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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 09:00

907a1 Musée archéologique d'Arta

 

907a2 presse à olives (huile), musée d'Arta

 

Avant de quitter Arta, une visite à son beau musée archéologique s’impose. Il est tout moderne, construit en 2006, et ouvert au public depuis 2008, il comprend cinq cents mètres carrés d’exposition, sans compter les laboratoires, les réserves, etc. Mais avant d’entrer, nous nous arrêtons déjà à l’extérieur, devant ces tombes (première photo) ou cette presse à huile d’olive (seconde photo).

 

907a3 siège romain de 189 (Marcus Fulvius Nobilior)

 

Bien triste témoignage de la brutalité du siège romain de 189, ces énormes boulets de pierre ont été retrouvés sur le site. Comme, bien évidemment, il n’existait pas de canons, on voit quelle était la puissance de ces engins militaires à propulsion sans poudre.

 

907a4 Deux monnaies d'Ambracie, une de Leucade

 

On a également retrouvé des pièces de monnaie. C’est ce qui, bien souvent, permet d’identifier avec certitude une ville lorsque l’on sait qu’elle frappait sa monnaie, et de connaître les villes avec lesquelles elle commerçait. Ici, ce sont deux pièces d’Ambracie et à droite une pièce de la voisine île de Leucade.

 

907b1 tuile d'Arta marquée ''Ambr[akia]''

 

907b2 tuile d'Arta marquée ''Polios'' (=Poleôs)

 

907b3 tuile d'Arta marquée ''epi Deinonos''

 

907b4 tuile d'Arta au nom du patron céramiste

 

On a retrouvé un très grand nombre de tuiles brisées. Ces tuiles portaient un sceau marqué avant cuisson, et ces inscriptions sont révélatrices. Ainsi les tuiles des deux premières photos ci-dessus proviennent d’édifices publics. En effet, sur la première, de part et d’autre d’une tour qui est le symbole de la ville (appelé le Baitylon), on lit les quatre lettres AMBR ce qui, c’est clair, doit être interprété comme Ambr[akia]. La seconde porte, autour du même symbole, l’inscription Polios qui, dans le dialecte attique, à Athènes, serait Poleôs, “de la ville” (génitif singulier du mot “ville”). La troisième porte “Épi Deinônos”, ce nom de Deinôn précédé de la préposition épi indique le nom d’un chef, d’un responsable politique comme, sur une plaque commémorative de nos jours on voit l’inscription “X étant maire et Y étant député”. Mais quelle fonction politique, quel titre mettre dessus, on ne le sait pas.

 

Aristote avait décrit en détails et analysé la constitution d’Ambrakia. Hélas, on a perdu cette exceptionnelle source de renseignements sur un système démocratique institué avant celui que Clisthène a introduit à Athènes en 508 et qui est incarné pour la postérité dans la personne de Périclès (495-429). C’est le malheureux sort subi par bien des documents antiques. Ce que l’on sait, c’est par quelques mots gravés ici ou là, sur une stèle, sur un mur, dans un texte de loi.  Le conseil (en grec boulè, mot qui aujourd’hui désigne le sénat), est l’organe exécutif, tandis que l’ecclésia ou assemblée du peuple est l’organe législatif, l’organe qui décide des grandes orientations politiques. Mais il y a aussi des mots, des titres, qui correspondent à des fonctions que l’on ne sait pas exactement définir, ce sont les grammatistes, les prytanes, les symprytanes, l’archonte, le basileus (=roi?), le stratège. Le personnage nommé Deinôn sur la troisième photo exerce donc probablement l’une de ces trois dernières fonctions puisqu’elles sont au singulier, alors que les trois premières sont au pluriel.

 

Enfin, une quatrième tuile porte un nom qui n’est pas précédé d’une préposition. C’est soit le nom d’un personnage officiel, soit plus probablement le nom du propriétaire de la fabrique de tuiles. Autrement dit la marque, comme une voiture porte le nom de Peugeot ou une boîte de petits pois celui de Bonduelle.

 

907b5 tuile du petit théâtre d'Ambrakia (Arta)

 

907b6 tuile du temple d'Apollon à Ambracie (5e s. avant JC

 

Si certains fragments de tuiles présentent des inscriptions qu’il est intéressant de décoder, d’autres sont infiniment plus esthétiques, comme celle de ma première photo ci-dessus qui provient du petit théâtre, ou la seconde qui provient du temple d’Apollon.

 

907c1 hydrie bronze, 5e s. avant JC

 

907c2a urne funéraire (3e s. avant JC)

 

907c2b urne funéraire (3e s. avant JC)

 

Les rites funéraires. Comme ailleurs, on trouve des ensevelissements et des crémations. Cela dépend de l’époque. Dans le cas de la crémation, les cendres sont ensuite collectées dans un récipient qui peut avoir servi à d’autres usages, comme cette hydrie de bronze dont je montre la décoration à la base de la poignée, ou comme cette urne funéraire de terre cuite.

 

907c3 couvercle en plomb d'urne funéraire (3e s. avt JC)

 

L’ouverture de ces récipients était ensuite fermée avec un couvercle qui pouvait être de terre cuite ou, comme ici, en plomb. On voit que le nom de la défunte a été gravé sur ce couvercle: ΣΩΤΙΑ ΦΙΛΙΣΤΙΩΝ[ΟΣ], Sôtia [fille de] Philistion.

 

907c4 adulte 30-40 ans (2e s. avant JC)

 

907c5a tombe d'un musicien avec deux carapaces de tortues

 

907c5b carapaces de tortues, caisses de résonance de lyre

 

Ici, en revanche, les défunts ont été enterrés. Les experts médicaux sont appelés à effectuer des analyses lorsque les archéologues mettent au jour des restes humains. Ces experts ont diagnostiqué ici le corps d’un adulte entre trente et quarante ans. Pour définir la date de la tombe –celle-ci est du deuxième siècle avant Jésus-Christ–, les archéologues examinent les présents enterrés avec le corps, et c’est à partir de leur datation qu’ils peuvent également dater l’enterrement. Le second mort a été enterré avec entre les jambes deux carapaces de tortues. Cela, c’est une riche information sur la personne.

 

907c6 instruments de musique

 

En effet, la carapace de tortue était utilisée pour faire caisse de résonance sur les lyres. Le panneau ci-dessus montre quelques instruments de musique. Donc, bien sûr, au centre une lyre, mais aussi une flûte, de petites cymbales (en bas à gauche), des sistres (en haut à gauche) qui ont joué un rôle dans les cérémonies religieuses en l’honneur de la déesse Isis.

 

Arta maintenait une réputation musicale. Les noms du citharède Xénocrate et du flûtiste Nicoclas sont parvenus jusqu’à nous. Mais le plus célèbre des musiciens d’Ambracie était Épigone, inventeur d’un instrument qui porte son nom, l’épigoneion, sorte de cithare à quarante cordes que l’on faisait reposer sur ses genoux, et dont on jouait directement avec les doigts, comme avec une guitare. C’était totalement inédit, car jusqu’à lui on avait toujours utilisé un plectre, petite plaquette pincée entre le pouce et l’index dont on fait résonner les cordes de l’instrument.

 

907d1 bracelet en or, 3e quart du 2e siècle avant JC

 

907d2 bijou hellénistique

 

Le musée, ici, ne donne pas de description de chaque objet, mais seulement, pour des groupes d’entre eux, l’indication de la date de la tombe où ils ont été trouvés, le troisième quart du deuxième siècle avant Jésus-Christ pour ce bracelet en or. Mais j’avoue me demander quels sont ces objets, datés de l’époque hellénistique, sur la deuxième photo. Ils semblent bien lourds pour être des boucles d’oreilles. Je les présente quand même parce que je trouve jolies les représentations, à droite un scarabée et à gauche un personnage ailé, je ne vois pas bien si c’est un Cupidon, ou si ce qu’il porte dans la main est une couronne, auquel cas ce serait plutôt une Nikè (une victoire).

 

907e1 Poupées articulées grecques antiques

 

Dans les tombes d’enfants il est très fréquent de trouver des jouets qu’ils ont particulièrement aimés. Pour les petites filles il y a souvent des poupées articulées.

 

907e2 pierre de jeu hellénistique, genre d'échecs

 

907e3 jeu hellénistique, genre échecs

 

907e4 jeu genre échecs, époque hellénistique

 

Mais puisque je parle de jeux, et quoique celui-ci n’ait pas été trouvé dans une tombe mais sur le sol d’une maison, je ne peux manquer de montrer cette sorte de jeu d’échecs gravé dans la pierre et comportant vingt-huit cases (sept sur quatre). Intelligemment, le musée présente une illustration. C’est agréable pour le visiteur adulte, et cela donne vie à l’Antiquité pour le jeune visiteur qui, parfois, est contraint de suivre ses parents sans bien comprendre ce qu’il voit. C’est de la même façon que les élèves du professeur de grec ancien qui “sacrifie” une partie de son temps de classe au récit d’épisodes de la mythologie, à la projection d’images comme celle-ci, progressent finalement plus vite dans leur connaissance de la langue que les élèves de son collègue qui croit de son devoir de ne pas “perdre” de temps et de faire crouler ses élèves sous l’étude de la grammaire grecque, de l’usage de l’aoriste et de l’optatif oblique. Notions nécessaires (je me dois quand même de le préciser pour les non hellénistes), mais qui passent infiniment mieux enrobées de sauce de civilisation, d’histoire et de mythologie. Cela, c’était la minute du pédago à la retraite.

 

907f1 plan de maison d'Ambracie (selon le musée)

 

À l’appui des explications, le musée propose également un plan de maison d’Ambracie que j’ai juste rendu plus net que sur ma photo et dont j’ai remplacé les légendes bilingues grec anglais par des légendes en français. Les rues se coupent à angle droit et à l’intérieur de chaque bloc les maisons font environ 15x15m. sans grandes différences de taille de l’une à l’autre. Leur entrée est orientée vers le sud. Sur des fondations de pierre s’élèvent des murs de brique. Le sol des pièces est soit en terre battue, soit en galets, rarement en mosaïque. Au début, les maisons ne comportaient que deux ou trois pièces mais, à partir du quatrième siècle avant Jésus-Christ on a eu tendance à en rajouter, sans toutefois toucher aux dimensions des maisons: on prenait sur la surface de la cour.

 

La pièce à vivre est celle qui est appelée cuisine sur le plan. Au centre, ou rarement dans un angle, se trouve le foyer, source de chaleur et de lumière, et sur lequel on cuisine. On y fait quotidiennement des libations offertes à Hestia, la divinité du foyer. Par ailleurs, comme on le voit, les femmes ont une pièce où elles résident. Mais il ne faut surtout pas les imaginer reléguées là, car comme le dit Ménandre (vers 343-vers 292), auteur de comédies, “Γυνή δέ χρηστή πηδάλιον ἐστ’οἰκίας”, ce qui signifie “Une femme de valeur est le gouvernail de la maison”.

 

907f2 périrrhanterion hellénistique (usages divers)

 

Comme le montre l’image offerte par le musée, cet objet est le pied en marbre d’une vasque appelée périrrhantérion, que l’on a trouvée dans une maison privée d’Ambracie. Chaque maison disposait de ce type de bassin, qui servait à divers usages, toilette, lavage du linge, et aussi pour les ablutions rituelles des mains avant les célébrations religieuses domestiques.

 

907f3a baignoire de terre cuite (musée d'Arta)

 

907f3b selon le musée d'Arta, la baignoire antique

 

Toutes les maisons disposent d’une pièce avec arrivée d’eau et évacuation directe vers l’égout. À Rome, on fait ses besoins dans des latrines publiques, aligné sur une plaque de marbre, mais à Ambracie, plusieurs siècles avant l’époque classique romaine, chaque maison a ainsi ses toilettes privées. C’est aussi dans cette pièce que l’on peut faire une toilette complète, mais en général dans un simple baquet. Ce n’est que dans les maisons plus riches et plus confortables que l’on trouve des baignoires de terre cuite comme celle de ma photo. Elles sont du type baignoire-sabot, avec un petit bassin pour les pieds.

 

907f4 mosaïque de sol, musée d'Arta

 

Je disais tout à l’heure que les sols de mosaïque étaient rares, mais on en a cependant retrouvé quelques-uns, comme celui-ci que présente le musée.

 

907f5 Meule domestique, musée d'Arta

 

907f6 Mortier, musée d'Arta

 

On stocke le blé, comme d’autres graines, l’huile d’olive, le vin, etc. dans les pièces qui jouxtent la cuisine pièce à vivre avec le foyer. Afin que la farine destinée au pain soit toujours fraîche, on moud quotidiennement la quantité de blé nécessaire pour la consommation de la journée, pas plus. Aussi doit-on disposer à la maison d’une petite meule domestique comme celle de ma première photo ci-dessus. Petite, mais néanmoins déjà très lourde, or c’est à la main qu’il fallait la faire tourner autour de son axe, au moyen de poignées passées dans les trous près de l’extérieur du disque. Et ma deuxième photo montre un mortier, permettant d’autres opérations pour piler différents aliments.

 

907g1 musée archéologique d'Arta

 

907g2 au musée archéologique d'Arta, une lopas

 

907g3 accessoire de cuisine, 2e moitié 4e siècle

 

Les ustensiles de cuisine utilisés ressemblent beaucoup à ceux que nous utilisons aujourd’hui. Seules les matières diffèrent.  Ce n’était pas le savoir-faire qui empêchait les habitants d’Ambracie de créer des casseroles métalliques, mais ne disposant ni de cuisinières à induction, ni de plaques halogènes on cuisine aussi bien dans la terre. La première photo met en situation une marmite au centre d’un foyer, la seconde photo présente une marmite très moderne qu’on appelait une lopade (en grec λοπάς, λοπάδος), mais je serais bien embarrassé de dire à quoi servait le récipient à quatre compartiments de ma troisième photo, tout ce que j’en sais c’est qu’il est de la deuxième moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

 

907g4 petite louche d'Ambrakia, musée d'Arta

 

907g5 village de Pistiana, situle double à anse mobile, 3e

 

Encore deux accessoires de la cuisine, cette petite louche en bronze et, provenant de Pistiana, un village dans la montagne au nord d’Arta, ce remarquable seau à double anse mobile. Noter la décoration représentant un cœur sous l’attache des anses.

 

907h1 production locale, 4e s. avant JC

 

Je ne sais ce que se racontent ces deux jeunes femmes. Je ne leur vois aucun attribut permettant d’identifier des déesses ou les héroïnes de quelque légende, c’est peut-être tout simplement une scène de la vie quotidienne. Aujourd’hui, quand on veut se dire des choses de la plus haute importance, “je suis à tel endroit, et toi ?” ou “ras le bol de la pluie”, on expédie vite fait, bien fait un petit texto en style télégraphique et orthographe phonétique, que l’on soit dans le métro ou dans la queue devant la caisse du supermarché. Dans ce quatrième siècle avant Jésus-Christ où a été réalisée cette poterie à figures rouges, on communiquait encore par la parole. Ce qui contraignait à une vie sociale, puisque l’on devait se rencontrer. On était bien malheureux, en ce temps-là.

 

907h2 provenant d'Ambracie (musée d'Arta)

 

907h3 provient d'Ambracie (musée d'Arta)

 

Aucune indication de quelque nature que ce soit pour ces deux objets, ni date ni origine, mais je tiens cependant à les montrer, parce que je trouve amusant ce hérisson, mais surtout le suis impressionné par la beauté de cette tête.

 

907h4 village de Pistiana, 3e s. avt JC, Artémis Agrotera

 

Avant de clore cet article, quelques sculptures. Celle-ci, que j’ai pu photographier de face et de dos parce qu’elle se trouvait dans une vitrine de milieu, et non contre un mur, est une Artémis chasseresse (Agrotera) du troisième siècle avant Jésus-Christ qui provient de ce même village de Pistiana dont je viens de parler. Elle est court vêtue et porte des bottes de cuir souple pour pouvoir courir vite dans les bois, et l’on peut imaginer qu’elle tenait un arc à la main. C’est plein de mouvement, de vie, de naturel.

