assyriens, leur entraînement, leurs équipements, que les ennemis redoutent. Car comme avec Attila, “là où leur cheval passe, l’herbe ne repousse pas”, ce dont témoigne la chronique de Sargon II (722-705 avant Jésus-Christ, soit approximativement l’époque de nos bas-reliefs): “J’ai arraché les poutres de cyprès qui couvraient leurs palais, […] j’ai mis le feu à leurs belles maisons, j’ai fait monter leur fumée à laquelle j’ai fait occuper la place du ciel, comme par un ouragan. J’ai détruit ses riches plantations, j’ai détruit ses abondantes vignes: ainsi, plus de boisson. J’ai coupé les arbres de ses vastes forêts, puis j’ai réuni tous les troncs coupés, comme la paille rassemblée par l’ouragan, j’y ai mis le feu et je les ai fait se consumer. J’ai mis le feu, comme à des bûchers, à cent quarante-six villages des alentours”. Etc., etc. Mais ce n’est pas tout. Au ravage s’ajoute une cruauté sans pareille. C’est la guerre, il y a des prisonniers, soit. À l’époque, en l’absence de la convention de Genève qui définit les lois de la guerre, beaucoup considèrent comme normal d’exécuter les prisonniers, même si c’est une pratique réprouvée par les nations avancées, mais il y a la manière, or les Assyriens les écorchent vifs, ou ils les empalent, puis ils coupent les têtes des cadavres pour les exposer sur les murailles des villes vaincues. Selon la chronique, en outre, “il a lacéré le ventre des mères, il a transpercé le corps des enfants, il a décapité les notables […]. Que les ruines s’amassent chez ceux qui sont coupables contre Assur!” L’intention est d’obtenir la reddition sans résistance, pour échapper à ce traitement des hommes et des choses.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Ce bas-relief des alentours de 650 avant Jésus-Christ provient, lui aussi, de Ninive; il décorait un mur du palais qu’Assurbanipal (668-627 avant Jésus-Christ) s’y était fait construite. Il représente le siège d’Hamanu, une cité élamite. Tout en haut de la plaque, les murs de la ville. En-dessous, le camp assyrien, avec ses animaux, avec ses hommes occupés à diverses activités. En bas à gauche, on distingue un serviteur tendant à boire à un officier de retour au camp.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Autre bas-relief d’albâtre, mais du palais de Nemrod celui-là, et remontant à Assurnasirpal II (883-859 avant Jésus-Christ). On y voit une chasse au lion, une activité qui était réservée au roi, un privilège exclusif très prisé, puisque plusieurs souverains ont même entretenu une ménagerie pour disposer de fauves à chasser. Sur cette plaque, le roi est représenté sur son char en compagnie de son cocher.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Voici maintenant une poterie de céramique du huitième ou du septième siècle avant Jésus-Christ. Ce n’est qu’un petit fragment cassé, mais je choisis de le montrer parce que j’aime bien le dessin de la chèvre descendant de la montagne.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Venons-en à quelques objets de l’artisanat. D’abord un bijou, cette plaque d’or, située dans la fourchette entre le neuvième et le septième siècle avant Jésus-Christ, et représentant un banquet funéraire. Il s’agit d’un produit de l’artisanat syrien, qui était réputé dans le monde antique à cette époque de l’âge du fer, et déjà auparavant, et faisait l’objet d’exportations vers de nombreux pays. Les artisans travaillaient l’or comme ici, les autres métaux aussi, les poteries, mais surtout l’ivoire provenant d’éléphants qui vivaient en troupeaux dans la région, et qui en ont disparu par la suite pour une raison dont je n’ai pas trouvé l’explication: surexploitation de l’ivoire, changement climatique, modification de leur habitat due à l’urbanisation…

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Devant de nombreux objets, dont cette médaille et cette collerette, le musée se contente d’une légende synthétique, parlant d’objets d’artisanat du septième siècle avant Jésus-Christ provenant, tous sans exception, du château de Rusachinili détruit dans un incendie, bijoux, outils, instruments. Ces objets sont en pierre, or, argent, bronze et fer. Aucune autre explication. Vu leur aspect, je suppose donc que ces deux objets que je présente sont en bronze. Mais quant à leur représentation… Je ne saurais dire si le personnage assis sur un trône et les pieds sur un repose-pieds est un souverain ou un dieu, et en conséquence si le personnage en face de lui est l’un de ses sujets (mais habillé ainsi ce n’est pas un serviteur), ou un fidèle. Spontanément, j’aurais penché pour la première hypothèse, mais sur la collerette l’animal qui arrive pourrait être destiné à un sacrifice. Dans l’ignorance je n’en dirai pas plus.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Cette statuette de terre cuite du premier millénaire avant Jésus-Christ, sans plus de précision, provient de Kish (Tell-al-Uhaymir, en Irak). Elle représente le dieu Ninshubur, servant d’Ishtar et messager des dieux. Le grand bâton qu’il tient dans sa main droite est fait d’un fil d’or et il paraît, même si je ne le discerne pas clairement, que son couvre-chef est une couronne de cornes.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Ces deux statuettes de terre cuite moulée proviennent l’une et l’autre d’Uruk, mais elles ne sont pas du tout contemporaines. La première, qui représente une femme nue, se situe entre 625 et 539 avant Jésus-Christ, tandis que l’autre, qui est polychrome (on voit surtout le rouge, mais il y a aussi des traces de noir) et qui retient son voile, se situe entre 312 et 224 avant Jésus-Christ. En trois siècles, la qualité de la facture ne présente guère de progrès.

La Mésopotamie au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Pour aujourd’hui je finirai avec ce texte qui a été conservé dans une terre cuite. Tout à l’heure, je regrettais que la datation d’une statuette, “premier millénaire avant Jésus-Christ”, ouvre une fourchette de mille ans. Ici, au contraire, je n’aurai pas à me plaindre: ce texte a été rédigé le 7 août 170 avant Jésus-Christ. Voilà qui est précis! C’est une tablette qui décrit, avec toutes les instructions nécessaires, la fabrication de divers colliers d’amulettes de pierre. Les spécialistes mésopotamiens de ces amulettes, appelés ashipu en accadien, devaient posséder une parfaite science des minéraux, comment les reconnaître, quels sont leurs noms, quels sont leurs pouvoirs d’envoûtement ou de guérison, mais en outre ils devaient maîtriser les techniques d’artisanat pour la taille de ces pierres en amulettes et la confection de colliers destinés à guérir les maladies et les blessures et à repousser les démons. Pour ce faire, il convenait de créer une combinaison de pierres adéquates réunies en collier.

 

Les trois cents lignes du texte de la tablette ci-dessus détaillent donc tout cela, et elles commencent par la fabrication d’une amulette “pour se souvenir de ce que l’on a oublié”. Il conviendra dans ce but d’assembler quinze pierres, dont le lapis-lazuli et la calcédoine. Puis le texte dit: “Ces quinze pierres, tu les enfiles sur un cordon de lin, un fil de laine rouge et un fil de laine bleue […]. Sur les deux côtés des pierres tu attaches un morceau de bois de tamaris [...]. Tu places en-dessous un brûleur d'encens avec du genièvre. Tu sacrifies de la bière et récites les incantations suivantes: ‘J’ai obtenu ma réponse’, ‘Accepte de moi cette prière’ […]. Tu pends le collier autour de son cou. Il obtiendra satisfaction où qu'il aille”.

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 23:55
Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Nous sommes dans la ville antique de Pergame, aujourd’hui Bergame dans le nord-ouest de l’Asie Mineure turque, dans les terres en face de l’île grecque de Lesbos, ce qui justifie pour ce musée berlinois le nom de Pergamon Museum. Saint Jean, dans son Apocalypse rédigée vers la fin du premier siècle (il était très jeune quand il a connu Jésus, crucifié en l’an 33, et il a écrit ce livre alors qu’il était très âgé), parle de Pergame:

“Écris à l'ange de l'Église de Pergame: Voici ce que dit celui qui tient l'épée aiguë à deux tranchants: Je connais l'endroit où tu es établi, là se trouve le trône de Satan. Tu es fermement attaché à mon nom et tu n'as pas renié la foi en moi, même durant les jours où Antipas, mon témoin fidèle, a été mis à mort chez vous, là où Satan est établi. Mais j'ai certaines choses contre toi: tu as là des gens attachés à la doctrine de Balaam, qui enseignait à Balak à tendre un piège aux Israélites pour qu'ils mangent des viandes sacrifiées aux idoles et se livrent à l'immoralité sexuelle”. Et si certains supposent que ce trône de Satan était l’empereur romain lui-même, qui était considéré comme l’antéchrist (mais alors pourquoi à Pergame, pas à Rome ou ailleurs dans l’Empire?), en revanche beaucoup pensent que le trône de Satan n’était autre que le Grand autel de Pergame.

 

Quoique nous soyons en Allemagne, j’ai écrit “nous sommes dans la ville antique de Pergame”, parce que le Grand Autel a été apporté ici pierre à pierre et que nous pouvons y accéder comme si nous étions réellement en Turquie. On sait comment Lord Elgin a transféré d’Athènes à l’Angleterre sans aucune autorisation les frises du Parthénon qui sont actuellement au British Museum de Londres, faisant croire qu’il voulait en faire des moulages. Il est donc indispensable de préciser ici que ce Grand Autel, lui, n’a pas été volé. Pas plus que la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace n’ont été volées par la France, qui les a dûment payées aux autorités turques auxquelles appartenaient ces terres à l’époque.

 

La Turquie avait contracté une entreprise allemande pour construire une route, et l’ingénieur Carl Humann qui y travaillait a profité de son séjour pour visiter les ruines de Pergame. Nous sommes alors en hiver 1864/1865. Le Grand Autel date du milieu du deuxième siècle avant Jésus-Christ mais, quelques siècles seulement plus tard, l’ensemble de la cité a été abandonné et est tombé en ruines. Lors de la visite de Humann, il était difficile de comprendre ce qu’avait pu être la ville. Néanmoins, il s’est passionné pour l’idée de fouiller les lieux, et ses efforts n’ont pas été vains, même si sa patience a été mise à rude épreuve, parce qu’en 1878, enfin (quatorze ans plus tard), les autorités turques donnent leur accord pour les fouilles. Et les musées de Berlin en chargent Carl Humann. C’était bien le moins! Les fouilles ont très vite révélé des blocs sculptés provenant de la frise, qui étaient en excellent état, et d’autres plus abîmés. Tout ce matériel, conformément au contrat dûment signé entre les musées de Berlin et le gouvernement ottoman, part alors pour l’Allemagne. Pour la construction, les architectes avaient fait marquer par les ouvriers chacune des plaques, afin qu’elles soient assemblées dans le bon ordre. Précieuse précaution, qui a bien sûr été utilisée par les archéologues allemands.

 

Les années passent, survient la Seconde Guerre Mondiale. L’Armée Rouge entre dans Berlin en 1945, les Soviétiques s’emparent de la frise ainsi que de milliers d’œuvres d’art. L’URSS en restituera une partie à la RDA (l’Allemagne de l’est) en 1958, dont la frise de l’autel de Pergame, mais gardera cependant une bonne partie du reste. Une bonne partie qui n’a toujours pas été restituée à l’Allemagne réunifiée.

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Une maquette permet de se représenter l’autel dans son ensemble. Au deuxième siècle de notre ère, Lucius Ampelius est le précepteur du jeune Romain Macrin pour qui il rédige un aide-mémoire très schématique qui résume ses cours. C’est le Liber memorialis (c’est-à-dire Livre pour la mémoire, aide-mémoire). Il commence ainsi:

“À son cher Macrin, salut. Pour toi qui veux tout savoir, j’ai écrit ce petit aide-mémoire afin que tu saches ce qu’est le monde, ce que sont les éléments, ce que porte la terre, ou ce qu’a fait le genre humain”. Puis, dans le chapitre VIII “Merveilles du monde” il énumère des sites remarquables, bien plus que les Sept Merveilles du Monde. Le petit livre, en latin, se trouve in extenso sur Internet et, comme sa langue est très facile, les souvenirs même un peu anciens de toute personne ayant étudié cette langue doivent suffire à la comprendre. Avant de traduire, je donne donc d’abord le texte original: “Pergamo ara marmorea magna, alta pedes quadraginta cum maximis sculpturis; continet autem gigantomachiam”, soit “À Pergame, un grand autel de marbre, haut de quarante pieds avec d’immenses sculptures; il comprend une gigantomachie”. Le pied romain mesurant 29,44 centimètres, quarante pieds font 11,77 mètres. Ampelius, on le voit, est plus que succinct dans son énumération et sa description des merveilles du monde. Et s’il évoque la hauteur du bâtiment, il ne parle pas de l’escalier monumental de vingt mètres de large, qui vaut vraiment le coup d’œil: ce n’est pas seulement l’endroit où le touriste fatigué par sa visite s’assied pour quelques instants de repos!

 

Les recherches effectuées sur l’autel de Pergame font situer le début de sa construction aux alentours de 165 avant Jésus-Christ, mais on a la certitude que les travaux n’ont jamais été achevés.

 

Pourquoi, et quand ont-ils cessé? Il y a à ce sujet plusieurs hypothèses. Selon certains, le roi de Pergame Eumène II (il règne de 194 à 159 avant Jésus-Christ), qui menait une politique culturelle ambitieuse, meurt en 159. Si c’est lui qui a commandité les travaux, il se pourrait qu’ils aient cessé à sa mort. À son sujet –puisque j’évoque sa politique culturelle–, il a tellement développé la bibliothèque de Pergame qu’elle fait de l’ombre à celle d’Alexandrie en la concurrençant. Ptolémée V, le roi d’Égypte, met l’embargo sur les exportations de papyrus, dans le but d’empêcher la création de nouveaux livres à Pergame. Qu’à cela ne tienne, Eumène encourage la recherche de solutions, et celle qui est trouvée consiste à utiliser des peaux d’animaux désépaissies. On appellera ce procédé le papier de Pergame, soit pergama charta, qui donne naissance, par évolution phonétique, au mot parchemin. Mais cela m’éloigne de mon sujet.

 

Une autre hypothèse est plus violents. Prusias II, le roi de Bithynie (de 182 à 149 avant Jésus-Christ), ne veut pas que son fils Nicodème lui succède. Vers 157, Nicodème s’enfuit car il craint que Prusias le fasse assassiner, et il va se réfugier chez le pire ennemi de son père, à savoir le successeur d’Eumène, Attale II, qui l’accueille bien volontiers. À la suite de quoi, entre 157 et 155, Prusias envahit et ravage le pays. Il se pourrait que cette situation soit la cause de l’arrêt des travaux.

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Évidemment, comme je le disais tout à l’heure, les fragments de frise presque intacts alternent avec les plaques très endommagées. Les quatre photos ci-dessus montrent cependant que la représentation de la gigantomachie, ce combat des dieux de l’Olympe contre les Géants de l’ancienne génération de dieux, est d’une finesse et d’une qualité artistique remarquables.

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Les marches du grand escalier, la colonnade présentée de face sur ma photo de la maquette, c’est la façade ouest de l’édifice. Montons les marches de l’autel, tournons le dos à l’autel. En face, nous voyons une frise fixée au mur: C’est la frise du mur nord.

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Les photos de détails ci-dessus, c’est de cette frise que je les ai tirés. Ces quelques fragments pleins de mouvement sont superbes, mais dans son ensemble cette frise comporte beaucoup de lacunes. Elle a donné lieu à de nombreuses tentatives de reconstitution, où l’imagination a dû prendre trop de place.

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Dans l’Antiquité, au haut des marches, on accédait à l’immense cour intérieure de 26 mètres de front et 16 mètres de large, où se trouvait l’autel des sacrifices et des offrandes. Là, sur les murs de trois côtés (le quatrième, c’était la colonnade au haut des marches) se développait une autre grande frise constituée de soixante-quinze panneaux, dont quarante-trois ont été retrouvés. Certains sont très abîmés, d’autres sont en assez bon état. Ils racontent la légende de Télèphe, le fondateur mythique de la cité.

 

Le mythe commence à Tégée, en Arcadie, au cœur du Péloponnèse. L’oracle avait prédit au roi, Aléos, que sa fille donnerait le jour au meurtrier de ses fils, ce qui lui fait consacrer Augè à Athéna. Héraklès passe par là, et Aléos l’invite à un grand banquet. Héraklès force sur le vin et, ivre, viole Augè, sans savoir qu’elle est la fille de son hôte. La voilà enceinte. Son père, le roi Aléos, doit alors la supprimer pour protéger ses fils, mais la religion des Grecs leur interdisait de se salir les mains avec du sang. Il décide de la confier à Nauplios pour la mener jusqu’à la mer, l’embarquer sur un bateau, et la noyer. La côte la plus proche est à l’est, sur le golfe d’Argos, de l’autre côté du mont Parthénion. Mais Augè accouche en route, et abandonne son bébé sur le mont Parthénion, justement. Ce bébé, c’est notre Télèphe. Tiens, tiens, le voilà exposé dans la montagne, comme Œdipe. Nauplios et Augè poursuivent leur voyage, et Nauplios construit la barque sur laquelle Augè va être envoyée sur la mer, sans avirons, sans voile, sans nourriture ni boisson. C’est la construction de la barque qui est représentée sur le bas-relief ci-dessus.

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Le bébé est d’abord nourri par une biche, avant d’être recueilli par des bergers qui le remettent à un roi (encore comme Œdipe). Ce roi a nom Corythos, mais certaines sources en font le roi de Tégée… comme Aléos le grand-père. Toujours est-il que ce roi l’adopte, lui donne le nom de Télèphe (peut-être en rapport avec le mot grec élaphos qui veut dire biche ou cerf), et l’élève comme son propre fils. Adulte, il tue de façon tout à fait accidentelle ses deux oncles, frères d’Augè, sans imaginer un seul instant qu’il a un lien de parenté avec eux. À la suite de quoi il va consulter l’oracle d’Apollon à Delphes pour savoir que faire. Le dieu lui ordonne de se rendre en Mysie, en Asie Mineure, sans prononcer un seul mot jusqu’à ce qu’il s’y soit fait purifier du double crime par le roi Teuthras. Ce qu’il fait. C’est son arrivée en Mysie que représente la partie gauche de la photo ci-dessus.

 

Or Télèphe vient d’arriver auprès de Teuthras quand l’un des Argonautes, Idas, tente de s’emparer de son royaume. Teuthras demande alors à Télèphe de défendre son royaume contre Idas et, s’il vainc, il lui promet la main de sa fille adoptive. La partie droite de la photo montre Télèphe qui prend les armes. Et Télèphe vaincra Idas.

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Mais au fait, qu’est-il advenu d’Augè? Plutôt que d’expédier Augè sur la barque, Nauplios choisit une solution rémunératrice, il la vend à des marchands d’esclaves. Les marchands mènent ainsi Augè jusqu’en Mysie, où ils la revendent au roi Teuthras qui va considérer cette jeune femme comme sa propre fille. Les années ont passé, et voilà que Télèphe et Augè se trouvent réunis sous le même toit sans savoir qu’ils sont mère et fils. Et Teuthras, qui ne le sait pas non plus, a promis la main d’Augè à Télèphe s’il vainc Idas. La photo ci-dessus représente les noces de Télèphe et d’Augè. Comme Œdipe épousant sa mère Jocaste, qui avait été promise au vainqueur du Sphinx.

 

Toutefois, là s’arrête le parallèle entre les légendes de Télèphe et d’Œdipe. En effet, Augè avait été aimée par un demi-dieu, le fils de Zeus, Héraklès. Il n’est pas question pour elle d’appartenir à un autre homme. Les noces ont été célébrées, et Télèphe entre dans la chambre nuptiale pour les consommer. Augè l’attend avec une épée pour le tuer avant qu’il la prenne, mais à ce moment surgit entre eux un énorme serpent envoyé par les dieux, qui suscitent dans leur esprit une inspiration qui les fait se reconnaître. Et ils tombent dans les bras l’un de l’autre, non comme mari et femme, mais comme mère et fils. Ni crime, ni inceste. Ouf!

