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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 23:55

La place et la basilique Saint-Marc… Dans mon dernier article, nous avons donné un coup d’œil de quelques heures sur Venise. C’est évidemment beaucoup trop court, et j’ai dit que nous comptions y revenir dans un, deux ou trois ans pour plus longtemps. Toutefois la place Saint-Marc et la splendide basilique sont si célèbres que je ne peux pas ne pas leur consacrer un article spécifique, même si ces lieux mériteraient plus et mieux. En fait, la place Saint-Marc se partage en trois, la grande piazza s’étend face à la basilique, la piazzetta perpendiculaire sur le côté droit de la basilique se développe jusqu’au Grand Canal, et sur le côté gauche de la basilique il y a un étroit prolongement de la grande piazza.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Côté lagune, le lion de saint Marc au sommet de sa colonne est un symbole assez puissant pour que je lui réserve la première place.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Repartons à l’autre extrémité de la place, sur le flanc gauche de la basilique. Ce bâtiment est le siège patriarcal. La plaque dit (je traduis): “En ce siège patriarcal, dans l’esprit de la mission de Venise illustrée par les saints Laurent, Justinien et Pie X, le cardinal Angelo Giuseppe Roncalli, pasteur et père très aimé, de 1953 à 1958, dans un recueillement profond a préparé l’immensité œcuménique et les ferments novateurs de son glorieux pontificat. Proclamé bienheureux Jean XXIII le 3 septembre 2000”. Après avoir été nonce en Bulgarie, puis en Turquie et, après la guerre, en France, le cardinal Roncalli est enfin, à 72 ans, nommé en Italie patriarche de Venise en 1953. C’est ce que dit cette plaque. Il ne devra laisser cette fonction que du fait de son élection au trône de saint Pierre en 1958.

 

Cette visite est de septembre 2013. Ne publiant mon texte qu'en 2016, je dois le compléter en précisant que le bienheureux Jean XXIII a été canonisé par son successeur le pape François le 27 avril 2014.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Dans le renfoncement de la place sur ce même flanc gauche de la basilique, se trouve ce grand lion de pierre rouge devant lequel les gens aiment bien se faire photographier et sur le dos duquel les enfants aiment grimper. On voit d’ailleurs que la peau est plus brillante et polie sur le dos, là où s’asseyent les enfants, et sur le museau, là où l’on s’appuie pour la photo. N’étant plus assez jeune pour avoir plaisir à escalader une sculpture, ni assez satisfait de mon apparence pour désirer voir ma représentation, je me contente de rester derrière le viseur.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Sur la place, devant la façade de la basilique, se dressent trois grandes hampes rouges sur lesquelles, aujourd’hui, n’est hissé aucun drapeau (on va les voir incessamment sur une photo de l’ensemble de la place). Leur base repose dans ce support métallique dont la fonte est décorée de bas-reliefs. Il semble que cela représente une scène mythologique que j’ai du mal à identifier.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013
Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

La première de ces photos, je l’ai prise sur la grande piazza, pour représenter le flanc gauche de la place en regardant la basilique. La seconde montre le bout de ce flanc, en approchant de la basilique. On voit notamment les trois hampes rouges dont je parlais tout à l’heure.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013
Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

À présent, sur la gauche de la piazzetta, j’ai photographié la somptueuse colonnade du palais ducal sur deux niveaux. L’entrée de ce Palais des Doges, pour la visite, est de l’autre côté, face à la lagune, mais nous n’avons pas le temps de visiter. Promis, ce sera pour la prochaine fois…

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013
Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Deux détails pour montrer la magnificence de la décoration. Chacun des nombreux chapiteaux, comme celui de ma seconde photo, a une signification, mais hélas nous n’avons pas le temps –cette fois-ci!– de les regarder un à un et d’en chercher l’explication… Si je vis assez longtemps, c’est promis, je le ferai la prochaine fois!

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Bien qu’elle soit défigurée par les échafaudages et protections de son ravalement, bien que la foule de touristes la cache partiellement, je me dois de montrer une image de la basilique Saint-Marc. J’ai un peu honte de publier une aussi affreuse photo, j’en ai pris plusieurs, mais les autres ne sont pas mieux. Il me faut bien assumer! Ici, la vue est prise de la grande piazza.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

J’ai eu l’occasion, dans un autre article (Istanbul 04: la ville romaine. Octobre-décembre 2012), de dire que la quatrième croisade dévoyée, en 1204, avait pillé Constantinople et, entre autres, avait volé quatre grands chevaux de cuivre doré qui ornaient le toit de l’enclos de départ des chevaux, dans l’hippodrome. Et j’écrivais alors “Les chevaux de l’hippodrome font partie du butin. Ils iront orner la façade de la basilique Saint-Marc. La Révolution française envoie le général Bonaparte pour la première campagne d’Italie. Il rapporte les chevaux à Paris, ils décorent désormais le sommet de l’arc de triomphe du Carrousel. Arrivent l’Empire, puis la chute de l’Empire. Les Autrichiens remettent les chevaux en place sur la basilique. De nos jours, pour les mettre à l’abri des intempéries, les chevaux de Constantinople sont au sec au musée de San Marco”. Ce sont donc des copies qui ont été placées ici sur la façade de la basilique et que l’on entr’aperçoit derrière les échafaudages qui gâchent la vue pendant les travaux.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Sur un angle de la basilique on peut voir cette curieuse sculpture de porphyre. Quatre hommes embrassés deux à deux. Il s’agit également d’un vol des Croisés de 1204 à Constantinople. On se rappelle qu’en 293 l’empereur Dioclétien avait décidé que, pour administrer cet immense empire romain, il était souhaitable de partager le pouvoir. Il y avait donc un Empire d’Orient et un Empire d’Occident. À la tête de chacun d’eux régnait un Auguste, secondé par un César, autrement dit un grand empereur avec un empereur-adjoint. On désigne ces quatre empereurs par le titre de tétrarques. Cette sculpture, probablement réalisée vers 300, représente les tétrarques.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Quelques-unes des sculptures de la façade. Ici un griffon tient dans ses pattes léonines un petit taureau. Peut-être doit-on voir dans cet animal fabuleux une représentation du Christ, et dans ce cas ce serait l’évangéliste saint Luc, dont le symbole est un taureau, qui serait ainsi sous sa protection.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Un homme agenouillé devant le lion qui représente saint Marc, cela demande à être interprété. Or j’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé d’explication. Je vais dont tenter ma propre interprétation. Saint Marc, l’évangéliste, aurait été martyrisé à Alexandrie, en Égypte, et enterré à Bucoles, un village proche d’Alexandrie. À partir de 622, date de l’Hégire de Mahomet, l’Islam se répand. Puis le culte chrétien est interdit, et les nombreux pèlerinages sur la tombe de Marc également. Alors deux marchands vénitiens s’emparent secrètement des reliques du saint, les placent dans un panier et les emportent, recouvertes de viande de porc. Aucun bon musulman ne pouvant toucher cette viande jugée impure par la religion, personne ne se rend compte du larcin, et les deux voleurs apportent à Venise les précieuses reliques. Cela se passait en 828. Mais le Doge, quoique fervent chrétien, donne la primauté à son pouvoir, et déclare haut et fort “Siamo Veneziani, poi Cristiani”, “Nous sommes Vénitiens, et ensuite Chrétiens”, ce qui n’est pas du goût du pape qui, malgré les paroles du Christ rapportées par ce même saint Marc dans son évangile (chapitre XII) “rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu”, se plaît à jouer les César et à intervenir dans le domaine politique. Aussi le doge ordonne-t-il que les reliques lui soient présentées à lui, et non à l’évêque. D’où ma proposition d’interprétation: cet homme agenouillé est le doge, reconnaissable en outre à son couvre-chef, et il accueille saint Marc symbolisé par le lion ailé dans l’église construite pour cela en 832. Cette église brûlera en 976 et sera reconstruite en 978, elle sera encore une fois reconstruite, plusieurs fois modifiée, mais cela n’a plus de rapport avec ce bas-relief.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Avec ce que je crois être le doge agenouillé devant saint Marc, nous sommes sur le côté droit de la basilique, mais au-dessus d’une porte latérale parallèle à la façade. Dans une niche du flanc de l’église elle-même, la lunette représente cette Vierge à l’Enfant en mosaïque, dont je trouve la facture très byzantine. D’ailleurs le visage de la Vierge est encadré de quatre lettres grecques, qui signifient “Mère du Christ, Fils de Dieu”, comme sur les icônes grecques de Constantinople et d’ailleurs.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013
Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013
Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Encore deux lunettes. Sur ma première photo, ces symboles des quatre évangélistes se trouvent au-dessus du portail de gauche, sur la façade. Sur ma deuxième photo, avec sur ma troisième photo un gros plan sur la Nativité dans la même lunette, nous sommes passés sur le flanc gauche (donc nord) de la basilique. Le style architectural de cette dernière est, il me semble, très oriental.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Mais pénétrons dans cette basilique. Elle est très grande, certes, mais moins haute que l’on pourrait s’y attendre, moins imposante que d’autres grandes églises d’Europe, mais cela tient au fait que nous sommes sur la lagune, la basilique comme la place sont construites au-dessus de l’eau, sur pilotis, et cela crée des contraintes quant au poids de l’ensemble.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013
Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Pour cette visite qui doit être rapide, je voudrais toutefois m’attarder quelques instants sur les mosaïques, comme celle de cette coupole, ruisselant d’or. Ou cet ange juste en-dessous (on en voit la tête au bas de ma photo de la coupole).

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013
Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013
Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Il y a encore des mosaïques représentant des scènes rapportées dans les évangiles, comme le Lavement des pieds, lorsque, avant de s’attabler pour la Cène du Jeudi Saint, Jésus a procédé au lavement rituel des pieds des apôtres. Ou le baiser de Judas, qui ainsi désigne Jésus aux soldats romains qui vont s’emparer de lui, avec à côté une représentation de Jésus emmené, avec la couronne d’épines sur la tête, et le manteau rouge d’empereur dont il a été revêtu par moquerie. Il va être chargé de la croix qu’on lui apporte. La troisième de mes photos représente saint Thomas mettant ses doigts dans la plaie au flanc du Christ: Jésus, après sa mort, était apparu aux autres apôtres, alors que les portes étaient fermées. Quand ils l’ont raconté à Thomas, il n’a pu croire en ce fait surnaturel: “Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas” (saint Jean, chapitre 20). Et, la semaine suivante, en présence de Thomas, Jésus apparaît de nouveau et Thomas le reconnaît.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013
Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013
Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Si l’on baisse les yeux, on constate que le sol est revêtu de mosaïques non moins admirables, et extrêmement variées dans leurs formes et leurs couleurs.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013
Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013
Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Sur la clôture du chœur, quatorze personnages sculptés dans le bois encadrent le Christ crucifié. Là encore, malheureusement, je manque de temps (et de documentation) pour les identifier. Mais si, comme il me semble, il y a deux femmes parmi eux, peut-être s’agit-il des douze apôtres, plus Marie et Marie-Madeleine. Je devrai donc, lors de notre prochaine visite… etc., etc.

Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013
Venise San Marco. Mardi 24 septembre 2013

Eh bien, puisqu’aujourd’hui mes explications sont soit vagues, soit hypothétiques, je me contente pour finir de montrer ces deux dernières images, sans chercher à les commenter davantage.

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Published by Thierry Jamard
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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 23:55

Nous avions gagné Trieste pour y prendre le ferry vers la Grèce. Un petit tour, nous ne parvenons pas à nous garer, nous filons sur Venise. Nous n’y sommes venus qu’une seule fois il y a quelques années, nous reverrons avec plaisir la Sérénissime. Oh, pas pour la visiter, ce ne seront qu’un jour ou deux (oui, plutôt deux, comment repartir aussi vite?) avant de retourner vers le port de Trieste pour nous embarquer, à moins que nous ne prenions le ferry qu’à son escale d’Ancône. Nous verrons cela plus tard.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013
Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013
Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Le camping est sur le continent, en face de la ville. Ce n’est pas une ligne de vaporetto qui passe par là, mais on prend quand même un bateau navette, un traghetto, pour se rendre en ville. Le trajet est assez cher, il est possible aussi de se rendre en bus à bien meilleur marché, mais cela ce sera si nous revenons passer plus de temps. Cette fois-ci, nous économisons notre temps, pas nos sous. D’un côté de la lagune, un grand port, des industries gâchent le paysage, et surtout causent de graves dommages environnementaux, par l’envasement de la lagune. Puisque nous, simples touristes, n’y pouvons rien, détournons pudiquement les yeux. Et de l’autre côté, la vue est nettement plus flatteuse.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Car heureusement Venise a su se préserver du bétonnage qui sévit un peu partout et défigure les plus beaux endroits de la planète. Les Vénitiens, dans le passé, on bien pu tirer sur le Parthénon et faire voler son toit en éclats, ils ont su soigner leur cité. Témoins ces belles façades anciennes qui enchantent la vue au fur et à mesure que l’on s’approche du débarcadère de Zattere.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013
Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Des hommes illustres, d’abord. Niccolò Tommaseo (1802-1874), sur ma première photo, n’est pas vénitien. Il n’est même pas né sur le territoire italien d’aujourd’hui, mais en Croatie, qui était alors territoire italien. “Ce siècle avait deux ans, Rome remplaçait Sparte…”, cela c’est pour Victor Hugo. Pour Tommaseo, les luttes symbolisées par Sparte, ce sera pour plus tard, lors de l’unification de l’Italie. Ses idées et ses écrits nationalistes favorables au Risorgimento le contraignirent d’abord à s’exiler à Paris, puis en 1848 le voilà prisonnier à Venise. Plus tard, il devra de nouveau s’exiler, à Corfou cette fois-ci. Mais, en dehors de ses prises de position politiques, il est surtout connu pour son œuvre de grand linguiste.

 

L’autre statue représente Carlo Goldoni (1707-1793). Lui, c’est un Vénitien pur jus. Enfant, il aime jouer avec un théâtre de marionnettes. Plus tard, quoiqu’étudiant en droit, c’est pour la comédie grecque et la comédie latine qu’il se passionne. Avocat, il consacrera une grande partie de son temps à écrire des tragédies. Bientôt, il va complètement abandonner toute carrière juridique pour se consacrer à l’écriture de comédies, se rendant compte qu’il est plus doué pour cela que pour la tragédie. Mal reconnu par les siens, il part pour Paris en 1762, y dirige le Théâtre-Italien, enseigne la langue italienne aux princesses royales, et désormais écrit plusieurs de ses pièces en français. Louis XVI lui accorde une pension qui le met définitivement hors du besoin. C’est à Paris que meurt ce Vénitien en pleine révolution.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013
Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013
Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013
Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

En dehors de la place Saint-Marc, de sa basilique, de son Palais des Doges, en dehors aussi de son édification sur des canaux, en dehors du Pont des Soupirs, l’un des lieux les plus célèbres de Venise, c’est le Rialto, ce grand pont qui enjambe le Grand Canal au cœur de la ville. Certes, il est important pour la circulation, car pour traverser le Grand canal autrement qu’en bateau, si l’on excepte le grand ponte della Costituzione du côté de la gare routière, il n’y a qu’un pont en face de la gare, le Ponte degli Scalzi, le Rialto au centre, et le Ponte dell’Accademia à l’autre bout; mais sa célébrité tient à tout autre chose. D’abord il y a son architecture, son aspect inimitable. Ensuite, c’est un pont très ancien puisque sa construction remonte à 1588-1591 (le plus ancien pont de Paris, le Pont Neuf, a été construit de 1578 à 1607). Et puis il y a son histoire: sur son ancêtre, au quatorzième siècle, se tient une bourse des armateurs sans laquelle la célèbre et puissante flotte vénitienne n’aurait pas existé, effondré au quinzième siècle il est reconstruit en bois avec, comme sur le Ponte Vecchio de Florence, des boutiques de chaque côté, jusqu’à ce qu’il soit enfin décidé de le remplacer par le pont actuel.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Comme le pont de bois qu’il remplace, l’actuel Rialto de pierre comporte une allée centrale bordée de part et d’autre de boutiques. Mais il y a en outre, à l’extérieur, de chaque côté, une autre allée. Au centre du pont, c’est-à-dire dans sa partie la plus haute, une arche permet de passer d’une allée extérieure à la rue du centre. Mes photos, prises de nuit à près de 22h30, le montrent quelque peu désert, mais on peut imaginer l’animation en pleine journée!