 

907h5 figurine féminité, Arta, 4e-2e s. avt JC

 

Cette petite terre cuite a été datée entre le quatrième et le deuxième siècle avant Jésus-Christ. Dans ce mouvement pour tendre son vêtement, je ne sais si cette jeune femme est en train de s’y enrouler ou si, au contraire, elle se dévêt, mais qu’il y a donc de grâce et d’élégance dans ce geste! Et puis, en façonnant sa figurine, l’artiste a trouvé le moyen, à la fois, d’exalter le corps féminin et de travailler le drapé du tissu. Dommage que des systèmes électroniques protègent si efficacement les objets exposés, parce que je l’imagine bien sur mon bureau, cette statuette…

 

907h6 Aphrodite hellénistique, musée d'Arta

 

907h7 Musée archéologique d'Arta

 

Et enfin ces deux statuettes. La première, nous dit-on, est une Aphrodite hellénistique. Sur la seconde, pas un mot. Une autre Aphrodite, ou une simple mortelle? D’époque hellénistique elle aussi? Mais ces deux sculptures sont si pures de ligne, si élégantes, si jolies, que je ne résiste pas au désir de les montrer ici.

 

Et voilà. Il ne nous reste plus qu’à filer vers Igoumenitsa pour nous embarquer vers Ancône, et ensuite direction la France. Mais nous reviendrons très bientôt vers cette Grèce qui nous est si chère.

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Published by Thierry Jamard
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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 09:00

906a1 Arta, Vlacherna

 

906a2 Arta, monastère des Blachernes

 

906a3 Arta, Vlacherna

 

906a4 Arta, Vlacherna

 

J’ai dit dans mon article précédent concernant l’église de Sainte Theodora dans quelles circonstances le despote d’Épire Michel II a voulu racheter sa conduite indigne envers sa femme en construisant, entre autres, le monastère de la Panagia Vlacherna, en français la Vierge des Blachernes, vers le milieu du treizième siècle. Il existait ici une église du onzième siècle dont une partie de la structure a été conservée, et sur laquelle une voûte a été créée, pour en faire le catholicon de ce monastère. Le nom rappelle le quartier des Blachernes (Vlacherna) à Constantinople où se trouvait un palais, résidence alternative des empereurs de Byzance quand ils quittaient provisoirement le grand palais. Quand les Francs de la Quatrième Croisade ont instauré à Constantinople un Empire Latin, ces empereurs latins en ont fait leur résidence principale et, lorsque les Byzantins ont reconquis la ville et sont revenus de Nicée, le vieux palais n’ayant plus été entretenu était devenu impraticable et ils se sont installés aux Blachernes. La basilique Sainte-Marie-des-Blachernes, ou Sainte-Marie Mère-de-Dieu, dont les origines remontaient, pour son noyau primitif, à 452 et à l’impératrice Pulchérie, était la plus respectée de Constantinople. Michel VIII Paléologue ne reconquerra Constantinople qu’en 1261, quelques brèves années après la fondation de ce monastère, et on peut penser que c’est en relation avec cette basilique de la métropole précédemment orthodoxe, perdue entre les mains de papistes catholiques, que cette consécration a eu lieu. Du monastère du treizième siècle, il ne reste que le catholicon. Sur la première photo ci-dessus (prise du même côté que la seconde), on voit un mur d’enceinte avec une porte en arc, ces éléments sont de 1833. L’abside et les deux absidioles de la quatrième photo sont, bien sûr, tournées vers l’est.

 

Une chose me frappe en regardant ma photo, que je n’ai pas remarquée lorsque j’étais sur le terrain. Aucun doute, comme je l’écrivais il y a un instant, le chœur est tourné vers l’est, non seulement parce que c’est la tradition, mais parce que sur Google Earth, que je viens de consulter, l’image a beau ne pas être nette, on voit bien les absides plein est. Toutes mes photos, y compris certaines prises dans les angles et que je ne publie pas ici, prouvent que sur mes deux premières photos on voit la façade nord, et sur la troisième le sud. Or toutes ont été prises entre 19h40 et 20h10. Il est logique que l’est soit en pleine ombre, mais si je suis perplexe c’est parce que le nord est le plus ensoleillé… Le 11 avril on est encore plus près de l’équinoxe de printemps que du solstice d’été, le soleil est plus proche de l’équateur que du tropique du Cancer qui est lui-même à près de seize degrés au sud d’Arta, ce qui veut dire que le soleil se couche à l’ouest-sud-ouest et que notre façade nord devrait être dans l’ombre. Et pourtant c’est bien le nord.

 

906a5 Arta, Vlacherna

 

906a6 Arta, Vlacherna

 

Continuons à tourner autour de l’église: un détail de la façade que j’identifie comme sud, et l’allée qui longe le côté ouest de l’église.

 

906a7 Arta, monastère de Vlacherna

 

Comme je le disais au sujet du mur d’enceinte, tout ce qui n’était pas l’église elle-même a été remplacé par des constructions du dix-neuvième siècle. Comme le bâtiment que l’on voit ici.

 

906b1 Arta, monastère des Blachernes

 

906b2 Arta, Vlacherna

 

906b3 Arta, monastère des Blachernes, archange Gabriel

 

Quelques détails dans le marbre. La bien modeste porte basse de la façade nord (première photo) est encadrée d’un somptueux habillage de marbre. Il en va de même pour la porte de la façade sud, sur laquelle j’ai photographié l’ange de ma seconde photo. Et, sur la photo où je montre toute cette façade sud, on aperçoit, en haut, une plaque de marbre blanc plus ou moins carrée: c’est l’archange Gabriel de ma troisième photo. J’ai vu que quelqu’un l’interprétait comme saint Michel, mais non-non-non, c’est bien Gabriel. Il a une drôle de tête, il est amusant, mais il n’a rien de la grâce de l’ange sur le linteau de porte précédent.

 

Nous avons longuement tourné autour de l’église, mais bien déçus parce que les portes étaient hermétiquement fermées alors qu’on nous avait dit que c’était à ce moment-là que nous avions le plus de chances de les trouver ouvertes. Il y avait même un papier punaisé donnant un numéro de téléphone (on l’aperçoit sur ma photo), mais ce numéro ne répondait pas. Dommage, mais tant pis nous repartons. Nous n’avions pas fait trois pas hors de l’enceinte qu’un monsieur charmant nous demande si nous ne voudrions pas voir l’intérieur. C’est lui le responsable, mais il travaille, voilà pourquoi les visites ne sont possibles qu’en dehors des heures ouvrables. Nous étions garés à une certaine distance, mais quand il a vu un camping-car immatriculé à l’étranger, il a pensé qu’il ne pouvait être dans ce village que parce que ses propriétaires souhaitaient voir l’église. Intelligent et sympathique.

 

906c1 Arta, Vlacherna

 

906c2 Arta, monastère des Blachernes, iconostase

 

Et donc, brandissant une gigantesque clé comme on en faisait dans le passé, il nous a ouvert la porte. Et de plus, il n’avait de cesse d’attirer notre attention sur tel ou tel détail qui nous échappait. Parce qu’il nous ouvrait les portes du paradis, Natacha l’a plaisanté: vu la clé qu’il avait, il devait s’appeler Petros (Pierre). Non, a-t-il répondu, je m’appelle… Christos! Et ce n’était pas une blague. Comme quoi cela confirme le dicton selon lequel il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints.

 

Lors de la construction, l’iconostase était en marbre, mais elle a été détruite à l’époque ottomane, et par la suite on l’a remplacée par cette iconostase en bois. Elle a dû être superbe, mais elle est en bien piteux état. Tout à l’heure je vais en montrer quelques détails qui valent le coup d’œil.

 

906c3 Arta, Vlacherna, icône moderne de l'iconostase

 

906c4 Arta, Vlacherna, partie ancienne de l'iconostase

 

Le Christ qui orne la porte de l’iconostase, de même que les icônes du registre bas, sont modernes. L’une d’entre elles, celle qui représente Hélène et Constantin (la plus à droite sur ma photo de l’iconostase), porte une signature et une date, 1974. Les autres ne portant ni date, ni signature, je suppose qu’elles sont de la même main et lui sont contemporaines. En revanche, le registre haut est beaucoup plus intéressant, mais il nécessite une vigoureuse restauration pour sauver ce qui est encore visible et ce qui tient encore en place.

 

906d1 Arta, Vlacherna, mosaïque de sol

 

Ma photo de la mosaïque de sol, hélas, est d’une qualité lamentable. Avec, de plus, un éclairage sur le devant si fort qu’il en était blanc alors que le bout était si sombre qu’il en devenait complètement noir. Aussi ai-je coupé les deux extrémités. Or ce rectangle de mosaïque incrusté dans l’allée centrale dans un parquet de bois est intéressant parce qu’il a une signification. Sur mon horrible photo fragmentaire, on voit en haut un cercle à l’intérieur duquel apparaissent les deux serres d’un aigle, plus bas deux cercles et on en suppose deux autres en haut. Ces cinq cercles entrelacés symbolisent les cinq pains de l’évangile: “les disciples […] dirent : Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons. Et [Jésus] dit: Apportez-les-moi. Il fit asseoir la foule sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, […] il rompit les pains et les donna aux disciples, qui les distribuèrent à la foule. Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants” (Saint Mathieu, chapitre 14).

 

906d2 Arta, Vlacherna, chapiteau

 

906d3 Arta, Vlacherna, chapiteau

 

906d4 Arta, Vlacherna, chapiteau

 

Nulle part je n’ai lu que les chapiteaux étaient de récupération. Or je ne vois pas d’autre explication au fait qu’ils soient disparates, sans aucun point commun dans le style, dans la matière, dans l’exécution. Cependant, comme on le voit sur ma photo de la nef, de part et d’autre de l’allée ils sont appariés.

 

906d5 Arta, Vlacherna, la coupole

 

Il est dommage que le Christ de la coupole soit aussi abîmé, d’autant plus qu’il diffère sensiblement du Pantocrator que l’on a l’habitude de voir au sommet de la coupole principale des églises byzantines.

 

906e1 Arta, Vlacherna, fresque détruite

 

906e2 Arta, Vlacherna, dégagement des fresques

 

906e3 Arta, Vlacherna, travaux de restauration

 

Mais ce Christ de la coupole n’est pas le seul à être endommagé. Ce sont des équipes de volontaires, des Français selon l’information donnée par Christos, qui viennent l’été travailler à la rénovation de cette église. Notamment ils ôtent la couche de plâtre qui recouvre les murs et leurs fresques, ils rouvrent les fenêtres qui avaient été occultées, etc. C’est un travail long et minutieux, car on comprend qu’il ne s’agit pas de faire tomber ce plâtre à grands coups de grattoir car la fresque elle-même, prise dans la couche de plâtre inférieure, partirait elle aussi. On sait que le nature de la fresque est d’être appliquée sur le plâtre frais et encore humide pour que la couleur pénètre à l’intérieur de l’enduit. Le problème, donc, est que la couche de plâtre superficielle destinée à couvrir l’autre couche adhère à elle bien souvent. Après ce travail de dégagement, des spécialistes interviendront sans doute pour redonner vie à ces peintures gravement défraîchies et partiellement manquantes.

 

906f1 Arta, Vlacherna, fresque ''La Prière''

 

906f2 Arta, Vlacherna, fresque baiser de Judas

 

906f3 Arta, Vlacherna, fresque

 

Malgré leur mauvais état, on perçoit cependant que ces fresques étaient intéressantes. Je n’en donnerai que ces trois exemples. En particulier, sur ce gros plan que j’ai fait du baiser de Judas à Jésus, on se rend compte du talent du peintre. Après coup, longtemps après notre visite d’Arta, j’ai appris que sur le trône épiscopal il y avait une des rares icônes conservées d’un peintre célèbre qui avait vécu à cheval sur le dix-septième et sur le dix-huitième siècles, Georgios Nomikos. Cette icône représente le Christ sur un trône et elle est de 1658. Je le signale pour qui passerait là et saurait où la chercher. Elle présente un aspect autre, c’est que Nomikos avait peint un Christ sur un trône dans l’église Agios Vasileios d’Arta, et cette icône avait tellement plu aux habitants qu’ils ont commandé la même exactement pour l’église de Vlacherna. À Agios Vasileios nous avons trouvé porte close, mais je crois que ce Christ-là fait partie de la majorité d’œuvres de Nomikos qui sont perdues.

 

906g1 Arta, Vlacherna

 

906g2 Arta, Vlacherna

 

Le lieu de la tombe de Michel II n’est pas connu avec certitude, mais en se basant sur une inscription (malgré mes recherches, je n’ai trouvé nulle part ce que dit au juste cette inscription) on a la quasi-certitude que le grand sarcophage de marbre de la seconde des photos ci-dessus constitue sa dernière demeure. Dès lors, la dalle de marbre de ma première photo ci-dessus serait ce qui reste du sarcophage où auraient été ensevelis ses deux fils Jean et Demetrios.

 

906g3 Arta, Vlacherna

 

906g4 Arta, Vlacherna

 

906g5 Arta, Vlacherna

 

Avant de repartir en remerciant Christos, revenons à l’iconostase. Si ses peintures ont beaucoup souffert, en revanche les sculptures en bois doré sont encore suffisamment bien conservées pour susciter l’admiration, avec ses dragons affrontés et autres monstres. Et il reste aussi des fragments de l’ancienne iconostase de marbre, avec ces beaux lions.

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Published by Thierry Jamard
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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 09:00

905a1 église Ste Theodora, Arta

 

905a2 Arta, église Agia Theodora

 

905a3 Arta, église Sainte Theodora

 

J’ai annoncé trois articles sur des églises spécifiques d’Arta. Voici la seconde, Sainte Théodora. Si elle n’est pas laide extérieurement, ce n’est pas cependant son aspect qui justifie un article complet, à moins d’être un architecte, un spécialiste. Ce n’est nullement mon cas. Ce qui m’a intéressé est à l’intérieur.

 

905b1 fresque de Sainte Theodora, à Arta

 

905b2 Arta, fresque de Sainte Theodora

 

905b3 Arta, fresque de Sainte Theodora

 

Dans mon précédent article, j’ai évoqué Michel II Doukas, despote d’Épitre, et sa femme sainte Theodora. Cette Theodora Petraliphaina, née vers 1225, est la fille du sebastocrator (représentant de l’empereur avec la plus haute dignité) de Thessalie et Macédoine. Encore enfant, en 1231, elle a été mariée pour raisons politiques au despote Michel. Quand elle a été enceinte de Nicéphore (né vers 1240), Michel l’a expédiée dans le village de Prinista, dans la montagne à une dizaine de kilomètres au nord d’Arta, sans ressources, parce qu’il préférait vivre avec sa maîtresse. Elle, n’avait pas de toit, dormait à la belle étoile, cueillait dans la nature de quoi se nourrir. C’est dans ces conditions qu’elle a donné naissance à Nicéphore et qu’elle l’a élevé dans ses premières années. Michel, au bout de cinq ans et après avoir eu deux enfants de sa maîtresse (il lui a fallu tout ce temps pour s’amender), l’a reprise auprès de lui et ils ont vécu, semble-t-il, en harmonie. En signe de repentir pour sa mauvaise conduite, il a créé le monastère de Kato Panagia (dont, comme je le disais dans mon article précédent, l’église de la Panagia Parigoritissa deviendra le catholicon quand elle ne pourra plus subvenir à ses besoins) ainsi que celui de Vlacherna –qui sera l’objet de mon prochain article– dans un village de l’autre côté du fleuve. En outre, il a ajouté à l’église son narthex et les deux frontons que l’on distingue sur mes photos de l’extérieur. Plus tard, Theodora a fondé à Arta le couvent de Saint-Georges, auprès de cette église qui était préexistante, remontant au onzième siècle, et qui en est devenue le catholicon. Quand Michel est mort, Theodora s’est retirée dans ce couvent, où elle est restée jusqu’à sa mort. Elle y a été enterrée, et c’est devenu l’église Sainte Theodora que nous visitons. En son honneur, je commence par ces deux fresques la représentant.

 

905c1a Arta, église Ste Theodora

 

905c1b Arta, église Ste Theodora, chapiteau

 

Mais nous reviendrons à la merveilleuse collection de fresques tout à l’heure. Pour l’instant, en entrant dans l’église, on remarque ces chapiteaux de colonnes que, du premier coup d’œil, on identifie comme des matériaux de réemploi. Ce sont en effet des chapiteaux paléochrétiens, du cinquième ou du sixième siècle, provenant d’une basilique de Nicopolis. Trois colonnes apparaissent sur ma photo, mais il y en a bien évidemment une quatrième à droite.

 

905c2 Arta, église Sainte Theodora, sol

 

Au sol, on foule ce merveilleux “tapis” de marbre, dans la nef, qui mène vers l’iconostase. À Rome, les Cosmates ont exercé leur art du douzième au quatorzième siècle. J’ai souvent eu l’occasion de parler de cette corporation de marbriers, mais on peut se reporter par exemple à mon article Rome, San Lorenzo fuori le Mura, du 17 janvier 2010. Il n’est pas impossible que l’architecte, ici, ait eu connaissance de leur travail, car voyant ce qui a été réalisé ici, on ne peut manquer d’y penser.