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Désormais, Teuthras, Télèphe et Augè vivent ensemble. Puisque Télèphe n’a pas épousé Augè, Teuthras lui offre sa fille Argiopè. Ainsi, quand il meurt sans fils, c’est Télèphe qui lui succède à la tête du royaume de Mysie. À l’époque où les Grecs se rendent à Troie pour y mener la fameuse guerre, ils se trompent de route et, persuadés de débarquer en Phrygie, ils sont en Mysie et entament les hostilités. Télèphe parvient à tuer beaucoup de Grecs, mais Achille le blesse à la cuisse. Rendus conscients de leur méprise, les Grecs repartent vers Troie. Huit ans passent, mais la blessure de Télèphe ne guérit pas. À Delphes, un oracle d’Apollon dit à Télèphe qu’il sera guéri par ce qui l’a blessé. Alors, comme un nouveau contingent de Grecs s’apprête à s’embarquer vers Troie à partir d’Aulis, Télèphe propose de les guider à condition qu’Achille le guérisse. “Télèphe impose sa guérison”, tel est le sujet de ce bas-relief ci-dessus.

 

Achille accepte le marché. Il prélève de la rouille de la pointe de sa lance, et l’applique sur la blessure de Télèphe, qui guérit. Télèphe alors respecte sa promesse et mène la flotte des Grecs à Troie. La fondation de Pergame ne figure pas parmi les bas-reliefs sauvegardés, mais c’est bien à ce héros qu’elle est attribuée.

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Laissons là ces remarquables frises. Il y a aussi dans ce musée une mosaïque de sol de l’autel, à laquelle appartient ce perroquet.

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Toutes ces frises que j’ai montrées, ce sont des bas-reliefs. Mais dans la salle où est exposée la frise de Télèphe il y a aussi quelques statues, ou plus précisément des fragments de statues. Ci-dessus, je montre d’abord une tête de cheval en marbre qui devait être une acrotère de la terrasse de l’autel. Ensuite, cette tête n’a pas été identifiée, mais elle semble provenir d’une statue entière, non d’un buste. Enfin ma troisième photo représente la tête d’une prêtresse d’Athéna, plus tardive (117-138 de notre ère), qui avait été insérée comme pierre du mur byzantin.

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Quittons Pergame. Nous voici à Milet dont, également, un monument entier a été transporté à Berlin. C’est la Porte du Marché, qui avait été édifiée aux alentours de l’an 100 après Jésus-Christ. Berlin, en charge des travaux de fouilles à Milet dans les années 1903-1905, met au jour les restes de la construction. En accord avec les conditions prédéfinies, une partie des découvertes revient aux fouilleurs, le reste est propriété du pays. Ce que nous voyons ici n’est donc qu’environ soixante pour cent de la vraie porte, apportée à Berlin démontée en 1907-1908, et remontée seulement en 1928-1929 en compensant ce qui avait dû être laissé à Milet avec du marbre, du ciment, de la brique, du plâtre. Les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale ont gravement endommagé le monument, dont la restauration a été entreprise dans les années 1952-1953, puis de 2005 à 2008, avant que les statues colossales (d’un côté un général en cuirasse avec un Barbare vaincu à ses pieds, de l’autre côté le héros nu de ma seconde photo ci-dessus avec une corne d’abondance) soient mises en place en 2009. Il est prévu de procéder à un traitement des surfaces à partir de 2019.

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Toujours à Milet, mais postérieur à la Porte du Marché, ce bas-relief est daté entre 175 et 200 après Jésus-Christ. Il provient de la face arrière de la scène du théâtre. On remarque que sous les pieds de chacun des trois personnages un piédestal est représenté: c’est donc la représentation de trois statues. Au centre, l’artiste a reproduit l’image d’une célèbre statue de culte archaïque d’Apollon du sculpteur Kanachos. De part et d’autre du dieu, se tiennent des hommes qui portent des torches.

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

La dernière photo de cette série représente une plaque de marbre datée entre 150 et 200 après Jésus-Christ, que le musée a achetée sur le marché de l’art en 1931. Les archéologues n’ont pas de doute sur son authenticité et ils peuvent la dater, mais pour sa provenance ils en sont réduits aux informations données par le vendeur, selon qui elle proviendrait d’Apollonie du Rhyndaque, en Mysie. La Mysie est une région située en Turquie d’Asie, à l’extrême nord-ouest, sur la mer de Marmara, et traversée par le fleuve Rhyndaque qui se jette justement dans cette mer. Sur cette plaque on voit un bas-relief d’une ville située sur un fleuve, des maisons sur chaque rive, un pont. Cela ne suffit pas pour identifier la ville.

Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Cette photo m’embarrasse, mais ce n’est pas une raison pour ne pas la publier. J’ai l’habitude de systématiquement photographier le descriptif fait par le musée juste après la photo de l’objet ou du monument. Et là, visiblement, je me suis trompé car sur le panneau explicatif en terriblement mauvais état et presque illisible (mais bilingue allemand-anglais) il y a deux descriptions, les colonnes torses du Nymphée de Milet et la corniche de l’entablement de la colonnade d’un temple de Baalbek. J’ai ici une façade complète de monument, il ne peut donc s’agir ni d’un entablement, ni de colonnes torses d’un énorme bâtiment de trois étages. Je n’ai trouvé qu’extrêmement rarement des images de ce bâtiment sur Internet, et jamais avec légende. Alors j’ai écrit au musée… et j’ai reçu une réponse rapide, aimable, mais très surprenante: “The semi-circular monument is the partial reconstruction of the grave of Cartina from Falerii (near Rome / 1st cent. AD)”. Monument romain donc, du premier siècle de notre ère, provenant de Falerii qui est une ancienne ville étrusque près de Rome, tombe d’une certaine Cartinia dont je ne trouve trace nulle part. Mais c’est ce que m’écrit un responsable de la communication du musée, c’est donc certain.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 23:55

Berlin est une ville extrêmement riche en musées, dont la plupart sont concentrés sur la dite “Île des Musées”, sur la Spree. N’étant ici que de passage, nous ne pouvons satisfaire nos envies de découverte. Deux jours à Berlin, cela signifie seulement deux grands musées si chacun nous retient cinq ou six heures. Alors aujourd’hui ce sera le Pergamon Museum, le musée de Pergame. Le musée porte ce nom d’une ville grecque de l’ouest de l’Asie Mineure aujourd’hui en Turquie parce qu’il en possède des monuments entiers transportés en Allemagne pierre à pierre et remontés dans d’immenses salles, mais il comporte également bien d’autres sections. Je vais donc lui consacrer trois articles. Celui que je publie aujourd’hui concerne les civilisations islamiques.

L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Civilisation islamique est à prendre au sens large de civilisation de terre islamisée car ces deux pièces de monnaie sont antérieures de plusieurs siècles à l’Hégire de Mahomet, qui a eu lieu en 622. Il s’agit de drachmes sassanides iraniennes en argent. Celle de gauche représente l’empereur perse Shapur II (Shapur le Grand) qui a régné de 309 à 379 et qui est donc contemporain de Constantin, empereur romain (à Constantinople) de 306 à 337. Celle de droite est un peu plus ancienne, elle date de l’empereur perse Vahram II (276-293), mais il est représenté sur l’avers et ce qui est montré ici est le revers, avec du feu sur un autel et deux officiants.

L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Cette plaque murale en stuc représentant un sanglier et provenant de l'intrados d'une maison d’Umm az-Za'ätir, en Irak, aux environs de l’antique Ctésiphon, date du sixième ou du septième siècle (de notre ère, bien sûr, puisqu’il s’agit d’art “islamique”).

L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Cette belle assiette provenant de Nizämäbäd, en Iran, date du septième ou du huitième siècle. Cette fois-ci, c’est postérieur à l’Hégire de 622, et c’est donc pleinement islamique. Il s’agit de la représentation d’une chasse du Grand Roi. Un sanglier bondit vers le cheval du roi, un ours attend derrière un arbre, en bas ce que je crois être un lion semble avoir été déjà tué.

L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Concernant la provenance de ce superbe vase en argent partiellement doré, le musée se contente d’un très vague “Iran”… pour un si vaste pays… Au premier moment, j’ai cru y voir des tulipes. Impossible, car il date du septième ou du huitième siècle, et la tulipe qui est originaire des contreforts de l’Himalaya n'a été importée que bien plus tard et ce que l’on a appelé “l’Ère des Tulipes” dans l’Empire Ottoman est le premier tiers du dix-huitième siècle (pour plus de détails, voir mon article “Istanbul 23: Les intérieurs de Topkapi, daté du 28 novembre 2012. Ce sont paraît-il, si j’en crois le musée, des palmiers, et autour d’eux, des grues. On aperçoit le bec et le ventre de l’un de ces oiseaux du côté droit, le cou et la queue d’un autre du côté gauche.

 

Je disais “si j’en crois le musée”, et il faudrait ajouter “et mon traducteur”. Car quelques panneaux explicatifs généraux sont bilingues, rédigés en allemand et en anglais, mais les légendes des objets sont exclusivement en allemand. Une langue dont j’ignore tout. Lorsque je ne veux pas recopier sur mon ordinateur mot à mot, lettre à lettre, le texte original que j’ai photographié, je dois d’abord, sous Photoshop, faire disparaître le fond, les reflets, et éventuellement redresser l’image, que j’ai souvent été contraint de prendre en diagonale. Ensuite, je soumets la photo modifiée au logiciel d’OCR (Optical Character Recognition) pour transformer l’image en texte Word. Enfin, je colle ce texte dans le traducteur sur Internet. Comme la qualité de traduction est très imparfaite, j’utilise systématiquement l’un après l’autre Reverso et Google. Je sais bien que les grands musées qui reçoivent des visiteurs internationaux ne peuvent donner pour chaque objet un texte multilingue anglais, allemand, français, espagnol, italien, japonais et chinois, pour ne citer que les nations qui envoient de forts contingents de touristes: ne serait-ce que pour une question de taille nécessaire pour les notices. Mais je pense que dans la plupart des pays on étudie l’anglais, et des légendes bilingues, langue nationale (ici allemand) et anglais seraient déjà un progrès. Car les opérations que je viens de citer sont longues, fastidieuses, et de plus ne peuvent s’effectuer qu’après coup, quand on n’a plus l’objet sous les yeux, et c’est bien dommage. En effet, je n’imagine pas, devant une vitrine de musée, dix touristes avec à la main leur tablette ou leur smartphone retouchant leurs photos, les convertissant en texte, les traduisant, puis contemplant l’objet qu’enfin ils comprennent et peuvent apprécier, avant de passer à la vitrine suivante!!!

 

Voilà, j’étais en colère, ça a dû faire monter ma tension, maintenant que j’ai bien râlé ma tension est retombée, je peux continuer ma visite de la section d’art islamique du musée. Bien beau, ce vase d’argent, avec ses grues et ses palmiers.

L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

À une trentaine de kilomètres au sud d’Amman, en Jordanie, à Mshatta (“Camp d’Hiver”, en arabe), gisent les ruines d’un immense palais. La façade en fait 47 mètres de long et, dans sa partie centrale, 5 mètres de haut. La section de cette façade qui se trouve ici à Berlin est un cadeau du sultan Abdul Hamid II au Kaiser Guillaume II. Tu m’instruis mes soldats, je te refile mes vieilles pierres. En l’absence de toute inscription sur le monument et de textes le mentionnant, on s’est interrogé sur sa datation. Dans un premier temps, on en a fait une construction gréco-romaine de l’antiquité tardive, mais Ernst Herzfeld, un archéologue spécialiste d’architecture, y a rapidement identifié les caractères des débuts de l’époque islamique en comparant son style à celui de nombre d’autres bâtiments en Jordanie, en Syrie, au Liban. Finalement, on s’accorde sur la supposition que la construction du palais a dû commencer sous le bref règne du calife omeyyade Al-Walīd II (125-126 de l’Hégire, soit 743-744 de notre calendrier, un règne d’un an et moins de trois mois), assassiné bien avant la fin des travaux. De toutes façons, un fort tremblement de terre a détruit le palais peu de temps après, et le site a alors été abandonné.

 

Ma deuxième photo ci-dessus fait un gros plan sur une partie de la décoration. On voit un animal fabuleux et un animal réel s’abreuver ensemble dans une riche végétation, et des oiseaux apparaissent au-dessus d’eux. Et puis, sur l’autre moitié de la façade (que je ne montre pas parce qu’elle n’a pas été apportée à Berlin), les animaux disparaissent et il n’y a plus que des plantes. Sans aucun doute, l’explication en est que face à ce mur se trouvait la mosquée, or l’Islam interdit la représentation d’êtres vivants.

L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Cet instrument de bronze gravé originaire de Bagdad (Irak) est unique en son genre. Il s’agit d’un astrolabe universel. L’indication informe qu’il a été conçu par l'astronome Abu Ja'far al-Hazin, qui a vécu au dixième siècle, et qu’il a été réalisé entre 513 et 514 de l‘Hégire (soit entre 1119-1120 et 1120-1121 de notre calendrier) par Allah al-Baghdadi Hibat, astronome et poète.

L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Autre transfert monumental au musée, la Chambre d’Alep. C’est avec le palais de Mshatta qu’en 1904 a été créée la section d’art islamique dans les musées de Berlin, et pour garnir ce musée la Chambre d’Alep a été achetée en 1912 par le premier directeur de la collection, Friedrich Sarre. Nous voilà transportés dans la salle de banquet d’une riche demeure du quartier chrétien d’Alep, en Syrie. Des inscriptions donnent le nom du propriétaire, Isa b. Butrus (c’est-à-dire Jésus fils de Pierre), qui nous est connu comme marchand et courtier d’Alep, ainsi que deux dates pour la construction, 1009 et 1012. Comme ces dates sont données dans le calendrier islamique, il faut comprendre 1600-1601 et 1603. Des psaumes sont inscrits en arabe, mais il ne fait aucun doute que ce personnage était chrétien parce que des Vierges à l’Enfant sont représentées en cinq endroits et saint Georges en deux endroits. On trouve aussi diverses scènes de l’Ancien Testament (le sacrifice d’Abraham) et du Nouveau Testament (la Cène). Le style des panneaux est en rapport très direct avec les livres enluminés de la même époque.

 

Comme cela se voit sur ma photo, des panneaux de verre empêchent de pénétrer dans la salle. Il est sûr que c’est le meilleur moyen d’empêcher que des mains de touristes se posent sur ces fragiles peintures, mais cela fait que je parle de représentations que je ne peux montrer ici…

L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Quelques poteries d’Iznik. C’est vers le milieu du quinzième siècle que cette ville, l’ancienne Nicée, s’est spécialisée dans les fines poteries s’inspirant des techniques des porcelaines de Chine. Les motifs étaient bleus sur fond blanc. Puis au début du seizième siècle, il s’y est ajouté le vert, le turquoise, le violet. Jusque-là, on trouve surtout des décorations florales et de grenades; l’assiette de ma première photo est datée entre 1535 et 1550. Mais les motifs peuvent cependant être très divers, comme les signes du zodiaque sur le plat de ma seconde photo (1563-1564). Ensuite, extrait de terre ferrugineuse, on introduit le rouge et les décors deviennent polychromes, les fonds restant blancs. C’est vers 1600 qu’a été réalisée la chope de ma troisième photo, avec ses roses et ses tulipes. À la fin du seizième siècle et tout au long du dix-septième, les céramiques d’Iznik vont être très recherchées, non seulement dans l’Empire Ottoman, mais dans toute l’Europe où, ici et là, vont se développer des ateliers qui créent des copies. Dans le même temps, Iznik va plutôt se spécialiser dans les carrelages, pour décorer les palais turcs (dont Topkapi à Constantinople), et les grandes mosquées des principales villes de l’Empire. Ces carrelages suscitent également des copies en Europe.

L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Et puis il y a les illustrations de livres des Khans mongols. Les images de mes photos ci-dessus sont extraites du Recueil de chroniques de Rachid-ad-Din, ministre du Khan. Il a vécu de 1247 à 1318), les Chroniques sont donc datées du tout début du quatorzième siècle. Elles ont été éditées dans la ville perse de Tabriz. Les images, autant que le texte, apportent de précieux renseignements sur la vie du commun des mortels autant que sur la vie au sein de la cour des chefs mongols du temps de Rachid-ad-Din. La première photo que j’en publie représente des chevaux de course (selon le musée, mais alors je ne vois pas pourquoi leurs cavaliers sont armés d’arcs, ni pourquoi ils courent à la rencontre les uns des autres), la seconde des guerriers mongols avec des prisonniers, et la troisième l’apparition d’un ange qui, si l’on suppose qu’il s’agit d’une illustration de la vie de Mahomet, ne serait autre que Gabriel, qui lui a dicté le Coran.

L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013
L’Islam au musée de Pergame à Berlin. 31 juillet 2013

Un bond dans le temps. Du quatorzième siècle au dix-neuvième siècle. En 1819, Antoine Ignace Melling publie à Strasbourg, chez Treuttel und Würtz, Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du Bosphore. Et l’ouvrage est illustré de gravures. Parmi celles-ci, j’en montre ici deux.

 

La première est légendée “Intérieur d’un café public, sur la place de Top-hané”. Dans la vie des hommes de Constantinople, les cafés avaient une grande importance –qu’ils ont en partie conservée aujourd’hui. Beaucoup d’entre eux s’étaient établis dans des endroits offrant une belle vue.

 

La seconde gravure, “Intérieur d’une partie du harem du Grand-Seigneur”, peut surprendre, voire faire douter de l’honnêteté de son auteur, puisque le harem est un endroit où nul homme autre que la très proche famille du sultan ou que les eunuques ne peut pénétrer. Mais, durant les dix-huit ans de son séjour à Constantinople, Melling a exercé les fonctions d’architecte et de paysagiste auprès du sultan Selim III et de sa sœur, et à ce titre il a pu avoir ses entrées pour raisons professionnelles dans des lieux où nul autre n’aurait eu accès. Dans ces conditions, il est évident que l’on n’a pas le droit de supposer que le dessin de cette gravure est sorti de l’imagination de Melling. Mais le 28 novembre 2012 nous avons passé une grande journée à visiter le palais de Topkapi, y compris le harem qui, évidemment, est désaffecté (voir mes deux articles à ce sujet), et je n’ai aucun souvenir de cette grande salle sur trois étages, avec ses galeries de bois tout autour. Quoique convaincu que je n’aurais pas pu l’oublier, je viens de revérifier toutes les 308 photos que j’avais faites ce jour-là, vérification qui confirme que je n’ai pas vu cette salle. A-t-elle été détruite? Est-elle fermée à la visite? Dans le dédale des bâtiments, des couloirs, des escaliers, l’ai-je manquée? Quel que soit le motif de cette lacune, je m’en console (un tout petit peu) en contemplant cette gravure…

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 23:55

Dans mon précédent article, au gré de balades dans Berlin, j’ai eu l’occasion de parler de deux périodes extrêmement douloureuses qu’a vécues l’Allemagne au cours du vingtième siècle, et Berlin en particulier en tant que capitale. Capitale détrônée au profit de Bonn sur le plan politique en Allemagne fédérale pendant les années de partition du pays. Ce sont l’époque nazie et son cortège d’atrocités, antisémites entre autres, puis l’époque communiste avec sa privation de liberté et sa pauvreté économique. Courageusement, le Berlin d’aujourd’hui refuse de fermer les yeux sur ce passé, eh bien oui, cela a été l’Allemagne, eh bien oui, une partie du peuple allemand y a pris une part active, mais non, l’âme allemande n’est pas là, on doit avoir l’honneur de battre sa coulpe, on doit être capable de se souvenir, de ne rien oublier, tout en sachant tourner la page.