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Lorsque l’on franchit le Ponte dell’Accademia sur le Grand Canal, si j’en crois tous les touristes que je vois, c’est un impératif moral (?) de prendre une photo. Comment, dès lors, me soustraire à cette obligation? L’église dont on voit le gigantesque dôme, sur la droite, est Santa Maria della Salute.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013
Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Je ne multiplierai pas les photos de beaux monuments. C’est sûr, dans un, deux ou trois ans, nous avons la ferme intention de revenir et de passer à Venise deux ou trois semaines, peut-être même un mois. À ce moment-là, je pourrai détailler bien des choses. Ma première photo, ici, montre l’Institut des Sciences, Lettres et Arts. Sur la seconde, on voit que de très belles demeures anciennes sont parfois en piteux état en attente de leur restauration. Mais dans ce périmètre protégé, il n’est pas question –heureusement– de les abattre pour faire du neuf, même imité de l’ancien.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

La basilique de San Giorgio Maggiore, édifiée sur une île à laquelle elle a donné son nom et qui est située en face de l’île principale, est une œuvre de Palladio, qui en a établi les plans et qui en a commencé la construction en 1566, mais il meurt en 1580 et elle ne sera achevée qu’en 1610. Nous avons manqué de temps pour effectuer la traversée.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Lorsque, venant du camping, on débarque à Zattere, c’est cette grande église blanche qui est le premier monument de Venise que l’on voit. C’est Santa Maria del Rosario, une église de Jésuites du dix-huitième siècle.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Tout à l’heure, nous avons vu, du Ponte dell’Accademia, cette grosse église blanche, Santa Maria della Salute, Sainte-Marie-de-la-Santé. De la santé? L’explication en est simple: en 1630, éclate à Venise une terrible épidémie de peste. On construit alors, dès 1631, une église en l’honneur de la Vierge pour obtenir d’elle la fin de l’épidémie. Le retour à la santé est assuré en 1632, néanmoins près du tiers de la ville y a laissé la vie. La consécration de l’église achevée n’aura lieu qu’en 1687. Comme chacun sait, les bâtiments de la lagune ne doivent leur stabilité qu’à leur construction sur des pilotis reposant sur un sol dur sous le fond de la mer, mais je lis dans Wikipédia que cette église est soutenue par un million cent cinquante-six mille six cent vingt-sept pilotis, le plus grand nombre pour les constructions de Venise.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Encore une église, de l’intérieur cette fois-ci. Presque toutes les églises de Venise comportent des œuvres d’art qui, ailleurs, seraient placées dans des musées. Sur le mur de chacune d’elles, près du portail d’entrée, une plaque signale des œuvres du Tintoret, de Lotto, de Véronèse… Ici, nous sommes dans l’église San Vidal, et nous voyons une fresque que Carpaccio (vers 1460-1525 ou 1526) a réalisée en 1514 et qui représente San Vitale, ou San Vidal en dialecte vénitien, à cheval avec huit saints.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

De chaque côté de la fresque de Carpaccio, une colonne, et près de la colonne une grande statue. Celle que je montre est sur le côté gauche, c’est une allégorie de la Foi, par Antonio Gai. Ah, mon ignorance et mon inculture! Je ne connaissais pas ce sculpteur vénitien (1689-1769), et j’ai pris cette photo uniquement parce que la statue me plaît, avec ce rendu merveilleux de la transparence du voile sur le visage, avec ce travail du drapé. Dans l’église, la notice situe la réalisation de la statue fin dix-septième siècle ou début dix-huitième. Mais si cet artiste est né en 1689 comme le dit la notice, ou même en 1686 comme le dit Wikipédia, il n’avait que 11 ou 14 ans en 1700. Il est donc évident que la statue est du dix-huitième siècle. Début du siècle, si l’on veut…

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

En contournant la ville par le nord, on peut voir les grands murs de brique qui la protégeaient, surmontés de créneaux, et s’ouvrant de loin en loin par une arche basse pour permettre le contact d’un canal avec la haute mer.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013
Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Avant de quitter la ville, deux images traditionnelles. La première, c’est une ruelle en bordure de canal, couverte par un portique. C’est ce que les Vénitiens appellent un sous-portique, un sotoportego. L’autre, ce sont quelques gondoles amarrées dans le Grand Canal, près du Rialto, devant un restaurant. Car si, tout à l’heure, j’ai cité la place St-Marc et le Rialto, c’est parce que je me limitais à l’architecture. Mais nul n’ignore les gondoles vénitiennes. C’est même tellement traditionnel que la balade d’une demi-heure est hors de prix. Et sans arnaque, parce que les tarifs sont affichés en gros caractères et dans de nombreuses langues.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Mon prochain article sera réservé à la place Saint-Marc et à la basilique. Avant de quitter Venise, j’ajouterai encore un article sur deux îles, San Michele et Murano. Et nous quitterons Venise. Je m’en tiendrai là, donc, pour notre bref passage de cette année. Mais il reste un lieu à évoquer, si curieux que cela puisse paraître, c’est le camping Fusina. Car c’est plus qu’un camping, c’est l’œuvre du plus grand, du plus célèbre architecte italien du vingtième siècle, Carlo Scarpa.

 

Angelo, notre ami palermitain titulaire de diplômes d’art, peintre et photographe, chargé de la pédagogie au palazzo Abatellis, un grand musée de Palerme, est en admiration devant lui, qui a réalisé les aménagements de son musée dans les années 1950, et il se révolte à chaque fois que la direction du musée ou des ingénieurs de seconde zone viennent modifier les espaces génialement créés par Scarpa, car ce qui caractérise son art c’est précisément la création d’espaces. J’avoue que ce nom ne m’était pas connu auparavant, mais Angelo me l’a fait découvrir, et à plusieurs reprises il nous a emmenés voir des réalisations de Scarpa. Aussi, quand j’ai lu son nom sur le camping Fusina, je n’ai pu rester indifférent. Des panneaux explicatifs sont posés aux points stratégiques afin d’éclairer les visiteurs. On y apprend par exemple qu’il a été chargé, à l’occasion de la Biennale de Venise 1957, de créer le pavillon du Venezuela, et en ville le magasin Olivetti. Pour accueillir les visiteurs, il devait en outre créer un camping. Ci-dessus, la reproduction d’un dessin préparatoire de la main du maître.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Ce que l’on voit d’abord, on s’en doute, c’est la réception. Carlo Scarpa a nommé ce bâtiment la Boussole. Ce nom se justifie par le fait que le muret bas et circulaire est surmonté d’un “origami”, autrement dit d’une structure comparée à du papier plié, et les angles en forment une rose des vents pointant les Alpes, le Veneto, la rivière Brenta, Venise, le camping.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013
Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Le restaurant et le bar. Carlo Scarpa a voulu créer une ligne partant de la réception et allant tout droit à la lagune, par l’alignement du restaurant, du bar et de la superette. Mais en même temps il a rompu la monotonie en adoptant des formes variées et en multipliant les ouvertures informelles pour dispenser la lumière à l’intérieur tout en évitant la monotonie à l’extérieur.

Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013
Petit tour à Venise. 24 et 25 septembre 2013

Plus loin, toujours dans l’alignement, on trouve un bloc de sanitaires. En fait, un peu plus loin encore, s’ouvre un espace autour duquel s’organisent à gauche les douches, en face les toilettes, à droite les machines à laver. Ce que je montre ici c’est la ligne des lavabos derrière lesquels sont situés les éviers pour la vaisselle.

 

Dans le parc, sont en outre disséminées des sculptures. Je traduis ce que dit l’affiche: “Nous accueillons et nous proposons aux artistes sculpteurs du monde entier, russes, australiens, hongrois, italiens… de travailler sur les lieux, en mettant à leur disposition notre espace, les matériaux et nos artisans”. Intéressant.

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 23:55

Postojna, cette petite ville de Slovénie, n’était nullement dans notre programme. Samedi matin, nous avons quitté l’aire d’autoroute où nous avons passé la nuit, et nous roulions tranquillement à 100 ou 110 kilomètres à l’heure quand retentit soudain une forte explosion, et le camping-car se met à zigzaguer violemment. Je me suis arcbouté sur le volant pour le maintenir tant bien que mal sur la chaussée, sans toucher le rail à gauche ni monter sur le bas-côté à droite, tout en le freinant précautionneusement pour ne pas augmenter la dérive, jusqu’à ce que je puisse me garer sur la bande d’arrêt d’urgence. Heureusement, l’autoroute était déserte, car j’étais allé de la voie de droite à celle de gauche et inversement. Gilet réfléchissant sur le dos, triangle de pré-signalisation à deux cents mètres, un autre plus près, le gros morceau de pneu éclaté ôté de la chaussée, j’appelle les secours. Impossible de changer la roue sur la bande d’arrêt d’urgence, on emmène le camping-car sur un plateau, et on nous dépose à Postojna où il y a une aire de stationnement payante pour camping-cars, car la ville est très touristique (je vais y revenir dans un instant).

 

Notre camping-car est si stupidement conçu que la roue de secours est logée dans un endroit si bas qu’il faut monter le véhicule sur cric pour l’extraire. Mais nous n’avons qu’un cric, et on ne peut à la fois démonter la roue et prendre la nouvelle roue. Il nous faudra attendre jusqu’à lundi pour que le dépanneur vienne nous rechercher, et emmène le camping-car, toujours sur son plateau, à Ljubljana, où un garage pourra nous fournir deux pneus adaptés, car il est préférable de chausser de neuf en même temps les deux roues d’un même train pour que leur degré d’usure soit le même. Samedi après-midi, nous avons pourvu à notre approvisionnement dans la petite ville, puis avons passé la soirée dans un bar pour profiter de la Wi-Fi et de la connexion électrique pour nos ordinateurs. Voilà pourquoi en ce dimanche, bloqués sur place, nous avons fait un petit tour non prévu dans Postojna.

Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013
Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013

Parce qu’elle est petite, parce qu’elle a su préserver son environnement du fait d’une activité touristique ancienne, Postojna comporte de très agréables aménagements verts. C’est le Park Postojnska Jama, soit Parc de la Grotte de Postojna. Et parce qu’elle n’est pas une agglomération moderne, la ville a pu conserver des équipements de son passé, comme ces roues de moulin.

Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013

Sur la grand-place, la Municipalité a posé une multitude de ces plaques donnant les grandes dates de Postojna, en une longue file qui ondule comme le corps d’un animal. Comme un protée, peut-être? Dans quelques instants, je vais expliquer pourquoi je dis cela. Ces plaques, c’est fort instructif. On voit, sur cette première plaque, que c’est en 1226 que l’on trouve la première mention de la ville. Sa création remonte donc, au moins, au début du treizième siècle. Il n’est pas dit si ce nom apparaît alors en latin (ce qui est probable), ou dans une langue “moderne”, mais ce n’est qu’en 1369 que le nom slovène de Postojna apparaît. Je saute à pieds joints par-dessus nombre d’étapes pour arriver à une date qui va changer la vie de la ville, c’est 1818, quand Luka Čeč découvre l’immense grotte et s’exclame “C’est un nouveau monde! C’est le paradis!” (notons toutefois que des graffiti du treizième siècle prouvent qu’on y avait déjà pénétré auparavant).

 

Et voilà, le tourisme à Postojna est lancé, puisque dès 1819 la grotte est ouverte à la visite. En 1857, est ouverte la ligne de chemin de fer de Vienne à Trieste (qui, à l’époque, est encore aux mains des Habsbourg), et lors du voyage inaugural l’empereur François-Joseph fait une halte à Postojna pour visiter la grotte. La grotte est immense, et en 1872 on y crée une ligne de chemin de fer intérieure, une première mondiale pour une visite spéléologique. Il faut dire que cette immense cavité souterraine comporte vingt-sept kilomètres de galeries. En 1909, Postojna obtient le statut de ville. En 1971, le dix millionième visiteur pénètre dans la grotte. Nous sommes alors dans la Yougoslavie du maréchal Tito. En 1972, le premier tronçon d’autoroute de Yougoslavie est ouvert entre Postojna et Vrhnika (plus au nord, en allant vers Ljubljana), sur une trentaine de kilomètres. Hé oui, un pneu peut y éclater, mais cette autoroute est en parfait état et semble construite de l’année dernière. En 1984, c’est le vingt millionième visiteur qui est comptabilisé. En 1996, un visiteur illustre s’y rend, le pape Jean-Paul II. En 2003, le trente millionième touriste. L’entrée, sans le train qui est en supplément, est à 22,90€ pour les adultes, 18,30 pour les étudiants, 13,70 pour les enfants. De quoi bien remplir les caisses de la société qui exploite les lieux. J’aurais volontiers jeté un coup d’œil, mais Natacha déteste les grottes, alors vu les tarifs nous décidons d’être avares et de zapper la visite.

Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013
Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013
Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013

Vu ce qui a rendu célèbre Postojna, on n’est pas étonné de voir que ce grand bâtiment appartient à l’Union Internationale de Spéléologie (plaque bilingue français et slovène). Cet animal, sur la façade, peut surprendre. C’est un amphibien extrêmement rare qui vit dans la grotte de Postojna, nommé protée anguillard (Proteus anguinus), proche de la salamandre, mais uniquement aquatique. Adapté à une existence dans l’obscurité totale et permanente, il est aveugle quoique ses yeux soient fonctionnellement normaux, et se guide exclusivement à l’odorat, au toucher et à l’ouïe. D’autre part, sa peau n’est pas pigmentée, elle est blanche, et par là rappelle la peau humaine, ce qui le fait nommer populairement poisson humain. Autre particularité, sa nourriture –petits crabes, insectes– est rare dans les grottes, aussi est-il capable de se nourrir de ses propres tissus lorsque ce qu’il a stocké dans son foie sous forme de glycogène et de lipides est épuisé. Compte tenu que l’espérance de vie de cet animal, extrêmement longue, est de près de soixante-dix ans, certains dépassant les cent ans, des protées observés en laboratoire sont parvenus à survivre dix ans sans manger. Il est arrivé que des crues des rivières souterraines expulsent des protées des fissures de roches où ils vivent, et en les voyant dans les cours d’eau à ciel ouvert les habitants croyaient que c’étaient des bébés de dragons, d’où la conviction que des dragons, des vrais, des grands, vivaient sous le sol.

Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013

Parce qu’à l’étranger je ne reçois pas Internet sur mon smartphone, je n’ai accès à mon traducteur que lorsque je me connecte avec l’ordinateur, en rentrant le soir. La conséquence de cela, c’est que stupidement je n’ai photographié ce combattant que sous cet angle, et que visiblement le texte se prolongeait sur les autres côtés, car ce que l’on peut lire sur ma photo, sur le socle, dit “Les combattants de la liberté tombés dans…” dans quoi? Dans la lutte? Dans la Yougoslavie? Dans Postojna? Considérant le style de la statue, il est clair qu’elle ne concerne pas les événements qui ont mis fin au régime communiste et ont provoqué l’éclatement de la Yougoslavie, mais bien plutôt les événements de la Seconde Guerre Mondiale.

Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013

Ce buste est celui de Miroslav Vilhar (1818-1871), un poète, dramaturge et politicien slovène. Avant d’aller poursuivre ses études à Ljubljana, il a été élève de l’école primaire de Postojna. Il a étudié le droit à Graz, et c’est dès cette époque qu’il a commencé à publier des poèmes en allemand. Revenu dans son village de Planina, sur le territoire de la municipalité de Postojna, il prend conscience des idées nationalistes qui commencent à se répandre et qui font que dans l’immense empire austro-hongrois les populations, peu à peu, sentent que les différences de langue correspondent à des différences culturelles. Vilhar alors apprend la langue slovène et se met à l’utiliser pour ses œuvres, poèmes qu’il met lui-même en musique pour en faire des chansons. Comme journaliste, il écrit dans la plupart des revues. Marié, il a neuf enfants dont les naissances s’étalent de 1845 à 1858. Pour leur scolarisation mais aussi pour prendre part à l’action politique, il déménage avec sa famille et s’installe à Ljubljana. En 1861 il est élu député. Comme journaliste il publie des articles politiques pro-slovènes, ce qui lui vaudra une condamnation à six semaines de prison. Par la suite, il consacrera son activité créatrice à l’écriture de pièces de théâtre.

Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013
Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013
Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013
Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013

Pour terminer cette très brève et partielle visite de Postojna, jetons un coup d’œil à l’église. Cerkev Sv. Štefana, cela signifie Église de St-Stéphane, ou St-Étienne. Elle est, comme celles que nous avons aperçues à Ljubljana, de style baroque.

 

Si un jour nous avons l’occasion de revenir en Slovénie, par exemple pour voir Ljubljana plus longuement et de jour, il nous faudra prévoir une pause à Postojna, à laquelle nous n’aurions pas pensé sans cette panne…

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 23:55

Une halte sur notre route vers Trieste. Il est tard quand nous arrivons à Ljubljana, la capitale slovène; je crois qu’il existe un camping, mais la réception en est peut-être fermée à cette heure-ci, et puis flemme de le rechercher, flemme de nous installer pour ne passer qu’une nuit… Nous préférons passer une heure ou deux à déambuler dans les rues de la ville pour voir à quoi elle ressemble, voir comment les Slovènes passent la soirée, et puis reprendre l’autoroute et passer la nuit sur une aire de repos afin de repartir demain matin sans avoir presque rien à préparer. Après tout, c’est bien pour cela que le camping-car est équipé d’une douche chaude et de tous les équipements ménagers nécessaires. Ce que nous ne savons pas, c’est que demain matin un incident va nous bloquer le week-end, en attendant de revenir lundi à Ljubljana pour régler le problème. Mais cela je le raconterai dans mon prochain article car, en dehors d’une matinée de lundi passée dans un garage d’un quartier périphérique de la capitale, et le désir de gagner ensuite l’Italie au plus tôt, nous n’avons rien vu de plus à Ljubljana. Tenons-nous-en donc au petit tour du vendredi soir.

Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013

D’abord, la cathédrale. Je regarde les “propriétés” de mes photos de cette ville: la première, je l’ai prise à 22h09, la dernière à 23h37. Dans cette fourchette horaire, bien évidemment, nous ne pourrons pénétrer dans aucune église. Alors, seulement l’extérieur. Construite de 1701 à 1706, la cathédrale est vouée à saint Nicolas.

Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013
Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013

Ce pont, ces immeubles anciens, tout ce cadre, c’est l’image la plus marquante qui me reste de Ljubljana, avec surtout cette belle église franciscaine de l’Annonciation. Cette construction baroque date du milieu du dix-septième siècle (1646-1660).

Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013

Ici je n’ai pas relevé le nom de l’église. En fait, j’ai surtout été impressionné par l’effet que produisaient ces nuages pommelés qui couraient sur la lune.

Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013
Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013
Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013

Poursuivons notre petite balade dans les rues. Nous passons devant la chanoinerie dont la façade baroque peinte est, est-il dit, antérieure à 1600 (ma première photo ci-dessus). La lourde porte en bronze de ma deuxième photo clôt le palais épiscopal dont le bâtiment remonte à 1512, mais dont la façade a été reconstruite en 1778. Les atlantes qui ornent le bâtiment de ma troisième photo sont surmontés d’une inscription en latin, “Virtuti et Musis”, c’est-à-dire “au Courage et aux Muses”.

Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013
Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013
Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013

Mais l’impression (très rapide, trop rapide hélas) que peut donner une ville ne tient pas tant aux détails, style d’une façade, sculpture décorative, qu’à l’aspect global de ses rues et de ses places. C’est pourquoi j’ai pris cette photo d’une rue qui, visiblement, s’apprête à recevoir demain un marché. Je m’arrête devant une enseigne: le slovène est une langue slave, je sais qu’en russe рыба (ryba) désigne le poisson, je suppose que ribarnica, en slovène, doit vouloir dire poissonnerie. En m’approchant, je constate que l’illustration en bas-relief représente des pêcheurs tirant leur filet. Et puis, dans les villes où nous passons –cela c’est ma petite manie– j’aime bien photographier les plaques d’égout quand elles représentent les armes de la cité.

Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013

Nous l’avons vu précédemment avec plusieurs façades baroques, la ville est très ornée de sculptures. Je vais en montrer quelques-unes. Ici, sur une fontaine, c’est Hercule terrassant l’Hydre de Lerne, l’un de ses douze travaux.

Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013

Mais il y a aussi des représentations de personnages illustres parmi lesquels, bien sûr, les personnalités slovènes sont à l’honneur. Personnalités telles que France Prešeren (1800-1849), un poète romantique. Incapable d’apprécier sa poésie puisque je ne parle pas un mot de slovène, je suis réduit à voir l’extérieur de sa vie, un avocat alcoolique (il meurt d’une cirrhose du foie), ennemi de l’autoritarisme autrichien auquel est soumis son pays, qui se réjouit de la révolution de mars 1848 aboutissant à la démission de Metternich et à l’octroi d’une constitution par l’empereur Ferdinand Premier.

Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013
Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013

Autre personnalité slovène, Lili Novy (1885-1958), une poétesse lyrique, dont le buste est plaqué sur la façade de sa maison (sur ma seconde photo, on le distingue sur le montant gauche du porche). De père allemand et de mère slovène, elle a commencé à écrire en allemand, puis elle a effectué des traductions germano-slovènes de Prešeren, puis de Goethe. De son vivant, un seul recueil de ses poèmes a été publié, en 1941.

Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013
Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013
Ljubljana. Vendredi 20 septembre 2013

Autre grand slovène, qu’il est inutile de présenter tant il est célèbre, c’est Mahler. Sous le bronze qui le représente, la plaque dit seulement “Gustav Mahler, compositeur et chef d’orchestre, a vécu dans cette maison pendant la saison 1881-1882”. Je montre aussi la façade où sont fixés le bronze et la plaque.

 

Rappelons seulement que ce musicien (1860-1911) est né en Bohême dans l’Empire autrichien dans une famille juive, mais s’est fait baptiser en 1897. Refusant de renier son judaïsme tout en se rattachant au catholicisme, il a beaucoup souffert, à Vienne, de l’antisémitisme qui brûlait l’Europe en cette fin de dix-neuvième siècle et début du vingtième. C’est pourquoi il est important pour sa mémoire, je pense, d’insister sur le fait que sa conversion n’était nullement opportuniste, puisqu’il tenait à se présenter comme juif.

 

Son art créateur, très moderne, n’a pas été bien compris de son vivant, et c’est surtout comme chef d’orchestre qu’il était réputé. Mais c’est de lui que je parle le plus ici à Ljubljana, alors qu’il n’est pas slovène et qu’il n’a passé ici qu’une saison. Eh bien, quittons à présent cette ville qui m’a paru fort sympathique, et où il faudra revenir.

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 23:55

Nous avons quitté Prague et nous nous dirigeons vers l’Italie via la Slovaquie, la Slovénie, l’Autriche, pour prendre le ferry en direction de la Grèce. L’autoroute passe près de Brno, grande ville de la République Tchèque, dans le secteur où s’est déroulée, le 2 décembre 1805, la Bataille des Trois Empereurs (France, Autriche, Russie), la célèbre bataille d’Austerlitz, grande victoire de Napoléon Premier, pour le premier anniversaire de son sacre comme empereur.

 

À moins de disposer d’une carte d’état-major, il est difficile de localiser le monument commémoratif. En pareil cas, généralement je consulte Google Earth et, où la densité des photos est grande, il y a de fortes chances que là se trouve ce que je recherche. Mais pour Austerlitz, il semble que les touristes n’aient que peu appuyé sur le déclencheur… Pour qui est intéressé par cette visite, disons que le monument se trouve un peu au sud du village de Prace, au sud-est de Brno. Et si l’on dispose d’un GPS, l’accès du parking se trouve précisément à N49°07’37,92” et E16°45’40,46”.

Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013

L’empire d’Autriche, gouverné par les Habsbourg, régnait sur ce lieu. Aujourd’hui, pas question de prendre parti pour l’un ou pour l’autre des trois empereurs, ce monument est élevé à la mémoire des soldats morts sur ce champ de bataille, quelle que soit leur nationalité ou la nation pour laquelle ils se battaient.

Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013

Des plaques plurilingues le disent en français, en tchèque, en allemand, en russe. Sur la façade, on lit “En mémoire des guerriers autrichiens, russes et français morts dans la bataille d’Austerlitz le 2 décembre 1805”. Au-dessus, sur chacun des côtés de la colonne qui s’élève sur un plan quadrangulaire, une plaque de bronze dit, dans ces mêmes langues “Pardonnez-leur, ô Dieu de miséricorde! Seigneur Jésus plein de bonté donnez-leur le repos éternel”. Comme on peut le constater, ce monument n’a rien de belliqueux, et l’on reproche davantage aux soldats de s’être entretués que d’avoir soutenu le parti de tel ou tel pays. En fait, c’est le Père Alois Slovák, un prêtre catholique, qui est à l’origine de ce “tumulus de la paix”.

Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013

À chacun des angles, se dresse un soldat appuyé sur son bouclier. Il y avait trois armées, et il y a quatre angles… Sur les boucliers, en conséquence, on lit les quatre pays suivants: Russie, France, Moravie, Autriche. Au sein de la République Tchèque, Prague est en Bohême, mais Brno et ici Austerlitz sont dans une autre province, la Moravie.

Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013

Confirmant l’intention de deuil exprimée par ce grand monument, sur la façade une porte est encadrée de deux belles statues de pleureuses. La porte était fermée. J’ignore, d’une part, ce qu’il y a à l’intérieur et s’il y a quelque chose à visiter (peut-être est-ce un musée?), et d’autre part dans l’affirmative quels sont les jours et heures de visite. Nous sommes arrivés fort tard, il était près de 19 heures, et nous ne faisons que passer, je ne pourrai en dire ou en montrer plus…

Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013

Voici le champ de bataille d’Austerlitz, 12 kilomètres sur 8. Nous sommes sur une butte, et le terrain autour de nous, un peu boisé, était nu à l’époque, offrant un excellent champ visuel. C’est pourquoi notre butte avait été choisie par l’empereur d’Autriche François II et le tsar de Russie Alexandre Ier pour observer et diriger les combats. Sur Google Earth, je promène ma souris: la butte culmine à 324 mètres au-dessus du niveau de la mer, et autour on descend très vite à 200 ou même à 190 mètres.

 

Les mouvements des troupes ont débuté en pleine nuit, mais c’est vers 7 heures que commencent les affrontements les plus violents. En ce qui concerne cette butte où nous sommes, c’est à 11 heures qu’elle change de mains. Les manœuvres dans le brouillard épais du petit matin avaient causé des erreurs d’orientation, et quand soudain le brouillard se dissipe et que dans l’air froid de ce décembre continental le soleil est soudain resplendissant, alors –raconte Tolstoï dans Guerre et paix– “Napoléon, comme s’il n’avait attendu que ce moment, déganta une de ses belles mains blanches, fit de son gant un geste aux maréchaux et donna l’ordre d’engager la bataille. Les maréchaux et leurs aides de camp galopèrent dans différentes directions et, au bout de quelques minutes, les forces principales de l’armée française se portèrent rapidement vers le plateau de Pratzen que les troupes russes abandonnaient de plus en plus pour gagner vers la gauche le ravin”. C’est le fameux “soleil d’Austerlitz”.

 

La bataille a duré neuf heures. Elle opposait les 73200 soldats de Napoléon aux 86000 soldats de la coalition. Un drapeau français est tombé aux mains de l’ennemi, tandis que l’ennemi en perdait 45. Napoléon a perdu 1537 morts et 6943 blessés, les deux autres empereurs ont perdu 4000 morts et 12000 blessés. En outre, 11453 soldats de la coalition ont été faits prisonniers et emmenés en France. Sur le plan militaire, c’est une admirable victoire. Sur le plan humain, ce sont plus de 5500 morts de mort violente, ce sont 19000 blessés dont beaucoup vont mourir de leurs blessures (mais on ne connaît pas leur suivi médical), dont beaucoup d’autres resteront estropiés à vie. Cela relativise tristement la victoire.

Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013

Même à cette heure relativement tardive, et en ce lieu qui n’a pas l’air d’attirer des foules de touristes en cette arrière-saison, il y a deux soldats en uniforme de l’époque, armés d’un fusil et, pour la couleur locale, de temps à autre ils tirent une cartouche (à blanc) contenant, visiblement, un fumigène. Mais peut-être l’uniforme et le fusil ne sont-ils là que pour donner un cachet folklorique anodin, habillant en réalité des policiers chargés de surveiller l’endroit pour s’assurer que des fanatiques d’un bord ou de l’autre ne viennent causer des déprédations ou taguer le monument. Simple supposition de ma part.

 

Devant ce haut lieu qui a marqué l’histoire (le premier ministre anglais, William Pitt, a fait détacher de son mur une carte de l’Europe, disant que désormais on pouvait la garder roulée et remisée pour dix ans), et aussi qui a fait tant de victimes, on ne peut qu’être ému et impressionné.