 

905c3 Arta, église Sainte Theodora

 

905c4 Arta, église Sainte Theodora

 

905c5a Arta, église Agia Theodora

 

905c5b Arta, église Agia Theodora

 

Depuis le sarcophage de sainte Théodora dans le narthex (première photo) qui représente la sainte et son fils Nicéphore entre deux anges, jusqu’au mobilier de l’église, tout est superbe. Lors de notre visite de la Parigoritissa, plus tôt dans la journée, nous avons vu que le despote avait voulu donner un lustre de capitale à son église principale, mais ici dans un bâtiment beaucoup plus petit et moins ambitieux qui lui est antérieur, on trouve un luxe exceptionnel. On ne peut manquer d’admirer aussi l’exceptionnelle châsse en argent qui contient les restes de la sainte. Pour extraire lesdites reliques en 1873, il a fallu briser le couvercle du sarcophage (quelle horreur!), et on a alors trouvé à l’intérieur des fragments de marbre, preuve que des voleurs avaient déjà ouvert le sarcophage pour piller les bijoux. Comme quoi brigands et adorateurs ont les mêmes pratiques. La façade du sarcophage a alors été plaquée sur le mur du narthex. On peut croire en la sainteté de Theodora, on peut croire aux miracles qu’elle réalise, ce que j’écris n’est en rien, strictement rien, une critique, mais ce que je ne comprends pas c’est pourquoi on ne peut pas prier et vénérer sainte Theodora en la laissant reposer dans son cercueil enfermé dans le sarcophage, et pourquoi il a fallu collecter ses ossements pour les transférer dans une châsse en argent dans l’église, si magnifique soit-elle.

 

905d1 Arta, église Ste Theodora, naissance de la Vierge

 

905d2 Arta, église Ste Theodora, Marie au temple

 

J’arrête là, parce que je risque fort d’aller griller en enfer. Venons-en aux fresques, qui m’ont laissé pantois! Elles ont été réalisées en plusieurs étapes, celles de la nef centrale du vivant de Theodora, au milieu du treizième siècle, le narthex qui est du début du quatorzième a été peint en 1653, et tout le reste est de la fin du dix-huitième siècle. C’est essentiellement cette série plus récente de fresques que nous allons voir. Je suivrai l’ordre chronologique des événements de la vie de Jésus, en commençant par la naissance de Marie, sa mère, puis sa présentation au temple. Autant, bébé, elle est représentée toute petite (si elle est censée mesurer environ cinquante centimètres, Anne, sa mère, mesure alors plus de deux mètres), autant, au temple, elle paraît une grande fille car, selon le proto-évangile de Jacques, elle avait alors trois ans. Mais le dessin est touchant, surtout pour la seconde fresque, le grand prêtre accueillant l’enfant, la sollicitude des parents qui la présentent.

 

905d3 Arta, église Ste Theodora, Annonciation

 

L’étape suivante, c’est l’Annonciation. Je la présente coupée en deux images parce que l’ange Gabriel et Marie sont peints de chaque côté d’une ouverture. D’autre part, ils ne sont pas représentés en pied, on ne peut donc voir si Marie est agenouillée ou debout, etc. Mais on voit la colombe du Saint-Esprit qui vole vers elle.

 

905e1 Arta, église Ste Theodora, Transfiguration

 

Il y a tant et tant de scènes représentées dans ces fresques que je suis obligé d’opérer un choix draconien. Passons sur la naissance de Jésus, son enfance. Je ne garde que deux épisodes de sa vie avant la Passion. D’abord, la Transfiguration. On voit Jésus nimbé de lumière entre Moïse et Élie, et les trois apôtres Pierre, Jacques et Jean qui tombent à terre terrifiés quand ils entendent la voix de Dieu le Père.

 

905e2 Arta, église Ste Theodora, miracle de l'aveugle né

 

L’autre scène de la vie de Jésus que je sélectionne est un miracle, la guérison de l’aveugle. Les deux moments de la guérison sont représentés sur la même fresque, d’abord Jésus lui applique sur les yeux un peu de boue faite de sa salive et de la poussière du sol, ensuite il l’envoie se laver le visage à la fontaine de Siloé. Le peintre a soigné son décor, l’arrière-plan avec des colonnes aux chapiteaux originaux, la vasque de la fontaine décorée d’une tête de lion sculptée, etc.

 

905f1 Arta, Ste Theodora, Jésus entre à Jérusalem

 

Puis viennent les événements de la Semaine Sainte, avec l’entrée de Jésus à Jérusalem sur un âne. La foule venue en masse pour la Pâque juive l’accueille en agitant des rameaux, détail pourtant très important puisqu’il fait partie de la liturgie de ce dimanche qui porte le nom de Dimanche des Rameaux, mais qui a été ici oublié ou négligé, les enfants –toujours sous-dimensionnés– placent des vêtements sous les pas de l’âne, il y en a un qui grimpe à l’arbre pour mieux voir Jésus. La foule était enthousiaste, mais ici non seulement elle n’agite pas de palmes mais elle a un air plutôt méfiant, ce qui change complètement ce qu’exprime l’évangile.

 

905f2a Arta, Ste Theodora, fresque de la Cène

 

905f2b Arta, Ste Theodora, la Cène (détail)

 

Vient le Jeudi Saint avec la Cène. Il est curieux de voir que l’artiste, en drapant des étoffes sur les personnages, a voulu respecter les formes de l’époque de Jésus, mais sur la table le couvert comporte des couteaux complètement anachroniques. Quoique le dessin soit très personnel, les traditions sont respectées, Jean dort appuyé sur son coude devant le Seigneur, Judas met la main au plat tout en serrant, dans l’autre main, la bourse contenant les trente talents d’argent, soit… près de huit cents kilos de métal. Voir à ce sujet mon article Prespa (2). Du lundi 9 au jeudi 12 juillet 2012.

 

905f3 Arta, Ste Theodora, Judas livre Jésus

 

905f4 Arta, Ste Theodora, Pilate se lave les mains

 

Puis vient le Vendredi Saint. Judas livre Jésus, il le désigne en l’embrassant. Saint Pierre tranche l’oreille d’un serviteur du grand prêtre. Il y a le regard intense de Jésus, l’air féroce des soldats, surtout de celui du premier plan, Pierre qui a saisi le garçon par ses longs cheveux et qui le maintient, un genou pressé sur son corps tout en regardant ce qui se passe du côté de Jésus.

 

L’autre scène est celle du jugement de Pilate. Là aussi, tout y est. Les gardes emmènent Jésus qui vient d’être condamné. Il y a près de Pilate sa femme, qui lui a dit de ne pas condamner ce juste, parce qu’elle avait eu un rêve qui l’avertissait. Un serviteur verse de l’eau sur les mains de Pilate qui dit “Je me lave les mains du sang de ce juste”. Les membres du sanhédrin, qui viennent d’obtenir satisfaction, sont là aussi devant la porte. Concernant Ponce Pilate, sous son joli mais encombrant chapeau, il porte les cheveux longs, ce qui est fort étonnant pour un citoyen romain de l’époque de Tibère, né sous Auguste. Mais au moment du procès de Jésus il était, si je me souviens bien, depuis sept ans gouverneur de Judée, aussi peut-être s’était-il adapté à la mode locale, mais avec une mise en plis et un brushing parfaits. Bien sûr je plaisante, mais il serait intéressant de savoir si le peintre a seulement commis un anachronisme ou si son choix est volontaire. Pour cela, il faudrait au moins savoir qui il est, ce peintre, or nulle part je n’ai lu si les fresques étaient signées, ou si le nom de l’artiste était connu. Mais la littérature sur Arta ne s’intéresse vraiment qu’à la Parigoritissa et passe très vite sur Sainte Theodora et sur la Vlacherna. C’est dommage.

 

905g1 Arta, Ste Theodora, Thomas reconnaît Jésus

 

Les heures ont tourné, deux jours ont passé. Jésus est mort, puis le soir de ce même jour de Pâques où il est ressuscité il est apparu une première fois aux apôtres en l’absence de Thomas, qui ne veut pas croire au récit de ses collègues: “Si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas”. Une semaine plus tard, toutes les portes fermées, Jésus apparaît de nouveau, mais Thomas est là. “Avance ta main, et mets-la dans mon côté”, lui dit Jésus. Alors Thomas lui dit “Mon Seigneur et mon Dieu”. Visiblement, selon l’évangile, saint Thomas n’a pas testé la plaie de Jésus avant de se repentir de n’avoir pas cru, et là encore la fresque ne colle pas au texte, mais cette fois-ci il n’y a pas de doute, c’est volontaire. Comment, en effet, faire comprendre qu’il s’agit de cet épisode si l’on voit seulement douze hommes debout devant Jésus? J’ai en mémoire une toile de Signorelli qui fait de même, une ronde-bosse de la clôture du chœur de Notre-Dame de Paris, et aussi bien sûr cet extraordinaire et terrible Caravage, à Potsdam, où Jésus guide même la main de Thomas, dont l’index soulève la chair de la plaie. Il aurait beaucoup tardé à trouver la foi. C’est donc une convention picturale largement admise par la tradition. En revanche, rien dans l’évangile, absolument rien, ne laisse penser que les apôtres s’étaient réunis en compagnie d’une femme richement vêtue. Certes, le texte ne dit pas, comme parfois, “les Douze” –et d’ailleurs Judas n’en était plus–, mais “les disciples”, ce qui peut être plus large que le cercle des apôtres, et –pourquoi pas– inclure Marie-Madeleine, la fidèle entre les fidèles. Mais si, traditionnellement, elle est représentée avec de longs cheveux, en revanche quoique riche elle n’est jamais décrite comme une coquette soucieuse d’une élégance tapageuse depuis sa conversion dans la maison du Pharisien de Capharnaüm. La présence de cette femme, Marie-Madeleine ou autre, est ici surprenante.

 

905g2 Arta, Ste Theodora, seconde pêche miraculeuse

 

Une première fois, de son vivant, Jésus avait provoqué une pêche miraculeuse. Mais une seconde fois, après sa résurrection, il dit, de la rive, de jeter les filets du côté droit de la barque. Jean le reconnaît, Pierre, qui est nu, se couvre à la hâte et se jette à l’eau pour arriver à lui plus vite. Dans l’évangile, il met sa ceinture, mais ici dans sa hâte il a juste un bout de tissu qui se desserre de ses reins dans l’eau. Quant à Jean, dans sa contemplation du Seigneur, il en oublie d’aider ses compagnons à tirer de l’eau le filet plein de 153 gros poissons (visiblement, la plus grande partie en est encore sous l’eau).

 

905g3 Arta, Ste Theodora, la Sainte Trinité

 

Quarante jours ont passé depuis Pâques, l’Ascension, Jésus est remonté aux cieux, il est assis à la droite du Père. C’est donc ici que je place cette représentation peu courante de la Sainte Trinité. Oui, la colombe du Saint-Esprit est classique, mais le Père au visage de patriarche et le Fils assis côte à côte sur un nuage rouge bordé de blanc et se tendant la main, cela ne me rappelle aucune autre œuvre.

 

905g4a Arta, église Ste Theodora, la Pentecôte

 

905g4b Arta, Ste Theodora, la Pentecôte (détail)

 

Encore dix jours, c’est la Pentecôte. Le Saint-Esprit descend sur les apôtres sous la forme de langues de feu. À vrai dire, ne voyant pas lesdites langues de feu (à moins que ce ne soient les petites marques rouges sur leur auréole), et le personnage en-dessous étant nommé “o Kosmos”, c’est-à-dire “le Monde”, je n’aurais pas su identifier l’événement, si une inscription n’avait pas été là, ne permettant aucun doute. Mais cela ne me dit pas davantage ce que le Monde vient faire là. À moins que, situé sous les pieds des apôtres, il ne soit prêt à recevoir leur parole, puisqu’il est dit que, soudainement, ils se sont mis à parler des langues étrangères. Rude coup financier pour les auteurs de la méthode Assimil, si cela se reproduisait à grande échelle…

 

905h Arta, Ste Theodora, saint Luc peint Marie

 

Dans plusieurs monastères –où la photo est bien sûr interdite– nous avons vu des icônes représentant la Panagia, la Vierge, dont on nous a assurés qu’elles avaient été peintes de la main même de saint Luc. Outre son évangile, il avait donc été un peintre très productif! Alors ici, tel l’arroseur arrosé, c’est le portraitiste portraituré. Il y a près de son auréole une inscription qui le nomme, mais c’est bien inutile, car il ne peut y avoir aucun doute sur l’interprétation de cette fresque. À part toutefois une interrogation. Les traits humains, de l’Antiquité à nos jours, n’ont pas eu le temps d’évoluer comme entre l’homme de Cro-Magnon et Jules César, je n’évoque donc pas une évolution dans le temps, mais une ethnie. Le visage de Luc n’est pas sémite, et il n’est pas non plus très Épirote. Or si, pour des portraits individuels, les peintres usent de modèles, il serait étonnant que pour ces séries de fresques où les personnages sont innombrables, l’artiste ait utilisé des modèles. Alors pour ce saint Luc, dont le visage est en gros plan, beaucoup plus gros que la plupart des visages des autres personnages, et qui en outre est un peintre, je me plais à imaginer que l’artiste anonyme s’est offert le luxe d’un autoportrait en guise de signature. Pur fantasme de ma part, bien entendu. Mais pourquoi pas?

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 09:00

904a1 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904a2 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904a3 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904a4 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

L’église de la Panagia Parigoritissa, la Vierge de Consolation, est une merveilleuse grande église. Déjà de l’extérieur, ce gros parallélépipède coiffé de multiples dômes emmanchés de longs cous, comme aurait dit La Fontaine, est surprenant, sans doute un peu lourd mais ses nombreuses fenêtres l’allègent et, finalement, il ne manque pas d’élégance. Concernant les dates, ce qui est sûr c’est que l’église a été achevée vers 1296 par Nicéphore premier Doukas et sa femme Anne Cantacuzène, une nièce de l’empereur byzantin Michel VIII Paléologue, car c’est attesté par une inscription sur la façade. En revanche, la construction a-t-elle été commencée par le même despote, ou dans les années 1260 par son père et prédécesseur Michel II Doukas, despote d’Épire de 1231 à 1268, et sa femme sainte Théodora, là est la question qui n’est pas tranchée.

 

904a5 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

L’ensemble du bâtiment est en pierre, mais certaines parties accessoires sont en brique afin de jouer sur leur disposition et ainsi créer des effets décoratifs, comme c’était fréquent dans les églises byzantines. Ce qui fait dire aux spécialistes que la construction s’est faite en deux étapes, la première dans les années 60 par Michel II et la seconde dans les années 90 par Nicéphore I, c’est une différence technique très visible sur ma première photo de l’église, entre le premier étage en appareil irrégulier et avec peu d’ouvertures, et les deux étages supérieurs en pierre de taille, ornés de brique, et percés de nombreuses fenêtres. La légende donne une autre explication à cette différence de style. En effet, la construction ne se serait pas répartie en deux époques, mais l’architecte en chef ayant achevé le premier niveau aurait accepté un autre contrat en parallèle et aurait laissé son assistant poursuivre seul la construction. Le jeune assistant, un homme de grand talent, trouvant quelconque l’esthétique voulue par son maître, aurait redessiné les plans et aurait monté les deux étages supérieurs. L’architecte en chef ayant achevé l’autre église dont il avait été chargé serait revenu voir si son assistant avait correctement poursuivi la construction, et pour reprendre les rênes. Mais quand il a vu qu’il avait été largement surpassé en talent par un jeune, il aurait voulu se venger et, sous prétexte de montrer à son assistant un prétendu défaut sur la toiture, l’aurait fait grimper avec lui et l’aurait précipité dans le vide. L’assistant, tentant de se raccrocher à quelque chose, aurait attrapé son maître, qui aurait perdu l’équilibre, et tous deux se seraient fracassés sur le sol, se transformant instantanément en pierres rouges. La mère du jeune homme, apprenant la mort de son fils, était si affligée que la Vierge, la prenant en pitié, serait venue en personne la consoler. D’où cette consécration à la Vierge de Consolation, à la Panagia Parigoritissa.