 

J’ai dit “courageusement”. Car il en faut, du courage, pour regarder tout cela en face. Berlin le fait. Nous avons vu deux expositions de rue qui ont longuement retenu notre attention.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Cette exposition-ci montre, avec des photos commentées, des étapes du développement de la terreur nazie. Le 30 janvier 1933, Hitler est nommé chancelier. Un mois après, le 27 février, c’est l’incendie du Reichstag, le parlement allemand (la photo ci-dessus). Certains historiens pensent que des agents du nazisme ont pu allumer le feu, mais on trouve sur place un jeune Néerlandais communiste, Marinus van der Lubbe, qui semble déséquilibré et joue avec le feu, et c’est lui qui est inculpé, sans véritable preuve, à moins qu’il ait été poussé précisément par les agents de Hitler. Dès le 28 février, Hitler fait arrêter 4000 communistes allemands accusés de complot, mais aussi socio-démocrates, syndicalistes, etc., et Hindenburg signe le décret qui suspend les libertés fondamentales. Beaucoup d’autres opposants, partisans de la démocratie et de la liberté, s’exilent pour échapper aux purges. Et le jeune pyromane présumé sera exécuté.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Nouvelles élections au Reichstag le 5 mars 1933. Pressions, manipulations, fraudes en grand nombre. Et malgré tout cet appareil, la coalition nationaliste ne gagne la majorité que de très peu. Mais gagne la majorité. Le 21 mars, sur les habiles conseils de Goebbels, ministre de la propagande, Hitler célèbre dans l’église de Potsdam où est enterré Frédéric II l’intronisation du nouveau Reichstag. Ému, le maréchal Hindenburg serre la main de Hitler (photo ci-dessus). Le 23 mars le Reichstag vote lui-même sa propre incapacité à travers le “décret d’habilitation” décerné au chancelier. Désormais, tous les pouvoirs sont “officiellement” entre les mains du chancelier.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Le national-socialisme (nazisme) se fonde sur une idéologie raciste et antisémite. Le premier avril 1933 à partir de 10h, des SS et des SA en uniforme sont venus monter la garde devant les magasins tenus par des Juifs, devant les cabinets médicaux, les cabinets d’avocats juifs, brandissant des pancartes rédigées en allemand et en anglais qui appelaient au boycott de ces établissements. C’était la première des mesures prises à l’encontre des Juifs pour les pousser hors du pays. Évidemment, avec la guerre et l’occupation des pays où ils s’étaient réfugiés et où d’autres étaient installés depuis longtemps, ce n’était plus suffisant pour les Nazis et, en 1941, a commencé la déportation systématique suivie de l’extermination.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Cette photo est intitulée 5 avril 1933, Raid sur le Scheunenviertel. Tel est le nom du quartier proche de l’Alexanderplatz. Et ce jour-là, des SS, des SA, des membres de la police spécialisée “Wecke z. b. V.”, lancent une opération contre les Juifs d’Europe de l’Est, avec contrôles d’identité, fouilles au corps, perquisitions en règle. Et cela volontairement au grand jour, sous les yeux du public. Les photographes, les journalistes de la presse écrite, de la radio, étaient convoqués pour en assurer la publicité.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Dès janvier 1933, les SA (Troupes de Choc) comptent quatre cent vingt mille membres, qui se considèrent un peu comme une armée révolutionnaire. Déjà avant la prise du pouvoir par les Nazis, les SA assassinaient les opposants, mais désormais ils investissent dans les quartiers des maisons où ils torturent les détenus politiques. Le 21 mars, “jour de Potsdam”, ouvre à Oranienburg, en Prusse près de Berlin, le premier camp de concentration puis, très vite au cours du printemps d’autres camps ont également ouvert –dont Dachau, près de Munich–, pour y recevoir les communistes, les socio-démocrates, ainsi que les syndicalistes et, bien sûr, les Juifs.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Au cours du printemps et de l’été 1933, des milliers d’opposants politiques sont poursuivis, arrêtés, torturés, assassinés ou expulsés. Rien qu’en Prusse, pendant les mois de mars et d’avril, 450 personnes sont assassinées et vingt-cinq mille personnes sont arrêtées à titre conservatoire. Un exemple de la terreur qui s’instaure: en juin 1933, à Köpenick, lors du “week-end sanglant”, quatre-vingt-dix socio-démocrates et communistes sont passés par les armes. Le 14 juillet 1933 est promulguée la “Loi pour la protection de la santé héréditaire”, dont la conséquence est que depuis ce moment et jusqu’en 1945 les médecins ont rendu stériles au moins quatre cent mille personnes, évidemment contre leur gré.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013
Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013
Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Ailleurs, c’est une autre exposition de rue. Le thème est le même, mais pris sous un autre angle: “Diversité détruite, 1933-1938-1945”. On nous explique qu’à la fin des années 1920 Berlin était une gigantesque métropole de culture et de science, peuplée aussi bien de migrants que de Berlinois d’origine. Mais la terreur imposée lors de l’arrivée des Nazis au pouvoir en 1933, puis les pogroms de 1938 ont fait disparaître un nombre incalculable d’intellectuels, les uns fuyant cette ville et ce pays, les autres victimes des assassinats politiques ou racistes. Cette exposition est dédiée à leur mémoire.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Auprès des textes explicatifs, il y a quelques photos. Je n’en montrerai qu’une seule, significative de la mutilation de la diversité culturelle. Magnus Hirschfeld est un socialiste juif homosexuel, ce qui fait pour les Nazis trois motifs de haine à l’encontre d'un seul homme. Il anime en outre son Institut pour la recherche sexuelle. Le 6 mai 1933, des étudiants pillent la bibliothèque de cet institut: tel est le sujet de cette photo.

 

Le 7 avril 1933, un mois auparavant, la “Loi pour la restauration du service civil professionnel” ouvrait la porte à la révocation de bibliothécaires pour motif politique ou pour motif racial. Puis les bibliothèques étaient expurgées de tout ce qui n’était pas conforme à l’idéologie officielle du parti au pouvoir. Une liste noire de livres à proscrire a été établie, puis imposée à toutes les bibliothèques. C’est ainsi que s’est trouvé prohibé le livre des Aventures de Maya l’abeille, parce que dû à Waldemar Bonsels, qui était proscrit. Rien qu’à Berlin, ce sont environ dix mille livres de bibliothèque qui ont été confisqués et brûlés publiquement le 10 mai 1933, tandis que sur place Goebbels, le ministre de la propagande, prononçait un violent discours relayé en direct par la radio. Le même jour, d’autres autodafés de livres avaient lieu de la même manière dans d’autres villes universitaires d’Allemagne.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Outre ces informations générales sur le climat de l’époque à Berlin, l’exposition présente un très grand nombre de portraits de personnages qui ont dû s’exiler ou qui ont été tués. Comme le montre ma photo plus haut, sur deux très longues rangées des colonnes cylindriques portent chacune sur deux niveaux la représentation de plusieurs personnages. Dans le cadre de cet article je n’en retiendrai que cinq. Ci-dessus, c’est Simon Dubnow (1860-1941). Il est l’un des plus importants chercheurs sur l’histoire juive. Il vivait à Saint-Pétersbourg quand est advenue la Révolution d’Octobre avec les Bolchéviques. Cela l’a amené, dans les années 1920, à émigrer à Berlin. Avec l’arrivée des Nazis au pouvoir, il doit repartir, il retourne dans sa famille à Riga (Lettonie). Mais quand les troupes allemandes ont occupé la Lettonie, il a été victime de la liquidation du ghetto de Riga.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Arno Nadel (1878-1943) est un musicologue, un écrivain, un peintre. Depuis 1916, il était maître de la chorale de la synagogue orthodoxe de Kottbusser Ufer. Les pogroms de 1938 lui ont valu d’être emprisonné plusieurs semaines au camp de concentration de Sachsenhausen, ce qui l’a profondément traumatisé. Sa femme et lui ont ensuite été déportés à Auschwitz en mars 1943 et mis à mort dès leur arrivée.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

À présent, nous trouvons une danseuse en solo de l’opéra municipal de Berlin, Ruth Sorel-Abramowitsch (1907-1974), qui dansait ses propres compositions. Dès 1930, elle a été cataloguée comme une artiste subversive. On ne peut alors s’étonner que lors de l’arrivée des Nazis au pouvoir en 1933 elle soit renvoyée, son identité juive étant mise en avant pour justifier cette décision à son encontre. Elle fuit alors et se réfugie à Varsovie, où en interprétant sa création Salomé elle gagne un concours international de danse solo. En 1940, elle est contrainte de s’enfuir de Pologne, elle s’établit alors au Canada où elle crée son propre groupe de danse. On imagine la souffrance endurée lors de ces fuites successives, mais au moins a-t-elle eu la vie sauve. Et la diversité culturelle et artistique de Berlin a encore été perdante.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Tout le monde connaît À l’ouest rien de nouveau, d’Erich Maria Remarque (1898-1970), avec les idées pacifiques que véhicule ce roman publié en 1929, ainsi que son adaptation cinématographique de 1930. Mais ce pacifisme n’est pas du goût des Nazis, et le livre fait partie des œuvres sacrifiées dans le grand autodafé du 10 mai 1933. Sans attendre ce jour, Remarque a fui l’Allemagne et s’est réfugié en Suisse. Le pouvoir allemand l’a démis de sa citoyenneté.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Une figure remarquable, Regina Jonas (1902-1944). Orpheline de père à onze ans, elle est élevée par sa mère dans une grande pauvreté. Le rabbin d’une petite synagogue orthodoxe ayant décidé de la protéger, il finance ses études de sorte qu’elle obtient son Abitur et devient institutrice. Poursuivant ses études à l’Académie des sciences du judaïsme, elle écrit une thèse sur “Une femme peut-elle être rabbin selon les sources halakhiques?” à la suite de quoi elle souhaite être ordonnée Rabbin mais se heurte au refus de deux rabbins. Elle en trouve enfin un qui est convaincu par les conclusions de sa thèse. En 1935, à l’âge de 33 ans, elle est la toute première femme à être ordonnée rabbin. Plus tard, sa mère et elle seront envoyées au ghetto juif, puis déportées en 1942 à Theresienstadt, où elle continuera de pratiquer. Deux ans plus tard, en 1944, elle sera exécutée. Cette forte personnalité qui avait été en butte à l’antiféminisme de ses pairs et à la vindicte raciste de ses persécuteurs a été volontairement “oubliée” pendant de longues années. Sa personnalité et son parcours –que j’ignorais totalement– m’ont tellement impressionné que j’ai tenu à terminer par elle le présent article.

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 23:55
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Et nous voici à Berlin. Pour très peu de temps, hélas. Nous ne faisons que passer, nous ne disposons que de deux jours. Un petit tour en ville, deux musées (il y en a d’innombrables, tous plus passionnants les uns que les autres, mais il n’est pas question de les parcourir au pas de course, nous avons dû faire un choix –pour cette fois-ci), et des expositions de rue sur un passé douloureux. Pour le présent article, je me contenterai de la balade en ville. Et bien sûr, on ne peut manquer une photo de la porte de Brandebourg, cette construction qui voulait s’inspirer des Propylées de l’Acropole d’Athènes et a été inaugurée en 1791. Quand le pouvoir communiste de la DDR (en français la RDA) soumis à l’Union Soviétique a décidé, en 1961, de construire le mur séparant la ville en deux, la porte de Brandebourg était prise dans ce mur. Au sommet, nous voyons une Victoire ailée sur un quadrige; c’est en 1793 que Johan Schadow la réalise. Mais en 1806 Napoléon passe par là et l’emporte en France. Elle retrouvera sa place en 1815.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Comme l’île de la Cité ou l’île Saint-Louis sur la Seine, il y a à Berlin une île sur la Spree, et là sont concentrés la majorité des grands musées de la ville. Aussi l’appelle-t-on l’Île des Musées. Logique, non? La magnifique et imposante cathédrale de Berlin se situe justement sur l’Île des Musées. C’est la principale paroisse et collégiale évangélique de Berlin.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Puisque je parle de la Spree, c’est le moment de montrer le fleuve. Il s’y réalise actuellement des travaux hydrauliques que je ne comprends pas bien. Une partie de la largeur du fleuve est isolée (ma seconde photo), le niveau de l’eau, jaune et boueuse, y est plus élevé, et des pompes puissantes y fonctionnent (ma troisième photo).

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Il arrive de temps à autre que les villes placent des statues, généralement de bronze, dans des situations “vivantes” au lieu de les poser tout bêtement sur un socle dans un jardin public. Déjà, tout récemment (voir mon article précédent), nous en avons vu à Volendam, aux Pays-Bas. Ici, Wilfried Fitzenreiter, l’artiste, a intitulé son œuvre Trois filles et un garçon. À l’origine, ces quatre amis fort dévêtus décoraient une fontaine, et en 2007 ils sont venus ici sur le parapet du fleuve.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Cette autre sculpture est située sur un trottoir. Mais là il n’y a rien d’amusant, car elle évoque l’époque dramatique où l’antisémitisme était doctrine d’État. Je ne veux pas dire que l’antisémitisme individuel est anodin, mais au moins lorsqu’il s’exprime par des actes il est réprimé, tandis que lorsqu’il est promu par l’État, il ne connaît plus de limites, et ce sont ceux qui voudraient s’opposer à des exactions qui sont hors-la-loi. Le titre de ce monument est 1938-1945, trains pour la vie, trains pour la mort. Les trains pour la mort, les êtres humains entassés dans des wagons à bestiaux pour aller vers les camps d’extermination, hélas! On connaît cela. Mais on parle moins des trains pour la vie. L’année 1938 a été marquée par une série de mesures antisémites, au plan législatif, mais aussi physiquement. La nuit du 9 au 10 novembre 1938 a été marquée par un terrible pogrom. À cette nouvelle, et prévoyant le pire (déjà, les premiers camps de concentration avaient commencé à fonctionner, même s’ils n’étaient pas encore dédiés à la “solution finale”), le Parlement britannique a voté une résolution d’accueil d’enfants juifs originaires d’Allemagne, d’Autriche, de Tchécoslovaquie, de Danzig (actuelle Gdansk) et de la ville polonaise de Zbaszyn. C’est ainsi que le 30 novembre 1938 un premier convoi est parti de la gare de Friedrichstrasse, devant laquelle a été érigé ce monument commémoratif, emportant 190 enfants vers l’Angleterre, leurs familles restant sur place. La plupart de ces familles connaîtront la mort dans les camps nazis.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Au total, ce seront plus de dix mille enfants qui seront ainsi sauvés. La Gestapo surveillait l’acheminement jusqu’à la frontière néerlandaise. Arrivés au port de Hoek van Holland (près de Rotterdam), les enfants étaient embarqués sur des ferries vers Harwich en Grande-Bretagne. Pour beaucoup d’entre eux, c’est à Londres, gare de Liverpool, qu’ils rencontraient leur famille d’accueil. La photo ci-dessus, figurant sur l’affiche où tout cela est expliqué, représente l’arrivée en Angleterre d’un convoi en 1939. On voit comme ces enfants sont jeunes. À l’arrivée, les choses se sont passées parfois très bien, parfois très mal. Certaines familles ont accueilli le petit Juif comme l’un de leurs enfants et lui ont donné toute l’affection et l’éducation dont elles étaient capables. D’autres ont utilisé l’enfant comme un larbin, le faisant travailler dur aux tâches familiales. D’autres encore n’ont pas maltraité l’enfant, mais ne se sont guère occupées de lui, et ont totalement négligé son éducation. L’auteur de cette sculpture, Frank Meisler, natif de Gdansk, aujourd’hui citoyen israélien, a lui-même été sauvé grâce à ces transports d’enfants.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Évidemment, on ne peut qu’être révolté à l’idée que certains de ces enfants, qui déjà perdaient leur famille, aient pu être traités d’une façon indigne. Mais cette photo d’enfants qui n’avaient pas été évacués et qui sont rescapés des camps de la mort est ce qu’il y a de plus affreux. Kurt Gerstein témoigne: il a vu arriver 45 convois avec 6700 enfants, dont 1450 étaient morts pendant leur transfert.

 

En septembre 1941, le port de l’étoile jaune est imposé à tous les Juifs, la fréquentation des écoles, des cinémas, des théâtres, des restaurants, des salles et terrains de sports leur est interdite, et les déportations vers l’est commencent. Un comble, il faut payer pour le transport. Les associations juives doivent payer 4 pfennigs par kilomètre pour les adultes, et 2 pfennigs pour les enfants. À l’arrivée, ceux qui ont survécu au transport sont séparés, hommes, femmes, enfants, puis triés. Les personnes trop âgées, les malades, les infirmes et les bébés sont directement envoyés aux chambres à gaz. Les autres, mal nourris, sans soins, sans hygiène, sont employés à des travaux pénibles ou utilisés par les médecins du camp pour des expériences pseudo-scientifiques. Pour ne parler que des enfants, plus d’un million et demi d’enfants juifs européens ont ainsi été assassinés. Quant aux quelques rescapés, en voyant la photo ci-dessus on imagine le traumatisme physique et psychologique de leur vie par la suite.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Mais la fin du régime nazi n’a pas signifié la fin des souffrances de Berlin. Tandis que Berlin-ouest tentait difficilement de relever les ruines causées par les bombardements, Berlin-Est était soumis contre le gré d’une majorité de la population au régime imposé par Moscou, et le KGB russe avait un œil sur les citoyens soupçonnés d’être dissidents. C’est dans ces services secrets qu’officiait à l’époque le colonel Vladimir Poutine dont par la suite on a amplement entendu parler: fini l’incognito, fini l’espionnage, entrée dans la politique au grand jour… en sachant comment faire espionner et comment manœuvrer. En 1961, afin de renforcer le contrôle des passages entre l’est et l’ouest, la RDA construit un mur, le “mur de Berlin”, le “mur de la honte”. Munis d’un plan de la ville et de précieuses informations, nous sommes partis à la recherche des quelques fragments de mur qui ont été conservés au titre du souvenir.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

La tour depuis laquelle le contrôle était effectué a été conservée. En outre, un panneau explicatif (traduit en anglais, en français et en russe) avec photos informe sur les modalités du passage. Avec un laissez-passer ou avec un visa sur le passeport, les Berlinois de l’ouest peuvent se rendre à l’est. Plus tard, à partir de 1964, les Berlinois de l’est peuvent obtenir l’autorisation d’aller rendre visite à leur famille à l’ouest, à la condition qu’ils soient retraités. Pas question, en effet, que les actifs cherchent du travail à l’ouest et ne reviennent pas. Si l’on n’est pas retraité, on ne peut accéder à l’ouest que pour nécessité professionnelle avérée ou en cas de motif familial exceptionnel. C’est lors d’une conférence de presse que, le 9 novembre 1989 au soir, la levée des mesures de restriction de passage a été annoncée. Immédiatement, c’est la ruée vers le passage de Chausseestrasse. Mais à la frontière, les gardes n’ont pas été préparés, aucune consigne ne leur a été donnée, ils sont dépassés. La foule est pacifique mais veut passer puisque le droit lui en a été donné, aussi ils préfèrent ouvrir en grand la frontière.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Laissons là tous ces malheurs. Il est nécessaire d’en parler, de s’en souvenir, pour pouvoir dire “plus jamais ça”, mais il n’est pas nécessaire non plus de s’en repaître avec un plaisir sadique.

 

On sait que l’ours est le symbole de Berlin. Chacun sait aujourd’hui que l’étymologie qui ferait reposer le nom de la ville sur le mot qui désigne l’ours (Bär, prononcé Bèr) avec le suffixe diminutif –lein, est tout à fait fantaisiste, mais on ne va pas pour autant changer de symbole. Et aux cinéastes on continuera à y décerner l’Ours d’or. Les artistes ont été invités à peindre des ours grandeur nature à attribuer à chaque pays, voire à chaque région. Des reproductions en modèle réduit (22 centimètres) de ces ours peints sont en vente ici à 59,90€ chacun. Sur ma photo, on voit en haut, d’avant en arrière, un Catalan, puis la Barbade, puis Cuba (La Havane), et derrière arrive la France II. Ce chiffre II signifie donc qu’il y a plusieurs modèles français. Le dernier de la série n’a pas d’étiquette. Sur l’étagère du bas, ils sont tous berlinois.

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Au hasard de nos promenades, nous avons vu la représentation de quelques Berlinois célèbres. J’en ai photographié plusieurs mais je ne vais pas en accumuler ici les photos. J’ai sélectionné Max Planck (1858-1947), prix Nobel de physique en 1918 pour ses travaux sur la théorie des quanta. Je l’ai choisi en raison des énormes efforts que j’ai faits autrefois pour essayer de comprendre de quoi il s’agissait.