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 23:55
Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013
Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Cap au sud, vers le quartier de Prague nommé Vyšehrad. C’est comme une ville forte retranchée derrière sa porte. Et l’atmosphère y est très différente de celle que l’on ressent dans le centre, elle est très provinciale. On voit sur mes photos que le pavé est luisant, le temps est maussade aujourd’hui, mais cela ne retire rien au charme du quartier.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Fixé sur l’angle d’un mur, je m’arrête devant ce buste de la reine Élisabeth de Bohême (1292-1330), dont sur la base le nom apparaît en tchèque, Eliška. Elle est la fille du roi de Bohême Wenceslas II. Son père meurt, son frère lui succède. Mais il est assassiné, et n’a pas de descendance. Élisabeth a une sœur aînée, Anne, et c’est sur elle, et sur son mari Henri de Goritz, duc de Carinthie, que tombe la succession au trône. Mais quelques années plus tard, en 1310, l’empereur Henri VII fait élire à la place, sur le trône de Bohême, son fils Jean, âgé de quatorze ans. Difficile à admettre pour la famille de Bohême, difficile également de lutter d’égal à égal avec l’empereur. Aussi est-il décidé qu’Élisabeth –âgée de dix-huit ans– épouserait Jean, le fils de l’empereur, et que le couple remplacerait Henri et Anne sur le trône de Bohême, qui ainsi n’échappe pas à la famille. Ils sont couronnés en 1311. Parmi les sept enfants du couple, le troisième, qui est l’aîné des fils, sera l’empereur Charles IV qu’ici à Prague nous connaissons bien.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Passons devant la statue de saint Wenceslas, ou Venceslas, ou en tchèque Václav. Je ne m’étendrai pas ici sur sa biographie, puisque, devant sa représentation sur le pont Charles, je l’ai longuement détaillée dans un précédent article. Mais il est essentiel aujourd’hui de saluer le saint patron du pays, que ce soit le royaume de Bohême ou la République Tchèque.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Un grand monument de Vyšehrad, c’est la collégiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Il y a eu en cet endroit plusieurs églises successives. D’abord, quand a été créé le chapitre indépendant, en 1070, sous le premier roi tchèque, Vratislav Premier. C’était une basilique à trois nefs de 53 mètres sur 17. L’empereur Charles IV décida, en 1369, de la reconstruire en style gothique, mais alors sa longueur passa à 110 mètres, ce qui en faisait le plus grand édifice de la Prague d’avant l’époque de Jan Hus. Dans mon article Promenades dans Prague, devant le monument élevé à sa mémoire j’ai raconté sa vie, sa doctrine, sa mort sur le bûcher. Il convient maintenant de voir ce qui s’est passé par la suite.

 

Prague, et même en général la Bohême, prennent Jan Hus, martyr de ses idées et de sa foi, pour leur emblème, et prennent parti contre le pape. Le pape veut alors les exterminer purement et simplement. C’est là que se situe la “défenestration de Prague”, dont parlent (ou parlaient de mon temps) les manuels scolaires: les Pragois envahissent l’hôtel de ville et passent les administrateurs catholiques par les fenêtres. C’est le premier acte d’une vraie guerre, qui va opposer les armées de plusieurs pays fidèles au pape à l’armée des rebelles hussites. Pour mettre fin à cette guerre, c’est le pape qui va accepter quelques concessions aux révoltés partisans des doctrines de Jan Hus. Si je parle de ces événements ici, c’est parce que le premier novembre 1420 les hussites ont détruit l’église. Elle a été reconstruite après la fin des guerres hussites, mais une nouvelle reconstruction, en style baroque, intervient entre 1723 et 1729. Et enfin, l’église actuelle a été reconstruite de 1885 à 1903.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Sur la façade ont été fixées ces deux plaques. En effet, en 2003 le pape Jean-Paul II a élevé l’église au rang de basilique papale mineure.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Nous avons pu visiter l’église, mais nous sommes restés jusqu’à ce que l’on ferme le portail, afin que je puisse le photographier. Il est en effet très original.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Quant à ce beau tympan néo-gothique en bas-relief, on y voit sur le registre supérieur le Christ en majesté entouré des douze apôtres, et sur le registre inférieur l’archange saint Michel sépare à sa droite les élus et à sa gauche les damnés.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

À l’intérieur l’église n’est pas particulièrement imposante par ses dimensions, mais elle est toute revêtue de fresques.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013
Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013
Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Et puis il y a les vitraux, qui sans être exceptionnels sont assez beaux. Sur mes photos, le premier représente saint Clément et saint Léon, le second saint Jean Népomucène et sainte Agnès, et le troisième Jésus au temple. Sur ce dernier sujet, je cite le chapitre 2 de saint Luc:

“Les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Lorsqu'il eut 12 ans, ils y montèrent avec lui comme c'était la coutume pour cette fête. Puis, quand la fête fut terminée, ils repartirent, mais l'enfant Jésus resta à Jérusalem sans que sa mère et Joseph s'en aperçoivent. Croyant qu'il était avec leurs compagnons de voyage, ils firent une journée de chemin, tout en le cherchant parmi leurs parents et leurs connaissances. Mais ils ne le trouvèrent pas et ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher. Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des maîtres; il les écoutait et les interrogeait. Tous ceux qui l'entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. Quand ses parents le virent, ils furent frappés d'étonnement, et sa mère lui dit: «Mon enfant, pourquoi as-tu agi ainsi avec nous? Ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse.» Il leur dit: «Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père?» Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait”.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Une Pietà. En général, je n’aime pas tellement ce type de représentation. Je montre celle-ci parce qu’elle est, je trouve, particulièrement réaliste. Et cela me rappelle un souvenir d’enfance. Nous étions en vacances, et nous avons fait une étape en Catalogne, à Cadaqués je crois. C’était en 1955, j’avais tout juste onze ans. Pas de chambre d’hôtel. On nous indique une maison où l’on peut nous louer des chambres. J’ai dormi dans une pièce où une Pietà très réaliste, de taille humaine, vêtue de vrai velours noir, était éclairée en permanence par un petit lumignon. Cela m’a suffisamment impressionné pour que je m’en souvienne de nombreuses dizaines d’années plus tard. Même si l’on est très pieux, a-t-on vraiment besoin de ce genre de statue dans sa maison? Dans une chambre à coucher?

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

La chaire est toute sculptée d’anges et d’évêques en haut-relief. Là encore, je ne suis pas sûr que ce soit du grand art, mais c’est extrêmement décoratif.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Derrière sa vitre, cette Vierge de plâtre n’a vraiment rien d’exceptionnel. Si je la montre, c’est plutôt pour ce qu’elle représente. C’est expliqué par un texte en tchèque et –heureusement pour moi– en espagnol. C’est l’ambassadrice de la République orientale d’Uruguay en République Tchèque, Diana Espino de Papantonakis (le dernier nom est celui du mari, et ça sonne très grec) qui a demandé à Monseigneur Dominik Duka, archevêque de Prague, de placer sur cet autel cette statue qui représente la “Vierge des Trente-trois”, patronne de l’Uruguay, à l’occasion des deux cents ans du processus d’émancipation orientale. C’était en 2011.

 

Cela demande peut-être quelques mots d’explication. D’abord, le mot “oriental” revient deux fois au sujet de l’Uruguay, et cela peut paraître bizarre. En réalité, en 1816 les troupes portugaises du Brésil se sont emparées de l’Uruguay qui était donc passé de la domination espagnole à la domination portugaise au sein de la colonie du Brésil, et constituait la “province orientale” du Brésil. Ensuite la date. Là, j’ai quelques difficultés. Deux cents ans avant 2011, cela fait 1811, il n’est pas nécessaire d’être un génie en arithmétique pour le calculer. Or à ma connaissance le processus d’émancipation est un peu plus tardif. En 1824, le Brésil acquiert son indépendance, et l’Uruguay en fait encore partie. Juan Antonio Lavalleja avait combattu les Brésiliens de 1816 à 1820, et avec des compagnons (le groupe des “Trente-trois Orientaux”), il quitte son exil argentin pour aller débarquer en Uruguay et y planter le drapeau national. Dès 1825, avec l’aide des Uruguayens, les trente-trois parviennent à chasser les Brésiliens du petit secteur où ils ont débarqué, et ils fondent la ville de Florida. Là, devant une statue de la Vierge de Lujan del Pintado (cette statue originale est en bois), les Trente-trois lui présentent leurs drapeaux, et lui promettent “la liberté ou la mort”. Les hostilités continuent mais enfin, en 1828, l’Uruguay est reconnu comme un état indépendant. C’est en 1962 que la “Vierge des Trente-trois” est proclamée patronne de l’Uruguay; en 1988, le pape Jean-Paul II en visite en Uruguay a élevé la cathédrale de Florida au rang de basilique mineure. Cela explique ce que signifie cette statue de la Vierge, mais pas pourquoi sa copie est placée ici à Prague, ni pourquoi cela s’est fait en 2011.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Cette chapelle est très richement décorée. Je montre ici l’autel néogothique des saints patrons, daté 1910. On y voit entre autres Cyrille et Méthode, Venceslas, Ludmila, Guy, Jean Népomucène. Autant de saints dont j’ai eu l’occasion de parler dans l’un ou l’autre de mes articles précédents sur Prague.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Cette statue généreusement fleurie, je suppose qu’elle représente la Vierge, quoiqu’elle ne porte pas d’auréole et qu’elle soit dans une position très peu conventionnelle, toute songeuse et les mains croisées. En tous cas, même si ce n’est pas une œuvre impérissable, elle me plaît parce que je la trouve merveilleusement humaine et touchante.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Tout à l’heure, j’ai dit que l’église était intégralement peinte, et je n’en ai rien montré. Alors, avant de sortir, j’ajoute cette photo de la voûte.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Tout près de l’église se trouve le cimetière. Plusieurs célébrités y sont enterrées. Je n’ai pas l’intention, ici, de faire un catalogue de tombes, mais je m’arrête devant celle-ci. Neruda, comme Pablo, le poète chilien. Ce nom espagnol serait-il la clé pour comprendre la Vierge uruguayenne à Prague? Y aurait-il dans cette ville une importante colonie uruguayenne, dont par conséquent les noms pourraient avoir une consonance espagnole? Car si, en Uruguay comme en Argentine, une grande partie de la population a ses racines en Italie, c’est quand même l’Espagne qui a donné au pays ses premiers colons et la base de la population une fois les Indiens repoussés et soumis.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Devant ce labyrinthe peint au sol, l’inscription dit “Ce dessin est une copie du motif de la cathédrale de Chartres, son diamètre est de 14,8 m. Année 1997”. Oui, en effet, ce labyrinthe mystérieux existe bien au sol de la nef, dans la cathédrale de Chartres. Qui l’a reproduit ici, et pourquoi, cela n’est pas dit. Mais il est très clairement visible depuis les satellites, car je l’ai recherché sur Google Earth, et je l’ai en effet parfaitement vu. Si un lecteur souhaite le voir, qu’il demande la position 50°03’55,25” Nord, et 14°25’01,29” Est.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

En repartant, nous passons devant un bâtiment qui, à première vue, n’a pas grand-chose pour nous arrêter. Mais des reliefs, et des explications, retiennent notre attention. Avant de mettre le point final au présent article, encore deux mots au sujet deux messieurs ci-dessous représentés.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013
Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Le professeur Rudolf Jedlička (1869-1926) est un célèbre médecin et chirurgien tchèque, professeur d’université, directeur du sanatorium de Prague, qui a introduit en Bohême les techniques de la radiologie et de la radiographie. C’est grâce à lui qu’est né le premier institut tchèque pour enfants déficients physiques.

 

Sur ma seconde photo, František Bakule (1877-1957) est un professeur qui a toute sa vie œuvré par amour des enfants. Grand chercheur en pédagogie et réformateur, il a été le premier directeur de l’institut de Rudolf Jedlička, choisi dès avant l’ouverture pour participer à la création de l’école. Ainsi, il a pu adapter la pédagogie aux besoins des enfants handicapés, utilisant en précurseur l’ergothérapie, les arts et la musique. Mais ce n’est pas cela qui l’a le plus fait connaître: après avoir quitté l’institut Jedlička en 1919, il crée une chorale d’enfants, Bakulovi Zpěváčci, c’est-à-dire Chorale Bakule, connue du monde entier et qui va chanter au Carnegie Hall de New-York, en France, en Allemagne, etc.

 

Encore une fois, nous avons manqué de temps, parce que le quartier de Vyšehrad, on le voit, recèle bien des choses intéressantes…

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 23:55

La présence de Juifs à Prague est attestée dès un lointain passé. En 965 Ibrahim ibn Jacob, un voyageur juif espagnol de passage à Prague, note que “les Russes et les Slaves y viennent de leurs villes royales avec leurs biens. Et les musulmans, les juifs et les Turcs y arrivent aussi depuis le pays des Turcs avec des marchandises et des monnaies”. Il ne semble pas qu’il y ait eu de phénomènes de rejet, jusqu’à ce que le pape Urbain II prêche à Clermont-Ferrand, en 1095, la Première Croisade. Certains se demandent pourquoi aller combattre des infidèles musulmans tout là-bas au Moyen-Orient quand on a là, sous la main, d’autres infidèles, qu’en outre on rend responsables de la mort du Christ. Par ailleurs, bien des chevaliers se sont endettés auprès de prêteurs juifs (le christianisme interdisait de s’enrichir en faisant fructifier l’argent) et trouvent ingénieux de se libérer de leurs dettes en débarrassant la chrétienté de ces infidèles. Interviennent alors quelques pogroms, quelques confessions forcées. Soběslav II, roi de Bohême de 1173 à 1179, accorde à Prague en 1174 une charte qui garantit aux Juifs la liberté de circulation et de commerce, mais à partir de 1215, à la suite du quatrième concile de Trente, le concile de Latran, ils ne sont plus autorisés à exercer une autre activité que celle de l’usure, ils n’ont plus le droit de posséder des terres, ils sont parqués dans des quartiers réservés que l’on n’appelle pas encore ghettos… mais qui en sont. Trente ans plus tard, toutefois, par les “statuta Judæorum” Přemysl Ottokar II, roi de Bohême de 1253 à 1278, restaurera l’autorisation de pratiquer leur culte et, surtout, en fera des biens du souverain. A priori, on pourrait juger cela dégradant, mais dans les faits cela signifie que quiconque s’attaque à l’un d’entre eux s’attaque aux biens du souverain, au trésor royal, c’est donc une puissante protection.

 

Ces protections ne suffisent pourtant pas, même après confirmation par l’empereur Charles IV, et il y a encore des persécutions, jusqu’à un terrible pogrom le jour de Pâques 1389, qui cette année-là correspond aux derniers jours de la Pâque juive, la Pessah. On accuse les Juifs d’avoir profané des hosties, la foule se déchaîne contre eux, des prêtres catholiques soutiennent les agresseurs, des milliers de Juifs sont massacrés. Par la suite, la communauté juive connaît des hauts (pas bien hauts cependant) et des bas, jusqu’à ce qu’en 1541 l’empereur Ferdinand Premier de Habsbourg signe le décret de leur expulsion de Prague, sauf pour ceux qui sont assez riches pour acheter cher le droit de rester, ou de revenir. Mais en 1551, il est précisé qu’ils devront vivre dans le ghetto et “porter un signe distinctif qui permettra de les distinguer des chrétiens”. Changement de souverain, changement de politique, en 1567 l’empereur Maximilien II promulgue un décret autorisant les Juifs de Prague à y résider et à circuler librement, et à pratiquer le commerce. Dans cette atmosphère libérale, de nombreux Juifs se distinguent: Daniel Gans (mathématicien), Marcus Mordechaï ben Samuel Meisl (philanthrope, maire du quartier juif), le Rabbi Jehuda Löw ben Becalel, dit le Maharal (créateur du légendaire Golem), etc. Lors de la révolte des États protestants de Bohême en 1618, le comportement des Juifs fidèles au souverain leur vaut, après la bataille de la Montagne Blanche (dont j’ai parlé dans mon précédent article au sujet des églises de Prague), d’être décorés. Cela ne fait pas disparaître l’antisémitisme, il y a encore des violences, mais au moins elles ne sont plus le fait du pouvoir. Avec douze mille Juifs, Prague devient la plus grande ville juive dans un pays chrétien. Arrive l’empereur Charles VI, qui fixe un numerus clausus pour les familles juives dans tout le pays, et interdit que plus d’un fils par famille juive se marie et procrée. Sa fille l’impératrice Marie-Thérèse, par un décret de 1744 leur donne un an pour quitter Prague, ce qui les fait s’installer à la périphérie de la ville; elle décide alors qu’ils doivent quitter tout pays de langue tchèque. Ils seront autorisés à revenir en 1748 à condition de payer très cher leur droit de résidence et à vivre dans le ghetto qui est dans un état épouvantable. Toujours ce mouvement de balancier en politique, en 1781 l’empereur Joseph II promulgue un édit de tolérance leur donnant presque tous les droits des autres citoyens, y compris pour l’enseignement secondaire et supérieur.