 

904b1 Arta, complexe de la Panagia Parigoritissa

 

904b2 Arta, complexe de la Panagia Parigoritissa

 

Mais l’église a connu des difficultés financières qui ne lui ont pas permis de se maintenir, comme quoi la crise économique en Grèce a des racines très lointaines. Elle a alors été rattachée au monastère de Kato Panagia (la Vierge d’En-bas) en tant que catholicon, car à l’époque ce n’étaient pas encore les Chinois qui rachetaient les entreprises en difficulté. C’est en 1578, dans un sigillium (c’est-à-dire un décret) du patriarche Jérémie II, que l’on trouve la première mention d’un monastère de femmes en cet endroit. Ce que nous voyons ici, ce sont les bâtiments conventuels dont ont été conservés à ce jour un réfectoire et seize cellules.

 

904c1 Arta, narthex de la Panagia Parigoritissa

 

Dès le narthex, on peut apprécier l’architecture intérieure, et les fresques qui couvrent les murs, bien que l’endroit serve malheureusement de remise, avec ce haut-parleur, ces chaises empilées, et d’autres objets qui sont dans mon dos au moment de la photo. Je vais, entre autres, revenir sur les personnages que l’on voit tout à gauche, Hélène et Constantin, mais je préfère traiter à part l’architecture d’abord, les fresques ensuite, quel que soit leur emplacement dans l’église.

 

904c2 Arta, iconostase de la Panagia Parigoritissa

 

De même pour cette Vierge –cette Panagia– que je vais montrer en plus gros plan. Pour l’instant, je m’intéresse à cette iconostase assez simple, portant seulement quelques grandes icônes. Elle est intégrée dans l’ensemble de la construction, et non dressée après coup devant l’autel.

 

904c3 Arta, sol de la Panagia Parigoritissa

 

Un coup d’œil à ce vieux sol fait de dalles irrégulières polies par les millions de pas qui les ont foulées depuis tant de siècles.

 

904d1 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904d2 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904d3 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

Nous sommes dans une zone hautement sismique, et l’église a subi des dommages lors de divers tremblements de terre, et elle n’a guère été entretenue jusqu’à la dernière décennie du vingtième siècle. Il a fallu la consolider. Déjà, de l’extérieur, nous avons vu ces armatures de fer qui depuis 1991 maintiennent la façade est, celle qui est marquée par trois absides. Il en va de même à l’intérieur. Néanmoins, on ne peut qu’admirer la légèreté du coup d’œil vers le haut, cette élévation accompagnée de fines colonnettes dans chacun des quatre dômes d’angle comme dans le dôme central. Ces colonnes sont récupérées de monuments antiques, prélevées dans la ville voisine de Nicopolis. On remarque aussi que, curieusement, les colonnes verticales sont surmontées de colonnes horizontales ancrées dans le mur, qui servent de support à d’autres colonnes placées verticalement au-dessus. Trop courtes, il convenait de les superposer, mais de faible section leur simple superposition aurait été trop fragile, d’où ce subterfuge. Cette ligne de fuite des colonnes qui tire l’œil vers le sommet de l’édifice n’a rien de l’architecture grecque, et malgré une disposition générale qui n’a rien des églises catholiques occidentales, on sent que l’inspiration a reçu quelque chose qui, d’une certaine manière, rappelle le gothique. N’oublions pas qu’en 1204 les Francs (c’est-à-dire des Français et des Vénitiens), détournant la quatrième croisade, ont attaqué, pris et pillé Constantinople et que l’Empire Byzantin s’est replié sur Nicée en Asie Mineure. Les Byzantins sont parvenus à reprendre Constantinople en 1261, mais pour désagréables et destructeurs qu’aient été les contacts avec les Francs, ils ont été bien réels, et les Francs ont durablement résidé sur le domaine grec. Par ailleurs, les familles régnantes byzantines se sont liées par mariage à des princesses françaises, allemandes, italiennes, et le futur despote Nicéphore I (né vers 1240) constructeur de cette église, en 1259 a voyagé en Italie. À vrai dire, ce n’était pas pour s’informer sur l’art et l’architecture du pays mais bien plutôt pour chercher une aide militaire auprès du roi Manfred de Sicile.

 

904e1 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904e2 Arta, église de la Panagia Parigoritissa

 

904e3 Arta, Panagia Parigoritissa, Pantocrator

 

904e4 Arta, Panagia Parigoritissa, Pantocrator

 

Justement, le voilà, le dôme central. D’abord un regard sur le jeu des colonnettes et aussi sur la double ouverture en plein cintre que nous avons vue de face à la fin de ma série de photos précédente, puis une image centrée sur le dôme, et une troisième image centrée sur le Christ Pantocrator. Vu d’en bas, il se trouve bien loin du regard, à près de vingt-quatre mètres du sol, et on peut penser que c’est une fresque. Mais sur la photo prise avec le téléobjectif pointé sur le regard du Christ, on se rend compte qu’il s’agit d’une mosaïque faite de pierres extrêmement fines, si petites qu’elles ont permis à l’artiste de dessiner comme avec un pinceau. Hélas, cette mosaïque est assez endommagée. On est d’autant plus étonné de trouver ici une mosaïque que, depuis la fin du douzième siècle, seules Constantinople et Thessalonique, les deux plus grandes villes de l’Empire, ont les moyens de s’offrir ce type de décoration extrêmement coûteux. Il y a donc clairement, de la part des despotes d’Épire, l’intention de rivaliser avec ces grandes villes et d’élever leur statut. Et puis cette église devait donner à Arta un statut de capitale, et beaucoup pensent que c’est elle qui a été le théâtre des cérémonies de couronnement des despotes.

 

904f1 Arta, iconostase de la Parigoritissa, Vierge

 

J’ai annoncé tout à l’heure un gros plan sur l’icône de la Vierge de l’iconostase, le voilà. C’est une Odigitria (ou Odegetria, la lettre grecque êta, un E long ouvert, ayant évolué au moyen-âge vers le son I, désormais appelée ita, d’où la transcription variant entre l’orthographe grecque ancienne et l’orthographe phonétique moderne) c’est-à-dire que, montrant Jésus de la main, elle montre “la route”.

 

904f2a Arta, Panagia Parigoritissa, St Pierre

 

904f2b Arta, Panagia Parigoritissa, St Pierre

 

904f3 Arta, Panagia Parigoritissa, Saint Luc

 

Les fresques, elles, sont du seizième siècle et de la main d’un peintre du nom d’Ananias, sauf quelques-unes un peu plus récentes, du dix-septième siècle, facilement reconnaissables. Ici nous voyons saint Pierre et saint Luc.

 

904f4 Arta, Panagia Parigoritissa, St Jean Baptiste

 

Avec ses cheveux en bataille et ses ailes, on reconnaît, bien sûr, saint Jean-Baptiste, le Prodromos comme il est appelé dans l’Église orthodoxe, c’est-à-dire Celui qui vient avant.

 

904g1 Arta, Parigoritissa, Hélène et Constantin


904g2 Arta, Parigoritissa, Hélène et Constantin

 

J’ai trouvé deux représentations d’Hélène et Constantin, tous deux saints dans l’Église orthodoxe. La première, comme je le disais tout à l’heure, dans le narthex, l’autre dans le sanctuaire, c’est-à-dire la partie située derrière l’iconostase. Cette première fresque est très abîmée, et en partie volontairement puisque les yeux de Constantin ont été creusés pour l’aveugler. Cela, c’est le fait des Ottomans, puisque la représentation humaine est interdite par l’Islam. Mais une grande partie des dégradations est due au temps et au manque d’entretien. Comme on a pu le constater dans nombre d’églises, et en premier lieu à Sainte-Sophie d’Istanbul, généralement les représentations considérées comme impies et sacrilèges étaient tout simplement revêtues d’un enduit de plâtre, ce qui, loin de les détruire, les a préservées.

 

904g3 Arta, Parigoritissa, Stes Catherine et Paraskevi

 

Ce n’est pas leur regrettable mauvais état qui rend moins belles ces fresques. Comme je ne peux pas toutes les montrer, je me contenterai de deux panneaux. Celui-ci représente sainte Catherine et sainte Paraskévi (sainte Parascève). À défaut de tout élément caractéristique, en particulier la roue du supplice de sainte Catherine, j’aurais été bien incapable d’identifier ces deux saintes si leur nom n’avait pas été inscrit auprès de leurs têtes.

 

904g4a Arta, Parigoritissa, Stes Barbara et Cyriaque

 

904g4b Arta, Parigoritissa, robe de Ste Barbara

 

904g4c Arta, Parigoritissa, robe de Ste Kyriaki

 

Le second panneau représente sainte Barbara et sainte Cyriaque. Tout en contemplant, extasié, la beauté des robes de ces demoiselles, je rappelle en quelques mots la signification de leurs noms. Dans mon article sur Osios Loukas daté du 21 juin 2011, j’explique qu’une jeune perse de Baalbek (actuellement au Liban) avait été martyrisée puis décapités pour s’être fait baptiser, et que ses camarades avaient demandé pour l’ensevelir le corps de “la barbare”, en latin barbara, afin de ne pas avoir à l’appeler par son nom de baptême, ni par le nom perse qu’elle avait changé. Et ce nom de Barbara est resté attaché à son souvenir. Quant à Cyriaque, Kyriaki en grec, c’est une forme d’adjectif formé avec le suffixe –kos, -ki au féminin (-que en français: calorie/calorique, poésie/poétique, etc.) sur le substantif kyrios qui en grec moderne signifie “monsieur” mais autrefois “seigneur” (de même qu’en français “mon sieur” est “mon seigneur”). C’est le mot que l’on trouve –au vocatif, forme utilisée pour appeler, invoquer, s’adresser à quelqu’un– dans l’invocation chrétienne Kyrie eleison. Et le mot kyriaki (c'est-à-dire [jour] du Seigneur) signifie dimanche. Or l’équivalent latin de kyrios est dominus, et l’adjectif dérivé est dominicus. Au féminin, dominica [dies] a donné par déformation et évolution phonétique le mot français dimanche (jour du Seigneur). Le prénom Cyriaque est donc l’exact équivalent grec de cet autre prénom latin Dominique.

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 09:00

 

903a1 L'Arachthos entre Ioannina et Arta 

 

903a2 L'Arachthos entre Ioannina et Arta

 

Renseignements pris, nous avons deux jours avant le prochain ferry qui nous emmènera d’Igoumenitsa à Ancône en Italie. Nous sommes à Ioannina, nous aimons bien cette ville, mais nous sommes à environ soixante-quinze kilomètres d’Arta, en direction du sud, cette ville remplie d’églises byzantines dont il y a deux ans nous n’avons vu que le célèbre pont, juste quelques minutes, et de nuit (mon article Nikopolis et Arta, 13 janvier 2011, où je résume l’histoire de la ville). Alors que rien ne nous pressait de continuer notre route, énervés de ne pas trouver de stationnement, en colère, nous avons subitement décidé de partir. Dès le lendemain, nous regrettions cette décision. Ce délai d’attente du ferry est une excellente occasion de remédier à nos regrets. En route, nous nous arrêtons quelques minutes pour contempler ce fleuve Arachthos que longe la route et qu’enjambe le pont d’Arta.

 

903b1 le pont d'Arta sur l'Arachthos

 

903b2 le pont d'Arta sur l'Arachthos

 

903b3 le pont d'Arta sur l'Arachthos

 

Je ne dirai pas ici de nouveau l’histoire du pont d’Arta sur l’Arachthos, ni celle de la malheureuse femme de l’ingénieur qui dirigeait les travaux de construction. Contentons-nous de voir ce beau pont dont la base des piles remonte à l’époque hellénistique.

 

    903b4 Sur le célèbre pont d'Arta

 

    903b5 Sur le célèbre pont d'Arta 

 

Le pont étant ouvert à la circulation piétonne, on peut admirer son beau pavage. Et s’il est apprécié des touristes, il est également fréquenté par qui préfère traverser la rivière sur son sol inégal plutôt que sur l’étroit trottoir du pont moderne, où la circulation incessante de voitures et de camions empuantit l’atmosphère et casse les oreilles malgré le coup d’œil sur le pont ancien. Mais quand on est sur le beau pont ancien… on ne le voit pas! On ne voit que l’autre!

 

    903c1 Le musée folklorique d'Arta 

 

Juste au débouché du pont, ce gros bâtiment rouge, qui ne manque pas de charme, abrite un “Folklore museum”, dit la traduction anglaise. L’adjectif grec étant en rapport avec le peuple, je préfère dire que c’est ce que nous appelons en français un “musée d’arts et traditions populaires”. Mais comme nous ne l’avons pas visité, je ne peux dire ce qu’il contient.

 

    903c2 affiche des antifascistes d'Arta pour l'aide humanita 

 

Puisque je parle de culture dans cette acception du terme, j’en profite pour montrer cette affiche. La Grèce, comme tous les pays européens, connaît une montée de l’extrême droite, raciste et fasciste représentée au Parlement et comptant des activistes qui mènent parfois des actions violentes contre des immigrés (certains députés sont même impliqués dans des crimes racistes). Cela dit, c’est une minorité, et moi qui vis ici depuis plus de trois ans je peux affirmer que la Grèce est un pays sûr, ou en tous cas plus sûr que bien d’autres, et les ligues antifascistes et antiracistes sont nombreuses et écoutées. Ici, le Comité Antifasciste d’Arta appelle à la solidarité pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion. Le samedi 13 avril à 11h du matin “Nous apportons ce dont nous n’avons pas l’usage… Nous prenons ce dont nous avons besoin”. Ce jour-là, nous serons déjà en Italie.

 

    903d1 à Arta, Pyrrhus, roi d'Epire

 

Le célèbre roi d’Épire Pyrrhus dont j’ai parlé au sujet de Ioannina dans mon avant-dernier article est célébré ici aussi avec cette majestueuse statue équestre. Comme je le disais en 2011, cette ville antique d’Ambracie (en grec, elle s’appelle Ambrakia) a été fondée en 625 avant Jésus-Christ. Ses colons Corinthiens ont connu, sur la période de 436 ans qui a précédé sa conquête et son pillage systématique par les Romains en 189, la tyrannie, la démocratie et la monarchie sous Pyrrhus.

 

    903d2 Arta, temple d'Apollon archaïque tardif 

 

    903d3 Arta, temple d'Apollon archaïque tardif

 

Pyrrhus nous ramène à l’Antiquité. Il n’y a pas à Arta de grand site archéologique à visiter, mais la ville recèle cependant bien des marques du passé, comme ce temple archaïque d’Apollon Pythien Sauveur, le patron de la ville introduit dès sa fondation par ses colons Corinthiens, dieu protecteur des voyageurs et des colons. Aujourd’hui, ce temple récemment mis au jour (en 1965) est tout entouré d’immeubles. De ses 44 mètres de long sur 20,75 de large, il ne reste que ses fondations, un unique chapiteau dorique et quelques fragments de tuiles, ce qui signifie que les premiers siècles de la chrétienté se sont généreusement fournis dans cette belle carrière de pierre et ce riche magasin de colonnes que constituait ce symbole du culte païen. Ne quittons pas ce quartier, qui est au nord-ouest de la ville antique, là où se trouvait le cœur administratif et religieux, avec les bâtiments publics et les temples.

 

    903d4 Arta, l'antique théâtre d'Ambracie 

 

    903d5 Arta, l'antique théâtre d'Ambrakia


     903d6 Arta, l'antique théâtre d'Ambracie

 

À faible distance du temple d’Apollon, une palissade de travaux dissimule des fouilles en cours. L’accès est interdit, mais on parvient quand même à glisser l’objectif par le défaut de la cuirasse pour prendre quelques photos, certes pas bien belles, mais qui permettent cependant de discerner les gradins d’un théâtre antique. Ambracie possédait deux théâtres tous deux construits à la fin du quatrième siècle avant J »sus-Christ ou au début du troisième, un grand et celui-ci, qui est le plus petit théâtre connu du monde grec. C’est en 1976 qu’il a été découvert. Sous lui, on a pu mettre au jour les constructions qui l’ont précédé au quatrième siècle, à savoir des maisons avec des salles de bains, et des sols de mosaïques représentant des Amours ailés, des cygnes, des dauphins. Tout près, on a trouvé des traces d’une route antique pavée. Les fouilles continuent pour intégrer le temple d’Apollon et le petit théâtre dans leur environnement. Le reste de la ville suivait un plan hippodaméen rigoureux, les immeubles d’habitation occupant des rectangles entre des rues se coupant à angle droit.