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Celui-là, c’est Mommsen (1817-1903). Ce grand historien, Nobel de littérature en 1902, a beaucoup travaillé et écrit sur Rome et l’histoire romaine. J’ai fréquenté ses œuvres (en traduction) pendant mes études, et cela justifie mon choix de sa statue.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Et puis je choisis Alexander Von Humboldt (1769-1859). Cet explorateur, grand géographe, naturaliste qui rapporte d’innombrables échantillons de ses expéditions, j’ai aussi une raison de l’avoir choisi. On a donné son nom à un courant marin que je connais bien. Le courant de Humboldt a son origine dans les glaces de l’Antarctique, il vient lécher les côtes du Chili et continue vers le Pérou. Ma famille et mes amis savent que j’ai vécu quelques années au Chili, à Concepción. La ville est à 36°46’ de latitude sud soit, reporté à l’hémisphère nord, tout au sud de l’Espagne, quelque part entre Séville et Cadix. Si l’on imagine que les bains de mer dans le Pacifique sud doivent être chauds, on se trompe, la mer sur les plages proches de Concepción est à 13° en été… Que l’on ne me dise pas que la Manche est froide dans les Côtes d’Armor! Ces souvenirs personnels justifient bien que Humboldt ait sa place dans ma sélection de statues.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Un musée pendant des heures, la cathédrale, les berges de la Spree, les restes du mur, la collection de statues au fil de la balade… Si vous êtes fatigués de me suivre, faites comme cette jeune fille que j’ai surprise sur un banc. Les jambes surélevées, c’est excellent pour la circulation du sang. Prêts? Alors nous repartons. Il ne reste plus que quelques statues à voir. Dans cette dernière série, ce ne sont plus de grands hommes.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

J’ai été frappé par cette entrée baroque surmontée d’un caducée, et avec un autre caducée sur le balcon, mais surtout encadrée de ces deux grandes sculptures. Bêtement, je n’ai pas regardé à quoi était dédié ce bâtiment, et ma photo est cadrée trop haut pour que je voie une plaque.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Dans le jardin des musées se trouve le reste de ma collection de sculptures. À commencer par celle-ci, un peu bizarre avouons-le!

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Celle-ci est de facture plus traditionnelle. Il s’agit d’une œuvre signée M. Klein et qui représente Hercule et le lion de Némée. Le héros est en train d’étouffer le fauve, puisque rien ne peut entamer sa peau. On voit le lion, la gueule ouverte, en train de suffoquer. Toute la musculature d’Hercule est bandée dans l’effort.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Cette Diane sculptée par R. Felderhoff est à l’opposé du corps de culturiste d’Hercule. Elle est toute en grâce et en élégance. Ses formes, comme sa gestuelle, sont pleines de charme.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

En essayant d’effectuer un choix le plus varié possible, j’ai sélectionné, pour finir, cette œuvre de A. Brütt intitulée Sauvée (Gerettet, en allemand. Je ne parle pas cette langue, merci Google traduction). Certes ce n’est pas à proprement parler “joli”, mais j’aime bien l’opposition entre le secouriste peu élégant dans sa présentation, dans son physique, et la fine silhouette de la jeune femme. Et pourtant, c’est lui qui l’a sauvée, c’est elle qui est en mauvaise posture.

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 23:55

Hier au soir, nous avons quitté le Cateau-Cambrésis et sommes allés poser notre maison sur roulettes pour la nuit sur un parking d’autoroute belge, et nous avons traversé toute la Belgique sans nous arrêter, pas plus qu’aux Pays-Bas jusqu’à Volendam.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Volendam, c’est une petite ville sur l’IJsselmeer, au nord-est d’Amsterdam, dont autrefois, il y a bien longtemps, j’avais appris l’existence en lisant La Chute, d’Albert Camus. Dans mon édition, une note disait, en substance (car je ne me rappelle pas les termes exacts) que cette ville était le prototype du pittoresque frelaté. La première fois que j’y suis allé voir, il y a quarante-huit ans de cela (hé oui, déjà…), il y avait encore quelques-uns de ces bateaux traditionnels aux voiles brunes. Aujourd’hui, plus un seul. Mais nous sommes bien en Hollande, il y a des canaux!

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013
En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Certes, la ville est mangée par le tourisme, les bars, les restaurants, les fast-food, les boutiques de souvenirs, et les rues sont encombrées non pas de pêcheurs locaux mais de passants en tenues de vacanciers, mais qu’importe, elle ne manque pas de charme. Et pour la photo, j’ai essayé de ne pas y mettre trop de touristes…

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Sympathique, avec un brin d’humour: des sculptures en bronze ici ou là remplacent les Hollandais authentiques s’ils viennent à faire défaut. En particulier, ce pêcheur assis sur un banc, d’autant plus amusant qu’une dame était assise auprès de lui. Mais son droit à l’image m’empêche de publier cette personne.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Les Pays-Bas, qu’est-ce que cela évoque spontanément? Des tas de choses: par exemple Guillaume d’Orange, ou Louis XIV et le traité de Breda, ou encore la patrie de Spinoza et de Rembrandt. Ou peut-être les tulipes; ou plus prosaïquement les fromages, le Gouda, l’Edam… Les commerçants locaux savent bien l’image que les touristes ont de ce pays, on ne parle pas de Spinoza mais de fromages. Les fromageries offrent la visite de leurs petits musées. Dans celle-ci, les murs sont décorés de ces carrelages en faïence de Delft représentant leur activité dans les siècles passés.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013
En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

On commence (et finit), bien sûr, par la boutique, où l’on peut acheter la production locale plus ou moins artisanale. Mais on peut aussi passer à la partie explicative de la fabrication.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

À l’aide de dessins clairs et de textes en diverses langues, dont le français (aux Pays-Bas, et depuis longtemps, l’anglais est obligatoire pour tous dès l’école primaire, puis à l’âge du collège secondaire on étudie obligatoirement, en outre, soit l’allemand, soit le français), les étapes de la fabrication du fromage sont expliquées. Ici, je ne donne que le titre de chaque opération: n°1 présure et ferments lactiques, n°2 le caillé est brisé en petits grains, n°3 caillé trempé dans le petit-lait puis mis en moule, n°4 le bain de saumure, n°5 la maturation et l’affinage, n°6 le “coating”.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013
En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Les accessoires et le matériel sont également montrés au public pour compléter les explications détaillées. En fait, c’est une petite visite intéressante et instructive. Notamment en ce qui concerne le “coating” en plastique, certains de nos fromages français sont enveloppés dans une feuille d’aluminium durant l’affinage, les pâtes molles se contentent de papier étanche et d’une boîte en bois.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Et l’humour n’est pas absent, les onomatopées des cris d’animaux étant utilisées pour identifier leurs auteurs plutôt qu’une traduction multi-langue. Le seul problème (tant pis si je suis un radoteur briseur d’humour et figeur de sourires), c’est que les animaux ne parlent pas la même langue dans tous les pays:

– Une vache française fait MEUH, mais elle fait MOU en anglais (écrit MOO) et en espagnol (écrit MU)

– La chèvre fait BÊÊÊ en français et en espagnol (écrit BEEE), mais NAAA en anglais

– Le moineau français fait CUI-CUI, l’anglais fait CHEEP-CHEEP, l’espagnol fait PIO-PIO

– Le coq français chante COCORICO, l’anglais COCKADOODLEDOO et l’espagnol QUIQUIRIQUI

– En français un canard fait COIN-COIN, mais QUACK-QUACK en anglais, CUA-CUA en espagnol

– Le chien français aboie OUAH-OUAH, en anglais c’est BOW-WOW, en espagnol GUA-GUA, en russe ГАВ-ГАВ (prononcer GAF-GAF)

– la langue des ânes est plus internationale, HI-HAN en français, HEE-HAW en anglais, IHA en espagnol, И-А, И-А en russe (prononcer I-A, I-A). Là, il n’y a qu’une nuance dans l’accent, ils se comprennent. Le bonnet d’âne pour ceux qui n’apprennent pas à l’école, alors que l’âne a inventé un langage international? À moins que ce ne soit au contraire pour son incapacité à étudier les langues étrangères?

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013
En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

La côte néerlandaise était creusée d’un très vaste golfe, le Zuiderzee (ce qui signifie “la Mer du Sud”). Aujourd’hui, et depuis près d’un siècle, une immense digue de trente kilomètres de long ferme ce golfe. Ce n’est plus une mer, c’est un lac d’eau douce, l’Ijsselmeer (ce qui signifie “le Lac de l’Ijssel”). En outre, une fois cet espace isolé de la mer, une bonne partie en a été asséchée, puis le sol en a été désalinisé afin de dégager de nouvelles terres, les polders. Cette création de polders ne date pas du vingtième siècle, les Pays-Bas ont commencé à gagner des terres sur la mer il y a bien longtemps, à tel point qu’aujourd’hui près de quinze pour cent de la superficie du pays est constituée de polders (six mille cinq cents kilomètres carrés). La digue, on l’appelle en français la Grande Digue du Nord, mais pour les Néerlandais c’est l’Afsluitdijk, c’est-à-dire “la Digue de Fermeture”. J’avais aussi traversé cette digue lors de ma première visite à Volendam, et dans mon souvenir des myriades de mouettes la survolaient. Aujourd’hui, pas un seul oiseau. Est-ce alors ma mémoire qui me trompe, après presque un demi-siècle, ou le hasard fait-il que ce jour-là précisément des bancs de poissons avaient attiré les oiseaux, je ne saurais le dire.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Ce monsieur en manteau (il ne fait pas toujours beau et chaud dans ce pays) est Cornelis Lely. C’est lui l’auteur d’un projet de digue ici. En 1916, de dramatiques inondations font s’intéresser de très près à ce projet, qui est approuvé et voté par le Parlement en 1918. Les travaux commencent en 1927 et durent jusqu’à 1933. Aujourd’hui, sur cette digue de 90 mètres de large, court une autoroute, mais un parking permet de s’arrêter pour prendre quelques photos.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

De l’autre côté de l’Afsluitdijk, c’est la Frise (Friesland). Nous avions plusieurs raisons de choisir cet itinéraire qui n’est pas le plus court vers la Biélorussie, Volendam, la Grande Digue, les paysages frisons, mais l’une des moindres n’était pas de voir, dans les prés de leur paysage naturel, des chevaux frisons, avec leur forte ossature, leur robe bai brun, leur longue queue, leur crinière fournie. Déception! Je ne suis pas un spécialiste, loin de là, mais nous avons eu beau parcourir nombre de petites routes de Frise, nous n’en avons pas vu un seul. Les chevaux de ma photo sont de magnifiques animaux, aux douaniers ils tendent peut-être au bout de leurs sabots un passeport de Frise, mais ils ne sont pas de race frisonne. Du moins je ne le crois pas. Autant que je sache, le cheval frison n’a jamais été croisé de pur-sang anglais, il est le produit de sélection et d’amélioration de sa propre race, ce qui lui donne des caractéristiques très marquées.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

L’architecture des villes est souvent influencée par des modes, soit nationales (dans tous les Pays-Bas on voit des immeubles qui se ressemblent), soit internationales (le baroque, par exemple), mais les fermes sont généralement typiques, non pas d’un pays, mais de chaque région du pays, même si, comme ici, la superficie du pays n’est pas immense (33751 kilomètres carrés pour la métropole, à comparer avec la France métropolitaine, 551500 kilomètres carrés, soit une différence de 1 à plus de seize) pour une population de seize millions trois cent soixante mille habitants, soit même pas quatre fois moins qu’en France, d’où une densité d’occupation des sols d’autant plus élevée. Nous aimons tout particulièrement l’aspect du pays, ordonné, propre, “léché”.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013
En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013
En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Les villages sont ravissants, avec leurs maisons de poupées rangées le long des canaux. Aux Pays-Bas, on ne se cache pas, les jardins sont rarement clos, les grandes baies dépourvues de volets et même souvent de rideaux laissent voir, le soir avec la lumière, des intérieurs chaleureux, avec cuivres et plantes sur les appuis de fenêtres. Ci-dessus, ma deuxième et ma troisième photos représentent la même rue, d’abord pour en montrer les maisons, ensuite depuis le pont, avec les fleurs en premier plan, parce que c’est ainsi que l’on perçoit ce sympathique village quand on l’aborde.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

La Frise, sa riante campagne, ses jolis villages ne sont pas peuplés que de chevaux. Je pourrais bien frapper à une porte et demander à la personne qui m’ouvre l’autorisation de la photographier, afin de ne pas violer son droit à l’image en publiant la photo, mais d’une part comment être sûr qu’il s’agit de Frisons “de souche” ou, comme les chevaux de tout à l’heure, de personnes d’une autre région, voire d’un autre pays? D’autre part… je n’ose pas trop! Alors je représente ici les Frisons sur un tableau de Herman Mijnerts Doncker (1620-1656), un peintre de l’école hollandaise. Il a intitulé sa toile Une famille frisonne dans un paysage. Ce tableau, je l’avais photographié en novembre 2012 au musée de Pera à Istanbul.

 

Et voilà, nous ne visiterons pas davantage les Pays-Bas pour cette fois-ci. Nous reprendrons l’autoroute et franchirons sans les voir Leeuwarden, Groningen, puis la frontière allemande. Nous continuerons sans regarder Oldenburg ni Brême, et passerons la nuit sur un parking d’autoroute allemande. Et demain nous nous installerons sur le camping de Berlin. Berlin, qui fera l’objet de six articles de mon blog.

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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 23:55

Nous voilà partis de Paris, direction Grodno, en Biélorussie, pour aller voir le père de Natacha. Cette année, nous y allons en camping-car et, à la différence de ce que nous faisions quand nous allions le voir en voiture, nous prenons le chemin des écoliers. Nous passerons par la Belgique et les Pays-Bas, tout là-haut au-delà de la Grande Digue du Nord.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Nous passons par la petite ville de Caudry qui possède un musée des dentelles et broderies. Il serait certes intéressant de le visiter, mais nous ne pouvons quand même pas nous arrêter à chaque musée sur notre route. Au rond-point, une excellente idée: le panneau nous informe que cette machine est un “métier à fabriquer de la dentelle Leavers, fabriqué en France en 1891 par les frères Quillet”. À défaut de visiter le musée, il n’est pas possible de faire moins que de contourner le rond-point, de s’arrêter un peu plus loin et de revenir à pied faire quelques photos.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

En fait, si nous avons quitté la grand-route et sommes passés par Caudry, c’est parce que nous comptions nous rendre au Cateau-Cambrésis, la ville de Matisse, un peintre dont je raffole. “Révéler un peu de la fraîche beauté du monde”, est-il dit sur cette affiche, citant un extrait d’un message adressé par Matisse en novembre 1952 à sa ville natale. Nous arrivons devant le musée à 18h, et nous savons fort bien qu’il est trop tard pour le visiter, mais nous prenons nos repères pour ne pas le manquer lors de notre voyage de retour.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Une remarque qui n’a rien à voir avec Matisse, mais que je tiens à faire ici. La ville du Cateau-Cambrésis est accueillante aux camping-caristes, et c’est à noter parce que trop de Municipalités leur affichent des interdictions. Ici, juste à la sortie de la ville, c’est-à-dire tout près du centre parce que la ville n’est pas énorme, il y a un parking réservé, gratuit, avec possibilité de prendre de l’eau et de se connecter à l’électricité. Ce soir, nous allons parcourir quelques kilomètres vers la Belgique après avoir toutefois fait un petit tour dans cette ville sympathique, nous être arrêtés dans un bar, mais puisque le Cateau-Cambrésis est accueillant, à notre retour nous y passerons la nuit pour être à pied d’œuvre le lendemain. Merci au Cateau-Cambrésis.

 

Après les batailles de Mons et de Charleroi, les troupes franco-britanniques font retraite en août 1914. Le 26 août a lieu la bataille du Cateau où les Britanniques parviennent pendant douze heures à retarder l’avancée de l’armée allemande, au prix de 7812 tués, blessés ou prisonniers, sur les quarante mille hommes ayant pris part aux combats.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Notre balade en ville nous a permis, sur la grand-place près de l’hôtel de ville, de voir cette statue du maréchal Mortier. En ce qui me concerne, je découvre aujourd’hui qu’il était natif du Cateau. Le texte gravé sur le socle dit “Au maréchal Mortier, duc de Trévise, né au Cateau-Cambrésis en 1768, mort assassiné à Paris à côté du roi le 28 juillet 1835. Le roi, les princes, les ministres, les maréchaux, ses concitoyens lui ont élevé ce monument”.

 

Adolphe Édouard Mortier commence sa carrière militaire en 1791 comme sous-lieutenant. Sa valeur militaire et son courage lui valent de gravir rapidement les échelons de la carrière, si bien que dès 1799 il est général de brigade, dix jours après son trente-et-unième anniversaire. En 1804 il reçoit la dignité de Maréchal d’Empire, en 1805 il est décoré du Grand aigle de la Légion d’Honneur, en 1808 il est fait duc de Trévise. Lors de la Retraite de Russie et de la catastrophe de la Bérézina, c’est lui qui, avec le maréchal Ney, parvient à sauver ce qui reste de la Grande Armée. Après avoir servi l’empereur avec la plus grande loyauté et la plus grande vaillance, il entre au service de Louis XVIII et réussit à le sauver d’une insurrection de l’armée. Cela ne l’empêche pas de revenir à Napoléon durant les Cent Jours. Du coup, à la seconde restauration, il n’est plus en odeur de sainteté, il est éliminé de la Chambre des Pairs. Alors il se fait élire député dans le Nord en 1816. Mais en 1819 on le réintroduit dans la Chambre des Pairs. Après la révolution de 1830, il est fait Grand Chancelier de la Légion d’Honneur, puis nommé ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg. Et, en 1834, le voilà bien malgré lui ministre de la guerre et président du conseil, mais il présente sa démission dès le début de 1835. Enfin c’est l’événement du 28 juillet 1835, et l’attentat perpétré par Fieschi contre le roi Louis-Philippe. Le roi allait passer en revue la garde nationale, et en tant que Grand Officier de la Légion d’Honneur il était à ses côtés. Il faisait chaud, il se sentait mal, mais il refusa d’aller se reposer, et c’est alors que la machine infernale de Fieschi, placée face au 50 boulevard du Temple, explose. Le roi n’a qu’une petite estafilade, mais au total dix-huit personnes en mourront, sur le coup ou peu après. Mortier est l’une des victimes.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

À l’origine, au onzième siècle, il y a là une abbaye. Les travaux ont débuté en 1021, l’abbaye Saint-André est consacrée le 22 septembre 1025, et cet événement est célébré chaque année jusqu’à nos jours avec la ducasse et la foire Saint-Matthieu. Plusieurs fois, l’abbaye a été détruite et reconstruite, mais à la Révolution, de tous les bâtiments, cloître, jardins, etc., il ne reste que l’église et la brasserie. Après la Révolution, l’abbatiale devient église paroissiale sous le patronage de saint Martin.