 

Le sentiment antisémite n’a pas disparu avec ces décisions politiques, et la progression du nationalisme tchèque, de l’indépendantisme, tend à faire repousser tous ceux qui sont ressentis comme étrangers, c’est-à-dire non tchèques “de souche”. Dans mon article Le château de Prague (Hradčany) daté du 17 septembre 2013, au sujet de Masaryk je parle de cette affaire Hilsner, ce Juif accusé de meurtre rituel sur la personne d’une jeune fille en 1899, alors qu’en 1969 sur son lit de mort, le propre frère de la victime avouera en avoir été l’assassin. Au début du vingtième siècle, pour raisons sanitaires on rase le vieux ghetto insalubre. Nous arrivons maintenant à la pire période, qui s’ouvre avec les accords de Munich en 1938: dans les Sudètes moraves, vit une forte minorité d’Allemands, et Hitler annexe les Sudètes. Les Juifs, connaissant les méthodes antisémites d’Hitler en Allemagne, s’enfuient. En 1939, encouragé par ses premiers succès, Hitler occupe toute la Bohême-Moravie où vivent cent dix-huit mille Juifs auxquels s’appliquent immédiatement les lois raciales (aucun emploi public, saisie des biens et des entreprises, etc.). En 1940 le port de l’étoile jaune est imposé, en 1941 commencent les convois qui se dirigent vers les camps de concentration de Pologne, menant des milliers de Juifs vers la solution finale. La ville de Terezin, dans le nord, est d’abord évacuée de ses habitants, avant d’être transformée en immense ghetto par où transitent pour quelque temps les Juifs qui doivent être envoyés dans les camps d’extermination. Sur les quatre-vingt-neuf mille Juifs de Bohême-Moravie déportés, seuls environ neuf mille reviendront. À la fin de la guerre, des milliers de Juifs réfugiés affluent à Prague, mais devant le régime communiste et avec la création d’Israël dix-neuf mille d’entre eux repartent vers ce pays nouvellement créé. Quand, en 1968, les chars russes entrent dans Prague et écrasent l’insurrection, de nouveau quinze mille Juifs s’enfuient en Israël. La fin de l’ère communiste laisse plus de liberté à ceux qui restent, mais ils ne sont plus guère que mille deux cents à Prague, et six mille pour toute la République Tchèque.

 

En souvenir de l’époque où Joseph II a accordé aux Juifs de Prague la pleine citoyenneté et la liberté de pratiquer leur religion, le quartier juif de Prague, que nous allons voir ici, a été nommé Josefov. Au milieu des atrocités qu’ils commettaient, les Nazis ont voulu ajouter la honte de faire de Prague un “Musée de la race disparue”. Et ce geste honteux s’est transformé en chance pour la sauvegarde d’une partie du patrimoine juif. En effet, dans d’autres villes, tant de synagogues ont été détruites, tant de cimetières juifs ont été retournés, les pierres tombales utilisées pour faire des chaussées, mais ici nous allons voir des vestiges de la vie juive du passé.

La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013

C’est sous le règne du roi de Bohême Přemysl Ottokar II que, succédant à une synagogue du onzième siècle, est construite la synagogue Vieille-Nouvelle en style gothique, tout premier bâtiment de ce style à Prague. Elle est achevée en 1230 et a subi en 1883 une profonde restauration. Dans cette synagogue comme dans les autres, la photo n’est pas autorisée, ce qui fait que si je me suis longuement étendu plus haut sur les aspects historiques, en revanche ici je serai très bref.

La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013

À présent, voici la synagogue Pinkas construite par Aaron Meshullam Horowitz en 1535. Le régime communiste qui a suivi la Seconde Guerre Mondiale ne s’est pas montré bien favorable aux Juifs, néanmoins cette synagogue a pu devenir un mémorial de la Shoah, dont les murs portent les noms de toutes les victimes tchécoslovaques des Nazis. En 1968, les fondations de la synagogue ont été envahies par la nappe phréatique, causant un risque d’effondrement. Le régime a pu manifester son antisémitisme en bloquant les travaux nécessaires, mais dès que possible, en 1990, on a procédé à l’imperméabilisation de la structure. Les travaux ont permis de mettre au jour un puits et un bain rituel situés sous le bâtiment.

La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013
La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013
La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013

Juste à côté de la synagogue Pinkas se trouve le vieux cimetière juif, qui a été en usage de 1478 à 1786 et qui a été définitivement fermé en 1890. Dans certaines parties, les stèles marquant les tombes sont plus ou moins alignées, mais à beaucoup d’autres endroits elles sont toutes tassées les unes contre les autres dans un indescriptible enchevêtrement. Dans les cimetières chrétiens, il arrive que l’on procède à des exhumations, et que les ossements soient rassemblés dans des ossuaires, mais la religion juive interdit de telles pratiques, et les Juifs étant pendant des siècles cantonnés dans ce quartier, pour y vivre comme pour y être enterré, on a ainsi abouti à cet entassement, les tombes étant souvent superposées sur plusieurs niveaux.

La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013

Certaines stèles ont, au cours du temps, été renversées, déplacées. Lorsque l’on ne savait plus où pouvait bien être la tombe correspondante, la stèle a été appuyée ici, contre le mur.

La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013
La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013
La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013

Mais certaines tombes sont bien individualisées, et leur stèle est encore en bon état. Puisque, tout à l’heure, j’ai parlé du célèbre rabbin Löw, “le Maharal de Prague”, mort en 1609, il me faut aussi montrer ici sa tombe marquée par une plaque métallique (deuxième et troisième photos ci-dessus). Son œuvre religieuse est immense et essentielle, il a notamment renouvelé l’enseignement de la Torah. Mais il s’est aussi attaché aux sciences en entretenant des liens étroits avec le mathématicien Daniel Gans et avec l’astronome Tycho Brahe.

La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013
La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013
La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013

En se promenant dans le quartier du Josefov, on tombe par exemple sur ce grand immeuble près du portail duquel il est affiché qu’il s’agit du Grand Rabbinat de Prague.

La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013

Poursuivons notre visite du quartier juif. Cette grande synagogue, de style clairement mauresque, est la synagogue espagnole. À l’origine, s’élevait ici la synagogue Vieille-École, la plus ancienne de Prague, qui a été abattue en 1867 et la construction de celle que nous voyons aujourd’hui a commencé dès 1868. Ce n’est qu’au vingtième siècle, au vu de son aspect, que l’on s’est mis à l’appeler synagogue espagnole. Les Juifs sépharades chassés d’Espagne par Isabelle la Catholique en 1492-1493 n’ont rien à voir dans cette appellation.

La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013
La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013
La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013

Je disais que le vieux cimetière juif a été définitivement fermé en 1890. C’est cette année-là qu’a été ouvert, loin du centre-ville, un nouveau cimetière juif. Sur le mur de clôture ont été fixées des plaques commémoratives des victimes de la Shoah, les unes en souvenir de personnalités individuelles, les autres collectives, comme celle de ma troisième photo qui concerne les artistes torturés à mort par les Nazis.

La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013
La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013
La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013
La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013

À la différence des cimetières chrétiens, ce cimetière est noyé dans la verdure, le lierre recouvre tombes et allées. J’avais déjà visité ce cimetière en 1993, des écureuils étaient venus gambader à mes pieds. Je n’en ai pas vu aujourd’hui, mais la nature est toujours aussi présente dans ce “jardin des morts”. Selon Wikipédia, il y aurait à ce jour vingt-cinq mille défunts enterrés ici, le quart de la capacité du cimetière.

La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013

Au passage, je suis tombé en arrêt devant cette tombe au nom de Kafka. Lui, Vilém (1862-1922), lieutenant-colonel, ne peut être confondu avec Franz (1883-1924). Mais Julie, c’est le nom de la mère de “notre” Kafka. Toutefois, ses dates (1856-1934) ne correspondent pas du tout avec celles de cette stèle (1860-1938), sans compter que la stèle sur la tombe de Franz indique que sa mère a été enterrée avec lui. Alors, quel est le lien de parenté? Je l’ignore.

La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013
La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013
La Prague juive. Du 11 au 18 septembre 2013

C’est bien évidemment un pèlerinage sur la tombe du grand écrivain qui est le motif de notre visite de ce cimetière. Lors de notre passage dans ce secteur du cimetière, nous n’avons pas croisé âme qui vive, mais il est clair que de nombreux admirateurs de Franz Kafka sont venus ici, à en juger par le nombre de piécettes et de petits cailloux déposés sur sa tombe.

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 23:55

Il y a, dans le “château” de Prague (le Hradcany) deux églises principales, la grande cathédrale Saint-Guy, à laquelle j’ai consacré un article, et la basilique Saint-Georges que j'ai présenté dans l’article dédié au château. Mais il y a, hors du château, nombre d’églises très intéressantes à Prague. Nous ne les avons pas toutes visitées, mais en voici quelques-unes.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Commençons par Sainte-Marie-de-la-Victoire, dont la construction s’étale de 1611 à 1640. Ce sont les protestants, luthériens, qui la commencent en la dédiant à la Sainte-Trinité. Or voilà que les protestants tchèques se révoltent en 1618, et c’est le début de la Guerre de Trente Ans. En novembre 1620, la bataille de la Montagne Blanche, non loin de Prague, voit la victoire écrasante des catholiques qui exécutent sur la place de la Vieille-Ville vingt-sept chefs de l’insurrection et suppriment la liberté de culte au bénéfice du seul catholicisme romain. Dès lors les protestants quittent la Bohême pour les États protestants du Saint-Empire. Un Carme avait brandi un tableau qui avait été profané par les protestants, et on dit que pour cela les troupes catholiques ont redoublé d’ardeur et de courage, à la suite de quoi en 1624 cette église luthérienne a été donnée aux Carmes, qui en achèvent la construction et la dédient à la Vierge en souvenir de cette grande victoire. L’empereur Joseph II, archiduc d’Autriche, roi de Hongrie et de Bohême (de 1780 à 1790) entreprend de grandes réformes, inspirées de l’esprit des Lumières de ce dix-huitième siècle, et entre autres il soumet l’Église à l’État, autorise les diverses religions chrétiennes autres que le catholicisme, en 1781 il réduit fortement le nombre de séminaires et supprime les ordres contemplatifs ce qui entraîne la fermeture de cette église et sa transformation en gymnase. Ces fermetures, rien que pour Prague, ont touché soixante-dix églises, chapelles, monastères.

 

Mais ce qui rend cette église célèbre, c’est cette statue de cire du Petit Jésus de Prague, que la princesse de Lobkowicz a offerte aux religieux en 1628. On raconte qu’un moine espagnol aurait vu Jésus lui-même lui commandant une statue le représentant enfant, et qu’il aurait remis sa réalisation entre les mains de sainte Thérèse d’Avila, laquelle l’aurait confiée à son amie dame d’honneur de l’infante d’Espagne devenue impératrice du Saint-Empire par son mariage avec Maximilien II. Cette dame d’honneur était la mère de la princesse de Lobkowicz. 1631, retour des protestants, on lui brise les mains. 1637, les Carmes reviennent, remettent la statue en place, mais il faut qu’un généreux donateur, pourtant presque ruiné, prenne en charge la réparation des mains de Jésus, parce que le prieur avait estimé que ce serait trop cher… La politique suivant des mouvements de balancier, un tout petit peu moins d’un siècle après la fermeture par les réformes joséphistes, en 1878 l’église est rendue au culte, elle est restaurée, l’Enfant Jésus est remis en place, la dévotion reprend de plus belle. Balancier, le communisme abaisse le rideau de fer, on ne peut plus aller à Prague en pèlerinage, Jésus est à l’index. Balancier, Révolution de Velours, le rideau de fer tout rouillé tombe à terre, les pèlerinages reprennent.

 

Du fait de son origine espagnole, cette statue est l’objet d’un culte tout à fait particulier de la part des Espagnols et des Hispano-Américains. Il faut dire qu’on lui attribue de nombreux miracles. L’usage, lorsqu’un vœu est exaucé, est que le bénéficiaire de la grâce divine offre une robe à l’Enfant Jésus. C’est pourquoi, d’une photo à l’autre, on croit parfois ne pas le reconnaître, parce que sa garde-robe est bien garnie et qu’il change souvent de tenue. À côté de la photo prise actuellement, je publie une photo que j'avais prise lors d'un voyage en 1993 (à l'époque je faisais des diapositives, j'ai scanné celle-ci pour la publier ici afin que l'on puisse comparer les vêtements, d'où une qualité technique douteuse).

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Autre église, Saint-Nicolas. Il existe deux églises de ce nom à Prague, toutes deux œuvres baroques de l’architecte Dientzenhofer; celle-ci, qui remplace une église romane du douzième siècle vouée au même saint, est située place de la Vieille-Ville, comme on s’en rend compte en voyant la grande statue de Jan Hus. Cette proximité de l’église et de la représentation de ce théoricien condamné par l’Église Catholique n’a rien d’étonnant si l’on sait que dans cette église a été fondée l’Église Tchécoslovaque Hussite, et qu’elle appartient aujourd’hui encore à la communauté hussite. Sa construction est de 1732-1737.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