 

    903d7 Arta, fortifications de l'antique Ambrakia 

 

    903d8a Arta, fortifications byzantines 

 

    903d8b Arta, fortifications byzantines 

 

    903d9 Arta, fortifications byzantines 

 

Des tronçons des remparts et des fortifications de la ville antique ont été conservés (première des photos ci-dessus). Au-delà, se trouvaient les cimetières, puisque l’on n’enterrait jamais dans les villes. Aujourd’hui, l’essentiel des murs que nous voyons est ce qu’en ont fait les Byzantins. Si j’ai parlé du pillage systématique de la ville en 189 avant Jésus-Christ, cela ne signifie pas qu’elle n’a pas survécu à cette arrivée des Romains, mais en 31 avant Jésus-Christ c’est la victoire d’Octave (le futur empereur Auguste) à Actium qui va causer sa perte. En effet, il convenait de marquer fortement la victoire qui lui ouvrait les portes de Rome, et Octave a fondé à proximité d’Actium une ville nouvelle, la “Ville de la Victoire”, en grec Nikopolis (mon article déjà cité Nikopolis et Arta du 13 janvier 2011). Mais une ville construite à partir de zéro, il convient de la peupler. Quand ce sont des colons qui la fondent, ils l’habitent, mais quand c’est un prince qui décide seul d’une fondation loin de sa capitale, la ville est vide. Il a donc fait procéder à un grand transfert de population prise dans les environs. Or les environs, c’était Ambracie, qui a été intégralement vidée de ses habitants. Inoccupées, les maisons sont tombées en ruine, la poussière des siècles a tout recouvert, et l’on a oublié la ville, et jusqu’à son nom. Au Moyen-Âge, on n’en voyait plus que ce qui, des fortifications, avait résisté. Maisons, temples, théâtres, autres édifices publics ou privés, tout était devenu invisible. À l’époque byzantine, on a utilisé cet espace vide apparemment pour venir s’installer, car le site était favorable. On a exhaussé les remparts, on a construit à l’intérieur des murailles.

 

    903d10 Arta et Ambrakia selon Leake 

 

C’est au début du dix-neuvième siècle que l’Anglais William Leake (1777-1860) est le premier à s’intéresser à l’identification de la ville antique. J’ai trouvé sur Internet son livre Travels in Northern Greece publié en 1835 où il dit avoir visité (je traduis le passage de l’anglais) “plusieurs restes de l’antiquité hellénique. Quoiqu’ils ne soient pas considérables, ils suffisent à montrer qu’Arta était le site d’une très grande cité grecque. […] On peut voir en tout endroit de la ville moderne des blocs taillés en angle droit ayant appartenu autrefois aux murs ou aux bâtiments publics de la cité, où ils sont souvent utilisés comme bancs, marches, ou pierres de seuil aux portes des maisons. Les traces de puissance et d'opulence évidentes dans ces restes ne semblent guère laisser de doutes sur le fait qu’Arta se trouve sur le site d'Ambracie, bien que n’adhèrent à cette opinion ni l'évêque Ignace, ni son médecin, le Dr M., de Katuna, un homme instruit et bien informé. Mais la présomption fondée sur les vestiges existants, sur la plaine fertile et vaste et sur la situation solide et centrale d'Arta, qui en ont fait le chef-lieu des régions environnantes de Grèce occidentale, qui ont fait donner son nom au golfe, comme Ambrakia autrefois, est pleinement confirmée par d'autres coïncidences provenant des auteurs anciens. D'une comparaison de leurs témoignages, nous apprenons qu’Ambracie était située à quatre-vingts stades de la mer, au milieu de la côte nord du golfe, sur la rive orientale de l’Arsethus, autrement appelé Arachthus ou Arethon, qui prend sa source en Athamanie, et dans les mêmes montagnes qui donnent sa source au Pénée. Il n'y a pas d'autre rivière, ni aucune autre position près du Golfe Ambracique, qui correspondra à ces conditions”. D’où le plan de ville ci-dessus, tiré de cet ouvrage de William Leake. Il faudra attendre 1897 pour que les archéologues s’intéressent enfin à Ambracie, et les fouilles systématiques ne commenceront qu’en 1916.

 

    903e Runes d'une vieille église à Arta 

 

Je disais que la ville était remplie d’églises byzantines. En fait, les églises de toutes époques fleurissent à chaque coin de rue. Il y a même des ruines comme celles de ma photo. Mais il y a aussi des merveilles qui feront l’objet d’articles à part, l’église de la Panagia Parigoritissa, l’église d’Agia Theodora, le monastère de la Vlacherna.

 

    903f1a église St-Marc l'Évangéliste, Arta

 

    903f1b église St-Marc l'Évangéliste, Arta

 

Aujourd’hui, je vais me contenter de montrer quelques autres églises vues en passant, d’extérieur, que nous n’avons pas pu visiter. Celle-ci, c’est l’église Saint-Marc l’Évangéliste.

 

    903f2a Arta, église de la Métamorphose du Sauveur

 

    903f2b Arta, église de la Métamorphose du Sauveur 

 

Ici, c’est la chapelle de la Transfiguration (le grec dit Métamorphose du Sauveur), qui fait partie d’un monastère de Saint-Georges et Sainte-Théodora. Cette chapelle a été construite fin seizième ou début dix-septième siècle sur les restes d’une chapelle antérieure, du treizième siècle. Le mur occidental ainsi que de petites parties des murs nord et sud datent du bâtiment d’origine. Le mur occidental… Revenu devant mon ordinateur au moment où je traduis le texte grec que j’ai photographié sans le lire, je ne dispose plus du soleil pour m’orienter. Or vue de l’extérieur l’architecture ne révèle pas où se trouve l’autel, donc en principe l’est. Toutefois on peut supposer que la porte surmontée d’une fresque est à l’opposé, donc à l’ouest. Les fresques, à l’intérieur, d’un artiste crétois anonyme, sont de 1623. Il y a aussi un retable, admirable paraît-il, de bois sculpté et doré décoré d’icônes du dix-septième siècle. Dommage que nous n’ayons pas pu entrer voir tout cela. À l’extérieur, la fresque qui représente le Christ Sauveur au-dessus de la porte est du dix-septième siècle. Une petite chapelle qui ne paie pas de mine et qui renferme des merveilles.

 

    903f3a Arta, église Agios Basileios 

 

    903f3b Arta, église Agios Basileios 

 

Une autre église, grande celle-là, que nous n’avons pas pu visiter, c’est Agios Vasileios. Et ici, aucun panneau explicatif ne donne d’indications. Sûr, rien qu’en grec devant la chapelle de la Transfiguration, cela reste mystérieux pour bien des touristes qui passent trop peu de temps dans ce pays pour en apprendre la langue, mais c’est au moins quelque chose. Tandis qu’ici…

 

    903f3c Arta, église Agios Basileios 

 

    903f3d Arta, église Agios Basileios 

 

Cela ne nous a pas empêchés de longuement tourner autour, car si les formes de l’architecture ne sont pas exceptionnelles, les surfaces ont été traitées de façon très esthétique en jouant sur les matériaux et les couleurs, comme sur ce flanc de l’église.

 

    903f3e Arta, église Agios Basileios 

 

    903f3f Arta, église Agios Basileios 

 

De même du côté de l’abside dont, en commençant, j’ai montré une photo de la fenêtre haute flanquée de deux plaques en bas-relief. Mais le traitement du mur de brique vaut le coup d’œil. À défaut de sculptures ou de fresques, le jeu de disposition des briques est très décoratif.

 

    903f4 Eglise St Georges de Batsi

 

Pour terminer, nous revenons à une toute petite chapelle toute simple d’extérieur, Saint-Georges de Batsi. Mais qui sait ce qu’elle peut recéler? Elle est fermée et aucun panneau ne parle d’elle. Alors poursuivons notre route, mes prochains articles montreront des intérieurs (N.B.: En prononçant ce nom, Batsi, il convient de bien mettre l'acent tonique sur la finale, parce que, accentué sur le A, le mot désigne “les flics” de façon fort déplaisante pour les policiers...)

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 09:00

902a1 expo ''Psomi'' de Theodoros Papagiannis

 

902a2 expo ''Psomi'' de Papayannis à Ioannina

 

En grec, le boulanger, “faiseur de pain” est artopoios, le “vendeur de pain” là où il n’est pas boulangé est artopolis, et donc le pain se dit artos. Mais dans la boulangerie, je demande psomi, “du pain”. Comme on le voit sur les photos ci-dessus, la même exposition des œuvres de Theodoros Papagiannis à Ioannina s’appelle Το Ψωμί, “Le Pain” sur la première, alors que sur la seconde qui est bilingue grec-anglais le titre est Άρτος / Bread. L’un ou l’autre mot selon l’affichage. Cela nous a donné une double envie d’aller voir de plus près ce que Papagiannis mettait derrière ce mot. D’autant plus que ce sculpteur, nous en avons déjà vu des œuvres il y a quelques jours, à la pinacothèque Averof de Metsovo (dans mon article de blog sur la pinacothèque, j’ai présenté une de ses sculptures).

 

902b Le sculpteur Theodoros Papagiannis

 

Et, merveille, cet artiste était là. Et comme il parle français j’ai pu m’entretenir avec lui et constater combien c’est un homme intéressant, ouvert, et d’une grande richesse intérieure. Commençons par voir la notice affichée à l’entrée de l’exposition et concernant sa biographie. Il est né en 1942, a étudié à l’École des Beaux-Arts avec Giannis Pappas et il a particulièrement approfondi sa connaissance de l’art grec ancien, en Grèce, en Italie du Sud et en Sicile, en Asie Mineure, à Chypre, en Égypte. En 1970 il est pris comme professeur adjoint auprès de son maître Giannis Pappas à l’école des Beaux-Arts d’Athènes, puis en 1981-1982 on le retrouve à Paris, à l’École Nationale des Arts Appliqués et des Métiers d’Art (École Olivier de Serres, tout près du boulevard Lefebvre et de la Porte de Versailles) pour étudier matériaux et techniques. En 1996-1997, il passe six mois aux USA pour s’informer sur les programmes éducatifs et sur l’organisation d’ateliers de sculpture à l’École des Beaux-Arts de New-York. Comme on peut le constater, c’est quelqu’un qui se nourrit intellectuellement, culturellement, mais aussi techniquement, de tout ce qu’il peut trouver. On ne peut s’étonner, dans ces conditions, que grâce à son talent créateur et à ses connaissances, ses expositions, individuelles ou collectives, en Grèce ou à l’étranger, soient innombrables. Parmi les nombreux prix et distinctions dont il a fait l’objet, on peut citer le premier prix au concours international de sculpture à l’aéroport de Chicago. Il est professeur émérite de sculpture de l’École des Beaux-Arts, professeur émérite de l’Université de Ioannina dans le département des Arts Plastiques. Et encore, dans le cadre de ce blog, j’ai élagué son C.V.! Avant de continuer, je précise que l’on trouve souvent son nom, Θεοδώρος Παπαγιάννης, transcrit Papayannis. C’est bien le même homme.

 

902c1 expo ''Psomi'' de Theodoros Papagiannis

 

On sait que le 17 novembre 1973 les Colonels, qui avaient instauré une dictature en Grèce, ont fait face à une grande révolte populaire, s’attaquant principalement aux manifestants étudiants qui occupaient le Polytechniko, c’est-à-dire l’Institut Polytechnique de l’Université, contre lequel ils ont fait marcher les chars et auquel ils ont mis le feu. Papagiannis raconte que, le cœur blessé, il a ramassé des débris calcinés de bois dont il a construit des épouvantails pour exorciser les démons. Et avec tout cela et aussi d’autres matériaux recyclés, il a élaboré peu à peu de grands personnages à l’aspect fantastique qu’il appelle “mes fantômes”. Sont-ils dieux ou démons, figures de légendes ou héros de l’histoire, qu’expriment-ils au juste, de quelles profondeurs surgissent-ils, Theodoros Papagiannis avoue l’ignorer, peut-être sont-ce des bienfaiteurs de la nation ou des professeurs, des spectres ou des cauchemars, des ancêtres qui ont fait cette nation et qui, humiliés, brûlés, viennent demander des comptes, peut-être tout cela à la fois, et il invite tout un chacun à y voir ce qu’il veut.

 

Ces fantômes, je vais y venir ensuite, mais ici nous voyons en premier plan le pain qui donne son titre à l’exposition, et des sacs de farine. Et derrière, toute une foule de personnages qui s’avancent. Le pain, c’est la nourriture, c’est la vie, et tout ce peuple est mû de cette façon.

 

902c2 expo ''Psomi'' de Theodoros Papayannis

 

902c3 expo ''Psomi'' de Theodoros Papagiannis

 

Le nombre de ces petits personnages tous différents est énorme, on se rend compte que quand j’emploie les mots de foule, de peuple, je n’exagère pas. C’est toute l’humanité que l’artiste a voulu représenter.

 

902d1 expo ''Psomi'' de Theodoros Papagiannis

 

902d2 expo ''Psomi'' de Theodoros Papayannis

 

902d3 expo ''Psomi'' de Theodoros Papagiannis

 

902d4 expo ''Psomi'' de Theodoros Papagiannis

 

Façonner tant de figurines toutes différentes, chacune avec sa personnalité, chacune exprimant quelque chose de particulier, cela exige une créativité incroyable, mais aussi cela exprime la diversité des êtres humains, tous réunis dans cette marche de la vie.

 

902e1 expo ''Psomi'' de Theodoros Papayannis

 

902e2 exposition Papayannis à Ioannina

 

Les voilà, les fantômes de Theodoros Papagiannis, ces grands personnages à l’aspect inquiétant, qui veillent, de chaque côté du défilé des figurines. Et il est vrai que, même pour qui n’a pas assisté aux dramatiques événements de 1973, pour qui n’a pas vécu les années 1967-1974 de la dictature, il est impressionnant et émouvant de savoir de quoi sont faits ces personnages, indépendamment même de ce que leur apparence évoque avec force sur la sensibilité artistique du spectateur.

 

902f1 exposition Papayannis à Ioannina

 

902f2a exposition Papayannis à Ioannina

 

902f2b exposition Papagiannis à Ioannina

 

902f3a exposition Papagiannis à Ioannina

 

902f3b exposition Papagiannis à Ioannina

 

J’ai montré plusieurs des petites figurines du peuple en marche, je ne résiste pas à l’envie de montrer aussi quelques-uns des grands personnages, et parce que leurs visages expriment beaucoup, je joins les gros plans de deux d’entre eux. Évidemment, cela me parle, comme je suppose que cela parle à qui les voit sur mes photos –quoiqu’en petit format, et en deux dimensions sur un écran d’ordinateur sans parler de l’écran d’un smartphone–, mais puisque leur auteur souhaite laisser chacun en faire sa propre interprétation, je me garde de donner la mienne.

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 09:00

901a le lac de Ioannina

 

Nous avions vu et aimé Ioannina au tout début de notre séjour en Grèce, juste après notre visite de Corfou. C’était fin décembre 2010, au cœur de l’hiver, et cette fois-ci nous passons par l’Épire pour prendre le ferry à Igoumenitsa, c’est le printemps. Différente atmosphère, alternance de ciel bleu pur et de petits nuages, et Ioannina, loin de nous décevoir, continue de nous séduire. Cette fois-ci, le vent agite le lac, et des vagues viennent en arroser les berges. Les berges, et les pieds de quelques passants inattentifs.  

 

    901b1 Ioannina 

 

    901b2 Ioannina

 

    901b3 Ioannina

 

    901b4 Ioannina

 

Nous retrouvons donc cette vieille cité fortifiée. Je ne veux pas répéter ici ce que j’ai dit dans mes divers articles de 2010 (Ioannina et Ali Pacha, 19 décembre; Its-Kalé et musée byzantin, 22 décembre; Île de Ioannina et Dodone, 28 décembre), je me contente de présenter quelques photos prises sous un angle différent.

 

    901b5 dans une rue de Ioannina 

 

Si la ville est pleine de charme, il est certain que les dames ont intérêt à éviter les talons aiguilles sinon, comme dans la cour du palais de Versailles, elles risquent fort de les laisser en souvenir entre deux pavés.

 

    901b6 murs de Ioannina

 

Ces deux jours et demi nous avons beaucoup tourné en ville pour nous la réapproprier. Notamment autour du kastro et de ses vieux murs. Sans négliger une petite halte dans l’un des innombrables bars-pâtisseries fort sympathiques.

 

    901c1 taverne à Ioannina 

 

Mais surtout, pour nos repas, nous n’avons pas oublié que nous avons notre “cantine” à Ioannina. La plupart des blogs que je vois donnent des adresses de restaurants, ce n’est pas mon cas. Mais ici je ne peux manquer de le faire. Φύσα Ρούφα (Physa Roupha), c’est-à-dire Souffles et aspirations, se trouve dans la grande rue Georges Averof, au numéro 55, et c’est ouvert 365 jours par an et 24 heures sur 24. Ce n’est certes pas en concurrence avec la Tour d’Argent (où, n’étant en fait jamais allé, je ne peux que supposer un niveau gastronomique supérieur…), mais les prix sont très, vraiment très, raisonnables. Et le patron très sympathique.