 

La façade, ainsi que la nef de cette église Saint-Martin, édifiées en 1634-1635, ont pour architecte un jésuite, Jean du Blocq. Le baroque est né en Italie, et ce sont les Jésuites qui l’ont importé dans la région, notamment avec cette église. La base est en grès, tout le reste est en pierre calcaire. Sur ma photo originale grossie au maximum à l’écran, mais évidemment invisible sur cette photo réduite puis sauvegardée en basse résolution, on peut lire “1635” sous l’ovale du fronton qui porte le monogramme du Christ. Mais surviennent les guerres avec l’Espagne, et les travaux sont interrompus, on en reste à la façade et à la nef, ils ne reprendront qu’en 1680. La tour carrée du clocher, quant à elle, qui s’appuie sur le bras gauche du transept, est bâtie à partir de 1682. Le bulbe de sa flèche est typique, paraît-il, de l’art du Hainaut franco-belge. Plus haut, j’ai montré une photo de la grand-rue, avec l’hôtel de ville à gauche et le clocher de l’église au fond de la photo, et sur cette image on peut distinguer à mi-hauteur une petite fenêtre (il y en a une sur chaque côté) qui, en temps de guerre, permettait à un guetteur de surveiller les environs. Lors de la Première Guerre Mondiale, les quatre cloches ont été détruites. Le 26 août 1934, jour du vingtième anniversaire de la bataille du Cateau, l’archevêque de Cambrai bénit les quatre nouvelles cloches.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Les sculptures de la façade elle-même datent de sa construction, mais les statues qui l’ornent sont postérieures. Au-dessus du portail, c’est cette Vierge à l’Enfant.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Les travaux, donc, ont repris à la fin du dix-septième siècle, en 1680. On va achever les voûtes de la nef en plein cintre, en style roman, puis on monte les bas-côtés avec une voûte sur croisée d’ogives, en style gothique. Quant au transept et au chœur, ce n’est qu’au début du dix-huitième siècle qu’on va les achever, à l’époque où l’évêque de Cambrai n’est autre que le grand Fénelon (qui a occupé ce siège épiscopal de 1695 à sa mort en 1715). Mais quoique les travaux se soient étalés sur soixante-dix ou quatre-vingts ans, l’unité de l’ensemble n’en a nullement souffert, car les architectes successifs ont scrupuleusement suivi les plans initiaux de Jean du Blocq. Au total, la nef mesure 30 mètres de long, suit le transept de 8 mètres de large, et le chœur de 30 mètres lui aussi, ce qui donne à l’église une longueur totale de 68 mètres. Les voûtes, elles, montent à seize mètres.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Au début du dix-huitième siècle, c’était encore ici l’abbatiale de l’abbaye Saint-André. C’est donc pour l’abbaye bénédictine que les orgues ont été installées à cette époque (1719-1721). Il y a deux buffets d’orgues, totalisant 1344 tuyaux d’étain. Il y a vingt-et-un jeux, deux claviers de cinquante-six notes chacun, un pédalier de trente notes. Tout cela a été restauré après la Première Guerre Mondiale, mais en 1954 la dégradation est telle que les orgues sont devenues muettes. En 1974 a lieu une grande remise en état, et actuellement il peut y avoir des concerts d’orgue dans l’église, et une classe d’orgue a été créée.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Sur ma photo de la nef, on peut remarquer, sur le dernier pilier avant le chœur, une petite tache dorée. Il s’agit de cette belle statue de Vierge à l’Enfant.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Nous sommes dans la sacristie. Elle a été modifiée lors de la construction de l’église au dix-septième siècle, mais elle appartenait à une église antérieure et avait été construite en gothique rayonnant. Le plafond comporte toujours ses nervures décorées de guirlandes de fleurs, mais les pendeloques d’origine ont été brisées et ont disparu.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

La sacristie a conservé ses deux vitraux en grisaille. Celui que je montre ici porte les deux lettres grecques α (alpha) et ω (oméga), la première et la dernière lettres de l’alphabet, qui veulent dire que Dieu est le début et la fin de tout, de part et d’autre du chrisme, à savoir les lettres grecques entrelacées X (=ch, appelé chi) et P (=r, appelé rho), soit CHR, le début du nom du Christ.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

À la sortie de la sacristie, on remarque ce petit vitrail ovale avec les armes de la ville, qui surmonte une amusante sculpture de monstre. Il est dit que cette fenêtre faisait autrefois communiquer l’église avec l’abbaye. Je ne sais pas ce que cela veut dire, “communiquer”: seulement qu’il était tourné vers les bâtiments de l’abbaye? Ou qu’il remplace une porte qui a été murée? Quoi qu’il en soit, vitrail et sculpture valent le coup d’œil.

 

Et voilà. Si tout se passe bien et si nous pouvons respecter nos plans, dans moins d’un mois nous serons de retour ici pour visiter le musée Matisse. Pour l’instant, nous allons mettre le cap sur la Belgique pour la nuit et demain sur les Pays-Bas: Volendam, la Grande Digue du Nord, la Frise. Ce sera l’objet de mon prochain article.

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 23:55

Ma visite au Louvre aujourd’hui était axée sur les antiquités. Mais il y a dans ce musée tant de merveilleux tableaux, et pas seulement la Joconde, qu’il est difficile de ne pas aller y voir ou revoir des toiles de maîtres. J’ai commencé dans une salle de la fin du dix-huitième siècle et les œuvres que j’ai vues s’étalent sur à peine plus d’un demi-siècle. Quand je suis allé voir une autre salle, la gardienne m’a très courtoisement signalé que dans cette section la photo était malheureusement interdite. Alors tant pis, je suis retourné vers mes chères antiquités. Le présent article sera donc limité à un tout petit nombre de peintres, exclusivement français, sur une période de temps très restreinte.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Le 14 novembre 1793, le peintre David remet à la Convention son tableau représentant Marat dans sa baignoire, assassiné par Charlotte Corday. Ce tableau se trouve au musée des Beaux-Arts de Bruxelles, mais le Louvre possède cette réplique réalisée par l’atelier du maître, sobrement intitulée Marat assassiné.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Un tableau de Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) réalisé pour le salon de 1765. Il représente Claude-Henri Watelet. Cet homme, un amateur éclairé, a publié en 1760 L’Art de peindre. Greuze le représente devant une statuette, réplique de la Vénus Médicis. Il a dans la main droite un compas et devant lui un cahier ouvert à une page blanche. Il va donc mesurer les proportions de la statuette pour la reproduite sur le papier.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et l’on peut supposer que le tableau de Greuze a été peint au moment où Watelet prépare une gravure pour illustrer son livre car, effectivement, cette statue y est représentée. Il suffit de se connecter sur Gallica, le site de la BNF, de télécharger L’Art de Peindre de Watelet, et en page 98 du document PDF on trouve en effet cette figure “représentant la statue antique de Vénus de Médicis, avec l’échelle des proportions”.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Deux tableaux d’Élisabeth Vigée-Le Brun (1765-1842). Celui-ci date de 1786 et représente Madame Molé-Reymond, une actrice de la Comédie Italienne. Élisabeth Vigée-Le Brun était réputée pour son habileté à représenter les matières, comme la fourrure de ce manchon ou les tissus de cette robe et de ce chapeau. En 1779, elle est devenue le peintre de la reine Marie-Antoinette.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Peintre de la reine… une situation inconfortable quand éclate la Révolution dix ans plus tard. Elle s’exile alors en divers endroits d’Europe avant de se fixer en Russie, à Saint-Pétersbourg, de 1795 à 1801. C’est là qu’elle va peindre, en 1796, ce portrait de La Comtesse Skavronskaia, une dame d’honneur de la tsarine Catherine II. Skavronskaia, ce nom me dit quelque chose: c’était, au tout début de ce dix-huitième siècle, le nom de cette modeste servante devenue la maîtresse puis la femme du tsar Pierre le Grand, l’impératrice Catherine I. Mais j’ignore quel peut être le lien de parenté entre cette jolie comtesse du tableau et l’ancienne impératrice. J’ignore d’ailleurs de quelle façon elle est la nièce de Potemkine, grand homme d’État russe, homme de confiance et amant de Catherine II qui, lorsque la tsarine se limitera avec lui à des relations amicales et professionnelles en prenant d’autres amants, fera de sa nièce Skavronskaia sa maîtresse. Alors cessons de regarder dans les alcôves et sur les arbres généalogiques, et contentons-nous de contempler cette toile.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Dans un livre de Charles Paul Landon, Annales du musée et de l’école moderne des beaux-arts, tome VI, Paris, an XII-1804, je lis (page 15): “ Vers la fin du dix-septième siècle, un lion, échappé de la ménagerie du grand-duc, parcourait les rues de Florence, et portait partout la terreur. Une femme, qui fuyait en tenant son enfant dans ses bras, le laissa tomber, et le lion s'en saisit. Éperdue, elle se jette à genoux devant le terrible animal, et lui demande, avec toute l'expression d'une mère au désespoir, la vie de son enfant. Le lion s'arrête, la regarde fixement, remet l'enfant à terre, sans lui avoir fait aucun mal, et s'éloigne. Tel est le trait pathétique dont M. Monsiau a enrichi le répertoire des artistes. Son tableau, exposé au salon de l'an 9, attira particulièrement l'attention du public, tant par le choix du sujet que par le talent et le soin avec lesquels il était exécuté”. Nicolas-André Monsiau (1754-1837) a peint Le Lion de Florence pour le salon de 1801 où il était exposé avec le titre –ou plutôt le commentaire– suivant: “Trait sublime de la maternité au siècle dernier”.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Jean-Auguste Ingres (1780-1867) a peint La Baigneuse en 1808, alors qu’il était pensionnaire de l’Académie de France à la Villa Médicis à Rome. Cette toile, envoyée à Paris pour justifier de ses travaux à l’Académie de France, est la première de la longue série de celles qui représentent des nus féminins, l’une des spécialités de l’artiste. Pour distinguer cette œuvre d’autres du même artiste sur le même sujet, on la nomme d’après l’un de ses anciens propriétaires La Baigneuse Valpinçon.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cinquante-quatre ans plus tard, en 1862, on retrouve cette même baigneuse de dos, dans la même position, dans ce tableau d’Ingres intitulé Le Bain turc. Un autre thème de recherches d’Ingres, bien en accord avec les tendances de l’époque, a été l’exotisme ottoman. Ce tableau marque l’aboutissement de ses recherches sur ces deux thèmes.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Le Château saint-Ange et le Tibre, Rome. C’est ainsi que Camille Corot (1796-1875) intitule cette toile de 1826-1828. Outre la beauté formelle, la composition, les couleurs, je trouve remarquable la façon dont Corot a rendu l’atmosphère de la ville.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Venons-en à Eugène Delacroix (1798-1863), un grand orientaliste. La Grèce, le Maghreb l’ont particulièrement inspiré. Les tableaux ci-dessus, Deux études de costumes souliotes et Deux guerriers grecs dansant, peints vers 1824-1825, n’ont semble-t-il pas été réalisés en présence de vrais Grecs de Souli dans les vêtements de leur quotidien. Toutefois il s’agit d’authentiques vêtements grecs tirés de la collection parisienne d’un peintre ami de Géricault, voyageur (Grèce, Égypte, Maroc) et collectionneur d’objets orientaux, nommé Jules-Robert Auguste (1789-1850).

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

C’est le même Eugène Delacroix qui a peint cette Noce juive dans le Maroc, probablement en 1839. Car Delacroix ne s’est pas contenté de travailler à Paris sur les collections orientales de son confrère Auguste, il a voyagé lui aussi. En 1832 il est au Maroc et, dans son Journal, il décrit en détails une noce juive à laquelle il assiste à Tanger le 21 février. Décor, objets, personnages, postures, tout. Ce n’est pas un simple récit pour garder un souvenir de l’événement, c’est une description minutieuse de peintre qui a l’intention de reproduire chaque détail. Ci-dessus un extrait de son Journal, tome I (années 1823-1850), qui se trouve aussi sur Gallica. En outre, Paul Flat, qui publie ce Journal en 1893, ajoute en note l’explicatif fourni par Delacroix au livret du Salon de 1841: “Les Maures et les Juifs sont confondus. La mariée est enfermée dans les appartements intérieurs, tandis qu'on se réjouit dans le reste de la maison. Des Maures de distinction donnent de l'argent pour des musiciens qui jouent de leurs instruments et chantent sans discontinuer le jour et la nuit; les femmes sont les seules qui prennent part à la danse, ce qu'elles font tour à tour, et aux applaudissements de l'assemblée”.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Encore un Delacroix, ce Turc fumant, assis sur un divan, qui doit dater de 1825. À l’époque, le peintre n’a pas encore effectué son voyage en Orient, mais il se passionne déjà pour les Orientaux, leurs costumes et leurs mœurs.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Laissons là Delacroix, pour en venir à Théodore Chassériau (1819-1856). Son Andromède attachée au rocher par les Néréides est de 1840. Céphée et Cassiopée sont le roi et la reine d’Éthiopie, et Andromède est leur fille. Vaniteuse, Cassiopée prétend être plus belle que toutes les Néréides, cela rend furieuses ces déesses marines qui demandent vengeance au dieu qui règne sur les mers, Poséidon. Comprenant la blessure de leur amour-propre, Poséidon accède à leur souhait en envoyant un terrible monstre marin ravager l’Éthiopie. Céphée, roi d’un pays d’Afrique, ne s’est pas rendu à Delphes pour consulter Apollon, mais il a interrogé Ammon, qui lui a fait savoir que pour libérer son pays du monstre il lui fallait sacrifier sa fille. Il hésitait, mais les Éthiopiens l’ont forcé à offrir Andromède en victime expiatoire, et il s’est résolu à la livrer aux Néréides. Sur le tableau de Chassériau, on voit les Néréides, très placides et indifférentes au mal qu’elles font à une innocente (c’est sa mère Cassiopée qui est coupable), attacher Andromède au rocher. Déjà le monstre guette sa proie, on l’aperçoit sur la gauche du tableau. Andromède, elle, est effrayée à l’idée de l’atroce mort qui l’attend, déchirée, dévorée par le monstre.

 

À ces terribles événements s’arrête ce qui est raconté par la peinture, mais que les âmes sensibles et compatissantes se rassurent. Zorro est arrivé. Non, pas Zorro, mais Persée, celui qui a réussi à tuer la Gorgone. C’est justement au retour de cette expédition et de cet exploit qu’il est passé par l’Éthiopie, qu’il a vu Andromède et qu’il en est tombé éperdument amoureux. Aussi, apprenant qu’elle va être sacrifiée, il propose un marché à Céphée: s’il le débarrasse du monstre et sauve Andromède, Céphée lui accorde la main de sa fille. Que les féministes ne protestent pas en disant qu’il faudrait aussi demander à Andromède si elle est d’accord, car entre le beau Persée et l’affreux monstre son choix ne fait aucun doute. Céphée a déjà fiancé Phinée, son frère, à Andromède, mais qu’importe, l’oncle n’épousera pas sa nièce si Persée parvient à la sauver. Et Persée tue le monstre, détache Andromède du rocher et l’épouse. Phinée, frustré, jaloux, complote contre Persée, mais Persée est le plus malin (bien sûr, c’est un héros), découvre le complot, tourne vers ses ennemis la tête tranchée de la Gorgone, et cela ne manque pas, le regard de la Gorgone les transforme en pierre. Il part alors avec la belle Andromède et ils s’établissent à Tirynthe. Comme tout conte de fées, cela s’achève par “ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants”. En fait sept enfants dont le second sera le père d’Amphitryon, lequel Amphitryon est le père putatif d’Héraklès; en fait, Zeus a par ruse remplacé Amphitryon dans son lit, en prenant son apparence. Mais quand même, pour Andromède, être la grand-mère putative du grand Héraklès, ce n’est pas rien.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cet autre tableau de Chassériau, l’un de ses chefs d’œuvre, s’intitule officiellement Esther se parant pour être présentée au roi Assuérus, mais on l’appelle couramment La Toilette d’Esther. Il date de 1841.

 

À Suse, capitale de la Perse, vit Mardochée. Il y vit incognito parce qu’il est juif. Il a une cousine orpheline, Esther, qu’il a adoptée et qu’il héberge chez lui. Or il arrive qu’en la troisième année de son règne, donc en 482 avant Jésus-Christ, le roi Xerxès, appelé Assuérus dans la Bible, le fils de Darius, dont j’ai eu l’occasion de parler au sujet de la Seconde Guerre Médique, notamment quand nous sommes passés par les Thermopyles (480 avant Jésus-Christ), ou à propos du Parthénon d’Athènes qui remplace un temple précédent qu’il a détruit, –il arrive, donc, que Xerxès veuille faire admirer sa femme Vashti par tous ses convives lors d’un banquet, pour montrer que, puissant roi, il a la plus belle femme du monde. Horrifiée à l’idée de se présenter nue devant tous ces gens, elle refuse. Les sages consultés par le roi considèrent que c’est un affront pour tous les maris de Perse, et conseillent au roi de la répudier. Ce qu’il fait, Vashti n’est plus reine, et sept eunuques sont chargés d’aller chercher partout dans le royaume les plus belles jeunes vierges pour qu’il puisse choisir celle qu’il prendra pour femme et qui sera la nouvelle reine. Mardochée pense que ce serait une aubaine pour sa cousine d’être choisie, aussi envoie-t-il Esther au palais. Elle est si belle, si séduisante, qu’on met à son service, pendant un an, sept femmes pour prendre soin d’elle et l’aider à être de plus en plus rayonnante. Et la septième année du règne, donc après sa défaite à Salamine, Esther est présentée à Xerxès-Assuérus, qui la choisit pour reine. C’est cet épisode qu’a représenté Chassériau sur cette toile, Esther est à la toilette pour être présentée à Assuérus.

 

La suite des événements? Cinq ans plus tard, soit dans la douzième année du règne, Mardochée refuse de se prosterner devant le grand vizir Haman l’Agaggite. C’est intolérable et Haman, qui a compris que Mardochée est juif, décrète que tous les Juifs du royaume seront exterminés et il fait préparer la potence pour pendre Mardochée. Esther alors intercède auprès d’Assuérus-Xerxès, obtient l’annulation du décret, et le roi fait pendre Haman et tous ses fils à la place de Mardochée. Depuis, chaque année, les Juifs célèbrent la fête de Pourim pour rappeler l’événement.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Chassériau a daté cette toile, Apollon et Daphné, de 1846. Mais comme l’œuvre a, cela est prouvé, été exposée au théâtre de l’Odéon en 1845, il est évident qu’elle est post datée, et l’on doit considérer qu’elle a dû être réalisée vers 1844. Daphné, en grec (δάφνη), c’est le laurier, et l’on voit que les pieds de la jeune fille, sous le pinceau de Chassériau, se transforment en tronc. Curieux, non?

 

Daphné est une nymphe, fille du fleuve Pénée qui coule en Thessalie. Apollon, qui est un dieu archer, s’est un jour moqué d’Éros qui s’entraînait maladroitement à tirer à l’arc. Pour se venger, Éros, dieu de l’amour, fait en sorte qu’Apollon voie Daphné et en tombe amoureux. Il veut la posséder, elle ne veut pas. Elle s’enfuit, il la poursuit. Elle court vite, mais il court plus vite et il va la rattraper, alors elle prie son père de la métamorphoser pour qu’elle soit protégée du dieu. Et Pénée la transforme en laurier, qui est la plante consacrée à Apollon. À vrai dire, quand je vois dans le tableau une transformation aussi partielle, je pense que ce n’est pas de nature à empêcher Apollon de parvenir à ses fins… Et pourtant il est de notoriété publique qu’il n’a pu s’unir à Daphné.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Le coucher de Desdémone. Cette toile de Chassériau est de 1849, et bien sûr on y reconnaît la tragédie Othello de Shakespeare. Ici, Desdémone comprend qu’elle va mourir, le piège ourdi contre elle s’est refermé.

 

Ah, les enfants qui ne suivent pas les recommandations de leurs parents! Desdémone est la fille d’un sénateur de Venise qui lui a déconseillé d’épouser Othello le Maure. Mais Desdémone épouse Othello et le suit à Chypre. Or Iago, un officier au service d’Othello, pense que sa femme le trompe avec Othello, d’où sa haine pour ce dernier, d’autant plus qu’il a accordé à Cassio une promotion qu’il escomptait pour lui-même. Il imagine alors un stratagème pour se venger, il laisse un mouchoir de Desdémone dans la chambre de Cassio. Et cela marche, Othello croit que Desdémone le trompe. Grande tragédie, tout le monde va mourir, mais pour ce qui nous intéresse ici Desdémone dément évidemment les accusations mensongères contre elle, mais Othello ne la croit pas et, quoiqu’il l’aime encore, il la tue en l’étouffant puis se suicide auprès d’elle. L’habileté avec laquelle la tragédie est montée, la psychologie des personnages, tout cela fait de cette pièce de Shakespeare un chef d’œuvre, l’une de ses pièces que je préfère, que j’ai lue et relue, mais que je n’ai jamais eu l’occasion de voir représentée au théâtre…

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Le tableau sur lequel je vais terminer mon article n’est pas celui que je préfère, mais puisque j’ai pris le parti de suivre grosso modo la chronologie de réalisation des tableaux et que celui-ci, peint en 1852, est postérieur à ceux de Chassériau (1840, 1841, 1844, 1849), il me faut bien le placer là. Il est d’Ernest Meissonier (1815-1891) et s’intitule Jeune homme écrivant. Nous sommes dans la dernière année de la Seconde République, juste avant que, le 2 décembre 1852, le prince président Louis-Napoléon Bonaparte se proclame empereur, mais ce jeune homme est représenté habillé d’un costume à la mode de l’époque de Louis XVI, et il est assis sur un fauteuil Louis XIII.