C’est à l’intérieur que le style baroque est le plus manifeste. Et pourtant, lors du joséphisme, lorsque cette église a été fermée en 1781, bien des ornements en ont été détruits. On l’a utilisée comme dépôt de blé, puis c’est devenu un entrepôt de meubles, et elle n’a été rouverte qu’en 1921. On remarque tout de suite que sa coupole est située au centre de la nef. Noter aussi l’orgue remarquable, riche de deux mille cinq cents tuyaux.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Typiques également du style baroque, volettent un peu partout de mignons angelots de stuc. La coupole, quant à elle, est revêtue de fresques représentant la vie de saint Nicolas. J’en raconte l’essentiel dans mon article sur la basilique de Bari, en Italie, dans les Pouilles, où se trouvent ses reliques (voir mon article La basilique Saint-Nicolas de Bari, daté d’octobre 2010). J’y évoque entre autres les marins sauvés d’une tempête après avoir prié le saint, thème de ma troisième photo ci-dessus.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Arrêtons-nous encore un instant devant ce décor de la chaire, avant de passer à une autre église.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Il est vraiment dommage que nous n’ayons pas pu visiter l’église Notre-Dame de Tyn, mais comme on le voit sur la grille qui en protège l’entrée un gros panneau interdit la photo à l’intérieur. Je n’aurais donc pas pu illustrer mon article. Et elle est tellement enclavée dans les constructions de la Cour du Tyn qu’il est impossible (à moins de disposer d’un objectif fish eye) d’en photographier la façade qui est sur le flanc gauche. Un document de 1135 mentionne ici une église et un hôpital, mais la construction actuelle date du quatorzième siècle. On pense qu’elle a pu commencer vers 1360. La façade ouest, donc opposée au chœur, date du début du quinzième siècle et la voûte de la nef est antérieure aux guerres hussites, qui ont stoppé les travaux. La construction a repris dans les années 1450. En 1679, la foudre met le feu au toit, et la voûte est reconstruite plus basse qu’auparavant. En 1819, c’est la tour nord que frappe la foudre, le feu fait fondre une cloche datant de 1585, la reconstruction ne s’achève qu’en 1835.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Tout autre, et très intéressante est Notre-Dame-sous-la-Chaîne. La grille en fer forgé nous montre un chevalier, la croix sur une fenêtre est un autre indice montrant à l’évidence que nous sommes ici chez les Chevaliers de Malte. Une grande basilique romane construite à partir de 1158 leur avait été offerte par Vladislav II, roi de Bohême de 1140 à 1172, mais abattue au quatorzième siècle vers 1370 elle a été remplacée par une église gothique. Cette église nouvelle n’était pas achevée au début du quinzième siècle au moment du mouvement hussite, la construction en a été stoppée et elle n’a jamais repris, il faudra attendre le dix-septième siècle pour que l’on réaménage ce qui existait en style baroque. Nous sommes dans le quartier de Malá Strana, sur la rive gauche de la Vltava, tout près du fleuve et du pont Charles; au douzième siècle il y avait là le pont Judith pour passer sur la rive droite, et pour protéger ce pont l’église a été fortifiée au treizième siècle; auprès du pont, fixée à une tour, une chaîne barrait la rivière et n’était ouverte que contre paiement d’une taxe de passage, et c’est pourquoi cette église dédiée à Notre-Dame est appelée “sous-la-Chaîne”.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Quand on pénètre dans la nef, cette église n’est sans doute pas la plus belle de Prague, ni la plus impressionnante, mais pour nous qui avons été à Naupacte en Grèce sur le golfe de Corinthe et qui savons que c’est là le nouveau nom de Lépante où en 1571 la ligue catholique a infligé une défaite cinglante à la flotte ottomane, mettant un arrêt à la progression du sultan sur les terres chrétiennes, la visite de cette église était un passage obligé, car les chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (qui n’étaient pas encore à Malte) ont pris une part décisive dans cette bataille. Et c’est leur participation qui est représentée sur ce tableau de Karel Škréta (1610-1674), au-dessus de l’autel. Pour l’anecdote (mais en fait c’est plus qu’une anecdote), c’est dans cette bataille que Miguel de Cervantès, qui servait sur un navire espagnol de la Ligue Catholique, a perdu un bras, et il n’est pas impossible que son épopée personnelle lui ait inspiré, des années plus tard, le personnage de Don Quichotte.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

On peut encore voir des éléments de l’église primitive, une arche romane, une arche gothique, d’énormes gonds de portail, qui font tache au milieu de ce baroque qui triomphe dans l’église actuelle et dans le quartier.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Dans la cour on trouve cette tombe. L’inscription en latin dit “À la mémoire des frères de l’Ordre militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem de Rhodes et de Malte”. Il est dans nos projets, lorsque nous serons de retour en Grèce, de nous rendre à Rhodes, je parlerai donc alors plus longuement de cet ordre qui, finalement vaincu par les Ottomans, a dû quitter son installation de Rhodes et aller s’établir à Malte.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Encore une église pour ma très restreinte sélection, Saints-Pierre-et-Paul. J’ai assez parlé d’églises connues, décrites, photographiées par tout le monde. En voici une qui est intéressante et peu connue. Nous n’avons pu y pénétrer, mais son style gothique et aussi son campanile détaché, ont retenu mon attention. C’est curieux, il semble que personne n’en parle, je n’ai rien trouvé sur elle en français ou en anglais, ni sur Internet ni dans mes guides. Sauf le Minos Guide, qui raconte la légende suivante : “Par une nuit profonde, un cordonnier légèrement éméché qui rentrait chez lui par la rue Na Poříčí vint à passer près de l'église Saint-Pierre. Passant dans une ruelle, il aperçut une colonne de feu. Il s'en approcha, car il avait reconnu l'homme ardent. Celui-ci le prit sous le bras sans ambages, et lui offrit de le raccompagner chez lui. Mais le cordonnier ivre prit bien vite congé, et, voulant le remercier de lui avoir évité une chute, lui dit: ‘Que le Seigneur soit avec toi!’ L'homme ardent, joyeux, lui annonça qu'il attendait ces paroles depuis plus de trois siècles de tourments, et disparut au même instant. Le cordonnier dégrisé comprit alors que, par son remerciement, il avait libéré l'homme ardent de sa malédiction”.

 

C’est Wikipédia en langue tchèque qui m’a enfin informé, ce qui m’a obligé à utiliser le traducteur Google puisque je ne parle pas un mot de tchèque. Dans la seconde moitié du douzième siècle a été construite une église paroissiale romane dont les deux tours sont encore debout aujourd’hui. Vers 1200, les chevaliers teutoniques ont adjoint un hôpital à l’église. Le roi Ottokar Premier de Bohême avait épousé Constance, fille du roi de Hongrie qui, devenue veuve, a acheté aux chevaliers teutoniques l’église, l’hôpital et les terres qui y étaient attachées pour créer un monastère cistercien. Après des inondations en 1280 on remplace le charnier de l’église par un cimetière. Puis on a entrepris de 1382 à 1395 une reconstruction de style gothique, amplifiant les dimensions de l’édifice. Le nouveau chœur a été achevé en 1406, mais le résultat n’étant pas jugé satisfaisant on a tout de suite détruit deux des trois nefs pour les reconstruire, le tout étant achevé en 1411.

 

Arrive la période hussite et tous ses troubles. Une nouvelle reconstruction est entreprise dans la seconde moitié du quinzième siècle et un siècle plus tard, en 1598 a été ajouté le clocher. Après la bataille de la Montagne Blanche, le dernier prêtre luthérien a été expulsé. En 1632, au cours de la guerre de Trente Ans, les Saxons rétablissent brièvement un pasteur protestant, avant que les catholiques ne reprennent la main. En 1648, quand Prague a été assiégée par les Suédois, l'église a été fort endommagée. En 1653, l'église a subi d'importants incendies. On la répare, et voilà qu’en 1666 la foudre incendie la tour et la détruit. En 1680 un gigantesque incendie se déclare, le toit de la nef et des tourelles, la chapelle du cimetière, l’ossuaire, le presbytère et le clocher sont en flammes, trois cloches fondent. Le conseil municipal de la Nouvelle Ville n'a pas d'argent pour réparer l’église et décide, en 1686, de faire appel aux Chevaliers de la Croix. Commence alors une longue rénovation, on construit un nouveau toit. Comble de malchance, en 1689 c’est le beffroi qui prend feu, à la suite de quoi il reçoit son actuel clocher baroque. En 1757, ce sont les Prussiens qui endommagent l'église, on va donc reconstruire le chœur en style baroque dans les années 1760-1761. Dans les années 1874-1879 les architectes veulent restituer les parties romanes et gothiques dans leur état originel, en supprimant les ajouts baroques. Le tout s’achève en 1885.

 

Lors de grands travaux menés en 1913-1914 on a entrepris une exploration archéologique et historique approfondie qui a révélé les fondations de la basilique romane, des éléments gothiques. Cela a également permis des ajouts néo-gothiques et néo-romans, mais uniquement là où il était prouvé que c’était ainsi dans le passé. Après 1948, avec le pouvoir communiste, l'église a été confisquée aux Chevaliers de la Croix, qui ne sont revenus qu’en 1989. Après les inondations de 2002, une partie de l'église s’est effondrée. Cela a été la dernière réfection à ce jour.

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Published by Thierry Jamard
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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 23:55

Dans mon précédent article, je disais que ce que l’on appelle le château de Prague (Hradčany) est en fait tout un quartier de Prague, et j’ai parlé de la cathédrale Saint-Guy, qui en fait partie. Aujourd’hui voyons quelques autres endroits intéressants de ce quartier.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

En approchant, sur la place devant les grilles nous voyons une statue de Tomáš Masaryk (1850-1937), le premier président de Tchécoslovaquie. Pour ce fils d’un valet de ferme et d’une cuisinière, qui commence dans la vie comme ouvrier, l’ascenseur social des études et de l’intelligence marche à fond. Il parle slovaque, comme son environnement, allemand, comme sa mère et comme à Vienne où il a travaillé un temps, français et anglais avec sa femme épousée en 1878, qui est une Américaine d’origine française, polonais et russe qui sont des langues slaves comme le slovaque et utiles sur le plan politique, latin et grec qu’il a appris pour la culture. Vous avez dit polyglotte? Mais avant d’avoir acquis toutes ces langues, et dès l’âge de quinze ans incroyablement précoce pour une telle fonction, il devient précepteur d’enfants dans diverses familles. L’un des pères de famille s’intéresse à lui et finance pour lui des études à Brno, puis l’emmène dans ses bagages quand il déménage pour Vienne avec sa famille. ~~Tomáš y achève ses études secondaires puis des études de philosophie, jusqu’au doctorat. À l’époque, il est le précepteur d’un autre élève, à qui il fait obtenir son diplôme de fin d’études. En guise de remerciement, il est invité à accompagner le jeune en Italie et en Allemagne. En 1882, nous le retrouvons à Prague, professeur de philosophie à l’université, dans la section d’enseignement en langue tchèque (il y a alors un autre département d’enseignement en allemand).

 

Masaryk est un philosophe, donc un penseur. Le voilà élu au parlement de l’Empire d’Autriche en 1891. Il voudrait que la constitution accorde plus d’autonomie à chacun des peuples de l’empire. Le racisme antisémite sévissant ici comme en France avec l’affaire Dreyfus à la même époque (procès commencé en 1894), il prend la défense d’un Juif, Leopold Hilsner, accusé d’avoir commis un crime rituel sur la personne d’une jeune fille catholique (procès commencé en 1899), et obtient que la peine de mort soit commuée en prison à vie. Sur son lit de mort en 1969, le frère de cette jeune fille se reconnaîtra coupable du meurtre. Lors de la Première Guerre Mondiale, accusé lui-même de trahison, pour éviter procès et condamnation il s’exile en Italie, puis à Genève, enfin à Londres où, ayant obtenu un poste au King’s College, il ne cesse de militer contre l’Autriche au bénéfice de l’indépendance tchèque. Lors d’un voyage à Paris, il rencontre un ancien élève de mon arrière-grand-père au lycée de Nantes (aujourd’hui lycée Clémenceau): le président du Conseil Aristide Briand. Russie, Japon, Canada, États-Unis où il rencontre le président Wilson, il parcourt le monde. Il parvient ainsi à proclamer l’indépendance de la Tchécoslovaquie en 1918. En 1920, il est élu premier président du pays indépendant. Faute de remplaçant, il est réélu contre son gré en 1928 et encore, malgré un AVC qui lui laisse des infirmités, en 1935. Il démissionne enfin en décembre de la même année, et s’éteint en 1937, âgé de quatre-vingt-sept ans. Telle est la brillante carrière de l’homme représenté ici devant ce qui était devenu son palais présidentiel.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Nous sommes donc sur la place, nous apercevons les clochers de la cathédrale, mais avant d’entrer un coup d’œil sur le côté droit nous fait découvrir le palais Schwarzenberg, avec son mur de façade curieusement décoré de sgraffites qui donnent l’impression qu’il est bosselé. Il date de 1545. Aujourd’hui, c’est une galerie nationale d’art, que nous n’avons pas visitée.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Approchons-nous. De part et d’autre de la grille, des gardes sont immobiles dans leur guérite, comme devant le palais royal ou le palais présidentiel de bien d’autres capitales, afin de donner au touriste “de base” le plaisir d’essayer de troubler l’impassibilité du pauvre militaire qui doit garder son sérieux, et se laisser prendre en photo avec à ses côtés des centaines de visiteurs. Au-dessus de la guérite des gardes, sur les énormes piliers qui portent les battants de la grille, sont représentés des combats de géants, copies de statues réalisées par Ignac Platzer au dix-huitième siècle.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Les petits bonds, les mouvements de jambes des evzones grecs à Athènes, oui, c’est un spectacle à ne pas manquer. La relève de la garde à Prague n’est pas du tout spectaculaire. Ici, on est sérieux, on se relève, c’est tout. Je n’insisterai pas davantage sur ce spectacle.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Nous voici dans la cour du château proprement dit. Un peu d’histoire, ou plutôt un début légendaire et une suite historique: à l’origine, un modeste laboureur du nom de Přemysl tape dans l’œil de la princesse Libuše, la fille du duc de Bohême Krok, ils se marient et sont ainsi à l’origine de la dynastie des Přemyslides. Nous avons à plusieurs reprises dans mes précédents articles, et notamment dans celui qui parle du Pont Charles, rencontré sainte Ludmila qui, en 874, a épousé le prince de Bohême Bořivoj Premier, descendant historique du légendaire laboureur. C’est vers 880 que ce prince juge appropriée cette butte au-dessus de la Vltava (Moldau) pour s’y établir en sécurité. En 883, il se convertit au christianisme, et fera de son pays une terre chrétienne. Parmi sa descendance, on trouve notamment saint Václav (saint Venceslas), puis Vratislav II qui sera le premier prince de Bohême à être officiellement couronné roi de Bohême (en 1085), Vladislav II qui, lui aussi, sera couronné roi de Bohême (en 1158), et qui fera en sorte que désormais la couronne de Bohême devienne héréditaire, et encore le célèbre Ottokar II (1230-1278). Venceslas III, né en 1289, se fiance bien précoce, le coquin, en 1298 avec la fille du roi de Hongrie, qu’il épouse bien vite quand elle perd son père, et il est ainsi couronné roi de Hongrie en 1301, mais son père à lui est encore en vie et reste roi de Bohême. Quand, ayant perdu toute autorité en Hongrie qui lui préfère un descendant de la lignée locale, il hérite de son père la couronne de Bohême et celle de Pologne, il abdique du trône de Hongrie. Puis diverses circonstances lui font perdre la Pologne. Il était à la tête de son armée pour essayer de sauver ce qu’il pouvait, quand il est assassiné en 1306. Il n’y a plus aucun descendant mâle dans cette lignée des Přemyslides. Fin de la dynastie. Toutefois la famille sera encore représentée par des femmes célèbres, comme sainte Agnès, ou comme Eliška (Élisabeth de Bohême), fille de Venceslas II, qui épouse Jean, fils de l’empereur Henri VII de Luxembourg, et qui sera la mère du grand empereur Charles IV que nous retrouvons partout à Prague.

 

C’est à partir de cette union d’Élisabeth Přemysl avec Jean de Luxembourg que la dynastie des Přemyslides se transmet à la nouvelle dynastie des Luxembourg qui va régner sur Prague et la Bohême à partir de 1310. C’est ce Charles IV qui va définitivement situer sur cette colline le siège du pouvoir de Bohême en y construisant le château royal. Plus tard, le roi de Bohême Georges Podiébrady va rejeter le catholicisme romain pour adopter les idées de Jean Hus. Son excommunication en 1466 et l’interdiction papale de lui obéir cause des révoltes des nobles. Lorsqu’il meurt en 1471, la succession échappe à sa dynastie.

 

Nous voici désormais dans la descendance du grand-duc Ladislas II Jagellon, premier roi de Pologne dont le petit-fils Casimir, roi de Pologne, Lituanie, Ukraine, etc., s’est allié à Georges Podiébrady. Quand meurt ce dernier, c’est le fils de Casimir, Ladislas, qui est élu roi de Bohême. Les Jagellon succèdent ainsi aux Luxembourg en 1471. En 1490 voilà Ladislas également roi de Hongrie quand meurt Matthias Corvin. Son fils Louis lui succède en 1516, mais mourra en 1526 à la bataille de Mohács.