 

    901c2 dans une taverne de Ioannina 

 

    901c3 au mur d'une taverne de Ioannina

 

La salle est suffisamment petite pour qu’on s’y sente “en famille”, et les murs en sont décorés avec humour. Cette fois-ci, je comprends mieux les inscriptions que lors de notre premier séjour dans cette ville. Ici, un fond de tonneau qui célèbre “Bacchus, dieu du vin” (cela, c’est du niveau des hellénistes débutants). Je le confesse, nous lui avons sacrifié dans cette taverne. Avec modération toutefois, comme il se doit.

 

    901c4 cuisine d'une taverne à Ioannina

 

Ce qui est tout particulièrement plaisant, c’est quelque chose qui était la règle, ou presque, il y a encore quelques années en Grèce, mais qui tend à se faire plus rare, surtout en ville. Non seulement on voit la cuisine, mais comme dans un self-service on peut choisir son plat. Pas question, toutefois, d’emporter son plateau. On va s’asseoir et on passe commande de façon traditionnelle. Puis on attend de se faire servir à table. Et les plats sont tenus au chaud, pas question de réchauffer au micro-ondes. Ma pub étant gratuite et sans contrepartie, il est temps que j’arrête.

 

    901d1 Ioannina, arrivée au Its-Kalé 

 

Même si notre séjour à Ioannina est bref, nous retournons voir l’Its-Kalé. Après tout, je n’aurais peut-être pas dû donner tout à l’heure la référence de l’article où j’explique ce que c’est, parce que je publie aujourd’hui une photo presque identique de l’entrée…

 

    901d2 Ioannina, anciennes cuisines de l'Its-Kalé (bar) 

 

    901d3 Ioannina, anciennes cuisines de l'Its-Kalé

 

En décembre 2010, nous avions déjà vu ces anciennes cuisines du sérail qui ont été aujourd’hui transformées en un bar. Ce ne sont pas les touristes qui l’investissent, du moins en cette saison. En effet, cette citadelle appelée Its-Kalé est un lieu agréable pour la promenade loin de la circulation des voitures, et les habitants de Ioannina s’arrêtent volontiers à siroter le traditionnel café frappé  ou autre boisson dans ce bar.

 

    901d4 Ioannina, dans l'Its-Kalé

 

    901d5 Ioannina, dans l'Its-Kalé

 

    901d6 Ioannina, dans l'Its-Kalé 

 

Et puis à côté de ces cuisines (deux premières photos) ou de l’autres côté de la vaste pelouse (troisième photo) on peut voir les ruines des autres bâtiments du sérail.

 

    901d7 Ioannina

 

Tout au fond, surplombant le lac, ce grand et beau bâtiment a été, lui, bien conservé. C’était la résidence d’Ali Pacha, devenue le musée byzantin que nous avions visité en décembre 2010.

 

    901e1 Ioannina, Bibliothèque d'époque ottomane 

 

Ressortons maintenant de cette citadelle de l’Its-Kalé dont je ne veux pas parler trop longuement puisque je l’ai déjà fait ailleurs. Au hasard de la promenade dans la ville, à condition bien sûr de rester dans les parages de la cité ancienne, on trouve d’autres bâtiments d’époque ottomane, comme cette ancienne bibliothèque plutôt bien conservée.

 

    901e2 Ioannina, bain d'époque ottomane

 

En revanche, ces bains d’époque ottomane ont été désaffectés et laissés à l’abandon, et même si cette végétation qui s’y est développée est assez jolie, le bâtiment en a souffert. Il semble, de plus, que rien ne soit fait ni prévu pour sa sauvegarde.

 

    901e3 fouilles à Ioannina

 

Ailleurs, on tombe sur un chantier de fouilles avec la consolidation en cours d’un bâtiment voûté. Ici, contrairement à ce qui est fait ailleurs en ville, il n’y a aucun panneau indiquant la date ou l’usage de cette construction. Vraisemblablement parce que les travaux ne sont pas terminés, et quand ce sera le cas la Municipalité affichera les informations nécessaires.

 

    901e4 Ioannina, anciennes cuisines militaires turques 

 

Nous sommes au vingt-et-unième siècle, les voitures sont partout, elles ont donc investi ce grand espace comme parking. Cela gâche, hélas, la vue sur ces anciennes cuisines militaires turques qui ont fonctionné jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle, puis ont été abandonnées. Des travaux de rénovation menés de 1995 à 1997 par la Municipalité ont permis de sauver le bâtiment.

 

    901f1 Pyrrhus, célèbre roi d'Épire 

 

N’oublions pas que Ioannina est une ville au grand passé. Comme je l’ai dit en décembre, montrant une statue d’Alexandre le Grand enfant auprès de sa mère, c’est la patrie de celle-ci, Olympia. Mais à l’époque, je n’avais pas montré la statue érigée en l’honneur de Pyrrhus (photo ci-dessus), roi des Molosses, peuple auquel appartient Olympia, mais dont j’ai parlé dans mon article Le musée archéologique de Ioannina, du 21 décembre 2010, musée où l’on peut voir ce que l’on suppose être son portrait.

 

    901f2a Saint Georges, néomartyr de Ioannina 

 

    901f2b Saint Georges, néomartyr de Ioannina

 

Les grands hommes célébrés à Ioannina ne sont pas que des personnages de l’Antiquité, il y a aussi des martyrs chrétiens, appartenant à l’époque moderne. Ainsi ce garçon nommé Georges (Géorgios en grec), né en 1810. Comme son nom l’indique, il est de famille grecque orthodoxe, mais tout en restant chrétien il simule la conversion à la foi islamique et trouve ainsi un emploi de palefrenier auprès d’un officier de l’armée ottomane. En effet, les Turcs ont toujours toléré que les pays conquis conservent leur culture et leur foi, à condition de rester discrets. Par exemple, les cloches sont interdites dans les églises, le son public étant réservé au muezzin, et le clocher lui-même est prohibé parce que faisant concurrence au minaret. Par ailleurs, un non-musulman ne pouvait briguer aucun emploi public, aussi modeste soit-il, mais un converti peut accéder aux plus hautes fonctions, quelle que soit sa foi d’origine, quel que soit son pays d’origine. Ce système a permis que des convertis de circonstance produisent, après deux ou trois générations, des Musulmans sincères. À l’inverse, quitter la religion musulmane pour se faire chrétien est un crime envers Allah, et envers le sultan qui est le calife des Croyants. Les collègues de Georges voyaient bien qu’il n’était pas profondément converti, puisqu’ils le surnommaient “le giaour”, c’est-à-dire l’infidèle, mais tout se passait bien. Mais en 1838, Georges a un fils, et il le fait baptiser. Discrètement, mais le secret filtre. Georges est un renégat de la foi islamique, il est condamné à mort. On le pend en place publique, et on laisse son corps au gibet pendant trois jours, pour servir de leçon à qui oserait l’imiter. Le martyre est un motif suffisant pour la canonisation, et Georges devient un saint de l’Église orthodoxe. Mais en outre, des Chrétiens vivant à Ioannina à l’époque ont affirmé que son corps ne s’était nullement corrompu sur le gibet, et exhalait un délicieux parfum. Doublement saint, avec un tel miracle. Le lieu de son exécution porte le nom de Place du néo-martyr Saint Georges.

 

    901f3 Tositsa (Tossizza), bienfaiteur de l'Épire

 

Dans mes articles précédents concernant Metsovo, j’ai parlé de ce riche mécène de l’Épire du nom de Mikhaïl Tositsa (ou Tossizza), vivant en Suisse et motivé par Evangelios Averof sur l’isolement et les besoins de la terre de ses ancêtres. Sa générosité a permis la création d’une fondation qui, après sa mort (né en 1885, il est mort en 1950), finance toutes sortes d’œuvres en Épire grâce au produit des actifs qu’il a légués, soit la totalité de ses biens.

 

    901g Symposio Glyptikis 1996 

 

Je terminerai ce petit tour de Ioannina avec cette sculpture moderne posée sous les murs de la citadelle. Sur le socle, il est gravé “Symposium de sculpture 1996”. Je n’en sais guère plus. J’ai trouvé sur Internet l’affiche de l’événement qui s’est déroulé du premier au trente-et-un août, avec les noms de douze participants.

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 09:00

900a2 Caves Katogi Averof

 

900a1 Caves Katogi Averof

 

Aujourd’hui nous partons pour Ioannina, mais avant de quitter Metsovo nous avons fait une halte dans la “banlieue” de la ville. Et pour faire allusion –une de plus– à cet omniprésent Evangelos Averof. Il est apparu lorsque nous avons visité le monastère Saint-Nicolas, nous l’avons retrouvé au musée d’art et traditions populaires, et une fois encore à la pinacothèque. Cette fois-ci, ce sont les caves Katogi Averof. La présentation est très esthétique et recherchée, avec cet éclairage bleu sur les bouteilles et rouge sur les tonneaux.

 

900b1 Caves Katogi Averof

 

900b2 Caves Katogi Averof

 

Dans certaines allées, au fond, le mur est un grand écran sur lequel est reproduite une photo d’Averof dans son chai. J’ai eu précédemment l’occasion de dire qu’Averof avait longtemps été ministre des Affaires Étrangères. À ce titre, il a lié des amitiés dans divers pays, et notamment en France. Pour préserver l’originalité de notre vignoble il est interdit d’exporter des ceps français, mais grâce à ses contacts Averof a obtenu l’autorisation très spéciale d’emporter des ceps de Bordeaux afin de constituer un vignoble de grande qualité dans les environs de Metsovo, sur les pentes du Pinde.

 

900b3 Caves Katogi Averof

 

On le voit, la viniculture a beau être ici très sérieuse, la présentation ne manque pas d’originalité. Les caves sont en effet, paraît-il, très visitées. Nous étions les seuls visiteurs, mais c’était un dimanche, et de plus à l’heure du déjeuner. Et puis la population de Metsovo n’est pas bien nombreuse, de sorte que ceux qui sont intéressés connaissent déjà et ne viennent pas tous les jours. Les nombreux visiteurs dont il est question sont des gens de passage, des touristes grecs ou étrangers, et en avril il n’y a ici que des Épirotes.

 

900c1 tonneaux français dans les caves Averof

 

900c2 tonneaux français dans les caves Averof

 

Depuis l’invention du tonneau par les Gaulois, la France est championne pour la qualité de ses tonneaux de chêne. Aussi Averof savait-il fort bien à quels fournisseurs s’adresser. Il est mort, mais les successeurs importent toujours leurs tonneaux de France.

 

900c3 Support pour tonneaux, caves Averof, Metsovo

 

Je sais qu’il est nécessaire de donner régulièrement un quart de tour aux bouteilles de champagne mais je croyais que le tonneau devait rester fixe. Or ici on voit que le tonneau repose sur un support muni de galets qui permettent de le faire tourner sur lui-même.

 

900d1 Vin vieillissant, caves Katogi Averof, Metsovo

 

900d2 Vin Katogi Averof, Metsovo

 

Après embouteillage, le vin est conservé pour vieillir en cave. Vu la poussière qui s’accumule sur les bouteilles, elles ne doivent pas être de l'année! On peut en voir deux en vitrine. Du fait de leur position verticale, le bouchon doit sécher et le vin devenir mauvais, mais puisqu’il s’agit seulement d’exposition ce n’est pas bien grave, on ne le boira pas. Et d’ailleurs ces deux bouteilles sont peut-être vides!

 

900d3 comptoir de vente, caves Averof, Metsovo

 

Nous avons beau nous déplacer dans un camping-car très lourdement chargé et par ailleurs être des consommateurs raisonnables, nous ne pouvons résister à la tentation d’acheter quelques bouteilles. Oui, je le confesse humblement, les six bouteilles alignées ci-dessus vont prendre la direction de notre maison ambulante avant de prendre celle de nos gosiers. Un blanc ΚΤΗΜΑ ΑΒΕΡΟΦ, deux rouges ΚΑΤΩΓΙ ΑΒΕΡΟΦ et trois rouges ROSSIU DI MUNTE.

 

900d4 boutique des caves Averof, Metsovo

 

Comme le montre cette photo, la boutique de la cave propose en priorité du vin, c’est bien évident (on voit au fond la présentation des différentes bouteilles), mais aussi quelques livres et des T-shirts.

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 09:00

            899a Pinacothèque Averof à Metsovo

 

Dans mes articles précédents, j’ai parlé d’Evangelos Averof, ce politicien et écrivain né à Larissa mais dont les origines sont profondément enracinées à Metsovo, et qui a fait beaucoup pour son village. Aujourd’hui, dans le beau bâtiment en pierre de pays que montre ma photo, nous allons visiter sa pinacothèque. Peintures, dessins, gravures, sculptures, ce sont 250 œuvres d’art qui sont exposées, donnant une idée de la production des grands artistes grecs des dix-neuvième et vingtième siècles.

    899b Georges Averof, 1874 

 

Commençons par la peinture. Ma sélection ne répond pas à d’autres critères que mon goût personnel. Et par ailleurs, ne sachant pas comment ordonner cette sélection d’œuvres, je les ai classées de façon très arbitraire et assez stupide par ordre de naissance de leurs auteurs. Et le hasard des dates me fait commencer par ce portrait de Georges Averof en 1874 (il a vécu de 1815 à 1899), donc âgé de cinquante-neuf ans. J’ai évoqué cet oncle d’Evangelos, et j’ai dit que j’aurais très probablement de nouveau l’occasion de parler de lui. L’auteur du tableau est Spyridon Prosalentis, né en 1830 et mort en 1893.

 

    899c1 Pantazis, Gamin mangeant une pastèque 

 

C’est Périclès Pantazis (1849-1884) qui a peint en 1880 ce Gamin mangeant une pastèque. J’aime particulièrement l’attitude et l’expression de ce gamin aux pieds aussi sales que son pantalon.

 

    899c2 Lembesis, La Petite fille aux pigeons 

 

Né la même année 1849 mais mort bien moins jeune en 1913, Polychronis Lembesis a représenté La Petite fille aux pigeons, une scène de genre comme la précédente, et de la même façon saisie sur le vif dans la rue. Cette enfant nu-pieds, au regard et au sourire malicieux, entourée de pigeons qui volettent autour d’elle, constitue un tableau plein de vie.

 

    899c3 Theodoros Rallis, Bain oriental 

 

Ce Bain oriental est de Theodoros Rallis (1852-1909). Le tableau n’est pas daté, mais il correspond bien au goût orientaliste si fréquent au dix-neuvième siècle. De plus, la Grèce est certes émancipée de l’Empire Ottoman, mais il s’y promène dans l’imaginaire, de même qu’en Europe occidentale, le fantasme du harem et de ses délices. Et ces baigneuses à la peau blanche se donnant lascivement aux soins esthétiques d’une esclave noire tout en discutant tranquillement sont le parfait reflet de ce fantasme.

 

    899c4 Iakovidis, La Reine Sofia 

 

Il n’y a évidemment aucun point commun avec ce tableau de Georges Iakovidis (1853-1932) qui représente la reine Sofia (1870-1932) en 1915, âgée de quarante-cinq ans. D’abord, il y a le grand cadre doré qui est couronné. Et puis il y a cette reine très droite, très consciente de ce qu’elle représente. Elle est la fille du Kaiser Frédéric III, une famille qui ne plaisante pas. Elle a épousé Constantin, le fils de Georges I, du temps où régnait encore son père (1889), puis elle est devenue reine des Hellènes en 1913 lorsque Constantin monte sur le trône après l’assassinat de son père à Thessalonique. Elle fera tout pour être reconnue comme reine dans ce pays. De confession luthérienne, elle se convertit à l’orthodoxie, causant une brouille très grave avec son frère devenu Kaiser. Elle apprend la langue grecque et, même si elle ne l’utilise pas en privé, elle peut s’adresser à la population dans la langue du pays. Elle s’investit très fortement dans une politique sociale, et pendant la guerre elle se fait infirmière et soigne personnellement nombre de blessés, et de façon plus officielle elle crée hôpitaux et dispensaires. Quoique bénéficiant d’un préjugé favorable au moment de son mariage (on m’a raconté une tradition qui voulait que si un monarque nommé Constantin, comme celui qui avait fondé Constantinople, épousait une Sophie, comme la basilique Sainte-Sophie de Constantinople, les Grecs rentreraient en possession de la ville, tombée entre les mains des Ottomans en 1453), et malgré tous ses efforts, le fait qu’elle soit une Hohenzollern, et que l’Allemagne soit l’alliée de l’Empire Ottoman, le pire ennemi de la Grèce, la fait regarder de travers par la population.