 

Une autre fois, puisqu’à chacun de nos passages à Paris nous ne savons pas résister à la tentation d’aller au Louvre, il faudra absolument que nous délaissions un peu nos chères antiquités pour aller voir plus longuement le département des peintures.

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 23:55

Dans ce Louvre tellement riche en antiquités, nous avons vu l’Égypte, l’Orient, les Étrusques. Voyons maintenant l’Occident, à savoir la Grèce, Rome, la Gaule. Certes, les Étrusques vivaient sur cette même terre d’Italie que les Romains, mais leur civilisation avait tant de traits particuliers, et le Louvre présente tant de leurs vestiges, qu’il valait bien la peine de les désolidariser des autres Occidentaux.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

On ne peut pas évoquer les antiquités grecques du Louvre sans parler de la Victoire de Samothrace. Elle constitue l’un des joyaux du musée. L’escalier qui mène à elle est une tour de Babel. J’y ai vu se côtoyer à quelques marches de distance, en montant moi-même, des Américains, des Japonais, des Italiens, des Espagnols, une jeune fille qui m’a dit être Équatorienne, un groupe de Chinois, etc. Du monde entier, on vient au Louvre pour voir trois choses, la Victoire de Samothrace, la Vénus de Milo et la Joconde de Léonard de Vinci. Ensuite on descend les Champs-Élysées, on monte à la Tour Eiffel, on se rend aux Galeries Lafayette, et on peut rentrer chez soi: on a vu Paris, on connaît la France. Bien sûr je caricature un peu, mais si peu… si peu… Cela dit, il est vrai qu’elle est magnifique. Et pour nous qui avons vu, sur l’île de Samothrace, l’emplacement où elle a été découverte (voir mon article Samothrace daté du vendredi 21 au lundi 24 septembre 2012), c’est encore plus émouvant. Mais elle va bientôt partir pour un grand décrassage, une analyse et une modification de sa présentation. Quand nous reviendrons à Paris après cette opération, nous ne manquerons pas de retourner la voir, et j’espère pouvoir la montrer toute blanche, toute propre. Car le marbre de Paros dans lequel elle a été sculptée est d’un blanc éclatant.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et la Vénus de Milo. Vénus? C’est une statue romaine? Non, une vieille habitude qui s’est longtemps maintenue, parfois jusqu’à nos jours. Jéhovah pour les Juifs, le Dieu des Chrétiens, Allah de l’Islam sont bien le même Dieu de la Bible. De même, comme attesté par l’étymologie de leurs noms, le Jupiter romain et le Zeus grec sont le même dieu. En revanche lorsque les conquistadors sont arrivés en Amérique Centrale et ont converti des autochtones au christianisme, il est arrivé que des Mayas reconnaissent l’un de leurs dieux dans Jésus-Christ. C’est ce qu’ont fait les Romains dans l’Antiquité entre Mars et Arès, entre Minerve et Athéna, entre Vénus et Aphrodite, etc. Selon leur foi, c’était bien naturel, mais pour nous aujourd’hui, que nous soyons athées, chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes ou autre, cela n’a pas sa raison d’être. Quand Leconte de Lisle traduit Homère et que Zeus devient Jupiter en français et qu’Héra devient Junon, je ne suis plus d’accord. Voilà pour l’Aphrodite de Milo.

 

De Milo? En grec ancien, il existe un epsilon (ε), É bref fermé, et un êta (η), Ê long ouvert. C’est ce êta qui se trouve dans le nom des îles de Lemnos (Λήμνος) et de Mêlos (Μήλος). Or le grec moderne, comme le français, ne joue plus sur les voyelles longues ou brèves, et par ailleurs il a conservé le son É pour l’epsilon, mais il prononce comme un I l’ancien êta. Limnos et Milos. Et là, autre illogisme. L’usage français, en transcrivant les lettres grecques dans notre alphabet, est de parler de Lemnos à la façon antique, et de Milos comme en grec moderne. De plus, considérant que le S final est la marque du nominatif (le grec conserve aujourd’hui les déclinaisons, c’est-à-dire la variation de la fin du mot selon sa fonction grammaticale dans la phrase, même si elle est très simplifiée comme en allemand), l’usage est de ne garder en français que le radical Milo. Admirons donc cette Aphrodite de Mêlos. Bon, va pour la Vénus de Milo!

 

J’étais là devant elle, bouche ouverte d’admiration, tétanisé dans ma contemplation, quand je vois une famille, les parents et deux adolescents, un garçon et une fille, déployant un grand, grand drapeau grec. J’ai laissé le papa prendre la photo de sa famille avec le drapeau déployé devant la statue, puis en tant que résident grec amoureux de son pays je lui ai dit quelques mots. Des gens ouverts, sympathiques, comme le sont d’ailleurs la plupart des Grecs. Nous avons échangé nos adresses.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Le musée évoque les propositions de reconstitution de ce qu’a dû être la statue complète. Sur le panneau, il montre en très petit sept reconstitutions, tirées d’un livre de 1930 de Salomon Reinach, Mélanges d’archéologie et d’histoire. Avec gourmandise, je me suis jeté sur le site www.gallica.fr de la Bibliothèque Nationale de France, où j’ai pu télécharger gratuitement les deux tomes (pour qui serait intéressé, la Vénus de Milo fait l’objet d’un article dans le tome I, de la page 251 –en PDF, page 261– à la page 366). Ci-dessus, par copie d’écran, je reproduis quatre de ces dessins. Sur la première image, à gauche, “Vénus à sa toilette”, par Hasse, et à droite “la baigneuse surprise”, par Veit Valentin. Sur la seconde image, à gauche, Aphrodite porte un bouclier ou un grand miroir, par Millingen, et à droite Zur Strassen propose “Vénus et Mars”, je dirais plutôt Aphrodite et Arès.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Parmi les nombreux fragments de marbre provenant de plusieurs statues, il y avait, lors de la découverte, une main tenant une pomme. On s’est donc dit qu’il s’agissait de la pomme de discorde que Pâris venait de donner à Aphrodite plutôt qu’à Athéna ou à Héra, et que par conséquent c’était une Aphrodite. Toutefois la qualité du travail de cette main étant d’une qualité très inférieure, il est quasiment certain qu’elle n’appartenait pas à cette statue. Par ailleurs Reinach note que nombre d’archéologues se sont étonnés que la statue regarde au loin, ce qui n’est pas usuel dans la statuaire grecque, où les dieux regardent quelque chose de précis, exception faite des divinités marines qui ont le regard fixé sur l’horizon. Or dans un lieu assez proche de la grotte où a été trouvée notre statue, qui mesure 2,038 mètres, a aussi été découvert un Poséidon de 2,45 mètres (image ci-dessus) qui regarde au loin et porte le même type de draperie qu’il retient de la main gauche, tandis que son bras droit levé devait brandir un trident (il est conservé au musée archéologique d’Athènes). Reinach, alors, propose “une hypothèse nouvelle; je la donne comme une hypothèse, car je ne suis pas du tout convaincu qu'elle soit justifiée; mais j'aime autant, après l'avoir ruminée pendant plus d'un an, m'en délivrer en la soumettant à nos lecteurs”. Parce que, dans l’île de Tinos, une autre Cyclade, a été trouvé un groupe de Poséidon et d’Amphitrite, il se demande si l’on ne devrait pas voir dans notre statue une Amphitrite retenant sa draperie de la main droite et brandissant un trident de la main gauche. Il ne fait pas référence au dessin de Hasse, ci-dessus, mais si je comprends bien les bras de son Amphitrite sont à peu près dans la même position que ceux de la Vénus à la toilette de Hasse. Depuis 1930, cette hypothèse n’a été ni confirmée, ni infirmée. Cela ferait tout drôle de devoir se mettre à parler de l’Amphitrite de Milo!

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Voilà réglé le sort des grands classiques de la sculpture grecque au Louvre. Lors de notre visite, il y avait aussi, disséminées ici ou là, des œuvres contemporaines de Michelangelo Pistoletto, un artiste italien né à Biella (Italie) en 1933 qui a rejoint le mouvement de l’Arte Povera en 1967. Ci-dessus, ma première photo représente la Venere degli Stracci (la Vénus aux chiffons), de 1967. “Les chiffons employés ici par Michelangelo Pistoletto sont ceux qu'il utilisait pour nettoyer les miroirs. Ce sont de vieux vêtements qui suggèrent le temps qui passe, les méfaits de la société de consommation et de ses déchets. Ils contrastent donc avec la sculpture antique de Vénus, un symbole de beauté permanente”, nous dit-on.

 

Et la seconde photo représente l’Arringatore, de 1976: “Michelangelo Pistoletto reprend la célèbre sculpture antique en bronze l'Arringatore (L'Orateur) conservée au Musée archéologique national de Florence, dont le doigt pointé de l'homme traduisait originellement la demande de silence. En le plaçant devant un miroir Michelangelo Pistoletto articule les trois temporalités, le passé avec la sculpture, le présent des visiteurs qui rentrent dans le miroir et le futur qui est la voie ouverte pour sortir du reflet”.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Mais revenons à l’authentique antiquité avec cette plaque italienne d’argile moulée datant du premier siècle de notre ère. Comme chacun sait, les Romains raffolaient des jeux du cirque, à savoir combats de gladiateurs ou encore combats contre des bêtes sauvages, différence culturelle fondamentale avec la civilisation grecque où les loisirs préférés étaient le théâtre, les concerts et les jeux sportifs. Il y avait cependant des compétitions sportives que les Romains aimaient autant que les Grecs, c’étaient les courses de chars. La piste tout en longueur était séparée en deux couloirs par un muret (la spina) aux deux bouts duquel il y avait une borne (meta) autour de laquelle les candidats devaient tourner à cent quatre-vingts degrés, passage particulièrement dangereux où les chars risquaient de s’accrocher entre eux, ou de heurter la borne, ou de verser. Il y avait des courses de biges (chars attelés de deux chevaux), de triges (trois chevaux), ou la plupart du temps de quadriges (quatre chevaux), comme ici. La scène représentée montre en premier plan un quadrige qui n’est pas en tête, parce que, derrière la meta en forme d’obélisque, on aperçoit vaguement l’arrière-train du cheval d’un autre char, qui a donc un peu d’avance, et l’aurige (conducteur de char) le fouet à la main. Un autre char encore, qui ne figure pas dans la représentation, est hors course car son aurige a été éjecté, on le voit ramper sur le sol, essayant d’éviter d’être piétiné par les chevaux du concurrent ou écrasé par le char. Car la compétition est intense et le respect de la vie humaine quasiment inexistant (il suffit de penser aux jeux du cirque!), aussi l’aurige ne ralentira-t-il pas pour épargner son concurrent; la seule raison pour laquelle il tentera peut-être de l’éviter serait la crainte que le choc du passage sur un corps ne déséquilibre son propre char et le fasse chavirer.

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Ce relief de marbre daté premier ou deuxième siècle après Jésus-Christ provient de la Villa Albani, à Rome, où il a été acheté par le Louvre en 1815 et où on l’appelait le Satyre chasseur. Je ne sais pas quel indice fait dire que c’est un satyre, je ne lui en vois aucun attribut. Il s’amuse à tenter, avec un lapin, un petit chien qui ne peut l’attraper. À l’origine, c’était une petite panthère, et non un chien, mais une intervention de restauration en 1760 a opéré cette substitution.

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Ce collier, avec pendentif en forme de serpent démoniaque, provient d’Utique, dans l’actuelle Tunisie, et on le date entre le milieu du sixième siècle avant Jésus-Christ et le cinquième siècle. Il a été réalisé en verre moulé sur noyau, le verre étant une technique venue de Mésopotamie. C’est précisément au sixième siècle qu’il est arrivé dans le monde grec. La technique du moulage sur noyau ne pouvait concerner que de petites pièces, mais elle a été pratiquée jusqu’au premier siècle avant Jésus-Christ, alors qu’à l’époque hellénistique se développait concurremment la technique du verre moulé permettant de réaliser des objets plus grands et de formes très variées.

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Et puis vers 50 avant Jésus-Christ est née la technique du verre soufflé. Désormais, artisans et artistes ne vont plus connaître de limites dans la variété des formes et, en conséquence, des usages de leurs créations. Ce sont toutes sortes d’ustensiles en même temps que des vases à parfums, des bijoux, bagues, colliers en perles de pâte de verre, bracelets, camées de verre, etc. Ici, nous avons un bol à décors peints du second ou du troisième siècle après Jésus-Christ, provenant de Panticapée, c’est-à-dire aujourd’hui Kertch, en Crimée (Ukraine).

 

À noter que lors de notre visite du Louvre, en 2013, j’ai écrit “en Crimée (Ukraine)”; mais hélas à l’heure où je publie, un référendum auquel ont été appelés à voter eux aussi les 60 pour 100 de Russes que l’Union Soviétique avait déplacés dans la péninsule a fait rattacher la Crimée à la Russie. On sait que l’impératrice Catherine II avait annexé la Crimée à son empire, sans définir si elle était “russe” ou “ukrainienne”, puis que l’Union Soviétique en créant ses RSS (républiques socialistes soviétiques) l’avait attachée à la RSS de Russie jusqu’à ce que Khrouchtchev la fasse passer en RSS d’Ukraine pour des raisons administratives. Mais la côte vers la mer du Japon est inhospitalière, la mer Blanche est gelée l’hiver, le vrai débouché naval de la Russie (empire des tsars, URSS) est sur la mer Noire qui, via le Bosphore vers la mer de Marmara puis les Dardanelles vers la Méditerranée (mer Égée) ouvre les portes du monde. Les grands ports d’URSS étaient donc en Ukraine, Odessa et Sébastopol. Après la fin de l’URSS, la Russie a passé un contrat avec l’Ukraine pour maintenir sa flotte militaire à Sébastopol, en Crimée. Voilà pourquoi le rattachement de la Crimée à la Russie donne à ce pays un débouché en toute propriété, tout en affaiblissant considérablement l’Ukraine qui n’a plus qu’Odessa. Notons aussi que la Crimée tient à l’Ukraine par la terre, alors qu’elle est séparée de la Russie par le détroit de Kertch.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

L’éruption du Vésuve, en 79 après Jésus-Christ, a enseveli Herculanum et Pompéi. Tout le monde sait cela, et il n’y a pas de tourisme à Naples qui ne comporte un passage à Pompéi. Mais en dehors des villes il y avait aussi des résidences isolées, comme la Villa de Boscoreale. Dans un premier temps, en 1876 un habitant du coin procède au bornage de sa propriété. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir, à cette occasion, des traces de bâtiments antiques et un grand nombre d’amphores. Deuxième étape, en 1894 on entreprend des fouilles méthodiques et la surprise est encore plus grande quand, en avril 1895, on trouve au fond d’une citerne vide une collection d’une centaine d’objets en métal précieux, environ trente kilos. Les locaux d’habitation dont les restes avaient été mis au jour étant bien modestes, personne ne s’attendait à découvrir un tel trésor. Le musée du Louvre a acquis ou a reçu en don la presque totalité des pièces d’argenterie, tandis que le mobilier de bronze est en partie à Berlin, en partie à Chicago. Puisque la vie a cessé là en 79, ces objets sont datés entre la fin du premier siècle avant Jésus-Christ et les trois quarts du premier siècle après. Je présente ici trois pièces “à boire” du trésor de Boscoreale.

 

La première est un skyphos, c’est-à-dire une coupe à boire en argent et or représentant Dionysos et des Amours. La seconde est un gobelet tout autour duquel sont représentés des squelettes; mais pour chacun d’eux un nom est gravé: ce sont des philosophes et autres auteurs grecs, dont la représentation sous forme de squelettes est une invitation au carpe diem, “cueille le jour”, autrement dit jouis du moment présent… car demain tu ne seras plus que ces ossements, et de petites sentences sont également gravées, qui incitent à profiter de la vie. Quant à la troisième, c’est une œnochoé, ou vase à verser le vin, en argent partiellement doré, qui représente deux Victoires ailées sacrifiant un taureau.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Lors de la production de ces vases à parfum, entre le second et le troisième siècle de notre ère pour le premier, troisième siècle pour le second, Boscoreale est depuis longtemps enseveli sous les cendres du Vésuve. Et d’ailleurs, leur provenance est inconnue. Le premier est, suppose-t-on, en forme de buste de Syrien. La poignée articulée est encore présente entre les anneaux fixés sur le crâne, mais le fond du vase est perdu. À noter que les types étrangers, comme ce supposé Syrien, étaient fréquents. Mais encore plus fréquents étaient, comme pour le second vase, les représentations de Noirs. Ici, c’est un adolescent dont le port de tête, le visage, la coiffure sont distingués. Le musée suggère que ces Africains étaient peut-être les esclaves chargés du transport et de la manipulation des parfums. Oui, peut-être, pourquoi pas, mais il faut toutefois préciser que le racisme tel qu’il existe dans nos sociétés, portant un regard critique sur l’autre, considéré comme inférieur avec sa peau de couleur, avec sa civilisation tellement différente de la nôtre, est un sentiment qui n’existe pas dans le monde grec antique. On peut ne pas aimer l’étranger, on peut même le rejeter, mais seulement parce qu’il n’est pas de la cité, sans le considérer comme inférieur. Quand on fait la guerre, le vainqueur revendique son butin. On s’empare des armes de l’ennemi, des objets précieux, des œuvres d’art, des humains en âge et en état d’être utiles, et on en fait des esclaves. Les jeunes et jolies femmes dans le lit de leur propriétaire, les autres à la cuisine, au tissage et autres travaux ménagers, les hommes pour tous les autres travaux. Et l’esclavage, c’est l’esclavage, ce n’est pas drôle, mais là encore il y a des nuances. Certes, chez les Romains, il y avait des esclaves relativement bien traités, mais ce n’était pas la règle, loin de là; le maître avait le droit de vie et de mort sur ses esclaves, les tortures n’étaient pas rares en cas de faute; sans doute la situation des esclaves noirs des Antilles rappelait-elle plus ou moins celle des esclaves des Romains. Au contraire, tout en étant soumis à l’obéissance et contraint au travail, l’esclave d’un Grec était membre de la famille, il était relativement bien traité. C’est sans doute pourquoi l’adolescent de ce vase à parfum, s’il est vraiment un esclave, peut avoir été fait prisonnier lors d’une guerre et, chargé d’une tâche de massage et de parfumerie, il a gardé toute la fierté de son allure de jeune homme libre.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce Minotaure est très ancien, il remonte au huitième siècle avant Jésus-Christ. On ne sait trop d’où il vient, sans doute d’Olympie. Sur le rebord d’un chaudron, il tenait l’anse.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ces chasseurs crétois (sanctuaire en plein air de Symè Viannou, sur le mont Dictè), qui datent des environs de 670-650 avant Jésus-Christ, ont été découpés dans une très fine tôle de bronze. On y voit à gauche un jeune chasseur qui porte un chamois, et à droite le chasseur barbu avec son arc accueille son jeune collègue. On remarque des trous à la base de la plaque, ce qui indique qu’elle était clouée sur un support de bois. Ce genre d’ex-voto, dont on a trouvé de nombreux exemplaires dans ce sanctuaire, était probablement suspendu à la branche d’un cèdre, en l’honneur d’Hermès Kédritès (Hermès le Cédrite). Et c’est donc à Hermès qu’est destiné le chamois.