 

Ce sont alors les Habsbourg qui accèdent au trône de Bohême. Louis Jagellon avait épousé en 1522 Marie de Habsbourg, petite-fille de l’empereur Maximilien Premier. Il a mal reçu l’ambassadeur ottoman de Soliman le Magnifique, Soliman envoie son armée, entre en Hongrie, défait l’armée de Bohême et Hongrie à Mohács, Louis sonne la retraite, tombe, meurt étouffé sous son cheval. Sa femme, Marie de Habsbourg, sera régente en 1526-1527. La sœur de Louis, Anne Jagellon, avait épousé la même année 1522 que son frère l’archiduc d’Autriche Ferdinand de Habsbourg, frère cadet de Charles Quint. Elle et Ferdinand deviennent donc, à la mort de Louis, reine et roi de Bohême et de Hongrie. Cette dynastie Habsbourg va régner sur la Bohême près de quatre cents ans, puisque ce n’est que lorsque Masaryk prononcera l’indépendance de la Tchécoslovaquie, en 1918, que cette dynastie ne sera plus au pouvoir à Prague. Parmi ces souverains, signalons celle qui est peut-être la plus célèbre, Marie-Thérèse (1717-1780), archiduchesse d’Autriche, reine de Hongrie et de Bohême qui, en outre, a épousé François-Étienne de Lorraine qui deviendra empereur du Saint-Empire, faisant d’elle l’impératrice; d’ailleurs, elle sera en grande partie l’inspiratrice de sa politique. Et c’est elle qui a donné au château de Prague sa physionomie actuelle.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Nous étions entrés dans la cour du château en passant par l’entrée principale, mais on y accède aussi par ce côté-ci. C’est même l’accès pour qui arrive par les transports en commun.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

C’est ici, dans le Hall de Vladislav, qu’après la cérémonie de couronnement dans la cathédrale Saint-Guy les États de Bohême, les hauts responsables politiques, les hôtes étrangers rendaient hommage au nouveau souverain. La première fois, cela a eu lieu en 1509 pour le couronnement de Louis Jagellon, âgé de… trois ans! Trois des murs de ce hall datent de Charles IV. La remarquable voûte, qui tient sur ses seuls piliers sans soutien extérieur a heureusement résisté au terrible incendie de 1541.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Le Hall de la Diète a été réaménagé tel que nous le voyons aujourd’hui dans une ancienne aile du château, de 1559 à 1563. C’est là que se sont tenues depuis le Moyen-Âge les séances des plus hauts organes du royaume, à savoir la Diète et la Cour de Justice. À la Diète siégeaient le roi, trente membres de la haute aristocratie, trente de la petite noblesse, trente de la bourgeoisie. De la fin du quinzième siècle au début du dix-septième, elle avait le pouvoir de choisir le roi, elle fixait les impôts et le budget du royaume, elle levait les armées et tranchait les questions de citoyenneté et de religion. Mais après le soulèvement des États, une nouvelle constitution, en 1627, est venue limiter les pouvoirs de la Diète qui à partir de ce moment-là est devenue de plus en plus dépendante de Vienne.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

C’est dans le Hall de la Diète que sont montrés aux touristes ces joyaux de la Couronne, symboles du pouvoir des rois de Bohême. Inutile d’essayer de les voler, ce ne sont que des copies. Les originaux sont solidement protégés dans une chambre forte de la cathédrale dont la porte est munie de sept serrures s’ouvrant avec des clés différentes toutes détenues par des personnages différents. Ces sept détenteurs d’une clé chacun sont le président de la République, le premier ministre, l’archevêque de Prague, le président de la chambre des députés, le président du sénat, le doyen du chapitre métropolitain de la cathédrale Saint-Guy et le lord-maire de Prague. Tous ces beaux messieurs (y aurait-il des dames parmi eux?) doivent être au même endroit au même moment pour ouvrir la porte, ce qui exige que ce ne soit que pour des occasions exceptionnelles. Il n’y en a eu que neuf au cours du vingtième siècle.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Derrière le chevet de la cathédrale, une cour. Au bout de cette cour, une église rouge. C’est la basilique Saint-Georges fondée par le prince de Bohême Vratislav Premier au début du dixième siècle, vers 925, ce qui en fait le plus vieil édifice du château, et la deuxième plus ancienne église de Prague. En 1142, le prince de Bohême Vladislav II fait face à une révolte des nobles qui assiègent Prague et incendient le Hradčany. Vladislav retrouve son trône grâce à l’intervention de l'empereur Conrad III de Hohenstaufen, mais il faut reconstruire la basilique, ainsi que le couvent qui lui est associé et que nous allons voir dans un instant. Ce sera fait en style roman, et les deux grands clochers blancs qui apparaissent en arrière-plan de mes deux premières photos datent de cette époque. Le plus épais de ces clochers, à droite (au sud) a été baptisé Adam, et le fluet de gauche (au nord), Ève. Une nouvelle reconstruction sera entreprise de 1657 à 1680. La façade baroque, elle, date des années 1718 à 1722. Au sommet des piliers de cette façade rouge on distingue deux statues, ce sont celles de Vratislav Premier, le fondateur, et de Mlada, la première abbesse du couvent Tous ces travaux au cours des siècles avaient fait perdre à l’édifice son caractère d’origine, et on s’est attaché, de 1897 à 1908, à supprimer les ajouts ultérieurs pour retrouver dans la mesure du possible la basilique du haut moyen-âge.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

En suivant la petite rue sur le flanc de la basilique, on peut apprécier ce beau portail renaissance, dont le tympan représente un saint Georges terrassant le dragon. La petite princesse apparaît juchée sur un rocher, mains jointes, au-dessus de la gueule du monstre.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Avant de pénétrer dans la basilique, jetons un coup d’œil rapide sur cette rotonde, juste à côté. Elle marque l’entrée d’un ouvroir pour jeunes filles nobles, construit dans les années 1750 sur décision de l’impératrice Marie-Thérèse. Sur ma photo, entre les deux colonnes, on distingue vaguement qu’il y a deux plaques superposées. J’aimerais bien savoir ce que représente la scène de celle que j’ai reproduite ici (seconde photo), mais je ne suis pas arrivé à déchiffrer le long texte de l’autre plaque, couvert de noms, que je comptais faire traduire du tchèque par Google. Et sur Internet, il semble qu’elle n’ait intéressé personne, je n’en ai pas trouvé trace.

 

Attenant à l’église, il y a un couvent, le plus vieux monastère de Bohême. La benjamine du prince Boleslav Premier, sœur du prince Boleslav II, nommée Mlada, est envoyée en mission à Rome entre 965 et 969 pour obtenir du pape la création d’un évêché à Prague, qui jusqu’alors dépendait du diocèse de Regensburg, et malgré la vive opposition de l’évêque, qui voyait lui échapper les revenus de cette partie de son administration. Pendant son long séjour à Rome Mlada entre dans la règle de saint Benoît sous le nom de Marie et non seulement obtient finalement du pape la création du diocèse de Prague avec un évêque dépendant directement de l’empereur, mais elle quitte Rome à l’hiver 972 après avoir été ordonnée abbesse avec l’autorisation de créer un monastère bénédictin. Ce sera le tout premier monastère de Bohême. C’est elle, comme je l’ai dit tout à l’heure, qui apparaît en statue sur la façade de la basilique.

 

Les religieuses admises ici sont issues de familles nobles, certaines d’entre elles appartenant à la famille des princes (plus tard rois de Bohême). Pendant plusieurs siècles, c’est un monastère prestigieux. De remarquables manuscrits enluminés y ont été créés. Après le terrible incendie de 1142 il est reconstruit conjointement à la basilique. Puis il va décroître peu à peu à partir de l’époque de Jan Hus jusqu’à ce que les réformes de l’empereur Joseph II sonnent le glas de son existence en 1782. Les bâtiments, à partir de ce moment, ont servi à divers usages; aujourd’hui c’est une galerie nationale d’art Renaissance et d’art baroque.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Il est temps d’entrer dans la basilique. Dès le bas de la nef restituée, comme je le disais tout à l’heure, dans son état du haut moyen-âge, on est impressionné par l’opposition avec la façade baroque, par la noblesse austère, par la sévérité sombre de cette grande église.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Cette basilique a été le lieu de sépulture des souverains de Bohême. Le premier à avoir régné sur ce pays en tant que tel a été Vratislav Premier (duc de Bohême de 915 à 921), il est ici dans cette châsse de bois du quatorzième siècle dont les flancs ont été peints au quinzième siècle.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Cette tombe est celle d’un autre des Přemyslides, Boleslav II (967-999). C’est pendant son règne que sa sœur Mlada envoyée à Rome en 965 par son père obtiendra finalement la création de l’évêché de Prague.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Dans une chapelle gothique reconstruite au quatorzième siècle à la place de l’ancienne chapelle en roman tardif du treizième siècle, on trouve cette tombe sculptée par Petr Parleř en 1380, l’un des architectes de la cathédrale. On y reconnaît le gisant de sainte Ludmila, avec l’écharpe qui a servi à sa belle-sœur à la faire assassiner alors qu’elle s’agenouillait pour prier. Cette grand-mère de saint Venceslas est la patronne du royaume de Bohême.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Juste un regard sur cette belle statue dont je ne connais pas le personnage qu’elle représente, avant de continuer notre visite.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Notre visite, nous la poursuivons en descendant vers la crypte dont, malheureusement, les grilles sont fermées. On est contraint de la regarder de loin. Située sous le chœur, elle date du douzième siècle.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

On aperçoit de loin le retable de l’autel, un relief représentant une Vierge trônant avec l’Enfant Jésus.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

En passant l’appareil photo à travers la grille et grâce à l’écran orientable, il est possible de voir cette curieuse statue d’une femme décharnée, presque squelette. C’est Brigita, une statue en gothique tardif. La légende raconte qu’un sculpteur qui avait tué sa maîtresse allait être exécuté et qu’avant de mourir il avait voulu faire d’elle une statue, mais que désespéré il n’avait pu faire autrement que de la représenter morte et décomposée.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Après avoir quitté la basilique Saint-Georges, ou en tchèque Bazilika Sv. Jiří, nous nous rendons un peu plus loin dans le Hradčany. Ici, nous sommes au musée de l’armement.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Ce musée contient une belle collection d’armures de divers types. Sur mes photos, je montre d’abord une armure complètement couvrante de 1380-1420. On voit que celle de ma seconde photo porte une couronne, elle est datée 1450-1500. Toute décorée, toute ornée, celle de ma troisième photo est une armure de tournoi, et elle remonte à 1500-1510.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Hé oui, le corps humain a ses nécessités, et même si l’on a pris ses précautions avant l’engagement, le combat peut durer longtemps et les fermetures éclair n’existaient pas encore; il faut en outre reconnaître que même maintenant elles seraient difficilement adaptables à des costumes aussi rigides. Cette armure a donc astucieusement prévu un petit tuyau démontable, qui protège cet endroit sensible des coups de l’adversaire, tout en lui permettant de remplir son office aisément si nécessaire.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Au bout du Hradčany se trouve ce passage étroit entre de petites maisons basses qui semblent presque être des maisons de poupées. C’est la très célèbre Ruelle d’Or. Le roi de Bohême Rodolphe II (1552-1612) avait fait construire ces maisons le long de cette rue par la compagnie des archers du château, et elles étaient habitées par des gens du peuple, des personnes ordinaires. Dans les années qui ont précédé la Seconde Guerre Mondiale, y vivait une voyante. Au moment de la guerre, elle a prédit la défaite de l’Allemagne Nazie, et pour cela elle est morte entre les mains de la Gestapo qui l’interrogeait à sa manière. J’étais venu ici deux fois depuis que le Rideau de Fer avait disparu, et ces maisons regorgeaient de souvenirs exposés sur les façades et dans la ruelle. Une grande rénovation a eu lieu, et cela est beaucoup plus discret maintenant.

 

On a souvent expliqué le nom de cette ruelle en disant qu’elle était habitée, du temps de Rodolphe II, par des alchimistes travaillant à rechercher cette formule qui permettrait la transmutation de tous les métaux en or. En réalité, il paraît que jamais des alchimistes n’ont vécu ici, et que ce n’est nullement l’explication du nom. Mais alors, quelle est-elle, cette explication?

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Cette petite maison qui, porte le numéro 22 est aujourd’hui une boutique de livres touristiques, d’œuvres de Kafka et autres, mais elle est connue surtout parce que c’était la maison où Franz Kafka a habité en 1916 et 1917, et où il a écrit Un médecin de campagne.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Au fond de cette impasse de la Ruelle d’Or, cette maison porte le numéro 12. Il y est expliqué que dans les années 1950 y a habité Joseph Kazda, qui était un historien et collectionneur amateur de films, grand spécialiste du cinéma tchécoslovaque et du cinéma américain. Il avait monté une société de distribution de films, Komedia Film. Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, il a caché nombre de vieux films muets et de documentaires peu diffusés que les Nazis d’abord, les Communistes ensuite, voulaient faire disparaître, sauvant ainsi des éléments essentiels de l’histoire du cinéma tchécoslovaque. C’est en louant cette maison discrète et quelques autres de ce type qu’il a pu y dissimuler des montagnes de bobines de films entre 1948 et 1952. Chaque jour, est-il dit, Kazda organisait des projections à l’intention de passionnés, et sa femme préparait pour ces soirées des soupes délicieuses. Je le répète de confiance, puisque je ne les ai pas goûtées!

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Nous poursuivons la balade dans le château de Prague. En dehors de cette Ruelle d’Or populaire, tous les autres bâtiments sont à l’usage du monarque et de son aristocratie.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Et il y a également une orangerie, sous cette serre de verre et de métal. À l’origine, au début des années 1560 l’architecte Bonifác Wolmut avait construit une structure close par un mur de pierre, mais dont le toit était facilement démontable. C’est dans les années 1950 qu’une nouvelle orangerie de verre est venue s’y substituer, conservant toutefois à l’intérieur une partie des murs de la construction historique, mais la technique employée était déjà considérée comme obsolète avant la fin du siècle et à l’initiative d’Olga Havlová, la femme du président, l’orangerie actuelle a été construite de 1999 à 2001. Elle est l’œuvre d’une célèbre architecte tchèque, Eva Jiřičná, qui travaille surtout en Grande-Bretagne et à New-York, spécialiste du verre et de l’acier. Alors qu’elle était en stage à Londres, en 1968, les chars russes ont écrasé le Printemps de Prague: elle décide de ne pas rentrer en Tchécoslovaquie. Depuis la Révolution de Velours, dans les années 1990 elle peut enfin revenir à Prague, où elle est titulaire de la chaire d’architecture à l’École des Arts appliqués. Ici, tout en préservant le mur de Rodolphe II, un réseau de tubes d’acier se croisant en diagonale constitue une structure cylindrique de verre qui a permis, depuis cette année, de retrouver dans l’enceinte du château de Prague la culture des agrumes. Il est presque 19h30 quand nous parvenons en ce lieu, le panneau informe que la visite a lieu de 12h à 18h. Tant pis, nous ne verrons qu’à travers les vitres les oranges du Hradčany…

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 23:55

Le château de Prague, le Hradčany, n’est pas un château au sens du château de Chambord ou du palais de Versailles. C’est un quartier de Prague, tout un ensemble de bâtiments, de rues, comprenant entre autres le château proprement dit et la cathédrale. Je ferai, plus tard, un article sur le Hradčany, mais il me semble que la cathédrale mérite, à elle seule, un article à part.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Même si je semble m’éloigner du sujet en abordant une racine indo-européenne, ce n’est qu’une apparence, on va le voir. C’est vrai, la philologie est ma marotte –l’une de mes marottes–, mais je n’en oublie pas pour autant mon sujet. Il y a une racine indo-européenne *gwiw- qui exprime l’idée de vie. En séparant la racine de la terminaison, “je vis” se dit en latin “viv-o” et en russe “жив-у” (jiv-ou). On voit que les deux mots ont la même étymologie, malgré une évolution au cours des millénaires. Il existait une déesse slave nommée Jiva, déesse de la vie, de l’amour, de la fécondité. Une sorte de Vénus ou d’Aphrodite, en somme. Et cette déesse avait sur cette colline (vous voyez, nous y voilà revenus!) un temple. Quand, dans le premier quart du dixième siècle, Venceslas Premier reçoit de Henri, duc de Saxe, roi de Francie orientale (et grand-père de Hugues Capet, l’ancêtre de nos rois capétiens), un morceau d’épaule, relique de saint Guy, un fils de paysan sicilien du quatrième siècle, martyrisé pour avoir voulu convertir le fils du gouverneur romain, Venceslas choisit ce lieu pour bâtir une petite église circulaire qui recevra la relique. En effet, dérivé du verbe latin “vivo”, la vie se dit “vita”, et précisément le nom de Guy se dit Vit en tchèque. Le saint de la vie, pour un chrétien, remplace la déesse de la vie, pour un païen slave. Un jeu de mots qui permet la substitution d’une religion à la précédente.