 

Le 15 août 2011, nous étions dans l’île de Tinos, et j’écrivais à ce sujet que “pendant la Première Guerre Mondiale, en 1915, le roi Constantin Premier était à l’article de la mort, le prêtre lui avait déjà administré l’extrême onction quand on mit dans sa chambre l’icône miraculeuse [de la Vierge] apportée de Tinos de toute urgence par un bateau envoyé par le Gouvernement. Dès que le roi eut embrassé l’icône […], son état s’est considérablement amélioré et, guéri, il vivra jusqu’en 1923”. La conversion de Sofia à la religion orthodoxe devait, outre son aspect politique, avoir été sincère (ou l’être devenue au cours des années), car suite à cette guérison elle offre un de ses saphirs à l’icône.

 

    899c5 Savvidis, Musulmans agenouillés

 

Facture très différente pour ce tableau de Syméon Savvidis (1859-1927), Musulmans agenouillés, qui se rattache à ces recherches dans la technique picturale que l’on retrouve chez nombre d’artistes du dix-neuvième siècle.

 

    899d1 ROÏLOS, Bataille de Pharsale (guerre de 1897) 

 

    899d2 ROÏLOS, Bataille de Pharsale (détail) 

 

    899d3 ROÏLOS, Bataille de Pharsale (détail) 

 

Ce grand tableau représente tant de choses qu’il nécessite d’être regardé de près, scène par scène. C’est l’œuvre de Georges Roïlos (1867-1928). Il représente, dans un style très classique, la bataille de Pharsale, en Thessalie. Non pas, évidemment, celle qui a opposé César à Pompée en 48 avant Jésus-Christ (tout, dans les uniformes, les moyens techniques, etc., évite la confusion), mais un épisode de la guerre gréco-turque en 1897. Le tableau, lui, est de 1901. La Crète est encore occupée par les Ottomans, et s’est révoltée. Georges I envoie son fils Constantin pour soutenir les insurgés, mais les Grecs sont repoussés. Alors il conviendrait de se venger en allant attaquer les Turcs en Thessalie. Et là l’armée grecque est attendue par une armée ottomane plus nombreuse et mieux entraînée. C’est une défaite cuisante. On voit ici notamment un blessé que l’on emmène sur un chariot, les nuages de fumée provoqués par les explosions, de grands mouvements de troupes que l’on tente de rassembler.

 

    899e1 Nikolaos Alectoridis, L'Athée 

 

Je trouve très intéressant ce tableau de Nikolaos Alectoridis (1874-1909) intitulé L’Athée. Près du lit tout un tas de livres donnent à supposer que l’homme couché a lu les philosophes et s’est constitué une idée matérialiste du monde. Il semble malade, peut-être mourant, et un prêtre orthodoxe à la longue barbe vient pour lui administrer les derniers sacrements ou au moins pour discuter avec lui, et l’on voit que le dialogue entre les deux hommes est intense, même si le peintre a voulu poser son sujet sur le plan de l’échange d’idées dont les fondements sont diamétralement opposés plutôt que comme un rejet de l’athée à l’égard d’un pope qui insisterait pour tenter une conversion face à la peur de la mort.

 

    899e2 Paysanne de Corfou (Marcos Zabitzianos) 

 

Ici, nous trouvons des tons forts pour cette huile sur bois représentant une Paysanne de Corfou. Elle n’est pas occupée à des travaux ménagers ou agricoles, elle est là tout simplement comme s’il s’agissait de la description de son costume, et pourtant c’est tout un caractère qui émane de ce tableau de Marcos Zabitzianos (1884-1923).

 

    899f1 Ikonomou, La Maison qui rêve 

 

J’aime également beaucoup, dans sa simplicité et dans sa force, cette Maison qui rêve, une huile sur carton de Michael Ikonomou (1888-1933).

 

    899f2 Gounaropoulos, Eleftherios Venizelos 

 

Tout à l’heure, j’ai parlé de la reine Sofia, de Georges I et de Constantin I, et avec ce portrait d’Élefthérios Venizélos, une huile sur carton de Georges Gounaropoulos (1890-1977), nous revenons à la politique de cette période. Venizélos est un Crétois, né en 1864 et député de Chania en 1889 au sein de cette assemblée crétoise qui avait acquis une certaine autonomie tout en restant sous domination ottomane. En 1897 il participe activement à l’insurrection dont j’ai parlé au sujet du tableau représentant Pharsale. Son activisme pour le rattachement de la Crète à la Grèce lui vaut d’être appelé à assumer en Grèce les fonctions de premier ministre à partir de 1910 et lors des Guerres Balkaniques et de la Première Guerre Mondiale. Mais avec Constantin, prince chef des armées puis roi, l’entente n’est pas au rendez-vous. En effet, Venizélos penche nettement du côté de l’Angleterre et de l’Entente alors que Constantin est marié avec la sœur du Kaiser l’allié des Ottomans et il est clair que son cœur est du côté allemand, même si Sofia est aussi la petite-fille de la reine d’Angleterre. Finalement, Constantin démet Venizélos. Ce dernier crée un gouvernement parallèle concurrent à Thessalonique, protégé par les troupes de l’Entente. Le gouvernement français parvient à forcer le roi à abdiquer et Venizélos revient à Athènes. Il était temps, au moment de l'armistice la Grèce se trouve du côté des vainqueurs de la guerre. Après cela, il connaîtra des fortunes contrastées, tantôt parti en exil tantôt revenu comme premier ministre. Il meurt en exil à Paris en 1936.

 

    899f3 Tetsis, La Maison de Kriezis à Hydra 

 

C’est Panagiotis Tetsis (né en 1925) qui a peint en 1984 La Maison de Kriezis à Hydra. Ce Kriezis (1796-1865) est un héros de la Guerre d’Indépendance grecque, qui par la suite sera ministre de la Guerre, puis premier ministre. Indépendamment de ces détails biographiques sur l’ancien occupant de la maison, ce tableau à grandes touches de couleurs vives rend bien l’atmosphère de l’île.

 

    899f4 Kondogiannis, Jeunes filles aux bicyclettes 

 

Quant à ces Jeunes filles aux bicyclettes, un acrylique de 1994 dû au pinceau de Costas Kondogiannis (1926-2000), peint comme un diptyque dans deux cadres, cette fois-ci nous avons un graphisme résolument contemporain, sans parler du sujet lui-même, jeans, baskets, style de coiffure.

 

899f5 Manousakis, ''Avec Dodone pour motif''

 

Avec Dodone pour motif est une huile sur bois de 2001 dont l’auteur est Michalis Manousakis. La pinacothèque n'indique pas sa date de naissance. Le titre est censé donner une clé pour interpréter le tableau. Parce que Dodone est un sanctuaire d’Épire où Zeus rendait des oracles sous un chêne (cf. l’article de mon blog Île de Ioannina et Dodone, en date du 28 décembre 2010), et quoique l’arbre représenté ne ressemble pas beaucoup à un chêne, je suppose que l’on doit voir ici la communication entre le cerveau de l’homme et le feuillage de l’arbre, les oracles allant de l’arbre du dieu à la conscience du consultant. Si ce n’est pas cela… je donne ma langue au chat.

 

899f6 Le Voyage en Épire (Kharos, 2002)

 

La pinacothèque ne donne pas non plus de date pour Manolis Kharos, l’auteur de ce Voyage en Épire, toile qu’il a peinte en 2002. Le trait est si simplifié, les couleurs tellement fondues que le tableau est à peine figuratif, et pourtant il parvient à merveille à rendre l’atmosphère de cette région du nord-ouest de la Grèce.

 

899f7 Le Jardin du Luxembourg (Prekas, 1963)

 

Autre technique, l’aquarelle dont ma sélection ne présente qu’un seul exemple, ce Jardin du Luxembourg, peint en 1963 par Paris Prekas (1926-1999). Je trouve intéressant de voir le regard d’un étranger sur ce jardin que je connais si bien, pour l’avoir traversé chaque jour à la même époque, c’est-à-dire au temps de mes études, pour me rendre de la gare Montparnasse à la Sorbonne et retour. Peut-être le hasard a-t-il fait que je le voie en train de réaliser cette œuvre que je contemple aujourd’hui à Metsovo?

 

899g1 Khalepas, Œdipe et Antigone

 

Quelques dessins, à présent. Ayant beaucoup travaillé sur le mythe d’Œdipe, je ne pouvais manquer de tomber en arrêt devant de dessin au crayon de Giannoulis Khalepas (1851-1938) daté dans la fourchette 1920-1925 et intitulé Œdipe et Antigone. Lorsqu’il a enfin compris que l’homme qu’il a tué sur la route de Delphes était Laïos, son père, et que Jocaste, la reine de Thèbes veuve récemment qu'il avait épousée, était sa mère, lorsqu’en outre il trouve Jocaste pendue parce qu’elle aussi vient de comprendre, Œdipe saisit sur le corps de sa femme la fibule qui fixe son vêtement sur son épaule et s’en enfonce la pointe dans les yeux, pour s’aveugler et ne plus voir ce monde où il a commis un parricide et un inceste. Il quitte alors Thèbes, qu’il a souillée de son double crime, guidé par Antigone, la plus jeune des quatre enfants qu’il a eus avec Jocaste et qui sont en même temps ses demi-frères et sœurs. Il va errer en compagnie d’Antigone en direction d’Athènes et, alors qu’il traverse le bois sacré de Colone, au nord de la ville, il est enlevé par les dieux et disparaît à la vue. Antigone rentrera seule à Thèbes.

 

899g2 Galanis, Paysage à Cassis (1928)

 

Autre œuvre réalisée en France, mais à l’autre bout du pays, Paysage à Cassis, daté 1928, est un camaïeu –technique de gravure sur bois– de Dimitrios Galanis (1879-1966). Le graphisme nerveux, la composition, le mouvement, tout cela me plaît bien et justifie mon choix, mais à vrai dire, quoique je ne sois pas de cette région de France, je ne la ressens pas du tout de la même façon que Galanis.

 

899g3 Giannoukakis, Petit pêcheur

 

Cette eau-forte de 1940 intitulée Le Petit pêcheur est de Dimitris Giannoukakis (1903-1984). Comme, au début, en peinture, je montrais un Gamin mangeant une pastèque et La Petite fille aux pigeons, de même nous avons ici un dessin d’un jeune garçon dans son cadre de vie.

 

899g4 Christ (Polyclitos Rengos, 1948)

 

Revenons à un dessin au crayon pour ce Christ de 1948 par Polyclitos Rengos (1903-1984). Sur un type de représentation très classique, visage allongé, cheveux longs, barbe, Rengos a donné un vrai caractère à ce Christ dont la bouche est arquée en une moue tandis que le regard exprime l’angoisse.

 

899g5 Korogiannakis, Équipe de nuit (1938)

 

C’est une gravure sur bois, cette œuvre de 1938 d’Alexandros Korogiannakis (1906-1966) qu’il a appelée Équipe de nuit. Cette technique qui consiste à représenter l’ensemble en noir, seuls les contours ressortant en clair, rend merveilleusement l’ambiance de la nuit, et accentue la dureté du travail de nuit. On distingue les équipes s’activant sur une voie de chemin de fer, et au premier plan cet ouvrier avec son marteau-piqueur résume la pénibilité de cette situation.

 

899g6a Moschos, L'Église Paraportiani à Mykonos


899g6b église Paraportiani à Mykonos

 

Autre gravure sur bois, qui date de 1937: L'Église Paraportiani à Mykonos, datée de 1937 par Georges Moschos (1906-1990). Cette très curieuse église constituée de la fusion de cinq petites églises (mon article Mykonos daté 15 et 16 mars 2011) est l’une des curiosités de l’île. Et puisque je suis très en retard dans mes publications, je peux ajouter ici une de mes photos prise le 18 avril 2014 sous un angle proche: l’artiste a en effet légèrement réinterprété la réalité. N’est-ce pas le propre de l’art, de faire passer la réalité au travers du regard de l’artiste?

 

899g7 Chevaux (mosaïque de Dimitris Vafiadis, 1992)

 

Tout autre est la technique de la mosaïque. C’est celle qu’a choisie Dimitris Vafiadis (né en 1950) pour cette œuvre de 1992 intitulée (on pourrait le deviner!) Chevaux.

 

899h1 Georges Vroutos, Amalia Landerer Averof

 

Et nous passons à la sculpture, repartant en arrière dans le temps avec ce buste en bronze d’Amalia Landerer-Averof réalisé par Georges Vroutos (1843-1908). Il s’agit de l’épouse du grand-père –Mikhaïl Averof– de cet Averof qui a créé la pinacothèque où nous sommes. Elle est la fille d’un Bavarois, Xavier Landerer marié à une Grecque, qui exerçait à l’université d’Athènes comme professeur de chimie. Rien ne dit la date de ce buste, traité à la manière antique avec un chiton grec élégamment drapé, dans un style que Vroutos a acquis auprès de ses maîtres –bavarois– de l’école d’art, mais Amalia est née en 1847 et morte en 1923. Par ailleurs, elle porte à peu près le même âge que sur un tableau exposé dans la même pinacothèque (peut-être un petit peu plus) et daté de 1879.

 

899h2 Zevgolis, Buste d'un vieil homme

 

Ce Buste d’un vieil homme est dû à Grigorios Zevgolis (1886-1950). La finesse de la réalisation et du travail du bronze, par exemple dans les moustaches ou dans les plis du cou, accentue le réalisme, mais surtout j’aime l’expressivité du visage, ce regard qui parle.

 

899h3a Titsa Chrysochoïdi, Femme au bain, 1956

 

899h3b Titsa Chrysochoïdi, Nausicaa, 1967

 

La pinacothèque présente plusieurs œuvres de Titsa Chrysochoïdi (1906-1990) qui toutes me plaisent, mais parmi lesquelles j’ai dû me limiter à n’en choisir que deux. Cette grande artiste, l’une des premières femmes grecques à se consacrer uniquement à la sculpture, fait pourtant l’objet de bien peu de publications, à part un ouvrage traduit dans plusieurs langues et édité par le Musée Benaki d’Athènes. On dit essentiellement qu’elle a eu pour maître Maillol, à quoi on ajoute tout un fatras de mots qui, pour les spécialistes, sont certainement pleins de sens et de force, mais qui pour moi, pauvre ignorant, ne sont que verbiage. Je laisse donc la plasmation organique et sensuelle, l’immédiateté de la représentation, la suprématie du volume sur l’espace. La première sculpture de mon choix, intitulée Femme au bain, est de 1956. Titsa Chrysochoïdi s’est spécialisée dans la représentation de la femme (elle et sa sœur, des danseuses, etc.), et si elle a appris de Maillol elle s’en écarte en donnant au corps moins de dynamisme, et à ma connaissance jamais les positions originales et peu réalistes des femmes de Maillol. Le mouvement de cette femme est gracieux, je trouve remarquable cette alliance de modernisme et de classicisme. Je pourrais en dire autant de la statue de ma deuxième photo, qui date de 1967 et représente Nausicaa, cette princesse phéacienne de l’Odyssée d’Homère, que l’on situe sur l’île de Corfou et qui a accueilli Ulysse après son naufrage (voir mon article Tour de Corfou, daté du 11 au 13 décembre 2010).

 

899h4 Khatzikyriakos, Fille avec une corde à sauter

 

À la fois plus stylisé et moins élégant, ce bronze de 1948 intitulé Fille avec une corde à sauter est de Nikos Khatzikyriakos-Ghikas (1906-1994). Cette sculpture retrouve le dynamisme, exprime le mouvement sans s’attacher à l’esthétique du corps féminin.

 

899h5 bronze de Sarandis Karavouzis, Couple

 

Sarandis Karavouzis (1938-2011) a intitulé cette sculpture en bronze Couple. Or ce couple, qui devrait ne faire qu’un, est fracturé, non qu’il juxtapose l’homme et la femme à quelque distance l’un de l’autre, mais en coupant net, verticalement depuis l’épaule, le bras et le flanc gauches de l’un, le bras et le flanc droits de l’autre. Je pense qu’il faut y voir le fossé qui sépare les deux moitiés du couple, fossé constituant une amputation.