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Ce cavalier est une applique de cratère qui remonte au troisième quart du sixième siècle avant Jésus-Christ. Dans son style, on note des influences corinthiennes, ce qui peut être une indication sur son origine. Je l’ai sélectionné ici en raison du mouvement donné au cheval.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ici nous voyons un pectoral funéraire en argent doré qui vient de Béotie et date du cinquième ou du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Au centre, cette femme aux grandes ailes et aux pieds d’oiseau est, à n’en pas douter, une sirène, mais je ne comprends pas exactement ce que représente cette scène.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

De Panticapée, la Kertch moderne dont nous avons parlé tout à l’heure, proviennent ces deux archers scythes dos à dos. Il s’agit d’une applique d’ornement de vêtement du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce jeune homme mort est porté par deux génies ailés. Ce triste sujet constitue la poignée de bronze d’une ciste du quatrième siècle avant Jésus-Christ, vers 375-350, provenant de Préneste, c’est-à-dire aujourd’hui Palestrina, près de Rome (voir mes articles sur Palestrina datés l’un du 28 février 2010 et l’autre des 25 et 26 mars 2010).

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Un amusant petit bronze. On ne sait d’où il vient. Peu importe, d’ailleurs. Il s’agit d’Éros et Psychè, représentés enfants et sans ailes, alors que la légende veut qu’Éros (bien sûr, Ovide l’appelle Amour) vienne chaque nuit retrouver Psychè dans son lit, anonymement et avec interdiction formelle de chercher à l’identifier. Psychè, trop curieuse de voir son amant merveilleux, attend une nuit qu’il s’endorme, allume une lampe à huile, et malencontreusement laisse tomber une goutte d’huile brûlante sur l’épaule du dieu qui se réveille et s’enfuit définitivement. Il ne pouvait s’agir de pédophilie mutuelle! Or ce bronze, dont on nous dit qu’il est d’époque romaine, sans autre précision, adopte une représentation que l’on trouve à l’époque hellénistique, c’est-à-dire avant que la Grèce soit romaine…

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Tant pis, j’oublie un instant que cet article est consacré aux objets d’Europe Occidentale parce que j’ai trop envie de montrer cette petite Athéna venue de Beyrouth. Louis de Clercq a 22 ans quand, en 1859, il participe à une mission scientifique en Syrie (oui, je sais, Beyrouth est au Liban, mais à l’époque c’était une partie de la Syrie). De là naît son désir de se constituer une collection d’antiquités, et il retournera en Syrie pour y mener des fouilles à titre personnel, en 1862, 1863, 1893. Il avait exprimé le vœu que sa collection revienne à la France après sa mort, mais il a fallu attendre très longtemps, jusqu’en 1967 (il était mort en 1901), pour que son petit-neveu le comte Henri de Boisgelin, qui était son héritier, fasse don au musée du Louvre de six cent cinquante-trois œuvres, dont deux cent quarante-sept objets ont intégré le département des antiquités grecques, étrusques et romaines. Cette statuette d’Athéna en bronze (premier ou deuxième siècle après Jésus-Christ) fait partie de cette collection. C’est une sorte d’adaptation de la grande Athéna parthénos de Phidias, mais dans sa main droite la chouette, son emblème, remplace la Victoire qu’y avait placée Phidias. La main gauche brandissait une lance.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

L’origine de cette déesse Fortuna du troisième siècle après Jésus-Christ n’a rien à voir avec la collection de Louis de Clercq et le Liban. En effet, elle a été trouvée à Sainpuits, en France, dans le département de l’Yonne qui dépendait à l’époque de la province lyonnaise de l’Empire Romain. Elle est en bronze plaqué d’argent doré. Ce que l’on voit dans sa main gauche, c’est une corne d’abondance. Le musée suggère que, sous cette apparence de Fortuna, il s’agit “vraisemblablement” d’une divinité locale.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Maintenant, un médaillon du premier ou du deuxième siècle après Jésus-Christ. Lui aussi provient de notre territoire, puisqu’il a été trouvé en Savoie, à Saint-Jean-de-Couz. Il est en argent fondu, gravé et partiellement doré. Il était à l’origine soudé comme décoration sur un plat, qui est perdu. On y voit une Nikè (une Victoire) ailée, assise sur un trône, avec deux putti à ses pieds.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Je ne sais pas à quoi il servait, ce relief circulaire, mais on ne nous dit pas qu’il ornait le rebord d’un plat comme le précédent. Il est lui aussi en argent partiellement doré et il est légèrement plus récent, puisqu’on le date entre le milieu du deuxième siècle après Jésus-Christ et la première moitié du troisième. Après la Bourgogne et la Savoie, nous voilà en Anjou, dans le Maine-et-Loire, à Notre-Dame d’Allençon. On reconnaît, devant son char et s’appuyant sur un trépied, le dieu Apollon.

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Ma sélection comporte maintenant, pour terminer, vingt sculptures. Nous commençons avec une belle tête de cavalier en marbre polychrome qui remonte aux alentours de 550 avant Jésus-Christ. Elle a été trouvée sur l’Acropole d’Athènes, puis on a découvert, près de l’Érechthéion, le torse de son cheval. Avec ses cheveux bien tressés, avec sa barbe rase, avec son sourire typique des sculptures archaïques, je l’aime bien, cette tête de cavalier!

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ici aussi, cette protomé féminine de l’île de Rhodes à peine postérieure au cavalier (vers 530 avant Jésus-Christ) a ce demi-sourire archaïque. Elle est de style ionien. En regardant de près, on voit à son bandeau qu’elle était polychrome, et de plus près encore on distingue deux trous au sommet du crâne qui laissent penser qu’il s’agit d’une offrande qui était suspendue.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Elle fait partie de mon “top 10” personnel, cette tête de sphinx en terre cuite polychrome contemporaine des deux sculptures précédentes (540-520 avant Jésus-Christ). On suppose, sans certitude, qu’elle doit avoir été trouvée à Thèbes, quoiqu’elle provienne d’un atelier corinthien. C’était un acrotère, la décoration d’un pignon de toit.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Les trois sculptures qui suivent concernaient des monuments funéraires. Le Louvre présente une collection de monuments funéraires athéniens situés dans la fourchette 378-317 avant Jésus-Christ: nous faisons donc un saut de plus de deux siècles après les sculptures précédentes. Si l’on considère traditionnellement que l’époque hellénistique commence en 323 avec la mort d’Alexandre le Grand, nous sommes donc dans la période qui la précède juste (puisque l’art ne marque pas instantanément, à l’année près, un tournant). Ci-dessus, un torse de sirène funéraire en marbre pentélique (la montagne au nord-est d’Athènes), de 350 avant Jésus-Christ et trouvée au Pirée, le port d’Athènes. Elle aussi, fait partie de mes sculptures grecques favorites.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette autre sirène funéraire est légèrement plus récente, 340-320 avant Jésus-Christ, elle aussi est en marbre pentélique, elle aussi vient du Pirée. Elle n’est certes pas laide, mais elle ne me touche pas comme la précédente.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Il est également traditionnel dans les monuments funéraires de placer des représentations de pleureuses comme celle-ci, qui est modelée dans l’argile. Nous ne sommes plus dans la même collection que pour les deux sirènes funéraires ci-dessus, puisque nous sommes entre 320 et 250 avant Jésus-Christ, et non plus dans les environs d’Athènes, mais à Canosa, une ville grecque d’Italie, dans les Pouilles (le talon de la “botte”) .

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Encore plus tardif est ce guerrier combattant, dont je fais un gros plan sur le visage: environ 100 avant Jésus-Christ. Et lui il vient de l’Italie romaine, pas grecque du tout puisqu’il vient d’Anzio dans le Latium. Dire qu’il en vient, d’ailleurs, ne signifie pas qu’il y puise ses origines, puisqu’il est signé: on lit “Agasias, fils de Dosithéos, éphésien, [l’]a fait”. Éphèse est une ville grecque de l’Asie Mineure aujourd’hui turque. Et il est en marbre pentélique. Mais comme Anzio est l’antique Antium où Néron, empereur du premier siècle de notre ère, avait une résidence, on ne peut s’étonner de trouver là une statue grecque que s’est octroyée l’occupant. Trouvé en 1609, il est entré dans la collection Borghèse où il a tout de suite été appelé “le gladiateur Borghèse”. Or il y avait à cette époque nombre de spécialistes de sculpture antique, et leur analyse ne pouvait que concorder avec la signature, c’était bien une sculpture grecque. Seul hic, les Grecs n’ont jamais apprécié ni organisé de combats de gladiateurs, les jeux du cirque n’ont jamais appartenu à leur culture. Il a fallu attendre 1830 pour qu’on le rebaptise “héros combattant”.

 

Lors de sa découverte, il n’était pas dans l’état où on le voit aujourd’hui. Dès 1611, le sculpteur Nicolas Cordier (1567-1612) se charge de sa restauration. Le bras droit, l’oreille droite, le sexe, le deuxième orteil du pied droit manquaient et ont été remplacés. Et d’ailleurs le bras droit, restitué parallèle au corps, devait –si l’on en croit les spécialistes– s’en écarter à l’origine. Les accessoires sont perdus, mais visiblement il tenait un bouclier au-dessus de lui pour se protéger des coups d’un cavalier, tandis que de l’autre main il maniait une épée.

 

Concernant ses qualités plastiques, je préfère citer la notice du musée: “En proie à un effort intense, le corps qui se fend est comme sanglé par des muscles dont la tension exacerbée confine à la démonstration d'un ‘écorché’. Aussi, des générations d'artistes, en le dessinant, y ont-elles appris à maîtriser le traitement de l’anatomie: c'est l’une des statues antiques dont la silhouette est la plus sollicitée dans l'art des temps modernes”.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette belle tête trouvée à Bénévent (d’ailleurs, on a coutume de l’appeler “Tête de Bénévent”) est des alentours de 50 avant Jésus-Christ. Pour lui donner plus de vie et de réalisme, l’artiste qui l’a réalisée en bronze y a inséré des lèvres en cuivre rouge.

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Ce marbre du premier siècle après Jésus-Christ représente Socrate. Les traits de ce visage sont si caractéristiques que les statues qui représentent le philosophe se reconnaissent au premier coup d’œil. Il s’agit d’une réplique d’une œuvre de Lysippe. Ce célèbre bronzier originaire de Sicyone, dans le nord du Péloponnèse, qui a vécu au quatrième siècle avant Jésus-Christ (on date ses bronzes entre 370 et 300), est célèbre pour ses portraits, comme ici, mais également pour son interprétation du nu masculin. Il a travaillé à Athènes, à Delphes, à Olympie, en Grande Grèce à Tarente, etc. Son art l’a fait choisir par Alexandre le Grand pour être le sculpteur officiel de la cour de Macédoine, et c’est donc lui qui a réalisé le célèbre portrait de ce souverain. Comme aucun autre, il sait à la fois idéaliser le portrait tout en restant fidèle à son modèle. En ce qui concerne plus précisément notre Socrate, ici, les Athéniens, comme on le sait, l’ont condamné à la peine capitale en buvant la ciguë en 399. Mais par la suite, conscients de l’injustice de cette condamnation et de la perte de leur grand philosophe, ils ont commandé à Lysippe un buste posthume qu’ils ont placé dans le Pompéion, un beau bâtiment du Céramique d’Athènes (cf. mon article sur le Céramique, daté 4 et 28 octobre 2011).

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Autre marbre, pentélique celui-là, et plus tardif, aux alentours du premier ou du deuxième siècle. Et c’est aussi une réplique d’un bronze de Lysippe. Ce philosophe-là, c’est Aristote. Et lui aussi est reconnaissable sur diverses sculptures. Comme il était contemporain de Lysippe, il est probable qu’à la différence de Socrate il a été représenté d’après nature.

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Les deux précédentes sculptures proviennent probablement d’Italie, le musée fait suivre cette indication d’un point d’interrogation; ce marbre-ci, en revanche, a été trouvé en 1846 à Auch, dans le Gers, et l’on suppose pouvoir le dater du deuxième siècle après Jésus-Christ. Reste à savoir qui il représente. Comme les autres, cette sculpture romaine est une copie d’une œuvre grecque antérieure perdue, mais ici on ne sait pas qui est l’auteur du modèle original. Et pourtant, cette œuvre originale a été copiée de nombreuses fois. L’une des copies (à Rome) porte une couronne de lierre, ce qui semble vouloir dire que c’est un poète. Et l’hypothèse a été émise que ce pourrait être Hésiode.

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Et voilà une Vénus nue. Elle est du premier ou du deuxième siècle après Jésus-Christ, sculptée dans le marbre de Thasos mais trouvée à Rome, et c’est une réplique d’une Aphrodite de Praxitèle qui, elle, est de 360 avant Jésus-Christ. Un mot de Praxitèle (vers 400-326 avant Jésus-Christ): Avant lui, la statuaire grecque ne comptait pas de nu féminin complet. Un jour, alors que sa maîtresse Phrynè s’était baignée dans la mer, il la voit sortir nue sur la plage et, devant sculpter une Aphrodite, il décide de la prendre pour modèle dans le plus simple appareil. Toutefois, il réalise aussi, en parallèle, une statue d’Aphrodite plus pudiquement habillée. Choqués de cette nudité complète, les habitants de l’île de Cos décident d’acquérir la statue habillée, tandis que ceux de Cnide, une ville située au bout d’une longue péninsule tout au sud-ouest de l’Asie Mineure (actuelle Turquie) achètent l’autre et la placent dans le temple de la déesse de façon que l’on puisse tourner autour et donc la voir de face, de profil et de dos. Et cette Aphrodite de Cnide est devenue extrêmement célèbre, pour sa remarquable beauté d’abord, mais aussi parce que c’était le premier grand nu féminin grec. Cette célébrité exceptionnelle lui a valu d’être maintes fois copiée en étant réinterprétée selon divers types, comme ici cette “Vénus Cesi” qui est du type de la “Vénus d’Arles”, mais hélas l’original est perdu. Toutefois, nous avons pu voir une sculpture en marbre originale, de la main même de Praxitèle, c’est l’Hermès du musée archéologique d’Olympie (voir mon article Le Musée d’Olympie, daté du 20 au 22 avril 2011).

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Réplique en marbre d’un bronze perdu, cette sculpture représente le supplice de Marsyas. Je cadre ici sur son visage que je trouve remarquablement expressif. On connaît l’histoire: Marsyas est un silène qui a défié Apollon, le gagnant étant libre de choisir ensuite le gage qu’il voudrait. Apollon jouant de la lyre, était capable d’en jouer des deux côtés mais Marsyas ne pouvant souffler à l’envers dans sa flûte. Avoir défié un dieu, cela valait un gage retentissant, et Apollon a décidé d’écorcher vif son rival. Dans le groupe original perdu, Apollon observe l’événement, tandis qu’un esclave aiguise le couteau qui va être utilisé pour le supplice, pas encore commencé. Marsyas est suspendu par les poignets à un arbre, et il regarde avec l’angoisse que l’on imagine la préparation de l’opération. C’est cette angoisse terrible que je trouve admirablement rendue dans ce visage. Ce marbre provient de Rome et il date du premier ou du deuxième siècle après Jésus-Christ.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce silène-ci n’est pas dans une situation aussi dramatique que le précédent, il est ivre. Les silènes sont des satyres du cortège de Dionysos, et à ce titre ce sont de bons buveurs. Celui-ci, sculpté dans le marbre de Paros, marbre le plus beau et le plus fin, date du deuxième siècle après Jésus-Christ.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Les Trois Grâces, trouvées sur le mont Cælius, à Rome, sont également du deuxième siècle de notre ère, du moins en ce qui concerne leurs corps, car les têtes étaient manquantes et elles ont été restaurées en 1609 par ce Nicolas Cordier qui, deux ans plus tard, restaurera aussi le Guerrier combattant que nous avons vu tout à l’heure. Les Trois Grâces symbolisent la beauté, les arts et la fertilité.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quoique trouvée à Rome près des thermes de Dioclétien, cette sculpture du deuxième siècle après Jésus-Christ est grecque, car réalisée dans un marbre grec, mais ce n’est pas un original, c’est une copie d’une œuvre de Polyclès (dont on ne sait rien, sauf qu’il était fils du sculpteur Timarchidès et qu’il a vécu dans la cent cinquante-cinquième olympiade, c’est-à-dire en 180 avant Jésus-Christ). Cet original serait des alentours de 150 avant Jésus-Christ. Le matelas sur lequel repose le corps n’est pas authentique du deuxième siècle, c’est le Bernin, le très célèbre architecte et sculpteur romain (cf. la colonnade de la place Saint-Pierre au Vatican), qui l’a sculpté en 1619.

 

Et le corps sculpté est bien étrange. Son visage est asexué, mais quand on va de l’autre côté de la statue on constate qu’elle est dotée d’un sexe d’homme et des seins d’une femme. Ces êtres mixtes, on les appelle des hermaphrodites, contraction des noms du dieu Hermès et de la déesse Aphrodite, et cette sculpture est en conséquence l’Hermaphrodite endormi. Selon la légende, s’il porte ce nom c’est parce qu’il est le fruit des amours d’Hermès et d’Aphrodite. Comme on n’imagine pas la belle déesse pouponnant, l’enfant a été confié aux Nymphes des forêts de Phrygie (Asie Mineure aujourd’hui turque). Devenu grand, à l’âge de quinze ans il part en voyage pour découvrir le monde. Quand, en Carie, autre région de cette même Anatolie, il passe devant un magnifique lac, la belle Salmacis, qui est la nymphe du lac, tombe follement amoureuse de lui, mais il repousse ses avances. Elle fait mine de partir dépitée, mais reste à le guetter discrètement. Lui, désirant jouir d’un bain dans ce lac merveilleux, se déshabille et s’y plonge. Or dans les eaux du lac, il est dans le domaine de la nymphe. Elle se précipite sur lui et se colle à son corps, puis supplie les dieux que rien ne puisse jamais disjoindre leurs deux corps. Les dieux ont exaucé le vœu de Salmacis en fondant les attributs de l’un et de l’autre dans un seul corps. Hermaphrodite alors a demandé aux dieux que tout homme qui se baignerait dans le lac Salmacis perde sa virilité, et les dieux l’ont accordé. Le géographe grec Strabon (64 avant Jésus-Christ- vers 21 après) témoigne que de son temps encore on ajoute foi à cette particularité du lac, et les hommes évitent de s’y plonger. Amis lecteurs de mon blog, si vous passez par la Carie (par exemple pour aller à Cnide, dont je parlais tout à l’heure à propos d’Aphrodite), oserez-vous tenter l’expérience de vous baigner dans le lac Salmacis?