 

En 973, Prague devient évêché, et l’église Saint-Guy est choisie pour siège épiscopal. Sans doute est-elle un peu trop modeste pour cette fonction, aussi moins d’un siècle plus tard, en 1060, la remplace-t-on par une grande basilique romane à trois nefs. Quand, en 1344, l’évêché est promu archevêché, le roi Jean de Bohême, père du grand Charles IV, décide d’un nouveau remplacement. Cela va être la cathédrale que nous allons visiter.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Nous devons donc nous rendre sur cette colline qui domine le quartier de Malá Strana, de l’autre côté du fleuve par rapport à la Vieille Ville. Sur sa hauteur, on repère de loin la cathédrale.

 

La construction de la cathédrale St-Guy (chrám Sv. Vita) a commencé, disais-je, en 1344. Elle s’est poursuivie peu à peu, interrompue, reprise, et n’a été achevée qu’en… 1929. Là ne s’arrête pas l’histoire, parce qu’au terme de la conférence de Yalta la Tchécoslovaquie tombe aux mains des communistes qui, on le sait, n’aiment pas les religions. Les siècles passent, mais les réactions humaines restent les mêmes: divinisés, les empereurs romains asseyaient leur pouvoir sur le culte qui devait leur être rendu, aussi toute autre religion leur faisait de l’ombre et semblait menacer leur pouvoir, d’où les persécutions des Chrétiens. De même, les Bolchéviques avaient voulu répandre la foi dans l’idéologie marxiste et dans les fondements de la Révolution d’Octobre, et qui dit foi dit religion. Toute autre religion doit être rejetée, pourchassée, interdite. En 1954, le pouvoir communiste confisque la cathédrale qui, de ce fait, devient un bien national. La Révolution de Velours de 1989 n’a pas empêché le nouvel État démocratique de se considérer propriétaire du bâtiment. Dès 1992, l’Église catholique et l’administration du Hradčany attaquent l’État en justice pour obtenir la restitution. Passons sur tous les épisodes judiciaires et sur les querelles juridiques qui ont duré des années, mais enfin en 2006 la cathédrale est rendue à l’Église catholique. Point final? Que nenni! En 2007, le jugement est annulé par la Cour suprême, le bâtiment revient dans le giron de l’État. À ma connaissance, à ce jour un compromis n’a pas encore été trouvé, mais chacune des deux parties reste campée sur ses positions. Ce que nous visitons est par conséquent un bâtiment public.

 

Sur mes photos, on voit la tour campanile de 96,50 mètres de haut, coiffée d’un bulbe, dont la construction a commencé vers 1396. Elle n’était pas achevée lors de la révolution hussite (après l’exécution de Jan Hus sur le bûcher), et ces événements ont interrompu sa construction en 1419. Un peu plus d’un siècle passe, et voilà qu’en 1541 un incendie se déclare, qui endommage gravement la construction. Lors de la reconstruction de 1560-1562, a été montée une galerie renaissance sur ce qui avait pu être conservé de la tour gothique. Mais de 1879 à 1899 on procède à une complète reconstruction.

 

Et le campanile abrite, là-haut, la plus grosse cloche de la République Tchèque. Elle date de 1549, est couverte de décorations en relief, pèse environ 15 tonnes, si bien que quatre hommes doivent conjuguer leurs forces pour la mettre en mouvement tandis que deux autres manipulent le battant. Selon la tradition, s’il arrive que le battant se brise, cela annonce une catastrophe. Or le 15 juin 2002, le battant s’est brisé. À Prague, on s’attendait au pire, et le pire est arrivé sous la forme des inondations d’août (voir mon article Événements à Prague).

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Nous n’avons pas eu accès (c’est un comble!) au si réputé flanc sud de la cathédrale. À défaut, ces deux portails du flanc nord, et ce beau heurtoir, viennent un peu nous consoler.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Lorsqu’on arrive, après avoir traversé la cour, on passe sous un porche, et l’on découvre la façade ouest de la cathédrale. Lors de ma première visite, il pleuvait, je suis resté un moment sous le porche pour prendre des photos des portails, de leurs tympans, des lourds portails de bronze. Je l’ai dit, cette cathédrale n’a été achevée qu’en 1929, et c’est par cette façade que la construction s’est terminée lors des travaux de 1861 à 1929. Ainsi, cette apparence gothique date de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième. Sur le détail de bas-relief que je montre, les soldats, en se bagarrant, jouent aux dés le vêtement du Christ.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Quelques images montrant les sculptures en haut-relief des portails de bronze de la façade ouest. Ce sont des œuvres du vingtième siècle. Entre les panneaux, sur les montants, sont représentées des têtes comme celle de ma quatrième photo.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Sur ce genre de bâtiment, il y a toujours des gargouilles, et il est de tradition d’en montrer, parce qu’elles représentent des animaux fabuleux, des personnages grotesques, des diables, etc. Mais on préfère lever le nez quand il fait sec, et elles se détachent alors sur un beau ciel bleu alors que leur fonction est de cracher l’eau de pluie. Eh bien j’ai eu la “chance” de venir un jour de pluie, et d’en voir une en action!

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Pénétrons à présent dans la cathédrale. Considérée comme immense à son époque, la cathédrale romane faisait soixante-dix mètres de long. L’actuelle cathédrale gothique qui la remplace mesure cent-vingt-quatre mètres sur soixante. Pas étonnant que l’on ressente une telle impression de grandeur. Au fond de la nef, le chœur est décoré de beaux vitraux.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

En regardant la nef dans l’autre sens, depuis le transept, on peut admirer la grande rosace du côté ouest (puisque le chœur est, comme c’est la tradition, tourné vers l’est). Puisqu’elle décore la façade, elle a été posée à la fin de la construction, en 1929. Pour réaliser cette œuvre d’art multicolore, il a fallu pas moins de vingt-cinq mille pièces de verre.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Levons les yeux. Les fines nervures sur lesquelles repose la voûte de la grande nef contribuent à l’impression de légèreté de la construction.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Arrêtons-nous un instant pour admirer cet escalier gothique de 1493. Il mène à la tribune royale.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Les évêques de Prague ont été enterrés dans leur cathédrale. Au sol, on voit par exemple la dalle de l’évêque Šebíř (Sévère), mort en 1066. Tiens, c’est justement l’année de la bataille d’Hastings, quand Guillaume de Normandie vainc Harold et se fait sacrer roi d’Angleterre, qui a donné lieu à la tapisserie de Bayeux. Mais cette fois-ci, je suis complètement hors sujet.

 

La seconde dalle que je montre est celle de l’évêque Vališ (Valentin) mort en 1182. La troisième recouvre l’évêque Jan II, mort en 1236. Et la quatrième marque la tombe de l’évêque Bernard, mort en 1240.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Les tombes ne sont pas toutes signalées par une simple dalle, très loin de là. Par exemple, ci-dessus ce sarcophage est surmonté du gisant en marbre du cardinal Jan Očko z Vlašimi, intronisé en 1364 et mort en 1378.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Mais le plus riche est un tombeau baroque en argent massif achevé en 1736, œuvre d’Ignác Platzer. Il a été réalisé pour honorer saint Jean Népomucène. La décoration en est tellement chargée que j’ai du mal à l’admirer… Je préfère n’en montrer que ces deux détails. Si on veut le voir en entier, il a été tellement photographié par les touristes –ce qui prouve qu’il correspond au goût d’un grand nombre– qu’il suffit de regarder sur Internet, il s’y répète à l’infini.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Ce monument, en revanche, ne semble intéresser personne, les touristes passent devant lui sans s’arrêter, et même sans y jeter un coup d’œil. Intrigué, j’ai regardé sur Internet: on ne l’y trouve presque jamais. C’est le tombeau, sculpté par Mathias Bernard Braun, du haut chancelier du royaume de Bohême et feld-maréchal comte Léopold Šlik (1663-1723), un Autrichien dont le nom s’écrit en langue allemande Schlik.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Il y a encore bien d’autres pierres tombales ou monuments, dont je n’ai pas toujours trouvé le nom du titulaire. D’autant plus que beaucoup, quand je les trouve, me sont inconnus. Mais celui-ci a fière allure dans sa cuirasse.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Laissons donc les tombeaux. Mais hélas je ne sais pas non plus qui sont ces deux personnages, à droite et à gauche. Une chose est sûre, au centre c’est sainte Anne apprenant à lire à Marie.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Le premier de ces hommes porte une croix, et les deux autres une mitre sur la tête et une crosse à la main. Le premier, donc, n’est pas un évêque. Saint Jean Népomucène, peut-être? L’un des deux évêques est sans doute saint Adalbert, en tchèque saint Vojtěch, titulaire de 982 à 996. Car on appelle cette cathédrale Saint-Guy, pour faire court, mais en réalité elle est dédiée aux saints Guy, Venceslas et Adalbert.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Chacune des chapelles recèle des trésors, comme ce triptyque représentant la Visitation où Élisabeth accueille sa cousine Marie, dans la Chapelle Impériale dédiée à Notre-Dame.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Encore une belle statue, ce saint Michel terrassant non un dragon, comme est généralement représenté le diable, mais un être humain avec les cornes et les ailes de Satan, et un serpent qui s’enroule sur son ventre.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

L’auteur de ce vitrail réalisé probablement en 1928, est Josef Cibulka (1886-1968). L’ensemble des panneaux est intitulé Attestation des actes de miséricorde.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Ce vitrail représente, de gauche à droite, l’évangéliste saint Luc en train d’écrire son évangile, tenant le livre et la plume; saint Joseph portant l’Enfant Jésus dans ses bras; le roi saint Sigismond, couronne en tête et glaive en main; et saint… le nom du quatrième, qui porte une robe brune de moine, est caché par je ne sais quoi. Il commence par Gu- et finit par -ius ou -nus ou -mus, aussi je propose Gulielmus, c’est-à-dire saint Guillaume, un moine bénédictin de l’abbaye de Cluny, mort en 1031. Sous toutes réserves.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Ici nous sommes dans la “chapelle du Nouvel Archevêque”, où nous contemplons de merveilleux vitraux peints à l’huile sur verre, ce qui n’est pas banal. Offerts par la banque Slavia, ils datent de 1931 et sont l’œuvre, en style Sécession, de l’un des initiateurs –et non des moindres– de l’Art Nouveau, le grand Alfons Mucha (1860-1939). Natif de Moravie, il étudie à Brno puis, refusé à l’académie des Beaux-Arts de Prague, il va travailler à Vienne. En 1887, on le retrouve à Paris où il réalise des illustrations, des affiches, travaille pour Sarah Bernhardt. En 1906, il part pour les États-Unis, New-York, Chicago, Philadelphie, puis en 1910 il retourne dans son pays et s’établit à Prague. Cet artiste, parce qu’il était franc-maçon, a été interrogé par la Gestapo en 1939 avec les méthodes qu’il n’est pas nécessaire de décrire et, quelques jours plus tard, la pneumonie qu’il a contractée l’emporte. On jette son corps à la fosse commune.

 

Le sujet représenté sur ces vitraux est celui du baptême du prince Bořivoj par saint Méthode. Auprès de lui, sa femme sainte Ludmila et son fils saint Venceslas. Cette œuvre me plaît beaucoup, mais j’avoue ne pas être capable de détailler qui est où. Je me contente donc de répéter bêtement ce que j’ai lu.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Laissons là les vitraux. Je m’arrête un instant en passant devant cette porte en bois, finement sculptée en bas-relief. Ici je n’ai pas de difficultés pour identifier les personnages représentés, parce que leurs noms sont inscrits au-dessus de leurs têtes. À gauche c’est saint Procope, et à droite, avec autour du cou l’écharpe qui a servi à l’étrangler, c’est sainte Ludmila.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Surprenante, est la Chapelle Saint-Venceslas, datée de 1365 et construite autour du tombeau (à droite sur ma photo) du saint roi dont elle porte le nom. Ce tombeau, en fait, est un cénotaphe, parce que les restes de Venceslas sont sous le sol. On est d’abord frappé par l’incrustation, dans le bas des murs, d’une multitude de pierres semi-précieuses, environ mille trois cents, qui sont originaires de Bohême. Et puis, au-dessus, il y a les fresques sur les murs, les unes du quatorzième siècle, d’autres du seizième, et il y a cette statue.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Notons ce blason de Prague, qui porte l’inscription PRAHA MATKA MEST, “Prague, mère des villes”. Il est vrai que Prague est un joyau, mais la dire mère des villes c’est un peu prétentieux, parce que d’autres avant elle, Athènes, Rome, pour s’en tenir à l’Europe, et puis Paris, Venise, Florence, des villes de Flandre, l’ont précédée. Quand on construit la cathédrale Saint-Guy, on fait appel à un architecte français, quand Charles IV embellit et développe sa capitale, il fait appel à des étrangers ou copie des monuments d’autres pays. Prague aujourd’hui vaut certes bien des villes, mais elle en est la fille, non la mère.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Parfois, on a l’impression que sainte Ludmila est plus vénérée que saint Venceslas. Et ses représentations sont plus ou moins réussies. Celle de ma seconde photo ci-dessus, dans son réalisme, est assez émouvante.

La cathédrale Saint-Guy de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Et enfin cette Vierge à l’Enfant. Jésus n’est vraiment pas un joli bébé, mais Marie est plutôt agréable à regarder, quoiqu’elle ait le visage légèrement empâté. Mais pourquoi, sous le prétexte qu’elle est la mère de Dieu, pourquoi, sous le prétexte qu’il est Dieu incarné, faudrait-il que ce soient des modèles de beauté? La société moderne tente de lutter (avec plus ou moins de succès, avouons-le) contre le “sois belle et tais-toi”, il serait temps qu’elle s’attaque également au même problème concernant la sainteté! Et en ce sens, cette statue me plaît bien.

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