 

899h6a de la série ''Mes fantômes'' (Papagiannis)

 

899h6b Papagiannis, ''Mes fantômes'' (détail)

 

Il ne faut pas avoir des goûts trop classiques pour être fanatique de cette œuvre de Theodoros Papagiannis (né en 1942) de la série qu’il intitule “Mes fantômes”. Cette œuvre est évidemment porteuse d’une très forte charge symbolique, quand on rapproche le titre des matériaux qui ont servi à sa réalisation. Il est dit, en effet, qu’il a utilisé des restes carbonisés du Polytechneio et autres matériaux recyclables. Le Polytechneio, c’est l’Institut Polytechnique de l’université d’Athènes, dont les grilles et les portes ont été défoncés par les chars de la Dictature des Colonels, écrasant au passage les deux jambes d’une étudiante. J’aurai très bientôt l’occasion de reparler de ce sculpteur grec célèbre bien au-delà des frontières de son pays, lorsque je consacrerai un article à une exposition de ses œuvres à Ioannina.

 

899h7 Homme de Metsovo assis sur un banc (Rokos)

 

C’est Kyriakos Rokos (né en 1945) qui a représenté dans le bronze cet Homme de Metsovo assis sur un banc. L’artiste a beau être tout à fait contemporain, nous sommes revenus au réalisme, et à la représentation quasiment ethnologique d’un type régional. C’est peut-être un petit peu trop “cliché touristique” à mon goût, même si, il y a un instant, je me disais très classique.

 

899h8a Torse (Giorgos Khouliaras, 2010)

 

Cette sculpture a une histoire particulière. Nous venons tout juste de voir une œuvre de Theodoros Papagiannis, l’un de ses “fantômes”, et une autre de Kyriakos Rokos, cet Homme de Metsovo assis sur un banc. Or ces deux artistes, ainsi qu’un troisième, Giorgos Khouliaras, étaient invités par le musée Averof pour trois semaines à Metsovo, du 21 août au 10 septembre 2010, afin d’y réaliser une œuvre originale utilisant comme matière première le bois, qui est le matériau de l’artisanat traditionnel dans la région, et ce Torse présenté sur ma photo est de ce dernier artiste qui l’a réalisé pendant cet “Atelier ouvert de sculpture/ Rencontres créatives 2010”. Le nom d’Atelier ouvert tient au fait que les artistes devaient travailler chaque jour dans la cour du musée, de sorte que les passants et les amateurs pouvaient non seulement observer de près le processus de création artistique, mais aussi entamer un dialogue avec ces trois artistes.

 

899h8b Giorgos Khouliaras travaillant sur ''Torse'' (2010)

 

Et puisque ces explications, que j’ai pu lire auprès du Torse de Giorgos Khouliaras, étaient accompagnées de cette photo, je pense qu’il est intéressant d’ajouter ici cette image de l’artiste au travail.

 

899i1 Atelier pour enfants, Metsovo

 

899i2 Atelier pour enfants, Metsovo

 

899i3 Atelier pour enfants, Metsovo

 

Pour terminer, il me faut parler d’une autre initiative très intéressante. Une pièce de la pinacothèque est réservée au travail des enfants. Ainsi, nous avons vu dans mon précédent article qu’il existait à Metsovo une très active et très fréquentée bibliothèque pour enfants, et à présent c’est un atelier de création artistique. Metsovo est un petit village perdu dans la montagne, mais les enfants y ont la possibilité de se développer intellectuellement et artistiquement bien mieux que dans beaucoup de grandes villes. Et cela, c’est merveilleux.

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Published by Thierry Jamard
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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 09:00

898a musée Tositsa, art populaire d'Épire

 

J’ai parlé, dans mon article précédent, de la fondation Tositsa. En grec, je lis ΤΟΣΙΤΣΑ, ce que je transcris normalement TOSITSA, d’autant plus qu’il n’y a entre le mot grec et sa transcription française aucune différence ni difficulté de prononciation. Mais en réalité, c’est TOSSIZZA que s’écrit le nom étranger, suisse, et visiblement de la Suisse italienne (canton du Tessin), quoique le monsieur en question ait vécu à Vevey, dans le canton de Vaud, en Suisse Romande. Pour tout compliquer, il semble que Tossizza ait été d’origine grecque, quoiqu’il n’ait pas été capable de prononcer un seul mot de cette langue et ne se soit jamais rendu en Grèce de sa vie, car cette maison où nous sommes lui appartenait et a hébergé ses ancêtres. TOSSIZZA serait dont une transcription en langue italienne du nom grec TOSITSA, et quand on le cite en grec on reviendrait à l’orthographe originelle. Bah, il suffit de savoir que c’est la même chose, pour ne pas croire qu’il existe deux fondations concurrentes!

 

Evangelos Averof, cet homme dont j’ai déjà parlé au sujet du monastère Saint Nicolas et dont je parlerai encore un peu plus bas puis dans un autre article, est originaire de Metsovo, et il est toujours resté attaché à sa petite ville natale, même quand ses fonctions politiques nationales l’en ont éloigné géographiquement. Voulant en sauver le patrimoine, il s’est adressé à un certain Tossizza, de Vevey, qu’il ne connaissait pas mais qu’il savait riche et mécène sans héritiers, pour lui proposer de faire quelque chose pour sauver Metsovo de l’oubli. Résultat inespéré, Tossizza veut adopter Averof pour en faire son légataire universel! Averof ne peut accepter cette proposition, mais suggère plutôt de créer une fondation. Suggestion acceptée en 1948, et Tossizza meurt en 1950. Cette fondation, alimentée par la fortune de Tossizza qu’il avait basée sur des biens immobiliers et des actifs bancaires en Suisse, biens qui continuent de produire, a créé des écoles, a aidé bien des œuvres de Metsovo, a restauré le monastère Saint Nicolas et possède le beau et grand bâtiment de pierre du pays que montre ma photo, où elle a amassé et installé tout plein d’objets pour en faire un musée d’art populaire de l’Épire. C’est ce musée que nous sommes allés visiter pour mieux comprendre et connaître cette petite ville de Metsovo.

 

898b1 Musée Tossizza à Metsovo

 

898b2 Musée Tositsa à Metsovo

 

898b3 Musée Tositsa à Metsovo

 

898b4 Musée Tossizza à Metsovo

 

Le musée dispose de suffisamment d’espace pour montrer plusieurs pièces à vivre d’une maison bourgeoise traditionnelle. De plus, puisque l’on peut y pénétrer, rien n’empêche de s’approcher des murs pour voir les tableaux qui y sont accrochés, des meubles pour regarder les objets de la vie des habitants.

 

898c1 Musée Tositsa à Metsovo

 

Très caractéristique de ces habitations, le plafond de bois sculpté, qui préserve la chaleur de la pièce en hiver et adoucit la lumière des lampes. Certes, ces plafonds existaient du temps des lampes à huile et des chandelles, mais de même la lumière vacillante des flammes était moins directe. Et puis c’est très décoratif. Et le risque d’incendies, bien réel, n’en est pas augmenté puisque de toutes façons le plafond était en bois, constitué au-dessus des solives par le parquet de la pièce de l’étage supérieur.

 

898c2 Musée Tositsa à Metsovo

 

898c3 Musée Tositsa à Metsovo

 

898c4 Musée Tossizza à Metsovo

 

Je parlais de préserver la chaleur. En effet, dans ces montagnes, l’hiver est froid, loin de l’image de la Grèce carte postale, ciel d’azur, mer bleue, plage inondée de soleil. Et même à la belle saison, les soirées peuvent être fraîches car si la ville est située à un peu moins de 1200 mètres d’altitude, il y a tout près des sommets à 2000 et 2200 mètres. Les maisons sont donc chauffées efficacement. On peut voir des cheminées et des poêles revêtus de carreaux de faïence pour accumuler la chaleur et la restituer plus lentement et plus uniformément. Ces poêles sont en outre très esthétiques.

 

898d1 Musée Tositsa à Metsovo

 

Outre la disposition des pièces, leur ameublement et leur équipement, le musée montre nombre d’objets d’usage. Par exemple des livres comme celui-ci, très ancien.

 

898d2 Service à thé, musée Tossizza, Metsovo

 

Il y a aussi les accessoires comme des services de table, des services à thé ou à café, autant de belles pièces d’orfèvrerie.

 

898d3 chaufferettes au musée Tositsa de Metsovo

 

Ces objets sont des chaufferettes. On plaçait à l’intérieur des braises prélevées dans la cheminée, et on chauffait le lit en y déplaçant la chaufferette avant de se glisser entre les draps. La bouillotte métallique, puis en caoutchouc, remplie d’eau chaude est certes plus efficace et plus sûre… si elle est bien bouchée.

 

898d4 assiette grecque, Metsovo

 

Le musée présente aussi quelques belles assiettes anciennes décorées. Par exemple celle-ci, qui représente les allégories de la Grèce (au centre) entre la Thessalie à gauche et l’Épire à droite. Sur les rebords de l’assiette, trois figures alternent avec trois temples antiques. En haut c’est Georges Premier, roi des Grecs, à “quatre heures” c’est la reine Olga et à “huit heures” Constantin, prince héritier. Le roi Georges I régnait sur la Grèce quand la Thessalie et l'Épire ont été rattachés à la Grèce, ce que symbolise le sujet de l'assiette. Chacune des figures étant sous-titrée, je n’ai pas eu de mal à les identifier, je me suis contenté de traduire.

 

898d5 assiette grecque, Metsovo

 

Une autre assiette. Celle-ci n’a rien d’allégorique, elle représente le roi et la reine, elle souhaite “que Dieu garde le couple royal marié le 15 octobre 1867” et tout autour les médaillons rappellent les territoires grecs, du continent (Attique, Épire, etc.), et des îles (Cyclades, Îles Ioniennes appelées Heptanèse, Eubée, Psara, Chio, Mytilène, etc.). Ce roi marié en 1867 est Georges Premier comme sur l’autre assiette, et la reine est donc Olga. Un coup d’œil à Wikipédia, rien que pour confirmer, me fait tomber sur une date de mariage un peu différente, le 27 octobre 1867, douze jours plus tard. Et une autre remarque concernant ces régions et ces îles. Dans la liste on note que figure Chypre, qui est indépendante et n’a jamais été rattachée à la Grèce à la suite de l’occupation ottomane et du protectorat britannique, et aussi nombre de territoires qui ont été rattachés tardivement, comme la Thessalie en 1881 (le roi, né en 1845, a alors 36 ans) ou la Crète en 1913, deux mois après l’assassinat du roi à Salonique (Thessalonique aujourd’hui). Or non seulement, sur l’assiette, le roi est en vie puisque l’on demande à Dieu de le garder, mais Olga (née en 1851) et lui sont extrêmement jeunes, ils ont beaucoup moins de trente ans. Ces territoires ne font donc pas partie de la Grèce, mais ce sont les terres dont les peuples sont Grecs et que les mouvements nationalistes veulent intégrer au pays, réclamant l’ένωσις, c’est-à-dire l’union, la réunion. D’ailleurs, lorsque ce jeune prince danois est élu roi en remplacement d’Othon renversé par une révolution, il n’est pas nommé roi de Grèce, mais Βασιλεύς των Ελλήνων (c’est ce qui est inscrit sur l’assiette précédente), soit roi des Grecs. Et la nuance est de taille: il ne règne pas sur le pays tel qu’il est délimité à l’époque, mais sur tous les peuples grecs, qu’ils soient en Grèce ou dans l’Empire Ottoman. Et parmi les terres énumérées ici, seule Chypre n’est pas aujourd’hui rattachée à la Grèce.

 

898e1 icône du 17e siècle

 

Les icônes qui se trouvaient dans le monastère Saint Nicolas dont je parlais dans mon article précédent ont, dans un premier temps, été exposées dans le monastère restauré mais pour des raisons de sécurité elles ont ensuite été transférées ici et sont accrochées aux murs des pièces comme si elles avaient été acquises par le propriétaire de la maison pour la décorer. Mais dans ces conditions, elles ne sont pas expliquées, ni datées, rien. Je choisis celle-ci parce qu’elle fait partie du très petit nombre de celles qui jouissent d’une étiquette qui dit sobrement qu’elle représente le deuil du Christ et qu’elle est du dix-septième siècle.

 

898e2 peinture moderne, musée Tositsa, Metsovo

 

Il y a aussi quelques œuvres modernes, qui d’ailleurs ne jouissent pas davantage d’un commentaire. Sans être capable, en conséquence, d’en citer l’auteur, je montre cette Crucifixion parce que je l’aime bien.

 

898f1 bureau d'Evangelos Averof

 

898f2 dans la bibliothèque d'Averof à Metsovo

 

En mémoire d’Evangelos Averof qui a vécu ici, nous voyons son bureau, avec quelques-uns de ses objets personnels pour l’évoquer, son cendrier, ses lunettes, son stylo. J’ai aussi voulu prendre une photo d’un rayonnage de sa bibliothèque, mais au très grand angle la déformation est trop forte, alors j’ai juxtaposé deux photos. Je relève des titres en français, Quand la rose se fanera, d’Alain Peyrefitte, La Dernière Bonaparte, de Célia Bertin, Le Pouvoir à vif, de Max Gallo, La Maison de l’inceste, d’Anaïs Nin, ou, en grec, Le ‘Dogme Brejnev’, La Mémoire de Nehru, Claude Bernard

 

898g1 Averof et Dmitri Trofimovitch Chemilov

 

898g2 Averof avec Adenauer

 

898g3 Averof avec De Gaulle

 

Avant de conclure, je peux dire un mot d’Evangelos Averof (1902-1990) puisque j’ai déjà parlé de Tossizza et de la fondation Averof-Tositsa. Neveu d’un certain Georges Averof (1815-1899), grand mécène dont j’aurai peut-être un jour l’occasion de parler, il étudie le droit à Lausanne et devient avocat mais en 1940 il est nommé préfet de Corfou. Pendant la guerre, il entre dans la résistance. Ce sont les Italiens de Mussolini qui entrent en Grèce, aussi lorsqu’il est arrêté il est envoyé dans un camp de concentration italien dont il parvient à s’évader. Après la guerre il sera député de Ioannina et de nombreuses fois ministre, principalement des Affaires Étrangères entre 1956 et 1963. C’est à ce titre qu’on le voit ci-dessus avec son homologue soviétique Dmitri Trofimovitch Chemilov, avec le chancelier allemand Konrad Adenauer et sur la troisième photo à l’Élysée, un peu en retrait, avec De Gaulle. Les Colonels prennent le pouvoir en Grèce en 1967. Viscéralement opposé à la dictature, il ne ménage pas ses efforts pour exprimer et diffuser son opinion, ce qui lui vaut d’être arrêté et jeté en prison. Lorsqu’en 1973 les colonels sont renversés, il retrouve un portefeuille dans le gouvernement Caramanlis comme ministre de la Défense Nationale, poste dans lequel il va parvenir à épurer l’armée des éléments qui n’envisagent pas que leur rôle est de défendre la démocratie, quelle que soit la tendance au pouvoir, mais d’imposer leur loi sans consultation populaire.

 

Evangelos Averof est donc un politicien de talent, un homme engagé et en même temps un humaniste attaché à la préservation culturelle de la terre de ses origines. À travers la Fondation Averof-Tositsa, il a créé une école à Metsovo, mais aussi 106 écoles à classe unique pour des villages isolés à travers tout l’Épire afin d’y maintenir la vie, un centre artisanal perpétuant des traditions locales, une fromagerie produisant un fromage de qualité reconnue, etc., etc., et dans un prochain article je parlerai de ses caves. De plus, c’est un écrivain de talent, qui a non seulement publié des traités d’économie, mais aussi des nouvelles, des romans, des pièces de théâtre. Lors de notre visite de la pinacothèque Averof qui fera l’objet de mon prochain article, faisant le tour de la boutique du musée avant de partir, je suis tombé sur deux romans de lui traduits en français, que je me suis empressé d’acheter et de lire. Ils s’intitulent Terre des Grecs et Terre de souffrance, et ont été édités chez Stock, en 1968 et 1970. En fait, le second est la suite du premier, c’est un seul grand roman passionnant. Du fait de son engagement patriotique durant la Seconde Guerre Mondiale et de son engagement patriotique et partisan lors de la guerre civile qui l’a suivie, Averof connaissait parfaitement tous les dessous de cette période dramatique et, créant des héros qui servent de fil conducteur et de lien entre les épisodes, il introduit aussi tous les personnages bien réels qui ont influé sur les événements de l’époque, changeant seulement le nom des uns, citant carrément ceux qui ont joué un rôle clé. J’en recommande très vivement la lecture à qui est intéressé par cette période et par l’histoire de la Grèce.

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