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce vieux pêcheur du deuxième siècle de notre ère, en marbre noir et albâtre dans sa vasque de brèche violette, nous vient de Rome, mais on ne sait ni quand elle a été trouvée, ni par qui, ni exactement où; elle apparaît pour la première fois comme faisant partie de la collection du duc Altemps en 1599. Le cardinal Borghèse, qui se constitue une merveilleuse collection d’antiques, l’acquiert au début du dix-septième siècle. À l’époque, on croit y voir le philosophe Sénèque, ex-précepteur de Néron, qui s’est jeté sur son épée, contraint au suicide par l’empereur. Aussi, longtemps cette sculpture a été appelée Sénèque mourant. Le prince Camille Borghèse (1775-1832) ayant épousé Pauline Bonaparte, la sœur chérie de Napoléon, était devenu le beau-frère de l’empereur. Ce lien facilite les négociations quand Napoléon décide de lui acheter pour le Louvre la collection amassée par le cardinal, dont ce vieux pêcheur. Cette sculpture était si fameuse qu’elle a inspiré à Rubens son tableau La Mort de Sénèque, qui se trouve à la Alte Pinakothek de Munich.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette orante, c’est-à-dire une femme en prière, est une œuvre romaine de porphyre qui semble dater du deuxième siècle après Jésus-Christ. On ne sait pas quand elle est apparue, tout ce que l’on sait c’est qu’elle appartenait à la famille Della Porta quand, en 1609, le cardinal Borghèse la leur a achetée. Elle avait, à l’époque, déjà été restaurée. Puis d’autres restaurations sont intervenues en 1627 et 1680.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Pour finir, ce sera avec le charme d’une Vénus. Et puisque, comme à l’époque de Praxitèle dans le temple d’Aphrodite à Cnide, on peut ici au Louvre tourner autour de la vitrine où est présentée la statue, voilà, je la montre de dos. Elle a été trouvée en compagnie d’autres statuettes, au dix-neuvième siècle, dans une niche d’une belle résidence aristocratique à Montagne, un gros bourg mitoyen de Saint-Émilion à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Bordeaux à vol d’oiseau. Or l’évangélisation de l’Aquitaine est bien avancée en cette fin de quatrième siècle ou début de cinquième siècle quand cette statue est créée, sculptée dans un marbre d’Orient. D’ailleurs, bien des indices repérés par les spécialistes laissent penser qu’elle a été fabriquée en série à Aphrodisias, en Anatolie, pour exportation vers la Gaule, l’Espagne, l’Égypte, d’autres régions d’Afrique, etc. Il s’agit d’un mélange de deux types de représentations de Vénus. D’une part, Vénus Anadyomène (ce mot grec est le participe du verbe anaduomai qui signifie “sortir de”, “s’élever hors de”, sous-entendu “de la mer”), pour évoquer sa naissance, puisqu’elle est née de l’écume de la mer. À mon âge, on commence à radoter, alors mes années me servent d’excuse pour revenir sur une de mes marottes, la fusion syncrétique entre les dieux grecs et les dieux romains. En effet, si certains, à l’image de Zeus et de Jupiter, ont la même origine indo-européenne et sont donc bien un seul et même dieu (oui, oui, les deux noms semblent différents à première vue, mais dès qu’on gratte un peu on voit que c’est exactement le même nom. J’épargnerai à mes lecteurs la démonstration –pour aujourd’hui! Je ne suis pas sûr de résister à la tentation une autre fois), mais le nom de Vénus, en morphologie, est un mot neutre, et cette déesse n’est devenue ce qu’elle est que tardivement, empruntant à l’Aphrodite des Grecs ses traits et ses mythes. Ici en Gaule, c’est sous le nom de Vénus qu’elle est honorée, mais c’est l’Aphrodite grecque qui est née de l’écume (en grec, l’écume se dit aphros). D’autre part, il y a dans notre statuette le type de Vénus à sa toilette; on voit qu’elle est entourée d’Amours, et l’un d’entre eux lui tendait un miroir, aujourd’hui cassé et disparu, dans lequel elle se mirait pour nouer sa chevelure.

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 23:55

Pour ce troisième article sur notre visite au Louvre, allons voir du côté des Étrusques. Apparaissent vers 750 avant Jésus-Christ les premières cités étrusques dans le centre de l’Italie. L’art des premiers temps est nettement orientalisant. Dès le début du septième siècle avant Jésus-Christ, alors que Rome est encore dans les langes (sa fondation légendaire par Romulus se situe en 753 avant Jésus-Christ), apparaît l’écriture dans cette civilisation. Bien plus tard, les Romains adopteront cet alphabet en l’adaptant à leur prononciation et aujourd’hui, de façon injuste à l’égard des Étrusques, en face de l’alphabet grec et de l’alphabet cyrillique nous parlons –pour le nôtre– de l’alphabet latin, même pour les langues qui ont des ø, des ß, des ñ, des ł ou des š. D’ailleurs, le génie des Romains est de savoir conquérir, puis de piller les savoir-faire: ce sont les Étrusques qui ont inventé le béton, sans lequel jamais les Romains n’auraient été capables de construire le dôme du Panthéon, à Rome.

 

Du septième au cinquième siècles, les échanges commerciaux et culturels avec les Grecs d’Asie Mineure, les Ioniens, sont intenses. On le ressent dans l’art, par exemple. Les Étrusques s’étendent vers le sud en Campanie (région où se trouve Naples) et vers le nord (Milan, Mantoue). Alors que le Romain Romulus a fondé Rome, que lui a succédé le Sabin Numa Pompilius, le Romain Tullius Hostilius et le Sabin Ancus Martius (cela, c’est peut-être plus ou moins légendaire), règnent à Rome des rois étrusques (cela, c’est avéré historiquement). Tarquin l’Ancien, Servius Tullius et Tarquin le Superbe se succèdent sur une durée de cent dix-sept ans environ, jusqu’à ce qu’en 509 avant Jésus-Christ Tarquin le Superbe soit renversé et que la république soit instaurée à Rome. Jacques Heurgon, que j’ai eu comme professeur à la Sorbonne dans les années 1960, pensait même que les rois étrusques ont été plus nombreux.

 

Par la suite, à l’époque classique, de défaite en défaite les territoires occupés par les Étrusques vont se réduire peu à peu. La fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, c’est l’avènement de l’ère hellénistique. En 308, la victoire des Romains sur les Étrusques inaugure une trêve de quarante ans, violée par les Romains en 280 quand ils prennent Volci (à quatre-vingts kilomètres au nord de Rome, sur la mer Tyrrhénienne). En 265, quand les Romains s’emparent de Volsinies (du côté d’Orvieto) et la pillent, c’est définitivement la fin de l’indépendance étrusque. Près de deux siècles s’écouleront, jusqu’en 89 avant Jésus-Christ, avant que Rome accorde la citoyenneté aux Étrusques. Mesure favorable, en principe, mais qui a signé la complète assimilation, donc disparition, de ce grand peuple. “Grand” car, nous allons le voir, bien avant Rome, et en parallèle avec la civilisation grecque, il a développé un art remarquable et une industrie de qualité.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce qui est sans doute le plus célèbre, le plus connu dans l’art étrusque, ce sont ces sarcophages ou urnes funéraires de terre cuite polychrome sur lesquels sont figurés des personnages, souvent seuls, parfois en couple et, selon une représentation qui a son origine en Asie Mineure, ils sont comme attablés pour le banquet funèbre, à la façon antique c’est-à-dire allongés et appuyés sur un coude. Il y avait deux rituels funéraires essentiels chez les Étrusques, le partage du vin (c’est le symposium, mot composé du préfixe “ensemble” et de la racine du verbe “boire”), et l’offrande des parfums. Le sarcophage de mes photos ci-dessus, qui vient de la grande nécropole de Cerveteri à une quarantaine de kilomètres au nord de Rome, et qui date des environs de 520-510 avant Jésus-Christ, montre ces deux rituels: le couple est appuyé sur une outre de vin, et son geste est celui de l’offrande de parfums.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cet autre couple d’un dessus d’urne funéraire est également allongé sur une klinè, le lit de table antique, appuyé sur une outre, en position d’offrande. Il est très légèrement postérieur à l’autre, vers 510-500 avant Jésus-Christ, et provient du même Cerveteri. Certes, il est moins beau que le précédent, plus fruste, mais je le trouve cependant très expressif.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce couvercle d’urne funéraire en albâtre vient de Chiusi, une ville située dans l’actuelle province de Sienne, non loin de Montepulciano (cf. mon article daté 28 octobre 2009), ville étrusque (nommée Clusium) qui a fait parler d’elle. Car son roi Porsenna, en 508 avant Jésus-Christ, y reçoit son compatriote étrusque Tarquin le Superbe qui vient d’être détrôné par les Romains, comme je le disais tout à l’heure. Tarquin lui demande son aide pour reprendre Rome, et Porsenna accepte, pensant que ce pourrait être à son profit personnel. Il marche sur Rome, il l’assiège, Rome capitule (certains historiens ne sont pas sûrs de cette capitulation, mais c’est du moins la version de Tacite). Les Étrusques pillent la ville. Là se situe l’épisode fameux de Mucius Scaevola, ce jeune Romain courageux qui, pour montrer la détermination de ses compatriotes, pose sa main dans le feu. Impressionné, Porsenna entreprend des négociations, il obtient quelques territoires et prend des otages. Parmi eux, Clélia est une jeune fille qui demande à se baigner dans le Tibre, mais sans la présence de soldats pour ne pas dévoiler devant eux sa nudité. C’est une ruse, car elle se lance à la nage, avec quelques compagnes, traverse le fleuve et rentre chez elle. Porsenna menace de reprendre les hostilités, puisqu’il ne détient plus tous ses otages. Les Romains lui renvoient donc Clélia et ses compagnes. Trouvant lâches les Romains et courageuses ces jeunes filles, non seulement il leur rend la liberté mais leur offre d’emmener avec elles les otages qu’elles choisiront. Elles choisissent les enfants et les femmes, et Porsenna rentre à Clusium/Chiusi. Voilà donc pour cette ville étrusque, mais cela nous a emmenés loin de notre urne funéraire.

 

L’urne est datée de la seconde moitié du troisième siècle avant Jésus-Christ, ou du début du deuxième. Ce que tient cet homme allongé sur le couvercle, c’est une phiale à omphalos. Deux mots qui nécessitent peut-être une explication0. La phiale est une coupe circulaire plate utilisée pour faire des libations, c’est-à-dire pour verser au sol ou sur une pierre d’autel du vin, du lait ou un autre liquide offert à un dieu. La libation n’est pas seulement une offrande (modeste, rien à voir avec le sacrifice d’un animal), c’est aussi un rite de purification avant le passage. Elle a donc tout à fait sa place dans les mains de l’homme que l’on enterre là. Quant à l’omphalos, ce mot grec signifie “nombril”, et désigne aussi le centre du monde, à Delphes. Dans ce sanctuaire, l’omphalos est une pierre ovoïde, celle-là même que Gaia a donnée emmaillotée comme un nouveau-né à avaler à son mari Cronos à la place du petit Zeus. Et l’omphalos est aussi une protubérance ovoïde, comme celle que l’on voit ici au centre de la phiale, avec valeur sacrée. Sur le socle, on discerne une inscription à lire de droite à gauche (non, ma photo n’est pas inversée!) qui dit en Étrusque LARΘ:TREPVM:LARΘAL, soit “ Larth Trepus, fils de Larth”.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Encore un couvercle d’urne funéraire en albâtre, provenant également de Chiusi et datant de la première moitié du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Je lis qu’il s’agit d’une figure féminine portant un éventail. Figure féminine, bien sûr, mais l’éventail… Parce que l’éventail de l’époque ne se replie pas en multiples plis comme celui des Espagnoles, mais est en forme de palette, peut-être la notice veut-elle dire que cette jeune femme tient le manche d’un éventail brisé. Ou alors j’ai mal regardé.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ceci est un fragment de cippe funéraire en “pierre fétide”. En effet, cette pierre a la particularité de dégager une forte odeur de soufre lorsqu’elle est travaillée. Par ailleurs, c’est une pierre fragile, en conséquence de quoi il ne reste aujourd’hui que des fragments des objets qui en sont faits. Elle date de 490-480 avant Jésus-Christ et provient de Chiusi. Elle représente une scène de “prothésis”, c’est-à-dire une scène d’exposition de la morte avant les cérémonies de son incinération et de son enterrement.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Encore de la pierre fétide pour ce fragment d’urne ou de cippe cinéraire, encore Chiusi, mais légèrement plus tard (vers 470-450 avant Jésus-Christ). C’est la préparation d’un sacrifice qui y est représentée. On voit l’autel, le feu, le taureau que l’on amène.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette urne cinéraire en albâtre a été réalisée dans le nommé “atelier des petites patères” (une patère est le nom latin des phiales) de Volterra (cf. mon article Volterra daté des 22 et 23 octobre 2009) dans le dernier quart du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Elle représente l’enlèvement d’Hélène par Pâris. Je la trouve particulièrement intéressante, parce qu’elle nous montre un équipage de voyage, non pas comme à l’époque mycénienne où se situe la Guerre de Troie, mais comme chez les Étrusques de l’époque hellénistique.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Laissons là les morts, leurs urnes et leurs cippes. Elle est de la fin du huitième siècle avant Jésus-Christ, cette belle pièce en terre cuite, un cratère à couvercle décoré de dessins géométriques et d’oiseaux d’inspiration grecque. Tout à l’heure, à propos de la trêve violée par les Romains en 280, j’ai évoqué la ville étrusque de Volci. C’est de là que viendrait ce cratère (“viendrait” au conditionnel, car le musée fait suivre le nom de la ville d’un point d’interrogation).

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Même Volci, avec le même point d’interrogation, pour ce trône en bronze à décor repoussé, du deuxième quart ou du milieu du septième siècle avant Jésus-Christ. Sur ma photo on voit les dessins qui ornent le dossier, mais il est difficile de distinguer sur la base le décor de figures masculines et d’animaux. Au moment où je transfère mes photos sur l’ordinateur et où je constate que l’on ne voit pas ce que je voudrais, il est trop tard pour retourner au musée! Mais je publie quand même l’image, parce qu’il est malgré tout intéressant de voir ce siège.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

On appelle bucchero un type de poterie étrusque cuit avec injection de fumée afin d’obtenir dans la masse une couleur noire uniforme destinée à imiter le métal, technique utilisée du septième au cinquième siècles avant Jésus-Christ. Mais peu à peu, on s’éloigne de l’imitation du métal, les formes s’alourdissent, le décor initialement gravé est de plus en plus souvent moulé en relief. L’objet ci-dessus est un brasero à décor en relief, en bucchero lourd, de la première moitié du sixième siècle. On ne dispose pas d’indication précise sur sa provenance, mais il semble qu’il ait été produit en Étrurie intérieure, du côté d’Orvieto ou de Chiusi.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quelques sculptures. Il y en a beaucoup, je choisis selon mon goût personnel, celles que je préfère. Cette statuette de bronze de la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ me paraît particulièrement gracieuse. J’aime le geste délicat pour retenir la robe.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce couple de bronze est contemporain de la statue féminine précédente. La société étrusque était de type patriarcal, comme la plupart des sociétés antiques occidentales, et la femme n’y était pas réellement l’égale de l’homme, et cela me fait aimer deux fois plus cette représentation d’un couple se tenant par les épaules et la taille, dans une attitude d’égalité et de partage. Il faut en effet se méfier des conclusions hâtives à partir des statuts sociaux officiels, car l’amour, la tendresse, le vécu quotidien partagé induisent entre les êtres des relations particulières. Et il ne s’agit pas d’une exception cachée au creux du foyer familial, puisque c’est une représentation sculptée sur ce qui était un chandelier.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Décor de candélabre également, en bronze, pour cette femme et son enfant, légèrement postérieure aux deux statuettes précédentes (première moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ). Là non plus l’attitude n’est pas conventionnelle et figée, mais elle est en mouvement, il y a complicité entre les deux personnages. Voilà pourquoi j’ai choisi ces trois petits bronzes.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quoiqu’étrusque et remontant au troisième siècle avant Jésus-Christ, ce buste féminin de terre cuite évoquerait presque, par son style, par le vêtement, un marbre romain d’époque classique. Il représente Ariane. Et lorsque, dans un musée, je vois le nom d’Ariane, je ne peux me retenir de déclamer ces merveilleux vers de Racine:

“Ariane, ma sœur, de quel amour blessée

Vous mourûtes au bord où vous fûtes laissée”.

 

Quant à la provenance elle mérite quelques mots. Nous sommes en Étrurie, dans l’actuelle province de Viterbe, à Civita Castellana, autrefois Faléries (Falerii). Non loin de là, en 398-397 avant Jésus-Christ, les Romains assiègent la ville étrusque de Veies. Une fois Veies prise, les Romains se tournent vers Falerii qu’ils assiègent, qu’ils prennent. Un siècle et demi plus tard, en 241, les habitants de Faleries se révoltent et dans ce genre de circonstances les Romains sont sans pitié, la ville est complètement rasée, et la,population est déportée dans la plaine à quelque distance. Une nouvelle Faléries se construit alors. Pour distinguer l’ancienne de la nouvelle, on parle alors de Falerii Veteres (Faléries-la-Vieille) et de Falerii Novi (Faléries-la-Neuve). C’est sur le site de Falerii Novi qu’a été trouvé ce buste d’Ariane.

“Ariane, ma sœur, de quel…”

Ah non! Stop! Cela suffit comme ça!

–Bon, bon, d’accord, je continue mentalement.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et à présent, trois miroirs du quatrième ou du troisième siècle avant Jésus-Christ. Aujourd’hui, et depuis l’introduction de l’usage du verre à l’époque romaine impériale, on applique du mercure, du tain ou autre métal blanc derrière le verre pour rendre la surface réfléchissante. Avant cela, le verre existait déjà, c’est vers 1500 avant Jésus-Christ qu’en Mésopotamie on fond le premier verre, mais on n’avait pas encore imaginé de l’utiliser pour fabriquer des miroirs. Le miroir antique est donc une pièce de métal bien poli. Les Étrusques en ont fabriqué un très grand nombre, aux sixième et cinquième siècles ornant le dos de motifs en relief, par la suite en gravant des motifs reproduisant des scènes mythologiques, souvent accompagnées de quelques mots en langue étrusque. Lorsqu’il s’agit de la mythologie grecque, il n’y a aucun problème d’interprétation, mais souvent aussi il s’agit de la mythologie locale, et alors malgré les inscriptions les scènes représentées restent souvent inexpliquées. La surface est légèrement bombée, et tantôt le manche est fondu avec le miroir, tantôt la base du miroir s’achève par une soie introduite dans un manche rapporté en ivoire, en os ou en bois.

 

Ce premier miroir, nous dit-on, représente Oeneus, Atalante, Méléagre et le fils de Thestios. Commençons par Atalante, qui a été élevée par une ourse dans la forêt et est devenue une redoutable chasseresse. Dans la région de Calydon, un terrible sanglier ravage les terres; Oeneus, le roi, charge son fils Méléagre de s’entourer de chasseurs et de débarrasser Calydon de ce monstre. Parmi les chasseurs, une seule femme, Atalante, et c’est elle qui parvient à frapper la première le sanglier, que Méléagre va achever. Et Atalante épouse Méléagre. Quant à Thestios, son nom ne me rappelle rien, je dois consulter Internet, où je trouve que le dieu Arès l’a engendré d’une mortelle, Démonicè, et qu’à son tour Thestios, ayant épousé Eurythémis, est le père de trois filles, dont Léda, et de quatre garçons, Iphiclos, Évippos, Plexippos et Eurypylos. L’un de ses fils étant représenté en compagnie de Méléagre et d’Atalante, cela m’amène à vérifier la liste des Argonautes dans Apollodore, et bingo! j'y trouve Iphiclos, fils de Thestios. Mais il se pose à moi un double problème car d’une part cette liste des personnages sur le miroir comporte quatre noms alors que j’en vois cinq, d’autre part la liste donne trois hommes et une femme, or je ne vois que deux hommes et trois femmes. Et j’ai beau agrandir ma photo en qualité originale (elle fait un peu plus de 8Mo, alors que pour publication ici je l’ai réduite à 56Ko) je ne vois aucun nom gravé.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Finalement, on n’est guère plus avancé avec ce genre d’explication que pour le miroir ci-dessus, où le musée avoue que la scène représentée est inexpliquée. Au centre, un homme nu converse avec une femme nue, tandis qu’à gauche une femme vêtue s’entretient avec un personnage nu qui semble être un homme –on voit mal– malgré des traits féminins. Autour du jeune homme nu, le musée propose de voir, avec de gros points d’interrogation, l’un des Dioscures, Athéna et Aphrodite.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Un dernier miroir. On nous dit qu’il s’agit du jugement de Pâris, lorsqu’il offre la pomme de discorde à Aphrodite, au détriment d’Athéna et de Héra. Soit. Pourtant, il n’y a aucun doute, si le jeune homme au centre peut fort bien être Pâris, il n’est entouré que de deux déesses, car le quatrième personnage, assis à gauche et habillé, est un homme d’âge mûr, avec une barbe qui ne peut appartenir à aucune des trois déesses. Là encore, j’ai beau agrandir ma photo originale (7,88Mo contre 54,3Ko), je ne trouve aucune inscription susceptible de m’éclairer. Mais qu’importe, après tout: les scènes gravées sur ces trois miroirs sont un enchantement à contempler, alors contemplons-les sans chercher à en savoir plus!

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